mardi 5 janvier 2010

Luc1-1-4 et 4:14-21Jésus dans son village: dimanche 24 janvier 2016


(Contrairement à ce que propose la liste, je ne crois pas qu’il faille couper le texte au verset 21 car à mon avis la portée du texte se trouve dans le rejet de Jésus.)
4 Jésus retourna en Galilée, avec la puissance de l'Esprit ; le bruit s'en répandit dans toute la région. 15 Il enseignait dans leurs synagogues, et il était glorifié par tous. 16 Il vint à Nazareth, où il avait été élevé, et il se rendit à la synagogue, selon sa coutume, le jour du sabbat. Il se leva pour faire la lecture, 17 et on lui remit le livre du prophète Esaïe. Il déroula le livre et trouva le passage où il était écrit : 18 L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a conféré l'onction pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres ; il m'a envoyé pour proclamer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le retour à la vue, pour renvoyer libres les opprimés, 19 pour proclamer une année d'accueil de la part du Seigneur. 20 Puis il roula le livre, le rendit au servant et s'assit. Les yeux de tous, dans la synagogue, étaient fixés sur lui.

21 Alors il se mit à leur dire : Aujourd'hui cette Ecriture, que vous venez d'entendre, est accomplie. 22 Tous lui rendaient témoignage, étonnés des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche ; ils disaient : N'est-ce pas le fils de Joseph ? 23 Il leur dit : Certainement, vous me citerez ce proverbe : Médecin, guéris-toi toi-même ; tout ce qui s'est produit à Capharnaüm, selon ce que nous avons appris, fais-le aussi ici, dans ton pays ! 24 Il leur dit encore : Amen, je vous le dis, aucun prophète n'est bien accueilli dans son pays.
25 En vérité, je vous le dis, il y avait beaucoup de veuves en Israël aux jours d’Élie, lorsque le ciel fut fermé trois ans et six mois et qu'il y eut une grande famine sur tout le pays ; 26 et cependant Élie ne fut envoyé vers aucune d'elles, mais vers une veuve de Sarepta, dans le pays de Sidon. 27 Il y avait aussi beaucoup de lépreux en Israël au temps du prophète Élisée ; et cependant aucun d'eux ne fut purifié, mais Naaman le Syrien. 28 Lorsqu'ils entendirent cela, tous, dans la synagogue, furent remplis de fureur.
29 Ils se levèrent, le chassèrent hors de la ville et le menèrent jusqu'à un escarpement de la montagne sur laquelle leur ville était construite, afin de le précipiter en bas. 30 Mais lui passa au milieu d'eux et s'en alla.


Ce sermon de Jésus a eu des effets surprenants. A la différence des autres prédicateurs qui déclenchent parfois plus la somnolence, voire même le sommeil que l’agressivité. Jésus ici provoque à lui tout seul toutes les phases de l’émotion. Il est d’abord séduisant et plonge ses auditeurs sous le
charme et le ravissement, puis il devient inquiétant et on se demande ce qu’il cache. En fin n’y tenant plus les auditeurs éprouvent des pulsions de haine qui se transforment en velléité de mort à l'égard du prédicateur. Phénomène rarissime dans l’histoire du sermon qui mériterait d’être inscrit au livre des recors, les auditeurs passent à l’acte.

Curieusement, nous avons ici dans un seul sermon comme un résumé de ce que sera le ministère de Jésus pendant 3 ans. Dans un premier temps qui est celui du sermon sur la Montagne, Jésus va provoquer chez ceux qui l’écoutent un immense espoir. Puis on ne comprendra plus très bien ce qu’il veut faire et inquiets quelques disciples le quitteront. En phase finale, il agacera tout le monde, les autorités civiles et religieuses conjugueront leurs efforts pour se saisir de lui et le tuer.

En essayant de comprendre ce qui se passe dans ce sermon, nous comprendrons sans doute ce qu’il y avait de choquant dans tout son ministère et par voie de conséquence ce qui fait la spécificité de l’Évangile. Comment se fait-il donc que ceux qui l’ont adulé se soient retournés contre lui pour réclamer sa mort? Comment se fait-il donc que la « Bonne Nouvelle de l’Évangile » puisse provoquer ce retournement de situation? Il est clair que Jésus a provoqué l’enthousiasme grâce à ses propos accompagnés de miracles. Il donnait alors les signes évidents que le Royaume de Dieu annoncé par les prophètes était en train de se mettre en place, c’est ce dont les gens  assis au bord du lac à Capharnaüm avaient été témoins.

Lentement ils ont découvert dans les propos de Jésus que le Royaume de Dieu n’était pas une série d’avantages réservés aux uns et refusés aux autres. Le Royaume était pour tous, juifs et païens, pécheurs honnêtes ou pécheurs scandaleux. Le Royaume n’était pas seulement l’amélioration physique des infirmes, la guérison des malades et l’apport de nourriture aux foules. Ces signes réclamaient une transformation intérieure et profonde des individus, et peut être même de la société, et cela ne se ferait pas sans douleur ni réticence.
La transformation des individus ne se fait pas seulement par des miracles, elle demande un effort de chacun et réclame sa collaboration. Et c’est là que la bât blesse. Tout au long de l’Évangile, nous découvrons que Jésus réclame la collaboration de celui qu’il secourt. Jésus intervient dans de nombreuses situations et il accompagne son intervention d’une injonction à agir : « Prends ton lit
et marche » dit-il. Jésus opère le miracle, mais pour qu’il se réalise, il faut que le bénéficiaire ait la volonté d’agir, en l’occurrence de marcher. Dieu n’opère rien en nous sans notre accord. Jésus montre que ce n’est pas si facile. 

Dans ce sermon à la synagogue de Nazareth il leur donne l’exemple de 2 miracles opérés, l’un par Élie qui est perçu comme le plus grand des prophètes et l’autre par son disciple Élisée. Dans les deux cas il s’agit de deux étrangers païens. Le premier concerne une femme, trop pauvre pour survivre à la disette et qui serait morte sans le prophète. Dans le deuxième cas, il s’agit d’un ministre d’une puissance étrangère atteint de lèpre, qu’Élisée a guéri. Les auditeurs de Nazareth ne sont pas stupides, ils comprennent que les païens ont part à la même promesse de Dieu qu’eux.

