lundi 4 avril 2011

Matthieu 28:1-10 la résurrection - dimanche 24 avril 2010


Matthieu 28/1-10


1 Après le sabbat, dimanche au lever du jour, Marie de Magdala et l'autre Marie vinrent voir le tombeau. 2 Soudain, il y eut un fort tremblement de terre ; un ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la grosse pierre et s'assit dessus. 3 Il avait l'aspect d'un éclair et ses vêtements étaient blancs comme la neige. 4 Les gardes en eurent une telle peur qu'ils se mirent à trembler et devinrent comme morts. 5 L'ange prit la parole et dit aux femmes : « N'ayez pas peur. Je sais que vous cherchez Jésus, celui qu'on a cloué sur la croix ; 6 il n'est pas ici, il est revenu de la mort à la vie comme il l'avait dit. Venez, voyez l'endroit où il était couché. 7 Allez vite dire à ses disciples : “Il est revenu d'entre les morts et il va maintenant vous attendre en Galilée ; c'est là que vous le verrez.” Voilà ce que j'avais à vous dire. »

8 Elles quittèrent rapidement le tombeau, remplies tout à la fois de crainte et d'une grande joie, et coururent porter la nouvelle aux disciples de Jésus. 9 Tout à coup, Jésus vint à leur rencontre et dit : « Je vous salue ! » Elles s'approchèrent de lui, saisirent ses pieds et l'adorèrent. 10 Jésus leur dit alors : « N'ayez pas peur. Allez dire à mes frères de se rendre en Galilée : c'est là qu'ils me verront. »


Comment se fait-il qu’un individu aussi merveilleux que l’être humain puisse disparaître à tout jamais après avoir fini son parcours sur terre? Vous l’avouerez sans doute difficilement, mais cette idée vous a certainement traversé l’esprit, un jour où l’autre. Si ce n’était pas le cas, on ne passerait pas tant de temps à préparer son grand départ. On dispose de ses biens, de son corps, de ses idées même, en pensant qu’il n’en restera rien après-nous, tout en agissant comme si, quand même quelque chose devait subsister. L’Ecclésiaste, un sage de la Bible s’était déjà penché sur ce phénomène de la pensée humaine selon lequel, nous avons du mal à nous détacher de la réalité du monde des vivants.


Pour ma part, j’inverserai volontiers les valeurs. Au lieu de penser à partir de moi-même sur mon devenir, je vais essayer de pénétrer la pensée de Dieu. Présomptueuse audace ! N’est ce pas ? Mais pourquoi ne pas essayer ?


Je suis sûr pour ma part que Dieu ne cesse jamais de s'émerveiller en regardant les hommes se mouvoir sur cette terre. Certainement, il doit s’étonner de leur esprit d’invention, de leur capacité à s’adapter aux situations nouvelles et de leurs facultés à maîtriser les catastrophes. Depuis que l’homme existe sur terre, malgré sa fragilité apparente, il a résisté à toutes les épidémies, à toutes les famines, à tous les changements climatiques. Les mammouths ont disparu, mais les hommes ont survécu.


Dieu est sans doute très fier de cet être merveilleux qu’il a conçu et qu’il continue à améliorer selon les lois de l’évolution. Pourtant, la capacité humaine à maîtriser les situations a aussi ses faiblesses. Les hommes n’acceptent pas de ne pas être seuls à bord pour piloter le monde. Ils ont du mal à imaginer qu'un être pensant puisse les dominer et qu'il pourrait inspirer la sens de l’évolution. Si Dieu admire les hommes, les hommes par contre sont plus réticents à lui rendre la pareille. C’est d’ailleurs là un des sujets de contestation entre les humains.


Ils ne s'accordent pas entre eux sur le principe de l’existence ou de la non existence de Dieu. Si les plus entreprenants arrivent à concéder aux autres qu’il y a au-delà de tout, un être pensant qui leur est supérieur, ils répugnent pourtant à lui reconnaître du pouvoir sur le monde et une capacité quelconque à inspirer les actions humaines. Y a-t-il alors un être suprême ? Si oui nous juge-t-il, nous condamne-t-il, à quoi sert-il ? Quel est son volent de manœuvre : créationnisme ou évolutionnisme ?



Au delà de ces clivages, il y a d'autres penseurs, et ils sont nombreux, qui se croient capables de tout comprendre sans le secours de Dieu. Ils pensent qu’il leur suffit d’être un peu plus perspicace que les autres pour tout comprendre. Le fait de formuler l’hypothèse qu’un Dieu organisateur soit à l’origine de toute chose est pour eux une facilité qui ne convient pas à des êtres évolués. Ainsi nient-ils tout en bloc. Beaucoup d'autres encore ne se posent pas de problèmes du tout, ils se contentent pour la plupart de vivre comme si la notion de Dieu était un principe à ne pas mettre en cause pour le bon ordre des choses, mais ce principe ne changerait pas grand-chose à l’être ou au non-être des humains. C’est là encore un autre sujet d’étonnement de la part de Dieu qui a du mal à concevoir que les humains se divisent à cause de lui.


Comment se fait-il, doit-il se demander, que les hommes si intelligents, si inventifs, si entreprenants sur le plan technique et sur le plan scientifique manifestent si peu d’intelligence face aux problèmes métaphysiques? Comment se fait-il qu’ils agissent vis à vis de Dieu comme si leur opinion ne dépendait que d’une intuition subjective ou d’une tradition héritée des ancêtres ? Comment se fait-il que l’humanité si rationnelle pour gérer ses intérêts dans le monde, soit si énigmatique dans sa relation à Dieu ? N’est-ce pas là un sujet d’étonnement pour Dieu s’il existe ?


Le Dieu dont Jésus est le témoin n’ignore pas ce comportement, c’est pourquoi il a choisi d’établir un rapport privilégié avec l’humanité. Il se révèle donc au monde des humains comme un Père, et c’est à ce titre là qu’il se définit comme créateur. Ce processus s’est fait dans la durée. Il s’est révélé à Abraham lit-on dans les Ecritures, il s’est fait connaître à Moïse, il a parlé par les prophètes et avec Jésus pour porte parole, il a confirmé le processus de vie qui ouvre à l’humanité le chemin de l’éternité comme l’Ecclésiaste en avait déjà eu l’intuition .


A la suite de ce long cheminement à travers les âges Dieu se propose maintenant, de vivre une expérience personnelle avec chacun de nous et d’éclairer notre histoire. Jésus se tient devant nous comme le promoteur de cette expérience et nous invite à la vivre. Un jour chacun de nous a plus ou moins pris conscience de la présence de Dieu à ses côtés. Les uns ont pris soin de cultiver cette intimité, elle s'est épanouit dans un acte de foi qui a illuminé leur vie. Les autres mal guidés ou trop indépendants n’ont pas entretenu cette relation. Ils ont oublié que Dieu s’était approché d’eux. Leur foi trop faible pour résister s’est desséchée et n’a subsisté alors que sous forme de souvenir.


Notre relation avec Dieu n’est pas liée au hasard. Elle est l’aboutissement d’une longue aventure dont les racines se trouvent aux origines de l’humanité, et telle la sève de la plante, l'esprit de Dieu a cheminé lentement jusqu’à nous par des canaux mystérieux. Dieu était à l’œuvre dans l’humanité bien avant que nous nous éveillions à la foi. Elle s’est manifestée un jour à nous comme une prise de conscience, telle un éveil à une nouvelle dimension de la vie. Tel en tout cas était le but de Dieu qui nous a cependant laissé libres de le suivre.


