mardi 16 mars 2010

Emmaüs Luc 24:13-35 Dimanche de Pâques 4 avril 2010


Sur le chemin d'Emmaüs

Luc 24: 13-35
Or, ce même jour, deux d'entre eux se rendaient à un village du nom d'Emmaüs, à soixante stades de Jérusalem, 14 et ils s'entretenaient de tout ce qui s'était passé. 15 Pendant qu'ils s'entretenaient et débattaient, Jésus lui-même s'approcha et fit route avec eux. 16 Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. 17 Il leur dit : Quels sont ces propos que vous échangez en marchant ? Ils s'arrêtèrent, l'air sombre. 18 L'un d'eux, nommé Cléopas, lui répondit : Es-tu le seul qui, tout en séjournant à Jérusalem, ne sache pas ce qui s'y est produit ces jours-ci ? 19 — Quoi ? leur dit-il. Ils lui répondirent : Ce qui concerne Jésus le Nazaréen, qui était un prophète puissant en œuvre et en parole devant Dieu et devant tout le peuple, 20comment nos grands prêtres et nos chefs l'ont livré pour qu'il soit condamné à mort et l'ont crucifié. 21 Nous espérions que ce serait lui qui apporterait la rédemption à Israël, mais avec tout cela, c'est aujourd'hui le troisième jour depuis que ces événements se sont produits. 22 Il est vrai que quelques femmes d'entre nous nous ont stupéfiés ; elles se sont rendues de bon matin au tombeau et, 23 n'ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire qu'elles avaient eu une vision d'anges qui le disaient vivant. 24 Quelques-uns de ceux qui étaient avec nous sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses tout comme les femmes l'avaient dit ; mais lui, ils ne l'ont pas vu.

25 Alors il leur dit : Que vous êtes stupides ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce qu'ont dit les prophètes ! 26 Le Christ ne devait-il pas souffrir de la sorte pour entrer dans sa gloire ? 27 Et, commençant par Moïse et par tous les Prophètes, il leur fit l'interprétation de ce qui, dans toutes les Ecritures, le concernait. 28 Lorsqu'ils approchèrent du village où ils allaient, il parut vouloir aller plus loin. 29 Mais ils le pressèrent, en disant : Reste avec nous, car le soir approche, le jour est déjà sur son déclin. Il entra, pour demeurer avec eux. 30 Une fois installé à table avec eux, il prit le pain et prononça la bénédiction ; puis il le rompit et le leur donna. 31 Alors leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent ; mais il disparut de devant eux. 32 Et ils se dirent l'un à l'autre : Notre cœur ne brûlait-il pas en nous, lorsqu'il nous parlait en chemin et nous ouvrait le sens des Ecritures ? 33 Ils se levèrent à ce moment même, retournèrent à Jérusalem et trouvèrent assemblés les Onze et ceux qui étaient avec eux, 34qui leur dirent : Le Seigneur s'est réellement réveillé, et il est apparu à Simon ! 35 Ils racontèrent ce qui leur était arrivé en chemin, et comment il s'était fait reconnaître d'eux en rompant le pain.
Nous connaissons tous l’histoire de ce pilote perdu dans un désert de sable après une avarie de moteur. Sa vie n’avait plus beaucoup de sens, son avenir était compromis quand un enfant, débarqué d’une planète inconnue vint lui expliquer le sens des choses en lui parlant d’un mouton, d’une rose et d’un renard et de mille autres choses apparemment sans importances, mais capitales pour cet enfant qui analysait les problèmes des grands avec sa candeur innocente.

La plupart de ceux qui habitent notre planète sont agités par tant de questions vitales auxquelles on ne donne que des réponses contradictoires qu’ils se découvrent à leur tour comme des naufragés dans un désert sans Dieu en quête d’un petit Prince qui leur expliquerait simplement les mystères de la vie. Nous aimerions nous arrêter un instant dans cette course insensée pour dire au petit Prince : « parle-nous de Dieu ! » Peut-être bien que par des évidences toutes simples, il pourrait nous dire ce qui concerne l’infini de notre âme ? Mais déjà s’installe en nous un doute : le mystère de Dieu est-il aussi simple à résoudre que le problème qui consiste à protéger une rose contre les dents acérées d’un mouton vorace.

Pour les deux hommes qui marchent devant nous sur le chemin qui les mène à un village inconnu le mystère de Dieu reste opaque.  Ce chemin vers l'inconnu, c'est l'histoire de leur vie. Ils sont persuadés que le Dieu auquel ils croyaient les a abandonné si bien que le projet de vie qu’ils avaient élaboré à son sujet s’est effondré, ils marchent vers un village que personne ne connaît et où sans doute personne ne les attend. Ce village va prendre pour nous une valeur symbolique, il désigne notre avenir, tel un lieu où nous dirigerions nos pas et que nous ne connaissons pas. Les informations que nous percevons à son sujet sont contradictoires et souvent inquiétantes. Mais nous allons découvrir que sur ce chemin qui y mène, Celui qui désormais est vivant chemine aussi. Il est Dieu, il est homme, il habite notre avenir.

Il est certain que les questions que l’on se pose sur Dieu ne sont pas sans intérêt dans cette recherche que nous menons sur l’avenir, mais qui s’intéresse à Dieu ? En fait, ceux qui s’intéressent à Dieu et qui ne tarissent pas d’éloge à son sujet cherchent à nous entraîner dans un programme récupérateur qui placerait les hommes et Dieu dans un monde hors de la réalité et nous n’avons pas envie de plonger dans l’univers glauque des sectes irréalistes. En tout cas ce n'est pas dans cette direction que l'Evangile nous entraîne.

Par contre, si nous interrogeons, nos voisins, nos amis, nos compagnons de travail sur ce même sujet nous les verrons opérer une forme de repli, et leurs réponses nous rapprocheront de ces deux compagnons dont nous suivons la trace. Comme eux ils vont évoquer un passé décevant. Ils vont nous dire que jadis, ils allaient à l’Eglise, qu’ils fréquentaient le catéchisme ou l’école du dimanche, ou même qu’ils ont été enfant de chœur. Puis, tout s’est arrêté.

Déçus par Dieu ou par les hommes, ils ont suivi le penchant ordinaire de ce siècle, ils ont cessé de croire et se sont mis à vivre comme si ce monde avait été déserté par Dieu. Ils prétendent, en tout cas c’est ce qu’ils disent, que l’existence qu’ils mènent sans Dieu n’est pas plus mauvaise que celle qu’ils menaient avant. Ils suivent leur chemin sans se douter que sur la route qui les mène nulle part, quelqu’un marche à leurs côtés.

Ils croient suivre une route solitaire, mais il n’en est rien. Ils croient même avoir perdu la foi, mais il n’en est rien. La seule chose qui ne va pas en eux c’est qu’ils ont perdu leurs repères. C’est pour cette même raison que les deux pèlerins que nous suivons ont quitté Jérusalem. Pourtant la suite de l’histoire va nous montrer que la vérité était à Jérusalem qu’ils viennent de quitter et qu’ils vont désormais vers l’inconnu où la vérité est absente.

Pour nos contemporains qui suivent des itinéraires parallèles, peut-on dire que le passé vécu dans une foi chancelante contient plus de vérité que le présent où il n’y a plus apparemment de manifestation de la foi ? C’est sans doute là que se situe le problème.

Les deux hommes sur le chemin d’Emmaüs entrent facilement en conversation avec l’inconnu qui marche à leur côté tant il est vrai que l’on se confie facilement quand on a une détresse à partager. C’est même une bonne manière d’exorciser son chagrin. Ils ouvrent leur cœur à l’inconnu, ils parlent de leurs déceptions, du prophète assassiné qui a emporté dans la mort tous leurs projets. Ils rapportent aussi tous les signes d’espérance qu’ils avaient reçus avant leur départ, les propos des femmes, le tombeau vide. Ils savaient tous ça, mais ils n’avaient rien compris. Ils avaient maintenant besoin qu’on leur parle de ce qu’ils savaient déjà mais cette connaissance n’avait encore produit aucun effet en eux.

