mardi 15 juin 2010

L'espérance Luc 9: 51-62 dimanche 26 juin 2016





L'Espérance


Comme arrivaient les jours où il allait être enlevé, il prit la ferme résolution de se rendre à Jérusalem 52 et il envoya devant lui des messagers. Ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains, afin de faire des préparatifs pour lui. 53 Mais on ne l'accueillit pas, parce qu'il se dirigeait vers Jérusalem. 54 Quand ils virent cela, les disciples Jacques et Jean dirent : Seigneur, veux-tu que nous disions au feu de descendre du ciel pour les détruire ? 55 Il se tourna vers eux et les rabroua. 56 Et ils allèrent dans un autre village. 57 Pendant qu'ils étaient en chemin, quelqu'un lui dit : Je te suivrai partout où tu iras. 58Jésus lui dit : Les renards ont des tanières, les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de l'homme n'a pas où poser sa tête. 59 Il dit à un autre : Suis-moi. Celui-ci répondit : Seigneur, permets-moi d'aller d'abord ensevelir mon père. 60 Il lui dit : Laisse les morts ensevelir leurs morts ; toi, va-t'en annoncer le règne de Dieu. 61 Un autre dit : Je te suivrai, Seigneur, mais permets-moi d'aller d'abord prendre congé de ceux de ma maison. 62 Jésus lui dit : Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas bon pour le royaume de Dieu. ...

« Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas bon pour le Royaume de Dieu »


C’est sans doute la seule fois dans l’Écriture que Jésus aborde un domaine qui relève de ses compétences professionnelles. Il parle en effet de ce qu’il connaît professionnellement. En tant que charpentier, il confectionnait la partie en bois des charrues et il savait qu’en appuyant plus fort sur un mancheron que sur l’autre on faisait dévier l’instrument. Ce mouvement provoquait un déséquilibre de la charrue qui traçait alors un sillon tordu. Le fait de se détourner pour regarder en arrière impliquait forcément une pression plus forte sur un mancheron que sur l’autre du fait du déhanchement que provoquait ce mouvement. Ainsi celui qui regarde en arrière en labourant est incapable de faire un travail correct et un sillon droit. Il doit donc rester l’œil fixé droit devant lui sur la lisière du champ pour faire du bon travail.


Or Jésus enseigne qu’on ne peut être utile pour le Royaume de Dieu que si on regarde en avant, car c’est l’avenir qui est important. C’est devant nous que se tient l’avenir à construire. Ce que l’on doit construire est forcément en face de nous. Ce qui est derrière est déjà passé et on ne peut plus rien faire pour le changer. Jésus se désolidarise ainsi de tous ces croyants qui croient bien faire et qui passent leur temps à se lamenter sur le passé, sur les fautes qu’ils ont commises et surtout sur celles que les autres ont commises. Ils insistent sur les conséquences qu’elles peuvent avoir, sur la nécessité du repentir et de changer de sentiments et d’attitude « Laissez au passé le soin du passé, » semble dire Jésus à ses disciples, « vous ne serez pas jugés sur la manière dont vous vous serez lamentés sur le passé, mais sur la manière dont vous allez participer à la construction de l’avenir »


Jésus n’ignore pas que le passé peut avoir de lourdes conséquences sur le comportement des individus. Il sait bien que le poids de la faute est parfois tel qu’on se refuse à pouvoir envisager de vivre normalement le futur. Il sait bien qu’il ne suffit pas de vouloir oublier le passé pour que cela se fasse. Il sait tout cela, c’est pourquoi il proclame très fermement le pardon de tous les péchés sans exception. Il prétend que Dieu se charge de notre passé pour nous permettre d’avancer vers l’avenir. Dieu se charge de gérer notre passé et nous rend responsables du futur que nous allons construire.


Pour ceux dont le passé est trop lourd à porter, c’est à dire pour la plupart des hommes, il leur propose d’opérer un transfert sur lui. Il décide donc d’assumer le poids de leurs fautes jusqu’à en mourir. Pour que les amis de Jésus puissent se sentir libérés de leur passé c’est lui qui le prend en charge et il en meurt, mais cela n’a vraiment d’effet que si on accepte de se déculpabiliser de son passé et de regarder vers l’avant. Ceux qui acceptent de relever ce défi doivent entreprendre de construire avec Jésus des œuvres qui sont porteuses de vie. Tel est le sens que Jésus dans son amour donne à sa mort. Il voulait qu’elle soit suffisamment exemplaire pour que nous puissions opérer sur elle nos transferts de responsabilité. La seule attitude qui nous est demandée c’est de croire que Dieu cautionne cet acte d’amour car ce transfert de notre culpabilité sur Jésus est pour lui la seule manière de libérer l’avenir, afin que le passé ne pèse plus sur nous. Celui qui n’accepte pas cela « n’est pas bon pour le Royaume de Dieu », car il ne pourra pleinement construire son avenir que s’il est libre d’exercer à nouveau sa faculté d’agir et d’aimer.


Quand nous saisissons les mancherons de la charrue pour tracer le sillon de la vie que Dieu nous propose, nous devons garder les regards fixés sur l’éternité qui se trouve à la l’orée du champ. L’avenir que nous construisons avec Dieu est porteur de la vie qu’il promet. Il a pour but l’amour du prochain et donc son mieux être. Ainsi nous sommes destinés à avancer sereinement à la rencontre d’un avenir heureux habité par Dieu.


Mais tout cela relève d’une utopie apparemment irréalisable, sommes-nous amenés à penser en regardant évoluer notre société. Chacun sait que les outils dont nous nous servons pour construire l’avenir sont le produit du passé. C’est avec des idées mille fois répétées et réactualisées que nous forgeons les idées nouvelles. Nous nous appuyons aussi sur des principes acquis, qui ont fait leurs preuves dans le passé pour entreprendre ce que nous construisons, si bien que nous puisons la nouveauté de nos entreprises sur le passé qui nous les a transmises.


De tout temps, les hommes ont construit le futur en rivalisant entre eux, si bien que les termes d’amour et de fraternité que nous empruntons à l’Évangile et que Jésus nous propose comme les éléments nouveaux pour édifier son Royaume semblent parfaitement obsolètes en matière de projets d’avenir. Ces termes ne semblent pas devoir être retenus par ceux qui font des projets sérieux. La compétitivité devient l’idée force pour entreprendre des projets porteurs .


