mercredi 18 mai 2011

Jean 3:16 Dieu a tant aimé le monde - dimanche 19 juin 2011





Jean 3/16 « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais qu’il ait la vie éternelle…. »


Jadis, sur un disque célèbre que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître Jacques Brel chantait : « quand on n’a que l’amour… » et il concluait en disant : «on a le monde entier ». Il disait à sa manière l’Evangile d’aujourd’hui. L’amour en dépit de tout ce que l’on peut dire ou penser est le moteur du monde. Nous sommes tous pris dans ce tourbillon exaltant de l’amour, nous restons encore émus à l’évocation de ce roi qui perdit son trône par amour pour celle qui ne pouvait devenir sa reine, et nous savons que dans les kiosques de gare, ce sont les romans roses qui l’emportent sur les thrillers.

Par amour des hommes et des femmes se sont surpassés et le monde en a parfois été ébranlé sur ses bases. C’est par amour pour ce qu’ils croient être Dieu que les grands mystiques ou les grands spirituels ont renoncé à toute autre forme de plaisir que l’extase et la contemplation. La Bible nous dit qu’il est un feu dévorant et qu’il peut conduire chacune et chacun jusqu’au bord de l’impossible. Ce sentiment est profondément lié à l’instinct de vie. Jean Ferra parle même d’aimer à en perdre la raison, c’est dire l’emprise que l’amour peut prendre sur nous.

On le trouve même chez les animaux qui ne peuvent se passer l’un de l’autre.
La nature entière nous raconte comment ce désir de l’autre, habite tous les êtres et motive leur instinct de vie, c’est une banalité de le dire. Mais si cela est vrai, comment se fait-il que l’opinion contraire soit aussi abondamment répandue ? On considère à l’opposé de sa capacité à aimer que l’homme est profondément égoïste, qu’il est rempli de pensées de domination.

On le considère même comme mauvais depuis l’origine, et incapable par lui-même d’aucun bien. On nous a habitués à lire la Bible avec cet à priori selon lequel l’homme est originellement mauvais, profondément pervers. On s’appuie bien sûr, sur le récit de la chute pour le dire et on prétend que cette simple désobéissance aurait perverti la race humaine jusqu’au plus profond d’elle-même. Elle aurait alors, brusquement changé de nature et a l’instar de Darck Vador serait passé du côté obscure de la force !

Rousseau nous le savons, s’est opposé à cette opinion largement défendu et a proposé l’hypothèse contraire : « et si l’homme était bon ? » se demandait-il. Ce n’était pas une affirmation utopique qui aurait permis de regarder le monde d’une manière irréaliste et candide, mais c’était une affirmation qui permettait d’espérer des améliorations de l’être humain et de rendre possibles des retournements radicaux.

Il me semble, pour ma part, que l’on ne peut s’empêcher de lire des Ecritures en oubliant qu’elles affirment, à la première page de la Bible, que Dieu, au soir de la création de l’homme a déclaré que tout cela était très bon. En raison de ce simple fait, aucun péché ne devrait pouvoir lui enlever cette empreinte de bonté. Si l’homme est capable d’amour, qui est la forme la plus élaborée de l’altruisme, comment peut-on imaginer qu’il soit totalement démuni d’un peu de bonté ?

Aujourd’hui, ce qui me fait du bien et que j’aimerais vous transmettre c’est de savoir que Dieu est amour, et comme nous sommes faits à son image, il est à parier qu’il a mis en nous assez d’amour pour qu’il puisse établir une relation en vérité avec nous. C’est au nom de ce sentiment que toute forme de péché, qu’il soit originel ou pas doit disparaître.

« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils Jésus Christ… »

Cette phrase raisonne pour nous comme une vérité incontournable. L’amour de Dieu émanerait de lui comme une force qui vient vers les hommes. Et qui se manifeste en eux comme une puissance de vie irrésistible. C’est cette puissance de vie qui s’est emparé de Jésus quand agonisant sur la croix, la mort devient incapable de l’anéantir. On peut donc considérer que l’amour dont Dieu témoigne pour nous se confond avec la puissance de vie qu’il met en nous. Cette puissance nous la recevons dans le pardon qu’il nous donne sans condition. C’est là le signe le plus fort de l’amour que Dieu puisse donner, car le pardon supprime la séparation entre les êtres et permet à la vie de s’épanouir. Il fait du pardon le premier acte concret d’amour que nous puissions faire. Il devient alors un signe de vie plus fort que la mort..

Malgré toute la puissance de l’amour, on ne peut empêcher le mal de continuer à exercer une influence perverse sur le monde. Il frappe aveuglément. Ceux qui en sont victimes arrivent à perdre confiance et à douter de la réalité de Dieu. Tous ceux qui se sentent victimes ou laissés pour compte s’interrogent pour savoir si Dieu ne commet pas une injustice terrible en laissant entendre qu’il aime tellement le monde qu’il aime aussi, par la force des choses, les importuns, les égoïstes, les violents. Pourquoi Dieu aime-t-il tous ces aventuriers du monde qui rendent la vie impossible aux autres ?

La réponse est simple, c’est que tous sans exception sont en quête de la même chose : la vie ! Ceux qui dominent et écrasent les autres sont également demandeurs de vie. Ils en ont tellement besoin, qu’ils accaparent la vie des autres au point qu’ils cherchent à la leur enlever. Ils croient alors qu’ils amélioreront leur propre vie ou qu’ils auront des suppléments de vie en se concentrant sur leurs privilèges. Ils croient que tels le pouvoir, l’argent, le savoir, la science, qu’ils s’attribuent sont porteurs d’avenir au regard du monde,. Au regard de Dieu tout ce qui permet de dominer les autres, est porteur de mort.

C’est à cause de ce repli sur soi qui est la racine de l’égoïsme que les hommes ne sont pas capables d’aimer vraiment quelqu’un d’autres qu’eux-mêmes. La seule chose qui peut les transformer c’est de découvrir qu’ils sont aimés eux aussi gratuitement par Dieu sans tenir compte de leurs situations privilégiées. Dieu nous confie la mission de le leur faire connaître. Il faut que ceux dont le comportement est le plus éloigné de ce que Dieu souhaite arrivent à prendre conscience du fait que malgré tout Dieu les aime.

Même si leur comportement est odieux, ils sont quand même aimés de Dieu. C’est en découvrant cela qu’ils pourront changer. Si alors ils s’aventurent à aimer, c’est à dire avoir une relation autre que celle qui serait guidée par l’égoïsme, s’ils osent en sortant d’eux-mêmes, s’intéresser à quelqu’un d’autre, au point de renoncer à l’un ou l’autre de leurs privilèges, alors ils risquent de tomber dans l’engrenage de l’amour. Cet engrenage les transformera certainement et ils tomberont tout vivants dans les mains de Dieu. Ils seront alors en passe de se sentir pardonnés, d’être réellement sauvés et de vivre éternellement.

Sur les chemins de l’amour, il y a de la place pour tous, car ce sont les chemins de Dieu. Le monde est appelé à changer car il est aimé par Dieu, mais c’est à nous, qui avons le privilège de le savoir de le lui dire car comment le monde le saurait-il? Et s’il ne le sait pas, comment changera-il ?

lundi 16 mai 2011

Actes 2 :1-13 Pentecôte dimanche - 11 juin 2011





PENTECOTE Actes 2/1-13 La venue de l'Esprit saint
1  Lorsque arriva le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble en un même lieu. 2 Tout à coup, il vint du ciel un bruit comme celui d'un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils étaient assis. 3 Des langues leur apparurent, qui semblaient de feu et qui se séparaient les unes des autres ; il s'en posa sur chacun d'eux. 4 Ils furent tous remplis d'Esprit saint et se mirent à parler en d'autres langues, selon ce que l'Esprit leur donnait d'énoncer.5 Or des Juifs pieux de toutes les nations qui sont sous le ciel habitaient Jérusalem. 6 Au bruit qui se produisit, la multitude accourut et fut bouleversée, parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue. 7 Etonnés, stupéfaits, ils disaient : Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? 8 Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ? 9 Parthes, Mèdes, Elamites, habitants de Mésopotamie, de Judée, de Cappadoce, du Pont, d'Asie, 10 de Phrygie, de Pamphylie, d'Egypte, de Libye cyrénaïque, citoyens romains, 11 Juifs et prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons dire dans notre langue les œuvres grandioses de Dieu ! 12 Tous étaient stupéfaits et perplexes ; ils se disaient les uns aux autres : Qu'est-ce que cela veut dire ? 13 Mais d'autres se moquaient en disant : Ils sont pleins de vin doux !




