lundi 8 février 2010

Une autre façon de parler de la résurrection: Luc 9:28-36 dimanche 28 février 2010


Luc 9/ 28b-36

– La transfiguration

28 Huit jours environ après ces paroles, il prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il monta sur la montagne pour prier. 29 Pendant qu'il priait, l'aspect de son visage changea, et ses vêtements devinrent d'une blancheur éclatante. 30 Il y avait là deux hommes qui s'entretenaient avec lui : c'étaient Moïse et Elie 31 qui, apparaissant dans la gloire, parlaient de son départ, qui allait s'accomplir à Jérusalem. 32 Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil. Réveillés, ils virent sa gloire et les deux hommes qui se tenaient avec lui. 33 Au moment où ces hommes se séparaient de Jésus, Pierre lui dit : Maître, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Elie. Il ne savait pas ce qu'il disait. 34 Comme il parlait ainsi, une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de crainte, tandis qu'ils entraient dans la nuée. 35 Et de la nuée survint une voix : Celui-ci est mon Fils, celui qui a été choisi. Ecoutez-le ! 36 Quand la voix se fit entendre, Jésus était seul. Les disciples gardèrent le silence et ne racontèrent rien à personne, en ces jours-là, de ce qu'ils avaient vu.

Deux illustres patriarches font irruption sur le chemin de trois apôtres. Ils s’emparent de Jésus et leur offrent un moment d’extase inoubliable. Leur raison s’en est trouvée ébranlée, leur faculté de jugement s’est arrêtée. Saisis par l’extase ils ont laissé l’irrationnel s’emparer de leur intelligence. Leur expérience nous est ici racontée et nous ne savons pas très bien qu’en penser.

En fait, nous ne sommes pas seulement des êtres de chair et de sang. Nous ne sommes pas seulement des êtres faits de matière organique habitée par un esprit rationnel. Nous ne sommes pas seulement soumis aux lois de l'évolution des espèces. Il y a en nous un plus que nous ne savons pas définir. Comme nous n'arrivons pas à décrire ou même à expliquer ce supplément d'existence nous avons tendance à l'ignorer, en vertu d'un principe, que nous croyons moderne, selon lequel tout ce qui échappe à notre esprit rationnel n'a pas lieu d'être. Nous nous croyons alors maîtres de nous-mêmes. Nous nous croyons maîtres de notre corps de chair dont nous pensons contrôler tous les gestes, grâce à notre esprit qui est soumis à notre intelligence. Tout cela fonctionne comme une mécanique bien huilée que rien ne devrait perturber. Pourtant au fond de nous-mêmes nous ne sommes pas satisfaits car nous savons bien que cela ne marche pas ainsi. Il y a en nous quelque chose d’incontrôlable qui nous échappe. C’est ce que nous pourrions appeler notre faculté d’émotion.

Il suffit parfois de peu de chose pour que tout se mette à dysfonctionner en nous. Il suffit d'un rien, pour qu'en un instant nous ne contrôlions plus la situation et qu'une fenêtre s'ouvre sur un espace que nous ne connaissons pas. Ce sont des instants d'extase assez brefs, la plupart du temps, pour ne pas nous inquiéter, mais qui nous ravissent cependant. Cela se produit sous l’effet d’une émotion. Elle peut être artistique et se produit en contemplant un tableau ou en écoutant de la musique. Un paysage aussi bien qu’un poème peuvent également produire en nous cet effet de ravissement, sans parler de l’amour qui bien évidemment peut produire une telle émotion que nous arrivons à perdre le sens de la réalité. L’apôtre Paul a vécu une telle expérience après une chute de cheval.

En y réfléchissant nous éprouvons cependant une sorte de malaise parce que nous ne savons pas expliquer l'origine de cette émotion. Nous ne savons pas sur quoi elle ouvre notre esprit et on l'explique, sans doute trop vite, en parlant d'émotion artistique ou même de coup de foudre voire d’extase. Nous sommes obligés de constater que nous sommes ainsi faits. Nous sommes sensibles à ce qui nous provoque de l'extérieur et nous ne savons pas maîtriser ce sentiment. Faute de pouvoir donner une explication nous nous empressons d'oublier le fait que nous sommes accessibles à des émotions extérieures à nous-mêmes. Mais malheur à qui voudrait provoquer artificiellement ce type d’émotion ! C’est un autre sujet et nous n’en parlerons pas, mais nous ne saurions l’ignorer. Il est donc nécessaire, pour aller plus loin, que nous nous penchions sur cet ailleurs, qui ne nous appartient pas mais qui provoque en nous ces dépassements émotionnels qui nous ravissent.

Tout se passe comme si une puissance extérieure venait vers nous pour nous rendre heureux. Dieu profiterait-il de cette capacité, pour venir vers nous, sans dire son nom, et bousculer nos sécurités? D'autres avant nous se sont posés cette même question, d'autres après nous se la poseront à nouveau. C’est auprès de ceux qui nous ont précédés que nous allons essayer d’explorer ce terrain là. C'est à partir de leurs expériences que nous nous interrogerons sur la nôtre et que nous comprendrons comment Dieu travaille en nous pour se faire connaître.

L'Evangile de ce jour propose à notre sagacité de s'attarder sur deux des plus illustres témoins de l'Ecriture : Moïse et Eli. Ils tiennent ici le haut du pavé. Pour que leur expérience puisse devenir la nôtre il nous faut les connaître mieux. Certes, tout le monde connaît Moïse tant Cécile B. de Mille a vulgarisé son épopée. Mais au de-là des légendes dont le film a cherché à enjoliver l’histoire, que reste-t-il de son expérience de foi, car c'est celle-là qui nous intéresse? Est-il seulement celui qui a traversé la Mer Rouge sans se mouiller les pieds avec six cent mille fugitifs juifs? Il est aussi celui qui a brisé les tables de la Loi gravées du doigt de Dieu. Mais sait-on aussi qu'il est celui dont le souffle s'est mêlé à celui de Dieu et que c'est ainsi, dans un baiser divin qu'il entra dans l'éternité si bien que nul ne sait s'il mourut vraiment? En tout cas l'Ecriture nous ouvre à son propos une piste de réflexions sur les secrets de Dieu concernant la mort et la vie. ( cf . Deutéronome 34). Nos Bibles traduisent : « il mourut sur un ordre de Dieu », l’hébreu dit « il mourut sur la bouche de Dieu ». pourquoi ne pas traduire par : « il mourut sur un baiser de Dieu ! »