Quand on se présente devant un employeur, comment ne pas faire valoir ses capacités à faire mieux que les autres ? Comment ne pas faire état de ce que l’on a réussi par le passé ? Notre vie entière est organisée en fonction des expériences que la vie nous a apprises et ce sont les expériences du passé qui nous apprennent à ne pas trébucher à nouveau. Tout cela est plein de bon sens et Jésus ne le contesterait sans doute pas, mais ce qu’il nous demande d’intégrer, c’est une autre manière de voir les choses que nous appelons l’espérance.


L’espérance nous demande de refuser de croire que l’avenir sera la répétition du passé avec ses mêmes échecs, ses mêmes contraintes, ses mêmes rivalités, et que les générations futures serons dominées de la même manière que celles du passé par les castes privilégiées de ceux qui sont plus chanceux et plus intelligents que les autres. L’espérance nous invite à croire que l’indifférence au sort des autres ne sera pas toujours la règle générale et que les méchants et les égoïstes ne seront pas toujours les plus nombreux.

L’espérance consiste à croire qu’à force de se déverser sur le monde, l’amour, tel que Jésus nous l’a enseigné, finira bien par triompher. L’espérance consiste à regarder tout ce qui se fait et tout ce qui s’entreprend avec optimisme parce qu’une partie des hommes qui les mettent en œuvre est habitée par l’esprit de Dieu et que cette puissance de Dieu qui est en eux finira par influencer ce sur quoi ils agissent.


Plus le nombre des humains augmente sur notre planète, plus le nombre de ceux qui sont habités par l’esprit de Dieu augmente, si bien que nous devons renoncer à croire à la fatalité selon laquelle le côté négatif des choses sera toujours plus efficace que le côté positif, car si cela était vrai, il y a longtemps que l’humanité aurait cessé d’exister.


Si Dieu ne se voit pas dans des actions qui sont sensées manifester sa toute puissance, la présence de Dieu se voit dans l’acharnement que l’humanité exerce sur elle-même pour résister à toutes les forces mauvaises qui ne réussissent pas à l’entraîner vers sa perte. Ainsi, celui qui est habité par l’esprit que Dieu met en lui peut-il saisir vigoureusement les mancherons de la charrue.


Il sait que les expériences de son passé ne peuvent servir qu’à lui permettre de regarder l’avenir avec intérêt. Il sait aussi, qu’en dépit des apparences, Dieu agit au cœur de l’humanité, pour que chaque jour, des humains souvent invisibles et anonymes soient visités par son esprit et se mettent à faire ce qu’il souhaite qu’ils fassent. Dieu s’appuie sur des gens qui construisent leur avenir en mettant en pratique toutes les dimensions du Royaume dont Jésus a ébauché les contours dans son Évangile. Ils croient qu’il se réalisera un jour par les mains entreprenantes de tant d’hommes et de femmes dont nous sommes.








mardi 1 juin 2010

Qui est Jésus ? Luc 9:18-27 dimanche 20 juin 2010



Pierre déclare que Jésus est le Christ

18 Un jour qu'il priait à l'écart et que les disciples étaient réunis auprès de lui, il leur demanda : Au dire des foules, qui suis-je ? 19 Ils répondirent : Pour les uns, Jean le Baptiseur ; pour d'autres, Elie ; pour d'autres encore, un des anciens prophètes qui s'est relevé. 20— Et pour vous, leur dit-il, qui suis-je ? Pierre répondit : Le Christ de Dieu. 21 Il les rabroua, en leur enjoignant de ne dire cela à personne, 22 ajoutant qu'il fallait que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu'il soit tué et qu'il se réveille le troisième jour.

Comment suivre Jésus

23 Il disait à tous : Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge chaque jour de sa croix et qu'il me suive. 24 Car quiconque voudra sauver sa vie la perdra, mais quiconque perdra sa vie à cause de moi la sauvera. 25 Et à quoi sert-il à un être humain de gagner le monde entier, s'il se perd ou se ruine lui-même ? 26 En effet, quiconque aura honte de moi et de mes paroles, le Fils de l'homme aura honte de lui quand il viendra dans sa gloire, dans la gloire du Père et des saints anges. 27 Et je vous le dis, en vérité, quelques-uns de ceux qui se tiennent ici ne goûteront pas la mort avant d'avoir vu le règne de Dieu.

Et vous, que dites-vous de Jésus? Il est Dieu, fils de Dieu, Messie peu importe, chacun a sa réponse, chacun a sa relation personnelle à Dieu, mais quoi qu’on en dise, on est obligé de reconnaître que Jésus est venu vers les hommes sous des apparences modestes. Il a tenu à rester humble. Il a choisi de nous présenter une image de Dieu que nous aurions plutôt tendance à réfuter. Il présente Dieu comme le Dieu de l’impossible. Il montre Dieu sous les traits de celui que l’on rejette. Le Dieu tel que Jésus le présente se plaît à ressembler à celui qui souffre, à celui qui est humilié ou incompris. Il s’identifie à celui que l’on rejette, à celui que l’on abandonne quand la mort le menace. Il est aussi celui qu’on ne reconnaît plus quand la résurrection le propulse dans notre existence d’humain.

Jésus nous propose une image de Dieu qui nous provoque car elle ne correspond pas à nos désirs. Nous aspirons à reconnaître en Dieu une puissance qui se voit et qui intervient d'une manière manifeste dans la vie des hommes. Comme cela ne se voit pas d'une manière évidente, Dieu semble absent de notre monde. Sans vraiment vouloir être provoquant et en regardant simplement fonctionner notre société française, nous constatons que nous vivons dans un monde qui nie l’existence de Dieu ou plutôt qui se passe de lui. Notre référence à Dieu reste floue et on n’a pas l’impression de le voir intervenir dans le cours des choses. On le dit attentif aux hommes et pourtant cela ne se voit pas, cependant, cela n’empêche pas que beaucoup parmi eux s’appliquent à lutter contre les souffrances et les exclusions, contre les maladies et contre la mort même.

Le monde des humains, si détachés de Dieu en apparence ne l’est pas tellement en profondeur. En effet, les plus entreprenants parmi eux s’appliquent à intervenir dans les lieux où Jésus a dit que Dieu se cachait, c’est à dire les lieux de détresse. A force d’intervenir là où Dieu se cache, on finira bien par le trouver, même si cela prend du temps.

