lundi 19 juillet 2010

Le croyant est-il encore lumière pour ce monde? Luc 12:35-48 dimanche 8 août 2010


Luc 12 :35-48

N'aie pas peur, petit troupeau ; car il a plu à votre Père de vous donner le Royaume.

33 Vendez vos biens et donnez-les par des actes de compassion. Faites-vous des bourses qui ne s'usent pas, un trésor inépuisable dans les cieux, là où aucun voleur n'approche et où aucune mite ne ronge. 34 Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur.

35 Tenez-vous prêts, la ceinture aux reins et les lampes allumées. 36 Vous aussi, soyez semblables à ces hommes qui attendent que leur maître revienne des noces, afin de lui ouvrir sitôt qu'il arrivera et frappera. 37 Heureux ces esclaves que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller ! Amen.

Je vous le dis, il se mettra à son tour en tenue de travail, il les installera à table et il viendra les servir. 38 Qu'il arrive à la deuxième ou à la troisième veille, s'il les trouve ainsi, heureux sont-ils ! 39 Sachez-le bien, si le maître de maison savait à quelle heure le voleur doit venir, il ne laisserait pas fracturer sa maison. 40 Vous aussi, soyez prêts, car le Fils de l'homme viendra à l'heure que vous ne pensez pas. 41 Pierre lui dit : Seigneur, est-ce à nous que tu adresses cette parabole, ou aussi à tous ? 42 Le Seigneur dit : Quel est donc l'intendant avisé et digne de confiance que le maître nommera responsable de ses gens, pour leur donner leur ration de blé en temps voulu ? 43 Heureux cet esclave, celui que son maître, à son arrivée, trouvera occupé de la sorte ! 44 En vérité, je vous le dis, il le nommera responsable de tous ses biens. 45 Mais si cet esclave se dit : « Mon maître tarde à venir », qu'il se mette à battre les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s'enivrer, 46 le maître de cet esclave viendra le jour où il ne s'y attend pas et à l'heure qu'il ne connaît pas, il le mettra en pièces et lui fera partager le sort des infidèles. 47 L'esclave qui aura connu la volonté de son maître, mais qui n'aura rien préparé ni fait en vue de cette volonté sera battu d'un grand nombre de coups. 48 En revanche, celui qui ne l'aura pas connue et aura fait des choses qui méritent un châtiment ne sera battu que de peu de coups. A quiconque il a été beaucoup donné, il sera beaucoup demandé ; de celui à qui on a beaucoup confié, on exigera davantage.

Le monde où nous sommes ne serait-il qu’une illusion ? La vérité sur les êtres et les choses que nous rencontrons est sans doute différente de celle que nous percevons. Les expériences de la vie nous montrent que la personnalité des humains est plus complexes que ce que nous en saisissons au premier contact. Ils ne se livrent pas facilement et nous offrent la plus part du temps un visage derrière lequel nous avons du mal à discerner leur vérité. Il faut bien les connaître pour y arriver.

Pourquoi se cache-t-on ainsi ? Pourquoi ne laissons-nous pas percer facilement le fond de nos pensées ? Nous pouvons certainement apporter de multiples réponses à ces questions qui expliqueraient notre propension à nous cacher. Jésus pour sa part ne semble pas approuver une telle attitude et il nous conseille de laisser transparaître la lumière qui éclaire notre âme. La connaissance de Dieu devrait mettre en nous une espérance qui irradierait de tout notre être et qui éclairerait ceux qui nous croisent. Notre seule présence sur la même route qu’eux devrait projeter sur eux comme un reflet de la réalité divine qui est en nous.

Pourquoi rêver ? Nous savons qu’une telle réalité ne se produit que rarement et que la sérénité que met la foi en nous est peu visible pour les autres. Ce n’est pas que notre foi ne soit pas authentique, mais c’est que nous partageons les mêmes soucis que nos contemporains et ce sont eux qui voilent la vérité qui nous habite. Nous avons du mal à laisser notre foi prendre le dessus sur les affaires de ce monde.

En effet comment dominer sereinement les problèmes de santé qui arrivent sur nous à l’improviste, comment affronter, les déboires que nous procurent nos proches ou comment faire face aux fins de mois difficiles ? Les soucis nous submergent souvent et nous avons du mal à leur opposer une sérénité à toute épreuve. En dépit des difficultés que nous partageons avec tous, la foi en Jésus Christ devrait nous permettre de dépasser les difficultés du monde sensible d’aujourd’hui pour percevoir les réalités dernières du monde de demain .

Nous savons que notre vie est liée aux hasards des événements et que notre sort ne sera pas différent de celui de nos contemporains. Si la foi en Dieu ne nous permet pas d’échapper à notre sort, elle nous permet de vivre le quotidien avec la certitude que nous ne sommes ni seuls ni abandonnés. Nous savons que nous sommes accompagnés par Dieu qui donne à notre vie une qualité spéciale. Nous entrevoyons au-delà du temps présent un autre temps où Dieu habitera toujours et donnera de la plénitude à notre personne.

Le fait de savoir que Dieu nous tient la main et guide nos pas, donne à notre existence une qualité de vie qui devrait être communicative. Nous devrions donc être éclairés par cette lumière qui vient d’en haut et qui devrait également éclairer à notre contact, le chemin de nos compagnons de route. Telle est la mission qui nous est confiée par Dieu et telle devrait être le sens de la vie de la plupart de ceux qui partagent notre foi.

Mais apparemment cela ne marche pas. Tout cela semble être une illusion car tout se passe comme si cette lumière n’advenait pas et restait invisible aux autres. Nous aurions cependant tord de nous culpabiliser parce que cela ne se produit pas comme nous le voudrions. Les hommes d’aujourd’hui sont aveuglés par d’autres lumières que la lumière de Dieu que nous sommes sensés faire rayonner.


Il y a d’autres sources de lumière, que celle qui vient de Dieu et qui ont la prétention d’éclairer les peuples. Elles sont rassurantes et on a souvent envie de confier à leur sagacité le soin de construire des sociétés plus justes et plus fraternelles. Elles ont les mêmes prétentions que celles de l’Evangile et elles se proposent de réussir là où l’enseignement de Jésus Christ parait avoir échoué.

En effet les promesses issues de la traditions évangélique n’ont plus l’heur d’être écoutées. Les chemins de Dieu sont assombris par l’ambiance du moment. On ne voit pas vraiment transparaître à travers les communautés chrétiennes les promesses d’un avenir heureux. Les Chrétiens eux-mêmes, à part exception ne font pas preuve d’un enthousiasme qui leur permettrait de faire face aux sollicitations du moment. On les perçoit plutôt comme des êtres qui ont raté le tournent de la modernité.

Depuis cette époque que l’on a curieusement appelée « le siècle des lumières » on a enseigné que l’homme était capable par lui-même de donner du sens à l’avenir. Seul l’esprit humain, éclairé par l’expérience pourrait conduire l'humanité vers un avenir rayonnant. Ces idées se sont facilement imposées face à un monde religieux qui avait accaparé tous les leviers qui régissent la société.

On a cru alors, que le monde guidé par la science et libéré des entraves de la superstition religieuse allait évoluer vers un avenir heureux. On a cru alors, que les hommes devenus frères allaient partager ensemble les bienfaits de la connaissance. Malgré les révolutions que l’on disait nécessaires, malgré les réformes que l’on pensait inévitables, malgré les guerres toujours plus meurtrières dont on disait que la dernière serait forcément la dernière avant que ne s’ouvre un âge d’or, malgré tout cela, le temps heureux promis aux hommes n’arrivait toujours pas. Et les hommes ne l’attendent plus.