Au premier temps de l’Eglise, la grande menace qui planait sur les chrétiens était d’être pris pour des fantaisistes provocants, à l’image de ce que furent les hippies dans les années soixante dix qui préconisaient la paix universelle et l’abolition des règles contraignantes de la société. Ils réclamaient aussi l’amour libre et le non respect des règles religieuses.

La suite va justifier cette menace. Une seule phrase a suffi pour les caractériser : « ils sont pleins de vin doux » Cette phrase a été utilisée dans le Livre des Actes, vous venez de l’entendre, pour exprimer l’ impression que la première communauté chrétienne a laissée auprès des témoins de sa naissance. Elle fut perçue comme un mouvement contestataire de la société, de la morale, de la politique et de la religion qui a vite inquiété les autorités de cette époque. Sans doute ce récit résume-t-il l’impression de stupeur qui a accompagné ce mouvement.

Cette impression générale dépasse certainement le cadre simplificateur de la fête de Pentecôte dans lequel Luc a rapporté l’événement. Comme toujours le récit est réducteur, mais il donne une juste impression des conditions dans lesquelles la naissance de cette nouvelle religion a été accueillie.

Pentecôte, était une fête de pèlerinage traditionnel dans le judaïsme du 1 er siècle. Elle se déroulait, comme son nom l’indique 50 jours après Pâques. Elle drainait à Jérusalem des populations nombreuses. C’est au cours de cette fête populaire et religieuse, savamment organisée qu’est décrite la naissance de l’Eglise. Le christianisme devrait donc avoir la fête pour caractéristique, puisque c’est au cours d’une fête qu’on a pris acte de sa réalité. Si ça ne se remarque plus aujourd’hui, c’est que les choses sont à reprendre, car, le christianisme est bien décrit comme un mouvement qui jaillit au cours d’une fête populaire, j’y insiste.

Toute la symbolique de cette religion va se faire à partir des deux célébrations des fêtes juives de Pâques et de Pentecôte. Si vous vous en souvenez, Pâques est la fête de la Liberté, on y commémorait la libération de l’esclavage en Egypte. Pour les Chrétiens cette libération est devenue la libération de la mort. Elle commémore la sortie de la tombe de Jésus. Malgré la promesse que portait en elle la résurrection, les Chrétiens apeurés étaient restés cloîtrés chez eux dans la crainte de représailles à la suite de la condamnation à mort de leur maître. Ils savaient, bien sûr, que Jésus était vivant, mais ils ne savaient toujours pas ce que sa résurrection signifiait concrètement pour eux. Il leur faudra un long temps de maturation pour le comprendre et pour changer de position, et ce sera dans le cadre de la fête suivante, Pentecôte, que cela sera raconté, 50 jours plus tard.

Luc utilise tous les symboles de cette fête de Pentecôte pour dire ce qui se passe. Ce n’est pas forcément un récit purement historique, c’est plutôt un récit pédagogique. Le bruit, la fête, le feu, la glossolalie, la foule la joie, tout est rassemblé là pour dire l’indicible. Et pourtant la conclusion est stupéfiante : les premiers chrétiens sont perçus comme des excités enivrés.

Il a fallu une longue maturation dans le cœur des fidèles de Jésus pour que le Saint esprit fasse son travail. Pourtant, tout d’un coup comme un fruit qui se décroche de l’arbre à maturité, comme un feu tombant sur eux sans brûler personne, comme un coup de tonnerre dans un ciel d’azur, la vérité s’impose à eux. Quelle que soit la manière dont cela se manifeste en eux, quelle que soit la langue qu’ils utilisent pour le dire, la même vérité s’impose à eux. Mais de quelle vérité s’agit-il ? On nous en parle comme faisant partie des merveilles de Dieu propres à ravir les foules, mais de quelles merveilles s’agit-il ?

Ces merveilles, elles sont depuis cinquante jours à portée de leur intelligence, et ils ne comprennent toujours pas ce qui a changé ou ce qui doit changer. Il faut que le saint Esprit y mette vraiment du sien pour les amener à comprendre. Rassurez-vous donc si cela prend aussi du temps pour que vous aussi, vous y compreniez quelque chose, vous ne serez donc pas les seuls.

Pour en savoir plus, regardons d’un peu plus près ce texte. Le récit de l’événement ne couvre que 3 versets. C’est un peu bref si l’on songe à la portée qu’il va prendre par la suite ou si on imagine le nombre de volumes que l’on écrira à ce sujet. Luc consacrera encore 8 versets à décrire les foules concernées par le message. Il mentionne 14 peuples. A priori cette énumération des différentes nations ne nous apprend rien. Cette mention lui sert seulement a amplifier la portée de l’événement et à insister sur l’aspect merveilleux qu’il veut donner au récit. Le nombre de nations mentionnées correspond à celui des langues dans lesquelles l’esprit leur donnait de s’exprimer; et le lecteur de s’extasier, tant il est vrai qu’en matière biblique, on cherche toujours l’explication de l’événement rapporté, dans le miracle qui le concerne. Ce qui est la bonne méthode pour passer à côté la vérité du texte, car la vrai explication est ailleurs que dans le miracle.

Réflexion faite, on constatera que la plupart de ces peuples parlaient grec si bien que je ne pense pas que le prodige figure dans les langues. On a aussi cherché les symboles dans les chiffres exprimant leur nombre, 14 nations, cela faisait 2 fois 7, mais ça ne nous avance pas beaucoup. Il paraît plus vraisemblable qu’il s’agisse plutôt de l ‘énumération des peuples qui constituaient le monde civilisé de l’époque (à remarquer que les Gaulois, dont beaucoup parmi vous sont les descendants, n’y figuraient pas, la modestie nous oblige à constater que nous sommes des pièces rapportées venues de loin !)

Par contre, il nous est dit par 3 fois que ces foules entendent. Et qui dit entendre, dit aussi comprendre. Ils comprennent les merveilles de Dieu, car tel est le destin de l’Église naissante : parler des merveilles de Dieu aux nations. Et ça, ils ne l’avaient pas encore compris, tous maintenant, ont droit à connaître les merveilles de Dieu qui pour le moment sont perçues comme des délires d’ivrognes. Mais Jésus lui-même ne fut -il pas accusé d'ivrognerie? (Luc 7/34)

Quand il était parmi eux, Jésus s’était appliqué à dire qu’il fallait que tous se convertissent à la « bonne nouvelle » qu’il était venu apporter. Il expliquait que cela signifiait qu’ils devaient voir les choses autrement. C’est à Pâques qu’ils furent sensés avoir compris que la mort n’était pas la fin de toute chose, ils auraient du découvrir que Dieu bousculait les limites de la vie et que chacun devenait compagnon de Dieu jusqu’à la fin des temps sans autre condition que celle de croire. C’était ça la merveille qu’il fallait comprendre. Il n’y avait désormais plus aucune barrière humaine pour limiter l’espace réservé à Dieu, il n’y avait plus de convention sociale pour codifier nos relations avec lui. Il fallait désormais le vivre et le dire

Quand le pouvoir civil comprendra que ces propos sur Dieu bousculaient l’équilibre de la société et que la pax romana était compromise, il déclenchera des persécutions pour tenter d’éradiquer le ver qui était dans le fruit et qui désormais, y restera.

Ce ver, coïncide avec ce qu’on appelle « merveille de Dieu ». Cette merveille nous enseigne que Dieu n’est pas ce que les hommes disent de lui. Il ne se cache pas derrière des lois, fussent-elles celles de Moïse, mais il permet aux hommes de vivre en pleine liberté avec lui. Une nouvelle relation d’amour avec lui, dont aucune règle n’a été écrite à l’avance est possible. Dieu parle désormais au cœur des hommes et se fait entendre par eux. C’est cette découverte qui fait tant de bruit à Pentecôte dans le silence du cœur de chacun et qui les brûle du sentiment étrange que produit l’amour en plénitude.