Ils comprennent, en extrapolant les propos de Jésus, qu’il n’y a pas de privilèges aux regards du Seigneur. Ni privilège par la naissance, ni privilège par la fortune et que le fait d’appartenir au peuple élu leur est d’aucun avantage. Ils comprennent que pour participer à cette bonne nouvelle du Royaume, ils doivent d’abord opérer une conversion vers l’autre. Dieu aime les autres autant que nous, même les étrangers, même les étrangers qu’on ne connaît pas. Pour que cette conversion se réalise il faut que nous travaillions sur nous-mêmes pour la désirer. Mais il n’est pas naturel de désirer une telle transformation. Dieu aime les autres autant que nous! C’est déjà dur à entendre. Il aime autant le non croyant que le croyant, c’est encore plus dur à entendre et il nous demande d’agir de telle sorte que les autres, quels qu’ils soient, bénéficient de la même situation que nous. Mieux, il nous demande de le souhaiter. Reprenez l'actualité de ces dernières semaine sur les émigrés et vous comprendrez mieux ce que cela a d'outrecuidant dans ses propos.

Ce changement est sans doute possible, mais parfaitement inacceptable c’est pourquoi les auditeurs de Nazareth décident de tuer le ver dans le fruit avant qu’il contamine le monde entier et ils essayent de passer à l’acte. Jésus sait très bien que ce qu’il suggère est difficile à imaginer et qu’il vont refuser ses propos, c’est pourquoi il les prévient : « Vous allez me dire, médecin guéris-toi toi-même ou nul n’est prophète en son pays ». Cette conversi
on que Jésus propose est impossible à moins que nous ne la désirions. Pour que nous la désirions, il faut encore que Dieu s’en mêle, il faut que nous acceptions qu’il travaille en nous et qu’il aille encore plus loin que nous ne pensons. En principe nous ne sommes pas opposés au changement en nous? Nous le souhaitons même. Nous nous savons pécheurs et nous désirons ne plus l’être. Nous savons que nos comportements et nos pensées déplaisent souvent à Dieu et nous souhaitons les améliorer. Nous désirons que Dieu fasse fondre nos cœurs de pierre. Tout cela les prophètes l’avaient déjà dit. Jean Baptiste, le précurseur de Jésus s’en était fait une spécialité. Mais Jésus lui va radicalement plus loin.

Il réclame notre changement à l’égard de l’autre. Cela mérite quelques instants d’attention: Jean Baptiste dénonçait les manques d’égard aux autres. La deuxième table de la Loi fait l’inventaire des manquements vis à vis des autres: le vol, le meurtre, la convoitise, le mensonge...mais si cela concerne que notre attitude vis à vis des autres, cela ne concerne que nous.  Pour Jésus  cela va beaucoup plus loin, l’intérêt que nous devons porter à l’autre est tel qu’il doit provoquer un changement radical en lui,  car nous devons agir de telle sorte qu’il désire se tourner vers ce Dieu qui nous a poussé à agir.

Jusqu’à la venue de Jésus, la morale exigeait que nous ne soyons pas les agresseurs de l’autre et que l’autre se trouve mieux à notre contact, et c’est tout. Pour Jésus nous devons mettre tant d’amour dans notre relation à l’autre que l’autre désire venir vers Dieu. La veuve de Sarepta ne s’était pas seulement trouvée mieux de la présence d’Élie pour qui elle était devenue la servante, mais elle est entrée dans une relation constructrice avec Dieu. 
Nahaman le Syrien n’a a pas seulement été soigné, mais on peut dire qu’il s’est converti à la cause de Dieu, relisez les texte. 

Ces exemples nous montrent que le service qu’on leur apporte doit être d’une telle qualité que les autres découvrent Dieu à l’œuvre dans ce que nous faisons et désirent le rejoindre.

Nous pouvons considérer qu’il nous faut œuvrer de telle sorte que que l’autre, désire se se tourner vers Dieu afin qu’à son tour il travaille lui même à l’édification du Royaume de Dieu. Si nous projetons ce genre de réflexion sur le débat actuel concernant l’identité nationale et la déchéance de nationalité, nous découvrirons bien facilement que la bonne réponse ne se situe pas dans le parti de l’exclusion. Nous comprenons alors de quelle nature doit être le message des chrétiens. Il faut que ceux que nous aurions tendance à rejeter éprouvent une telle joie d’être parmi nous qu’ils désirent changer pour devenir comme nous ! Est-ce que je rêve ?

Mais qui sont ces autres dont on parle ici et vers lesquels Jésus nous envoie? Ils sont préfigurés par la veuve de Sarepta et Nahaman le Syrien, ils sont au départ des étrangers païens dont l’une et pauvre et sans avenir et dont l’autre est riche, ministre et peut être ennemi potentiel. Aujourd’hui ce sont toujours des étrangers d'une autre religion pour la plupart qui sont demandeurs.  Dieu semble avoir besoin d'eux pour qu’ils édifient son Royaume avec nous et avec lui. Ils ont vocation à le connaître et nous avons vocation à les y encourager. Il y a ainsi au fond de chaque Chrétiens un missionnaire qui sommeille sans qu’il le sache et sa mission se conjugue avec ses rencontres des autres au quotidien. "Seigneur donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour, Seigneur donne-nous chaque jour un prochain à aimer…"
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lundi 4 janvier 2010

Les noces de Cana Jean 2:1-12 dimanche 17 janvier 2016





Les noces de Cana: Jean 2:1-12

1 Le troisième jour, il y eut des noces à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là. 2 Jésus aussi fut invité aux noces, ainsi que ses disciples. 3 Comme le vin venait à manquer, la mère de Jésus lui dit : Ils n'ont pas de vin. 4 Jésus lui répond : Femme, qu'avons-nous de commun en cette affaire ? Mon heure n'est pas encore venue.

5 Sa mère dit aux serviteurs : Faites tout ce qu'il vous dira. 6 Il y avait là six jarres de pierre, destinées aux purifications des Juifs et contenant chacune deux ou trois mesures. 7 Jésus leur dit : Remplissez d'eau ces jarres. Ils les remplirent à ras bord. 8— Puisez maintenant, leur dit-il, et portez-en à l'organisateur du repas. Ils lui en portèrent. 9 Quand l'organisateur du repas eut goûté l'eau changée en vin — il ne savait pas d'où venait ce vin, tandis que les serviteurs qui avaient puisé l'eau le savaient — il appelle le marié 10 et lui dit : Tout homme sert d'abord le bon vin, puis, quand les gens sont ivres, le moins bon ; toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à présent.
11 Tel fut le commencement des signes de Jésus, ce qu'il fit à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples mirent leur foi en lui. 12 Après cela, il descendit à Capharnaüm avec sa mère, ses frères et ses disciples, et ils n'y demeurèrent que peu de jours.