Ce constat étant fait, il nous appartient maintenant d’assumer librement nos responsabilités et de travailler sur nous-mêmes. Guidés par Jésus, il nous faut descendre en notre fort intérieur pour découvrir la source qui peut irriguer nos jardins secrets. C'est elle, qui peut ouvrir notre être au souffle de Dieu qui pourra définitivement bousculer nos a priori et nos idées reçues. Si nous l’accompagnons dans ce travail d’exploration de nous-mêmes nous découvrirons alors l’action créatrice de Dieu en nous. Nous collaborons donc avec lui pour qu'il fasse de nous des êtres nouveaux qu'il marque de son sceau et qu'il introduit dans son éternité. C’est cela la résurrection.


Grâce à Jésus qui nous guide nous retrouvons l’itinéraire que chacun doit suivre pour que sa foi se charge de vie. Si la résurrection est un don de Dieu, nous n'en prenons conscience qu'au prix d'un certain effort de notre part. Tous ne suivent pas ce chemin à la suite de Jésus et se refusent à tenter une aventure personnelle avec Dieu, si bien que Dieu après s’être émerveillé du comportement de l’homme se trouve navré de sa facilité à repousser les expériences de vie intérieure qu’il leur propose.


Nous avons pris conscience du fait que la résurrection s’impose à nous comme le résultat d’un long cheminement avec Dieu au terme duquel nous le découvrons en tant que créateur de notre vie. Comme tout acte créateur de Dieu, cet événement est lié à une parole qui vient de lui, car Dieu, quand il crée, est-il dit, le fait par sa parole, c’est à dire par un acte qui le rend accessible. Il adresse ainsi une parole à chacun de nous qui appelle notre adhésion. « Pourquoi me persécutes-tu » avait entendu Paul en tombant de cheval. Ce fut dans la voix et non dans la chute qu’il avait reconnu la présence de Dieu. Il évoquera plus tard cette voix comme étant l’élément qui a provoqué sa prise de conscience de sa propre résurrection.


Chaque fois que l’Ecriture fait état de la résurrection il nous est dit qu’une voix a accompagné la prise de conscience des témoins pour bien signifier que la résurrection est un acte créateur de Dieu. Nous prenons conscience de cette voix sans que pour autant elle se manifeste à nos oreilles. C'est une voix qui est pleine de vie puisqu'elle met en route ceux ou celles qui l'entendent. "Allez dire à mes frères que je les précède en Galilée". La voix renvoie les femmes chez elles, dans leur maison, car c’est là qu’elles vont vivre leur propre résurrection, car c’est d’abord pour vivre sur terre qu’il nous est donné de prendre conscience de la résurrection.


Pourquoi alors s’étonner si pour décrire une telle transformation, l’écrivain biblique a eu recours à la description d’un ange de lumière. Il a traduit ainsi l’émerveillement qu’il a ressenti, car l’expérience de la foi est intraduisible dans notre langage usuel et quand on l’exprime il faut utiliser des images fortes pour qu’elle devienne accessible aux autres.


Ecoutez donc, frères et sœurs toutes ces voix intérieures qui créent en vous la certitude que la résurrection vous est donnée comme l’aboutissement de vos expériences spirituelles avec Dieu. C’est par elles qu’il crée en vous l’être nouveau dont il a besoin pour provoquer vos semblables afin qu’ils se laissent saisir à leur tour par l’aventure de la résurrection qui est en même temps une expérience de création et qui a pour effet de remplir le monde d'espérance.


illustrations Giovanni Bellini

vendredi 1 avril 2011

Matthieu 20:29-21-11 Les rameaux dimanche 17 avril 2011




Matthieu 20 /29-31 et 21/1-11


20/29

Lorsqu'ils sortirent de Jéricho, une grande foule suivit Jésus. 30 Or, deux aveugles assis au bord du chemin entendirent que Jésus passait et crièrent : Aie pitié de nous, Seigneur, Fils de David. 31 La foule leur faisait des reproches, pour les faire taire, mais ils crièrent plus fort : Aie pitié de nous, Seigneur, Fils de David. 32Jésus s'arrêta, les appela et dit : Que voulez-vous que je vous fasse ? 33 Ils lui dirent : Seigneur, que nos yeux s'ouvrent. 34 Saisi de compassion, Jésus toucha leurs yeux ; et aussitôt ils recouvrèrent la vue et le suivirent.


Entrée de Jésus à Jérusalem


21/1 Lorsqu'ils approchèrent de Jérusalem et qu'ils furent arrivés à Bethphagé, vers le mont des Oliviers, Jésus envoya deux disciples 2 en leur disant : Allez au village qui est devant vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée, et un ânon avec elle ; détachez-les, et amenez-les-moi. 3 Si quelqu'un vous dit quelque chose, vous répondrez : Le Seigneur en a besoin. Et à l'instant il les laissera aller. 4 Or, ceci arriva afin que s'accomplisse la parole du prophète : 5Dites à la fille de Sion : Voici que ton roi vient à toi, Plein de douceur et monté sur une ânesse, Sur un ânon, le petit d'une bête de somme. 6 Les disciples allèrent et firent ce que Jésus leur avait ordonné. 7 Ils amenèrent l'ânesse et l'ânon, mirent sur eux leurs vêtements et le firent asseoir dessus. 8 La plupart des gens de la foule étendirent leurs vêtements sur le chemin ; d'autres coupèrent des branches aux arbres et les étendirent sur le chemin. 9 Les foules précédaient et suivaient Jésus en criant : Hosanna au Fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna dans les lieux très hauts ! 10 Lorsqu'il entra dans Jérusalem, toute la ville fut en émoi et l'on disait : Qui est celui-ci ? 11 Les foules répondaient : C'est Jésus, le prophète, de Nazareth en Galilée.


Les vendeurs chassés du temple


12 Jésus entra dans le temple, il chassa tous ceux qui vendaient et qui achetaient dans le temple, il renversa les tables des changeurs et les sièges des vendeurs de pigeons. 13 Et il leur dit : Il est écrit : Ma maison sera appelée une maison de prière.Mais vous, vous en faites une caverne de voleurs. 14 Des aveugles et des boiteux s'approchèrent de lui dans le temple. Et il les guérit. 15 Mais les principaux sacrificateurs et les scribes furent indignés, à la vue des merveilles qu'il avait faites, et des enfants qui criaient dans le temple : Hosanna au Fils de David. 16 Ils lui dirent : Entends-tu ce qu'ils disent ? Oui, leur répondit Jésus. N'avez-vous jamais lu ces paroles : Tu as tiré des louanges de la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle ? 17 Il les laissa et sortit de la ville pour aller à Béthanie où il passa la nuit

.

Si nous avions été à Jérusalem ce jour là, aurions-nous été dans la foule qui acclame et gesticule ou parmi les disciples et les apôtres qui ici ne tiennent pas un très grand rôle ? Peut-être aurions-nous rejoint les rangs de ceux qui sur le bord du chemin se tenaient à distance, ne disaient rien et n’en pensaient pas moins. Ils étaient tellement discrets que Matthieu a oublié de les mentionner. Si aujourd’hui, ils se tiennent sur le bord du chemin et observent sans rien dire, demain ils seront les premiers à élever la voix pour demander la mort de Jésus. Je n’ose croire, pour ma part, que ce sont les mêmes qui aujourd’hui ont acclamé et qui demain conspueront. Pourtant, ce n’est pas exclu, tant l’âme humaine est versatile.


Il y a peut être encore un endroit où l’on pourrait trouver le lecteur, c’est parmi les marchands du Temple qui s’indignent de voir Jésus bousculer leurs étales. Nous serions, comme eux scandalisés qu’on nous empêche de faire notre négoce indispensable à la sérénité des offices religieux. Sans les marchands, l’autel serait déserté par les prêtres incapables de sacrifier, et sans le service des prêtres le pardon de Dieu ne pourrait être accordé aux pèlerins.