Leurs illusions sont tombées et les hommes ne croient plus en l’homme. Ils ne croient pas davantage en Dieu. Dieu a perdu toute fonction dans une société d’où on l’a chassé. Les sciences humaines ont remis en cause les vérités spirituelles sur lesquelles le passé avait construit tout son équilibre. Les sciences ont introduit le doute dans le monde de Dieu et ont mis un voile sur les réalités spirituelles si bien que l’on accepte difficilement toute lumière qui pourrait venir d’une réalité réprouvée.

Malgré le discrédit qui est tombé sur les vérités qui affirmaient la capacité de l’homme à gérer à lui tout seul l’avenir de nos sociétés, les hommes restent encore dans l’illusion que tout n’a pas encore été dit. Malgré les échecs auxquels on a fait allusion, on garde encore l’espoir de faire partie de cette partie du monde qui continuera encore pour un temps à bénéficier des avantages acquis par la science et la révolution des lumières. Beaucoup espèrent encore profiter longtemps, contre toute logique et toute morale, des bienfaits ventés par des théories qui jusqu’ici ont échoué à propager le bonheur universel.

Les lumières d’une société qui a exclu Dieu de son univers, bien qu’elle soient en train de s’éteindre produisent encore des reflets qui bercent les âmes des occidentaux d’illusions.

Parmi tout ce scintillement de lumières diverses, nous vivons dans un monde où le clair-obscur des idées continue à nous fasciner. La personne du Dieu de Jésus Christ qui se propose de donner du sens à la vie des hommes n’est pas morte et continue à faire son effet et à gagner des adeptes. La lumière encore faible que répandent les croyants est toujours assez vive pour montrer aux hommes qu’il y a d’autres voies pour trouver le sens de leur vie. Dieu reste présent dans ce monde grâce à ceux qui croient en lui. L’espérance est loin d’être morte, bien que chacun doive faire l’effort de trouver le chemin de la foi.

Ce chemin se dessine dans le désir de ceux qui cherchent d’autres vérités que celles qui sont encore dominantes. Dieu se sert de ce désir pour venir à leur rencontre. Il leur propose une expérience de foi propre à chacun, il s’empare de leur vie et met en eux l’espérance. Le nouveau croyant devient alors un porteur de lumière pour ceux qui cherchent une autre voie. C’est ainsi que Dieu ne désespère pas de construire ce monde nouveau que Jésus appelait son Royaume.


mercredi 14 juillet 2010

le riche insensé Luc 12: 13-21 dimanche 31 juillet 2016



Le riche insensé.
13 Quelqu'un de la foule lui dit : Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. 14 Il lui répondit : Qui a fait de moi votre juge ou votre arbitre ? 15 Puis il leur dit : Veillez à vous garder de toute avidité ; car même dans l'abondance, la vie d'un homme ne dépend pas de ses biens. 16 Il leur dit une parabole : La terre d'un homme riche avait beaucoup rapporté. 17 Il raisonnait, se disant : Que vais-je faire ? car je n'ai pas assez de place pour recueillir mes récoltes. 18 Voici, dit-il, ce que je vais faire : je vais démolir mes granges, j'en construirai de plus grandes, j'y recueillerai tout mon blé et mes biens, 19 et alors je pourrai me dire : « Tu as beaucoup de biens en réserve, pour de nombreuses années ; repose-toi, mange, bois et fais la fête. » 20 Mais Dieu lui dit : Homme déraisonnable, cette nuit même ton âme te sera redemandée ! Et ce que tu as préparé, à qui cela ira-t-il ? 21 Ainsi en est-il de celui qui amasse des trésors pour lui-même et qui n'est pas riche pour Dieu.

La vie dans l’au-delà ne passionne pas généralement le lecteur de l’Évangile. En effet, les Ecritures n’entrouvrent qu’une porte mystérieuse sur un monde qui n’appartient qu’à Dieu. Dieu nous invitera à l’y rejoindre en temps voulu après avoir prononcé à notre égard un jugement que nous espérons favorable. C’est grâce à l’affirmation selon laquelle nous sommes sauvés par grâce que les réformateurs nous ont permis de regarder l’avenir avec optimisme.

Cette histoire du riche insensé nous invite à porter un regard particulier sur nous-mêmes en insistant sur la valeur de notre responsabilité personnelle dans la gestion des affaires des hommes. Nous devons nous regarder sans complaisance, car nous sommes les mieux placés pour savoir comment nous avons répondu aux sollicitations de la vie et comment nous avons mis celle des autres en valeur. Ainsi allons-nous sans doute aller à contre sens des valeurs établies.

Ceci étant dit, je vous invite à partager le rêve que nous avons en commun avec le personnage central de cette parabole : celui de devenir riche. Qui n’a pas rêvé de se trouver riche soit par les hasards de l’histoire, soit par ceux de la naissance ? L’argent a un pouvoir fascinant sur les humains puisque sa recherche joue un rôle considérable dans le choix de carrière que nous faisons pour nous-mêmes ou pour nos enfants. Nous espérons avoir assez d’argent pour ne manquer de rien, et de ne pas en avoir trop pour ne pas en devenir dépendant ! Mais c’est un leurre ! Nous le savons bien, car l’argent appelle l’argent.

Les affaires financières que l’actualité étale sous nos yeux ne font qu’apporter de l’eau à notre moulin si bien que nous envions ceux qui ont beaucoup d’argent et nous méprisons ceux qui trichent. Pourtant nous avons tous joué à ce jeu de la tricherie en dissimulant à la douane par exemple, des objets qui auraient du être taxés et je ne parle pas de toutes les ruses que nous utilisons pour soustraire notre voiture en stationnement illicite, à la surveillance des agents de l’état préposés à nous sanctionner.

Mais le riche de la parabole, même s’il n’est pas sympathique ne triche pas. Ce n’est pas là qu’il faut chercher le pointe du texte. En quoi cet homme est-il mis en cause par le regard que Jésus porte sur lui ? En s’attaquant à ce riche là, nous sentons bien que Jésus va nous mettre en cause pour une raison que nous ne soupçonnons pas encore. Détrompez-vous et soyez rassurés, ce n’est ni aux richesses de ce personnage ni aux vôtres que Jésus va s’en prendre, l’argent ne joue ici qu’un rôle secondaire. Ce qui est mis en cause c’est la valeur que nous donnons à la vie et de l’usage que nous en faisons.

Jésus ne reproche pas à cet homme d’avoir amassé de l’argent ! Il l’interroge sur ce qui a motivé son action en amassant une fortune ? Pourquoi a-t-il agi comme il l’a fait, et naturellement c’est à chacun de nous qu’il s’adresse? Qu’est ce qui a motivé son action ? Il a accumulé des biens plus que nécessaire ! Cela ne nous paraît pas moral, mais ce n’est pas le sujet de l’intervention de Jésus qui ne lui laisse même pas le temps de répondre et l’accable immédiatement par l’annonce de sa mort prochaine.

Cependant nous pouvons facilement répondre à la place du riche, parce que sa réponse sera aussi la nôtre. Il amasse des biens pour que ses enfants en profitent après lui, ils seront heureux d’avoir une vie plus facile que la sienne. Surtout par les temps qui courent nous sentons-nous autorisés à rajouter. Et puis, on pourrait en dire plus encore, nous pourrions suggérer qu’en amassant des biens, il fournit des emplois à ceux qui travaillent sur son domaine.

Tout cela est juste, mais c’est quand même lui, et lui seul qui reste au centre de ses préoccupations. Si ses enfants et ses ouvriers doivent lui être reconnaissants un jour, il est en droit de se réjouir à l’avance de cette fonction de bienfaiteur qu’il se reconnaît déjà à lui-même. Quoi qu’il puisse dire c’est son ego qui reste au centre de ses préoccupations ! Mais nous agissons tous ainsi, et moi qui vous tance tout le premier. Quel mal y a-t-il à cela ?