Les jeunes gens qui préparent leur mariage vont être déçus car ils ne trouveront ici aucune indication pour préparer le leur. En effet, il s’agit bien d’un mariage qui nous est raconté ici, mais on ne nous dit rien de la cérémonie. On dit que le mariage est le moment où deux familles s’associent, mais ici on ne rencontre pas les familles. On a tant dit de choses sur les mariages et Jésus n’en dit rien ! En fait la tradition veut que tout conflit soit évité lors de telles manifestations. Tout le monde est prié d’être joyeux ou de faire comme si ! Les mots acides, les paroles blessantes n’y ont pas lieu d’être, ou alors à mots couverts pour qu’on n’y entende pas les dissonances.

Si de telles pratiques sont de rigueur, c’est qu’au centre de la fête, il y a les mariés. Aucune ombre ne doit marquer ce jour car elle risquerait de leur porter préjudice et d’entacher le reste de leurs jours. Les mariés président la table alors que d’habitude, en d’autres circonstances ce sont les notables qui le font. Si les jeunes prennent ainsi le pas sur les vieux en cette occasion c’est que l’on donne priorité à l’espérance de vie que représente le jeune couple tant il porte en lui un avenir prometteur.

L’Évangile de ce jour nous présente un mariage où apparemment les règles que je viens d’édicter ne sont pas respectées. Il s’agit d’un mariage où les mariés sont absents. L’ordonnancement de la fête est mal fait et les personnages de l’Évangile que l’on
retrouve ici ne sont pas dans leur rôle. Marie qui est la première nommée prend le pas sur Jésus et se mêle de ce qui ne la regarde pas. Jésus, mis en cause rabroue sa mère. Mais si elle n’est pas dans son rôle de mère, quel est vraiment le rôle de Marie ? C’est sur son instigation que Jésus fait un miracle, mais ce miracle était-il bien utile ? Jésus le fait en catimini, comme s’il avait honte de donner à boire à des gens déjà ivres si bien que les gens responsables du repas et le marié lui-même qui fait ici une furtive apparition dans le texte n’en savent rien. Et les choses qui n’étaient pas conformes aux usages entrent dans l’ordre sans même que l’on sache s’il y avait eu vraiment du désordre. Etonnant, non ?


Il y avait donc du désordre et personne ne le savait. C’est la mère de Jésus qui s’en aperçoit et elle prétend y remédier avec l’aide de son fils. Pour y remédier, Jésus doit prendre la place du mari, ce qui n’est pas très indiqué quand on est invité à une noce. Jésus doit se substituer à lui en intervenant dans l’ordonnancement des boissons. En prenant pour un instant le rôle de l’époux, le désordre cesse. Et c’est peut être bien à ce constat que le récit veut nous amener.

Pourquoi donc nous avoir raconté un mariage où les choses vont de travers et où l’auteur ne nous dit pas qui se marie. On ne nous dit pas qui sont les amis qui entourent les mariés invisibles qu’on ne connaît pas et qu’on ne connaîtra jamais. On ne voit pas pourquoi on nous a raconté cette histoire si non pour nous dire que Jésus s’est fait manipuler par sa mère pour faire un miracle contestable que personne, ou presque ne remarque. Et c’est Marie qui a eu cette surprenante idée.

On a l’habitude de lire ce texte en focalisant notre attention sur le miracle et on oublie ce qu’il y a d’inhabituel dans le contexte. On nous a dit que l’Évangile devait être surprenant! Présenté sous le jour où je l’ai fait, ce passage est peut être trop surprenant.  Compte tenu de toutes ces anomalies, je vais vous entraîner à le lire d’une manière symbolique. Apparemment ce n’est pas le récit de la noce qui est important, ni le miracle d’ailleurs mais ce sont toutes ces circonstances que je viens de pointer. L’intérêt du récit est peut être dans cette relation curieuse qu’il y a entre Marie et Jésus où ils semblent être à la fois en situation d’opposition et de complicité  relative.

Le mariage se place habituellement au début de la vie d’un couple. Quoi qu’aujourd’hui on nous ait habitués à quelques variantes sur la question. Le mariage donc est une fête qui se déroule au début d’une aventure conjugale. Si on réalise que l’on est au début de l’Évangile, il n’est pas impossible de penser que ce mariage pourrait bien être celui de l’Église avec le Christ. Depuis l’origine des temps, le couple formé par Dieu et les hommes ne mar
che pas bien. L’histoire de l’Ancien Testament nous raconte la relation orageuse entre Dieu, qui s’offre comme époux à l’humanité et Israël présentée comme son épouse. Le prophète Osée de bien heureuse mémoire a du symboliser dans sa propre vie l’union entre Dieu et Israël. Dieu lui demande d’épouser une prostituée. Telle est la promise de Dieu, tel est son peuple.

Nous avons vu que Jésus prend ici subrepticement le rôle de l’époux. Serait-il le futur époux du peuple de Dieu ? Est-ce pour cela qu’il est si discret ? Le récit de ce mariage commence par l’expression : Trois jours après ! Mais après quoi ? Nous savons bien que le 3 eme jour est le jour de la résurrection. Ce récit des noces de Cana ne peut donc être lu que dans le contexte de la résurrection. Et comme à la résurrection, Marie était là. Marie a toujours joué un double rôle, elle est mère de Jésus et elle est figure de l’Église qu’elle anticipe. En tant que mère, elle porte toute la tradition du peuple d’Israël et en tant qu’Église, elle en est l’héritière. C’est elle, en tant que porteuse de la tradition qui reconnaît en Jésus le Fils de Dieu et c’est elle qui en tant qu’Église est témoin de la résurrection et devient servante du Seigneur.

 La prière de Marie exprimée dans son intervention : « ils n’ont plus de vin » signifie que bien qu’enivrés de tous les biens que Dieu leur donne depuis toujours, les hommes ne sont toujours pas désaltérés, ils n’ont toujours pas compris le mystère de Dieu ! Et Marie exprime alors les revendications d’une humanité qui n’a toujours rien compris au projet de Dieu. Marie messagère des hommes porte leurs revendications devant  le Christ. Est-elle dans le rôle du Saint Esprit étrangement absent dans ce récit  ou dans celui de l’Église ?  Peut-elle est-elle dans les deux ?   Elle est dans celui du Saint Esprit qui révèle les mystères de Dieu aux hommes  et dans celui de l’Eglise qui, porteuse de l’Esprit remplit les mêmes fonctions ? Pauvrette Église douteras-tu encore longtemps de ta destinée ?