Mais si chaque homme a la liberté d’écouter Dieu, il ne prend pas forcément le temps de l’entendre, car le Dieu qui s’offre aux hommes en toute liberté ne peut être reconnu par les hommes, que s’ils acceptent de l’entendre, et ça prend du temps.

Ce qu’il faut entendre, ou comprendre, c’est qu’il y a un code qui permet d’être en liberté avec Dieu. Le code de la liberté a pour clé le mot amour et le mot vie. Cela implique que l’amour sera toujours premier dans nos relations avec les autres. C’est alors que rien désormais ne s’opposera à ce que chacun ait une relation directe et personnelle avec Dieu. Même la mort n’y pourra plus rien.

Sont-ce là des propos d’ivrognes ou est-ce là l’expression ultime de la sagesse divine ?

Illustrations Sacramentaire Drogon Metz 845 voir http:www.artbible.net

mardi 3 mai 2011

Jean 14: 15-26 Le Consolateur - dimanche 15 mai 2016


Promesse du Saint-Esprit

 15 Si vous m'aimez, vous garderez mes commandements, 16 et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Consolateur qui soit éternellement avec vous, 17 l'Esprit de vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu'il ne le voit pas et ne le connaît pas ; mais vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure près de vous et qu'il sera en vous. 18 Je ne vous laisserai pas orphelins, je viens vers vous. 19 Encore un peu de temps, et le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez parce que moi je vis, et que, vous aussi, vous vivrez. 20 En ce jour-là, vous connaîtrez que moi, je suis en mon Père, vous en moi, et moi en vous. 21 Celui qui a mes commandements et qui les garde, c'est celui qui m'aime. Celui qui m'aime sera aimé de mon Père, moi aussi je l'aimerai et je me manifesterai à lui.22 Jude, non pas l'Iscariot, lui dit : Seigneur, comment se fait-il que tu doives te manifester à nous et non au monde ? 23 Jésus lui répondit : Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera ; nous viendrons vers lui et nous ferons notre demeure chez lui. 24 Celui qui ne m'aime pas, ne garde pas mes paroles. Et la parole que vous entendez n'est pas de moi, mais du Père qui m'a envoyé. 25 Je vous ai parlé de cela pendant que je demeure auprès de vous. 26 Mais le Consolateur, le Saint-Esprit que le Père enverra en mon nom, c'est lui qui vous enseignera toutes choses et vous rappellera tout ce que moi je vous ai dit.



Il n’y a pas de honte à avoir des états d’âme, il n’y a pas de honte non plus à éprouver le besoin de sentir une présence à ses côtés, il n’y a pas de honte à sentir un cœur d’enfant battre dans nos poitrines d’adultes. Il n’y a pas de honte non plus à savoir que nous sommes des hommes et des femmes faits de chairs et de sentiments. Les épreuves du temps nous ont appris à nous blinder et à nous protéger d’un masque que nous sauvegardons au mieux pour ne pas laisser transparaître la réalité secrète de notre personnalité. Derrière les murs de l’apparence, nous cultivons des jardins secrets où parfois nous nous sentons bien seuls.

Dieu se propose de nous visiter dans les jardins secrets de notre histoire personnelle. Il se propose par cette visite de produire en nous un effet bénéfique, de provoquer une sérénité nouvelle dont les effets sont inhabituels. «Je me tiens à ta porte et je frappe » dit le Seigneur et pour qu’il entre chez nous il a besoin qu’on lui ouvre la porte. C’est à cette démarche que, sur l’injonction de Jésus je vous propose ce matin. La porte ouverte, Dieu s’approche et nous offre les services de Consolation dont nous avons besoin.

Il n’est sans doute pas difficile d’ouvrir une porte dont on détient la clé, et pourtant à force de rester dans le secret, les mécanismes ont fini par se rouiller et la serrure s’est complètement bloquée tant il est difficile de s’ouvrir, même à Dieu, et surtout à Dieu dirai-je, tant nous redoutons son regard sévère et son jugement. Cinq siècles de Réforme ne nous ont toujours pas libérés de cet aspect redoutable dont les siècles antérieurs ont revêtu Dieu. Sa proximité fait encore peser sur nos consciences un sentiment de culpabilité dont nous avons du mal à nous sentir libérés.

Pour rétablir des chances de dialogue avec lui, Dieu se propose de faire une démarche nouvelle en notre faveur, il irradie vers nous un supplément de sa puissance divine qui nous est présentée ici comme le « Consolateur ». En lui, nous reconnaissons l’action du Saint Esprit que le texte de l’Évangile de Jean appelle le « Paraclet »

Nous avons déjà, bien entendu, repéré l’œuvre du Saint Esprit. C’est par son action, selon les Ecritures que Dieu est intervenu, à l’origine des temps pour créer le monde. Il est présenté comme la puissance créatrice de Dieu et il est sensé présider à la destinée du monde. Il a exploré l’immensité du cahot avant de l’organiser. Il a permis à Abraham de parler cœur à cœur avec Dieu. Il a parlé par les prophètes, il est descendu sur Marie et s’est posé sur la poitrine du Messie. Il est enfin venu sur les apôtres le jour de la Pentecôte. Il continue son action en provoquant le dynamisme de l’Église, il la rend active et missionnaire et la conforte dans sa fidélité. Nous le voyons ainsi à l’œuvre et bien souvent ça nous suffit. Mais pour Jésus, ça ne suffit pas, c’est pourquoi il attire ici notre attention. Il nous demande de considérer que le rôle du Saint Esprit ne s’arrête pas là. Il a pour mission d’établir un lien particulier entre Dieu et nous. Dans ce rôle là Jésus lui donne le titre de Consolateur, de « Paraclet ».

Le Paraclet, ou le Consolateur, c’est donc ce supplément d’Esprit que Dieu nous envoie pour nous convaincre de l’efficacité de I' œuvre de Jésus Christ en nous. C’est grâce à lui que nous croyons que Jésus Christ nous a réconciliés avec Dieu. Il nous a révélé l’immense amour de son Père pour chacun de nous et pour le monde aussi. Nous savons que par sa mort il a vaincu notre mort. Mais ces arguments intellectuels, s’ils sont nécessaires à notre compréhension des choses ne remplacent pas notre conviction intérieure. C’est pour accomplir cette fonction que le Seigneur envoie sur nous ce supplément de son Esprit. C’est par lui que tous les acquis de la foi en Christ deviennent certitude et nous transforment en profondeur.

Il nous faut donc être prêts à accueillir le « Consolateur » en nous. Il nous faut prendre le temps pour travailler sur nous même par la méditation et la prière. C’est ainsi qu’il aura la possibilité de pénétrer en nous et de faire sa demeure en nous. Naturellement, quelques uns parmi-vous vont considérer que je fais peu de cas de la grâce en évoquant cette nécessité de travailler sur nous et de faire des efforts sur nous-mêmes. Ils vont penser que je la renvoie au rayon des accessoires inutiles en préconisant d’une manière subtile le retour au salut par les œuvres.

Qu’on ne se méprenne pas. Le salut nous est acquis par grâce, nous n’y avons aucun mérite. Dieu, par une décision dont le secret n’appartient qu’à lui a décidé de ne pas tenir compte de nos péchés avoués ou pas et de nous ouvrir tout grands ses bras de Père. Cela n’est nullement remis en cause. Ce que je dis simplement, c’est que pour prendre conscience de cette grâce et de l’immense privilège qu’elle révèle et pour vivre pleinement du bonheur de se sentir sauvés, il faut accueillir ce supplément d’Esprit que Dieu nous donne.

Pour l’accueillir, il faut s’y préparer. Pour s’y préparer il faut en faire l’effort. Il faut d’abord désirer qu’il s’installe en nous pour participer à notre vie intérieure. Il se comporte alors comme un baume bienfaisant qui oriente toutes nos pensées pour qu’elles se mettent en harmonie avec celles du Père. C’est alors que les consolations que nous espérons pourront se produire. Un supplément de vie prendra alors place en nous pour alimenter nos désirs car nous avons besoin que nos frustrations soient prises en compte, qu’elles soient dépassées et qu’elles ne fassent plus frein à toutes nos entreprises.