Elie, quant à lui, on le connaît moins. Pas de film à grand spectacle à son sujet. Il faut être allé à l'Ecole du dimanche pour savoir qui il est. Traqué par la reine Jézabel il massacra 500 prophètes de Baal. Insatisfait cependant, il chercha à approfondir la vérité sur Dieu, il se réfugia sur l'Horeb où il découvrit Dieu dans le souffle d'une brise légère. Il acheva sa vie, emporté dans le ciel par le souffle sacré et comme Moïse nul ne le revit. Les croyants attendent encore son retour. Ces deux hommes exceptionnels viennent habiter l'histoire des hommes, comme pour leur dire que la vie terrestre ne s'achève pas dans le néant comme ils le redoutent. C'est ce que comprennent Pierre, Jacques et Jean, témoins en une commune extase de ce moment exceptionnel où, dans un bref instant, ils reçoivent la certitude que leur histoire terrestre ne s'achèvera pas dans le néant. Il y a un ailleurs que la vision leur révèle. Tout cela pourrait s'arrêter là, comme pour nous garantir que Dieu se sert de nos émotions pour nous ouvrir au mystère de l'éternité.

Mais la particularité des hommes, c'est qu'ils sont rebelles. Ce travers de l’homme est curieusement perçu aujourd'hui comme une qualité. C'est dire que notre inconscient collectif nous pousse sans trop savoir comment, à nous détourner des chemins battus pour aller vers cet Autre en qui nous reconnaissons Dieu. Nous ne pourrons cependant avancer sans faire l'économie de l'expérience de la mort.

L'Evangéliste Luc qui nous rapporte cette expérience de la Transfiguration, nous raconte plus loin comment deux hommes, (deux anges peut-être?) dans le sépulcre même où on avait mis Jésus, furent témoins du passage de Jésus de cette vie dans l'autre. Tout se passe alors, comme si la vision de la transfiguration se prolongeait sous sa plume dans la tombe où Dieu est venu chercher Jésus.

Nos deux grands témoins ont connu le même sort semble-t-il - Moïse que le baiser de Dieu emporta dans l'éternité, - ou Elie qui fut enlevé par l'ange céleste. Ils apportent tous deux leur caution à l'enseignement de Jésus. Cette expérience devient alors la nôtre. Jésus, en compagnie de Moïse et d'Elie, nous ouvre la porte de l'au-delà, comme pour nous dire que notre voyage sur terre s’achèvera dans un baiser de Dieu vers l’éternité.

Bien que tout paraisse évident, nous ne cessons cependant de nous demander pourquoi il est si difficile de croire? Il suffit de poser la question pour trouver la réponse. Nous négligeons trop souvent ces moments où l'irrationnel provoque notre raison. Nous refusons trop souvent de chercher ce qui se cache derrière nos émotions et nous ne prenons pas le temps de trouver dans l'Ecriture le support dont nous avons besoin pour aller plus loin. Faute d'être assez familiers avec les Ecritures nous doutons de la vérité sur laquelle repose leur témoignage. Et si ce n'était pas vrai, se dit-on ? Et si ce n'étaient que contes et légendes? La vérité n'est pas dans l'historicité des récits, elle les dépasse. La vérité, c'est qu'il y a une cohorte de témoins dont chacun de nous est le dernier.

Chacun à sa manière et dans sa vérité, a éprouvé des émotions comparables avec celles que nous avons dites. Chacun a ressenti ce sentiment qui l'ouvrait à un monde différent du sien où Dieu révélait sa présence. Chacun a eu ses moments d’extase ou ses visions irréelles. Toutes ces expériences peuvent nous aider à reconnaître Jésus ressuscité qui chemine sur le même chemin.

L'enseignement que nous devons retenir c'est de ne pas avoir peur et de nous laisser saisir par notre intuition de l'absolu de Dieu quand elle nous provoque. Elle confirme la réalité de la résurrection pour ceux qui avant nous en ont fait l'expérience. Elle ne se démontre pas et se refuse à tout raisonnement rationnel puisqu'elle nous vient de Dieu qui échappe à notre raison. Il s'est fait connaître à notre monde fini pour y introduire l'éternité. Si aujourd'hui vous entendez sa voix, laissez-vous séduire par elle et vous goûterez déjà la saveur de la résurrection.



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mardi 2 février 2010

Dieu a besoin de l'homme pour créer: dimanche 21 février 2010 Deutéronome 26:1-10




Lorsque tu seras entré dans le pays que le SEIGNEUR, ton Dieu, te donne comme patrimoine, lorsque tu en auras pris possession et que tu l'habiteras, 2 tu prendras des prémices de
tout le fruit de la terre que tu recueilleras de ton pays, celui que le SEIGNEUR, ton Dieu, te donne ; tu les mettras dans une corbeille et tu iras au lieu que le SEIGNEUR, ton Dieu, choisira pour y faire demeurer son nom. 3 Tu iras vers le prêtre qui sera en fonction en ces jours-là et tu lui diras : « Je déclare aujourd'hui au SEIGNEUR, ton Dieu, que je suis entré dans le pays que le SEIGNEUR a juré à nos pères de nous donner. » 4 Le prêtre prendra la corbeille de ta main et la déposera devant l'autel du SEIGNEUR, ton Dieu.

5 Et toi, tu diras devant le SEIGNEUR, ton Dieu : « Mon père était un Araméen nomade ; il est descendu en Egypte avec peu de gens pour y séjourner en immigré ; là, il est devenu une nation grande, forte et nombreuse. 6 Les Egyptiens nous ont maltraités, affligés et soumis à un dur esclavage. 7 Nous avons crié vers le SEIGNEUR, le Dieu de nos pères. Le SEIGNEUR nous a entendus et il a vu notre affliction, notre peine et notre oppression. 8 D'une main forte, d'un bras étendu, par une grande terreur, avec des signes et des prodiges, le SEIGNEUR nous a fait sortir d'Egypte. 9 Il nous a amenés dans ce lieu et il nous a donné ce pays, un pays ruisselant de lait et de miel. 10Maintenant j'apporte les prémices du fruit de la terre que tu m'as donnée, SEIGNEUR ! » Tu les déposeras devant le SEIGNEUR, ton Dieu, et tu te prosterneras devant le SEIGNEUR, ton Dieu

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S’il est une histoire fascinante, c’est bien celle qui consiste à retrouver la trace de nos origines. Il est bien évident qu’il ne s’agit pas de découvrir les traces de l’humanité dans l’évolution des espèces. Il s’agit ici d’une autre aventure que celle de trouver le chaînon manquant dans les ancêtres de l’homme. Il s’agit de trouver la trace de la présence de Dieu dans l’évolution spirituelle des hommes. Nous n’emprunterons pas à Darwin ses présupposés philosophiques, mais nous serons attentifs à ce que nous disent les textes de la Bible, et en particulier celui du Deutéronome qui rappelle à ses lecteurs que leurs ancêtres étaient des nomades araméens dont Dieu suivait la piste. Car à l’origine, c’est Dieu qui recherchait l’homme et non pas l’homme qui cherchait Dieu. Même si habituellement on pense le contraire. Il est commun d’ imaginer que c’est l’homme qui cherche Dieu et qui ne le trouvant pas le construit à sa ressemblance d’homme !