Jésus donc, nous présente l’image d’un Dieu qui se cache derrière tous les scandales humains qui nous provoquent et nous interpellent: les guerres d’hégémonie qui oppriment les minorités ethniques, les enfants contraints au travail ou à la prostitution, les vieillards enfermés dans la solitude de l’oubli, les jeunes en quête d’espérance, les adultes dans leur combat contre le chômage, les immigrés dans leurs désirs de papiers régularisés, les femmes, dans leur provocation à l’égalité, autant de lieux où Dieu se cache.

Mais pourquoi avoir choisi les misères humaines pour s’y dissimuler? pourquoi avoir choisi l’inacceptable afin de se révéler? Parce qu’il nous attend sur les lieux même où son adversaire semble le plus fort et il veut l’affronter là où il nous opprime pour mieux le tourner en dérision. Son adversaire qui est-il? le diable, le mal, la mort ou l’homme lui-même?

Certains, peut être, en entendant parler du diable commencent à se demander où je vais les embarquer; d’autres par contre, se réjouissent en pensant que j’ai enfin compris les enjeux du monde de demain. Il espèrent que je vais vous enjoindre à vous retirer hors de ce monde pervers, et que je vais vous inviter à vous enfermer dans la bulle confortable d’une communauté toute attentive à la prière et à la morale.

Et bien non, je ne vais pas le faire parce que le texte que nous avons lu ne nous entraîne pas dans cette direction. Le texte nous dit simplement que la mort, sous tous ses aspects est un obstacle à la manifestation de Dieu et que Jésus nous attend dans les lieux où le pouvoir de la mort la rend insupportable. La mort est insupportable parce que ni elle, ni la souffrance qui l’accompagne, ni l’injustice ne font partie du programme de Dieu. En Jésus Christ, Dieu se désolidarise définitivement de tout ce qui porte atteinte à l’homme. Mais s’il se désolidarise du mal et de la mort, il n’en ignore pas pour autant les effets, c’est pourquoi il se place sur le terrain de la mort et du mal, non pas pour les anéantir mais pour les surmonter.

Il semble que le mal et la mort ne soient pas voulu par Dieu, mais ils font partie du mystère du monde où nous vivons, même si cela dépasse notre compréhension, cela fait partie de notre monde ! Tout se passe comme si, Dieu, ayant maîtrisé le cahot au commencement de toute chose avait continué son œuvre en libérant le monde. Pour participer à cette entreprise de libération il a confié à « l’homme pensant » que nous sommes le soin de continuer son combat contre la mort et le mal. Le mal et la mort restent donc les ennemis à abattre.

Depuis que l’homme existe, Dieu a passé avec lui un contrat de collaboration qui consiste à travailler en association avec lui afin d’organiser le monde pour qu’il évolue harmonieusement pour le mieux être des hommes. Dieu envoie au combat tous ces hommes et toutes ces femmes qui acceptent de faire alliance avec lui. Ils se mettent à l’œuvre pour que sans relâche et avec ingéniosité ils repoussent l’adversaire. Ils deviennent ainsi les témoins d’ une vie qui dépasse la mort et que faute de mieux on appelle la résurrection.

En effet, la résurrection fait partie du programme de Dieu, ce n’est pas un palliatif qu’il aurait inventé pour contrecarrer un dérapage supposé de la création. La résurrection fait partie intégrante de la vie chrétienne et de l’espérance. Elle en est l’aboutissement normal, c’est pourquoi Jésus se situe là où elle risque d’être le plus contestée, c’est à dire au cœur même de la violence et de la mort. Jésus s’y trouve et nous invite à l’y rejoindre afin que par la manifestation de notre espérance la fatalité du mal se trouve tellement contestée qu’elle finira par disparaît.

Après ces réflexions, la question posée au début « qui dites vous de Jésus » n’a plus de raison d’être. Inutile de chercher à expliquer ou à justifier ou à démontrer la réalité de Dieu en Jésus Christ. Nous découvrons dans tout cela que Dieu ne s’invente pas et qu’il ne se démontre pas. Il se manifeste et ceux qui ont compris tout ça et qui s'efforcent alors de le rejoindre là où il est le moins visible: dans les lieux de la souffrance et du rejet, dans les lieux de la provocation et du désordre afin que tout cela s’apaise.

On découvre, encore une fois, que les autorités religieuses, contemporaines de Jésus, n’avaient rien compris. Elles avaient voulu enfermer Dieu dans des rites religieux, tels les sacrifices et les pèlerinages et même les prières rituelles alors que lui voulait se faire reconnaître en partageant la vie des hommes. N’ayant rien compris ils ont réclamé la tête de Jésus, prenant ainsi le parti de la violence pour défendre la dignité d’un Dieu qui ne leur demandait rien, si non de le suivre sur le chemin des hommes.

Les Eglises d’aujourd’hui l’ont-elles mieux compris? Ainsi, ni la violence ni la haine, ni l’injustice ne sont des éléments que l’on peut faire valoir pour nier la réalité de Dieu. Combien de fois faudra-t-il entendre encore cette affirmation tant de fois répétée qu’elle fait concurrences à l’Evangile: «puisqu’il y a tant de mal dans le monde, c’est que Dieu n’existe pas ». Bien au contraire, Dieu nous invite à le rejoindre sur les lieux de violence afin que la violence cesse, puisqu’elle est contraire à Dieu et que la résurrection apparaisse comme une réalité normale qui s’inscrit dans le cours des choses. Dieu l’ a créée de toute éternité afin de nous en revêtir l’heure venue.

Arrivé à ce point de mon propos, je ne peux garder pour moi, plus longtemps ces lignes de Khalil Gibran que je livre à votre méditation en guise de conclusion.


Alors Almira parla disant : Nous voudrions maintenant vous questionner sur la mort.

Et il dit : Vous voudriez connaître le secret de la mort ? Mais comment le trouverez-vous si non en le cherchant dans le cœur de la vie?...

...Si vous voulez vraiment contempler l’Esprit de la mort, ouvrez amplement votre cœur au corps de la vie. Car la vie et la mort sont un, de même que le fleuve et l’océan sont un.

Dans les profondeurs de vos espoirs et de vos désirs repose votre silencieuse connaissance de l’au-delà Et telles des graines rêvant sous la neige, votre cœur rêve au printemps.

... qu’est-ce que mourir si non se tenir nu dans le vent et se fondre dans le soleil?