Si on cherche l’étymologie du mot « Paraclet » que l’on traduit par « consolateur » mais aussi par défenseur ou avocat, nous découvrons en nous appuyant sur le mot hébreu qui le désigne qu’il vaudrait mieux traduire par « supplément de vie ». Vous avez sans doute remarqué que c’est sur ce sens particulier que je me suis appuyé tout au cours de mon propos. Si toutes les fois que vous lisez dans la Bible le mot « consoler », vous le remplacer par l’expression « donner un supplément de souffle » vous verrez alors quel dynamisme il y a dans ce mot.

Le supplément de souffle se comporte comme une bouffée d’oxygène que l’on fait respirer au malade pour le ranimer. Nous sommes des êtres en manque de souffle, et Dieu nous envoie gracieusement et généreusement ce souffle qui vient de lui. Il nous appartient maintenant d’utiliser ce supplément d’énergie pour surmonter ce qui entrave nos désirs, c’est ainsi que nous verrons se cicatriser nos plaies intérieures. Ce supplément d’énergie nous permet de sublimer nos frustrations et de nous projeter sereinement dans l’avenir.

Je crois qu’aujourd’hui en 2016 nous ne prenons pas assez de temps de nous laisser habiter par ce supplément d’esprit. Nous sommes avides de connaissances, nous prenons du temps pour nous cultiver, ou pour nous divertir, mais nous ne prenons pas assez de temps pour reprendre souffle comme le coureur sur le bord de la piste. Nous ne prenons pas le temps de descendre en nous-mêmes pour y saluer Dieu qui habite déjà en nous et qui nous attend patiemment. C’est alors que nous pourrons lui dire notre amour et nos inquiétudes. Nous devons nous ouvrir sans crainte à notre Dieu et il fera le reste. C’est en agissant ainsi que nous faciliterons l’accès en nous au Saint esprit. Prenez le temps de vous laisser bercer et cajoler par votre Dieu qui ne demande que cela. En acceptant cela vous découvrirez qu’il vous en donne encore bien davantage.


vendredi 29 avril 2011

Jean 14: 1-12 le chemin , la vérité et la vie - dimanche 22 mai 2011



Jean 14 :1-12

Que votre cœur ne se trouble pas. Croyez en Dieu, croyez aussi en moi.
2 Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père. Sinon, je vous l'aurais dit ; car je vais vous préparer une place. 3 Donc, si je m'en vais et vous prépare une place, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous y soyez aussi. 4 Et où je vais, vous en savez le chemin.5 Thomas lui dit : Seigneur, nous ne savons où tu vas ; comment en saurions-nous le chemin ? 6 Jésus lui dit : Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. 7S i vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. Et dès maintenant, vous le connaissez et vous l'avez vu.
8 Philippe lui dit : Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit. 9Jésus lui dit : il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne m'as pas connu, Philippe ! Celui qui m'a vu, a vu le Père. Comment dis-tu : Montre-nous le Père ? 10 Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis ne viennent pas de moi-même ; le Père, qui demeure en moi, accomplit ses œuvres. 11 Croyez-moi, je suis dans le Père, et le Père est en moi. Sinon, croyez à cause de ces œuvres. 12 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que moi je fais, et il en fera de plus grandes, parce que je m'en vais vers le Père ;



« Si je m’en vais et vous prépare une place, je reviendrai et vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous y soyez aussi, et où je vais, vous en savez le chemin. »

Une fois encore l’Évangéliste Jean entrouvre pour nous les portes du sublime et, en quelques phrases nous met en présence de l’ineffable. Dieu et son fils cohabitent en une harmonie extraordinaire vers laquelle nous nous savons aspirés par une élévation inexprimable de la pensée. Nous cohabitons à notre tour par la magie du verbe avec l’Éternité de Dieu qui nous absorbe dans sa divinité en un mouvement irréversible. La demeure céleste du Père devient comme par enchantement le prolongement de notre demeure terrestre. Notre vie terrestre irradiée par le Christ devient éternité : Vision réconfortante du monde transfiguré qui nous attend, mais monde tellement distant de celui où nous sommes!

Séduit par la magie du verbe, je pourrais pendant de longs moments vous faire rêver de ce monde extatique qui nous aspire. Nous aspirerions alors à nous lover au cœur même de Dieu, si Thomas ne nous interrompait avec son bon sens habituel et ne nous demandait de parler un langage plus accessible. Il nous invite à décoder notre jargon spirituel pour dire ce qui se cache derrière les mots. : « Nous ne savons même pas où tu vas »

J’ai volontairement emprunté en commençant mon propos des images fortes du monde spirituel, pour dire vers quelle réalité inexprimable notre foi au Christ ressuscité nous entraîne. Thomas pour sa part nous ramène dans ce monde matériel où nous somme, car il sait qu’on ne peut impunément s’élever vers le ciel sans tenir compte de la réalité matérielle où nous sommes. Jésus semble parler d’un monde qui n’est accessible que pour ceux qui ont déjà franchi les limites du monde des vivants, il parle d’un au-delà qui ne concerne plus notre réalité physique, c’est pourquoi Thomas ose dire à Jésus qu’il va trop vite et qu’il a du mal à le suivre car Jésus semble escamoter les vrais problèmes. C’est souvent ainsi que fonctionnent ceux qui veulent parler de Dieu et nous instruire des merveilles de la vie future car ils oublient de dire quel lien unit notre vie présente faite de labeur ou d’ennui, de banal ou d’excitant, avec le futur qui nous est promis


Notre vie d’aujourd’hui est en déphasage par rapport à ce futur merveilleux. Nous nous questionnons d’autant plus que la science nous déçoit, la technique ne nous satisfait pas et l‘avenir nous parait bouché. Thomas nous rappelle qu’avant de nous mettre à rêver il faut regarder la réalité où nous sommes, et que c’est à partir de là que l’on peut disserter sur ce qui transcende notre vie.

Comme toujours Thomas, n’a rien compris, mais il n’a pas tort, car son intervention permet de poser le problème à son juste niveau. Il n’a pas encore compris que si nous faisons dès maintenant de Jésus le compagnon de nos vies celui-ci nous fera passer, ipso-facto de ce monde-ci à la réalité céleste du monde de Dieu. Il n’a pas tort de nous rappeler l’importance de notre réalité terrestre parce que, comme chacun de nous il est suffisamment attaché à la réalité matérielle pour savoir que si on se laisse aspirer par le spirituel, sans avoir réglé le problème du matériel, on passe forcément à côté de la Vérité.


Thomas  dans son rôle de naïf pose ici les vraies questions pour demander à Jésus quelle sont les conditions qui permettent de le suivre dans son élévation céleste.

Il leur a parlé de la trahison des hommes, il a manifesté son trouble intérieur et il a parlé de sa mort. Comment Jésus gère-t-il tout cela? Comment appréhender les mystères célestes quand nous sommes bouleversés par les épreuves ou tout simplement les soucis? Nous sommes ces hommes et ces femmes du questionnement, insatisfaits de leur quotidien à qui Jésus affirme qu’il est « le Chemin, la Vérité et la Vie »

Je suis le chemin dit-il. Il s’agit bien évidemment du chemin de notre vie, et nous savons tous qu’au bout du chemin il y a inéluctablement l’échéance de notre mort. Mais la présence de Jésus dans notre vie modifie notre manière de voir cette échéance. Notre vie est un long chemin qui se perd dans un futur que l’on ignore, et Jésus agit à côté de nous comme celui qui éclaire ce chemin. Autant de contacts, autant de rencontres aurons-nous avec Jésus, autant de lumières aurons-nous sous nos pas.

Il appartient à chacun de nous de provoquer cet éclairage de Jésus sur le chemin de notre vie. Prière, culte, méditation, lecture de l’Écriture et bien d’autres, sont autant de lumières ponctuelles qui permettent à Jésus d’éclairer notre existence.
- Comme les disciples d’Emmaüs, nous devons repérer Jésus quand il vient à notre rencontre.
- Comme les pécheurs du lacs nous nous efforçons de le voir dans nos occupations de chaque jour.
- Comme Jaïrus, nous devons le retrouver dans les drames de notre vie. Chaque fois que nous faisons l’effort de repérer sa présence, il éclaire pour nous l’instant que nous vivons. Il ne supprime ni l’épreuve, ni l’obstacle, mais en les éclairant il permet de les dépasser et d’ancrer en nous la certitude que puisqu’il est présent sur notre chemin, il y place aussi sa résurrection, qui devient notre résurrection et c'est elle qui illumine le terme de notre chemin. Cet éclairage ultime devient pour lui, l’expression de la vérité.