Il semble que nous avons existé dans la pensée de Dieu bien avant notre naissance, et même sans doute avant notre conception. Il s’est écoulé de nombreuses années entre le moment où les Araméens nomades descendirent en Egypte et le moment où le peuple hébreu découvrit son histoire dans le livre du Deutéronome. Selon l’écrivain biblique nos origines, dans le cœur de Dieu remontent infiniment loin dans le temps. Bien que la présence de Dieu dans nos origines soit très ancienne, ce n’est que dans notre vie présente que nous prenons conscience de sa réalité, quand pour la première fois nous éprouvons le besoin de sa présence et que nous crions vers lui.

Jérémie, un des plus ancien écrivain biblique avait laissé entendre que Dieu le connaissait déjà dès le ventre maternel, et ici, dans le Deutéronome, il est suggéré que Dieu s’intéressait déjà à nous dès l’origine de l’histoire de nos ancêtres. Je passe bien entendu sous silence l’histoire d’Adam et Eve dont le récit est beaucoup plus récent et qui ne relate pas un événement historique.

Déjà, dans la société des araméens nomades, Dieu était déjà à l’œuvre. Pourtant, ce peuple n’avait rien de remarquable en soi pour que Dieu s’intéressât à lui. Aucun de nous n’a d’ailleurs assez d’attrait pour que Dieu s’intéresse à lui ! Dieu s’appuie sur d’autres critères. Ce peuple insignifiant de la préhistoire biblique n’avait d’ailleurs aucun intérêt particulier pour ce Dieu unique qui le cherchait. C'est sans doute pour cela que l'auteur a omis de mentionner Abraham et les patriarches. Si cela nous pose un problème, cela n’en pose pas à l’auteur de notre texte. Le récit du Deutéronome présente le peuple araméen sous des traits différents de ceux auxquels nous sommes habitués. Ce peuple est décrit comme étant lui-même l’artisan de sa propre évolution.

C’est à cause de ses succès est-il dit qu’il excite contre lui la jalousie des égyptiens. En fait, quel que soit le passé des uns et des autres, Dieu s’intéresse à chaque peuple et à chaque individu avant même qu’ils le connaissent et qu’ils le reconnaissent comme leur Dieu. Dieu s’intéressait donc à ce peuple araméen. Il s’intéressait à lui en silence jusqu’à ce qu’il crie vers lui. C’est là le point important de ce passage. Que chacun en prenne leçon. Les hommes en difficulté appellent ce Dieu qui les accompagne depuis toujours sans savoir qui il est. C’est comme si la présence de ce Dieu était inhérente à leur histoire sans qu’ils en aient pris conscience. Dieu avait fait sa demeure chez eux depuis longtemps et attendait d’être découvert. Il semble que nous soyons habités par la présence de Dieu sans en avoir conscience jusqu’à ce qu’un élément déclenchant vienne nous révéler ce que nous savions déjà par intuition. C’est en tout cas ce qui se passe pour les descendants de ce peuple d’araméens nomades.

Chacun d’entre nous fait un jour ou l’autre cette expérience et quand il appelle vers Dieu, il ne le fait pas toujours dans des termes convenables. Après avoir passé de longues années dans l’ignorance complète de Dieu, certains se réveillent un beau matin au cours d’une épreuve et interpellent Dieu comme si Dieu avait manqué de vigilance : « Mais qu’attends-tu donc pour t’occuper de moi ? » Semblent-ils dire. Et Dieu de répondre : » j’attends depuis longtemps que toi et tes ancêtres s’adressent à moi ! »

Les hommes s’affairent sur la terre et mettent en œuvre toutes sortes d’industries . Ils se félicitent eux-mêmes de leurs capacités à inventer et à progresser. Ils sont fiers de leurs exploits et se rient du temps qui passe en tirant vanité du fait qu’aucun Dieu ne les a jamais aidés dans leurs entreprises de conquête du savoir humain. Dieu pour sa part attend. Il y a déjà longtemps qu’il a façonné des projets de vie pour chacun des hommes qui tiennent un tel langage, mais ce projet de vie ne pourra se mettre en œuvre sans eux et sans qu’ils interpellent ce Dieu dont ils savent intuitivement la présence mais auquel ils ne se sont jamais adressé. Quant à lui, il attend que les hommes crient vers lui, car c’est ce cri vers Dieu qui va déclencher un acte créateur de la part de Dieu.

Les textes anciens nous disent que Dieu crée par sa parole. Dès la première page de la Bible nous voyons que les choses se mettent à exister quand Dieu se met à parler. C’est alors que le monde s’organise et prend du sens. Mais pour que Dieu parle et que la chose existe, il lui faut un interlocuteur intelligent capable de comprendre. La matière inerte ne peut pas être un interlocuteur valable, pas plus que le néant ou la lumière. Il faut donc qu’une oreille intelligente puisse entendre. Depuis toujours, Dieu sait que l’être humain a cette capacité. Mais pour qu’il puisse entendre, il faut que la communication soit rendue possible avec Dieu. Il faut donc qu’il s adresse à Dieu pour lui dire qu’il est réceptif à sa parole. C’est alors que Dieu peut entrer en dialogue avec lui et parler. Il peut alors répondre à son appel et par sa parole ainsi libérée entreprendre un acte créateur.

C’est bien souvent dans des moments de faiblesse, quand l’homme ne croit plus en lui-même qu’il appelle à l’aide celui qu’il ne connaît que par intuition. C’est alors que Dieu entend et qu’il parle, c’est alors qu’un acte créateur peut se produire et que le destin de l’homme évolue. L’histoire biblique s’est intéressée à l’histoire de ce peuple araméen nomade et s’en est servi d’exemple pour que toute l’humanité en prenne leçon.