Avec une telle remarque vous devinez sans doute que mon propos n’est pas de vous reprocher de tirer vanité de vos biens et de vos bonnes intentions. Vous voilà rassurés pour un moment Il n’y a donc apparemment pas de mal à se mettre soi-même au centre de ses pensées. Ce n’est d’ailleurs pas sur ce point que Jésus exerce sa critique, il l’interpelle sur son âme, ce qui est inhabituel chez Jésus. L’âme est une notion difficile à apprécier, mais il semble qu’elle corresponde à l 'élément vital qui est en nous et qui est lié au principe de la vie. C’est ce principe de vie qui intéresse Jésus et c’est sur ce point là que s’appuie son questionnement. Cet élément de vie qui est en nous, fonctionne pour Jésus comme un outil de contrôle. C’est lui qui provoquerait en nous un jugement de valeur sur la manière dont nous agissons.

C’est en nous interrogeant nous-mêmes sur notre âme que nous découvrons vraiment qui nous sommes. Nous semblons ignorer que ce principe de vie est à notre disposition pour orienter notre existence. Pourtant Jésus y insiste. En fait, nous nous comportons comme si à la fin des temps, Dieu devait prononcer un jugement sur nous et, en fonction de ce que nous avons dit au début de ce propos, ce jugement sera favorable ou non. Si le jugement est favorable, c’est un supplément de vie qui nous sera alloué, si non ce sera l’oubli éternel. Nous parions cependant que la grâce divine fera pencher la balance en notre faveur. En ce sens, la manière de penser des contemporains de Jésus, et la nôtre ressemble à celle des sociétés païennes de tous les temps selon les quelles, avec toutes les variantes possibles, une récompense finale attendrait les bons et un jugement sévère serait réservé aux autres.

La pensée de Jésus ne semble pas devoir cautionner cette manière simpliste de voir les choses. Il s’attache à porter son regard sur nos vies alors qu’elles ne sont pas encore terminées. Ce qui importe pour lui c’est le jugement que nous devrions porter sur nous-mêmes avant que Dieu puisse porter un jugement final sur nous à la fin des temps. Il suggère donc, que nous apprécions notre conduite à chaque tournent de notre vie en fonction des décisions que nous avons prises ou que nous devons prendre.

En effet, nous savons intuitivement ce qu’il est bon ou qu’il est juste de faire. Nous connaissons bien la volonté de Dieu telle qu’elle nous parvient par les Ecritures. Nous sommes donc particulièrement habilités à porter un jugement sur nos actions. Jésus nous renvoie à nous-mêmes et à la façons dont nous savons prendre nos responsabilités pour que les forces de vies qui sont en nous soient mobilisées en fonction d’un plan de Dieu qu’il nous appartient de discerner. Jésus pense que le regard que Dieu porte sur nous s’attache à la manière dont nous savons exercer nos responsabilités.

Ainsi ce qui a le plus de valeur aux yeux de Dieu, c’est le jugement que nous portons sur nous-mêmes, sans tenir compte du jugement que peuvent porter les autres sur nos motivations ou sur nos égoïsmes. Il est tout à fait important que nous sachions apprécier de quelle valeur de vie nos actions sont chargées. Nous sommes, placés dans une situation de responsabilité par rapport à tous ceux que nous côtoyons et que nous appelons nos prochains.

La valeur de notre vie est appréciée par Dieu en fonction de nos capacités à gérer le potentiel de vie qui est en nous. Nous pouvons donc dire que le jugement qui a de la valeur aux yeux de Dieu c’est d’abord celui que nous portons sur nos capacités à stimuler toutes les formes de vie qui nous entourent. C’est elles qui donneront de la valeur à notre existence. Ce jugement que nous portons sur nous-mêmes nous amène donc à réviser à chaque instant notre manière de penser et d’agir.

Quant au reste, il y a fort à parier que le jugement de Dieu sur nous-mêmes sera moins sévère que le nôtre. Mais ce qui est important, c’est le jugement que nous portons sur nous-mêmes quand il nous reste encore du temps pour agir. Tout cela constitue le secret de notre vie et il n’appartient qu’à nous.

Illustrations: les riches heures du Duc de Berry :juillet






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jeudi 8 juillet 2010

Jésus et la prière Luc 11-1-13 dimanche 24 juillet 2016



Evangile de Luc: Chapitre 11:1-13

Jésus et la prière

1 Il priait un jour en un certain lieu. Lorsqu'il eut achevé, un de ses disciples lui dit : Seigneur, enseigne-nous à prier, comme Jean aussi l'a enseigné à ses disciples. 2 Il leur dit : Quand vous priez, dites :

Père, que ton nom soit reconnu pour sacré, que ton règne vienne ! 3 Donne-nous, chaque jour, notre pain pour ce jour ; 4 pardonne-nous nos péchés, car nous aussi, nous remettons sa dette à quiconque nous doit quelque chose ; et ne nous fais pas entrer dans l'épreuve.


5 Il leur dit encore : Qui d'entre vous aura un ami chez qui il se rendra au milieu de la nuit pour lui dire : « Mon ami, prête-moi trois pains, 6car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n'ai rien à lui offrir. » 7 Si, de l'intérieur, l'autre lui répond : « Cesse de m'importuner ; la porte est déjà fermée, mes enfants et moi nous sommes au lit, je ne peux me lever pour te donner des pains », 8— je vous le dis, même s'il ne se lève pas pour les lui donner parce qu'il est son ami, il se lèvera à cause de son insistance effrontée et il lui donnera tout ce dont il a besoin. 9 Eh bien, moi, je vous dis : Demandez, et l'on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l'on vous ouvrira. 10 Car quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, et à qui frappe on ouvrira. 11 Quel père parmi vous, si son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu d'un poisson ? 12 Ou bien, s'il demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion ? 13 Si donc vous, tout mauvais que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il l'Esprit saint à ceux qui le lui demandent !


Comment rendre compte de tout ce qu’il y a en moi ? Je voudrais savoir prier pour dire des choses merveilleuses comme l’ont fait tous ces gens dont il m’arrive de lire les prières dans les livres. Il faut sans doute être quelqu’un d’exceptionnel pour réussir à dire toutes ces choses à Dieu ! Il paraît que le roi David a écrit des choses remarquables dans le livre des psaumes, mais il ne m’est pas possible de me comparer à lui. Quand je me laisse aller à dire quelques mots, je trouve que ce que je dis est tellement banal que je me tais aussitôt !

Il m’arrive aussi d’avoir envie d’exprimer tout le poids que j’ai sur le cœur, c’est alors que je raconte ma vie, je dis les choses dans ma tête, et j'espère qu'un autre peut les entendre mais je ne sais pas très bien à qui cela s’adresse ? Est-ce à Dieu ou à moi-même ? Est-ce vraiment une prière ? Parfois, j’ai honte de ce que je pense et je n’ose pas le dire devant Dieu. J’aimerais  que, par une sorte de miracle ma vie soit transformée, mais au fond de moi, je sais que penser de telles choses consisterait à tendre un piège à Dieu. Tout ce que je sais, c’est que je ne sais pas vraiment prier, et je fais mienne la demande des disciples, "Seigneur apprends-nous à prier."

Il est curieux de constater que dans le texte même des évangiles, il n’y ait pas vraiment de prières. Il y a cette magnifique prière de Jésus à Gétsémané portant le monde entier devant Dieu avant d’être arrêté et crucifié, mais c’est une prière que Jésus a adressée à Dieu son Père et qu’en aucun cas nous ne pouvons imiter. Il y a aussi le Notre Père, et c’est tout.

Le Notre Père n’est pas seulement l’expression de tout ce que nous pouvons demander à Dieu, c’est plus que cela, le "Notre Père" est aussi une confession de foi qui nous invite à dire à Dieu tout ce que nous croyons sur lui. Il nous demande alors, quand nous prions le "Notre Père" de mettre en pratique tout ce que nous croyons à son sujet.