La Vérité: Elle concerne notre réalité humaine. Elle nous dit que la résurrection et l’Éternité font partie de l’ordre normal de la création. Jésus essaye de nous convaincre que nous ne sommes pas nés pour finir dans le néant, sans quoi, Dieu lui-même deviendrait incohérent. Il a créé l’Éternité pour nous y accueillir dès maintenant. Encore faut-il lui faire confiance, encore faut-il lui faire l’honneur de croire en sa promesse. La Vérité consiste à croire qu’il y a de l’harmonie dans le plan divin et qu’il ne soumet pas les hommes aux caprices de sa fantaisie. Il nous prie de croire qu’il est un Dieu d’ordre et qu’il a prévu pour nous un devenir qui appartient à l’ordre de sa création. La création de Dieu consiste à faire surgir la vie là où elle n’est pas encore et à la maintenir là où elle est menacée.

La vie, telle que la mène la plupart des humains de cette planète est perçue comme une existence sans lendemain, elle n’est vie qu’en apparence. C’est ce qu’a bien senti Thomas quand il interroge Jésus et qu’il lui avoue qu’il ne comprend pas ce qu’il dit. Jésus qui apparemment semble le désavouer lui donne raison. Jésus laisse bien entendre que la Vérité est au delà du monde sensible où nous sommes. Pour la percevoir, il nous faut faire un effort sur nous-mêmes pour rejoindre Jésus qui chemine dans notre intériorité. Il nous faut faire un effort pour pénétrer la réalité sensible de notre personne. S’il y a une intériorité invisible dans notre existence, elle n’en est pas moins authentique. Au contraire, la Vérité sur notre vie consiste à faire ce travail sur nous-mêmes pour que cette partie invisible habitée par Jésus irradie la partie visible et donne ainsi du sens à ce que nous vivons. Jésus confirme ainsi que sa présence sur le chemin de notre vie nous pousse toujours à dépasser la réalité visible, liée à la matière pour s’attacher au monde de l’esprit qui transcende la matière, le temps et l’espace, et nous introduit en présence de Dieu.

C’est la présence de Jésus en nous qui donne à notre avenir la dimension de l’Éternité, mais il appartient à chacun d’entre nous, non seulement de solliciter cette présence mais de l’entretenir. Il nous faut donc multiplier les rencontres avec lui et nous soumettre à son enseignement selon lequel notre prochain a plus de valeur que nous-mêmes. Il porte en lui le visage de Dieu et il n’y a ni vie ni vérité en dehors de Dieu. C’est ainsi que la vie s’inscrit dans la continuité de l’œuvre créatrice de Dieu. Elle est le complément indispensable de la Vérité, car en Dieu rien n’est vrai qui n’est éternel et la vie en Dieu ne peut être que porteuse d’éternité.

Qui que vous soyez, en méditant ce passage retenez qu’il vous appartient de repérer la présence du Christ en vous et de l’entretenir. Sachez que cette présence seule peut éclairer le chemin de votre vie et que ce chemin débouche dans l’Éternité. Celui qui a compris cela est déjà dans la résurrection du Christ et les portes de l’Éternité sont ouvertes pour lui.

Amen.


samedi 23 avril 2011

Jean 10:1-10 - le bon berger - dimanche 15 mai 2011



Jean 10/1-15 « La parabole du bon berger »

Le bon berger
1 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n'entre point par la porte dans la bergerie, mais qui y monte par un autre côté, celui-là est un voleur et un brigand. 2 Mais celui qui entre par la porte est le berger des brebis. 3 Le portier lui ouvre, et les brebis entendent sa voix ; il appelle par leur nom les brebis qui lui appartiennent et les mène dehors. 4 Lorsqu'il a fait sortir toutes celles qui lui appartiennent, il marche devant elles ; et les brebis le suivent, parce qu'elles connaissent sa voix. 5 Elles ne suivront point un étranger ; mais elles fuiront loin de lui, parce qu'elles ne connaissent pas la voix des étrangers.

6 Jésus leur dit cette parabole, mais ils ne comprirent pas ce qu'il leur disait.

7 Jésus leur dit encore : En vérité, en vérité, je vous le dis, moi, je suis la porte des brebis. 8 Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des brigands ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. 9 Moi, je suis la porte ; si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et sortira et trouvera des pâturages. 10 Le voleur ne vient que pour voler et tuer et détruire ; moi, je suis venu, afin que les brebis aient la vie et qu'elles l'aient en abondance.

11 Moi, je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. 12 Mais le mercenaire, qui n'est pas berger et à qui les brebis n'appartiennent pas, voit venir le loup, abandonne les brebis et s'enfuit. Et le loup s'en empare et les disperse. 13 C'est qu'il est mercenaire et qu'il ne se met pas en peine des brebis. Moi, je suis le bon berger. 14 Je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, 15 comme le Père me connaît, et comme je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis.


Nous sommes tellement habitués à cette image du bon berger qui donne sa vie pour ses brebis que nous ne faisons pas attention à tout ce qu’il y a derrière ce texte. Nous oublions la plupart du temps que le métier de berger était dans l’antiquité juive, un métier méprisé et qu’il était réservé aux plus modestes. Leur sort était parfois moins enviable que celui d’un esclave. Quant aux moutons, ils ne font pas partie de la catégorie animale la mieux perçue. Ils sont à juste titre considérés comme des animaux peu doués. On ne les élève que pour la viande et accessoirement pour la laine. Ils sont tous destinés à finir sous le couteau du sacrificateur ou du boucher. On a cependant une tendresse particulière pour les agneaux, quand ils sont tout petits. Mais cette tendresse est purement sentimentale et elle décroît à mesure que l’animal vieillit

Nous apprécions cette histoire en fonction de l’intérêt que nous y trouvons en tant qu’humain. Je vous propose cependant de la regarder du côté des moutons. Nous nous demanderons alors en quoi le sort des moutons est modifié s’ils périssent sous les dents du loup plutôt que sous le couteau du sacrificateur ? Violence et cruauté, mort et souffrance sont au même rendez-vous et l’issue de l’entreprise reste la même : la mort. Si le loup est mis en fuite, le berger du troupeau y trouve son compte et c’est pour une raison économique qu’il peut envisager d’exposer sa vie pour que le troupeau qui lui appartient ne soit pas anéanti. Le mercenaire n’en a cure, il sauve sa vie sans affronter le loup. Il est dit alors que le « bon berger » donne sa vie pour ses brebis ! La belle affaire, elles seront de toute façon sacrifiées et mangées et ne trouveront aucun intérêt dans cette nouvelle situation.

Pourtant, Jésus a bien pris soin d’attirer notre attention sur un autre aspect des choses. Il nous dit qu’il est le « bon berger » pour que ses brebis aient la vie en abondance. Le mot abondance pourrait sans doute être mieux rendu par l’expression : « une vie qui dépasse la mesure » ou une « vie super, » dirions-nous aujourd’hui. Plus question de mort ou de sacrifice, plus question de transformer les brebis en viande,   plus question de voir le côté utilitaire des choses. Avec Jésus les choses prennent une autre couleur, Il nous entraîne sur un chemin irréaliste qui consiste à octroyer aux moutons un autre destin que celui que nous leurs connaissons. Avec Jésus, les brebis auront un autre avenir que celui de servir de nourriture aux hommes.

Il est bien évident que pour nous approprier quelque chose de ce passage il faut que chacun de nous, à son tour se substitue aux moutons de ce texte et comprenne que chacun d’entre nous fait d’abord partie de cette masse humaine qui recouvre la planète comme un troupeau de moutons qui remplirait l’enclos où il est parqué.

Qui sommes-nous si non un individu parmi les milliards qui s’agitent sur la surface de la terre, malmenés par le hasard, bousculés par les éléments et parfois maltraités par les dirigeants ? A vue humaine Il semble que nous soyons tous destinés à disparaître sans ne laisser aucune trace, à part exception rarissime.