Dieu répond par un acte créateur à l’homme qui crie vers lui. La plupart du temps c’est dans un moment de détresse que cela se produit. Mais cet événement peut avoir lieu aussi dans un moment de grande exaltation dominé par la joie. Quand un homme réalise qu’il est visité par l’esprit de Dieu, cela peut lui procurer une grande joie qui le pousse à s’écrier Abba-Père ! C’est Paul qui le dit dans l’épître aux Romains. Tout devient nouveau pour lui, son âme découvre le monde sous un autre jour et son avenir prend une dimension d’éternité. Tout cela se produit dès qu’il a poussé ce cri qui a jaillit hors de lui et qui a permis à Dieu de faire pour lui toute chose nouvelle.

Quand chaque homme pressent la présence de Dieu à ses côtés et qu’il le dit par un cri à peine formulé, c’est alors que l’acte créateur de Dieu peut se mettre en œuvre. Il lui permet de dépasser la situation où il se trouve pour aller plus loin vers une solution meilleure. Ainsi, pour que Dieu puisse créer par sa parole, il faut que l’homme commence à parler pour que quelque chose se produise de la part de Dieu. Le Livre du Deutéronome nous permet de découvrir cette dimension formidable de la relation avec Dieu. Qu’on le veuille ou non, Dieu lie sa puissance créatrice à sa relation avec les hommes. Dieu s’active pour donner du sens à notre passé et pour créer notre futur.


Nous devons alors faire mémoire de ces temps particuliers où nous avons découvert la présence attentive de Dieu en nous et où nous avons osé l’ appeler. Ces moments de mémoire appellent notre reconnaissance qui se manifeste dans ce récit du Deutéronome par une offrande ! Cette dernière remarque appelle donc un développement que nous ne ferons pas ici, et selon laquelle l’évocation de notre conversion à Dieu appelle notre reconnaissance qui devrait se concrétiser par une offrande.







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mardi 26 janvier 2010

Maudit soit l'homme qui se confie en l'homme Jérémie 17:5-11 dimanche 14 février 2010



Jérémie 17 :5-11

5 Ainsi parle l'Éternel : Maudit soit l'homme qui se confie dans un être humain, Qui prend la chair pour son appui, Et qui écarte son cœur de l'Éternel ! 6 Il est comme un génévrier dans la steppe, Et il ne voit pas arriver le bonheur ; Il habite les lieux brûlés du désert, Une terre salée et sans habitants. 7 Béni soit l'homme qui se confie en l'Éternel, Et dont l'Éternel est l'assurance ! 8 Il est comme un arbre planté près des eaux, Et qui étend ses racines vers le courant ; Il ne voit pas venir la chaleur Et son feuillage reste verdoyant ; Dans l'année de la sécheresse, Il est sans inquiétude Et il ne cesse de porter du fruit. 9 Le cœur est tortueux par-dessus tout Et il est incurable : Qui peut le connaître ? 10 Moi, l'Éternel, j'éprouve le cœur, Je sonde les reins, Pour rendre à chacun selon ses voies, Selon le fruit de ses agissements. 11 Comme une perdrix qui couve ce qu'elle n'a pas pondu, Tel est celui qui acquiert des richesses injustement ; Au milieu de ses jours il doit les quitter, Et au moment de sa fin, il n'est qu'un insensé.

« Maudit soit l’homme qui se confie en l’homme »


Avez-vous déjà senti l’odeur épicée du genévrier dont les racines disputent aux cailloux et aux grillons les quelques restes de terre de garrigue que l’érosion n’a pas encore emportée. Quiconque s’est déjà promené sur les sentiers pierreux du midi méditerranéen a été témoin de ces combats pour la vie que mène la maigre végétation. Elle a tout à envier à ces arbres majestueux que la chance ou le hasard ont planté le long des ruisseaux qui murmurent et qui alimentent des trous de verdure salutaires au milieu des broussailles qui végètent. Tel est le spectacle quotidien que contemple Jérémie qui nous livre ses réflexions toutes embaumées des parfums de la nature qu’il découvre sous ses pas.

Dans le buisson qui se dessèche, Dieu l’invite à découvrir le sort de celui qui vit sans Dieu, et il reconnaît dans l’arbre verdoyant celui qui ouvre son cœur à la caresse de l’esprit su Seigneur. Le prophète ne peut alors s’empêcher de cogiter. Il sait qu’il y a des hommes qui traversent la vie sans se soucier de savoir s’il y a eu un avant et s’il y aura un après pour eux. Voyageurs sans bagage, ils se contentent de profiter des plaisirs du moment tout en ignorant si leur parcours a seulement un but. Ils se refusent à toute question sur le sens de ce qui les entoure. Pour ne pas se laisser envahir par des questions dont ils redoutent les réponses, ils tentent de goûter à tous les plaisirs éphémères d’une vie qui se terminera pour eux dans le néant.

Jérémie qui les voit ainsi s’agiter frémit de pitié et laisse aller sa colère. S’il ne semble avoir que du mépris pour ces gens là, c’est que le temps presse car il a l’intuition que leur aveuglement précipite l’histoire vers un destin qui n’est guère enviable. Pour lui, il est insensé de ne pas chercher à savoir quel est le sens de sa vie car le monde où nous sommes n’a de sens que pour celui qui sait mettre toute sa confiance en Dieu. Dieu vient au devant de chaque individu dans ce monde pour lui révéler qu’il y a un rôle à jouer. Quand ce rôle est bien rempli, c’est alors que la gloire de Dieu se manifeste, et si la gloire de Dieu n’est pas manifestée, le monde perd son sens et se condamne lui-même à disparaître.

Telle est la leçon que nous retirons de l’aventure de Jérémie qui voit dans l’anéantissement prochain du peuple d’Israël condamné à l’exil, une perte de sens fatale pour l’humanité. Mais Dieu ne se résigne jamais à l’échec des hommes. Il se servira de la catastrophe pour donner à nouveau du sens à ce qui n’en avait plus. C’est au contact de la nature et des choses simples qui l’entourent que Jérémie puise son inspiration. Il est accessible à la beauté des choses et des hommes. Il sait voir les gestes de Dieu quand il regarde le potier exercer son art et il se réjouit de son savoir-faire. Il sourit si d’aventure il rate son pot et il en tire leçon de la part de Dieu. Tout ce qui vit dans son entourage, lui révèle la présence de Dieu. Même la perdrix qui s’empare des œufs de sa voisine pour les intégrer à sa propre couvée est porteuse d’un enseignement.