Cette version courte du "Notre Père" qui nous est donnée ici dans l’Évangile de Luc nous paraît un peu sèche, ce n'est ppas celle que nous avons adoptée dans nos culte, mais celle de Matthieu qui est plus longue et peut être mieux construite ! Elle sert ici d’introduction à un développement sur la prière qui nous surprend. Pour dire les choses sans ambages les différentes remarques qui y sont rassemblées nous paraissent en dehors de nos soucis habituels. "Père que ton nom soit reconnu comme sacré, donne -nous notre pain de ce jour, pardonne-nous nos péché, car nous aussi nous remettons notre  dette à quiconque nous doit quelque chose et ne nous fais pas entrer dans l'épreuve."  Face à ces demandes, il semblerait  que nos propres prières dont nous savons les faiblesses pourraient importuner Dieu qui les écouteraient avec condescendance, et il agirait envers nous comme nous le ferions poliment d’un ami qui nous importunerait à l’heure de notre sommeil. L’Évangéliste ose mettre dans la bouche de Jésus des paroles qui confondraient nos prières avec des gestes inconvenants tels celui d’un Père qui oserait nourrir ses enfants avec des pierres, des scorpions ou des serpents ! Si nos prières reçoivent un tel accueil auprès de Dieu, nous aurions raison de ne pas les dire.

Il est sans doute tout à fait évident que ces remarques sont faites pour nous choquer et pour provoquer nos réactions. Elles ne sont pas faites pour nous empêcher de prier quel que soit le contenu de nos prière, mais pour nous dire que Dieu répond toujours en faisant descendre son saint Esprit sur celui qui prie. C’est le saint Esprit qui joue le plus grand rôle dans nos prières. Quel qu’ en soit le contenu, notre prière s’achève toujours par le don de l’Esprit qui donne sens à ce que nous n’avons pas toujours réussi à formuler. Mieux que nous-même, il exprime ce que nous ressentons vraiment. Ce n’est plus nous alors qui prions c’est l’Esprit qui est venu en nous qui a formulé notre prière avec nos propres mots.

Quand nous avons compris cela, nous découvrons que toutes les objections que nos avons formulées au sujet de la prière deviennent caduques. Même les formules du "Notre Père" que nous avons trouvées un peu sèches s’éclairent d’un sens nouveau. C’est le saint Esprit qui révèle en nous les qualités de Père qui caractérisent Dieu. Nous nous adressons à lui comme à celui qui peut tout entendre et tout prendre en charge. C’est lui qui peut apaiser nos souffrances et porter avec nous nos révoltes . C’est lui qui redonne vie à nos espoirs déçus et qui transforme nos angoisses en pulsions de vie. Nous pouvons alors nous adresser à lui en lui disant « Notre père » et c'st un sérieux privilège.

Nous savons que toute notre existence se déroule sous le regard de Dieu, c’est pourquoi nous le remercions pour le pain qui nous nourrit chaque jour, ainsi que de tout ce qui alimente notre existence. Alors que nous faisons monter vers Dieu notre action de grâce pour le remercier de remplir notre vie de tout ce que nous avons besoin au quotidien, nous prenons conscience que tous les hommes ne peuvent pas formuler les mêmes remerciements. Il y a des gens sur cette terre qui n’ont pas de pain au quotidien ni d’actions de grâces à adresser à Dieu.
 
C’est encore le saint Esprit qui nous rappelle les nécessités des autres. Au moment même où nous formulons notre demande, il établit un lien entre nous, qui éprouvons de la reconnaissance et ceux qui ne peuvent plus prier parce que leur prière de demande de pain quotidien n’est pas ou n’est plus exaucées pour eux. Tant que leur prière restera sans réponse, pensez-vous que nous pouvons continuer à prier ? Ne pensez-vous pas que le péché dont nous demandons à être pardonné dans la suite du " Notre Père " n’est pas celui de laisser sans réponse la prière des affamés. Eux aussi, ils aspirent à pourvoir remercier Dieu à leur tour pour leur pain quotidien.

Tant que leur prière ne sera pas exaucée, notre prière propre  devrait s’arrêter là et la honte devrait nous empêcher de continuer. Cependant, le saint Esprit qui est le moteur de notre prière nous invite à continuer. Il nous enjoint à continuer, parce qu’en même temps que nous prions, il entreprend de nous transformer totalement en commençant par notre cœur de pierre qui s’amollit lentement. Il s’empare de notre apathie, rassemble notre énergie et nous pousse à désirer que quelque chose se passe en nous et autour de nous pour que le sort de ceux qui n’ont plus de pain s’améliore.

Dieu espère que l’action du saint Esprit finira par provoquer en nous des réactions telles qu' elles proposeront les éléments de réponse dont Dieu a besoin pour exaucer la prière de ceux qui n’ont rien et qui manquent de tout. Sans cette action de l’Esprit saint, nous pourrions être tentés de baisser les bras et de nous replier sur nous-mêmes. Nous nous résignerions à considérer que rien ne changera dans ce monde et que les chanceux continueront à se réjouir de voir leur sort s’améliorer, tandis que le trop grand nombre des autres nous empêcherait de croire que quoi que ce soit ne pourra être changé en leur faveur. La tentation de manquer d’espérance nous guette, c’est pourquoi le saint Esprit ne cesse de souffler sur nous pour que jamais nous ne nous résignions à ce que nos prières ne soient pas exaucées. C’est là la dernière demande du Notre Père : délivre-nous de la tentation. de manquer d'espérance.

Toute prière dite dans la foi est en même temps une confession de foi. Par elle nous disons à Dieu que nous croyons à son action sur le monde. Nous lui disons aussi que nous nous portons volontaires pour mettre à sa disposition toutes les possibilités qu’il y a en nous pour que par nos mains et nos actions, nos prières soient exaucées. Certes, cela prendra sans doute plus de temps que nous pouvons le penser, mais Dieu n’est-il pas maître du temps ?

samedi 26 juin 2010

Le rire de Sara : Genèse 18:1-15 dimanche 18 juillet 2010


Genèse 18/1-15 Dieu annonce que Sara aura un fils

1 Le SEIGNEUR lui apparut aux térébinthes de Mamré, alors qu'il était assis à l'entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour. 2 Il leva les yeux et vit trois hommes debout devant lui. Quand il les vit, il courut à leur rencontre, depuis l'entrée de sa tente, se prosterna jusqu'à terre 3 et dit : Seigneur, si j'ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe pas, je te prie, sans t'arrêter chez moi, ton serviteur ! 4 Laissez-moi apporter un peu d'eau, je vous prie, pour que vous vous laviez les pieds, puis reposez-vous sous l'arbre ! 5 Je vais chercher quelque chose à manger pour que vous vous restauriez ; après quoi vous passerez votre chemin, car c'est pour cela que vous êtes passés chez moi, votre serviteur. Ils répondirent : D'accord, fais comme tu as dit. 6 Abraham se précipita dans la tente pour dire à Sara : Dépêche-toi, pétris trois séas de fleur de farine et fais-en des galettes.

7 Abraham courut vers le bétail, prit un veau tendre et bon et le donna à un serviteur, qui se dépêcha de le préparer. 8 Il prit du lait fermenté, du lait frais, et le veau qu'on avait préparé, et il les mit devant eux. Il resta debout à leurs côtés, sous l'arbre, tandis qu'ils mangeaient.
9 Alors ils lui dirent : Où est Sara, ta femme ? Il répondit : Elle est là, dans la tente. 10Il dit : Je reviendrai chez toi l'année prochaine ; Sara, ta femme, aura un fils. Sara écoutait à l'entrée de la tente qui était derrière lui. 11 Abraham et Sara étaient vieux, avancés en âge, et Sara avait cessé d'avoir ses règles. 12 Sara rit en elle-même : Maintenant que je suis usée, se dit-elle, aurais-je encore du plaisir ? D'ailleurs mon maître aussi est vieux. 13 Le SEIGNEUR dit à Abraham : Pourquoi donc Sara a-t-elle ri, en disant : « Pourrais-je vraiment avoir un enfant, moi qui suis vieille ? » 14 Y a-t-il rien qui soit étonnant de la part du SEIGNEUR ? L'année prochaine, au temps fixé, je reviendrai vers toi, et Sara aura un fils. 15 Sara mentit : Je n'ai pas ri, dit-elle ; car elle avait peur. Mais il dit : Si, tu as ri !