Et qu’est-ce cesser de respirer, si non libérer le souffle de ses marées inquiètes, pour qu’il puisse s’élever, se dilater et rechercher Dieu sans entraves?

C’est seulement lorsque vous boirez à la rivière du silence que vous chanterez vraiment Et quand vous aurez atteint le sommet de la montagne, vous commencerez enfin à monter. Et lorsque la terre réclamera vos membres, alors vous danserez vraiment.

Le prophète page 80


Ce sermon est accompagné de portraits représentant Jésus, sans doute tous sont-ils loin de la réalité, mais certains peut-être parleront-ils à vos facultés d'imaginer?



mercredi 26 mai 2010

Le repas chez Simon Luc 7: 36-50 dimanche 13 juin 2010




Luc 7:36-50

36 Un des Pharisiens pria Jésus de manger avec lui. Jésus entra dans la maison du Pharisien et se mit à table. 37 Et voici qu'une femme pécheresse, qui était dans la ville, sut qu'il était à table dans la maison du Pharisien ; elle apporta un vase d'albâtre plein de parfum 38 et se tint derrière à ses pieds. Elle pleurait et se mit à mouiller de ses larmes les pieds de Jésus, puis elle les essuyait avec ses cheveux, les embrassait et répandait sur eux du parfum. 39 A cette vue, le Pharisien qui l'avait invité dit en lui-même : Si cet homme était prophète, il saurait qui est la femme qui le touche et ce qu'elle est : une pécheresse.
40 Jésus prit la parole et lui dit : Simon, j'ai quelque chose à te dire. — Maître, parle, répondit-il. — 41 Un créancier avait deux débiteurs ; l'un devait cinq cents deniers et l'autre cinquante. 42 Comme ils n'avaient pas de quoi payer, il leur fit grâce de leur dette à tous deux. Lequel l'aimera le plus ? 43 Simon répondit : Celui, je suppose, auquel il a fait grâce de la plus grosse somme. Jésus lui dit : Tu as bien jugé.
44 Puis il se tourna vers la femme et dit à Simon : Vois-tu cette femme ? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m'as pas donné d'eau pour mes pieds ; mais elle, elle a mouillé mes pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux. 45 Tu ne m'as pas donné de baiser, mais elle, depuis que je suis entré, elle n'a pas cessé de me baiser les pieds. 46 Tu n'as pas répandu d'huile sur ma tête ; mais elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds. 47 C'est pourquoi, je te le dis, ses nombreux péchés sont pardonnés, puisqu'elle a beaucoup aimé. Mais celui a qui l'on pardonne peu aime peu. 48 Et il dit à la femme : Tes péchés sont pardonnés. 49 Ceux qui étaient à table avec lui se mirent à dire en eux-mêmes : Qui est celui-ci, qui pardonne même les péchés. 50 Mais il dit à la femme : Ta foi t'a sauvée, va en paix.
Si vous avez prêté un tant soit peu d’attention à la lecture de ce texte et que vous l’avez écouté non seulement comme un récit issu de l’Evangile mais aussi comme un texte littéraire, vous aurez sans doute été séduits par sa capacité à retenir l’attention de son lecteur. Vous aurez alors remarqué l’art de l’Evangéliste Luc qui retient notre attention en faisant rebondir l’intrigue jusqu’à la conclusion du récit.Celle-ci nous nous laisse perplexe. C’est l’effet recherché. Elle provoque en nous un questionnement qui ne recevra de réponse que de notre propre réflexion. C’est ici l’usage d’ une méthode interactive bien avant que la mode s’en soit répandue.

Que dire en effet de l’association que Jésus fait entre les mots de pardon et d’amour ? Habituellement ces deux mots ne vont pas ensemble et pourtant pour Jésus l’association de ces deux mots devient logique : La femme sera d’autant plus pardonné qu’elle aura beaucoup aimé. Ainsi l’art littéraire de Luc se met-il au service de Jésus pour faciliter la transmission de son Evangile d’une manière remarquable.

Il nous faut voir maintenant comment Jésus en arrive à cette conclusion. Aujourd’hui, le mot « amour » a tendance à se vulgariser. Non seulement on l’utilise à tort et à travers, mais on en fait usage dans toutes les langues et en particulier en anglais. Il a même trouvé ses lettres de noblesse en argot. Notre vénérable Eglise Réformée a osé inviter ses jeunes à un grand « kif », c’est tout dire ! On représente aussi ce mot par un graphisme en forme de cœur ce qui permet de le comprendre dans toutes les cultures. Ainsi on aime la couleur de sa voiture, on aime ses enfants ou sa femme. On aime les voyages ou les idées d’un philosophe à la mode. Les jeunes usent de ce mot avec excès. Sans doute les plus érudits d’entre vous aimeraient intervenir pour rappeler que le verbe aimer se dit de trois façons différentes en grec qui est la langue des philosophes, comme chacun sait. Je ne les mentionnerais que pour mémoire, histoire de faire sérieux. Il s’agit d’héros, d’agapé et de philein.
Mais loin de moi l’idée de m’attacher à ces 3 sens. Je ne suis pas en train de faire une dissertation de philo, et si un candidat au bac se risquait à utiliser mes arguments, il risquerait d’être déçu par la note finale, car je m’exprime en français et le français mélange allègrement les 3 sens du mot qui reste unique dans notre langue.

Même si Jésus utilise le mot « agapé » pour l’associer au mot pardon, nous ne pourrons établir la nuance dans notre langue. Nous n’entendrons pas la distinction que le grec fait entre les 3 termes et nous comprenons donc que la femme sera pardonné parce qu’elle a beaucoup aimé, sans savoir quelle nuance on donnera au verbe aimer.
Notre récit s’ouvre sur la description d’un repas qui nous paraît somme toute assez banal tant il est habituel pour Jésus de manger le soir à la table d’un notable. Ce soir là c’est chez un homme religieux de la tendance des pharisiens qu’il est invité. L’atmosphère semble détendue, mais pour qui sait lire entre les lignes on aura vite perçu qu’il y a une forme de mal entendu ou de tension à peine perceptible entre Jésus et son hôte. Ce dernier, en effet, n’a pas respecté à l’égard de Jésus les convenances prévues par les us et coutumes de ce temps là. On avait l’habitude de laver et d’essuyer les pieds des visiteurs. Cela n’a pas été fait pour Jésus. Etait-ce une forme de mépris affiché pour ce prédicateur de passage que l’on avait invité pour meubler le temps dans ces longues soirée de jadis ? Etait-ce au contraire le signe d’une grande intimité entre Jésus et celui qui l’avait invité puisque Jésus s’est permis de l’appeler par son nom et que dans une telle circonstance on aurait pu ne pas faire de manière ?