Il n’est donc pas surprenant si, en ouvrant le Livre de Jérémie, on découvre que c’est une branche d’amandier en fleurs qui lui révèle sa propre mission. C’est en regardant bouillir le chaudron qui sert à faire cuir le potage que la vapeur qui s’en échappe lui révèle l’imminence du danger qui vient du Nord. Dieu est tellement présent dans son environnement qu’il a du mal à comprendre que des hommes restent indifférents à la présence de Dieu puisque sa gloire éclate de partout. Cette incompréhension de la part de ces semblables et si forte qu’il en arrive à douter de sa propre vocation. La gloire de Dieu consiste en ce que les hommes découvrent que Dieu intervient dans le monde pour que ce vaste ensemble évolue harmonieusement.

Il se sert de l’histoire d’Israël pour servir d’exemple au monde. Si l’histoire de ce peuple a du sens dans le concert des nations, c’est que Dieu lui a donné pour destin d’être témoin de cette harmonie dont nous parlons. Malgré les injonctions de Jérémie, Israël dérape, comme le pot raté du potier. Israël préfère se confier en la sagesse des hommes plutôt que de se laisser guider par les intuitions que Dieu lui donne. Si la collectivité d’Israël est insensée, si elle ne comprend pas quel rôle elle joue dans l’histoire, c’est que ses habitants sont insensés eux-aussi et en particulier les puissants qui le gouvernent, car ils persistent à ignorer ce que Dieu veut leur faire comprendre.

En effet, l’homme qui reste loin de Dieu croit que le seul intérêt de l’existence est de s’accomplir individuellement au détriment des autres. A l’opposé, par la voix des prophètes Dieu révèle que le sens de la vie de chacun consiste à entrer dans l’harmonie générale qui devrait présider à l’évolution de la société. Personne ne devrait prendre le pas sur l’autre, car personne n’est né pour dominer ses semblables. Le seul qui soit apte à le faire, c’est Dieu, et il a choisi justement de ne pas le faire. Jésus lui-même mettra cette notion d’harmonie générale au centre de son enseignement et cela lui coûtera la vie. Il devra affronter les hommes qui considèrent eux, que l’évolution normale de l’humanité réside dans la loi du plus fort, selon laquelle il appartient aux hommes qui sont au pouvoir de régler le destin de l’humanité. Même si parfois, ils font semblant d’associer Dieu à leur gestion, ils concèdent seulement à la sagesse divine le soin de gérer l’au-delà, de sauver l’âme des hommes pécheurs et d’administrer l’éternité, mais ils ne lui reconnaissent aucun droits sur l’évolution du monde. En fait, dans notre société, on ne reconnaît aucun rôle à Dieu si non celui d’être le destinataire de toutes les questions auxquelles la science ne sait pas encore répondre.

Pourtant une question cependant se pose : Comment les hommes savent-ils qu’ils doivent mettre en œuvre les notions de justice, d’égalité de partage et d’amour pour que se réalisent la seule évolution possible du monde ? Et comment se fait-il qu’ils n’y arrivent pas ?

Ils n’y arrivent pas parce qu’ils n’ont pas encore compris qu’ils doivent passer par une transformation radicale de leur conscience intérieure ? Et seul le Dieu qui semble ne plus compter pour eux peut la provoquer en eux. Insensés dirait Jérémie, vous cherchez à résoudre les problèmes de votre temps en faisant confiance au génie des hommes. Vous croyez que seule votre intelligence est capable de résoudre les crises de la planète, alors que la planète entière est malade de la manière dont vous la gérez en dépit de la sagesse du cœur que Dieu a mis en vous.

Sans doute certains diront-ils que c’est ici un raisonnement simpliste. D’autres diront que c’est réduire la capacité créatrice de Dieu à très peu de chose puisqu’ il suffirait que les humains prennent au sérieux leur capacité de s’aimer mutuellement pour que l’avenir du monde soit changé ! Sans doute, ceux qui disent cela auront-ils raison. Mais force nous est donnée de constater que les hommes n’arrivent pas par eux-mêmes à laisser cette capacité de générosité qui est en eux se développer pour que l’espérance d’une humanité plus heureuse voie le jour. Nous constatons aussi qu’ils refusent de laisser Dieu les transformer de l’intérieur, sans quoi, ça se verrait !

Nous entendons alors, Jérémie s’insurger contre l’entêtement des humains qui s’acharnent à faire ce qu’il ne faut pas faire. Il crie donc à leurs oreilles : « maudit soit l’homme qui se confie en l’homme… ». Mais le pessimisme ne prend pas le dessus. A peine a-t-il mis les hommes en garde qu’il leur suggère un moyen de s’en sortir : « béni soit l’homme » qui est comme l’arbre qui puise sa nourriture dans le sol grâce au réseau invisible de ses racines et de ses radicelles. Il laisse Dieu inspirer ses actes par tous les canaux invisibles qu’emprunte son esprit. Il laisse sa vie intérieure s’alimenter de sa grâce. Il devient alors capable de saisir le souffle de Dieu qui le remplit de sa sagesse.



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mardi 19 janvier 2010

Sur ta parole je jetterai le filet Luc 5:1-11 dimanche 7 février 2009



Luc 5/1-11 « Sur ta parole je jetterai le filet »
1 Comme la foule se pressait autour de lui pour entendre la parole de Dieu, et qu'il se tenait près du lac de Génézareth, 2 il vit au bord du lac deux bateaux d'où les pêcheurs étaient descendus pour laver leurs filets. 3 Il monta dans l'un de ces bateaux, qui était à Simon, et il lui demanda de s'éloigner un peu du rivage. Puis il s'assit, et du bateau il instruisait les foules. 
 
4 Lorsqu'il eut cessé de parler, il dit à Simon : Avance en eau profonde, et jetez vos filets pour pêcher. 5 Simon lui répondit : Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre. Mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. 6 L'ayant fait, ils prirent une grande quantité de poissons : leurs filets se déchiraient. 7 Ils firent signe à leurs associés qui étaient dans l'autre bateau de venir les aider. Ceux-ci vinrent et remplirent les deux bateaux, au point qu'ils enfonçaient. 8Quand il vit cela, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus et dit : Seigneur, éloigne-toi de moi : je suis un homme pécheur. 9 Car l'effroi l'avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, à cause de la pêche qu'ils avaient faite. 10 Il en était de même de Jacques et de Jean, fils de Zébédée, les compagnons de Simon. Jésus dit à Simon : N'aie pas peur ; désormais ce sont des êtres humains que tu prendras. 11 Alors ils ramenèrent les bateaux à terre, laissèrent tout et le suivirent.
Qu’est-ce que Jésus a pu dire ce jour là pour que ses paroles soient suivies d’un miracle apparemment très spectaculaire dont l’Église aujourd’hui nourrit encore sa foi ? Jésus parle devant une foule nombreuse. Apparemment il prend ses précautions pour que ses paroles portent. C’est la seule fois dans l’Évangile que l’on nous décrit la minutie avec laquelle il prend soin de l’organisation de la situation pour que sa voix porte loin. En vrai professionnel de la communication il maîtrise l’art de l’acoustique : Il se met en retrait de la foule sur une barque pour être bien vu, c’est pourquoi il fait avancer le bateau en pleine eau. Il profite ainsi de l’amplification de la voix provoquée par la masse de l’eau. Pour obtenir l’effet désiré, il n’hésite pas à déranger Pierre qu’il ne connaît pas encore. Fatigué par une nuit de pêche harassante et infructueuse il répare ses filets avec ses compagnons d’infortune. Jésus s’assoit alors à la manière des rabbis pour manifester son autorité de pédagogue. Il peut ainsi, toutes ces dispositions étant prises, enseigner les foules.