Il se peut encore que nous fassions partie des aveugles qui mendiaient sur l’esplanade et que Jésus a guéris. A ce propos, avez-vous remarqué que ce récit commençait par la guérison de deux aveugles et s’achevait par la guérison d’autres aveugles ? Il est vraisemblable que ce ne soit pas une coïncidence. Le fait que le récit soit encadré par deux guérisons d’aveugles laisse entendre que le lecteur doit se ranger parmi ces aveugles qui ont besoin qu’on leur ouvre les yeux pour qu’ils comprennent. Dans les deux cas, après avoir ouvert les yeux et recouvré la vue, ils saluent Jésus du titre de « Fils de David ». Il est donc nécessaire que Jésus nous ouvre les yeux à notre tour pour que nous reconnaissions en lui le « Fils de David ».


La question qui se pose à nous maintenant c’est de chercher à savoir ce que nous ne voyons pas afin qu’il soit nécessaire de nous ouvrir les yeux ? En fait, il nous sera sans doute plus facile de répondre si nous commençons par nous interroger sur ce que nous voyons et nous nous demanderons en quoi cela nous empêche de voir ce que nous devrions. Ce que nous voyons, c’est une manifestation populaire que l’Evangéliste Matthieu s’efforce de nous décrire comme une procession royale, semblable à celle qu’il y eut à l’époque de David, quand il désigna Salomon pour son successeur. Le jeune prince, monté sur la mule de David suivit le même chemin pour recevoir l’onction royale. (1)


Ce sont la tradition biblique et l’art de l’Evangéliste qui nous permettent de comprendre cela. Mais est-ce suffisant pour que Jésus soit obligé de nous ouvrir les yeux sur une autre réalité que nous ne voyons pas. Ce que nous ne voyons pas, c’est que cette pantomime est dérisoire, ridicule même. Si le calendrier de l’époque est respecté, (et pourquoi ne le serait-il pas ?) nous sommes dans le temps de la fête de Pourim, la fête des sorts qui commémorait l’histoire de la reine Esther. Cela donnait lieu à des réjouissances populaires au début du printemps comme dans un carnaval.


Pour ce qui est de notre récit et compte tenu du calendrier et de la modestie de l’événement, les gardes n’ont pas réagi. Ce qu’on ne voit pas non plus, c’est le rôle ridicule que Jésus, le rabbi contestataire devenu célèbre a accepté de tenir en laissant la vedette à un âne. L’auteur de l’Evangile a assez insisté sur le rôle tenu par l’ânon pour qu’on ne le passe pas sous silence. En fait, il est ici question de deux animaux : l’ânon et sa mère. L’Evangile de Matthieu ne nous dit pas sur lequel des deux Jésus est juché : Le petit ou sa mère ? Nous pouvons penser qu’il est assis sur la mère. Et bien non, les 3 autres évangiles qui nous relatent le même événement le placent sur l’ânon ce qui rend la situation encore plus incongrue.


Mais nous ne nous sommes pas encore arrêtés sur l’aspect symbolique de cette histoire. En fait, le but de cette procession était d’arriver au Temple, d’y créer une bousculade afin que Jésus y prononce une parole symbolique qu’il a empruntée à la tradition prophétique : « Ma maison est une maison de prière et vous en avez fait une caverne de voleurs » Certes, il parlait du Temple, mais sous la plume des écrivains de l’Evangile le mot « Temple » a pris d’autres significations et c’est sur ce point qu’il nous faut ouvrir les yeux.


Nous savons que pour l’Evangile de Jean le Temple est identifié au corps du Christ. : Il parlait du « Temple de son corps est-il dit en Jean 2/21 » Pour que le corps de Jésus soit identifié au Temple, il faut qu’il soit débarrassé de tout ce que les hommes lui ont rajouté. Chaque génération a apporté son lot de traditions qui ont donné un aspect particulier à la personne de Jésus, ne serait-ce que toute la piété de Noël, avec ses rois mages, et ses légions d’anges. Ce n’est là qu’un exemple et chaque tradition doit faire le ménage dans ses propres interprétations.


Jésus par ce geste attire l’attention sur le risque que court l’Eglise si elle laisse s’agglutiner sur sa personne toutes sortes d’ajouts qui modifient son aspect au point de le rendre méconnaissable. Jésus voulait que l’on voit en lui cet héritier de David qui est salué par les aveugles du titre de « Fils de David ». Il voulait qu’on le perçoivent comme conforme à la tradition des prophètes. En suivant Jésus et en cherchant à l’imiter, les hommes à sa suite deviendront, comme lui et à leur tour le Temple de Seigneur.


Les hommes, selon la parole de Paul en 1 Corinthiens 3/16 s sont appelés à être le temple du Seigneur. Cette image n’a sans doute pas été inventée par Paul, elle devait avoir cours dans la première église, mais elle était trop provocante pour être retenue par les Evangiles. Pour notre part, nous la retiendrons cependant comme une allégorie possible pour le temple. Dans ce cas, le lecteur en devient le personnage central. De ce fait il me semble évident que l’ânon cesse de jouer un rôle quelconque. En effet, puisque le lecteur lui-même se trouve prendre sa part à l’événement, il en pend la place centrale, son rôle est alors de porter le Christ à la place de l’âne et c’est par son action que Jésus devient vraiment le Messie, le fils de David.

En grimpant vers le faîte de la colline couronnée par le temple, c’est vers nous que vient le Christ puisque c’est nous, maintenant qui sommes destinés à être le Temple. En le purifiant, Jésus s’empare de notre personne à qui il demande d’assumer sa royauté. Il laisse à chaque croyant le soin d’en dessiner les contours car Jésus ne peut régner vraiment que si son règne est révélé par ceux qui le portent.


C’est eux maintenant qui assument le rôle de l’âne. Ce n’est ni une royauté terrestre que Jésus exerce comme serait celle d’un Seigneur de la guerre, ce n’est pas non plus une royauté céleste qui ne concerneraient que les anges. La royauté de Jésus est faite de ce que les croyants manifestent de lui. Il règne sur nous avec le pouvoir que nous lui concédons.


C’est bien là où nous en sommes aujourd’hui. Jésus nous a dit, mais est-ce besoin de le répéter, que son seul pouvoir réside dans l’amour et que sa seule force est dans la justice ? Il préconise le partage de toutes choses et nous invite a faire du mieux-être de nos semblables le centre de nos préoccupations. Chacun de nous s’efforce d’ajuster au mieux son comportement à cette volonté du Seigneur. Cela peut prendre une part insignifiante dans ses actions, cela peut aussi prendre beaucoup de place. C’est nous seuls qui le savons en fonction de l’intérêt que nous portons à Jésus.


Jésus, quant à lui, n’utilisera jamais la force mais la conviction pour nous persuader d’en faire davantage. C’est sur ce point qu’il est nécessaire qu’il nous ouvre les yeux afin que nous discernions quel rôle nous avons à jouer dans la manifestation de sa royauté. C’est pour cela qu’il faut que Jésus chasse de son temple, que nous sommes, toutes les fausses piétés pour laisser la place à la vraie adoration. C’est alors que le saint Esprit permettra à nos yeux d’aveugles de s’ouvrir.


(1) 1 Rois 1/32-2/11

Illustrations: Les Riches heures du Duc de Berry : Limbourg brothers 1416

vendredi 25 mars 2011

Jean 11:1-45 La résurrection de Lazare dimanche 2 avril 2011



Jean 11 :1-45

Résurrection de Lazare


1 Il y avait un malade, Lazare, de Béthanie, village de Marie et de Marthe, sa sœur. 2 Marie était celle qui oignit de parfum le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux, et c'était son frère Lazare qui était malade. 3Les sœurs envoyèrent dire à Jésus : Seigneur, voici, celui que tu aimes est malade. 4 Après avoir entendu cela Jésus dit : Cette maladie n'est pas pour la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle.