Marie, peuple de Dieu, Marie Église de Jésus Christ en devenir,  Marie image de l’Esprit Saint, attire l’attention de Jésus sur le vin qui risque de manquer. Le vin c’est la joie donnée par Dieu et l’espérance de la vie. Mais les hommes aspirent à un autre vin, un vin nouveau. Jésus le leur offre. C’est Marie devenue symbole du Saint Esprit qui le leur révèle et c’est Marie image de l’Eglise qui le manifeste au monde.  Ce vin c’est bien entendu ce vin partagé au soir du vendredi saint, quand Jésus ouvre l’éternité à son Église en devenir. Le vin qui faisait  défaut, c’était  la joie du Royaume, manifesté dans la résurrection. Mais la résurrection ne prend de signification profonde que si Jésus la donne en se donnant, comme l’époux quand il se donne à son épouse.

Jésus en se retournant vers Marie, l’Église, l’interroge sur la teneur de sa foi et l’on sent des reproches dans le ton de sa voix. A-t-elle enfin compris qu’il est venu pour faire toute chose nouvelle ? Six jarres de vin nouveau suffiront-elles à apaiser nos doutes et à fortifier notre foi ? Non certes ! Les 6 jarres à nouveau pleines nous aideront sans doute à grandir sur le chemin de la foi, mais il n’y a que 6 jarres et non sept, comme on pourrait s’y attendre dans un langage symbolique. Il n’y a que 6 jarres, cela signifie que la Création n’est toujours pas achevée. Il faudra encore attendre que la 7 eme jarre nous soit offerte, que le 7 eme jour ait commencé pour que l’union du Christ et de son Église puisse être célébrée dans une harmonie enfin retrouvée.

Les choses commencées dans le désordre sont en train de rentrer dans l’ordre, la création continue à évoluer vers sa perfection qui se manifestera totalement quand nous verront les serviteurs apporter la septième jarre de vin nouveau. Cette septième jarre est encore à venir. Et les serviteurs qui la préparent, qui sont-ils ? Mais c’est v
ous bien sûrs qu’ils symbolisent. Ils préparent par leurs actions, par leur témoignage et par leur foi le Royaume qui vient. Ils accomplissent les désirs de Marie qui sait de quelle espérance les hommes ont besoin et qui la réclame à son fils. Elle est l’Église, remplie de l’Esprit qui intercède pour le monde quand elle prie en disant « que ton règne vienne ». Ainsi, sommes-nous invités, dès l’ouverture de l’Évangile à nous laisser abreuver de nouveauté et d’espérance par Jésus qui veut rester discret au cœur de la foule des hommes pour que leur espérance se colore d’audace et de foi.
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lundi 21 décembre 2009

Une voix crie Esaïe 40:1-12 Dimanche 10 janvier 2010


Esaïe 40/1-12

1 Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. 2Parlez au cœur de Jérusalem, criez-lui que son combat est terminé, qu'elle s'est acquittée de sa faute, qu'elle a déjà reçu du SEIGNEURle double de ce qu'elle méritait pour tous ses péchés. 3 Quelqu'un crie : Dans le désert, frayez le chemin du SEIGNEUR ! Aplanissez une route pour notre Dieu dans la plaine aride ! 4 Que toute vallée soit élevée, que toute montagne et toute colline soient abaissées ! Que les reliefs se changent en terrain plat et les escarpements en vallons !

5 Alors la gloire du SEIGNEUR se dévoilera, et tous la verront ensemble— c'est la bouche du SEIGNEUR qui parle. 6 Quelqu'un dit : Crie ! On répond : Que crierai-je ? — Toute chair est de l'herbe, tout son éclat est comme la fleur des champs. 7 L'herbe se dessèche, la fleur se fane quand le souffle du SEIGNEUR passe dessus. Vraiment, le peuple est de l'herbe : 8 l'herbe se dessèche, la fleur se fane ; mais la parole de notre Dieu subsistera toujours.

9 Monte sur une haute montagne, Sion, toi qui portes la bonne nouvelle ; élève ta voix avec force, Jérusalem, toi qui portes la bonne nouvelle ; élève ta voix, n'aie pas peur, dis aux villes de Juda : Votre Dieu est là ! 10 Le Seigneur DIEU vient avec force, son bras lui assure la domination ; il a avec lui son salaire, sa rétribution le précède.

11 Comme un berger, il fera paître son troupeau, de son bras il rassemblera des agneaux et les portera sur son sein ; il conduira les brebis qui allaitent.

Esaïe par Marc Chagall

Entendez-vous cette voix qui vient jusqu’à nous des profondeurs de l’histoire ? Cette voix est puissante puisqu’elle a traversé le temps et l’histoire. Elle a assez de conviction pour se faire entendre malgré les ondes contradictoires. Elle vient jusqu’à nous en s’appuyant sur des relais humains dont tous ne sont pas identifiés. De proche en proche, de siècle en siècle elle vient vers nous avec toute la puissance de conviction que Dieu a mise en elle car elle est sa voix.

Elle a jailli hors du fracas du big-bang et elle a marqué l’immensité qui n’existait pas encore de la volonté de Dieu d’imposer sa loi aux choses qui allaient advenir. Cette voix était déjà pleine de tout l’amour que Dieu réservait aux hommes qui étaient encore à naître. Cette voix est porteuse des intentions de Dieu à l’égard du monde et elle se sert du relais des hommes pour retentir. Elle nous dit encore une fois que le monde où nous sommes a du sens, parce que Dieu l’habite. Elle nous dit aussi que si notre présence sur terre est liée au concours de plusieurs hasards, Dieu a le pouvoir d’organiser ces hasards et de leur donner du sens.

Si donc aujourd’hui vous entendez cette voix, vous comprendrez que malgré tout ce que vous ne comprenez pas, votre vie a du sens, car il y a hors de vous et en vous une puissance organisatrice qui est capable d’intégrer votre personne dans le vaste mouvement des choses.

Ce matin, nous percevons l’un des échos le plus ancien de cette voix. Elle vient à nous après avoir retenti quelque part dans le Moyen Orient, entre Tigre et Euphrate sur la terre d’Abraham. C’est Esaïe qui en fut le relais a l’intention des exilés d’Israël. En l’entendant, ils se sont mis à frémir d’espérance. Esaïe, le deuxième du nom, a eu la redoutable tâche de redonner de l’espérance à un peuple exilé qui n’en avait plus. Sa voix avait tellement de force qu’elle est parvenue jusqu’à nous après que Jésus à son tour lui eut donné toute sa vigueur. L’espérance ici consiste à croire que Dieu ne se résigne pas au hasard. Quand les choses se produisent, il décide d’intervenir et de les organiser. Quand les forces de destruction semblent emprunter la violence des forts pour dominer les plus faibles, il s’efforce de susciter des contre pouvoirs pour contrarier l’opinion couramment établie selon laquelle le puissant aurait toujours raison et le pot de fer briserait toujours le pot de terre.