Ils étaient le portrait type de ces hommes et de ces femmes d’aujourd’hui qui ont rejeté Dieu parce qu’ils n’ont pas su en repérer la trace dans leur vie. Sans doute ont-ils été choqué par un détail qui avait heurté leur logique ou parce que Dieu ne leur apparait pas comme ils se l’imaginent. Ils ne savaient pas et ils ne savent toujours pas que Dieu lui-même est un infatigable compagnon de marche. Il accompagne les hommes sans obéir à leur volonté. Il donne volontiers des explications si on ne lui impose pas ce qu’on croit être les bonnes solutions. Il ne nous impose pas de croire ce que notre raison refuse d’admettre. Il se tient dans le silence de notre être.

Il est toujours accessible à toute forme de contact avec nous, dans la mesure où nous acceptons de nous laisser accompagner par lui sans lui dire ce qu’il doit être ni ce qu’il doit faire.

L’Evangile ne s’arrête pas le jour de Pâques. La bonne nouvelle de la résurrection n’est pas seulement un événement que l’on commémore à date fixe. Ce n'est pas une façade qui ne recouvre aucune réalité. La résurrection, c’est aussi lune fenêtre ouverte sur une autre vie possible. Cela signifie que Dieu chemine avec nous sur cette terre et qu’il nous mobilise dans toutes sortes de projets qui donneront vie aux hommes.

Mais comment Dieu se fait-il connaître ? Comment sait-on qu’il est là ? Dans le récit que nous en a fait Luc. L’inconnu entre dans l’auberge avec eux et il s’assoit. Il rompt le pain et dit la bénédiction. Ce sont là les gestes de la vie quotidienne, ce sont les gestes de la vie sociale, de l’amitié partagée. Il n’y a aucun prodige dans ces gestes, pas de miracle non plus. Mais toutes les fois que quelqu’un les fait en notre présence, cela nous rappelle que Jésus est mort en les accomplissant et qu’en les faisant, il rendait visible la présence de Dieu au cœur de tous les hommes.

Tout au cours du parcours qu’ils ont suivi avec Jésus, les deux hommes ont bien senti que quelque chose brûlait à l’intérieur d’eux-mêmes quand ils marchaient avec l’inconnu. Le saint Esprit était à l’œuvre alors qu’ils marchaient. Il en va de même pour chacun de nous. Dieu nous réserve des instants d’émotion et des moments où l’on sent vibrer des sensations au fond de nous-mêmes. C’est dans ces moments là qu’il faut apprendre à écouter ce qui se passe en nous.

C’est alors que Jésus se laissera connaître et que nous pourrons comprendre  qu'il agit en nous au nom de Dieu. C’est alors que les choses prendront du sens, nous découvrirons que tout ce que nous devons savoir sur Dieu est déjà en nous comme un gisement encore inexploitée. Il suffit de prêter attention à celui qui crée des émotions en nous pour que nous sachions, sans le savoir vraiment que ce que nous pressentons devient réalité en nous.

La découverte de l’action de Dieu en nous relève donc de la même logique que celle du Petit Prince qui ne comprenait pas pourquoi les adultes rendaient si complexe ce qui était si simple pour l’enfant. Dieu ne nous a pas abandonnés sur les chemins du monde sans aucune provision pour la route et sans compagnon pour marcher avec nous. Il nous demande quand même de faire un effort pour le remarquer. Dieu a tout mis en nous, le savoir et le dynamisme, mais c’est à nous qu’il appartient de nous mettre en route. C’est ce que font alors nos deux amis qui cessent de diriger leurs pas vers le village inconnu mais qui tournent leurs regards vers le lieu de vie qui est ici représenté par Jérusalem.




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mardi 9 mars 2010



Dimanche 28 mars 2010, les Rameaux
L'entrée de Jésus à Jérusalem Luc 19 :28-48 28
Après avoir ainsi parlé, il partit en avant et monta vers Jérusalem. 29 Lorsqu'il approcha de Bethphagé et de Béthanie, près du mont dit des Oliviers, il envoya deux de ses disciples, 30 en disant : Allez au village qui est en face ; quand vous y serez entrés, vous trouverez un ânon attaché, sur lequel aucun homme ne s'est jamais assis ; détachez-le et amenez-le. 31 Si quelqu'un vous demande : « Pourquoi le détachez-vous ? », vous lui direz : « Le Seigneur en a besoin. » 32 Ceux qui avaient été envoyés s'en allèrent et trouvèrent les choses comme il leur avait dit. 33 Comme ils détachaient l'ânon, ses maîtres leur dirent : Pourquoi détachez-vous l'ânon ? 34 Ils répondirent : Le Seigneur en a besoin. 35 Et ils l'amenèrent à Jésus ; puis ils jetèrent leurs vêtements sur l'ânon et firent monter Jésus. 36 A mesure qu'il avançait, les gens étendaient leurs vêtements sur le chemin. 37 Il approchait déjà de la descente du mont des Oliviers lorsque toute la multitude des disciples, tout joyeux, se mirent à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu'ils avaient vus. 38 Ils disaient : Béni soit celui qui vient, le roi, au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel et gloire dans les lieux très hauts ! 39Quelques pharisiens, du milieu de la foule, lui dirent : Maître, rabroue tes disciples ! 40 Il répondit : Je vous le dis, si eux se taisent, ce sont les pierres qui crieront !
Jésus pleure sur Jérusalem
41 Quand, approchant, il vit la ville, il pleura sur elle 42en disant : Si toi aussi tu avais su, en ce jour, comment trouver la paix ! Mais maintenant cela t'est caché. 43 Car des jours viendront sur toi où tes ennemis t'entoureront de palissades, t'encercleront et te presseront de toutes parts ; 44 ils t'écraseront, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n'as pas reconnu le temps de l'intervention divine.
Jésus chasse les vendeurs du temple
45 Entré dans le temple, il se mit à chasser les marchands 46 en leur disant : Il est écrit : Ma maison sera une maison de prière. Mais vous, vous en avez fait une caverne de bandits.
- Dans votre enfance, n’étiez-vous pas fascinés par les aventures des Trois mousquetaires ou de Robin des bois? Si bien sûr! Et puis un jour, les personnages ont perdu leur attrait et vous n’avez plus du tout rêvé en pensant à eux, c’est que vous aviez grandi. Si vous êtes devenus moins sensibles c’est que vous avez perdu vos illusions et que votre faculté de rêver s’est affadie. Pour comprendre toute cette histoire que nous avons lue, il va falloir que nous fassions un effort sur nous-mêmes pour revenir à l’époque candide de notre enfance et retrouver en d’Artagnan et Robin des bois les héros qui nous avaient fascinés.

Ces héros avaient consacré leur vie à sauver l’honneur de leurs rois. Ils avaient accepté de tout sacrifier pour que Richard Cœur de Lion, redevienne roi d’Angleterre ou que le Roi Louis XIII ne perde pas son honneur face aux intrigues du Cardinal. Ils étaient liés corps et âme à la personne de leur roi. Jésus ranime en nous ces sentiments d’absolu que seuls les enfants du CM2 ont encore.

Il organise donc une parodie de procession royale au cours de laquelle il fait appel à nos sentiments les plus nobles. Il réclame de ceux qui participent à cette aventure qu’ils aient envers lui la même fidélité que celle que les partisans de Robin des Bois avaient pour Richard Cœur de Lion. les romanciers qui ont imaginé ces récits avaient inventé des hommes dont la grandeur d’âme était telle qu’ils s’engageaient à mourir si nécessaire pour leur roi. C’est cette loyauté là que Jésus revendique de notre part pour lui.

Il organise alors une saynète, dans laquelle il se donne le premier rôle et où il propose à ses amis de jouer le rôle des ses sujets. Bien sûr il pense aux rois David et Salomon. Pardonnez-moi si j’ai extrapolé en utilisant des héros d’un autres siècles pour introduire mon propos, mais ceux que j’ai choisis vous sont sans doute plus familiers. Jésus organise donc un jeu de rôle dont ses amis doivent tirer la leçon.