C’est sans doute la première hypothèse qui est la bonne, car on sent pointer une forme de soupçon dans la pensée de Simon qui est à l’origine de l’invitation . Il n’ose pas s’exprimer à haute voix, mais Jésus perçoit fort bien une réserve de sa part. « Si cet homme était un prophète, il saurait qui est cette femme ? » Pense-t-il. Il soupçonne donc Jésus de ne pas être ce qu’il est ! On pourrait même penser que c’est volontairement qu’il a laissé s’introduire dans sa demeure une femme inconnue, ou trop connue, à la vertu facile. Soupçon donc !

Jésus ne réagit pas à cette opinion de Simon qui n’a pas été formulée d’une manière intelligible. Il commence donc un enseignement en forme de parabole comme il le fait d’habitude Il est d’ailleurs là pour ça, et il faut bien le dire, c’est là le prix de son repas ! Il raconte une parabole apparemment insignifiante qui traite de la reconnaissance que l’on est en droit d’espérer en échange d’un geste de charité ! Simon interrogé répond juste ! Mais aurait-il pu répondre autrement ? Le plus reconnaissant des deux débiteurs, c’est celui a qui on a remis le plus. C’est évident ! Pourquoi donc avoir fait venir ce prédicateur si c’est pour l’ entendre dire des banalités?

C’est alors que Jésus revient à la femme. Il ne lui a jusque là accordé aucune attention. C’est pourtant elle qui a motivé le sujet de la parabole dont Jésus a fait le récit, mais Simon n’a sans doute pas saisi le déroulement de la pensée du maître. En deux mots Jésus absout cette femme de tous les reproches qu’on peut lui faire. Le seul argument qu’il retient en sa faveur c’est son amour, et de quel amour s’agit-il quand on parle d’une femme à la réputation sulfureuse ?
Jésus utilise certes le mot agapé, celui dont le sens est le plus spirituel. En agissant comme elle l’a fait, la femme a exercé de l’amour envers Jésus. Elle lui a lavé les pieds de ses larmes elle les a essuyés de ses cheveux et elle les a parfumés ensuite. Elle a exercé de l’amour envers Jésus, parce qu’elle a donné de sa personne pour lui apporter un peu de confort. C’est cela l’idée maîtresse de l’Evangile ! L’égard que l’on manifeste pour les autres a plus de valeur que tous les rites, toutes les argumentations, tous les commandements de la Loi. Par son geste cette femme a su prendre de ce qui était à elle pour le seul bien être de Jésus.
Ses larmes, ses cheveux, son parfum ! A quoi cela sert-il ? A rien ! Jésus ne sortira pas plus riche de cette aventure, mais il en sortira honoré et grandi. Le pharisien n’a pas honoré Jésus, il a mis du soupçon dans ses pensées et il n’a pas respecté les règles de bien séance à son égard. Même s’il lui a offert un repas Jésus ne sort en rien grandi par la relation que l’autre a établie avec lui.

Une telle remarque va nous aider à préciser la valeur de l’amour telle que Jésus l’entend. Le monde d‘aujourd’hui est désenchanté. Il essaye de compenser son marasme par la recherche de l’émotion qu’il trouve sans doute dans la surexploitation du mot amour. Mais comment l’entendons-nous ? Ce mot semble ne prendre vraiment d’intérêt que parce qu’il nous valorise nous-mêmes. Nous aimons tout ce qui nous fait sortir de la médiocrité ambiante et qui nous met nous-même en valeur. Nous aimons le soleil et les voyages, nous aimons les bons repas, nous aimons les enfants sages mais sommes-nous capables d’aimer notre prochain comme nous-mêmes ?

C’est dans cette question et dans la manière dont nous saurons y répondre que se joue aujourd’hui le destin du monde. Le monde ne peut évoluer harmonieusement que si quelque chose change dans le comportement des hommes entre eux. La pratique de l’amour consiste à prendre ce qui est à nous pour le mettre au service des autres afin qu’ils aillent mieux. Jésus n’a pas d’autre réponse à apporter pour solutionner nos problèmes. Dieu reconnaît la valeur de nos actes d’amour quand ceux-ci permettent aux autres de se trouver mieux.

Ainsi malgré l’usage excessif du mot amour dans notre société contemporaine, ce n’est toujours pas lui qui mène le monde, c’est le culte de la personnalité, c’est le désir de se valoriser soi-même au détriment des autres. Jésus sera sanctionné pour avoir dit ce qu’il a dit et nous sommes aujourd’hui méprisés si nous essayons de l’imiter. Pourtant, il y a des prophètes modernes qui savent dire encore l’amour avec beaucoup de générosité En le disant, ils réussissent à capter la faculté des peuples à s’émouvoir si bien que le souffle de l’Evangile continue à se répandre même si les poètes qui le disent ne se réclament pas forcément de la même tradition que la nôtre.
« Aimer à perdre la raison ,
Aimer à n’en savoir que dire,
A n’avoir que toi d’horizon… »
disait le chanteur Jean Ferrat, il parlait d’un amour qui coûte à celui qui le pratique
« La faim la fatigue et le froid,
Toutes les misères du monde
C’est par mon amour que j’y crois
En elle je porte ma croix
Et de leur nuit ma nuit se fonde. »

jeudi 20 mai 2010

Melchisédech Genèse 14:18-20 dimanche 6 juin 2010






Melchisédech

Genèse 14

Le roi de Sodome sortit à sa rencontre, après qu'il fut revenu vainqueur de Kedorlaomer et des rois qui étaient avec lui, dans la vallée de Shavé, c'est-à-dire la vallée du Roi. 18 Malki-Tsédeq, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin : il était prêtre du Dieu Très-Haut. 19 Il le bénit en disant : Béni soit Abram par le Dieu Très-Haut qui produit le ciel et la terre ! 20 Béni soit le Dieu Très-Haut qui t'a livré tes adversaires ! Et Abram lui donna la dîme de tout.