A la lecture de ce récit, les choses changent. Chacun d’entre nous, bien qu’il fasse partie de la masse des 7 milliards d’individus que l’on côtoie sur cette planète prend un visage distinct. Nous découvrons que notre existence prend une autre valeur que celle de se trouver mêlés à la masse de tous les humains qui peuplent cette terre. Notre existence ne consiste plus à être en survie parmi tous ceux qui nous entourent, mais nous sommes destinés à jouir d’ « une super vie » qui s’individualise sous l’influence de Dieu qui nous prend en charge, chacune et chacun à notre tour.

C’est alors que nous devons prendre conscience des loups qui nous menacent. Les loups vont s’en prendre à l’aspect grégaire de notre personnalité, ils vont chercher à faire que nous nous comportions comme des moutons sans berger en détruisant en nous ce qui nous distingue des autres. Ils vont nous faire perdre toute spécificité et feront de nous des consommateurs qu’il faut séduire pour mieux les utiliser. Ils vont nous pousser à croire que pour le prix d’une jouissance immédiate, nous devons consacrer toute notre existence à la sacrifier aux lois du marché et de la mode afin de ressembler le plus possible aux modèles qu’on nous propose d’imiter. Ces loups qui dévorent notre autonomie et notre indépendance sont les alliés de tous les mercenaires qui se donnent des allures de bergers.

Ces mercenaires, ce sont tous ceux qui à coup d’arguments nous assurent que le succès de notre société n’a pas d’autres issue que de vendre son âme à la consommation et à la pensée unique. Ils prétendent que le bonheur est dans la jouissance immédiate. Suivant les époques, leurs discours se sont colorés différemment, mais ils ont toujours visés à engloutir la masse des humains dans des projets globalisants où chacun suivrait le même chemin que son voisin et redouterait d’être différent de lui au risque d’être rejeté.

Les faux bergers se cachent aussi derrières les idées du moment. Elles aussi empruntent le même chemin que la mode. Suivant les époques, et les intérêts de ceux qui influent sur nous, elles nous poussent à devenir des va-t-en guerre ou des va-t-en paix et nous entraînent à discriminer les uns pour valoriser les autres si bien que chacun est invité à faire chorus avec la foule. Chacun s’habille comme tout le monde pour finir par penser comme tout le monde. En tant que minoritaires protestants nous sommes avantagés sur les autres car nous avons du résister aux idées du moment pour conserver notre spécificité.

Grâce à Dieu le « bon berger » est là au milieu du troupeau pour faire de nous autres chose que des brebis qui suivent sans retenue celui qui les entraîne. Il est dit qu’il donne sa vie pour nous, c’est à dire qu’il offre son exemple, son évangile, sa manière de penser comme solution alternative aux pressions extérieures qui pèsent sur nous. Il propose le temps et l’éternité là où les valeurs ambiantes proposent l’urgence et les utopies provisoires.

Il nous propose de trouver en nous-mêmes du sens à notre existence qui ne soit dicté ni par les médias ni par la mode du moment. Il nous apprend que nous ne sommes pas des individus dont la vie est destinée à ressembler à celle de la masse. Il se propose d’enrichir et valoriser notre vie pour qu’elle devienne une super vie. Le bon berger se propose donc de donner de la valeur à notre individu. Il est capable d’aller jusqu’au fond même du cœur de chacun d’entre nous pour y injecter un supplément de vie dont lui seul est dépositaire.

Le « bon berger » ne conçoit nos existences que si lui même  les partage pour y introduire le divin qui est en lui. Ainsi il se propose de nous apporter une originalité qui nous soit propre. Cette originalité consiste à savoir qu’il nous prend lui-même en main et nous propose de vivre selon notre nature profonde qui est marquée du doigt de Dieu depuis les origines de l’humanité. En faisant de nous des individus autonomes et responsables il pèsera sur l’évolution du monde qui s’orientera dans le sens où il souhaite qu’il évolue.

Nous n’avons pas vocation à être une goutte d’eau parmi les autres gouttes d’eau, nous avons vocation a devenir des individus distincts des autres au service des autres pour que chacun puisse jouir ici bas d’une vie qui le dépasse. Pour cela il est nécessaire que nous soyons attentifs à la voix du berger et non à celle des mercenaires.


Les illustrations proviennent du Codex Vergilius Romanus

dimanche 17 avril 2011

Luc 24:13-35 les disciples d'Emmaüs - dimanche 8 mai 2011




Les disciples d'Émmaüs

13 Et voici que ce même jour, deux d'entre eux allaient à un village nommé Émmaüs, éloigné de Jérusalem de soixante stades, 14ils s'entretenaient de tout ce qui s'était passé. 15 Pendant qu'ils s'entretenaient et discutaient, Jésus s'approcha et fit route avec eux. 16 Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. 17 Il leur dit : Quels sont ces propos que vous échangez en marchant ? Et ils s'arrêtèrent, l'air attristé. 18 L'un d'eux, nommé Cléopas, lui répondit : Es-tu le seul qui séjourne à Jérusalem et ne sache pas ce qui s'y est produit ces jours-ci ? 19 — Quoi ? leur dit-il. Ils lui répondirent : Ce qui s'est produit au sujet de Jésus de Nazareth, qui était un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple, 20 et comment nos principaux sacrificateurs et nos chefs l'ont livré pour être condamné à mort et l'ont crucifié. 21 Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël, mais avec tout cela, voici le troisième jour que ces événements se sont produits. 22 Il est vrai que quelques femmes d'entre nous, nous ont fort étonnés ; elles se sont rendues de bon matin au tombeau et, 23 n'ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire que des anges leur sont apparus et ont déclaré qu'il est vivant. 24 Quelques-uns de ceux qui étaient avec nous sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses tout comme les femmes l'avaient dit ; mais lui, ils ne l'ont pas vu. 25 Alors Jésus leur dit : Hommes sans intelligence, et dont le cœur est lent à croire tout ce qu'ont dit les prophètes ! 26 Le Christ ne devait-il pas souffrir de la sorte et entrer dans sa gloire ? 27 Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Ecritures ce qui le concernait.

28
Lorsqu'ils furent près du village où ils allaient, il parut vouloir aller plus loin.
29 Mais ils le pressèrent, en disant : Reste avec nous, car le soir approche, le jour est déjà sur son déclin. Il entra, pour rester avec eux. 30 Pendant qu'il était à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction ; puis il le rompit et le leur donna. 31 Alors leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent ; mais il disparut de devant eux. 32 Et ils se dirent l'un à l'autre : Notre cœur ne brûlait-il pas au-dedans de nous, lorsqu'il nous parlait en chemin et nous expliquait les Écritures ? 33 Ils se levèrent à l'heure même, retournèrent à Jérusalem et trouvèrent assemblés les onze et leurs compagnons, 34qui leur dirent : Le Seigneur est réellement ressuscité, et il est apparu à Simon. 35 Ils racontèrent ce qui leur était arrivé en chemin, et comment ils l'avaient reconnu à la fraction du pain.



Bien que nous croyons avoir réponse à toutes les questions que l’on se pose depuis que l’univers existe, note siècle semble devoir être celui des pourquoi. En fait la pensée humaine ne cesse d’être féconde en questionnements. Le sens des choses, l’avenir du monde, la durée de la vie, la guerre ou la paix, jamais tant de problèmes n’ont hanté notre esprit. Nous baignons dans un univers de morosité qui nous pousse à penser que les générations passées devaient être plus heureuses que la nôtre. Pourtant, nous ne renoncerions pas pour autant à notre confort matériel pour un retour vers une vie plus calme.

Apparemment, nous sommes informés de tout ce qui se dit ou de tout ce qui se fait. Tous les courants spirituels ont visité peu ou prou notre esprit, mais aucun n’a laissé en nous de marque indélébile et nous traversons la vie sans enthousiasme, avides de nouveauté et incapables de changer.

Voila un portrait apparemment désabusé de notre société qui appelle sans doute correction, mais qui correspond à celui où nos contemporains se retrouvent le mieux et dont la principale caractéristique est le manque d’espérance. Est-ce une réalité propre à notre temps, ou est-ce un constat que toutes les générations ont pu faire à un moment ou à un autre de leur évolution ?