On a dit que Dieu cherchait à entrer en contact avec les hommes et que c’est lui qui venait vers eux ! Mais comment le sait-on ? Comment Dieu se manifeste-il aux hommes ? Et s’il le fait quel est son but ? Voilà une question impertinente qui est accueillie par un vaste éclat de rire moqueur. Il retentit au moment même où la Bible tente de nous raconter, grâce à l’histoire de Sara et d’Abraham, comment Dieu s’y prend pour intervenir dans la vie des hommes. Cet éclat de rire jaillit hors d’une tente et emplit le désert pour gagner de proche en proche toutes les contrées habitées par les hommes. Il exprime le doute d’une femme qui entend pour la première fois l’affirmation selon laquelle Dieu s’intéresserait à ses problèmes. Ce rire va devenir celui de tous les humains qui doutent du fait que Dieu cherche à intervenir dans leur existence. Il prend naissance dans l’antiquité et se propage jusqu’à nous pour retentir dans notre temps, comme un défi à l ‘égard de Dieu.

Ce rire est la manifestation de l’incrédulité des humains quand on leur affirme que Dieu a un projet pour l’humanité. C’est un projet de bonheur et surtout un projet de vie, car Dieu s’intéresse à la vie et en particulier à celle des hommes et des femmes que nous sommes. Si Dieu se révèle aux hommes, c’est pour prendre la totalité de leur vie en charge afin qu’elle s’épanouisse. Pourtant notre existence ne se déroule pas dans un jardin idyllique, les sentiers que nous parcourons sont pleins d’embûches et Dieu ne s’y croise que très rarement, c’est pourquoi les humains se refusent à croire sans preuve à une présence bienveillante de Dieu sur la route qu’ils parcourent..

Certes nous n’apporterons pas de preuves, mais le récit de Sara et d’Abraham va nous permettre de formuler des arguments. Cette histoire commence donc par un éclat de rire qui exprime le doute que formule Sara quand on lui annonce que Dieu va changer le cours de leur vie chaotique. Pour le moment elle se résume à une série d’échecs. Abraham et Sara ne sont pourtant pas n’importe qui. Il s’agit de celui que l’histoire revêt du titre de Père des croyants et de sa princesse Sara son épouse. Ils sont vieux et sans enfant et les choses n’ont pas très bien marché.

Leur histoire s’apparente aux belles légendes d’autrefois que l’on nous racontait pour nous endormir et dont les vérités qu’elles contenaient s’amalgamaient imperceptiblement dans l’inconscient des petits enfants pour les aider à forger leur vie future, car c’est par des contes et légendes que nous accédons le plus facilement à la vérité.

Laissons-nous prendre aux charmes du désert et ne nous privons pas de rêverie. Laissons-nous emporter par l’imagination jusqu’à cette époque où Dieu venait en personne parler aux hommes et leur faire part, de ses projets. Nous découvrirons qu’à travers l’histoire merveilleuse du patriarche il y a sans doute des points communs avec la nôtre. Il traverse le désert de sa vie en compagnie de sa bien aimée, en mal d’enfant, et Dieu lui présente un projet qui est trop beau pour y croire. Sans doute éprouvons-nous à notre tour le même doute étonné quand on nous dit que Dieu peut tout changer dans notre vie.

Dieu veut prendre place dans la vie de celui vers qui il vient et le rendre heureux par sa seule présence. C’est bien évidemment ce à quoi nous aspirons, mais il ne suffit pas de le désirer pour que cela se réalise. Nous n’y croyons pas plus qu’Abraham et Sara. Les philosophes modernes, ne disent-ils pas à qui veut les entendre que de telles rêveries n’ont pas de place dans une pensée moderne? Elles n’avaient pas de place non plus dans une pensée antique, c’est pourquoi Sarah en a ri.

Pour que cela se réalise, il faudrait un miracle, or nous ne croyons pas plus aux miracles que n’y croyait Abraham, même si nous n’avons pas l’impertinence de Sara pour manifester notre doute. Pour que nous acceptions un miracle il faudrait que celui-ci relève du raisonnable ! Pour Sara le miracle proposé dépasse son entendement. Sara est stérile, elle est demeurée sans enfant jusqu’à son extrême vieillesse. Pas étonnant diront les esprits scientifiques modernes. La cause de sa stérilité se trouve dans la consanguinité ! Elle était trop proche parente de son mari, ce qui est vrai. Mais cette explication ne nous est d’aucune utilité ! Depuis le début de son aventure avec Abraham, Sara a multiplié les opportunités pour avoir un héritier. Et aucune n’a réussi !

Abraham et Sara ont commencé par chercher à adopter leur neveu Lot, cela n’a pas marché. Sara a offert sa servante à son mari pour en faire une mère porteuse, c’est la jalousie de Sara qui a fait échouer le projet. Et si, au cours de leurs déplacements Sara avait pu devenir enceinte des œuvres du pharaon en dépit de l’adultère que cela impliquait, cela n’aurait-il pas arrangé la situation ? Mais là encore l’adultère ne fut pas consommé. N’allez pas dire qu’ils n’ont rien fait, ils ont tout tenté ! Maintenant que leur fin est proche leur faudrait-il croire à une promesse de Dieu qui leur serait transmise par trois beau jeunes gens ( le fait qu’ils soient beaux et jeunes n’est pas dans le texte, mais ça rajoute du piquant à l’histoire).

Qu’ils y croient ou qu’ils n’y croient pas, que nous y croyons ou que nous n’y croyons pas, c’est quand même dans un projet de vie que Dieu les entraîne à leurs corps défendant. La vérité qui se dégage de l’histoire de Sara et d ‘Abraham avec Dieu est un puissant hymne à la vie. La vie apparaît comme un don miraculeux de Dieu, comme un supplément à leur existence. Pour poursuivre dans la veine de ce récit, nous découvrons que Dieu est tellement attaché à la vie qu’il accepte d’être ridiculisé par la vieille Sara qui se moque de lui, sans réagir si non en conservant le thème du rire pour donner le nom à l’enfant. Isaac signifie : « elle a ri » (1)

Quand Dieu avait interpellé Abraham qui poussait ses troupeaux le long de l’Euphrate, c’était pour qu’il comprenne que Dieu appelle les hommes à s’épanouir par sa présence. La présence de Dieu dans l’existence d’un individu se manifeste toujours par un supplément de vie. Il faudra cependant que nous découvrions avec Abraham que ce qu’il y a de plus précieux dans l’existence, c’est la vie des autres. Pour Abraham c’est la vie d’Isaac, l’enfant qui naîtra de cette rencontre avec Dieu. Il sera l’objet de cette découverte. La vie d’Isaac sera plus précieuse aux yeux de Dieu que l’amour qu’Abraham ressent pour lui. Vous connaissez certainement l’histoire rapportée sous le nom de la « ligature d’Isaac ». Abraham avait cru devoir sacrifier son Fils Isaac pour manifester sa déférence à Dieu selon la coutume. Dieu intervint et sauva la vie de l’enfant en proposant le sacrifice d’un bélier en remplacement de l’enfant.

Cet événement est central dans la Bible. Il signifie que le respect de la vie humaine à priorité sur tout. Ce sera désormais comme un pacte entre Dieu et les hommes qui accepteront d’avoir Dieu pour guide et sauveur. Certes, comme Abraham, les humains resteront méfiants car il leur paraît inconcevable que l’honneur de Dieu puisse passer après la vie d’un homme. C’est pour cela que la Bible est pleine de récits de violence. La plupart des guerres dont les horreurs nous sont racontées avec complaisance, avaient pour but avoué de défendre l’honneur de Dieu. Certains textes prétendent même que Dieu tenait lui-même l’épée et faisait des miracles en pourfendant leurs adversaires alors que Dieu proposait justement le contraire.