Hébreux 5

De même, le Christ ne s'est pas octroyé à lui-même la gloire de devenir grand prêtre ; il l'a reçue de celui qui lui a dit : Tu es mon fils, c'est moi qui t'ai engendré aujourd'hui ; 6 tout comme il dit encore ailleurs : Tu es prêtre pour toujours, selon l'ordre de Melchisédek. 7 Aux jours de sa chair il a offert, à grands cris et dans les larmes, des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et il a été exaucé en raison de sa piété. 8 Tout Fils qu'il était, il a appris l'obéissance par ce qu'il a souffert. 9 Une fois porté à son accomplissement, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent l'auteur d'un salut éternel, 10 Dieu l'ayant déclaré grand prêtre selon l'ordre de Melchisédek.



N’est-il pas étrange ce roi mystérieux, qui semble sortir tout droit d’un conte de fée pour venir rendre hommage à Abraham ? Son histoire relèverait certainement d’une légende si elle ne révélait pas une vérité fondamentale sur Dieu ! Encore faut-il prendre le temps de la chercher. On ne sait ni qui est ce roi, ni d’où il vient, ni où il va. Trois versets suffisent à nous révéler tout ce que l’on doit savoir sur lui. C’est sans doute parce qu’on n’en a pas assez dit que l’on s’est souvent permis d’en rajouter. Pour ce qui nous concerne, nous nous en tiendrons à ce qui est écrit à son sujet dans ces quelques lignes.



Nous dirons cependant que c’est à l’épître aux Hébreux que l’on doit de l’avoir sorti de son mystère pour mieux l’y enfermer. Il serait selon ce texte une image prophétique du Christ. Roi sans lignée, souverain de la ville de Salem, la cité de la paix, grand prêtre d’une religion inconnue qui vénère le Dieu très Haut. Abraham qui reçoit de lui le pain et le vin lui rend un humble hommage et lui paye la dîme. Est-ce suffisant pour exciter votre curiosité ?



Trois lignes de texte ne permettent pas de se livrer à une exégèse trop fouillée. Elle nous permet de dire cependant que nulle part dans l’Ecriture il nous est dit quoi que ce soit sur ce Dieu très Haut. Nous ne sommes d’ailleurs pas très familiarités avec cette expression.. Le Dieu que vénère Abraham et qui nous est présenté par la tradition biblique s’est présenté au patriarche en d’autres termes. Il s’est présenté comme le Dieu de la promesse et par la suite se présentera comme, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Son culte pourrait être à l’origine celui d’une tribut nomade et sera reconnu ensuite comme le Dieu d’Israël dont on nous fera connaître le nom : Yahvé. Perçu comme le Dieu d’une famille il deviendra le Dieu de tout un peuple. Il se fera connaître ensuite comme le Dieu des nations pour devenir le Dieu unique. Mais en bien peu d’endroit, il est question d’un Dieu Très Haut, sans autre attribut que sa toute puissance.



Ces quelques remarques vont nous permettre de dire que la tradition qui concerne ce roi mystérieux est une tradition récente puisqu’elle confère à Dieu une compétence universelle. Les autres dieux ne semblent pas exister devant lui, car il n’y a pas d’autre dieu en dehors de lui, en tout cas aucun autre dieu n’est nommé en même temps que lui. C’est ici une conception tellement moderne que nous sommes surpris de la découvrir au cœur d’un texte qui se réfère à Dieu dans un conteste qui relève d’une tradition plus ancienne. Voilà pourquoi le personnage de Melchisédech nous paraît fascinant.



C’est donc en empruntant à ce court texte, les quelques détails dont nous disposons que nous allons essayer de définir les caractéristiques que lui confère sa divinité. Cette image nous interpelle parce que les théologiens et les penseurs d’aujourd’hui s’appliquent plus à nous transmettre d’un Dieu d’amour que d’un Dieu perdu dans les hauteurs du ciel. Le Dieu d’amour s’efface devant son Fils devenu homme, il se retire même de sa création pour laisser les hommes œuvrer sous l’inspiration de son Esprit. Curieusement, Jésus, le Fils de Dieu qui s’est fait homme pour nous apporter le salut en nous révélant la route à suivre est salué par l’épître aux Hébreux du titre de « sacrificateur selon l’ordre de Melchisédech ». Le mystère s’épaissit, il crée de la distance entre nous et le Christ, et nous avons peur de n’y comprendre plus rien.



Le nom même de Melchisédech est revêtu d’une valeur symbolique. S’il est roi et prêtre au service du Dieu tout Puissant, son nom signifie « roi de Justice » et il règne sur Salem dont le nom signifie la paix. Ces deux notions de justice et de paix vont nous aider à définir les qualités de ce Dieu très haut que vénère cet étrange personnage à qui Abraham se soumet non seulement comme vassal, mais comme adorateur du Dieu pour lequel il exerce la prêtrise. Le Dieu d'Abraham et celui de Melchiédech est bien le même Dieu.



Abraham fut le premier homme selon la Bible à qui Dieu se soit révélé et il s’est révélé à lui en tant que pourvoyeur de vie. Dieu intervint d’abord auprès de lui pour qu’il vienne au secours de son neveu Lot en danger de mort dans la ville de Sodome, et Lot eut la vie sauve. Il se manifesta à Sarah, l’épouse d’Abraham comme celui qui était capable de la rendre féconde alors qu’elle était stérile et qu’elle n’était plus en âge d’avoir des enfants., et elle donna vie à Isaac.



Une grande partie de la relation entre Abraham et Dieu tourne autour du problème de la vie dont Isaac sera l’enjeu. Avec lui surgit la vie à partir d’un couple stérile. Si un jour, Dieu demanda à Abraham de lui sacrifier son fils, c’est pour lui signifier que nul ne peut s’arroger le droit de toucher à la vie d’un homme, même si apparemment, c’est Dieu qui le lui demande. Abraham fit à ses dépends la découverte de l’importance de la vie dans la relation avec Dieu. A tous ceux qui se réclament d’Abraham comme leur père dans la foi, Dieu s’offre à eux comme celui qui donne la vie en dépit de toutes les difficultés et de tous les interdits que les hommes peuvent se donner.