5 Or Jésus aimait Marthe et sa sœur et Lazare. 6 Quand il eut appris que celui-ci était malade, il resta encore deux jours à l'endroit où il était ; 7 puis il dit aux disciples : Retournons en Judée. 8 Les disciples lui dirent : Rabbi, les Juifs tout récemment cherchaient à te lapider, et tu y retournes ! 9 Jésus répondit : N'y a-t-il pas douze heures dans le jour ? Si quelqu'un marche pendant le jour, il ne trébuche pas, parce qu'il voit la lumière de ce monde ; 10mais si quelqu'un marche pendant la nuit, il trébuche, parce que la lumière n'est pas en lui. 11 Après ces paroles, il leur dit : Lazare, notre ami, s'est endormi, mais je pars pour le réveiller. 12 Les disciples lui dirent : Seigneur, s'il s'est endormi, il sera sauvé. 13 Jésus avait parlé de sa mort, mais eux pensèrent qu'il parlait de l'assoupissement du sommeil. 14 Alors, Jésus leur dit ouvertement : Lazare est mort. 15 Et, pour vous, je me réjouis de n'avoir pas été là, afin que vous croyiez. Mais allons vers lui. 16 Sur ce, Thomas, appelé Didyme, dit aux autres disciples : Allons, nous aussi, afin de mourir avec lui.

17 A son arrivée, Jésus trouva que Lazare était déjà, depuis quatre jours, dans le tombeau. 18 Or, Béthanie était près de Jérusalem, à quinze stades environ. 19Beaucoup de Juifs étaient venus vers Marthe et Marie pour les consoler au sujet de leur frère.
20 Lorsque Marthe apprit que Jésus arrivait, elle alla à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. 21 Marthe dit à Jésus : Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. 22 Mais maintenant même, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera. 23 Jésus lui dit : Ton frère ressuscitera. 24 Je sais, lui répondit Marthe, qu'il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. 25 Jésus lui dit : Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort ; 26et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? 27 Elle lui dit : Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde.

28  Après avoir dit cela, elle s'en alla. Puis elle appela Marie, sa sœur, et lui dit secrètement : Le Maître est ici, et il t'appelle. 29 Dès que Marie eut entendu, elle se leva promptement et se rendit vers lui ; 30 car Jésus n'était pas encore entré dans le village, mais il était à l'endroit où Marthe l'avait rencontré. 31 Les Juifs qui étaient dans la maison avec Marie et qui la consolaient, la virent se lever promptement et sortir ; ils la suivirent, pensant qu'elle allait au tombeau pour y pleurer.

32  Lorsque Marie fut arrivée là où était Jésus et qu'elle le vit, elle tomba à ses pieds et lui dit : Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. 33 Quand Jésus vit qu'elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, il frémit en son esprit et fut troublé. 34 Il dit : Où l'avez-vous mis ? Seigneur, lui répondirent-ils, viens et vois.
35 Jésus pleura. 36 Les Juifs dirent donc : Voyez comme il l'aimait ! 37 Et quelques-uns d'entre eux dirent : Lui qui a ouvert les yeux de l'aveugle, ne pouvait-il pas faire aussi que cet homme ne meure pas ? 

38 Jésus, frémissant de nouveau en lui-même, se rendit au tombeau. C'était une grotte, et une pierre était placée devant. 39 Jésus dit : Ôtez la pierre. Marthe, la sœur du mort, lui dit : Seigneur, il sent déjà, car c'est le quatrième jour. 40 Jésus lui dit : Ne t'ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? 41 Ils ôtèrent donc la pierre. Jésus leva les yeux en haut et dit : Père, je te rends grâces de ce que tu m'as exaucé. 42Pour moi, je savais que tu m'exauces toujours, mais j'ai parlé à cause de la foule de ceux qui se tiennent ici, afin qu'ils croient que c'est toi qui m'as envoyé. 43 Après avoir dit cela, il cria d'une voix forte : Lazare, sors ! 44 Et le mort sortit, les pieds et les mains liés de bandelettes, et le visage enveloppé d'un linge. Jésus

45  Plusieurs des Juifs venus chez Marie, qui avaient vu ce qu'il avait fait, crurent en lui.


Pourquoi la tristesse et la stupeur pèsent-elles aussi lourdement sur ce passage qui anticipe la résurrection glorieuse de Jésus? Nous aurions pu espérer de la part de l’Évangile un récit qui serait comme une avant première de la résurrection finale telle que Paul nous la décrit avec beaucoup de brio dans la première épître aux Thessaloniciens. Il envisage l’ouverture des tombeaux au son de la trompette de l’archange, et il imagine les vivants, ceux qui ne sont pas encore morts, qui s’élèvent dans les nuées à la rencontre du Seigneur ! L’évocation est sans doute un peu pompeuse, elle donne dans le genre de Cécile B. de Milles. Mais pourquoi tant de tristesse dans le récit de l’Évangile pour parler de ce qui est considéré comme une bonne nouvelle? Pourquoi la résignation de Thomas et pourquoi les larmes de Jésus ?

Nous allons découvrir que ce texte ne nous parle pas tellement de la résurrection des morts, mais de la résurrection des vivants. Il va plus s’agir de la résurrection de Marthe qui est encore vivante que de celle de Lazare qui est déjà mort. Nous allons découvrir que pour Jésus la frontière entre la vie et la mort ne se situe pas là où nous la mettons habituellement.

Il est vrai que Paul et Jésus ne se situent pas sur le même plan et qu’ils ne sont pas dans la même situation. Paul fait un exercice de style et il imagine, compte tenu de sa propre foi ce que sera la résurrection finale. Jésus se trouve confronté avec la mort d’un ami qui lui est cher et dans ce contexte le chagrin et la tristesse ont force de loi. Même Jésus n’échappe pas à l’émotion. Il pleure. Ce qu’il a à dire et ce qu’il va faire n’auront aucune valeur s’il ne partage pas d’abord les émotions de ses amis. Plutôt que de donner des indications sur les merveilles de l’au-delà, Jésus rejoint ses amies dans leur désarroi qu’il partage avec elles.

Pour les secourir Jésus entre en communion avec elles. La présence de Jésus se manifeste d’abord par le partage et l’écoute. Il partage le chagrin de ses amies sans pourtant se laisser dominer par lui. C’est ainsi que Jésus entre dans nos propres vies, et qu’il partage nos soucis. Il souffre de nos souffrances et pleure de notre chagrin pour pouvoir les faire évoluer afin qu’ils prennent une autre dimension. Ici, il va s’agir de faire sortir ses amies du chagrin de la mort pour entrer dans l’éblouissement de la résurrection sans pourtant heurter leurs sensibilités blessées par la rupture qu’a créée cette mort brutale.

Observez avec quelle délicatesse, Jésus entre dans le chagrin de ses amies sans se laisser prendre par la mort. Les deux femmes sont cloîtrées dans leur deuil et dans le respect de leurs traditions. Bien que vivantes encore, elles sont comme enfermées dans leur maison et dans leur douleur comme dans la mort. Les seuls signes qui manifestent qu’elles vivent encore, ce sont les signes du chagrin, mais à ce niveau là, vivent-elles encore? Jésus arrive discrètement, mais il arrive trop tard.

Pourquoi  le consolateur semble-t-il arriver toujours trop tard , ou en tout cas au mauvais moment ? C’est bien souvent ce qui se passe quand nous sommes amenés à participer au deuil d’une famille et que nous essayons de dire une parole de réconfort. Nos paroles semblent vaines, nos propos sur la résurrection  insolites, nos versets bibliques, mal venus. L’espérance que l’on voudrait communiquer prend la saveur du désespoir, nos paroles semblent en porte à faux avec la situation, il aurait fallu les dire plus tôt, mais nous n’en avons pas eu l’occasion.

Jésus sait tout cela, c’est pourquoi il n’entre pas dans ce lieu de mort, il reste à l’extérieur du village, là où peut être il y a encore de la vie et de l’espoir. Il ne parle pas, il attend. Marthe sort de la maison, elle sort de son deuil pour venir à lui, elle se met en mouvement, et déjà elle entre dans un processus de vie. Elle sort du lieu de la mort pour aller vers l’espérance. Elle va vers Jésus et quelque chose se passe.

