mardi 22 septembre 2009

Le jeune homme riche: Marc 10/17 - 24 dimanche 11 octobre


Marc 10




17 Comme il se mettait en chemin, un homme accourut et se mit à genoux devant lui pour lui demander : Bon maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? 18 Jésus lui dit : Pourquoi me dis-tu bon ? Personne n'est bon, sinon Dieu seul.

19 Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre ; ne commets pas d'adultère ; ne commets pas de vol ; ne fais pas de faux témoignage ; ne fais de tort à personne ; honore ton père et ta mère. 20 Il lui répondit : Maître, j'ai observé tout cela depuis mon plus jeune âge.

21 Jésus le regarda et l'aima ; il lui dit : Il te manque une seule chose : va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens et suis-moi. 22 Mais lui s'assombrit à cette parole et s'en alla tout triste, car il avait beaucoup de biens.



23 Jésus, regardant autour de lui, dit à ses disciples : Qu'il est difficile à ceux qui ont des biens d'entrer dans le royaume de Dieu !






Qu’on le veuille ou non, nous sommes tous des chercheurs de Dieu. Que l’on se positionne clairement comme croyant ou que l’on se classe parmi les esprits forts qui prétendent ne pas avoir besoin de soutien spirituel, on se pose toujours à un moment ou à un autre de notre vie les questions fondamentales qui nous poussent à mettre en cause nos propres certitudes. La question de l’influence d’un Dieu sur nos vies a toujours effleuré un moment ou un autre notre réflexion.

Ne soyons donc pas surpris si le récit de l’Evangile nous relate l’histoire d’un homme qui bien qu’apparemment sûr de lui, s’adresse à Jésus en exprimant ses doutes : « Que dois-je faire pour hériter de la vie éternelle ? » Voilà la bonne question qui est celle de chacun de nous. Dans le bref dialogue qu’il a avec Jésus, nous découvrons qu’il est un croyant pratiquant. Il fait apparemment partie de ces fidèles dont les certitudes théologiques sont tellement ancrées en eux, qu’ils ne sauraient émettre aucune réserve sur leur foi ! Mais détrompez-vous, l’ombre du doute plane dans son esprit.

Quand nos certitudes sont ébranlées, il est bon d’en parler. Jésus s’offre à lui comme un interlocuteur de choix. Pourtant, il ne court pas un grand risque dans sa démarche vis à vis de Jésus. Jésus est perçu pour le moment comme une référence spirituelle fiable, c’est pourquoi il l’appelle Maître (rabbi). Il ne croit pas que Jésus le désavouera, au contraire il s’attend à être montré en exemple.

En fait, il veut bien exprimer ses doutes, mais il veut surtout être conforté dans ses certitudes. Il vient vers lui, non pas pour que sa foi soit mise en cause mais pour être reconnu dans sa pratique. Il ne doute pas d’être conforté dans ses convictions profondes qui nous apparaissent cependant comme déjà chancelantes, sans quoi il n’aurait pas interrogé Jésus. Mais, C’était mal connaître le maître qui met immédiatement le doigt là où ça fait mal.

Beaucoup de gens, dans notre société sécularisée pourraient se reconnaître dans ce jeune homme. Même si leur situation spirituelle s’oppose totalement à la sienne. Il est habituel aujourd’hui de se dire sans religion et de ne se réclamer d’ aucune foi. Mais ceux qui se réfugient dans ce genre de conviction et qui sont les plus nombreux, ne sont pas aussi solides que ce qu’ils veulent bien dire dans leur profession d’athéisme. Ils ne ressemblent plus du tout à ces athées militants du début du siècle dernier qui s’efforçaient de convaincre leurs concitoyens de la grandeur d’une existence sans religion. Ceux-là pensaient que l’homme moderne pour pouvoir assumer sa destinée devait rejeter toute aliénation spirituelle. Ils regardaient la mort en face et s’approchaient du néant sans vertige et sans crainte apparente. Il y a longtemps qu’ils ont fait taire toute arrogance et qu’ils ont cessé de vouloir construire un monde libéré de la religion, qu’ils qualifiaient d’opium des peuples.

L’homme ne croit plus en la vertu de l’homme pour construire une société plus juste, plus vertueuse et promise à une paix universelle. Il ne croit plus non plus, d’ailleurs en la vertu des religions.

Pourtant, on a fait d’autres prophéties sur ce vingt et unième siècle débutant. On a promis à l’humanité d’aujourd’hui qu’elle s’épanouirait dans un monde spirituel sous peine de disparition. Nos contemporains, n’ayant plus confiance en l’homme espèrent en une puissance qui vient d’ailleurs et qui aurait la complaisance d’endosser leurs échecs, tout en maintenant assez d’espérance en eux pour qu’ils soient sûrs de se survivre à eux-mêmes. Cette certitude apparente est cependant bien fragile, mais tous en ont besoin pour vivre et redoutent de la mettre en cause en affichant un athéisme triomphant. C’est en ce sens que beaucoup d’hommes du vingt et unième siècle ressemblent au jeune homme du récit. Ils vivent séparés de Dieu, mais ne veulent pas admettre que cette situation ne tient pas. Ils ont besoin de conversion, mais ne veulent pas qu’on les y appelle.

Si nos contemporains s’écartent de nos lieux d’église, ce n’est pas tellement par manque d’intérêt, mais par peur d’être amenés à réfléchir sur eux-mêmes, peur de se remettre en cause, peur de voir Dieu intervenir dans leur vie, peur de voir bousculé l’équilibre fragile dans lequel ils ont enfermé leur vie spirituelle. La peur rode autour d’eux et ils prennent leurs distances..



Si la majorité semble suivre le courant que je viens de dire, il existe aussi une minorité de croyants qui refuse également de se mettre en cause. Ils veulent croire que la vérité est en eux et ils cherchent à l’imposer aux autres. Nous retrouvons là le monde des intégristes qui se sont fabriqué une image de Dieu à leurs convenances sur les dépouilles flageolantes des religions révélées qui quant à elles ne leur accordent aucun crédit.

Face à tous ces gens qui ne veulent pas se remettre en cause, j’en reviens à ce jeune homme riche qui fait une tentative louable auprès de Jésus. On a pris l’habitude de l’enfermer dans ses richesses et de le juger sur son étroitesse d’esprit. Pourtant c’est le bien fondé de sa foi qu’il ose mettre en question devant Jésus. Le doute l’a effleuré. Et quand le doute nous effleure, il ne nous lâche plus. Jésus le déçoit parce qu’il ne reçoit pas auprès de lui l’accueil qu’il espère. Et le lecteur que nous sommes, ne comprend pas ce sur quoi Jésus veut attirer son attention, c’est pourquoi nous passons à côté du problème et nous en profitons pour en tirer leçon en glosant sur le mauvais usage des richesses.

Je ne suis pas sûr que ce soit le mauvais usage des richesses qui est la leçon que l’on doit tirer de ce passage. Pour rendre justice à la pédagogie de Jésus, je vais mettre en accusation l’Evangéliste Matthieu et l’Evangéliste Luc qui ont rapporté le même événement dans leur Evangile respectif, avec quelques variantes, il va s’en dire. Mais c’est sans importance.