C’est avec Melchisédech qu’Abraham , et le lecteur avec lui, découvrent que Dieu est aussi porteur de justice et de paix. Telles sont les autres qualités qui déterminent la réalité de ce Dieu très haut. La paix que Dieu offre, n’est pas seulement l’absence de violence que les hommes exercent les uns contre les autres, ce qui ne serait déjà pas si mal, mais elle caractérise aussi l’harmonie dans le fonctionnement de tout ce qui se meut et respire. Le monde est en paix sous le regard de Dieu quand les choses se passent comme elles doivent le faire. Les prophètes insisteront sur cette notion de paix en décrivant la nature comme apaisée de tout ce qui pourrait en perturber le bon fonctionnement : « L e loup et l’agneau auront un même pâturage Le lion comme le bœuf mangera de la paille » Es 65 :25 « Inutile d’insister pour comprendre que la sauvegarde de la planète en matière d’écologie fait partie de cette paix dont Melchisédech est le témoin. Il n’en est pas seulement témoin, mais en tant que roi, il a du pouvoir sur elle.



La proximité entre Melchisédech et Jésus rapportée par l’épître aux Hébreux nous rappelle que nous sommes, nous aussi, concernés par le maintient de cette paix dans le monde. Melchisédech n’est pas seulement un roi de paix, son nom signifie qu’il est un roi juste. Cela veut dire qu’il sait se comporter de telle sorte que le monde est les hommes agissent en harmonie pour que la paix promise se réalise. Le juste c’est celui qui fait des actes tels que c’est la paix qui en résulte.



Melchisédech s’approcha d’Abraham dans un geste de communion. Il lui offrit le pain et le vin. On ne sait d’où est issue cette tradition, mais on sait quelle valeur lui a donné Jésus et quel sens il a donné à ce partage. L’offrande du pain signifie que celui qui le reçoit entre en communion avec celui qui l’offre et partage avec lui tout ce que signifie ce geste. Symboliquement cela signifie la nourriture que donne le pain. Le vin promet la joie à celui qui le boit. Voilà donc présentées ici la promesse d’une société où il fera bon vivre puisque justice et joie seront la part de tous. Tous ceux qui se réclament d’Abraham sont concernés par cette promesse. Elle concerne donc tous ceux qui se réclament de sa succession, juifs, musulmans et chrétiens, et même ceux qui reconnaissent son Dieu sans se rallier vraiment à une confession précise.



C’est ainsi que la terre évoluera conformément à sa destinée, elle deviendra un lieu où il fait bon vivre pour tous les êtres vivants. Les hommes partageront alors la royauté du monde avec celui qui les invite à y participer. Si on considère donc avec les théologiens modernes que Dieu se retire du monde, ce n’est pas pour le laisser seul à l‘abandon. Il offre aux hommes en se retirant la responsabilité d’assumer sa souveraineté sur les êtres et les choses. Il leur donne ainsi la faculté d’user de la justice pour que la paix du monde devienne une réalité.



Trois versets perdus dans l’immensité des textes ont suffi à nous faire comprendre comment Dieu nous associe à la gestion du monde en participant à sa souveraineté. L’auteur de l’épître aux Hébreux ne s’est donc pas trompé quand il a vu dans l’histoire de ce roi mystérieux les prémices de la vocation de Jésus lui-même. Les choses ont été dites alors en langage mythique, à nous de les traduire en langage concret.







vendredi 14 mai 2010

La Vérité Jean 16:12-15 dimanche 22 mai 2016





La Vérité Jean 16:12-15

12 J'ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter maintenant. 13 Quand il viendra, lui, l'Esprit de la vérité, il vous conduira dans toute la vérité ; car il ne parlera pas de sa propre initiative, mais il dira tout ce qu'il entendra et il vous annoncera ce qui est à venir. 14 Lui me glorifiera, parce qu'il prendra de ce qui est à moi pour vous l'annoncer. 15 Tout ce qu'a le Père est à moi ; c'est pourquoi j'ai dit qu'il prendra de ce qui est à moi pour vous l'annoncer.


Tout au long de l’Évangile de Jean, Jésus va s’interroger sur la Vérité. A la fin de ce même Évangile, Pilate en signant la condamnation à mort de Jésus va se demander ce qu’est la Vérité. Mais en bon politique, il s'en lave les mains.  La recherche de la vérité fait partie des préoccupations spirituelles ou intellectuelles de tous les peuples et de tous les temps. C’est en son nom que l’on a fait les meilleurs et les pires des choses, c’est en son nom que l’on a fait taire les uns en les tuant, ou que l’on a fait crier les autres en les torturant. La Vérité est donc au cœur de la Bible, car le Dieu d’amour, le Dieu de paix ou le Dieu de l’espérance, est aussi le Dieu de vérité, c’est ce que disaient déjà les rabbins à l’époque de Jésus qui lui-même ouvrait la voie qui mène à Dieu en disant « je suis le chemin la vérité et la vie » (14/6)


Dans le passage de l’Évangile que nous avons lu, alors que Jésus parle de vérité, il laisse entendre que la vérité n’est pas encore de l’ordre du présent et qu’elle est de l’ordre du futur: « l’Esprit de vérité vous conduira » dit-il. La connaissance parfaite de la vérité reste quelque chose qui est en devenir. Cela veut dire que notre appartenance à Jésus Christ ne va pas nous permettre de découvrir en un instant la vérité. Elle fait partie de la foi, mais elle n’est pas la foi. La foi est une intuition qui peut brusquement se transformer en certitude. On peut dater le moment où on la reçoit, mais la vérité demandera une plus longue approche, un travail personnel sur soi, une découverte progressive des choses. La foi, c’est la certitude de l’amour de Dieu pour nous, par contre la vérité consiste à pénétrer par la foi, grâce au saint Esprit dans l’intimité du cœur de Dieu. Jésus ici prépare ses proches aux différentes étapes de la vie spirituelle qui les attend. Dans un premier temps ils recevront le choc de la foi en découvrant le tombeau vide. Puis dans un second temps ils chemineront en compagnie de Dieu à la découverte de la vérité.

« Qu’est-ce que la vérité? » Demandera Pilate en se lavant les mains quelques jours après cet entretien de Jésus avec les siens. Pilate signifie par ce geste qu’il ne s’implique pas dans la mort de Jésus. Pourtant il va envoyer à la mort, sans état d’âme particulier, celui qui justement se propose de l’entretenir de la vérité, c’est dire que la vérité n’a aucun attrait pour lui, tout au moins la vérité telle qu’elle émane de Jésus. Pour Pilate, la vérité, c’est l’ordre, la discipline et la soumission. La vérité se limite à sa préoccupation immédiate. Il ne la vit que dans l’instant, mais cette vérité là est éphémère, elle est très vite érodée par le temps. Quelques années plus tard, la décision de l’empereur qui enverra Ponce Pilate en exil changera, sans doute, sa conception de la vérité. De bourreau il deviendra victime, et il méditera alors d’une autre manière sur la vérité en attendant que la mort lui ferme les yeux sur sa propre vérité ou les lui ouvre sur la vérité de Dieu.