La Leçon dépasse bien sûr la fiction. Il appartient maintenant à chacun d’entre-nous de déterminer s’il accepte de se cantonner au niveau du jeu ou s’il court le risque de s’investir plus personnellement et de chercher à savoir ce que tout cela représente pour lui. Pour Jésus, on le sait, ce n’est pas seulement un jeu, il entend bien être roi, non pas roi de carnaval dont il joue le rôle ici, non pas non plus le roi politique dont Pilate cherchera à l’affubler du titre, mais il veut être le roi de nos vies intérieures, le roi qui gère notre avenir et notre devenir.

Nous seuls savons quel rôle nous décidons qu’il va tenir dans notre existence. Et si aujourd’hui, nous célébrons Jésus comme notre roi, ce ne sera pas pour le trahir demain en faisant comme s’il n’avait rien à voir dans notre existence.
Si cette histoire nous est rapportée dans l’Évangile, c’est que les évangélistes ont fort bien compris qu’il fallait proposer ce jeu de rôle à chaque génération de chrétiens. A chacun de nous, chaque année, à cette même époque, il nous est proposé de nous déterminer au sujet du pouvoir que nous laissons à Jésus le soin de prendre sur nous. Notre relation à Jésus est-elle seulement une relation de façade ou intériorisons-nous cette histoire? Acceptons-nous de rentrer dans le jeu et acceptons-nous de lui abandonner notre vie, notre âme et comme les mousquetaires acceptons-nous de mettre notre épée à son service pour le meilleur et pour le pire?

Notre épée, n'est pas pour nous une arme en acier, c’est tout ce dont nous disposons, c’est notre métier, nos capacités intellectuelles ou physiques, c’est tout ce qui nous rend forts aux yeux des hommes. Quand les mousquetaires mettaient leur épée au service du roi, ils n’en attendaient rien de lui,  leur seule récompense était la satisfaction du devoir accompli. Leur relation avec leur roi s’arrêtait là et ça leur suffisait. Quant à Jésus apparemment il ne nous en propose pas davantage, si non, et ce n’est pas rien, de remplir notre âme de paix et de sérénité. Mais le récit ne s’arrête pas là seulement.

Jésus poursuit sa montée vers le Temple dans lequel il va jeter le trouble. Il entraîne dans cette entreprise ceux qui le suivent. Là encore, dans ce Lieu Saint, il se livre à un nouveau jeu de rôle. Il bouscule les étales des commerçants et des changeurs de monnaie. Il met de l’ordre dans la maison de son Père, dit-il. Il se donne lui-même en spectacle et chacun doit en tirer la leçon en se demandant ce que signifie le fait qu’il est venu mettre de l’ordre dans le lieu de prière.

Si Jésus propose de se livrer dans le temple à un jeu de rôle, n’est-ce pas pour nous dire que notre âme est, elle aussi un temple dédié  à l’Éternel, un lieu où se formulent les prières qui lui sont adressées. L’apôtre Paul ne dira-t-il pas que notre corps est un temple pour Dieu et Jésus lui-même parlera du temple de son propre corps. Il faut donc, pour que Jésus soit parfaitement notre roi, qu’il s’empare de toute notre personne, qu’il y fasse le ménage et qu’il nous rende aptes à rendre un culte raisonnable au Seigneur.

La royauté de Jésus se fait donc en deux temps sur nous. Dans un premier temps nous l’acceptons pour roi, et dans un deuxième temps, il se met à régner en nous. Il me semble que dans ce passage pour lequel j’ai volontairement fait une lecture allégorique, il nous est suggéré que pour réaliser notre vocation de créature du Seigneur il nous faut accepter Jésus comme roi. Cela dépend de nous, de notre choix et de notre désir. Jésus ne s’impose nullement à nous, il s’offre à nous.

Si nous lui faisons allégeance, il nous, faut courir le risque d’être incompris des autres, d’être rejeté ou d’avoir l’air ridicule, l’allégeance à Jésus n’est pas gratifiante, elle n’apporte apparemment aucun avantage, mais elle fait naître en nous l’espérance et ouvre en nous une vie intérieure qui met notre âme en paix. Mais tout cela n’est que la première partie de l’opération, il faut maintenant que Jésus se mette à l’œuvre pour travailler notre âme de l’intérieur. Et c’est là que le bât nous blesse, c’est là que nous renâclons.

En effet, choisir Jésus pour roi correspond bien à notre libre choix. Et par ce libre choix, nous affirmons la gratuité du salut, le salut par la foi, "la sola fide," chère aux Réformateurs et nous nous en tenons là. Nous répugnons alors à laisser Jésus travailler en nous pour transformer notre être intérieur, afin que notre vie devienne conforme à la foi que nous professons. Nous répugnons à nous laisser manipuler par Jésus pour qu’il redresse ce qu’il y a de tordu en nous. Nous avons du mal à accepter Jésus dans le rôle de Kinésithérapeute de nos âmes. Pourtant, il faut que Jésus entreprenne un combat contre nous-mêmes pour que notre vie lui soit toute dédiée et que tout notre être devienne un Temple consacré à l’Éternel.

Cela ne peut être que le fruit d’un long combat que Jésus mène dans le cœur de tous les croyants pour qu’ils soient en accord avec la foi qu’ils professent. Ce combat provoque en nous la repentance qui entraîne le pardon et le pardon donné par Dieu approfondit l’amitié qui nous unit à lui. A mesure que Jésus s’empare de notre personne, à mesure que nous prenons conscience du pardon, à mesure que le Temple de notre corps s’ouvre aux exigences du Seigneur, s’établit en nous une sérénité qui nous fait entrer lentement dans la plénitude de Dieu. Cet effet est le fruit de la résurrection qui s’installe en nous.

Il est ainsi donné aux croyants que nous sommes de pouvoir vivre dès ici bas la réalité de la résurrection. C’est ce qui fait dire à Paul « si je vis, ce n’est pas moi qui vit, mais Christ qui vit en moi, » et Wesley de rajouter : « je sais que j’habite en Christ, je suis l’os de ses os et la chair de sa chair; »
La résurrection, on le sait, à demandé à Jésus de livrer combat contre les forces hostiles à Dieu, mais il prolonge ce combat en nous, pour que purifiés par lui , nous apportions à Dieu l’adoration qui lui est due et que nous jouissions dès maintenant de la sérénité que donne la résurrection. .



samedi 20 février 2010

La femme adultère: Jean 8:1-11 dimanche 21 mars 2010 et 13 mars 2016



Jean Chapitre 8
1Jésus se rendit au mont des Oliviers. 2 Mais dès le matin, il retourna au temple, et tout le peuple vint à lui. S'étant assis, il les instruisait. 3 Alors les scribes et les pharisiens amènent une femme surprise en adultère, la placent au milieu 4 et lui disent : Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère. 5 Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes : toi, donc, que dis-tu ? 6 Ils disaient cela pour le mettre à l'épreuve, afin de pouvoir l'accuser. Mais Jésus se baissa et se mit à écrire avec le doigt sur la terre.