Nous savons que le plus ancien évangile est celui de Marc, celui que nous avons lu et que les deux autres l’ont utilisé comme référence de base pour écrire le leur. Ils ont généralement amplifié les récits avec des détails que Marc ne donnait pas sauf dans ce récit. Ils ont retiré une petite phrase qui me semble être la clé de l’énigme et je les interroge pour savoir pourquoi ils l’ont enlevée. Naturellement, je n’aurai pas la réponse. Avant de nous livrer le long discours de Jésus sur les richesses, le récit de Marc glisse une petite phrase qui est la suivante ; « Jésus ayant fixé son regard sur lui l’aima »

C’est dans cette expression que se trouve, selon moi, la bonne réponse. A celui qui cherche Dieu, Jésus exprime avant toute chose l’amour de Dieu. Par cette petite phrase l’Evangile exprime la chose la plus inattendue de la part de Dieu :
- à tous ceux qui sont accablés par leurs péchés ou par leur indifférence.
- à tous ceux qui se sont éloignés de Dieu,
- à tous ceux qui se sentent menacés par le feu de l’enfer,
- à ceux qui ne réussissent pas à se convertir,
- à ceux qui sont isolés par la maladie, ou le doute ou la solitude,
- à ceux qui sont enfermés par leurs richesses dans leur égoïsme et dans leur misère,

Jésus affirme qu’ils sont aimés par Dieu. L’amour de Dieu est premier en toute chose, si bien que rien de grave ne peut nous arriver de sa part. Si l’amour de Dieu est premier, Dieu ne peut exercer sur nous aucune sévérité qui pourrait nous nuire ou nous mettre en cause.

Celui qui se sait ainsi aimé ne peut répondre à l’amour que par l’amour. Si le jeune homme riche perçoit cet amour, il pourra entendre avec intérêt ce que Jésus a à dire sur les richesses, et par amour il fera ce qu’il croit bon de faire. Et même s’il ne peut se résoudre à le faire, il saura qu’il est aimé, et cela change complètement les conclusions que l’on pourrait apporter à l’histoire.



La seule chose que cet homme pieux ne savait pas, c’est que l’amour de Dieu est toujours premier. Dieu l’aime malgré le mauvais usage qu’il fait de son argent. Dieu aime d’abord, et le reste n’est que commentaire !

mardi 15 septembre 2009

Le divorce ; Marc 10-1-12 dimanche 4 octobre 2009








Marc 10: 1-12




L'enseignement de Jésus sur la répudiation
1Parti de là, il vient dans le territoire de la Judée et de l'autre côté du Jourdain. Les foules se rassemblent encore auprès de lui ; selon sa coutume, il se remit à les instruire.



2Des pharisiens vinrent lui demander, pour le mettre à l'épreuve, s'il est permis à un mari de répudier sa femme. 3Il leur répondit : Que vous a commandé Moïse ? 4— Moïse, dirent-ils, a permis d'écrire une attestation de rupture et de répudier. 5Jésus leur dit : C'est à cause de votre obstination qu'il a écrit pour vous ce commandement. 6Mais au commencement de la création, Dieu les fit homme et femme ; 7c'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme, 8et les deux seront une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. 9Que l'homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni !




10Lorsqu'ils furent à la maison, les disciples, à leur tour, se mirent à l'interroger à ce sujet. 11Il leur dit : Celui qui répudie sa femme et en épouse une autre commet l'adultère envers la première, 12et si une femme répudie son mari et en épouse un autre, elle commet l'adultère.




Pour un certain nombre de croyants, le monde semble être régi par des lois immuables. Ces lois édictées par Dieu depuis l’origine des temps se trouvent répertoriées dans la Bible. Depuis toujours, ces mêmes croyants sont persuadés que la transgression de ces lois déclencherait la colère de Dieu et le retour inévitable au cahot primitif. Nos contemporains partagent parfois la même angoisse, pour d’autres raisons. La crainte d’avoir manqué au respect élémentaire des lois de la nature trouble un certain nombre d’entre eux. Plus de morale, dit-on ! On ne sait plus ce qui est bien de ce qui est mal. L’avidité est devenue une règle mortelle incontournable. Les liens qui unissent les familles semblent se distendre au point de se détruire. On ne se marie plus, on divorce quand on veut, et comme on veut et le type de la famille devient celui de la famille recomposée..

Dans le texte de ce matin, Jésus semble désapprouver notre conduite. Dieu a créé l’homme et la femme pour former une seule chair et cela ne semble pas devoir se discuter. Et si parfois les humains divorcent, c’est une concession faite par Dieu à la dureté de leur cœur, mais au commencement il n’en était pas ainsi, ajoute-t-il. Devant la situation des hommes telle qu’elle était, au moment où Moïse recevait la loi de Dieu écrite sur les tables de pierre, les exigences de Dieu ont été assouplies, mais en fait, il est dit selon l’interprétation de Jésus que Dieu ne voulait pas du divorce! C’est ainsi que ce texte repris depuis 2 000 ans par des générations de théologiens ne desserre pas l’étau de la Loi divine. Il est incontestable que Jésus a dit ce qu’il a dit, il n’est pas d’usage de douter du texte biblique, mais ce qu’il nous faut chercher à percevoir, c’est l’intention de Jésus. Pourtant, quand Jésus fait allusion à la loi, ce n’est pas pour la durcir et mais pour l’assouplir. Dans sa tendresse, il montre qu’il la dépasse en pardonnant les pécheurs sans condition et en ouvrant les portes de son Royaume à ceux qui ne le méritent pas.

Jésus dans son propos introduit une notion nouvelle, « si Moïse a permis que vous divorciez c’est à cause de la dureté de votre cœur »! Ainsi quand Moïse a donné la loi, Dieu l’a adaptée à une situation nouvelle. C’est Dieu qui s’est adapté lui-même à une situation nouvelle créée par les hommes. Dieu a réagit en face des comportements humains et a modifié ses critère d’exigence. Dieu a fait fi de sa toute puissance pour maintenir une bonne relation avec les hommes. Ce Dieu qui change d’avis pour rester acceptable à l’homme qui n’évolue pas selon ses souhaits perturbe parfois les croyants mais déroute toujours les incroyants.

Les incroyants et les sceptiques nient l’existence de Dieu en partant de l’argument selon lequel Dieu serait le produit de l’imagination des hommes. Ceux-ci seraient insatisfaits d’eux-mêmes et projetteraient sur le Dieu qu’ils inventent leurs désirs de perfection. Ils justifieraient ainsi l’existence de Dieu en le modelant à la dimension de leurs désirs. C’est ainsi qu’au cours des siècles Dieu a pris divers visages.

Dans ce programme de construction de Dieu à l’image des hommes, il semblerait que les désirs collectifs des peuples aient été régis par les prêtres et les prophètes du moment qui modelèrent le visage de Dieu pour qu’il devienne le reflet des aspirations du monde. C’est ainsi qu’aujourd’hui nous assistons à la naissance d’un Dieu pluraliste, qui se pare des attributs des religions révélées et qui en supprime les contraintes.

Pourtant le Dieu de la Bible semble résister à ces courants. Malgré les efforts des hommes pour faire un Dieu à leur image, l’image de Dieu leur résiste et leur échappe. Dieu ne se laisse pas enfermer dans sa toute puissance comme au temps de Moïse, ni dans sa justice, comme au temps des rois, il échappe à la main mise des juifs de l’exil où il les suivit. Il ne se laisse pas confondre avec les dieux de la pensée grecque. Et quand le temple fut détruit, on ne le trouva pas dans ses ruines. Le Dieu de l’Ecriture est un Dieu qui se cache car il est passionné de l’homme et il s’ingénie à le suivre au nom d’un sentiment qui lui est propre et que faute de mieux on appelle amour.