Dieu souhaitait que le respect de la vie soit prioritaire en tout temps. N’engageait-il pas Jérémie à proposer la soumission à l’armée de Babylone plutôt que de faire la guerre ? Il préconisa une soumission à l’ennemi plutôt que la défaite sanglante qui se produisit. Jérémie désavoué fit figure de traître.

C’est le défi que nous devons relever. Si nous croyons vraiment que Dieu donne priorité à toutes nos œuvres de vie, si nous croyons que Dieu cautionne toutes les actions qui font vivre les autres et qu’il donne de la valeur à tout ce qui facilite l’existence de ceux qui sont en manque de vie, alors certainement nous verrons que Dieu travaille parmi-nous

Jésus a pris cette vérité à la lettre, il a consacré toute son existence à donner du sens à cette passion de la vie que Dieu lui a communiquée. Par sa résurrection il est devenu le Seigneur de la vie de tou
s ceux qui ont compris que Dieu s’était identifié à lui.

Jésus a offert sa vie en sacrifice pour que les hommes à leur tour soient épris de la même passion et qu’ils consacrent toute leur existence à œuvrer pour que la sauvegarde de la vie ait toujours priorité dans toutes leurs actions sans exception. Elle est désormais marquée du sceau de l’éternité de Dieu, car toute vie qui s’accomplit en lui devient éternelle.

(1) Abraham avait ri avant Sara en 17/17 quand Dieu lui fit part de son projet.

lundi 21 juin 2010

Le bon Samaritain Luc 10:25-37 dimanche 11 juillet 2010


 Une autre version de ce sermon, totalement repensée  a été publiée le 10 juillet 2016

Luc 10/25-37 « Le bon Samaritain »


25 Et voici qu'un légiste se leva et lui dit, pour le mettre à l'épreuve : « Maître, que dois-je faire pour recevoir en partage la vie éternelle ? » 26 Jésus lui dit : « Dans la Loi qu'est-il écrit ? Comment lis-tu ? » 27 Il lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée, et ton prochain comme toi-même. » 28 Jésus lui dit : « Tu as bien répondu. Fais cela et tu auras la vie. » 29 Mais lui, voulant montrer sa justice, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? »
30 Jésus reprit : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, il tomba sur des bandits qui, l'ayant dépouillé et roué de coups, s'en allèrent, le laissant à moitié mort. 31 Il se trouva qu'un prêtre descendait par ce chemin ; il vit l'homme et passa à bonne distance. 32 Un lévite de même arriva en ce lieu ; il vit l'homme et passa à bonne distance. 33 Mais un Samaritain qui était en voyage arriva près de l'homme : il le vit et fut pris de pitié. 34 Il s'approcha, banda ses plaies en y versant de l'huile et du vin, le chargea sur sa propre monture, le conduisit à une auberge et prit soin de lui. 35 de lui. Le lendemain, il sortit, deux deniers, les donna à l'hôtelier et dit : "Prends soin de lui et si tu dépenses quelque chose de plus, c'est moi qui te le rembourserai quand je repasserai.” 36 Lequel des trois, à ton avis, s'est montré le prochain de l'homme qui était tombé sur les bandits ? » 37 Le légiste répondit : « C'est celui qui a fait preuve de bonté envers lui. » Jésus lui dit : « Va et, toi aussi, fais de même. »
Toujours pardonné, sans cesse repentant, tel est le peuple auquel les protestants se plaisent à ressembler. Il est toujours coupable mais toujours reconnaissant de la grâce prévenante qui l’enveloppe. Le salut gratuit lui est toujours offert comme un cadeau immérité. Nous passons ainsi notre temps à implorer un pardon que l’Evangile nous dit être accordé d’avance ! C’est tout à fait perturbant et même aliénant d’espérer ne jamais pouvoir parvenir à satisfaire pleinement notre Seigneur puisque selon nos anciennes liturgies inspirées par Calvin nous sommes nés dans la corruption et incapables par nous-mêmes d’aucun bien. Bien que l’avenir nous soit ouvert, nous sommes enfermés à tout jamais dans notre état d’inachèvement.

Si ce langage est conforme à l’esprit de la Réforme, il faut bien dire qu’il passe mal aujourd’hui, car, nous vivons dans une société culpabilisante qui attribue ses dysfonctionnements à l’irresponsabilité de nos contemporains qui par leur mode de consommation compromettent l’avenir de la planète. S’il y a une bonne nouvelle à recevoir aujourd’hui, elle ne doit pas consister à rajouter de la culpabilité à la culpabilité ambiante. Nous sommes fatigués de nous sentir enfermés dans cet univers morbide de la faute sans aucun espoir de satisfaire aussi bien les hommes qui sont sensés être nos prochains que Dieu que nous aime tant et qui nous protège contre nos péchés avant même que nous les ayons commis.

La parabole que nous écoutons aujourd’hui et que tous connaissent bien, semble en rajouter une couche. Elle nous donne une leçon de morale en enfonçant le clou sur notre incapacité à bien faire. Elle met en scène un marginal sympathique, apparemment financièrement aisé, mais rejeté à cause de sa naissance. Il est Samaritain autant dire qu’il n’appartient pas à la bonne société traditionnelle. On n’a sans doute rien à lui reprocher, mais il n’est pas comme nous. Par son attitude il semble vouloir nous donner une leçon de morale.

Il accepte de se compromettre dans une affaire pas nette. Il interrompt un voyage d’affaires pour s’occuper d’un homme qui est entre la vie et la mort. Qu’importent les affaires, le temps et l’argent, c’est le sort de cet individu qui ne lui est rien, qui l’arrête sur son chemin. Il utilise sa propre monture, rebrousse chemin, trouve du secours auprès d'un aubergiste qu’il doit payer de ses propres deniers, il avance même une provision. C’est comme s’il lui ouvrait un crédit illimité sur son compte. Il retourne ensuite à ses affaires tout en gardant le souci de son protégé pour lequel il promet de modifier son projet de retour, et même de payer encore si c’est nécessaire. Trop c’est trop.

En écoutant ce récit pour le moins culpabilisant pour nous qui ne sommes t pas capables de faire  la moitié de ce qu' a fait  le Samaritain, on se dit qu’en toute honnêteté on n'est pas dignes de l'exemple  que Jésus nous donne ici. On a presque envie de tout laisser tomber en pensant que la Loi de Moïse était moins sévère que les prescriptions de Jésus. Quel intérêt aurions-nous à suivre Jésus ? Qu’y aurait-il à gagner ? Certains iront même jusqu’à penser qu’il vaut mieux le néant éternel plutôt que de payer un prix impossible pour un paradis hasardeux.

Mais, je l’ai souligné, si Jésus invite son interlocuteur à faire de même, il ne nous invite pas nous-mêmes à faire de même, et pour cause, nous verrons pourquoi plus loin. Il poursuit son récit en tirant une conclusion sur les subtilités de la rhétorique pour savoir qui dans cette histoire était le prochain de l’autre ? Je dois confesser à mon corps défendant que je n’ai jamais rien compris à ces subtilités si bien que je me pose encore aujourd’hui la question de savoir où l’Evangile veut nous entraîner ? Certainement pas dans un pinaillage juridique dans lequel nous avons tendance à vouloir enfermer Dieu, Jésus  et notre prochain. Si nous recevons cette parabole comme une leçon de morale nous n’arriverons pas y retrouver le souffle libérateur que Jésus a voulu donner à son Evangile.