7 Comme ils continuaient à l'interroger, il se redressa et leur dit : Que celui de vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre ! 8 De nouveau il se baissa et se mit à écrire sur la terre. 9 Quand ils entendirent cela, ils se retirèrent un à un, à commencer par les plus âgés. Et il resta seul avec la femme qui était là, au milieu. 10 Alors Jésus se redressa et lui dit : Eh bien, femme, où sont-ils passés ? Personne ne t'a donc condamnée ? 11 Elle répondit : Personne, Seigneur. Jésus dit : Moi non plus, je ne te condamne pas ; va, et désormais ne pèche plus.
Jésus a échappé aux pièges que lui tendaient les docteurs de la Loi. Allons-nous éviter les pièges à notre tour car, nous allons le voir ce texte est un vrai parcours du combattant, non seulement pour Jésus qui réussit, à s’en sortir et à nous donner un enseignement sur le « jugement », mais aussi pour nous, qui avons trop tendance à suivre le texte à la lettre et non dans l’esprit? Tout se passe comme si Jésus, par son attitude passive renversait toutes les valeurs et que chaque chose prenait du sens dans son contraire. Les adversaires de Jésus voudraient l’engager dans un procès, mais il n’y a pas de procès. Jésus se refuse à porter un jugement, mais il le fait quand même et le résultat est le contraire de ce qui était espéré. L’accusée prise en flagrant délit sort innocente de l’affaire et ceux qui l’accusaient en se recommandant de l’application de la loi se trouvent condamnés. La loi elle-même utilisée par les uns pour condamner est utilisée par Jésus pour innocenter. Cependant, Jésus lui-même, qui n’est pas habilité à porter un jugement le porte quand même alors que les scribes qui sont qualifiés pour le faire ne disent rien et se sentant jugés s’en vont pour ne pas être condamnés.

Bien que le problème relève du droit commun on sent bien que les enjeux sont d’un autre ordre et relèvent du jugement de Dieu à la fin des temps. La terre et le ciel communiquent dans une confusion générale où nous devrons mettre de l’ordre pour comprendre quelque chose. Jésus pour sa part assis sur le sable reste curieusement inactif traçant avec son doigt des signes énigmatiques qui seront effacés à tout jamais par le premier souffle de vent, en gardant leur mystère .
 
Quels sont donc les enjeux de toute cette aventure? Selon les provocateurs de Jésus, il s’agit de vérifier si la Loi, donnée par Moïse, engage Dieu et permet de punir les coupables en toute circonstance. A l’opposé, Jésus prétend que la Loi de Dieu vécue en esprit, libère les hommes et ne les condamne pas. Le péché étant sans incidence sur le jugement final. Le piège dans lequel Jésus ne tombe pas c’est de confondre les chemins des hommes avec les voies de Dieu. Si Moïse a donné une Loi aux hommes de la part de Dieu, c’est pour régler leurs comportements sur terre entre eux. Moïse n’engageait ni la Liberté ni l’Éternité de Dieu. Jésus, quant à lui, justifie ici la grande liberté de Dieu face au péché. Il exprime le désir de Dieu de dépasser la culpabilité des hommes pécheurs et montre que Dieu a pour seul désir celui de condamner les hommes à vivre.

Nous avons du mal à entrer dans cette problématique car nous avons des répugnances à proclamer la gratuité du péché et à annoncer le pardon en toutes circonstances. Quand le péché est pardonné, la cause même du péché est enlevée. Pour notre part, nous continuons généralement à lire l’Écriture avec des critères humains. Nous enfermons les hommes dans ces critères, si bien que nous disposons du salut éternel à la place de Dieu. Nous privons, par avance du salut et du pardon ceux qui ne pensent pas comme nous. C’est comme cela qu’agissaient scribes pharisiens et grands prêtres qui condamnèrent Jésus, c’est aussi comme cela qu’agissent parfois aujourd’hui les gens d’église.

Pour Jésus, il n’en est rien. La scène que nous avons lue prend place dans le temple, lieu par excellence où la volonté de Dieu doit s’exprimer. Ce sont les scribes et les pharisiens qui interpellent Jésus en lui proposant de prononcer un jugement. Ce sont pourtant eux les seuls capables d’interpréter la loi et de porter un jugement. Ils ne s’en privent d’ailleurs pas lorsqu’ils lui disent : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère la loi de Moïse ordonne de lapider de telles femmes. » C’est quand même eux qui disent la Loi. En donnant à Jésus l’occasion de prononcer un jugement différent du leur, c’est à dire de celui de Moïse, ils ont la ferme intention de le piéger et de l’accuser de mettre à mal la Loi de Moïse. En demandant à Jésus de s’exprimer sur cet événement et en lui donnant la possibilité d’émettre un avis contraire au leur, ils reconnaissent implicitement qu’il a autorité sur eux et sur la Loi de Moïse, il leur est donc supérieur et supérieur à Moïse.
Qui donc est supérieur à Moïse si non le Messie? Voulant piéger Jésus, ils l’authentifient comme Messie, et le piège se referme alors sur eux. En contestant, plus tard, cet état de fait lors du procès de Jésus, ils se parjureront. Pour aggraver leur cas, ils lui ont donné le titre de Maître, c’est dire qu’ils lui ont conféré un titre officiel qui lui donne une autorité semblable à la leur. Quand on veut piéger quelqu’un, il faut prendre garde de ne pas prêter le flan à l’accusation.

Dans cette situation, ils ne seront pas seulement parjures, mais ils seront menteurs, autant dire qu’ils seront les instruments du diable. En effet, ils accusent cette femme d’avoir été surprise en flagrant délit d’adultère. Si tel est le cas, ils devraient faire comparaître également son complice ou son compagnon. En effet, pour commettre un adultère il faut être deux et pour que le délit soit flagrant il faut que les deux soient présents. S’ils ne produisent pas le partenaire, ils sont donc coupables de mensonge!

Faut-il imaginer qu’ils sont comme les vieillards qui accusaient Suzanne dans le récit grec de Daniel rapporté par la Septante. Ce texte est un apocryphe que les protestants ne reconnaissent pas, mais qui contient l’histoire savoureuse de la jeune Suzanne qui est surprise dans son bain par deux vieillards lubriques qui ont la ferme intention de la déshonorer. Ces deux vieillards sont des notables et exercent la fonction de juge pour la communauté juive de Babylone. Comme Suzanne refuse de céder à leurs avances ils l’accusent en prétendant l’avoir surprise en flagrant délit d’adultère avec un beau jeune homme qui a leur vue s’est enfui par dessus le mur ! Suzanne est condamnée à mort pour adultère.

Heureusement Daniel intervient et demande que l’on fasse rendre témoignage aux deux vieillards séparément. Bien évidemment ils se contredisent dans les détails et montrent alors que leurs accusations étaient mensongères. C’est alors eux que l’on condamne à mort. Le rapprochement des deux récits est troublant.

Jésus écrit alors sur le sable avec son doigt. Qu’écrit-il? La nouvelle Loi selon lui? Nul ne le sait. Mais ce qui est écrit n’a aucune importance, c’est sur le sable, le souffle du vent l’efface en un instant. Que reste-t-il alors si non les paroles de Jésus : personne ne t’accuse! Moi non plus, comme quoi, là aussi les valeurs sont inversées, les écrits s’envolent et les paroles restent et prennent valeur de Loi de Dieu.

Puisque les scribes ont implicitement élevé Jésus au rang de Messie, il est convenable de comprendre que le Messie ne condamne pas ni dans ce temps, ni dans l’éternité, c’est ce que ce passage cherche à démontrer. Ce passage nous dit donc que le Messie ne condamne pas, parce que telle est la volonté de Dieu. Celui qui n’est pas condamné n’est plus sous le coup du péché.

Nous pouvons donc affronter avec assurance ce temps que les hommes de la Bible appellent celui du jugement dernier. Il n’y a pas de « dies irae » à craindre ni de courroux divin à redouter. Jésus assis à la droite du Père entouré des saints anges, selon l’imagerie traditionnelle ne peut que répéter à l’infini et jusqu’à la consommation des siècles ce qui est ici écrit : « moi non plus, je ne te condamne pas »


  Un autre sermon sur ce même sujet :
Je reviens vers vous , parce que la recherche automatique du blog vous a renvoyé ici et non sur  l'autre sermon que 6 ans après j'ai refait sur ce même sujet, j'ai retravaillé le texte  et  je vous le donne ici, car mes conclusions sont différentes de celles qu' alors j'avais  tirées . 




Si on voulait résumer en quelques mots l’enseignement de Jésus pour lequel ses amis ont consacré quatre évangiles, c’est à  coup sûr,  la conclusion de cet épisode de la femme adultère qu’il faudrait prendre : «  moi non plus, je ne te condamne pas ! » Jésus, parlant au nom de Dieu ne condamne pas les simples pécheurs ni les pécheurs scandaleux, ni les autres. Il  ne prive personne ni de l’amour ni de la grâce de Dieu, même pas  ceux que la justice des hommes condamne à de lourdes peines ou même à la mort.  A tous Jésus offre la vie.  