Mais qu’a-t-il dit ? Nul ne le sait! Ses propos n’ont été recueillis par personne. Pierre ravaudant ses filets, préoccupé par sa mauvaise nuit, ne semble pas avoir été particulièrement attentif. Pourtant, tout se passe comme si le discours avait agi en lui comme une parole de Dieu particulièrement efficace qui le mobilise tout entier et change sa situation.

Nous voilà maintenant assaillis par toute une série de questions. On assiste à une mise en scène particulièrement élaborée pour que la parole puisse être entendue alors que l’intérêt du récit est ailleurs que dans l'enseignement à la foule, car on ne sait rien de la teneur du discours. Notre attention mobilisée par le miracle oublie vite l’environnement. Nous cherchons à récupérer la situation en attribuant aux événements une valeur qu’ils n’ont peut être pas. Ainsi, nous concluons un peu vite que le filet symbolise l’Église et qu’elle est appelée à rassembler tous les hommes en son sein. Il suffit que Jésus parle, semble-t-il pour que L’Église se mobilise sous la conduite des futurs apôtres et fasse des merveilles.

Tout se passe comme s’il nous suffisait d’écouter Jésus pour sauter à pieds joints du monde hostile où nous sommes dans le monde merveilleux du Royaume de Dieu qu’il nous propose. Tout cela est beaucoup trop simple pour sonner juste. Trop de questions pratiques et matérielles surgissent alors ! Que va-t-il advenir de la femme et des enfants de Pierre de Jacques et de Jean qui abandonnent leur activité professionnelle pour devenir des partenaires non salariés d’un faiseur de miracle? Qui va les nourrir et les prendre en charge ? L’émerveillement fait place au questionnement, et nous découvrons vite que les choses ne sont pas si simples.

Sans doute faut-il lire ce récit d’une autre façon? Il y a peut être un sens caché dans l’interprétation des événements que nous n’avons pas encore réussi à discerner. Les hommes qui sont les instruments de ce miracle sont des hommes découragés, fatigués, contraints de faire le travail ingrat de la réparation des filets avant une nouvelle nuit de pêche aussi aléatoire que la précédente. Le comportement de Jésus à leur égard n’est pas évident, on pourrait même penser qu’il manque de charité. Il intervient dans leur univers désenchanté pour leur demander un service. Il pousse Pierre à manœuvrer la lourde barque pour la squatter pendant de longues heures afin qu’elle lui serve de podium.

Non seulement il leur impose son discours mais encore il s’avise de leur donner une leçon de pêche à eux les professionnels alors que lui Jésus, en tant que charpentier n’a aucune compétence. Si toutes ces nouvelles questions surgissent du texte, c’est que l’Évangéliste Luc a écrit son récit de telle façon que tout lecteur attentif se les pose. Il nous considère comme des lecteurs intelligents et adultes qui ne vont pas manquer de se sentir interpellés par son récit. Tout cela nous est raconté pour que nous nous interrogions sur la manière dont fonctionne la parole de Dieu quand elle est prononcée par Jésus et qu’il s’adresse à nous.

Il veut attirer notre attention sur la manière dont la Parole chemine dans l’âme fatiguée d’un homme pour l’amener à découvrir que Dieu n'est pas indifférent à sa situation et qu’ il a vraiment de l’importance aux yeux de Dieu.

Pierre se sait au creux de la vague. Même s’il n’a sans doute rien écouté du discours de Jésus, il a compris que cet homme qui avait la faveur des foules et qui parlait avec autorité avait besoin de lui. Lui, pour l’instant fait figure de pêcheur incompétent puisqu’il est revenu bredouille. Il est incontestable que le petit service que Jésus lui demande ne le dérange pas beaucoup mais lui donne un semblant d’utilité. Il lui demande le droit de s’asseoir sur le coin de sa barque et de donner quelques coups de rames pour s’écarter du bord. Ensuite, il pourra continuer à réparer ses filets.
Si Jésus ne lui a même pas dit merci, c’est qu’il n’en a pas encore fini avec lui. Le dialogue avec Pierre ne s’arrête pas là, il va prendre tout l’espace du récit. Si bien que ce n’est pas le discours de Jésus qui a de l’importance, ni le miracle, mais l’échange des quelques paroles avec Pierre. C’est pourquoi on ne nous dit rien sur la teneur de son discours à la foule.

Après son enseignement, Jésus semble se désintéresser de la foule pour concentrer toute son attention sur Pierre. Pierre, quant à lui, a bien noté qu’il est devenu à cet instant le centre d’intérêt de Jésus. Comme nous le devenons à notre tour quand sa parole nous interpelle ! Il intervient sur le sujet qui lui fait mal, il lui parle de pêche. Il ne lui parle pas de religion, Il ne cherche pas à le convertir. Il ne lui parle ni de son âme, ni du salut, ni de Dieu, il ne lui demande surtout pas s’il a compris les subtilités de son discours. Jésus sait bien qu’il n’a rien compris puisqu’il n’a rien écouté. Il sait que ce n’est pas dans ce type de discours que Pierre va reconnaître la Parole de Dieu.

Jésus, à la différence de beaucoup de prédicateurs ne se fait pas d’illusion sur la portée de son art oratoire, ni sur la capacité d’écoute de ses auditeurs. C’est dans le défi que Jésus lui lance au niveau de sa personne que Pierre découvre les effets de la parole de Jésus. C’est quand Jésus s’adresse à lui qu’il comprend que Dieu lui parle :

- puisque je viens de te montrer mon talent de prédicateur auquel tu n’as rien compris, à toi de montrer ton talent de pêcheur ! - Mais je suis un raté et je suis fatigué ! se défend Pierre - Ne te minimise pas à mes yeux, je sais que tu as plus de valeur que tu ne crois.