Il s’appuie sur une logique qui n’appartient qu’à lui, selon laquelle David peut parfois devenir le champion de Goliath. Mais Dieu n’agit pas sans être en concertation avec les hommes. Quand ceux-ci sont concernés, il demande leur participation au projet qu’il leur propose . Il espère qu'ils vont de devenir ses complices et partenaires de ses projets. C’est cela que nous appelons la conversion.

Curieusement, à mesure que le temps passe et que les siècles s’écoulent cette voix augmente d’intensité. Elle ne s’essouffle nullement et ne perd pas de sa vigueur. Toutes les fois qu’elle retentit et qu’elle est entendue, elle prend de l’ampleur. Elle dépasse de beaucoup l’environnement de celui qui la répercute et tend à atteindre tous les peuples de la terre. Plus elle est proclamée, moins elle s’affadit. Elle affirme que Dieu est un Dieu qui vient vers tous les hommes, qu’il recrée la vie là où elle s’étiole et qu’il apporte de l’espérance sur les champs dévastés par la mort.

En dépit de ce qu’on a pu dire, elle a été répercutée par des milliers de voix à Copenhague, même si, comme c’est souvent le cas, les grands de ce monde ne l’on pas entendue. Jésus a consacré toute sa vie à se faire l’écho de cette voix. Il lui a donné son visage. Il en est devenu l’image visible, si bien qu’il a pris en la prononçant le visage de Dieu. Dieu est venu ainsi habiter la personne de Jésus. C’est en cela que Jésus est devenu Dieu. C’est à cet événement que l’Evangile de Jean fait allusion quand il dit que la Parole devint chair et que le verbe s’est incarné.

Désormais, quiconque est en manque d’espérance sait que la voix de Dieu vient jusqu’à lui à travers les paroles de Jésus que les évangiles nous ont rapportées. Ce n’est donc pas par hasard, si le premier mot de Jésus mentionné par l’Evangile de Matthieu est « heureux » : « heureux les pauvres, heureux ceux qui pleurent… » car leurs malheurs et leurs détresses ne sont pas une fatalité. Il n’y a pas un destin qui frapperait durement les uns et qui réserverait du bonheur aux autres. Ce n’est ni écrit dans les astres ni dans un plan divin. Il y a seulement une voix qui vient des origines du monde et des profondeurs du temps. Elle affirme que Dieu a prévu que les choses peuvent changer si nous donnons du crédit à sa voix.

Chacune et chacun d’entre nous doit devenir un amplificateur de cette voix afin que la parole qu’elle transmet devienne vraie. Ainsi ceux qui entendent cette voix peuvent relever la tête à cette bonne nouvelle. Chacun alors s’active à consoler ceux qui sont dans le chagrin, à alimenter ceux qui ont faim à redonner du sens à la vie de ceux qui sont égarés. Esaïe proclame avec force cette prodigieuse espérance qui nous vient de Dieu et qui doit s’installer dans notre existence. Esaïe nous demande d’entreprendre des travaux de Titans pour permettre à cette voix d’atteindre son but. Il faut niveler les montagnes dit-il, combler les vallées faire un énorme chantier. Puisque nous sommes capables d’entreprendre de tels travaux pour moderniser nos cités du vingt-et-unième, ne serait-il pas possible d’entreprendre la même chose pour tracer une voie royale à notre Dieu ? Dieu est capable de mettre au cœur des hommes assez de force et d’énergie pour contrecarrer le sens apparent de l’histoire.

Ce n’est ni la guerre, ni la violence qui permettront de changer le cours des choses, c’est l’amour et l’altruisme. La voix de Dieu s’oppose à la fatalité du monde qui semble être réglé avec une rigueur immuable selon laquelle la fleur sèche et l’herbe fane si bien qu’on la ramasse et qu’on recommence à la saison prochaine. Rien ne semble pouvoir changer le cours immuable des choses si non la voix de celui qui crie que le pardon a plus de force que la vengeance et que la seule justice, c’est celle qui fait vivre.

Celui qui porte son regard sur le monde en gardant présent l'esprit ce principe , sentira grandir en lui les sentiments de victoires qui habitait David quand il affronta le géant. Le premier endroit où cette manière de voir les choses doit prendre place c’est en nous-mêmes. La première tâche que nous ayons à faire, si nous voulons que cette voix soit crédible c’est que nous commencions par y croire nous-mêmes. Aujourd’hui, la voix venue d’ailleurs, relayée par Esaïe incarnée en Jésus et marquée par les traits de son visage vient jusqu’à nous. Elle retentit au plus profond de nous-mêmes sous la forme d’une question : Y crois-tu toi-même ?

Crois-tu que la puissance de transformation de Dieu est liée à cette voix ? Crois-tu que cette voix contient en elle une telle puissance créatrice que le monde pourrait en être changé ? Il y a si longtemps que l’on dit ces choses et nous n’en voyons toujours pas les effets. Noël succède à chaque Noël sans que rien ne change si bien que cette promesse de Dieu ne semble être qu’une vaine espérance à laquelle nous nous donnons l’illusion de croire le temps d’une fête. C’est pourtant sur ce point précis qu’achoppe aujourd’hui cette voix qui vient de si loin. Elle bute à la porte de notre raison et de notre cœur. Es-tu capable de croire vraiment à la foi que tu professes, demande-t-elle ? Cette foi a-t-elle mis en toi cette vérité selon laquelle tout est possible pour celui qui croit ? C’est désormais la tâche essentielle à laquelle chacun de nous doit commencer à s’atteler. Il doit travailler sur lui-même pour que cette vérité fasse partie de lui, comme elle a fait partie de Jésus. Jésus y a cru et beaucoup de choses ont changé. Pouvons-nous avoir une perception différente des choses que notre maître ? Les choses peuvent changer si nous croyons vraiment que la vérité sur nous et sur le monde repose sur la manière dont nous ferons écho à cette voix dont nous sommes les destinataires et le dépositaires.


vendredi 18 décembre 2009

La sagesse du coeur: Esaïe 60:1-6 dimanche 7 janvier 2018




Esaïe Chapitre 60
1 Lève-toi, brille : ta lumière arrive, la gloire du SEIGNEUR se lève sur toi. 2 Certes, les ténèbres couvrent la terre et une obscurité épaisse recouvre les peuples ; mais sur toi le SEIGNEUR se lève, sur toi sa gloire apparaît. 3 Des nations marcheront à ta lumière et des rois à la clarté de ton aurore.
4 Lève les yeux et regarde tout autour : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ; tes fils arrivent de loin, tes filles sont portées sur la hanche .5 Lorsque tu le verras, tu seras radieuse, ton cœur bondira, il sera au large, quand l'abondance de la mer se tournera vers toi, quand les ressources des nations viendront vers toi. 6 Tu seras couverte d'une foule de chameaux, de dromadaires de Madiân et d'Epha ; ils viendront tous de Saba ; ils porteront de l'or et de l'encens et annonceront, comme une bonne nouvelle, les louanges du SEIGNEUR.