Dans ce passage, vous avez sans  doute  admiré la manière dont Jésus s’était sorti de piège remarquablement tendu par ses adversaires. Mais sommes-nous bien sûrs d’avoir compris ce qui s’était passé, car Jésus ne s’est pas livré à une entourloupette juridique comme le font les grands avocats pour  que leurs clients échappent à une peine méritée. Jésus n’a pas cherché à sauver la femme par des artifices juridiques, mais elle a quand même été sauvée. Ceux qui ont compris l’attitude de Jésus n’ont pas forcément accepté sa conclusion du pardon universel sans condition. Sans condition avez-vous dit ? Sans condition, avons-nous dit !

Si j’en crois la manière dont ce texte a été reçu dans le canon de l’Évangile de Jean, je dirais que les premiers chrétiens ont eu du mal à s’approprier la conclusion de Jésus et à la considérer comme l’aboutissement normal de son Évangile.  Pendant 3 siècles les premiers fragments  des parchemins de l’Évangile  de Jean qui nous sont parvenus n’ont  pas fait état de cet épisode. Ce n’est qu’au quatrième siècle qu’on l’a vu  apparaître une seule fois en finale de l’Évangile de Luc, puis  lentement il  s’est  imposé comme partie intégrante de l’Évangile de Jean. La chose est curieuse et mériterait de plus amples commentaires,  d’ailleurs, selon les spécialistes du texte, ce récit relève plus du style de Luc que de celui de Jean. En fait pendant  longtemps ce texte a fait la navette entre les deux Évangile, tantôt accepté par les copistes  de  l’un tantôt  refusé par les autres.  Toutes ces hésitations plaident d’ailleurs en faveur de son authenticité. Ce n’est sans doute pas le récit en soi qui était ainsi discuté, mais sa conclusion. Il serait donc mal venu de critiquer les scribes et les pharisiens qui soupçonnent Jésus de laxisme, L’Église aussi l’a fait à propos de ce texte.

Jésus annonçait le pardon des péchés sans aucune contrepartie. Les plus grands pécheurs seraient accueillis devant Dieu de la même façon que  les moins fautifs ! C’est tellement choquant qu’on a essayé de minimiser la situation et d’innocenter la femme en se faisant son avocat. On va inventer toutes sortes d’arguments  pour justifier les propos de Jésus et les rendre acceptables.  On a fait valoir que son complice ne comparaissait  pas avec elle, or, pour  qu’un adultère soit flagrant, comme il est dit ici, il faut que le complice soit cité en même temps que l’accusé. Ce n’est pas le cas ici.  Pour qu’il y ait procès, car c’est bien d’un procès qu’il s’agit, il faut un plaignant, or le seul plaignant habilité en l’occurrence serait le mari. Il n’est pas présent non plus et ne se présente pas en accusateur. Cette mise en scène était donc un piège pour faire tomber Jésus et il n’y est pas tombé. Après ces commentaires la femme, ne semblait pas coupable. Personne ne s’y trompe et on se réjouit de voir que Jésus s’en sort habilement, comme toujours.

Ceux qui ont une sérieuse culture biblique verront dans ce récit une parenté avec l’histoire de Suzanne et des vieillards que l’on trouve dans l’apocryphe de Daniel, ignoré des publications protestantes de la Bible. Suzanne se baignait dans son jardin clos de murs, cette imprudente avait bien le droit d’être ainsi dévêtue dans ce lieu privé ! Deux  vieillards regardant par où il ne fallait pas,  contemplèrent la scène et tentèrent d’abuser de la baigneuse.  Celle-ci  résista  et ne succomba pas. Par esprit de vengeance, les deux vieillards lubriques, juges pour la communauté juive à Babylone, l’accusèrent d’adultère en lui inventant un partenaire, et tant qu’à faire jeune et beau. Elle fut condamnée à mort et aurait été exécuté si Daniel n’avait eu l’idée de faire interroger les vieillards séparément. Ils se contredirent bien évidemment. C’est eux qui furent alors  condamnés et exécutés. L’histoire est belle, la morale est sauve, mais ce n’est pas du tout le cas de l’histoire dans laquelle on sollicite l’avis de Jésus, et tout essai de rapprocher les deux textes, comme on l’a souvent fait  nuirait à la compréhension de l’Evangile.

 Jésus  n’essaye pas de disculper la femme, il ne prend pas à son compte les arguments que nous avions développés pour la disculper.  Il la considère comme coupable et demande qu’on la lapide, ce qui ne se faisait plus à l’époque, mais  il ajoute une  condition, celle de la nécessité de  l’absence de péché des bourreaux. Tous se dégonflent.

Jésus ne veut pas savoir si elle est coupable où non. Il fait valoir un principe qui est  incontournable, pour lui et donc pour Dieu, bien qu’on en discute encore aujourd’hui, c’est le droit absolu à la vie sans aucune restriction. C’est en regardant le texte d’un peu plus près que nous comprendrons ce que son auteur veut nous faire comprendre. Assis parterre, Jésus face à l’accusée, sans regarder personne,  écrit avec son doigt  dans la poussière. Tout ici prend du sens. Jésus regarde à terre et écrit avec son doigt comme jadis Dieu le fit sur les tables de la  loi cassées par Moïse au Sinaï.

La loi, en vigueur à cette époque n’était donc que le pale reflet des tables écrites par Moïse. Elles attendaient une réédition de Dieu quand le peuple serait prêt à la recevoir. L’était-il ? Le sommes-nous ? Cette réflexion éclaire la suite.   Si Jésus écrit dans la poussière, c’est que l’homme en a été issu et  qu’il y retournera. Jésus est donc en train d’écrite avec son doigt  la nouvelle loi, comme Dieu le fit avec Moïse. Il le fait dans la poussière, l’élément qui constitue la structure même l’humanité. Puis, le texte étant écrit, il se redresse et cette fois il regarde les hommes et les enjoint à appliquer la loi dont ils se réclament. Lapidez-là si la loi ordonne la mort. Mais cette loi venue de Dieu ne peut être appliquée que par celui qui en est digne. Elle ne peut être appliquée  que par une main sans péché.

Aucun humain n’en  est digne, Jésus ne le dit pas explicitement, mais tous comprennent.  On ne peut en rester là !  Heureux  celui qui comprendra la suite, il pourra alors avancer sur le chemin de la compréhension de Dieu.  Le regard de Jésus se tourne à nouveau  vers le sol, il ne regarde personne, chacun se retire jugé par sa propre conscience, mais pas par Jésus qui ne regarde pas  puisqu’il regarde à terre et poursuit son écriture. A coup sûr ce sont des paroles de vie qu’il écrit dans la poussière, c'est-à-dire dans les fondements de notre humanité. Cette poussière insignifiante que l’on méprise en la foulant au pied  est désormais porteuse de la vie que Dieu nous demande de respecter comme le bien le plus précieux dont dépend  l’humanité et dont personne ne peut disposer.