Il est sans doute impossible de décrire ce qui se passe avec des mots normaux, car ce n’est pas dans les mots que ça se passe. Ils échangent des paroles de convention sur la mort et la résurrection, mais parce que Marthe est sortie de chez elle, parce qu’elle a suivi le mouvement de son désir, les paroles échangées avec Jésus se revêtent d’une force nouvelle. Elle découvre que la résurrection n’est pas pour un futur lointain. La résurrection est là où se situe Jésus. Et parce que Jésus est là, Dieu est présent et elle n’a pas besoin d’autre chose. La puissance de vie qui émane de Jésus l’envahit et la mort physique de son frère ne semble plus avoir d’incidence sur elle. C’est vers sa sœur qu’elle se tourne pour qu’elles partagent ensemble cette nouvelle forme de vie qui dépasse la mort.

C’est une Marthe transformée qui court vers Marie. Elle devient missionnaire de la bonne nouvelle qui est en elle et qu’elle ne sait pas décrire encore. Marie, au seul nom de Jésus sort aussitôt de sa réserve et de son deuil et s’offre à Jésus pour être transformée comme sa sœur. Jésus a fait un magnifique travail auprès des deux femmes. Il est venu vers elles avec la compassion nécessaire et il a attendu que l’élan de leur cœur et l’amour qu’elles ont pour lui éveillent en elles un désir tel qu’elles s’extraient elles-mêmes de la situation de mort où elles sont enfermées. C’est alors qu’avec tendresse, Jésus peut les revêtir de résurrection. Elles changent alors de manière de penser et d’agir, parce que Jésus par sa seule présence a permis que s’accomplisse en elles le vrai miracle de la résurrection.

Ce vrai miracle est celui que Jésus réserve à chacune et à chacun de nous. Il nous apprend que sans doute nous nous croyons vivants mais qu’en fait nous sommes déjà morts. Pour chacune et chacun de ceux qui croient, Jésus se tient avec tendresse dans l’espace de leur vie et pour chacun d’eux il a les mots qui conviennent quand ils se décident à aller vers lui. Y a-t-il en nous ce désir qui nous pousse à aller au delà de nous-mêmes vers celui qui fait vivre ?

Même ceux qui croient ont du mal à penser que la résurrection commence maintenant. Nous avons vu que cette transformation dans la pensée des deux femmes est le résultat d’un lent processus. Patiemment Jésus a attendu que ces deux femmes découvrent dans ses paroles et sa personne une dimension nouvelle de la vie. Il a attendu que surgisse en elles le désir de vivre autrement. Il en est de même pour nous. Nous devons trouver en nous la force de faire les premiers pas pour goûter dès maintenant de la vie nouvelle que Jésus donne. Mais cela ne nous évite pas les moments de chagrin et de deuil. Ils sont même nécessaires pour qu’après le deuil, tous les deuils, le désir de vivre s’empare de nous et la conviction de la résurrection prenne enfin sa place. Jésus sait tout cela et c’est cela qu’il pratique avec ses deux amies.

Mais  le récit ne s’arrête pas là, il va encore plus loin, la bonne nouvelle de la résurrection est aussi pour ceux qui sont morts. Elle est pour ceux qui semblent définitivement murés dans leur tombeau. Jésus ne fait pas de différence entre les morts et les vivants. Il s’occupe de Lazare de la même manière qu’il l’a fait pour Marthe et Marie, comme si la mort n’était pas un obstacle à son action.

Quelque soit le tombeau où nous sommes enfermés, quels que soit la situation de mort qui nous opprime, Jésus est là pour donner à notre vie une dimension nouvelle qui anticipe la résurrection quand elle viendra au dernier jour. Jésus a une bonne nouvelle pour tous ceux qui se sentent enfermés. Il nous donne, à nous les ressuscités une mission : comme Marthe a du courir pour chercher Marie et l’amener à la vie, de même les témoins que Jésus met au bénéfice de la même expérience doivent aider les morts à se libérer. C’est pour signifier cela qu’il demande aux témoins d’aider Lazare, à se défaire des bandelettes qui le retiennent dans la mort. « Déliez-le, dit Jésus et laissez-le aller ».

Qu'est ce à dire ? Si non que les candidats à la résurrection que vous êtes sont invités à délier les liens qui retiennent tous ceux qui sont dans une situation de mort. Jésus fera le reste. Il n’y a pas de frontières pour Jésus entre ce monde-ci et celui de ceux qui ne sont plus, ce n’est qu’une question d’appréciation. Il y a possibilité de résurrection pour tous et nous devons donc être des instruments de libération pour tous. Nous nous souviendrons que le Consolateur est toujours attendu et qu’il ne vient jamais trop tard car il y a toujours de la place pour l’espérance. 


Les  illustrations sont de Gérard de Saint Jean (Geertgen-1465-1495) Primitif Flamand Musée du louvre

mardi 15 mars 2011

Jean 9:1-41 guérison d'un aveugle dimanche 3 avril 2011



1 Jésus vit, en passant, un homme aveugle de naissance. 2 Ses disciples lui demandèrent : Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle ? 3 Jésus répondit : Ce n'est pas que lui ou ses parents aient péché ; mais c'est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. 4 Il nous faut travailler, tant qu'il fait jour, aux œuvres de celui qui m'a envoyé ; la nuit vient où personne ne peut travailler. 5 Pendant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde.

6 Après avoir dit cela, il cracha par terre et fit de la boue avec sa salive. Puis il appliqua cette boue sur les yeux de l'aveugle 7 et lui dit : Va te laver au réservoir de Siloé — ce qui se traduit par Envoyé - . Il y alla, se lava et, quand il revint, il voyait. 8 Ses voisins, et ceux qui auparavant avaient vu qu'il était un mendiant, disaient : N'est-ce pas là celui qui se tenait assis et qui mendiait ? 9 Les uns disaient : C'est lui. D'autres disaient : Non, mais il lui ressemble. Et lui-même disait : C'est bien moi. 10 Ils lui dirent donc : Comment tes yeux ont-ils été ouverts ? 11 Il répondit : L'homme appelé Jésus a fait de la boue, me l'a appliquée sur les yeux et m'a dit : Va te laver à Siloé. J'y suis allé, je me suis lavé et j'ai recouvré la vue. 12 Ils lui dirent : Où est cet homme ? Il répondit : Je ne sais pas.

13 Ils menèrent vers les Pharisiens celui qui avait été aveugle. 14 Or c'était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. 15 A leur tour, les Pharisiens lui demandèrent comment il avait recouvré la vue. Et il leur dit : Il a mis de la boue sur mes yeux, je me suis lavé et je vois. 16 Sur quoi, quelques-uns des Pharisiens disaient : Cet homme ne vient pas de Dieu, car il n'observe pas le sabbat. D'autres disaient : Comment un homme pécheur peut-il faire de tels miracles ? 17 Et il y eut division parmi eux. Ils dirent encore à l'aveugle : Toi, que dis-tu de lui, qu'il t'a ouvert les yeux ? Il répondit : C'est un prophète.

18 Les Juifs ne crurent pas qu'il avait été aveugle et qu'il avait recouvré la vue, avant d'avoir appelé ses parents. 19 Ils leur demandèrent : Est-ce là votre fils, dont vous dites qu'il est né aveugle ? Comment donc voit-il maintenant ? 20 Ses parents répondirent : Nous savons que c'est notre fils et qu'il est né aveugle ; 21 mais comment il voit maintenant, nous ne le savons pas, ou qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez âgé pour parler de ce qui le concerne. 22 Ses parents dirent cela, parce qu'ils craignaient les Juifs, car les Juifs s'étaient mis d'accord : si quelqu'un confessait que Jésus était le Christ, il serait exclu de la synagogue. 23 C'est pourquoi ses parents dirent : Il est assez âgé, interrogez-le.