Ainsi quand Dieu regarde l’homme évoluer, il constate qu’il a une faiblesse cardiaque : - l’homme est dur de cœur - Dieu n’envisage pas de corriger l’homme, il ne fait pas de transplantation cardiaque comme sa toute puissance le lui permettrait, c’est lui qui change afin d’être accessible à l’homme tel qu’il est.

Fort de ce qui vient d’être dit, on doit maintenant s’interroger sur ce qui fonde sa spécificité divine. Comment fonde-t-il sa toute puissance ? Cette question en appelle une autre: Pourquoi laisse-t-il le monde livré à l’irresponsabilité humaine ? Nous avons du mal à lui trouver une réponse satisfaisante. Il nous apparaît alors comme un Dieu qui refuse de se manifester par sa toute puissance et qui la délègue à sa créature dont il sait les faiblesses. Est-il irresponsable ou est-il éperdument amoureux?

C’est la deuxième hypothèse bien sûr, que nous retenons car dans l’enseignement de Jésus Christ nous découvrons que Dieu a fait le pari de croire que l’homme saura, malgré toutes ses contradictions découvrir le plan de Dieu et le mettre en oeuvre. Malgré ses errements, il saura discerner, grâce à son génie ou à son intelligence ou à ses échecs répétitifs la volonté de Dieu écrite, non pas sur des tables de pierre, mais diffusée par l’Esprit saint, que Dieu n’arrête pas de souffler sur le cœur des hommes.

Nous ne nous en rendons pas compte mais nous sommes pris comme dans une nébuleuse par le souffle de Dieu, qui enveloppe le monde ainsi que nous-mêmes. Tel un vent de sable qui joue avec les rochers et lentement les façonne, le souffle de Dieu imperceptiblement et patiemment enveloppe le monde dans une nécessité d’amour qui tôt ou tard aura raison de la dureté congénitale du cœur humain.

Le destin du monde est lié à la patience infinie de Dieu. C’est pour cela que je récuse les lectures catastrophiques de l’actualité selon lesquelles le monde évoluerait lentement vers son anéantissement. En fait nous avons peur de l’avenir, car nous ne voyons pas la toute puissance de Dieu s’imposer. Au contraire, Dieu semble absent de ce monde, c’est pourquoi les prophètes de malheurs annoncent son retour en force, pour juger le monde et amener la fin des temps.

Ils se trompent, car Dieu qui travaille au cœur des hommes ne se manifeste pas en puissance et en gloire, au contraire. Ils se révèle dans les œuvres des hommes qui le manifestent. Ne voyez-vous pas dans ce monde qui change et qui évolue les peuples en marche les uns vers les autres, ne les voyez-vous pas se brasser les uns dans les autres mêlant leurs couleurs de peau et leurs traditions et proposant un avenir vivant et coloré à notre occident si terne? Je suis bien conscient du fait que cette lecture de l’actualité est suspecte, mais pourquoi ne pas la vivre comme un reflet de l’évangile plutôt que comme un destin aliénant?

Depuis que Dieu s’est révélé aux hommes, il n’a jamais cessé de se mettre en cause lui-même pour se gagner l’affection et l’amour de la créature humaine. C’est pourquoi nous sommes certains qu’il entend avec sympathie nos questionnements d’aujourd’hui quand nous nous interrogeons sur sa présence dans un monde que l’on dit sans Dieu, car les valeurs où nous le cherchons habituellement sont périmées. On ne le cherche plus dans les inventions du génie humain, car les savants ne sont plus témoins d’un savoir que Dieu pourrait cautionner. On ne le cherche plus dans la sagesse des peuples car l’actualité nous a appris à la craindre plus qu’à l’admirer. On ne le cherche plus dans les grandes manifestations de la planète, aurores boréales, tempêtes et tremblements de terre, car la planète surpeuplée en souffre trop ! Cherche-t-on encore Dieu dans la pompe des Eglises? Nous savons bien que ces fastes attirent les touristes et les superstitieux mais bien peu les croyants. L’époque des « te deum » pour célébrer la grandeur de l’homme avec la complicité de Dieu est périmée. En fait on ne cherche plus du tout Dieu


Cependant on cherche toujours des sentiments et des idées porteuses d’espérance. On cherche l’amour, la générosité, la tendresse. Derrière tous ces sentiments que l’on a évoqués se cachent les attributs à travers lesquels Dieu aime se faire connaître, car Dieu est amour. Celui qui cherche l’amour, la paix et l’espérance n’est pas loin d’avoir trouvé Dieu, et son cœur endurci, n’est-il pas en train d’être refaçonné par son créateur?

Nous nous sommes égarés, bien loin de notre texte, bien loin de la rigide morale qui enferme les humains dans des lois du couple. Jésus n’a certainement pas voulu participer à cet enfermement, mais il s’en est servi pour nous entraîner à redécouvrir quelle relation vraie Dieu voulait entretenir avec les hommes. Vous me reprocherez peut-être de ne pas vraiment avoir répondu à la question sur la Loi? Mais il n’y avait pas de question, car la Loi est toujours dépassée quand on est dans une relation amoureuse avec Dieu. Laissons donc se ramollir la dureté de notre cœur pour nous ouvrir à la tendresse qui nous attend demain, puisque demain est déjà habité par Dieu.

mardi 8 septembre 2009

Les scandales du monde Marc 9:38-52 dimanche 27 septembre 2009




38Jean dit à Jésus : « Maître, nous avons vu un homme qui chassait les esprits mauvais en usant de ton nom, et nous avons voulu l'en empêcher, parce qu'il n'appartient pas à notre groupe. » 39Mais Jésus répondit : « Ne l'en empêchez pas, car personne ne peut accomplir un miracle en mon nom et tout de suite après dire du mal de moi. 40Car celui qui n'est pas contre nous est pour nous. 41Et celui qui vous donnera à boire un verre d'eau parce que vous appartenez au Christ, je vous le déclare, c'est la vérité : il recevra sa récompense. »
Sérieuse mise en garde


42« Celui qui fait tomber dans le péché un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui attache au cou une grosse pierre et qu'on le jette dans la mer. 43Si c'est à cause de ta main que tu tombes dans le péché, coupe-la ; il vaut mieux pour toi entrer dans la vraie vie avec une seule main que de garder les deux mains et d'aller en enfer, dans le feu qui ne s'éteint pas. [ 44Là, “les vers qui rongent les corps ne meurent pas et le feu ne s'éteint jamais” .] 45Si c'est à cause de ton pied que tu tombes dans le péché, coupe-le ; il vaut mieux pour toi entrer dans la vraie vie avec un seul pied que de garder les deux pieds et d'être jeté en enfer. [ 46Là, “les vers qui rongent les corps ne meurent pas et le feu ne s'éteint jamais” .] 47Et si c'est à cause de ton œil que tu tombes dans le péché, arrache-le ; il vaut mieux pour toi entrer dans le Royaume de Dieu avec un seul œil que de garder les deux yeux et d'être jeté en enfer. 48Là, “les vers qui rongent les corps ne meurent pas et le feu ne s'éteint jamais” . 49En effet, chacun sera salé de feu.
50« Le sel est une bonne chose ; mais si le sel perd son goût particulier, comment le lui rendrez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix les uns avec les autres. »






Il y a beaucoup de choses choquantes dans la société où nous vivons, mais nous nous en accommodons. Nous vivons les scandales que nous offre ce monde sans que cela nous dérange au point de nous entraîner à modifier notre comportement. Nous ne sommes pas tous d’ailleurs sensibles aux mêmes dysfonctionnements de notre société. Pour les uns, ce qu’il y a de plus choquant, c’est la détresse des enfants qui ne mangent pas à leur faim, pour d’autres, c’est la situation intolérable des femmes battues et méprisées, pour d’autres encore ce sont les abus bancaires qui ont été dénoncés ces derniers mois et qui seraient cause de la crise actuelle. Vous serez sans doutes surpris de constater que Jésus ne semble pas faire les mêmes choix que vous.