Dans une vision pleine de promesses que nous voudrions savourer avec lui, le prophète Esaïe contemple la caravane qui s’approche. Elle apporte avec elle les projets de bonheur que le futur réserve à son peuple. Le bonheur qu’il espère pour ses concitoyens est en voie de réalisation, croit-il ! Ainsi aimerions-nous que la nouvelle année s’avance vers nous porteuse d’une espérance que tous nos projets d’avenir s’efforceront de réaliser.

Ce   jour nouveau qui se lève et qui s’approche de nous au pas lent des chameaux venus des pays de la prospérité, c’est le monde que Dieu nous promet. Il brille déjà d’une gloire qui n’appartient qu’à lui et qui illumine notre futur qui est déjà commencé. Le futur dans lequel nous entrons est déjà habité par Dieu. Il est déjà chargé de tout ce que Dieu y a déjà investi, c’est pourquoi, l’année qui commence sera bonne. Nous pouvons donc nous souhaiter une bonne année sans scrupule ni arrières pensées.

La vision d’Esaïe se précise en nous faisant contempler cette joyeuse caravane qui s’est mise en route. Chameaux et dromadaires apportent avec eux des richesses venues des pays les plus fabuleux . C’est un peuple heureux qui accompagne sa progression. Il exulte de joie, les enfants sont juchés sur les épaules de leurs pères. Toute cette jubilation donne une impression de bonheur .

N’abîmons pas trop vite notre plaisir en évoquant la réalité qui nous attend, car nul parmi nous ne croit vraiment à la réalisation du bonheur promis, en tout cas pas pour les années qui viennent. Chacun cède en ce début d’année à la coutume de porter des vœux à la réalisation desquels il ne croit pas. Nous allons formuler des souhaits de santé et de prospérité et de paix pour tous ceux que nous allons rencontrer, tout en sachant que des nuages menaçant s'amoncellent sur nos têtes. Nous savons aussi la dureté économique du moment,  et malgré la prospérité que les indices nous promettent , nous regardons en arrière vers un passé qui a été pour nous plus heureux que notre présent. Nous ne pouvons pas sortir de notre esprit que nous venons d’une époque que nous appelons les trente glorieuses où tout ce que nous redoutons aujourd’hui n’existait pas encore. Savourons cependant encore quelques instants la prophétie qui ouvre ses portes vers un bel avenir, car cet avenir est partagé par Dieu, et c’est lui qui nous le propose.

Il suffit parfois d’évoquer la réalité de Dieu pour que les visages se ferment, que les conversations cessent et que nos interlocuteurs regardent dans une autre direction, comme si dans notre société, il était indécent de parler de Dieu, ou pire, comme si plus personne n’attendait rien de lui. Les hommes ont perdu l’habitude de compter sur Dieu pour organiser le monde.

Bien que son nom figure encore sur les billets de banque américains, bien peu d’économistes se fondent sur lui pour imaginer une société juste et équitable. En effet ceux qui tiennent les rennes du monde où nous sommes se croient capables de faire des projets réalistes pour diriger notre planète, ils s’estiment suffisamment intelligents pour les mener à bien. L’homme post moderne n’a plus besoin de Dieu pour construire une société que ses techniques se proposent de mettre en place.

Alors à quoi bon mêler à tout cela la notion de Dieu puisque le seul fait d’évoquer son nom entraîne des rivalités, des haines et des guerres. C’est au nom de Dieu que les sociétés passées ont construit un monde divisé, c’est au nom de la sagesse des hommes pense-t-on encore que se construira un avenir de prospérité. Mais y croit-on encore? Les plus utopistes parmi-nous pensent que l'on peut construire un autre monde ailleurs , sur des exo-planètes

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Et pourtant cet avenir prometteur ne se veut pas optimiste du tout. Si les penseurs ont  perdu leur foi en Dieu, ils n’ose pas dire encore qu’il a perdu leur foi en l’homme. Pourtant, nous savons bien que ce n’est pas Dieu qui a provoqué les désastres dont l’histoire le rend coupable, nous savons bien que les hommes eux-mêmes s’en sont servis d’alibi pour masquer leur esprit conquérant, tant il est vrai que l’homme n’a jamais trouvé de meilleure proie que ses semblables et que tous les prétextes lui paraissent suffisamment bons pour s’emparer des biens de son voisin. Chaque peuple a profité du nom de Dieu pour exprimer en son nom, des désirs qui faisaient des autres des adversaires tout trouvés pour les délester de leurs biens. Ils ont ainsi sollicité les textes bibliques pour qu’ils soutiennent les thèses les plus hostiles à leurs voisins, c’est ainsi que le récit de la tour de Babel rend Dieu responsable du désordre parmi les nations et que le forfait du troisième fils de Noé justifie la politique d’apartheid (1)