Et la femme ? Il est normal de s’intéresser à son sort avant de conclure. L’histoire personnelle de cette femme marque ici un temps d’arrêt mais elle ne s’arrête pas pour autant. N’ayant reçu aucun condamnation, elle  peut retourner  normalement à la vie. Etai-elle coupable ? Sans doute, car on n’aurait pas pu monter un tel piège avec une innocente comme appât.  Si elle avait été innocente, Jésus n’aurait pas pu tirer les conclusions qu’il a tirées, mais sa faute, même avérée ne suffisait pas à l’empêcher de vivre et Jésus  lui a ouvert un chemin de vie. S’il lui dit de ne plus pécher, ce n’est pas  d’adultère qu’il  parle, c’est de cette situation qui consiste à se considérer comme  séparé de Dieu quand on se sait coupable, car c’est cela le péché, c’est être séparé de Dieu. Or  Dieu n’exclut personne c’est pourquoi il nous  pardonne tous. Quand ils ont compris cela, ce texte a paru irrecevable, même aux évangélistes. Et pour nous qu’en est-il ? Quant à la repentance  dont on n’a pas parlé et que Jésus ne demande pas à cette femme, c’est une autre histoire, c’est une histoire entre Dieu et nous qui n’a pas sa place ici.

mardi 16 février 2010

Les deux frères : Luc15:11-32 dimanche 14 mars 2010


Luc 15/11-32 11

Il dit encore : Un homme avait deux fils. 12 Le plus jeune dit à son père : « Père, donne-moi la part de fortune qui doit me revenir. » Le père partagea son bien entre eux. 13 Peu de jours après, le plus jeune fils convertit en argent tout ce qu'il avait et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en vivant dans la débauche. 14 Lorsqu'il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à manquer de tout. 15 Il se mit au service d'un des citoyens de ce pays, qui l'envoya dans ses champs pour y faire paître les cochons. 16 Il aurait bien désiré se rassasier des caroubes que mangeaient les cochons, mais personne ne lui en donnait. 17 Rentré en lui-même, il se dit : « Combien d'employés, chez mon père, ont du pain de reste, alors que moi, ici, je meurs de faim ? 18 Je vais partir, j'irai chez mon père et je lui dirai : “Père, j'ai péché contre le ciel et envers toi ; 19 je ne suis plus digne d'être appelé ton fils ; traite-moi comme l'un de tes employés.” » 20 Il partit pour rentrer chez son père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému ; il courut se jeter à son cou et l'embrassa.21 Le fils lui dit : « Père, j'ai péché contre le ciel et envers toi, je ne suis plus digne d'être appelé ton fils. » 22 Mais le père dit à ses esclaves : « Apportez vite la plus belle robe et mettez-la-lui ; mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. 23 Amenez le veau engraissé et abattez-le. Mangeons, faisons la fête, 24 car mon fils que voici était mort, et il a repris vie ; il était perdu, et il a été retrouvé ! » Et ils commencèrent à faire la fête.
25 Or le fils aîné était aux champs. Lorsqu'il revint et s'approcha de la maison, il entendit de la musique et des danses. 26 Il appela un des serviteurs pour lui demander ce qui se passait. 27 Ce dernier lui dit : « Ton frère est de retour, et parce qu'il lui a été rendu en bonne santé, ton père a abattu le veau engraissé. » 28 Mais il se mit en colère ; il ne voulait pas entrer. Son père sortit le supplier. 29 Alors il répondit à son père : « Il y a tant d'années que je travaille pour toi comme un esclave, jamais je n'ai désobéi à tes commandements, et jamais tu ne m'as donné un chevreau pour que je fasse la fête avec mes amis ! 30 Mais quand ton fils que voici est arrivé, lui qui a dévoré ton bien avec des prostituées, pour lui tu as abattu le veau engraissé ! » 31 Le père lui dit : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi ; 32 mais il fallait bien faire la fête et se réjouir, car ton frère que voici était mort, et il a repris vie ; il était perdu, et il a été retrouvé ! »
Il n’est pas étonnant que deux frères élevés sous le même toit se chamaillent et rivalisent entre eux. Rien d’étonnant non plus si le plus grand qui est généralement le plus fort essaye d’épater le plus jeune par ses prouesses qui lui donnent l’impression de lui être supérieur. Rien d’étonnant si le plus jeune ne s’en tient pas là et s’il veut en remontrer à l’autre. Rien d’étonnant donc si en fin de compte ils finissent par en découdre en se livrant à une bagarre en règle. La marque des bleus ou l’empreinte des bosses témoignent de la réalité des coups mais quand ils rentrent au logis, ils gardent l’impression de s’être bien amusés. Ils s’entendent comme des frères et ils s’entendent comme chien et chat. C’est de l’ordre de la logique. Leurs pugilats quotidiens qui mettent leur mère en émois forgent leur caractère et font naître une profonde tendresse entre eux et rien ne saurait les séparer parce qu’ils sont frères. C’est ainsi que l’on conçoit une relation normale entre deux frères.
Il y a beaucoup de récits dans la Bible où des frères sont concernés. Mais l’image que l’Ecriture a retenue de leurs rapports entre frères est bien différente de celle que nous avons évoquée. Bien entendu, ils se bagarrent, et c’est conforme au comportement de garçons que l’on élève ensemble. Mais cette vie en commun et les coups échangés ne créent pas ce ciment durable qui devrait sceller leur amour fraternel. C’est même tout à fait le contraire. La Bible s’ouvre en son quatrième chapitre sur le récit de deux frères dont la jalousie de l’un vis à vis de l’autre a poussé le plus âgé des deux à tuer l’autre. Puis, au hasard des récits, nous avons l'histoire du très long conflit entre deux autres frères. Il s’agit d’Isaac, le fils de la promesse et d' Ismaël le fils de la servante. Tous deux fils d’Abraham scelleront par leur animosité une rivalité que les deux peuples à qui ils donneront naissance entretiendront jusqu’à nos jours.
Nous trouverons également des frères jumeaux, Jacob et Esaü, qui rivaliseront entre eux dès le sein maternel. Très différents l’un de l’autre ils s’opposeront en une rivalité féroce. La faveur de Dieu pour l’un au détriment de l’autre nous étonne encore aujourd’hui. Toujours dans l’ancestrage des patriarches nous croisons les pas de Joseph, un jeune vantard qui profite de sa beauté et de la faveur paternelle pour narguer ses frères. Mal lui en prit, ses frères se coalisèrent pour le tuer, mais ils préférèrent le vendre comme esclave. La série des frères ennemis n’est pas terminée. Les fils de David se battront à mort pour s’assurer de sa succession, et ce sera le moins légitime, Salomon, qui montera sur le trône avec la faveur de Dieu au prix de la vie de son frère aîné. La question qui se pose alors à nous est de savoir pourquoi Dieu prend partie dans leurs conflits en faveur de celui qui n’est pas toujours le plus sympathique ?
Dans chacun de ces conflits, Dieu se compromet laissant le lecteur que nous sommes dans une perplexité extrême. Il prend partie pour l’un contre l’autre et se montre parfois terriblement injuste dans ses choix. Le fidèle chrétien, qui a appris par la bouche de Jésus que Dieu était juste et bon n’y trouve pas son compte. Certes les choses sont à la fois plus simples et plus compliquées qu’il n’y paraît, et la première victime dans tout cela c’est Dieu lui-même. Il a confié au hommes la responsabilité de transmettre sa parole, et la parole ainsi transmise se trouve parfois altérée par le péché de celui qui la transmet.
Les textes de la Bible nous parviennent d’abord comme une parole d’homme avant de devenir par l’action du saint Esprit parole de Dieu. Pour que nous puissions la recevoir comme parole de Dieu, il faut, que l’Esprit saint mette en nous la faculté de faire le tri entre ce qui vient des hommes et ce qui vient de Dieu. Les écrivains bibliques qui nous ont rapportés ces récits étaient eux même impliqués dans les événements dont ils établissaient le texte. C’est donc le point de vue du camp de celui qui rapporte le récit que nous avons, et à travers son récit nous devons saisir ce qui nous vient de Dieu, mais tout ne vient pas de lui.
C’est la même raison qui pousse les hommes d’aujourd’hui à remercier Dieu des victoires que nos armées ont pu remporter. D’un côté on chante des te deum, de l’autre on se contente de pleurer les morts ! Où est vraiment l’action de Dieu dans tout cela ? Il appartient donc au lecteur fidèle de la Bible de trouver l’éclairage nécessaire qui lui permettra de lire l’Ecriture sans risquer de se fourvoyer dans des spéculations hasardeuses. Il devra donc user de la lumière qu’apporte Jésus Christ pour remonter le cours de l’histoire et retrouver au travers des conflits qui lui sont racontés le vrai visage de Dieu que seul l’amour du Christ peut nous révéler. Il sera alors surpris de découvrir derrière les injustices, les violences et les impartialités prêtées à Dieu une immense tendresse, que la rudesse des textes n’a jamais réussi à voiler complètement. En procédant ainsi, nous découvrirons que c’est Jésus en tant que fils qui révèle le vrai visage de Père que Dieu nous offre au travers de toute l’Ecriture.
C’est avec tous ces questionnements que nous pouvons maintenant aborder ce texte archi connu du fils prodigue. Nous nous interrogerons sur l’attitude de Dieu dans ce conflit entre deux frères où il semble favoriser le plus coupable au détriment du plus sage. A priori, les deux frères ne sont pas en conflit, ils s’ignorent plus qu’ils ne rivalisent vraiment. Le plus jeune est trop mal dans sa peau pour rester vivre à la maison, il a besoin d’aventure, de liberté et surtout il rejette toute forme de contrainte ! « A moi la vie » se dit-il en claquant la porte de la maison et en empochant les sous de Papa. L’aîné quant à lui manque d’audace, il souffre de mener une vie terne et privilégiée qu’il doit lui aussi, aux sous de ce même Papa. Il cherche le bonheur sans le trouver et subit son existence comme une servitude. Inutile de se poser la question pour savoir s’il y a une once d’amour entre ces deux hommes. Ils s’ignorent si bien qu’à la fin du récit le frère aîné verrait bien son frère cadet disparaître de son existence .
Aujourd’hui, les parents de tels enfants, après s’être culpabilisés d’avoir produit de tels énergumènes, se renverraient l’un sur l’autre la responsabilité de leur carence éducative. La seule chose sur laquelle ils tomberaient d’accord c’est d’avoir recours à un psychologue efficace. Mais dans tout cela je me livre à des élucubrations qui n’ont pas cours dans le fil de l’histoire. Si nous raisonnions ainsi, nous aurions tout faux. En fait, on ne nous dit rien sur les parents, nous sommes seulement invités à entrer dans cette histoire au moment de la crise.
Ayant claqué la porte, le plus jeune se met à faire la vie. Il va en boîte, zone dans les coins les moins recommandés de la ville et il descend en quatrième vitesse tous les échelons de la vie sociale. Avant de devenir complètement sdf, il se souvient qu’il a une famille, qui ne le rejettera pas complètement s’il revient. Il a vu juste.
L’aîné, enfermé dans ce qu’il croit être son bon droit voit arriver ce parasite d’un mauvais œil. Comment l’autre ose-t-il venir s’établir sur ses terres ! Il rumine contre ce qu’il ressent comme une injustice de la part de son père et préfère rester bouder dans son coin. C’est alors qu’apparaît Dieu qui se cachait derrière le couple parental. Je dis bien le couple parental, car si la mère est absente de la scène, ne serait-ce pas parce que Dieu qui s’est drapé dans les vêtements du père, se manifeste plutôt dans une attitude qui appartient à la tendresse de la mère ?
Les parents n’ont pas été évoqués jusqu’à présent et Dieu non plus n’est pas intervenu. Ce n’est pas lui qui a forgé le caractère des enfants. Le bon Dieu n’a joué aucun rôle dans l’évolution qui est la leur, pas plus que leurs parents. Que les parents qui se culpabilisent au sujet des échecs de leurs enfants se rassurent donc ! Ce n’est ni Dieu ni leurs carences éducatives, à moins qu’elles soient évidentes, qu’il faut incriminer. Les gosses ont évolué sans que l’on sache vraiment comment, si bien qu’élevés dans les mêmes conditions, ils sont devenus radicalement différents l’un de l’autre.
C’est au moment de la crise que le rôle de Dieu devient apparent et c’est le côté maternel de son personnage qui prend le dessus. Il va vers chacun d’eux individuellement. Il sort en courant de la propriété pour aller au devant du plus jeune. Il quitte la fête qui bat son plein pour sortir à la rencontre du plus âgé qui boude en pleurant sans vouloir franchir la porte. Dieu père va à la rencontre de chacun d’eux. A aucun des deux il ne fait de sermon. Il ouvre son cœur pour leur offrir à l’un comme à l’autre une vie meilleure. « Tu n’a pas d’autres solution, semble-t-il dire à l’aîné que d’aller vers la nouvelle vie de ton frère, car ce n’est qu’à ce prix là que toi tu peux vivre heureux. Il n’y a pas d’autre solution, même si tout cela te paraît injuste, même si tu crois que ton Père est partial, même si tu penses qu’en aimant comme il le fait ton Dieu t’apparaît comme injuste. »
C’est la vie qui doit prendre le dessus. L’histoire s’arrête là, pas de conclusion, pas de morale. Le cadet a-t-il compris que seul l’amour de Dieu lui permet de tout recommencer ? L’aîné a-t-il compris que la porte qui le mène vers le bonheur espéré lui est ouverte? C’est ainsi que Dieu privilégie la vie, même si c’est perçu comme une injustice. Il promet la vie à Caïn meurtrier de son frère, il permettra à Jacob et à son frère de se retrouver, Joseph et ses frères pourront à nouveau vivre ensemble. La vie, toujours la vie prend le dessus dans ce que Dieu propose. Quant à Salomon, il jouira jusqu’à la fin d’une sagesse imméritée, mais ce sont les hommes qui ont écrit l’histoire ainsi, pas Dieu !