Pour lui, le plus grand des scandales consiste à offenser un petit dans l’expression de sa foi : « Si quelqu’un scandalise un de ces petits qui croient, il vaudrait mieux lui attacher une meule au coup et le jeter dans la mer ». L'Evangile utilise ici le mot scandale. Ce mot est en général traduit par l 'expression : occasion de chute qui est moins parlante que le mot scandale. Pour Jésus ce type de scandale est inacceptable. A première lecture, nous n’avons pas l’impression d’être en phase avec lui, tant la différence semble grande entre les scandales qui nous choquent le plus et qui ravagent la planète et le scandale qu’il dénonce et qui ne nous semble pas si grave. Même en faisant un effort nous n’arrivons pas à en discerner la portée.

Mais loin de minimiser la position de Jésus, nous allons voir que sa position face aux scandales de ce monde rejoint quand même la nôtre. Elle va même s’imposer à nous comme une évidence. Mais il va falloir d’abord que nous essayons de définir le mot scandale. Pour le petit Larousse ce serait « l’indignation produite par une action coupable. Ce serait aussi la conséquence d’une action immorale révoltante. » Dans la Bible, c’est dans les épîtres de Paul que nous trouverons une explication. Dans l’épître aux Ephésiens, nous trouvons : « nous prêchons Christ crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les païens… » Paul reprenant l’image utilisée par Jésus explique qu’il est inconcevable pour la pensée juive que le mystère de Dieu puisse trouver du sens dans la vie et l’œuvre de Jésus. Il est inconcevable pour eux que Jésus puisse d’une manière ou d’une autre participer au salut des hommes. Il serait parfaitement scandaleux pour eux que Jésus puisse révéler la nature profonde de Dieu. Pour Jésus, c’est justement refuser d’admettre cela qui est scandaleux.

Si on renverse les valeurs et que l’on se place du point de vue de Jésus, il serait scandaleux qu’un chrétien dise que Jésus n’est en rien impliqué dans la révélation de Dieu. Jésus confirme donc ici ce qu’il dit par ailleurs dans l’Evangile de Jean : « nul ne vient au Père que par moi ou qui me connaît, connaît le Père ». Dites ainsi, les choses deviennent sans doute plus claires : il est impossible de parler de Dieu en faisant abstraction de Jésus. En d’autres termes la connaissance de Dieu est toute entière contenue dans l’œuvre de Jésus Christ.

Si vous admettez cette vérité, vous comprendrez qu’elle se retourne immédiatement contre vous. Vous allez alors découvrir que vous devez vous ranger au nombre de ceux qui scandalisent les petits. En effet si selon Jésus, Dieu cache son visage derrière celui des petits, et que toutes les fois que l’on fait du bien ou du mal à un petit, c’est à Dieu que nous le faisons, alors il est scandaleux que nous n’agissions pas de telle sorte que Dieu ne trouve pas son compte dans tous nos gestes de la vie sociale, car la présence de Dieu devrait être rendue évidente par les actions que nous faisons à l ‘égard des autres. En fait, ce ne sont pas les actions que commettent les autres qui sont scandaleuses aux yeux de Dieu. mais ce sont les actions que nous nous ne faisons pas qui lui sont inacceptables et qui le scandalisent.

Tout au cours des Evangiles, nous avons pu constater que Jésus provoque souvent ses auditeurs en les poussant dans leurs retranchements pour leur faire comprendre sa pensée. Ici il est provoquant et utilise la caricature. Il préconise une amputation massive de nos membres si ceux-ci sont cause de scandale pour Dieu. Selon lui nous devrions retrancher tous les membres de notre corps qui feraient obstacle à la volonté de Dieu dans nos comportements.

Ce sera le bras, la main ou l’œil dont il nous faudra se séparer d’une manière dramatique et douloureuse pour être fidèles aux comportements que réclame la foi, telle que Jésus nous l’a enseignée. Pour prolonger sa pensée dans le sens de la caricature, on constatera qu’ à force d’amputer les membres fautifs, on finira par être totalement inactifs faute de membre utilisable. Autrement dit Jésus semble préconiser une forme de suicide pour nous en sortir.

Avant d’en arriver là, chacun est bien conscient du fait que pour continuer à vivre dans ce monde, il lui faudra faire quelques concessions tout en constatant qu’il est impossible cependant de se couler dans le moule de cette société. En effet elle ne donne pas aux hommes l’image que Dieu attend de nous.

Les lois qui gouvernent ce monde sont liées à la recherche du profit personnel. Rares sont ceux qui voient dans leur voisin un frère à aimer. Il serait plus proche de la vérité de dire que l’on voit plutôt dans le voisin un rival qu’il faut supplanter, voire même éliminer. C’est en tout cas, le cas dans le monde du travail. Même si les choses ne doivent pas être présentées aussi crûment que je viens de le faire, le spectacle que donne notre monde est celui d’un vaste champ de compétition où les plus chanceux, et pas forcément les plus méritants ou les plus intelligents tirent leur épingle du jeu en dominant la mêlée et en s’appropriant les meilleures places.

Une telle société n’est pas à l’image du Royaume de Dieu que Jésus nous invite à construire. Elle représente même un monde où Dieu est absent car les instructions données par Jésus y sont trop peu respectées. Les seuls signes de la présence éventuelle de Dieu sont ceux que les hommes peuvent donner quand ils se mettent à contre courant des valeurs de ce monde. On les trouve dans les ONG et dans les sociétés de charité auxquelles beaucoup de nous participent, mais qui opposent un trop faible contre poids à la compétition acharnée que se livrent ceux qui dominent ce monde au détriment des plus petits.

Comment s’en sortir alors ?
Quitter ce monde ne serait pas la bonne solution, car ce serait une amputation mortelle à laquelle nul ne pourrait survivre. Jadis les fameux anachorètes du désert, qui ont mis cette injonction en pratique et qui se sont trouvés dépourvus de tout, dans un désert hostile, n’ont du leur survie qu’à la générosité de quelques âmes sensibles qui leur apportaient des subsides et qui continuaient cependant à vivre dans la société injuste et hostile à Dieu que nous avons décrite.

Les caricatures de notre société que fait Jésus et qui nous mettent radicalement en cause ont pour but d’interpeller notre intelligence. Jésus compte sur notre faculté d’adaptation et nous croit capables de trouver des solutions possibles pour répondre à l’impossible des situations. A la fin de son propos, il nous donne une piste de réflexion en nous proposant l’image du sel. Le sel est cet élément invisible dans la nourriture qui la rend comestible. On peut penser ici que le saint Esprit agit en nous comme le sel dans les aliments. Il fait de nous les éléments par lesquels, sans que cela se voie à première vue, la présence de Dieu est perceptible dans le monde parce que nous y agissons avec sagesse et discernement.