C’est un travers bien répandu dans la société des hommes que d’accuser Dieu d’être responsable de tous leurs maux. S’il n’en est pas directement responsable pense-t-on, il l’est quand même, par son refus d’intervention. Pourquoi laisse-t-il faire les drames que nous connaissons ? Il lui serait facile, par un simple miracle de remédier à tous les maux de notre société dont les hommes ne seraient pas directement responsables. La Bible ne nous fait-elle pas des promesses qui iraient dans ce sens ? Marie en effet quand elle apprend qu’elle sera la mère du Messie salue l’avènement d’un monde que Dieu prend en main, elle le voit entreprendre la construction d’un monde de justice : « Il a dispersé ceux qui avaient dans leur cœur des pensées orgueilleuses, Il a fait descendre les puissants de leur trône, il a élevé les humbles, rassasié de biens les affamés, renvoyé vides les riches… » (2) Qu’attend Dieu pour exécuter ses promesses ?
Il est facile d’intenter un procès à Dieu, car nous savons qu’il n’entrera pas en contestation avec les hommes. Si nous croyons qu’il joue un rôle dans la création du monde, dans l’évolution des espèces et dans le développement des sociétés, ce n’est pas pour en discuter avec les hommes. Pour lui la seule fonction  des humains sur cette terre consiste à discerner, pour chaque moment, quelle est la volonté de Dieu afin de rendre l’évolution de l'humanité plus harmonieuse. Mais au lieu de cela l’homme se croit assez intelligent pour organiser lui-même l’avenir. La seule chose qu’il demande à Dieu, est de réguler les dysfonctionnements du monde par des miracles qui permettraient aux choses d’aller mieux. Mais il sait qu’il ne le fera pas, c’est pourquoi il se refuse de croire en lui.
Oh homme ! aussi intelligent que tu sois, tu n’a toujours pas compris que Dieu a déposé en toi l’intelligence qui te rend capable de comprendre les mystères du cœur de Dieu ! Dieu s’est choisi l’homme comme seul interlocuteur valable parmi toutes les espèces innombrables de la terre. Il lui a donné cette intelligence du cœur qui lui permet de comprendre ce que Dieu attend de lui. Il a permis que l’histoire des hommes soit jalonnée par la présence de nombreux prophètes qui dans les diverses cultures répandues sur la terre ont guidé les humains sur les voies de la sagesse de Dieu. Ce sont les mots de prochain, d’amour et de partage qui ont scandé leurs messages indépendamment des religions dont ils étaient issus.
Il a même plu à Dieu de bousculer l’ordre des choses. Il s’est permis de venir en personne cheminer sur les chemins du monde. Il a choisi de partager les souffrances des hommes et d’assumer leur destin, il a choisi de se faire  connaître  dans les actions de Jésus pour se faire plus proche d’eux. C’est même sur les sentiers de la mort qu’il a cru bon de partager le sort de l’humanité. Pour ceux qui en veulent encore et qui ont besoin de paroles claires, il a inspiré les évangiles où toujours, les mêmes mots : de prochain, de vie, d’espérance, d’amour et de partage s’entremêlent en une immense harmonie.


Portées à dos de chameau ou portées par le souffle de l’esprit de Dieu les promesses d’un monde nouveau, édifié par la sagesse des hommes et éclairée par les promesses de Dieu se profile à l’horizon. Dieu invite alors les hommes à mettre un temps d’arrêt dans leurs projets humains pour se laisser habiter par la sagesse du cœur, cette sagesse qui nous emplit quand nous laissons Dieu parler en nous. Ils apprendront alors à assembler les mots d’amour, de responsabilité et d’espérance qui se mettront à rimer entre eux selon la volonté de Dieu.


Les vœux que nous formulerons, en ce début d’année trouveront leur exaucement s’ils prennent le relais de cette sagesse du cœur qui nous vient de Dieu car c’est elle qui est la clé du devenir du monde. C’est elle seule qui peut ouvrir la porte qui peut libérer les secrets de Dieu qui se déverseront alors sur notre société.

(1) Genèse 9/25
(2) Luc 1/51-53


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lundi 14 décembre 2009

Jésus à douze ans au Temple Luc 2: 41-52 dimanche 30 décembre 2018

Jésus à douze ans dans le temple
41 Chaque année, les parents de Jésus allaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque. 42 Lorsque Jésus eut douze ans, ils l'emmenèrent avec eux selon la coutume. 43 Quand la fête fut terminée, ils repartirent, mais l'enfant Jésus resta à Jérusalem et ses parents ne s'en aperçurent pas. 44 Ils pensaient que Jésus était avec leurs compagnons de voyage et firent une journée de marche. Ils se mirent ensuite à le chercher parmi leurs parents et leurs amis, 45 mais sans le trouver.

Ils retournèrent donc à Jérusalem en continuant à le chercher.
46 Le troisième jour, ils le découvrirent dans le temple : il était assis au milieu des maîtres de la loi, les écoutait et leur posait des questions. 47 Tous ceux qui l'entendaient étaient surpris de son intelligence et des réponses qu'il donnait. 48 Quand ses parents l'aperçurent, ils furent stupéfaits et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Ton père et moi, nous étions très inquiets en te cherchant. » 49 Il leur répondit : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? » 50 Mais ils ne comprirent pas ce qu'il leur disait. 51 Jésus repartit avec eux à Nazareth. Il leur obéissait. Sa mère gardait en elle le souvenir de tous ces événements. 52 Et Jésus grandissait, il progressait en sagesse et se rendait agréable à Dieu et aux hommes.


Nous ne savons rien de la jeunesse de Jésus si non qu’un jour au cours du pèlerinage traditionnel de la Pâques il s’est attardé dans les écoles rabbiniques sous les portiques du temple et qu’il a raté le départ de la caravane. Erreur qui aurait pu lui être fatale car les routes sont dangereuses sur le chemin du retour pour un enfant seul mais son père et sa mère veillaient.

Si nous faisons abstraction du fait que cette aventure est arrivée à Jésus et que nous imaginons qu’elle ait pu arriver à n’importe quel gamin qui ne serait pas Jésus, nous aurions certainement un autre regard sur l’événement. Au lieu de regarder la chose avec un a priori favorable, comme nous le faisons, puisqu’il concerne Jésus, nous le verrions sous un autre regard. Les parents d’un tel gamin se poseraient des tas de questions et chercheraient ce que cette attitude pourrait bien signifier :

Une fugue ? Un acte d’insoumission, un désir d’indépendance, une révolte contre son père et sa mère ou pire une forme de délire mystique poussé à son paroxysme qui rendrait les parents encore plus inquiets. Mais puisqu’il s’agit de Jésus, tout va bien!

Je retiendrais pour ma part une première leçon de ce texte : Jésus a manqué le départ de la caravane qui devait le ramener à son village, le lieu où il vit normalement entre son père et sa mère, où il apprend un métier et où plus tard il sera un artisan respecté et à n’en pas douter un notable. En manquant le départ, c’est à tout cela qu’il semble tourner le dos. Le chemin qu’il doit suivre pour accomplir sa propre vie ne semble pas être celui qui paraît évident pour les autres. Il le rate volontairement car les affaires de son Père le retiennent ailleurs dit-il. Il faut entendre par là que le service de Dieu prend priorité dans sa vie par rapport à l’ordre social normalement établi.

Je ne peux cependant m’empêcher de partager l’inquiétude de ses parents et de tous les parents qui n’ont qu’un souci: celui que leur enfant prenne le bon départ, qu’il parte d’un bon pied dans la vie, et qu’il suive la caravane de son existence qui devrait l’amener sans encombre à sa vie d’adulte. C’est sans nul doute ce raisonnement que nous faisons tous pour nos enfants. Quant à Jésus, il ne veut pas entrer dans l’ordre établi. Ce n’est certainement pas le système éducatif de son temps qu’il conteste mais c’est la vision de ses parents concernant l’avenir. Quel avenir pour leur enfant et pour eux? Et à cette question que ne manquent pas de se poser les parents de Jésus fait écho la même question que nous nous posons à notre tour : Quel avenir pour nos enfants et pour nous-mêmes. Quels souhaits formuler en cette aube de 2019 ?