Jésus sait la valeur de Pierre et il l’aide à le montrer. » Avance en pleine eau et jette le filet. » « Sur ta Parole je jetterai le filet. » Le mot est prononcé. Pierre soupçonne dans la Parole de Jésus une puissance dont il ne connaît pas encore la portée. Jésus a gagné sa confiance parce qu’il s’est intéressé à lui et à sa détresse d’homme blessé. Le miracle qui se produit alors, devient la conclusion du dialogue,  quasiment sans parole, qui s’est produit entre Jésus et Pierre. C’est une rencontre personnelle qui semble avoir eu lieu en marge du récit et qui a pris toute la place. Mais ni Jésus ni Pierre n’en sont quitte. Pierre n’a pas fini de faire des découvertes. Mais avant d’aller plus loin, il prend ses précautions pour que Jésus ne l’entraîne pas trop loin.

Il met immédiatement son péché en avant, comme pour l'avertir qu’il y a une limite à ne pas franchir. « Je suis pêcheur » dit-il. L’obstacle qu’il croyait infranchissable vole en éclats. L’argument ne porte pas pour Jésus. Mais celui qui se cache derrière son péché peut-il rester caché quand Dieu lui parle ? Comment se cacher derrière quelque chose qui n’existe plus ? Jésus ne tient nullement compte de l’argument. Au contact de Jésus le statut de pécheur, je veux dire de celui qui commet des péchés, s’efface. Et celui qui se cache derrière son péché se trouve investi par Jésus dans un programme qui est tout rempli de vie et d’espérance:

" N'ai pas peur, c'est désormais des êtres humains que tu prendras". On peut aussi préférer la traduction plus classique: "je te ferai pêcheur d’hommes".  Cela veut dire qu’il l’invite à se mettre au service des hommes pour construire avec eux des projets qui les font vivre. Quant à son péché, il a disparu à tout jamais car, la parole de Dieu a pour fonction de détruire toute forme de péché quand elle se fait entendre. Tel est le destin de quiconque découvre que quand Jésus parle, c’est comme si Dieu lui-même s’exprimait, et celui qui comprend cela entre dans la vie de Dieu sans autre commentaire. Avez-vous compris cela ?

lundi 11 janvier 2010

Jérémie 1:4:19 La voix de Dieu en nous dimanche 31 janvier 2016





La voix de Dieu en nous Jérémie 1:4-19 dimanche 31 janvier 2016 


Jérémie 1 : 4-19
4 La parole du SEIGNEUR me parvint : 5 Avant que je ne te façonne dans le ventre de ta mère, je t'avais distingué ; avant que tu ne sortes de son sein,je t'avais consacré : je t'avais fait prophète pour les nations.
6 Je répondis : Ah ! Seigneur DIEU, je ne saurais pas parler, je suis trop jeune ! 7 Mais le SEIGNEUR me dit : Ne dis pas : « Je suis trop jeune. » Car tu iras vers tous ceux à qui je t'enverrai, et tu diras tout ce que je t'ordonnerai. 8 N'aie pas peur d'eux, car je suis avec toi pour te délivrer.
9 Alors le SEIGNEUR étendit la main et toucha ma bouche ; puis le SEIGNEUR me dit : J'ai mis mes paroles dans ta bouche. 10 Regarde, je te donne en ce jour autorité sur les nations et sur les royaumes pour déraciner, pour démolir, pour faire disparaître, pour raser, mais aussi pour bâtir et pour planter.
11 La parole du SEIGNEUR me parvint : Que vois-tu, Jérémie ? Je répondis : Je vois une branche d'amandier — de « l'arbre-veilleur ». 12 Et le SEIGNEUR me dit : Tu as bien vu ; car je veille sur ma parole pour l'accomplir. 13 La parole du SEIGNEUR me parvint une deuxième fois : Que vois-tu ? Je répondis : Je vois une marmite qui bouillonne du côté du nord. 14 Et le SEIGNEUR me dit :
C'est du nord que le malheur déferlera sur tous les habitants du pays.15 Oui, j'appelle tous les clans des royaumes du nord — déclaration du SEIGNEUR.
Ils viendront, et chacun d'eux placera son trône à l'entrée des portes de Jérusalem, devant ses murailles, tout autour, et devant toutes les villes de Juda. 16 Je prononcerai mes jugements contre eux à cause de tout le mal qu'ils font : ils m'ont abandonné, ils offrent de l'encens à d'autres dieux, ils se prosternent devant l'œuvre de leurs mains.
17 Quant à toi, tu passeras une ceinture à tes reins, tu te lèveras et tu leur diras tout ce que, moi, je t'ordonnerai. Ne sois pas terrifié par eux, de peur que je ne te terrifie devant eux.
18 Moi, aujourd'hui, j'ai fait de toi une ville forte, une colonne de fer, une muraille de bronze, face à tout le pays : devant les rois de Juda et ses princes, ses prêtres et le peuple du pays. 19I ls te feront la guerre, mais ils ne l'emporteront pas sur toi, car je suis avec toi — déclaration du SEIGNEUR — pour te délivrer.


Comment savoir quand Dieu parle ? Il arrive qu'au cours de nos méditations, nous ayons l'impression d'être habités  par des idées qui ne semblent pas nous appartenir et que nous assimilerions volontiers à l'écho de la voix de Dieu. Mais ces voix qui raisonnent en nous viennent-elles de lui  ou sont-elles le produit de nos fantasmes ? Comment ne pas s’interroger, quand aujourd’hui des jeunes croient recevoir de Dieu l’injonction de tuer  les infidèles  et qu'ils obéissent aveuglément?  Même si ce phénomène  se produit dans une autre religion que la nôtre, il s’est aussi manifesté dans le passé  dans la nôtre à plusieurs époques de notre histoire. Ce phénomène  qui se produit par  moment au cours des siècles  nous fait douter aujourd’hui de la capacité de Dieu de nous parler.

Mais si Dieu parle encore, il est important de comprendre comment il le fait. L’injonction  de tuer les infidèles ne semble pas correspondre à ce que nous pouvons entendre de lui, puisque l’Écriture, les Ecritures, devrais-je dire, en font de Dieu le  pourvoyeur de la vie il est plus logique de penser qu’il nous envoie redresser des vies plutôt que de les détruire. Mais comment est-il possible d’entendre son exhortation à agir ?