Nous avons compris que ce monde tel qu’il est, voile aux yeux des hommes la présence de Dieu, si bien que personne ne pourrait y trouver le chemin qui mène à lui. Et pourtant Dieu fait le pari que nous sommes capables de nous dissoudre dans cette société de telle sorte que par nos comportements apparemment imperceptibles, la présence de Dieu y devienne évidente comme le sel dans a soupe.

Il nous est donc demandé de tenter l’impossible, pour que le visage de Dieu reste visible pour ceux qui le cherchent. Ce défi relève de l’impossible, mais dans l’invisible l’esprit qui agit en nous le rend possible. Dieu fait le pari, quant à lui, que malgré tout, l’impossible est toujours possible. Voici deux mille ans que les choses marchent ainsi et ça continue.

Il nous est donc demandé de ne pas dissocier notre foi de notre vie quotidienne. Jésus sait bien que cela est impossible, mais il sait aussi que nous y arriverons, car c’est ainsi que le saint Esprit fait avancer le monde en se servant de ceux qui ne peuvent rien faire et qui pourtant font beaucoup.



anachorète

mercredi 2 septembre 2009

Qui est le plus grand: Marc 9/30-37 dimanche 23 septembre 2018




30 Partis de là, ils traversaient la Galilée, et il ne voulait pas qu'on le sache. 31 Car il instruisait ses disciples et leur disait : Le Fils de l'homme est sur le point d'être livré aux humains ; ils le tueront, et, trois jours après sa mort, il se relèvera. 32 Mais les disciples ne comprenaient pas cette parole, et ils avaient peur de l'interroger.
Qui est le plus grand ?

33 Ils arrivèrent à Capharnaüm. Lorsqu'il fut à la maison, il se mit à leur demander : A propos de quoi raisonniez-vous en chemin ? 34 Mais eux gardaient le silence, car, en chemin, ils avaient discuté pour savoir qui était le plus grand. 35 Alors il s'assit, appela les Douze et leur dit : Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. 36 Il prit un enfant, le plaça au milieu d'eux et, après l'avoir pris dans ses bras, il leur dit : 37 Quiconque accueille en mon nom un enfant, comme celui-ci, m'accueille moi-même ; et quiconque m'accueille, ce n'est pas moi qu'il accueille, mais celui qui m'a envoyé.











Je m’interroge à la lecture de ce texte à propos de cette opposition qu’on y trouve entre le fait d’être grand et le fait d’être un enfant. Si on éclaire ce texte par les textes parallèles dans les autres Evangile, on obtient une précision selon laquelle il s’agit ici d’être grand dans la foi. Ce serait à la foi des adultes que Jésus opposerait la foi d’un enfant  et c’est  la spontanéité  de l’enfant, sa candeur aussi qu’il mettrait en avant en l’opposant à la foi bien structurée des adultes

Nous sommes sans doute mieux placés pour comprendre les propos de Jésus que ses contemporains, car aujourd’hui, les enfants sont au centre des préoccupations de notre société. L’enfant est devenu roi dans un monde où tout tourne autour de lui. Il est devenu le type même du consommateur que les marques cherchent à séduire pour orienter le goût des adultes. On n'hésite même pas à  faire de ces chers petits, des  donneurs de leçon aux adultes pour vérifier qu’'ils  font correctement le tri de leurs ordures ou pour leur dire de ne pas téléphoner en voiture.

Pourtant,      si l’enfant est roi dans les sociétés favorisées,   il ne l’est pas dans les sociétés   défavorisées si bien qu’à côté du monde des enfants rois, il y a aussi le monde des enfants victimes, et c’est à ce monde-là qu’appartenait Jésus.

Il fallait cependant faire le point sur la situation de l’enfant dans nos sociétés post-modernes pour comprendre l’attitude de Jésus.  Il prend un enfant en exemple pour montrer le chemin que l’on doit suivre   si on veut devenir grand aux yeux de Dieu. Dans la société de Jésus l’enfant n’avait pas un sort enviable. Il  était le plus souvent considéré comme une charge. Il était  avant tout une bouche de plus à nourrir. On le faisait travailler très tôt pour un salaire inexistant, c’est ainsi qu’il fournissait une main d’œuvre peu coûteuse dont on avait tendance à abuser.  Victime de la mauvaise alimentation et de l’hygiène déficiente, beaucoup mouraient en bas âge. Sans doute l’enfant, était-il aimé par ses parents, mais il n’était pas choyé comme aujourd’hui. Les chagrins que causait la mortalité infantile poussaient les parents à ne pas trop s’attacher aux tout petits dont beaucoup ne survivaient pas à la petite enfance.

C’est donc dans ce contexte que Jésus intervient en plaçant   un enfant devant   eux à titre d’exemple. On se demande alors en quoi un enfant aurait-il pu donner un exemple de grandeur ?   Un enfant n’avait pas d’instruction et   il n’avait aucun savoir. Une société faite seulement d’enfants aurait été vouée à une disparition certaine. On ne voit pas en quoi les enfants pourraient nous mettre sur le chemin de la sagesse spirituelle qui plairait à Dieu ?  Pourtant  c'est bien en s'appuyant sur la sagesse des enfants que Jésus a quelque chose à nous dire sur notre relation à Dieu.

En fait les enfants ne sont pas des adultes en miniature. Ils ne pensent pas comme des adultes, ils ne réagissent pas non plus comme eux. Ils ont un comportement qui leur est propre. Ils ont en particulier une faculté d’émerveillement que n’ont pas les adultes. En contrepartie, les adultes ont le savoir et la science ou la sagesse dont ils font beaucoup de cas en matière spirituelle. Aujourd’hui, comme jadis à l’époque de Jésus, on donne un enseignement religieux aux enfants pour qu’ils puissent acquérir les notions élémentaires de la foi. Pour faire partie d’une communauté chrétienne, encore aujourd’hui, ne faut-il pas avoir franchi les étapes du catéchisme et avoir fait ses premiers pas comme catéchumène ?

Des adultes dûment patentés sont chargés d’enseigner les enfants, ils sont à la fois des enseignants et des gardiens de la tradition. C’était la même situation à l’époque de Jésus. Il était nécessaire   de connaître les 613 articles de la Loi ou tout au moins les dix commandements qu’il fallait respecter, pour espérer communiquer avec Dieu et grandir dans la foi. C’est sur ce point que Jésus semble en désaccord avec nous et avec les adultes de son temps. Il semble contester le fait   que pour être un homme de foi il faille avoir acquis l’expérience   auprès de plus savant que soi.

L’enfant, peut-être  plus que l’adulte, sait           observer ce qui se passe en lui. Il découvre très vite que son cœur est habité de pensées bonnes et de pensées mauvaises. Il sait aussi que des sentiments parcourent son âme. Il a un sens de la beauté, de la justice, de la droiture qui lui est propre, sans que les adultes comprennent ce qui se passe en lui.  Mais, sans doute l’enfant  ne sait pas mettre un nom sur l’origine de ces phénomènes, il ne sait pas que Dieu travaille en lui, mais il en constate les effets dans sa naïveté sans pour autant comprendre vraiment ce qu’il ressent.  Pourtant,  très vite les adultes interviennent   pour expliquer ces mystères et pour lui indiquer la bonne voie à suivre et l’enfant perd sa candeur et sa faculté d’émerveillement. Très vite ses parents puis ses enseignants vont lui apprendre à maîtriser le cours de sa vie intérieure, et ils vont lui enseigner en même temps tout ce qu’il faut savoir sur Dieu sur le péché sur la loi et l’enfant passe de la spontanéité   enfantine à la raison de l’adulte.