C’est cette question qui va alimenter notre méditation, et nous allons garder cet épisode de la vie de Jésus comme support à notre réflexion. Nous entrons dans une nouvelle année avec une quantité de questionnements sur l’avenir, sur l’humanité en danger qui subit les fantaisies d’une planète qui se réchauffe, sur nous-mêmes et sur nos enfants, sur l’Eglise également dont nous ne cernons plus très clairement les contours. Nous nous demandons, nous les chrétiens fidèles, s’il peut-il y avoir un avenir sans l’Eglise, sans les Eglises, sans l’Eglise Unie, sans nos pasteurs, sans nos fidèles. Nous nous inquiétons à cause de ces courants religieux nouveaux qui reprennent des mythes anciens et qui nous bousculent par leur dynamisme. Ont-ils une part de vérité?

Nous osons à peine formuler ces questions aujourd’hui, car nous ne leur trouvons aucune réponse logique. Le monde nous déroute et nos enfants aussi. Leurs comportements mais surtout leurs pensées et leurs projets nous donnent à redouter qu’ils aient raté pour la plupart, le départ de la caravane dans laquelle nous étions engagés avec eux. Les parents de Jésus ont du quitter la caravane pour venir rejoindre leur fils. Nous aurions tous fait la même démarche ! Marie et Joseph quittent leurs compagnons de route et retournent seuls, par des chemins dangereux à la recherche du gamin et le retrouvent. Mêmes s’ils ne comprennent pas ce qui s’est passé, ils osent croire cependant que ce n’est pas si grave. Dieu les a conduits à travers les dangers et ils ont retrouvé le chemin de leur maison. Ils ont compris que leurs fils a choisi d’autres voies que celles qu’ils avaient prévues.

Dans ce passage en compagnie de Jésus nous avons rejoint la modernité de ce temps et le quotidien de beaucoup d’entre nous. Nous nous inquiétons ce matin sur le devenir de nos enfants et sur l’avenir du monde et nous nous interrogeons sur la pertinence de nos comportements. Nous découvrons que les sécurités que le monde moderne nous propose ne sont pas forcément porteuses d’ avenir. Les constructions humaines ne sont pas porteuses de ce que sera demain. On continue à dire aujourd’hui que nous construisons la société de demain, mais ce qu’on ne nous dit pas, c’est quelles sont les valeurs déterminantes d’aujourd’hui qui décideront d’une société vivable pour les générations futures. Il est notoire que les urbanistes et les sociologues d’hier n’ont pas su prévoir ce qui nous menace aujourd’hui. Ils n’ont pas su corriger ce qui nous mettrait en péril. On a négligé, dans le système qui prévaut aujourd’hui, que c’est l’intérêt du prochain qui doit avoir priorité sur tout.

Puisque les hommes n’ont pas su gérer les choses, il n’est pas inconvenant de s’interroger pour savoir si Dieu n’a pas quelques chose à nous dire. C’est pourquoi nous rejoignons Jésus au temple pour considérer ce qui se passe avec les vénérables maîtres de la Loi sous le portique de Salomon. Là nous découvrons que c’est Jésus qui mène le jeu des questions et des réponses et que ce sont eux qui sont étonnés. Il me semble que par sa manière de les interroger ou de répondre à leurs questions, Jésus les amène à découvrir que leur science biblique et théologique ne contient pas toutes les réponses et toutes les questions que Dieu pourtant avait révélées de longue date. La pratique de la religion et le respect de la loi elle-même doivent céder la priorité au souci du prochain. Ce sera le fondement de l’enseignement que Jésus développera quand il deviendra adulte. C’est pourtant ce qui a largement été oublié dans la construction du monde actuel.

Ce qui fascine les maîtres de la Loi, c’est l’intelligence avec laquelle Jésus répond à leurs questions. L’intelligence dans l’Ecriture n’est pas seulement d’ordre intellectuel, elle est aussi d’ordre spirituel. Il s’agit de l’action conjuguée de notre capacité à réfléchir et de l’Esprit de Dieu qui travaille en nous. Jésus ne nous enseigne pas à chercher des réponses toutes faites ou prédéterminées par Dieu, car Dieu nous laisse la liberté de construire le monde de demain. Il nous a donné un seul carnet de route que les hommes connaissent fort bien et qu’ils négligent beaucoup, c’est le respect que l’on doit au plus faible. C’est en le mettant en pratique que le monde évoluera heureusement.

Bien qu’il soit de notre responsabilité de construire l’avenir, cela ne peut se faire sans Dieu, car c’est lui qui nous donne l’intelligence des choses et le discernement. Dieu agit en nous pour nous aider à formuler des réponses toujours nouvelles à nos questionnements. Dieu nous inspire pour que le monde évolue dans le sens de l’intérêt de tous et il nous résiste, sans nous contraindre si nos pas ne vont pas dans le bon sens.

Jésus, déjà tout plein de la connaissance que Dieu a mis en lui, quitte la caravane du conformisme social. Il enseigne sans doute les vénérables maîtres à le faire aussi. Ils s’émerveillent, mais ils ne vont pas changer. Semblable aux sages d’Israël, le monde d’aujourd’hui connaît les impératifs que lui impose l’avenir, mais il ne veut changer ni son confort, ni ses avantages ni ses privilèges !

Ceux qui jadis ont construit le monde d’aujourd’hui ont fait l’économie de Dieu, et nous en voyons les effets. A nous qui sommes les constructeurs du monde de demain, nous sommes invités à le construire avec intelligence, c’est à dire en sachant que Dieu nous fait l’honneur de nous laisser l’inventer. Les projets de demain ne sont pas cachés dans les pages de la Bible ou de quelque Livre sacré, les projets de demain seront porteurs de l’avenir dans la mesure où avec intelligence nous discernerons dans quel sens le souffle de l’esprit nous emporte. Il est donc opportun de ne pas se sentir obligé de suivre la caravane de l’ordre établi. Il nous faut formuler autrement les règles de notre évolution en y introduisant des valeurs nouvelles qui seront faites d’amour et d’espérance. Le monde de demain n’a d’avenir qu’avec Dieu et Dieu ne travaille qu’avec les hommes de bonne volonté. Que celui qui a de l’intelligence essaye de comprendre !









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