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lundi 8 février 2010

Une autre façon de parler de la résurrection: Luc 9:28-36 dimanche 28 février 2010


Luc 9/ 28b-36

– La transfiguration

28 Huit jours environ après ces paroles, il prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il monta sur la montagne pour prier. 29 Pendant qu'il priait, l'aspect de son visage changea, et ses vêtements devinrent d'une blancheur éclatante. 30 Il y avait là deux hommes qui s'entretenaient avec lui : c'étaient Moïse et Elie 31 qui, apparaissant dans la gloire, parlaient de son départ, qui allait s'accomplir à Jérusalem. 32 Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil. Réveillés, ils virent sa gloire et les deux hommes qui se tenaient avec lui. 33 Au moment où ces hommes se séparaient de Jésus, Pierre lui dit : Maître, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Elie. Il ne savait pas ce qu'il disait. 34 Comme il parlait ainsi, une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de crainte, tandis qu'ils entraient dans la nuée. 35 Et de la nuée survint une voix : Celui-ci est mon Fils, celui qui a été choisi. Ecoutez-le ! 36 Quand la voix se fit entendre, Jésus était seul. Les disciples gardèrent le silence et ne racontèrent rien à personne, en ces jours-là, de ce qu'ils avaient vu.

Deux illustres patriarches font irruption sur le chemin de trois apôtres. Ils s’emparent de Jésus et leur offrent un moment d’extase inoubliable. Leur raison s’en est trouvée ébranlée, leur faculté de jugement s’est arrêtée. Saisis par l’extase ils ont laissé l’irrationnel s’emparer de leur intelligence. Leur expérience nous est ici racontée et nous ne savons pas très bien qu’en penser.

En fait, nous ne sommes pas seulement des êtres de chair et de sang. Nous ne sommes pas seulement des êtres faits de matière organique habitée par un esprit rationnel. Nous ne sommes pas seulement soumis aux lois de l'évolution des espèces. Il y a en nous un plus que nous ne savons pas définir. Comme nous n'arrivons pas à décrire ou même à expliquer ce supplément d'existence nous avons tendance à l'ignorer, en vertu d'un principe, que nous croyons moderne, selon lequel tout ce qui échappe à notre esprit rationnel n'a pas lieu d'être. Nous nous croyons alors maîtres de nous-mêmes. Nous nous croyons maîtres de notre corps de chair dont nous pensons contrôler tous les gestes, grâce à notre esprit qui est soumis à notre intelligence. Tout cela fonctionne comme une mécanique bien huilée que rien ne devrait perturber. Pourtant au fond de nous-mêmes nous ne sommes pas satisfaits car nous savons bien que cela ne marche pas ainsi. Il y a en nous quelque chose d’incontrôlable qui nous échappe. C’est ce que nous pourrions appeler notre faculté d’émotion.