L’enfant va   alors apprendre ce que les hommes savent depuis des siècles sur   Dieu, et c’est ainsi qu’il deviendra un   adulte bien élevé et un croyant honnête face à Dieu, croit-on.  Mais Jésus trouve que les choses vont trop vite et que l’on ne donne pas à cette naïveté le temps de faire son œuvre.

Ainsi sans que les adultes, parents ou éducateurs s’en souviennent leur premier contact avec Dieu, à eux aussi,  s’est fait à partir d’expériences      de vie intérieure  qu’ils ont faites quand ils étaient enfants.  En ont-ils gardé le souvenir? De fait on leur a vite enseigné ce qu'ils devaient savoir sur le  vrai Dieu.

Quelle que soit la façon dont les enfants entendent parler de Dieu par les adultes, cela                 se passe   toujours de la même manière. Les adultes donnent une information sur Dieu sans se soucier des émotions              que  peut avoir eu le petit enfant dans sa vie intérieure.

Jésus sait bien, quant à lui, que ce sont les expériences de la vie intérieure qui nous amèneront les uns et les autres à une connaissance personnelle de Dieu. Il invite donc ceux qui l’écoutent           à  faire une descente au fond d’eux-mêmes avec la même naïveté que le ferait un enfant qui ne sait pas encore s’exprimer et qui découvre que « ça » parle au fond de lui.

Il nous invite donc à retrouver une spontanéité intérieure. Elle a été sans doute altérée par ce que l’éducation nous a apporté et qui a fait de Dieu une réalité extérieure à nous-mêmes, si bien que nous ne savons plus très bien entendre quand  Dieu Dieu s’adresse  à nous au plus profond de notre âme. Jésus ne méprise pas pour autant l’enseignement   de la loi, il ne rejette pas la tradition rapportée par les ¨Pères, mais il dit aussi   que nous ne pouvons pas progresser dans la foi si nous n’essayons pas de converser avec Dieu dans notre intimité, là où personne ne peut nous accompagner ni venir avec nous.

Si aujourd’hui beaucoup d’hommes se détournent de Dieu, c’est  sans doute parce qu’on leur a enseigné à se référer à un Dieu qui parle à l’extérieur d’eux-mêmes au travers des textes et des traditions et ils découvrent que      ce Dieu là n’est pas en adéquation avec le monde moderne. Ceux qui désespèrent de ne pas trouver dans le Dieu que prêchent les hommes, la voie de leur salut, la trouveront quand même s’ils essayent de retrouver un cœur d’enfant et  de  s'émerveiller          de  l’action de Dieu en écoutant ce qu’il leur dit  au plus profond de leur personne.

Jésus nous invite à dépasser les conventions de la religion, pour retrouver une vie intérieure  et tenter d'écouter Dieu qui a choisi l'humain pour en faire son interlocuteur. Il ne veut pas lui donner un message connu d'avance qui serait inscrit de tout temps dans les Ecritures, mais il veut l'inviter à un dialogue interne avec Dieu dont il découvre, bien évidemment la pertinence dans les Ecritures qui lui serviront désormais à éclairer le dialogue intérieure qu'il aura avec Dieu. 

mardi 25 août 2009

Qui est Jésus ? Marc 8/27-35 Dimanche 16 septembre 2018


Marc  8/27 - 35
Jésus sortit avec ses disciples vers les villages de Césarée de Philippe. En chemin, il se mit à demander à ses disciples : Au dire des gens, qui suis-je ? 28 Ils lui dirent : Pour les uns, Jean le Baptiseur ; pour d'autres, Elie ; pour d'autres encore, l'un des prophètes. 29 Lui leur demandait : Et pour vous, qui suis-je ? Pierre lui dit : Toi, tu es le Christ. 30  Il les rabroua, pour qu'ils ne disent rien à personne à son sujet.
Jésus annonce sa mort et sa résurrection
31Il commença alors à leur apprendre qu'il fallait que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu'il soit tué et qu'il se relève trois jours après. 32  Il disait cela ouvertement. Alors Pierre le prit à part et se mit à le rabrouer. 33  Mais lui se retourna, regarda ses disciples et rabroua Pierre : Va-t'en derrière moi, Satan ! lui dit-il. Tu ne penses pas comme Dieu, mais comme les humains.


34 Puis il appela la foule avec ses disciples et leur dit : Si quelqu'un veut me suivre, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive. 35 Car quiconque voudra sauver sa vie la perdra, mais quiconque perdra sa vie à cause de moi et de la bonne nouvelle la sauvera.




La présence intelligente de l’homme sur cette terre favorise-t-elle la construction d’un avenir heureux pour l’humanité ou la précipite-t-elle vers un avenir chaotique qui mettrait en question jusqu’à l’équilibre de la planète ? Cette double question met les penseurs de ce temps en rivalité. Les uns plaident en faveur de la première hypothèse en mettant en avant tous les acquis sociaux qui président à la construction des sociétés modernes. Si on considère le progrès des Droits de l’homme, l’égalité des races et des sexes, l’abolition de la peine de mort on pourrait penser que la race humaine est en voie d’amélioration significative. Ces arguments plaident en faveur d’une sagesse inhérente à l’humanité qui présiderait à son évolution.

Pour ceux qui s’opposent à cette hypothèse, les éléments qui laissent augurer un avenir sombre pour l’espèce humaine, pèsent plus lourds que les arguments en faveur d’un avenir heureux. Ils font état de l’incapacité de l’humanité à maîtriser tout ce qui s’oppose à une évolution harmonieuse de l’espèce. Ils s’appuient sur le fait qu’il semble impossible à l’homme de maîtriser sa production de gaz à effet de serre ou à limiter d’une manière significative le nombre des naissances, sans parler de la prolifération des armes à destruction massive de toute sorte. Tout en ayant la possibilité de nourrir tous les humains qui se meuvent sur cette planète, les hommes restent incapables de modifier le sort des 2 milliards d’individus qui ne mangent pas à leur faim et qui restent désespérément sous le seuil de la pauvreté. L’avenir, selon eux serait bien mal engagé.

Curieusement la voix des penseurs qui se réclament de l’Evangile n’a pas une résonance particulière. Ils rejoignent l’un ou l’autre camp suivant que leurs penchants naturels les poussent à défendre une opinion plutôt que l’autre, si bien qu’on les trouve dans les deux camps.

Certains, qui forment me semble-t-il une minorité, pensent cependant que Dieu interviendra d’une manière ou d’une autre. Pour les uns, il est impensable que Dieu laisse sombrer les hommes dans une folie autodestructrice. Ils affirment qu’il interviendra au dernier moment comme il le fit lors du déluge, sauvant par l’action de Noé l’humanité en voie de destruction. Pour d’autres qui se rangent dans une pensée plus élaborée, Dieu multiplie sans cesse les efforts pour que son dynamisme créateur mobilise assez d’individus pour que les hommes eux-mêmes s’unissent sur des projets novateurs qui permettraient une évolution harmonieuse où chacun trouverait son compte. On connaît aussi la pensée de ceux qui soutiennent des thèses millénaristes en vertu desquelles, c’est Dieu lui-même qui détruira l’humanité rebelle pour sauver le petit reste de ses fidèles qui respectent ses lois et ses préceptes.