A l’origine de cette histoire, il y a la prétention d’un homme pieux à débattre avec Jésus sur le juridisme religieux afin de définir le rôle que peut jouer le prochain dans notre quête du salut éternel. Puisqu’il veut débattre, Jésus accepte le débat, mais ça ne mène à rien. Comme toujours Jésus décrit une situation impossible, où personne ne peut tenir  en vérité, le  rôle tenu par le Samaritain qui semble avoir pour règle de vie l’abnégation totale.

 Jésus montre que ça ne marche pas et qu’à vouloir être trop parfait, on aboutit à une situation absurde, et que ce n’est pas dans cette direction qu’il faut chercher. En effet, si un tel comportement était réel, cet homme aurait rejoint depuis longtemps les rangs des nécessiteux et des clochards. En effet son acte de charité envers le Samaritain n’aurait certainement pas été son coup d’essai. Dans ce cas, il  n’aurait donc pas eu l’occasion d’exercer la charité comme il l’a fait, car il n’aurait jamais eu la possibilité de gagner la moindre somme d’argent pour faire ses libéralités puisqu’elle aurait été dépensée avant d’avoir été gagnée. Il exerce ici une charité impossible.

Aujourd’hui, dans une société plus prévenante à l’égard des délaissés que la société antique, ceux qui  se consacrent essentiellement à la générosité vis-à-vis des démunis (ONG ou autre), c’est avec l’argent des autres qu’ils le font  et non avec le leur.

 C’est comme cela que fonctionnent les bonnes œuvres et on ne saurait le faire autrement. Or notre généreux Samaritain semble devoir gagner beaucoup tout en négligeant les situations qui lui permettraient d’être financièrement rentable.

Ce constat d’échec à propos de la générosité gratuite nous déçoit. Il semblerait que nous sommes tombés dans une impasse. Impossible d'imiter le Samaritain, et lui même en agissant comme il le fait se condamne à la pauvreté totale. Jésus nous pose ici un problème sans réponse possible.  En fait, nous devrions nous demander ce qui se serait passé si le blessé n’avait pas été secouru. C’est simple il aurait perdu la vie. Or c’est bien sur une question de vie qu’a commencé le propos. Il s’agissait de vie éternelle, bien sûr, mais avant d’être éternelle la vie doit s’ancrer dans l’existence au quotidien.

Loin de nous dicter un comportement, ce passage nous désigne les priorités que Dieu nous invite à prendre en compte. Cette priorité c’est la vie des autres. Le comportement du Samaritain nous dit qu’elle n’a pas de prix. La vie du blessé était en danger et elle devait être préservée. Le débat s’arrête là. Il n’est plus question de savoir si on a fait ce qu’il fallait. Il n’est pas question non plus de juger le comportement de l’un ou de l’autre, Jésus ne le fait pas, mais il nous entraîne dans une autre direction. Il nous invite à faire une descente au fond de nous-mêmes pour nous demander à qui ou à quoi nous donnons priorité dans nos actions. Est-ce notre intérêt personnel ou celui des autres ? Est-ce notre bonne conscience qui guide nos décisions ou l’amour du prochain ? Il ne s’agit pas ici d’avoir la réponse juste et de respecter le bon comportement, il s‘agit de percevoir quels sont les impératifs de notre foi que Dieu a inscrits en nous et que notre intelligence nous donne de découvrir. Il s’agit simplement d’être en harmonie avec Dieu et de comprendre que Dieu donne priorité à tout ce qui est porteur de vie : la vie de chaque jour pour ce temps et ensuite la vie éternelle, la qualité de la première étant une annonce de la seconde.

Quoi que nous fassions ou que nous ne fassions pas, notre salut éternel n’est pas mis en cause et les pinailleurs de la morale n’y trouveront pas leur compte. Jésus répond à celui qui l’interroge sur la vie éternelle en disant que la vie est au centre de la préoccupation de Dieu. « Si tu es en Dieu, tu es déjà dans la vie éternelle, il t’appartient de manifester cette certitude dans toutes tes actions. Il s’agit simplement de rendre manifeste la foi qui est en toi. »

samedi 19 juin 2010

L'envoi des soixante dix ou le doigt de Dieu Luc 10:1-20 dimanche 4 juillet 2010




Luc Chapitre 10


Jésus envoie soixante-douze disciples 1Après cela, le Seigneur en désigna soixante-douze autres et les envoya devant lui, deux à deux, dans toute ville et en tout lieu où lui-même devait se rendre. 2 Il leur disait : La moisson est grande, mais il y a peu d'ouvriers. Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers dans sa moisson. 3 Allez ! Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. 4 Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales, et ne saluez personne en chemin. 5 Dans toute maison où vous entrerez, dites d'abord : « Que la paix soit sur cette maison ! » 6 Et s'il se trouve là un homme de paix, votre paix reposera sur lui ; sinon, elle reviendra à vous. 7 Demeurez dans cette maison-là, mangez et buvez ce qu'on vous donnera, car l'ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison. 8 Dans toute ville où vous entrerez et où l'on vous accueillera, mangez ce qu'on vous offrira, 9 guérissez les malades qui s'y trouveront, et dites-leur : « Le règne de Dieu s'est approché de vous. » 10 Mais dans toute ville où vous entrerez et où l'on ne vous accueillera pas, allez dans les grandes rues et dites : 11 « Même la poussière de votre ville qui s'est attachée à nos pieds, nous la secouons pour vous la rendre ; sachez pourtant que le règne de Dieu s'est approché. » 12 Je vous dis qu'en ce jour-là ce sera moins dur pour Sodome que pour cette ville-là.

Les villes qui refusent de croire

13Quel malheur pour toi, Chorazin ! Quel malheur pour toi, Bethsaïda ! Si les miracles qui ont été faits chez vous avaient été faits à Tyr et à Sidon, il y a longtemps que leurs habitants auraient changé radicalement, qu'ils se seraient vêtus de sacs et assis dans la cendre ! 14C'est pourquoi, lors du jugement, ce sera moins dur pour Tyr et Sidon que pour vous. 15Et toi, Capharnaüm, seras-tu élevée jusqu'au ciel ? Tu descendras jusqu'au séjour des morts !

16Celui qui vous écoute m'écoute, celui qui vous rejette me rejette, et celui qui me rejette rejette celui qui m'a envoyé.

Le retour des soixante-douze disciples

17Les soixante-douze revinrent avec joie et dirent : Seigneur, même les démons nous sont soumis par ton nom. 18Il leur dit : Je voyais le Satan tomber du ciel comme un éclair. 19Je vous ai donné l'autorité pour marcher sur les serpents et les scorpions, et sur toute la puissance de l'ennemi, et rien ne pourra vous faire de mal. 20Cependant, ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis, mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux.




« Quand le sage désigne le ciel de son doigt, l’insensé regarde le doigt » dit un proverbe chinois. Souvent le lecteur de l’Evangile regarde le doigt de celui qui lui montre le texte et oublie de chercher ce qu’il y a au-delà du texte. Ce passage que nous venons de lire se prête facilement à ce genre d’exercice. On cherche la signification de tous les détails du récit sans se rendre compte qu’il a pour intention de nous faire découvrir le Royaume de Dieu dont Jésus essaye de tracer les contours. Quant à nous, c'est en nous mettant à sa suite que nous en poserons les fondations.


Ceux qui se contentent à regarder le doigt se posent toutes sortes de questions sur le comportement des 70 sans vraiment chercher où cela les mène. Ils se demandent si cette histoire s’est produite comme elle est racontée ou même si elle s’est vraiment produite. On s’interroge pour savoir s’ils ont vraiment guéri des malades, et si oui, pourquoi cela n’a pas duré ? On se demande comment ces gens qui n’avaient pas une foi aussi élaborée que la nôtre, puisque la résurrection de Jésus ne s’était pas encore produite avaient pu réussir à faire les miracles que nous, nous n’arrivons toujours pas à faire ? Pourquoi n’avaient-ils ni sac, ni sandales, ni bourses ?