Il suffit parfois de peu de chose pour que tout se mette à dysfonctionner en nous. Il suffit d'un rien, pour qu'en un instant nous ne contrôlions plus la situation et qu'une fenêtre s'ouvre sur un espace que nous ne connaissons pas. Ce sont des instants d'extase assez brefs, la plupart du temps, pour ne pas nous inquiéter, mais qui nous ravissent cependant. Cela se produit sous l’effet d’une émotion. Elle peut être artistique et se produit en contemplant un tableau ou en écoutant de la musique. Un paysage aussi bien qu’un poème peuvent également produire en nous cet effet de ravissement, sans parler de l’amour qui bien évidemment peut produire une telle émotion que nous arrivons à perdre le sens de la réalité. L’apôtre Paul a vécu une telle expérience après une chute de cheval.

En y réfléchissant nous éprouvons cependant une sorte de malaise parce que nous ne savons pas expliquer l'origine de cette émotion. Nous ne savons pas sur quoi elle ouvre notre esprit et on l'explique, sans doute trop vite, en parlant d'émotion artistique ou même de coup de foudre voire d’extase. Nous sommes obligés de constater que nous sommes ainsi faits. Nous sommes sensibles à ce qui nous provoque de l'extérieur et nous ne savons pas maîtriser ce sentiment. Faute de pouvoir donner une explication nous nous empressons d'oublier le fait que nous sommes accessibles à des émotions extérieures à nous-mêmes. Mais malheur à qui voudrait provoquer artificiellement ce type d’émotion ! C’est un autre sujet et nous n’en parlerons pas, mais nous ne saurions l’ignorer. Il est donc nécessaire, pour aller plus loin, que nous nous penchions sur cet ailleurs, qui ne nous appartient pas mais qui provoque en nous ces dépassements émotionnels qui nous ravissent.

Tout se passe comme si une puissance extérieure venait vers nous pour nous rendre heureux. Dieu profiterait-il de cette capacité, pour venir vers nous, sans dire son nom, et bousculer nos sécurités? D'autres avant nous se sont posés cette même question, d'autres après nous se la poseront à nouveau. C’est auprès de ceux qui nous ont précédés que nous allons essayer d’explorer ce terrain là. C'est à partir de leurs expériences que nous nous interrogerons sur la nôtre et que nous comprendrons comment Dieu travaille en nous pour se faire connaître.

L'Evangile de ce jour propose à notre sagacité de s'attarder sur deux des plus illustres témoins de l'Ecriture : Moïse et Eli. Ils tiennent ici le haut du pavé. Pour que leur expérience puisse devenir la nôtre il nous faut les connaître mieux. Certes, tout le monde connaît Moïse tant Cécile B. de Mille a vulgarisé son épopée. Mais au de-là des légendes dont le film a cherché à enjoliver l’histoire, que reste-t-il de son expérience de foi, car c'est celle-là qui nous intéresse? Est-il seulement celui qui a traversé la Mer Rouge sans se mouiller les pieds avec six cent mille fugitifs juifs? Il est aussi celui qui a brisé les tables de la Loi gravées du doigt de Dieu. Mais sait-on aussi qu'il est celui dont le souffle s'est mêlé à celui de Dieu et que c'est ainsi, dans un baiser divin qu'il entra dans l'éternité si bien que nul ne sait s'il mourut vraiment? En tout cas l'Ecriture nous ouvre à son propos une piste de réflexions sur les secrets de Dieu concernant la mort et la vie. ( cf . Deutéronome 34). Nos Bibles traduisent : « il mourut sur un ordre de Dieu », l’hébreu dit « il mourut sur la bouche de Dieu ». pourquoi ne pas traduire par : « il mourut sur un baiser de Dieu ! »

Elie, quant à lui, on le connaît moins. Pas de film à grand spectacle à son sujet. Il faut être allé à l'Ecole du dimanche pour savoir qui il est. Traqué par la reine Jézabel il massacra 500 prophètes de Baal. Insatisfait cependant, il chercha à approfondir la vérité sur Dieu, il se réfugia sur l'Horeb où il découvrit Dieu dans le souffle d'une brise légère. Il acheva sa vie, emporté dans le ciel par le souffle sacré et comme Moïse nul ne le revit. Les croyants attendent encore son retour. Ces deux hommes exceptionnels viennent habiter l'histoire des hommes, comme pour leur dire que la vie terrestre ne s'achève pas dans le néant comme ils le redoutent. C'est ce que comprennent Pierre, Jacques et Jean, témoins en une commune extase de ce moment exceptionnel où, dans un bref instant, ils reçoivent la certitude que leur histoire terrestre ne s'achèvera pas dans le néant. Il y a un ailleurs que la vision leur révèle. Tout cela pourrait s'arrêter là, comme pour nous garantir que Dieu se sert de nos émotions pour nous ouvrir au mystère de l'éternité.

Mais la particularité des hommes, c'est qu'ils sont rebelles. Ce travers de l’homme est curieusement perçu aujourd'hui comme une qualité. C'est dire que notre inconscient collectif nous pousse sans trop savoir comment, à nous détourner des chemins battus pour aller vers cet Autre en qui nous reconnaissons Dieu. Nous ne pourrons cependant avancer sans faire l'économie de l'expérience de la mort.

L'Evangéliste Luc qui nous rapporte cette expérience de la Transfiguration, nous raconte plus loin comment deux hommes, (deux anges peut-être?) dans le sépulcre même où on avait mis Jésus, furent témoins du passage de Jésus de cette vie dans l'autre. Tout se passe alors, comme si la vision de la transfiguration se prolongeait sous sa plume dans la tombe où Dieu est venu chercher Jésus.

Nos deux grands témoins ont connu le même sort semble-t-il - Moïse que le baiser de Dieu emporta dans l'éternité, - ou Elie qui fut enlevé par l'ange céleste. Ils apportent tous deux leur caution à l'enseignement de Jésus. Cette expérience devient alors la nôtre. Jésus, en compagnie de Moïse et d'Elie, nous ouvre la porte de l'au-delà, comme pour nous dire que notre voyage sur terre s’achèvera dans un baiser de Dieu vers l’éternité.

Bien que tout paraisse évident, nous ne cessons cependant de nous demander pourquoi il est si difficile de croire? Il suffit de poser la question pour trouver la réponse. Nous négligeons trop souvent ces moments où l'irrationnel provoque notre raison. Nous refusons trop souvent de chercher ce qui se cache derrière nos émotions et nous ne prenons pas le temps de trouver dans l'Ecriture le support dont nous avons besoin pour aller plus loin. Faute d'être assez familiers avec les Ecritures nous doutons de la vérité sur laquelle repose leur témoignage. Et si ce n'était pas vrai, se dit-on ? Et si ce n'étaient que contes et légendes? La vérité n'est pas dans l'historicité des récits, elle les dépasse. La vérité, c'est qu'il y a une cohorte de témoins dont chacun de nous est le dernier.

Chacun à sa manière et dans sa vérité, a éprouvé des émotions comparables avec celles que nous avons dites. Chacun a ressenti ce sentiment qui l'ouvrait à un monde différent du sien où Dieu révélait sa présence. Chacun a eu ses moments d’extase ou ses visions irréelles. Toutes ces expériences peuvent nous aider à reconnaître Jésus ressuscité qui chemine sur le même chemin.

L'enseignement que nous devons retenir c'est de ne pas avoir peur et de nous laisser saisir par notre intuition de l'absolu de Dieu quand elle nous provoque. Elle confirme la réalité de la résurrection pour ceux qui avant nous en ont fait l'expérience. Elle ne se démontre pas et se refuse à tout raisonnement rationnel puisqu'elle nous vient de Dieu qui échappe à notre raison. Il s'est fait connaître à notre monde fini pour y introduire l'éternité. Si aujourd'hui vous entendez sa voix, laissez-vous séduire par elle et vous goûterez déjà la saveur de la résurrection.



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