Toutes ces idées sont trop contradictoires et trop floues pour que l’on puisse définir une pensée vraiment chrétienne. Nous tenterons cependant d’interroger Jésus lui-même pour essayer de percer le mystère de sa pensée en la matière. Compte tenu de ce que nous venons de dire, nous pouvons nous attendre à quelques difficultés et à trouver peut-être des contradictions dans sa propre pensée.

Il est vrai que Jésus a prophétisé la possibilité d’une catastrophe finale. Il a annoncé la fin de Jérusalem et pressenti ce que les historiens ont appelé la guerre des juifs. Il a prédit que l’abomination de la désolation pourrait entrer en œuvre, mais ce ne sera pas la fin s’est-il autorisé à dire. ( Mat. 26) Nous ne pouvons cependant passer sous silence les travaux des théologiens qui pensent que ses propos sur la catastrophe finale ont été placés dans la bouche de Jésus par les narrateurs de l’Evangile eux-mêmes quand ils ont écrit leurs récits après les événements catastrophiques de la Guerre des Juifs. Ils auraient ainsi rendu compte de la pensée de Jésus en utilisant ses propos, mais ils les auraient détournés de leur contexte originel pour les reproduire dans une actualité plus brûlante, si bien qu’on ne sait pas vraiment ce que Jésus lui-même pensait.

On peut également faire la même analyse sur les propos de Paul qui , à un moment de sa vie a réellement pensé qu’une catastrophe finale allait se produire de son vivant ( Première ep. aux Thess) et à mesure que le temps passait, et l’événement ne se produisant pas, il aurait modifié sa pensée.

Personne ne peut vraiment dire en s’appuyant sur les Ecritures quel sera l’avenir de l’humanité. Ce dernier constat ne va pas nous aider à répondre à la question que Jésus nous pose aujourd’hui et qui va nous mettre en cause en ce moment de l’année où nous reprenons nos activités : « Et vous qui dites-vous que je suis ? ».

Bien entendu, nous savons la bonne réponse que donne Pierre et nous ne saurions en donner une autre : « Tu es le Christ ». Mais une telle réponse nous aide-t-elle à avancer ? En effet, si le mot Christ était revêtu d’un certain contenu pour Pierre, aujourd’hui, il est devenu un mot passe-partout qui accompagne le nom de Jésus comme si c’était un nom de famille, mais il ne résonne pas en nous comme une réponse qui serait chargée de vérité. Il va donc falloir que nous nous impliquions davantage.

Au moment où se situe ce récit, Jésus se trouve en terre païenne, à Césarée de Philippe, dans un monde où il s’est rarement aventuré et où les vérités du judaïsme ne produisaient aucun écho. Le mot de Christ, faisant référence à une manifestation de Dieu, utilisé par Pierre n’y avait aucune valeur. C’est un peu la même situation que celle où nous nous trouvons en tant que chrétiens d’aujourd’hui. Le langage de la foi ne résonne pas de la même façon dans nos murs et hors de nos murs, et les termes religieux perdent une partie de leur signification, c’est pourquoi la réponse de Pierre pouvait paraître obsolète aux gens de cette contrée.

Pour remettre les choses dans leur contexte, il faut considérer que la conversation de Jésus avec ses proches s’est déroulée dans leur langue commune, c’est à dire l’araméen et ce n’est pas le mot Christ que Pierre a utilisé mais le mot de Messahia, Messie qui était le titre des anciens rois d’Israël, il était aussi le titre que l’on donnait au Sauveur qui devait venir à la fin des temps. Certains pensaient, tels les Zélotes, que le Messie viendrait pour libérer Israël du joug de l’occupant romain. Cinquante ans plus tard, quand Marc écrit son Evangile les choses ont changé. La langue commune est devenue le grec, et biein que le mot « Christ » utilisé cette foi ait le même sens que celui de messie, les choses ont complètement changé. On n’attendait plus vraiment un « Sauveur » tant les événements politiques avaient modifié la donne: la guerre contre les romains et la séparation du monde juif d’avec le monde chrétien avaient changé leur vision du monde.

Aujourd’hui, les traducteurs de nos Bibles se sont bien gardés de traduire ce mot dans notre langue. Ils nous en ont laissé le soin. C’est donc ce qu’il nous faut faire maintenant en sachant que notre contexte de vie n’est ni celui où vivait Jésus ni celui du moment de la transmission des textes.

Qui donc est Jésus pour nous ? Il est important que dans une époque où l’on dit tout et son contraire sur Jésus que nous sachions nous situer par rapport à ce que nous croyons. Nous devons répondre clairement à la question qui va nous permettre de dire notre foi : Qui dites-vous que je suis ?

Qui est Jésus pour moi ? Toutes les réponses ont déjà été envisagées par les apôtres avant nous : un prophète ou l’incarnation du plus grand d’entre eux : Elie, ou du dernier d’entre eux : Jean Baptiste. C’est ce que répètent les autres ! Mais Jésus insiste, mais vous, mais toi, qui dites-vous que je suis ?

Si nous disons comme Pierre : « tu es le Christ », avec tout ce que nous savons sur le contenu de ce mot , cela veut donc dire que sa parole est porteuse de vie et d’avenir. Cela veut dire qu’en nous référant à lui, nous donnons à Dieu un visage qui est le sien. Cela veut dire que nous sommes habités par lui et que c’est lui qui construit nos projets.

Nous rejoignons alors les propos que nous formulions sur l’avenir du monde. En effet, si aujourd’hui, nous croyons que nous sommes habités par Dieu grâce à la personne de Jésus, notre avenir est aussi habité par lui. C’est avec cette conviction que nous aborderons les problèmes posés à l’humanité, en sachant que Dieu ne peut habiter que des projets qui sont porteurs de vie et qu’il est contraire à sa nature de Dieu de se servir des forces du mal pour accomplir ses projets. Au contraire, Dieu ne peut inspirer que des projets de vie et l’avenir que nous construisons avec lui ne peut que porter les marques de son éternité.

Dieu inspire donc des projets tels que si on les suit, l’humanité pourra évoluer harmonieusement. Elle ne pourra que se trouver mieux si les hommes les réalisent. La question sur la qualité des hommes qui les mettront en œuvre reste cependant ouverte. Dans la liberté qu’il accorde aux hommes,  Dieu ne peut faire plus que de les inciter à aller de l’avant selon ses principes de vie. A nous d’agir de telle sorte pour qu’il en soit ainsi et que par notre témoignage nos contemporains acceptent de se laisser inspirer par lui.

mardi 18 août 2009

Les Ecritures doivent devenir Parole pour être entendues Marc 7/31-37 dimanche 6 septembre


Marc 7/31-37

31Il sortit du territoire de Tyr et revint par Sidon vers la mer de Galilée, en traversant le territoire de la Décapole. 32On lui amène un sourd qui a de la difficulté à parler, et on le supplie de poser la main sur lui. 33Il l'emmena à l'écart de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, cracha et lui toucha la langue avec sa salive ; 34puis il leva les yeux au ciel, soupira et dit : Ephphatha — Ouvre-toi ! 35Aussitôt ses oreilles s'ouvrirent, sa langue se délia ; il parlait correctement. 36Jésus leur recommanda de n'en rien dire à personne, mais plus il le leur recommandait, plus ils proclamaient la nouvelle. 37En proie à l'ébahissement le plus total, ils disaient : Il fait tout à merveille ! Il fait même entendre les sourds et parler les muets.