24 Les Pharisiens appelèrent une seconde fois l'homme qui avait été aveugle et lui dirent : Donne gloire à Dieu ; nous savons nous que cet homme est pécheur. 25 Il répondit : S'il est pécheur, je ne le sais pas ; je sais une chose : j'étais aveugle, maintenant je vois. 26 Ils lui dirent : Que t'a-t-il fait ? Comment t'a-t-il ouvert les yeux ? 27 Il leur répondit : Je vous l'ai déjà dit, et vous n'avez pas écouté ; pourquoi voulez-vous l'entendre encore ? Voulez-vous aussi devenir ses disciples ? 28 Ils l'insultèrent et dirent : C'est toi qui es son disciple ; nous, nous sommes disciples de Moïse. 29 Nous savons que Dieu a parlé à Moïse ; mais celui-ci, nous ne savons d'où il est. 30 Cet homme leur répondit : Voilà ce qui est étonnant, c'est que vous ne sachiez pas d'où il est ; et il m'a ouvert les yeux ! 31 Nous savons que Dieu n'exauce pas les pécheurs ; mais si quelqu'un honore Dieu et fait sa volonté, celui-là il l'exauce. 32 Jamais encore on n'a entendu dire que quelqu'un ait ouvert les yeux d'un aveugle-né. 33 Si cet homme n'était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. 34 Ils lui répondirent : Tu es né tout entier dans le péché, et c'est toi qui nous enseignes ! Et ils le jetèrent dehors. 35Jésus apprit qu'ils l'avaient jeté dehors. Il le trouva et lui dit : Crois-tu au Fils de l'homme ? 36 Il répondit : Qui est-il, Seigneur, afin que je croie en lui ? 37Tu l'as vu, lui dit Jésus, et celui qui te parle, c'est lui. 38 Alors il dit : Je crois, Seigneur. Et il l'adora.

39 Puis Jésus dit : Je suis venu dans ce monde pour un jugement, afin que ceux qui ne voient pas voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles. 40 Quelques Pharisiens qui étaient avec lui, après avoir entendu ces paroles, lui dirent : Nous aussi, sommes-nous aveugles ? 41Jésus leur répondit : Si vous étiez aveugles, vous n'auriez pas de péché. Mais maintenant vous dites : Nous voyons ; aussi votre péché demeure.




La plupart du temps, on aborde les textes de l’Ecriture avec un ton de circonstance qui fait que les sermons que l’on produit à leur sujet, malgré l’intérêt qu’on leur porte et le talent de leur auteur prennent bien souvent un ton doctoral et ennuyeux. Pourtant ils cherchent à nous entretenir de notre relation à Dieu, c’est à dire de ce qu’il y a de fondamental dans notre vie. On se demande pourquoi dès que l’on aborde les questions sur Dieu, les propos gagnent en sérieux et perdent en vivacité. Pourtant, nous savons que Dieu ne manque pas d’humour, et c’est pourquoi, sans vouloir l’offenser le moins du monde, je me permettrai d’aborder ce texte de l’Evangile de Jean comme une intrigue policière.

C’est en effet de cette manière qu’il se présente. Cela ressemble à un polar bien construit où les auteurs prennent un malin plaisir à brouiller les pistes. Il faut rester très attentif si on ne veut pas perdre le fil de l’intrigue et manquer le détail qui risquerait de révéler la clé de l’énigme. A la fin du programme on reste surpris de découvrir que le coupable n’est pas celui vers lequel portaient nos soupçons. Il en va de même dans cette banale histoire d’aveugle guéri le jour du sabbat.

Dans ce récit la tension monte très vite, et les assistants s’interrogent sans le dire sur la légitimité de l’opération. Il y a comme un non-dit qui provoque des soupçons. On s’interroge alors sur le péché, on s’étonne de la guérison, on n’est même pas sûr de bien connaître le miraculé : « ça n’est pas lui , dit-on mais ça lui ressemble ». Quant à l’homme guéri, il ne dit rien, il subi la guérison qu’il n’a même pas demandée et il sera puni parce qu’il a en bénéficié. On l’interroge et finalement on l’accuse d’être totalement englué dans le péché. D’innocent qu’il est, le voila traîné comme un coupable devant les autorités. Finalement il sera jugé et condamné. Il sera exclu de la synagogue. On le traite en coupable parce que quelqu’un lui a fait du bien !

Même si cela nous paraît étrange, cela n’est pas exceptionnel ! On peut le vérifier, chaque jour. Quand quelqu’un est au bénéfice d’un avantage quelconque, les mauvaises langues vont bon train. On se demande d’où peut lui venir une telle faveur et quelles sont les compromis auxquels il s’est livré pour avoir un tel avantage.

On se demande, sans le dire si cet aveugle n’a pas fait un pacte avec les forces du mal pour être guéri. Il était en effet courent de penser que la maladie était la sanction d’une faute commise par soi-même, ou par ses parents voire même par ses ancêtres :« Les parents ont mangé des raisins verts disait-on et les enfants ont eu les dents agacées. » ( Jérémie 31/29) A moins d’un pacte avec le malin le malade ne pouvait être guéri si non par quelqu’un qui aurait parlé en vérité. N’étant pas guéri par quelqu’un du clan des pharisiens qui par définition  aurait appartenu au parti de la vérité, il l’était forcément par quelqu’un d’un autre parti, c'est-à-dire le parti du mensonge. Selon cette logique le guérisseur ne pouvait qu’un menteur, c'est-à-dire un agent du mal. L’accusation était lancée, l’enquête pouvait se faire. L’intrigue en sorcellerie avait commencée

C’est devant les pharisiens que l’on avait trainé l’accusé, ce sont eux qui allaient mener l’enquête. C’était leur rôle d’enquêter. N’étaient-ils pas les garants de la Loi et de la Tradition ? Ce n’est d’ailleurs pas eux qui étaient à l’origine de l’affaire : c’était la rumeur qui accompagne généralement le miracle.

On s’interroge sur le bien fondé de celui-ci. On s’adresse donc aux pharisiens. Mais qui est ce « on » ? si non celui que j’ai appelé la « rumeur », c’est l’opinion publique qui n’accuse pas encore mais qui soupçonne.  C’est la masse des anonymes qui se prépare déjà à crier : « crucifie-le ». Comment cette maladie réputée incurable se pouvait-elle être guérie le jour consacré à Dieu se demandait-on, le jour où on n’était pas autorisé à soigner si non dans l’urgence, Il n’y avait pas urgence. Donc si Dieu ne s’autorise pas à intervenir dans ces conditions, ce ne peut être que le diable. C’est aussi simple et aussi logique que cela.

Seuls les spécialistes sont capables de confirmer cette hypothèse en se justifiant par la Loi. Les spécialistes, ce sont les pharisiens, ils opinent très vite pour le diable. Le malade, accusé de pacte avec le démon devient coupable alors qu’il ne demandait rien et on le condamne à être jeté dehors.

Mais comme il est né aveugle, le soupçon se porte aussi sur ses parents. La peur entre en scène, c’est pourquoi ces derniers refusent de parler. Le moins ils en diront, le mieux ils se porteront. Toute parole, même bien intentionnée peut se retourner contre un accusé. Le silence est préférable à une tentative d’explication. La justice, ainsi abandonnée aux mains des pharisiens devient redoutable. C’est l’inquisition avant la lettre. Quand les pharisiens ont quelqu’un dans le collimateur, ils ne le lâchent pas. Tout manquement avéré à la Loi appelle forcément un coupable. Qui a contrevenu à la Loi ? Si ce n’est pas l’un c’est l’autre. Si le miraculé à seulement subi, si ses parents n’y sont pour rien, c’est celui qui a opéré la guérison qui a pactisé avec le démon. Et en raison de leur logique aveugle et implacable Jésus devient potentiellement coupable et par voie conséquence agent du diable.