Quoi qu’il en soit, nous sommes quand même héritiers d’une tradition qui a porté en elle un fol enthousiasme. Il trouvait son origine dans la foi en la résurrection qui a donné envie de vivre et de lutter à bien des générations alors que leur espoir s’amenuisait à cause des provocations du moment. C’est sur cette promesse de la résurrection que les chrétiens des premiers siècles ont pris le pas sur les religions païennes et qu’ils les ont supplantées au point de les voir disparaître.

Malgré leurs divisions internes sur la nature du Christ ou sur les formulations du dogme trinitaire, ils n’ont pas remis en cause l’affirmation de la résurrection dont l’apôtre Paul se fit le champion : « Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine » écrivait-il ( 1 Cor.15/17). La foi en la résurrection est devenue l’élément central de la foi chrétienne et c’est elle qui en fait sont originalité.

Force nous est donnée de constater que ce dynamisme des premiers siècles s’est amenuisé, alors même que l’affirmation en la résurrection se faisait plus diffuse. La foi chrétienne fait aujourd’hui partie des idées reçues. Elle ne se discute pas et aucune affirmation à son sujet ne passionne les foules. Pire, les tenants affichés de la foi chrétienne font figure de conservateurs et les idées qu’ils défendent sont perçues comme obsolètes.

Etait-ce pour en arriver là que Jésus a accepté de se laisser trainer au supplice et clouer sur une croix ? Telles étaient les questions que devaient se poser deux de ses adeptes qui suivaient à rebours le chemin qui les ramenait chez eux après l’avoir
suivi plein d’espoir. Disciples d’un prophète utopique devenu martyr, ils se demandaient ce qu’ils pourraient bien raconter de gratifiant de retour à la maison.

Ne trouvez-vous pas que ces deux hommes entrent bien dans le cadre que j’ai dépeint pour y situer l’Eglise du vingt et unième siècle ? Ils sont comme nous, ils n’ont plus rien de glorieux à raconter. Si le message chrétien a exalté les foules de jadis, on s’attend à autre chose aujourd’hui. Si l’événement de la résurrection a été au centre de la foi chrétienne, il suffit d’un simple sondage pour constater que les chrétiens n’y croient pas vraiment. Si on leur demande de s’exprimer sur la question, ils formuleront des idées banales qu’ils emprunteront aux philosophies orientales. Ils parleront de survie de l’âme, ils prononceront à coup sûr le mot de réincarnation, mais ils resteront prudents sur la notion de résurrection, car ils ne se sentent pas personnellement concernés par cette notion. Quant à la résurrection de Jésus elle est plus un événement du passé qu’une réalité qui les concerne. Il ne leur reste plus qu’à rejoindre les deux marcheurs en direction d’Emmaüs.

En effet, nos deux amis qui cheminaient solitaires partageaient cet état d’âme, même s’ils étaient devenus attentifs aux propos de celui qui les avait rejoints. S’il avait repris les enseignements que Jésus avaient formulés, ce n’était cependant pas suffisant pour qu’ils s’en émeuvent davantage. Sans doute continuaient-ils à se demander ce qu’ils pourraient bien raconter à leur retour de leur expérience spirituelle, si non leur espoir déçu et leur expérience ratée. Ils pourraient faire état de leur sentiment d’injustice, ils pourraient parler de l’abus de pouvoir de la part des autorités, rien que du banal et du déjà vu. Ils n’oublieraient pas de parler du silence de Dieu qui n’a rien fait pour sauver celui qui parlait si bien de lui. Mais il n’y avait rien de nouveau dans tout cela, en tout cas pas de quoi quitter sa famille.

Et puis, ces deux hommes avaient faim. On peut penser que la marche avait aiguisé leur appétit et que le fait de manger les empêchait de penser ! Les voila donc devenus consommateurs et ils invitent leur mystérieux compagnon à consommer avec eux. Celui-ci accepte, se prête à leur désir et entre dans le jeu de la consommation ( j’allais dire dans le piège de la consommation).

Nous consommons tous, c’est un droit que nous revendiquons et nous serions frustrés de ne pas l’exercer. C’est ce droit que nous reconnaissons aux peuples en révolution et nous lui associons les notions de justice, de liberté et de démocratie !

C’est à ce point bien précis de notre réflexion que nous rejoint le marcheur mystérieux qui entre dans l’auberge pour consommer avec les deux autres, croit-on. Il ne consomme pas. Il partage. Et au moment où il partage, leurs yeux s’ouvrent et ils comprennent.

Que comprennent-ils ? On nous a dit qu’ils comprennent que Jésus s’est fait reconnaître en renouvelant l’eucharistie qu’il a partagée avec eux, quatre jours au paravent. On nous a enseigné alors que sa résurrection était devenue leur résurrection et qu’une nouvelle histoire avait commencée pour eux, c’est pourquoi ils avaient décidé de revenir à Jérusalem. Certes, on peut lire les choses ainsi, mais on doit aussi se demander si eux aussi avaient partagé le dernier repas, car ils ne faisaient pas partie des douze. On ne s’empêchera pas non plus de constater que Jésus ne fait que rompre le pain. Il n’y a pas de vin. On est donc en droit de dire que ce n’est pas l’eucharistie qui est célébrée par le ressuscité sur le chemin d’Emmaüs.

On retiendra cependant qu’il y a eu partage. Le fin mot de l’histoire c’est que la résurrection ne prend de sens que dans le partage. Notre vie ne peut être habitée par Dieu que si nous la partageons. Notre société ne peut être témoin du Dieu qui l’habite que si elle préconise le partage comme élément essentiel de la présence de Dieu, car c’est seulement dans le partage que la vie prend du sens. Le sens profond de la résurrection, c’est que la vie est habitée par Dieu. Nous devons conclure que la résurrection n’a de sens que dans le partage et c’est par lui que s’ouvre pour nous l’éternité.

L’acte essentiel qui révèle la présence de Dieu dans notre vie d’Eglise c’est donc le partage du pain qui ne peut se réduire à un acte liturgique mais qui demande la mobilisation de toutes nos forces au service des autres.

Les illustrations sont de He-Qi

Voir aussi un autre sermon sur le même texte, sur le même bloc dimanche 03 avril 2010



mercredi 6 avril 2011

Jean 20: 19-31 apparition à Thomas dimanche 1 mai 2011




Jean 20/19-31

9 Le soir de ce jour, qui était le premier de la semaine, les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient fermées, par la crainte qu'ils avaient des Juifs ; Jésus vint, et debout au milieu d'eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous ! 20 Quand il eut dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples se réjouirent en voyant le Seigneur. 21 Jésus leur dit de nouveau : Que la paix soit avec vous ! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie. 22 Après ces paroles, il souffla sur eux et leur dit : Recevez l'Esprit Saint. 23 Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés, et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus.

24 Thomas, appelé Didyme, l'un des douze, n'était pas avec eux, lorsque Jésus vint. 25 Les autres disciples lui dirent donc : Nous avons vu le Seigneur. Mais il leur dit : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets mon doigt à la place des clous, et si je ne mets ma main dans son côté, je ne croirai point.

26 Huit jours après, les disciples de Jésus étaient de nouveau dans la maison, et Thomas avec eux. Jésus vint, les portes étant fermées, et debout au milieu d'eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous ! 27 Puis il dit à Thomas : Avance ici ton doigt, regarde mes mains, avance aussi ta main et mets-la dans mon côté ; et ne sois pas incrédule, mais crois ! 28 Thomas lui répondit : Mon Seigneur et mon Dieu ! 29 Jésus lui dit : Parce que tu m'as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru !

30 Jésus a fait encore, en présence de ses disciples, beaucoup d'autres miracles qui ne sont pas écrits dans ce livre. 31 Mais ceci est écrit afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant, vous ayez la vie en son nom.



Qui que nous soyons, un jour ou l’autre, au moment où nous ne nous y attendons pas, les questions fondamentales de notre vie surgissent devant nous:
- qui es-tu?
- que fais-tu dans ce monde?
- gardera-t-on mémoire de ton passage sur terre quand tu ne seras plus?
- quand le sommeil de la mort aura fermé tes yeux garderas-tu le souvenir de ce que tu as été ?
Nous nous posons tous ces questions un jour ou l’autre et si elles ne nous avaient jamais traversées l’esprit nous ne serions pas là aujourd’hui.