La parole est d’argent, mais le silence est d’or.Pour Jésus, ce dicton n’exprime pas la sagesse dont il se réclame. Il donne priorité à la parole, car c’est par la parole que Dieu se révèle et c’est par la parole que se transmet sa volonté. C’est par sa Parole nous dit la première page de la Bible que le monde fut créé. Pour être fidèle à notre Dieu nous devons être attentifs au fait que la Parole doit prendre priorité sur l’Ecrit.

La tradition, mille fois répétée a figé les Eglises Chrétiennes dans l’ordre de l’Ecrit. On les classe parmi les religions du Livre. Les Chrétiens et en particulier les Chrétiens protestants se considèrent même comme un peuple fidèle à l'Ecriture. Ils ne sont pas forcément dans le vrai. L’Ecriture n’est qu’un support à la parole et Dieu se manifeste par la Parole et non pas par l’Ecrit.

Depuis que l’imprimerie a rendu le texte écrit accessible à tout le monde, on a tendance à croire que c’est le texte écrit qui a autorité et que la tradition n’est que le fait des peuples primitifs, sans connaissance suffisante pour écrire et lire. Au regard de Dieu il n’en est rien. C’est par le mode oral que Dieu a décidé de se manifester et de se révéler : « Dieu dit et la chose fut »

Notre propension a ne donner de valeur qu’au texte écrit a contribué à le figer et à le fixer à tout jamais sur le parchemin, le papier ou le marbre. Cette habitude nous empêche de recevoir la Parole d’une manière vivante, puisqu’elle est rendue immuable par le fait qu’elle a été fixée à tout jamais sur un support. Ainsi figée la Parole n’est plus évolutive et Dieu se trouve enfermé dans un sanctuaire de papier comme il était jadis enfermé dans un sanctuaire de pierres. On ne cherche plus à entendre Dieu autrement que par l’assimilation de textes écrits qui ont été reçus à une époque précise et qui est devenue normative pour l’éternité.

C’est au nom de ce principe que certaines églises excluent les femmes du ministère de la parole parce qu’il a paru sage de le faire, il y a 2 mille ans dans un contexte totalement différent du nôtre. La Parole ainsi figée dans le passé risque de devenir inaudible dans notre temps. C’est sur ce même principe que l’on a érigé les doctrines de l’apartheid et de la ségrégation raciale et c’est encore à partir de ce principe aujourd’hui que l’on se demande si l’on doit accueillir pleinement les homosexuels dans l’Eglise ou si l’on doit leur faire une place à part. Que d’injustices n’ont-elles pas été commises au nom du texte écrit, alors qu’on ne s’était pas donné la peine d’entendre la Parole d’une manière vivante et que l’on a préféré s’enfermer dans le texte écrit.

La vraie question est de savoir comment entendre la Parole de Dieu, tout en restant fidèle au texte écrit qui nous la transmet. Il me semble aujourd’hui que c’est sur des clivages de cette nature que se joue l’avenir du Christianisme et non pas sur les clivages hérités de l’histoire, tels que ceux qui opposent les catholiques et les protestants.

C’est sur des questions aussi importantes que celles que j’ai évoquées que se situe la portée de ce texte. Le miracle apparemment banal qui nous est rapporté ici, pose le problème de l’importance de la Parole entendue et transmise. Il place Jésus au centre de ce processus et semble nous dire qu’on ne peut entendre la Parole de Dieu que si Jésus intervient pour qu’elle devienne audible et que nous puissions ensuite la transmettre correctement.


On amène à Jésus un sourd qui a de la difficulté à parler. D’où vient-il, nul ne le sait car l’itinéraire proposé ici est trop flou pour avoir une signification géographique précise. En effet, on ne peut pas quitter Tyr et revenir par Sidon pour aller vers la mer de Galilée en traversant la Décapole. Prenez une carte, essayez d’en dégager un itinéraire, vous verrez que la chose est impossible. Cet anonyme qui vient de nulle part pourrait bien être l’un ou l’autre d’entre nous, car nous aussi nous sommes tous victimes de mauvaise audition. Si nous croyons pouvoir entendre, nous sommes la plupart du temps incapables d’écouter. Quant à notre Parole elle n’est pas toujours comprise comme nous le voudrions, il est donc souhaitable que ce qui arrive dans ce miracle à cet inconnu puisse nous arriver à nous aussi.


La suite du récit se passe dans l’intimité avec Jésus. Il le prend à part, loin des hommes et Jésus s’approprie son infirmité. Il lui met les doigts dans les oreilles et met sa propre salive au contact de sa langue. C’est sans doute un geste qui nous dégoûte un peu, mais qui nous dit clairement que Jésus s’est approprié la bouche de cet homme comme on le fait dans un baiser, aussi trivial peut être que ce que les Anglo-saxons appellent un « french kiss »


C’est alors que, pour la première fois depuis le début de ce récit que Jésus parle. Il est sobre dans ses propos, il ne donne pas un long enseignement, il prononce un seul mot : « ephphata », c’est à dire ouvre-toi. Ses yeux se tournent vers le ciel et il soupire si bien qu’on ne sait pas qui va s’ouvrir ? est-ce le ciel, les oreilles de l’infirme ou sa bouche ? Pourquoi choisir. Il est certain que la bouche et les oreilles retrouvent leur fonction, mais c’est aussi le ciel qui s’ouvre et qui est étroitement mis en relation avec la bouche et les oreilles de cet homme. En même temps qu’il peut communiquer avec les hommes il est placé dans la possibilité de communiquer avec Dieu.


Quand Jésus prend un homme en charge il le régénère complètement ! Cet homme n’est pas seulement un infirme qui retrouve les facultés dont il était privé. C’est l’être tout entier qui est mis en communication avec Dieu. Il est désormais capable d’entendre ce qui vient d’en haut, mais il est aussi capable de dire ce qu’il a entendu et de le dire clairement. Nous ne sommes plus sur le registre du miracle qui émerveille les foules et qui fait parler les bavards, nous sommes sur le registre de la conversion qui consiste à être pris en charge par Jésus pour entrer en communication avec Dieu afin que sa Parole devienne vivante.


La merveille ne réside pas dans le miracle mais dans le fait que Jésus soit capable de rétablir la communication avec Dieu. Jésus, une fois de plus, apparaît comme celui qui rend Dieu accessible.


C’est maintenant qu’il faut alors élargir la portée de ce passage et comprendre que c’est Jésus qui rend la présence de Dieu perceptible et la parole de Dieu audible. Il ouvre les oreilles de celui qui ne sait pas entendre, Il ouvre la bouche de celui qui ne sait pas parler. Il ouvre aussi les Ecritures qui prennent du sens et qui devienne vivante part sa seule présence.


Jésus se tient ainsi sur le chemin de quiconque aspire à être ouvert à Dieu. Par son souffle, il peut ouvrir le ciel, il peut ouvrir les Ecritures, il peut aussi ouvrir notre intelligence afin que la Parole Ecrite devienne une Parole de Vie. Nul ne peut s’approprier le texte biblique s’il ne prend soin, avant sa lecture, de se laisser ouvrir le cœur, l’esprit, l’oreille et l’intelligence par Jésus qui provoquera pour lui une ouverture des Ecritures qui pourront être reçues alors en plénitude comme Parole de Dieu.