Ainsi y a-t-il plusieurs vérités, il y a celles qui appartiennent à la logique des hommes, qui varient au gré du temps et des modes. Elles sont t multiples et prennent  différentes formes suivant les temps et les moments. Mais il y a aussi une vérité qui dépasse l’homme qui est d’ordre métaphysique et qui ne s’accomplit qu’en Dieu. Il y a donc des vérités : Il y a la vérité toute relative qui est celle des hommes et qui s’oppose au mensonge tel que les hommes le conçoivent, (mais qu’est-ce que le mensonge?) et puis, il y a une vérité qui nous dépasse, qui vient d’ailleurs et qui est la seule qui soit digne de retenir notre intérêt parce qu’elle vient de Dieu, parce qu’elle est en Dieu. Sa recherche ne préoccupait pas particulièrement Pilate, comme nous l’avons vu, ni ne préoccupe pas beaucoup de nos semblables, comme nous le verrons.

Cette deuxième vérité nous dérange parce que pour y participer, il va falloir y consacrer du temps. On n’y entre que patiemment, et partiellement, en approfondissant sa foi et en se laissant provoquer par le saint Esprit. Cette quête réclame toute notre attention de chrétien, mais nous fait en même temps participer aux battements du cœur de Dieu.

Beaucoup d’entre nous pourtant limitent leurs relations à Dieu à l’acte de foi par lequel ils découvrent qu’ils sont sauvés par grâce. J’ai dit tout à l’heure que cet événement pouvait être soudain, et qu’on pouvait même le dater. Et cela suffit à en satisfaire beaucoup. La liste de leurs noms remplit les fichiers paroissiaux, mais ils ne se bousculent pas sur les bancs de nos temples. Ils sont convaincus de la gratuité du salut ! On le leur a tellement répété qu’ils n’éprouvent pas le besoin de fréquenter nos assemblées pour permettre à leur connaissance de Dieu et de la vérité d’évoluer. A quoi bon venir au culte pensent-ils pour recevoir le pardon qui est sans cesse renouvelé gratuitement? Voltaire riait bien, et n’avait pas forcément tort quand il disait: « il faut bien que Dieu pardonne puisque c’est son métier » ! Pourtant, Calvin flairant le danger, avait enseigné que le salut reçu par la prédestination, n’était pas à tout jamais acquis et qu’une saine fréquentation de nos assemblées pouvait aider à le conserver. Mais nous n’avons pas retenu cet aspect de l’enseignement du Réformateur et nous avons continué à prêcher la gratuité du salut, tout en laissant les moins zélés ou les plus malins priver nos temples de leur présence et nous avons eu raison.

En fait, la foi n’est que le premier aspect, le premier mouvement de notre relation à Dieu. Elle place Dieu devant nous comme Sauveur et Libérateur, mais sauveur de quoi? ou Libérateur de qui? Le secret de notre foi dépend maintenant de la manière dont nous allons approfondir notre connaissance de Dieu. Notre foi doit se remplir d’un contenu qui va donner du sens aux termes de Sauveur et de Libérateur qui qualifient Dieu. C’est ainsi que nous entrons dans la recherche de la Vérité.

Pour cela, Dieu vient vers nous. Son Esprit rencontre notre esprit, il parle à notre intelligence, il donne du sens à notre réflexion et la vérité sur Dieu prend corps lentement. Elle mettra toute notre vie terrestre à se façonner et à approcher au plus près la réalité de Dieu. Le salut est acquis une fois pour toute, mais la connaissance du salut nécessite un compagnonnage de tous les jours avec Dieu dont une des étapes est le temps du culte dominical.

Nous savons bien sûr que la recherche de la vérité n’était pas le seul fait de Jésus. Beaucoup avant lui cherchaient depuis longtemps à approcher la vérité de plus près. Les maîtres de la Loi, ses contemporains disaient que l’existence du monde reposait sur 3 choses: la vérité, la justice et la paix, la Vérité était la première et servait même à définir Dieu.

Dieu n’avait-il pas abordé une première fois cette notion de vérité en donnant la Loi par la main de Moïse? Mais cette Loi, transmise par un homme n’était qu’une ébauche de la vérité et elle impliquait un désir de dépassement que les prophètes avaient formulé de différentes manières. Jésus en rendit la réalisation possible. La mort et le résurrection de Jésus donnaient à la Loi une dimension nouvelle. Elle devenait désormais partage de vie avec Dieu. La Vérité que propose Jésus consiste donc à entrer dans ce partage avec Dieu. L’Esprit de Jésus permet à ceux qui le reçoivent de participer dès maintenant à toutes ses promesses. C’est là le miracle que Dieu fait pour nous, il consiste à bénéficier de l’expérience de la mort de Jésus sans avoir eu à la subir. C’est là le premier pas sur le chemin de la Vérité.

La vérité consiste donc à entrer par l’action du Saint Esprit dans la proximité de Dieu afin que ce soit lui qui inspire les décisions que nous prenons et qui motive les actions que nous faisons. Il ne s’agit donc pas de s’asseoir sur le bord du chemin en disant « Dieu voulant ». et en laissant passivement Dieu agir. Il s’agit plutôt d’un combat sur nous-mêmes où nous prenons nos décisions en fonction de notre relation à Dieu. Cela n’implique pas pour autant des résultats spectaculaires. En agissant ainsi, nous tendons seulement à mettre nos actions en conformité avec la volonté de Dieu, sans préconiser de la suite à venir. En agissant ainsi, nous ne sommes pas plus sauvés que les autres et nous ne les devançons en rien dans le royaume ou dans la faveur de Dieu, nous répondons seulement à notre vocation de Chrétien et ainsi nous permettons que s’entrouvrent un peu plus les portes du Royaume. La seule satisfaction que nous pouvons en retirer c’est d’avoir essayé d’être fidèles à notre Dieu, et de faire un pas avec lui sur le chemin de la vérité.

Statue "La vérité méconnue" Aimé-Jules Dalou