Le récit de l’Evangile de Jean que nous venons de lire, malgré la distance qui nous sépare de lui correspond sans doute à la situation qui est peut être la nôtre. Les amis de Jésus savent d’après les récits des autres, que le maître que l’on a vu mort est désormais vivant ; mais ceux qui n’ont pas été témoins de l’événement restent étrangers à ce qui vient de se passer, car ils n’en ont pas été directement les témoins. Ils savent la résurrection, mais ils ne se sont pas encore approprié l’événement. Ils ont besoin qu’on les aide à croire ce à quoi ils se refusent à croire. La plupart de nos contemporains partagent cette situation, c’est dire que la résurrection est loin d’être un fait acquis pour tous.

On nous décrit ces gens comme enfermés dans leur peur alors que la nuit les environne. C’est aussi la nuit dans leurs pensées, c’est également la nuit dans leur âme. Ils se sont enfermés chez eux pour mieux résister à ce qu’ils ne comprennent pas. Les expériences de ces derniers jours ont tout remis en cause dans leurs certitudes : l’arrestation du maître, leur fuite, l’interrogatoire, le procès, leurs désillusions, et puis la mort. Tout cela a bousculé leur dernière semaine, comme un épisode de leur propre histoire dont ils ne gardent qu’un sentiment de profonde amertume et la certitude de n’avoir pas fait ce qu’il fallait faire. Ils se sentent coupables de trop de sentiments confus.

C’est non seulement la nuit dehors, mais c’est aussi la nuit dedans, et en plus, ils ont peur. Bien sûr ils ont peur des représailles et de la vengeance, car ils se sont affichés publiquement comme les amis de celui qui a troublé l’ordre public. Tout le monde sait qu’il n’est pas bon de mettre en cause la « pax romana », la paix romaine. Ils ont peur aussi d’eux-mêmes, et peut être aussi de Dieu, car ayant perdu leurs références ils se trouvent seuls face à l’inconnu. Ils ont peur de ne plus croire.

Franchissant les murs de leur maison, on pourrait dire « les murs de leur tombeau », car il s’agit bien pour eux d’un tombeau volontaire, le ressuscité vient. C’est justement de cela qu’ils ont peur. Ils ont peur que l’idée de la résurrection vienne en rajouter à leurs désillusions : « Shalom » leur dit-il : la « paix ». Quelle paix? Non pas la paix politique bien sûr. La paix dans le langage de la Bible c’est ce sentiment diffus qui vient d’ailleurs, qui change la réalité humaine et qui exprime la présence de Dieu.

Il souffle sur eux pour concrétiser cette parole de paix qu’il a prononcée. Le souffle ne se voit pas, ne se s’entend pas, il ne se saisit pas et pourtant quand il arrive sur vous, il vous pénètre et il se passe quelque chose de profondément invisible qui s’empare de votre personne et vous révèle la présence de Dieu. Avec ce souffle qu’ils reçoivent ils réalisent alors que tout devient possible, le mort est vivant, et ils le sont avec lui. Le ressuscité les ressuscite. L’esprit qu’il a soufflé sur eux leur a redonné vie. Une vie étrange à laquelle ils ne s’attendaient pas

L’esprit que Jésus souffle sur eux, c’est le même esprit créateur qui selon les Ecritures était présent à tous les grands moments de la Révélation. Il est cette force qui vient d’en haut et qui pénètre jusqu’au très fond de l’âme pour donner vie à ces humains en mal de vivre.

Nous pensons alors : « Heureux donc étaient-ils, ceux qui se sont trouvés dans cette pièce ce jour là, à portée de souffle. Heureux étaient-ils parce qu’ils étaient là, au bon moment. Heureux celui qui est réceptif au moment où cela se donne? En disant cela j’entends peut-être les soupirs secrets de chacun d’entre nous pour qui les choses ne sont pas si simples, la vérité de la résurrection est moins évidente, le souffle de l’esprit moins fort et rien n’à pu s’imposer à eux pour transformer leur marasme en espérance.

Combien, voudraient être de ceux là, de ceux qui auraient aimé voir et entendre. Nombreux sont ceux qui aimeraient croire et qui n’y arrivent pas. Nombreux sont ceux qui voudraient croire mais qui se sentent empêchés par les événements. Nombreux sont ceux qui ne croient pas parce que les hommes ont provoqué en eux des blocages tels qu’ils ne pourront plus jamais croire. Nombreux sont-ils aussi ceux qui rejettent Dieu lui-même parce que des événements ont rendu leur vie incompréhensible et ont entraîné la mort de leur foi.

Combien auraient aimé être de ces témoins privilégiés pour qui le ressuscité présent devant eux mettrait un terme à tous leurs questionnements. Pourquoi eux et pourquoi pas moi? Pourquoi n’ai-je pas eu accès à cette sérénité que les autres ont eu et que je n’ai pas? Pourquoi n’ai-je pas reçu cette puissance qui vient d’en haut et qui me permettrait de traverser sereinement cette vallée de larmes.

J’insiste sur ces frustrations, qui sont les nôtres, parce qu’il y en a un parmi les intimes de Jésus qui les a profondément ressenties. C’est Thomas, celui que l’on appelle Didyme, en hébreu cela veut dire le jumeau. Le jumeau de qui? Il n’en a pas dans l’Ecriture, mais il en a dans la vie. Didyme, c’est mon jumeau à moi, c’est celui qui pose les bonnes questions pour moi, c’est mon alter ego dans ma nuit, dans ma tombe, dans ma détresse ou dans ma tristesse. C’est lui qui ose dire pour nous tous: « Et moi, pourquoi suis-je laissé pour compte? » Et c’est pour lui que Jésus revient. Comme c’est pour moi que Jésus revient.

Ainsi l’attente de chacun trouve un jour son terme. Jésus prévoit pour chacun de nous des moments où il nous visite personnellement, des moments où il prévoit de prendre en charge cette partie de nous-mêmes qui est en révolte et en même temps qui est en quête de vérité. « Voici mes mains, voici mes pieds, voici mon côté, touche mes blessures. » Et Thomas ne les touche pas.

Pourquoi ne s’autorise-t-il pas ce contact physique qu’il a tant désiré ? Et pourquoi Jésus s’offre-t-il à lui comme un homme blessé ? Si Jésus est ressuscité, s’il a déjà revêtu son corps de gloire, pourquoi présente-t-il encore des blessures? Jésus s’approche de lui dans la dimension physique que Thomas a souhaitée. Jésus se présente à lui dans une réalité acceptable par lui et capable de déclencher sa foi.

S’il ne le touche pas, c’est qu’il découvre en même temps que la résurrection a une autre réalité que l’apparence physique. Thomas ne touche pas physiquement, car il est touché intérieurement. C’est dans l’intériorité de son âme que cela se passe. C’est à l’intérieur de lui que la résurrection est devenue réalité. Ce ne sont ni les apparitions ni les développements philosophiques ou théologiques qui lui démontreront cette réalité, c’est la conviction intérieure que dépose en lui l’esprit de Dieu.

Cette expérience s’est produite 8 jours après celle des autres, c’est dire que Thomas l’a désirée pendant longtemps. Jésus, au moment où il ne s’y attend plus, vient vers lui pour donner vie à son désir. Il y a comme un exaucement à cette prière secrète que Thomas a certainement formulée : « Seigneur mets en moi la certitude de ton amour pour moi ». Jésus son vieux compagnon de route vient alors vers lui, ils ont vécu de longues années ensemble. La mort les a séparés et pourtant il est là.Tout devient nouveau, rien n’est plus comme avant. Il est à côté de lui, il est avec lui, il est en lui et par le souffle qu’il lui donne il lui transmet la plénitude dont il a besoin pour commencer à vivre la résurrection qui lui est promise.

Pour nous aussi Jésus vient vers nous, il traverse notre passé pour souffler sur notre présent et y aviver la flamme de l’éternité. Cela signifie que pour que le souffle de vie me fasse vivre aujourd’hui, il faut aussi que j’accepte qu’il souffle sur mon passé, anéantisse ce qui n’a pas lieu d’être, détruise tout ce qui était chargé de mort afin que seul ce qui doit vivre soit réanimé par le souffle divin.