Leurs arguments sont-ils cependant aussi solides que cela ? L’opinion des pharisiens a-t-elle valeur de preuve ? Ils savent bien que leur enquête est truquée, que leurs conclusions sont erronées et que leurs arguments sont spécieux. C’est moi, tout à l’heure, qui ai parlé de pacte avec le diable, ce n’est pas eux. Dans leur habileté, ils ont entraîné les témoins à tirer ces conclusions que nous venons de faire. Les pharisiens ne l’ont pas fait. C’est l’opinion publique, la rumeur qui va faire un travail de sape et attaquer la personne de Jésus. Ils s’y sont bien pris en le désignant comme un troublion de banlieue dont la personne n’est pas fréquentable, ils ne l’accusent pas encore et ils ne l’interrogent même pas. Ils ne le condamnent pas encore, mais c’est l’autre, l ’aveugle que l’on condamne. Et c’est sa famille qu’on inquiète. Quant à Jésus on attend, en montant l’opinion contre lui.

Mais qui est coupable ? Qui est derrière cette affaire ? Qui a autorité sur le mal ? On en revient au point de départ ! Reprenons alors l’enquête à notre compte comme le ferait un détective privé commandité par la défense. En fait Jésus est intervenu alors qu’on ne lui demandait rien si non de faire un commentaire sur le mal : « cet homme était-il aveugle à cause de son péché ?» Jésus ne répond pas mais il le guérit. C’est la guérison qui donnera la bonne réponse..

Jésus agit comme Dieu l’a déjà fait. Il mêle sa salive qui symbolise la parole à la terre d’où a été façonné l’homme dans le récit de la création. Jésus a donc agi avec les prérogatives de Dieu pour corriger, dans ce monde ce qui ne va pas. Les témoins n’ont pas encore compris cela, c’est pourquoi ils lui font un procès. Les pharisiens l’ont sans doute compris, mais ça ne correspond pas à leur interprétation de la Loi. En accusant Jésus à cause de leur interprétation personnelle, c’est eux qui deviennent les coupables car ils affirment trouver les signes du diable dans les actions bonnes où Dieu se révèle. Ils ne peuvent pas comprendre que le bien s’oppose au mal et que Dieu se cache dans les gestes qui font vivre. Il cautionne toutes les actions qui améliorent le sort de l’humanité souffrante. Et si l’humanité souffre, ce n’est pas le fait de Dieu, puisque Dieu intervient pour corriger les souffrances.

Ceux qui se sont accaparé de la vérité sur le bien et sur le mal reçoivent une bonne leçon de modestie. La vérité est dans ce qui facilite et améliore la vie des hommes. Heureux alors seront-ils, tous ces rejetés de la planète que Dieu destine à la vie, même s’il y a des obstacles sur leur chemin, même si le mal leur dresse des embûches. Quant au mal et à l’origine de la souffrance, Jésus ne nous en dira pas plus. Le mal reste le premier accusé de ce procès qui n’est pas terminé et où les accusateurs pourraient bien finir en coupables.

mardi 8 mars 2011

Jean 4: 5-42 la Samaritaine - dimanche 27 mars




La Samaritaine

Jean 4:5-42
1 Le Seigneur sut que les Pharisiens avaient appris qu'il faisait et baptisait plus de disciples que Jean. 2 Toutefois, Jésus ne baptisait pas lui-même, mais c'étaient ses disciples. 3 Alors il quitta la Judée et repartit pour la Galilée. 4 Or il fallait qu'il traverse la Samarie. 5 Il arriva donc dans une ville de Samarie nommée Sychar, près du champ que Jacob avait donné à Joseph, son fils. 6 Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus fatigué du voyage, était assis au bord du puits. C'était environ la sixième heure.7 Une femme de Samarie vint puiser de l'eau. Jésus lui dit : Donne-moi à boire. 8 Car ses disciples étaient allés à la ville pour acheter des vivres. 9 La femme samaritaine lui dit : Comment toi qui es Juif, me demandes-tu à boire, à moi qui suis une Samaritaine ? — Les Juifs, en effet, n'ont pas de relations avec les Samaritains. — 10 Jésus lui répondit : Si tu connaissais le don de Dieu, et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire ! c'est toi qui lui aurais demandé (à boire), et il t'aurait donné de l'eau vive. 11 Seigneur, lui dit-elle, tu n'as rien pour puiser, et le puits est profond ; d'où aurais-tu donc cette eau vive ? 12 Es-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits et qui en a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses troupeaux ? 13 Jésus lui répondit : Quiconque boit de cette eau aura encore soif ; 14 mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai, n'aura jamais soif, et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle.

15
La femme lui dit : Seigneur, donne-moi cette eau, afin que je n'aie plus soif et que je ne vienne plus puiser ici.
16 Va, lui dit-il, appelle ton mari et reviens ici. 17 La femme répondit : Je n'ai pas de mari. Jésus lui dit : Tu as bien fait de dire : Je n'ai pas de mari. 18 Car tu as eu cinq maris, et celui que tu as maintenant n'est pas ton mari. En cela tu as dit vrai. 19 Seigneur, lui dit la femme, je vois que tu es prophète. 20 Nos pères ont adoré sur cette montagne ; et vous dites, vous, que l'endroit où il faut adorer est à Jérusalem. 21 Femme, lui dit Jésus, crois-moi, l'heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne, ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. 22 Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. 23 Mais l'heure vient — et c'est maintenant — où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car ce sont de tels adorateurs que le Père recherche. 24 Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l'adorent, l'adorent en esprit et en vérité. 25 La femme lui dit : Je sais que le Messie vient — celui qu'on appelle Christ. Quand il sera venu, il nous annoncera tout. 26 Jésus lui dit : Je le suis, moi qui te parle.27 Alors arrivèrent ses disciples, qui furent étonnés de ce qu'il parlait avec une femme. Toutefois, aucun ne dit : Que demandes-tu ? ou : De quoi parles-tu avec elle ? 28 La femme laissa donc sa cruche, s'en alla dans la ville et dit aux gens : 29 Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait ; ne serait-ce pas le Christ ? 30 Ils sortirent de la ville et vinrent vers lui. 31 Pendant ce temps, les disciples le priaient en disant : Rabbi, mange. 32 Mais il leur dit : J'ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas. 33 Les disciples se disaient donc les uns aux autres : Quelqu'un lui aurait-il apporté à manger ? 34 Jésus leur dit : Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son œuvre. 35 Ne dites-vous pas qu'il y a encore quatre mois jusqu'à la moisson ? Eh bien ! je vous le dis, levez les yeux et regardez les champs qui sont blancs pour la moisson. 36 Déjà le moissonneur reçoit un salaire et amasse du fruit pour la vie éternelle, afin que le semeur et le moissonneur se réjouissent ensemble. 37 Car en ceci, ce qu'on dit est vrai : L'un sème, l'autre moissonne. 38 Je vous ai envoyés moissonner ce qui ne vous a coûté aucun travail ; d'autres ont travaillé, et c'est dans leur travail que vous êtes entrés.39 Plusieurs Samaritains de cette ville crurent en Jésus à cause de la parole de la femme qui rendait ce témoignage : Il m'a dit tout ce que j'ai fait. 40 Aussi, quand les Samaritains vinrent à lui, ils le prièrent de rester auprès d'eux ; et il resta là deux jours. 41 Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole, 42 et ils disaient à la femme : Ce n'est plus à cause de tes dires que nous croyons ; car nous l'avons entendu nous-mêmes, et nous savons que c'est vraiment lui le Sauveur du monde.