La jeunesse est généreuse et impulsive, elle recherche en Dieu des complicités que l’évolution du temps ne justifie pas forcément. Elle ignore la sagesse que donne l’âge mûr et se rit des difficultés qui n’ont pas encore surgies sous ses pas. Il y a souvent un Marco Polo, un Christophe Colomb ou une Mère Thérésa qui sommeillent en eux, et il leur est agréable de penser que c’est Dieu qui les stimule sur le chemin de la vie et de l’aventure.  

La  vie s’écoulant, étant devenus plus mûrs, nous découvrons que ces projets n’ont pas pris corps, nous avons fait autre chose, et  nous ne savons plus vraiment si Dieu habitait ces projets.  Avec le temps, ce que nous avons perçu comme sa voix s’est  confronté à notre raison qui a pris le dessus. Nos passions et  nos désirs ont changé d’orientation, si bien que nous avons confondu entre elles  toutes ces  idées, généreuses ou pas, en un écheveau singulier dans lequel il est impossible de discerner la voix de Dieu d’une manière précise.

Sans doute l’expérience spirituelle de Jérémie qui nous a été relatée ce matin a-t-elle fonctionné en lui, comme nous venons de le relater. La voix de Dieu lui est parvenue au milieu d’un chaos de contradictions parmi les quelles il a du faire le tri : « Avant que je te façonne dans le ventre de ta mère, je t’avais choisi ! » avait-il entendu. Ces paroles nous ont été rapportées comme le récit clair et précis de sa vocation. Il  a  cru les entendre quand il n’était encore qu’un adolescent et qu’il était destiné  par les lois de sa naissance à exercer la prêtrise dans un modeste sanctuaire de province.  Il a rapporté ces propos et les a mis par écrit bien plus tard (1)

A un moment de sa prodigieuse carrière, Jérémie a fait le point sur sa vie écoulée. Il a mesuré la distance parcourue, il s’est souvenu de son obscure origine et de ses rêves d’enfant. II a réalisé que Dieu l’avait accompagné malgré les revers qu’il a affrontés. Si depuis sa plus tendre enfance la voix de Dieu a raisonné en lui, ce ne fut cependant pas d’une manière aussi claire que ce texte a bien voulu le dire. Quiconque connaît un peu son histoire sait que pour accomplir sa fonction de prophète, il est passé par des moments de doute terrible, y compris le doute de Dieu. 

Comment pouvait-il entendre Dieu lui parler alors que tout se dressait contre lui et que dans son cœur le doute s’était installé ? Loin d’être une conversation intime avec Dieu sa prière a souvent ressemblé à un réquisitoire redoutable contre lui. « Tu m’as séduit Seigneur et je me suis laissé séduire » disait-il, mais il gardait en lui une intuition de Dieu dont il ne se départit jamais. Il était persuadé que Dieu était venu à lui comme son libérateur et le libérateur de son peuple. Était-ce de la foi ? Était-ce la vanité de croire qu’il avait  seul, raison contre tous ?

La réalité se présentait comme bien différente. Il percevait Dieu comme celui qui démolissait son peuple et qui se servait de lui pour le faire. « Je t’envoie pour arracher et abattre, pour que tu fasses périr et que tu détruises, pour que tu bâtisses et que tu plantes » avait-il aussi cru entendre. Ces paroles pouvaient-elle être celles de Dieu ? Comment proclamer la bienveillance d’un Dieu libérateur avec une telle vocation ?
 
Pour Jérémie la relation avec Dieu était d’abord une relation du cœur. Elle lui a servi de fil conducteur. Malgré tout, il croyait profondément à la fidélité de son Dieu, mais les événements semblaient dire le contraire. Il se sentait contraint par Dieu de  faire autre chose que ce qu'il éprouvait dans sa sensibilité profonde. Sa foi en était ébranlée, sa vocation chancelait et le fil conducteur de sa vie était prêt à se rompre.

Il pensait cependant  que Dieu qui l’entraînait dans cette voie le confortait malgré tout dans les convictions profondes qui étaient les siennes. La seule Parole qui le motivait se trouve en conclusion du récit de sa vocation : « ne crains rien, je suis là pour te libérer. »
Après cette incursion dans la vie de Jérémie, il est temps maintenant de revenir à nous-mêmes. Quand chaque croyant  se remémore son passé, il se demande  si Dieu a joué un rôle dans sa vie et s’il a bien entendu la voix de Dieu au moment où il a cru l’entendre. Il se demande si Dieu a pris part aux grandes orientations de son existence et s’il s’est opposé aux projets qui n’ont pas abouti. Comme pour Jérémie, quand nous faisons le point sur notre existence passée, nous cherchons dans les méandres de notre vie l’empreinte de Dieu et nous nous interrogeons pour savoir comment Dieu s’est servi de nos penchants pour faire naître en nous des désirs et orienter nos choix. Comme Jérémie l’a fait avant nous, il nous faut repérer le fil conducteur qui a guidé notre vie et qui a permis à Dieu d’intervenir dans nos décisions.

Ce fil est comme tous les fils, il présente des nœuds tout embrouillés et on ne sait pas comment démêler les différentes parties de cet écheveau inextricable. On sait cependant, sans trop savoir comment, que Dieu a marqué de sa présence cet embrouillamini dont quelques chose de bon a réussi à se maintenir. Parfois le fil nous apparaît comme rompu, nous révélant alors nos ruptures avec Dieu. 

Nous n’ignorons pas qu’il est toujours possible de renouer les deux bouts d’un fil cassé. C’est Dieu qui nous pousse à le faire. Quand les deux extrémités de ce fil sont renouées la relation avec Dieu se rétablit même si elle a été interrompue depuis de nombreuses années et des nouveaux projets peuvent naître sous son inspiration.


Certainement le fil qui a marqué le cours de la vie de Jérémie s’est rompu à plusieurs reprises. Il est évident que les moments de désespoir ont emmêlé les fils d’une manière inextricable, mais pour ne pas perdre le sens de la vie, le prophète a toujours su maintenir les liens car il ne s’est jamais départi de la certitude selon laquelle, Dieu était toujours celui qui sauve. Même quand on croit que le fil est rompu et même quand on ne sait plus ce que signifie le mot de salut, Dieu maintient toujours en nous son empreinte grâce à laquelle les liens les plus emmêlés redonnent sens à nos existences. Dieu ne cesse jamais d’être présent dans notre vie, même quand les événements semblent le démentir.

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(1) Tout porte à croire en effet que Jérémie descendait d’Abiatar, ce grand prêtre exilé à Anatot par Salomon pour haute trahison. Il fut réduit à la portions congrue de la desserte du sanctuaire local. Ses descendants auraient hérité à la fois de la fonction et de la malédiction. Jérémie se trouve au rang de ceux là.