Avec tous ces pourquoi que nous nous posons au sujet de problèmes qui restent secondaires et au sujet des quelles nous n’aurons pas de réponse, nous occultons le sens profond du récit. Nous persévérons à regarder le doigt qui nous montre ce qui est écrit, et nous émoussons la pointe du texte qui se trouve ailleurs. Il nous faut d’abord découvrir quel est le but que recherche Jésus. En fait ce récit répond à une question que se posait Jésus dans le chapitre précédent et que nous n’avons peut être pas repérée, parce que la coupure opérée artificiellement par le changement de chapitre nous l’a dissimulé. En fait, Jésus s’interrogeait sur le sens du Royaume de Dieu. Il voulait savoir qui est bon pour le Royaume de Dieu . Naturellement, cette première question en appelle une seconde : Qu’est-ce que le Royaume de Dieu ?


C’est donc à nous maintenant de trouver les bonnes réponses à ces deux questions. Le récit de l’envoi des 70 nous est donné pour que nous y trouvions la réponse à la première question : qui est bon pour le Royaume ? Naturellement c’est le comportement de Jésus qui nous aide à trouver la réponse. C’est la remarque que Jésus fait après avoir entendu le récit que les 70 font à leur retour qui va nous mettre sur la voie : « Je voyais Satan tomber du ciel » dit-il.


Au premier abord, une telle remarque nous surprend plus qu’elle nous aide à comprendre. C’est pourtant en elle que se tient la réponse que nous cherchons, mais il suffit que l’on prononce le nom de Satan pour que nous nous mettions à gamberger et à formuler toutes sortes d’interprétations qui nous éloignent du texte. Il nous faut encore une fois éviter de regarder le doigt à la place de ce qu’il montre. Le mal, grâce à quoi Satan étend son emprise sur le monde est un fait établi et nous éviterons de faire des commentaires sur ce point. Nous nous attacherons cependant sur le fait que le texte nous dit simplement que les 70 envoyés en mission œuvrent de telle sorte que Jésus voient Satan tomber du ciel. Cela veut dire que par leur action Satan, ou le mal, est défait d’une partie de sa puissance. Mais cela ne signifie pas qu’il ait perdu tout pouvoir, loin de là.


Ceux qui tiennent absolument à regarder le doigt qui leur désigne Satan plutôt que ce qu’il signifie se souviendront du récit que donne Esaïe dans un texte célèbre que l’on connaît sous le nom de la chute de Satan : « et toi astre brillant tu es tombé du ciel, Tu as été abattu toi qui dominais les nations, ... Mais on t'a fait descendre au séjour des morts. " (1) … » Il découvrirons que c’est sans doute à ce récit que Jésus fait allusion, mais que cela n’a sans doute pas d’importance.

Ce qui est important c’est que le succès de l’entreprise des 70 contribue à la chute de Satan, c’est à dire que par leur action ils ont contribué à atténuer les effets du mal dans les lieux où ils sont passés ! Nous percevons donc là comme un début de réponse à notre deuxième question qui était de savoir ce qu’était le Royaume. Le Royaume de Dieu est donc une réalité où le mal perd ses effets destructeurs sur les hommes et sur le monde. Les 70 sont invités à découvrir que pendant les quelques jours de leur mission, ils ont été capables de participer à la lutte contre le mal et par voie de conséquence à l’édification du Royaume.

Vous avez sans doute remarqué que pendant que ses disciples étaient à l’œuvre, Jésus s’était mis en retrait, il s’est tenu à l’écart des événements. Il a envoyés ses amis deux par deux, il a observé de loin leur action sans y participer vraiment et il a montré sa satisfaction en constatant les résultats de ce qu’ils avaient fait. En agissant comme il l’a fait, Jésus a voulu nous montrer qu’il identifiait son rôle avec celui de Dieu. Nous comprenons alors plus facilement comment Dieu réagit en face du mal qui fait tant de ravages dans la société des hommes.

Jésus ne donne pas un cours de théologie mais il fait une simulation grandeur nature pour que nous comprenions mieux comment Dieu se tient en retrait des actions de ce monde et comment il implique les hommes dans l’accomplissement de la création. A ce moment de notre propos, il n’est pas opportun de discuter sur les causes ou les origines du mal. Cela consisterait à regarder le doigt, fut-il le doigt de Dieu à la place de ce qu’il désigne. Il nous montre que Dieu a décidé d’agir contre le mal par la main des hommes. Il n’agit pas personnellement pour le détruire mais il transfert aux hommes le pouvoir de lutter contre lui pour en atténuer les effets. Voilà donc la réponse à la première question qui consistait à savoir qui était capable de construire le Royaume?

Certes les hommes n’ont pas le pouvoir de détruire le mal, ils sont seulement capables d’en atténuer les effets. Le Royaume de Dieu ne s’établira que plus tard, dans un temps que nous ne connaissons pas, mais pour que ce temps puisse venir, il faut que les bases du Royaume soient déjà posées. C’est ce que les hommes sont sensés faire ! Ce que l’esprit de Dieu qui nous anime nous demande de faire, c’est de tout mettre en œuvre pour que les hommes comprennent que Jésus est venu parmi nous pour nous engager à lutter personnellement contre toutes les œuvres du mal. Tout se passe comme si Dieu se réservait d’agir au moment que lui seul connaît, mais que ce moment ne pourra se produire que si les missionnaires que nous sommes accomplissent correctement leur œuvre.

Dieu se retirerait donc du monde pour attendre que notre capacité d’agir dans le sens souhaité se mette vraiment en place. Nous vivons actuellement ce temps de la mission et chacune et chacun de nous reçoit de Dieu la possibilité de l’exercer. La lecture du texte nous laisse entendre que ce ne sera pas facile et que nous ne réussirons pas à tous les coups. Il nous est cependant dit qu’en cas d’échec il faudra continuer. Il ne faudra pas forcément s’acharner sur ce qui n’aura pas marché, et en cas d’échec porter nos pas plus loin, sur d’autres projets.

Il nous faut maintenant comprendre que ce n’est pas nous qui avons le pouvoir de décider quand et où nous devons agir ni avec quels instruments nous le ferons. Ceux que Jésus a envoyés cette fois là n’avaient ni argent ni sandales ni sac. Cela signifie sans doute qu’ils n’en avaient pas besoin. Ce ne sont pas les instruments qui sont à notre disposition qui auront priorité dans notre action, mais ce qui est le plus important ce sont nos motivations qui nous sont dictées par Dieu.

Cela ne veut pas dire que nous ne devons pas nous servir des instruments que nos compétences nous ont acquis ou que la science nous donne, mais cela veut dire que le but premier de ces actions que Dieu souhaitent que nous entreprenions est la recherche de l’intérêt qu’en retireront les autres, et non pas nous-mêmes. Ainsi chaque acteur, dans cette grande entreprise ne doit pas chercher la gloire qu’il en retirera, ni la fortune qu’elle lui apportera, mais que sa seule valeur sera l’intérêt qu’elle aura pour les autres. Celui qui se sait à l’œuvre pour les autres doit se persuader qu’il ne travaille nullement pour sa propre gloire et qu’elle ne doit lui apporter aucun avantage personnel, si non la satisfaction du devoir accompli. Le plus bel exemple me paraît être celui moines de Tibérine qui achevèrent leur œuvre dans une mort discrète dont seul le silence des montagnes a gardé le secret.

C’est ainsi que le Royaume de Dieu se prépare par des hommes et des femmes qui se sentent envoyé par Dieu dans une mission où seul l’intérêt des autres est à envisager. Un seul regard sur le monde qui nous entoure nous montre qu’il y a encore beaucoup de gens à gagner à de telles idées et que ce n’est pas le moment de baisser les bras.

(1) Esaïe 14:12-15

Le doigt de Dieu montre l'homme
Le doigt de l'homme montre Jésus en qui il reconnaît Dieu
Le doigt de l'enfant montre l'avenir