Comme dans tous les pays qui puisent leurs traditions dans le nomadisme, les puits ont toujours eu une grande importance sur la terre des descendants de Jacob. Le puits était le lieu où se rassemblaient les troupeaux, c’était aussi le lieu où s’arrêtaient les caravanes. La Bible y a fixé l’histoire sentimentale des patriarches. C’est auprès d’un puits que Moïse tomba amoureux de Séphora, c’est également auprès d’un puits qu’Eliezer rencontra la belle Rébecca qui devint la femme d’Isaac et la mère de Jacob, le fondateur du puits dont il est question ici

Les puits dans la Bible sont donc des lieux de rencontres amoureuses et tout laisse à penser que ce puits pourrait bien devenir le lieu d’une idylle entre Jésus et cette femme de Samarie. Ce puits fut aussi témoin de la triste histoire de Dina dont les frères, les fils de Jacob tuèrent l’amant malgré sa vive passion pour elle et son désir de l’épouser, faisant de ce site un lieu de discorde entre juifs et occupants locaux. ( voir genèse 34)

Dans le récit qui nous occupe la femme possède ce que Jésus n’a pas. Elle a une cruche, dont il aurait bien besoin pour puiser de l’eau et se désaltérer mais l’animosité qui oppose leurs deux peuples fait qu’elle ne peut lui prêter sa cruche et que Jésus restera sans boire jusqu’à la fin de l’histoire.

En fait, le discours de Jésus sera chargé de symbole. Quand il parlera de boire de l’eau, il parlera en fait d’autre chose. La femme qui n’est pas sotte comprend vite qu’il parle par énigme, mais peut être se méprend-elle sur le sens de l’énigme, ce qui ajoute un quiproquo savoureux à l’histoire. Jésus en parlant mystérieusement allume en elle un désir qui évidemment demeurera sans suite.

C’est alors que nous est relaté le pitoyable récit de son existence. C’est le type même du récit de la vie lamentable que mènent les femmes dans ces civilisations quand elles n’ont pas de chance. Ce fut sans doute l’histoire de Dina dont nous avons évoqué le nom et la triste histoire. Elle fut déshonorée bien des siècles plus tôt dans ces mêmes lieux. Son prétendant a été assassiné, mais elle qu’est-elle devenue ? Elle a été oubliée par l’histoire, comme l’aurait été cette Samaritaine si elle n’avait pas croisé les pas de Jésus.

Il n’est pourtant pas difficile de reconstituer son histoire. Elle a été entraînée très jeune dans un mariage qui a mal tourné. Pourquoi ? Mari trop vieux ? Mari violent ? Mari mort trop tôt ? Elle fut peut –être veuve sans enfant ? Nul ne le sait ! Après cela, plus personne n’a voulu d’elle. Elle en est à sa quatrième tentative sans trop d’espoir. En effet, une femme ne peut exister sans mari. Une femme veuve, délaissée ou abandonnée ne peut que dépendre de sa famille d'origine, et si elle n'en a plus elle ne peut trouver son salut que dans la mendicité ou la prostitution. Si elle cherche à forcer le destin, elle sera considérée comme une femme de mauvaise vie, proie facile pour la lubricité des hommes.

On a dit que Jésus n’avait rien changé aux problèmes sociaux qui frappaient la société de son temps. Ici, s’il ne résout pas le problème, il le pointe du doigt car il accepte de braver l’interdit, comme il le fera d’autres fois. Il ose adresser la parole à une femme qu’il ne connaît pas et qui plus est, est samaritaine. Les conventions sociales font qu’il ne peut y avoir aucun contact entre eux. Il lui adresse cependant la parole; mieux, il excite sa curiosité et lui donne à espérer. En effet, comme nous venons de le dire, cette femme n’a plus grand chose à espérer de la vie. Rejetée par un peuple qui est lui-même rejeté, que peut-elle attendre ? L’espoir est un sentiment qui est porteur de vie, même si cet espoir ne mène à rien, il provoque en elle un sursaut d’énergie qui est porteur de désir de vie.

Qu’est ce que Jésus peut lui donner à désirer ? Elle ne le sait pas elle-même. Va-t-elle se risquer à espérer que ce juif s’offre à elle comme un 7 eme mari potentiel ? Il serait le bon cette fois, il donnerait de la dignité à sa vie gâchée ? Rien ne le dit, mais la manière dont le texte est construit suggère cependant que cette pensée a du l’effleurer. L’étonnement des disciples est bien là pour confirmer que cette hypothèse fait partie des non-dits du texte. Mais elle n’est pas retenue par Jésus, on s’en doute. Il entraîne la femme sur une autre piste. La vie n’est pas seulement faite de réussites sentimentales ou matérielles. Il y a d’autres choses qui sont capables de contribuer à épanouir notre existence. Il lui parle d’une eau de vie qui ne se puise pas avec une cruche. C’est une vie renouvelée par Dieu qui donne de la valeur à notre personne.


Piètre consolation dira-t-on que de se dire que notre vie intérieure peut prendre du relief quand toute notre vie matérielle à échouée. Seules des êtres d’exception tels François d’Assise ou sœur Emmanuelle pourraient le dire, et ils ne l’ont pas dit. Mais Jésus n’est pas cruel, il ne lui conseille pas de se réfugier en Dieu puisque les hommes l’ont rejetée, il ne lui dit pas qu’elle peut vivre d’une eau spirituelle et de pain céleste à défaut de boisson désaltérante et de nourriture solide. Il ne lui dit pas non plus que faute d’un vrai mari sur terre elle peut fantasmer et s’imaginer en trouver un au ciel.

Par le seul fait d’avoir suscité un bref espoir Jésus a ranimé en elle sa capacité à exprimer des désirs. Le désir s’appuie sur une possibilité de dépassement et cela aide à exister. Il lui montre qu’il y a réellement d’autres valeurs que celles qu’elle a cherchées à atteindre jusqu’à maintenant. Il ne lui conseille pas d’accepter de vivre son sort avec résignation en lui parlant d’un bonheur futur au paradis, mais il l’encourage à vivre maintenant et à se dépasser maintenant. C’est d’ailleurs ce qu’elle fait puisqu’elle plante là sa cruche et qu’elle va ameuter la ville en plein midi.

Jésus est entré en relation avec elle sans établir de distance entre elle et lui. Il n’a fait état ni de sa supériorité masculine à lui, ni de sa déchéance féminine à elle. Même s’il lui a bien montré qu’il connaît tout de son passé peu glorieux, cela n’a établi aucune distance entre eux. Cette simple attitude suffit à éveiller en elle de l’espoir parce qu’il l’a considérée comme une femme normale. Elle se met alors à rassembler du monde, hors de la ville et hors de la sieste pour leur dire que la seule valeur qui compte dans la vie c’est celle que l’on reçoit de Dieu.

La vie spirituelle que propose Dieu n’est pas forcément liée à l’austérité religieuse dans laquelle, rites et prières prendraient force d’habitude en dominant les frustrations. La vie spirituelle consiste à introduire Dieu dans le quotidien de la vie, à lui offrir nos espoirs et nos peines, à lui faire partager nos frustrations pour qu’il nous aide à les dépasser, car Dieu ne se rencontre que dans le dépassement de soi.

Si la femme a oublié sa cruche c’est qu’elle a déjà dépassé l’intérêt pour la vie matérielle où elle était, si elle va chercher les villageois c’est qu’elle a dépassé les conventions sociales qui l’ont enfermée dans sa situation. Elle est désormais prête à se battre pour la vie.

« Venez-voir l’homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ! » Mais qu’a-t-elle fait la pauvrette ? Elle n’a rien fait. Elle a bien essayé de faire, mais à chaque tentative elle n’a rencontré que des échecs. Elle a compris qu’elle ne pouvait pas rester enfermée dans ses échecs. Alors que rien n’avait encore changée dans sa vie, elle a compris que tout désormais pouvait changer, et elle le fait partager aux autres, car elle se met à considérer les choses autrement. Dieu s’est révélé à elle comme le Dieu de l’ouverture et non de l’enfermement. Qu’est-ce qui a alors changé en elle ? rien et pourtant tout a changé. N’est-ce pas cela l’action du Christ en nous ? N’est-ce pas déjà cela le Royaume ?