mardi 12 juillet 2011

Matthieu 14:13-21 La multiplication des pains - où est vraiment le miracle ?- dimanche 31 juillet 2011






6 Or, pour l'anniversaire de la naissance d'Hérode, la fille d'Hérodiade dansa au milieu des convives et plut à Hérode, 7 tant et si bien qu'il s'engagea par serment à lui donner ce qu'elle demanderait. 8 A l'instigation de sa mère, elle dit : Donne-moi ici même, sur un plat, la tête de Jean le Baptiseur. 9 Attristé, à cause de ses serments et des convives, le roi commanda de la lui donner 10 et envoya décapiter Jean dans la prison. 11 On apporta sa tête sur un plat et on la donna à la jeune fille, qui la porta à sa mère. 12 Les disciples de Jean vinrent prendre son corps et l'ensevelirent. Et ils allèrent l'annoncer à Jésus.

Jésus nourrit cinq mille hommes

13 A cette nouvelle, Jésus prit un bateau pour se retirer à l'écart, dans un lieu désert ; les foules l'apprirent, quittèrent les villes et le suivirent à pied. 14 Quand il descendit du bateau, il vit une grande foule, et il en fut ému ; il guérit leurs malades.
15 Le soir venu, les disciples vinrent lui dire : Ce lieu est désert, et l'heure est déjà avancée ; renvoie les foules, pour qu'elles aillent s'acheter des vivres dans les villages. 16 Mais Jésus leur dit : Elles n'ont pas besoin de s'en aller ; donnez-leur vous-mêmes à manger. 17 Ils lui disent : Nous n'avons ici que cinq pains et deux poissons. 18 Et il dit : Apportez-les-moi ici. 19 Il ordonna aux foules de s'installer sur l'herbe, prit les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux vers le ciel et prononça la bénédiction. Puis il rompit les pains et les donna aux disciples, et les disciples en donnèrent aux foules. 20 Tous mangèrent et furent rassasiés, et on emporta douze paniers pleins des morceaux qui restaient. 21 Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants.



On rêverait bien volontiers de voir sa vie se dérouler paisiblement comme une promenade en bateau sur un lac tranquille avec Jésus aux commandes du navire. C’est sans doute cette impression de quiétude que nous souhaiterions retenir en lisant ce texte pour la première fois et nous aimerions partager ce sentiment que ressentent sans doute les amis de Jésus qui ont embarqué avec lui ce jour là pour l’accompagner vers un lieu désert afin de fuir ce monde qui ne leur apporte que déboires et chagrin. Ce voyage en bateau a été apparemment organisé par Jésus qui a mal supporté l’annonce de l’exécution de Jean Baptiste dont il vient d’apprendre la nouvelle.

En fait ce serait faire une erreur que d’apprécier la situation de cette façon. Jésus ne semble tenir aucun compte de la présence de ceux qui ont embarqué avec lui et ne fait état d’aucun sentiment particulier. C’est seulement la logique du texte qui nous pousse à conclure qu’ils sont avec lui sur le bateau, puisqu’ils seront avec lui dans la scène suivante. Ce n’est pas pour fuir la réalité du monde qu’il les a entraînés avec lui, mais c’est pour faire face à la situation telle qu’elle se présente.

Sans doute telle n’était pas la pensée des disciples de Jésus auxquels nous pourrions prêter nos propres pensées si nous étions dans leur situation. En effet, la crainte nous pousserait sans doute à nous tenir à l’écart pour laisser passer l’orage. Il y a fort à penser que s’ils ont embarqué sur le lac, c’est qu’ils espèrent mettre de la distance entre le roi qui a tué Jean Baptiste et eux. Ils espèrent ainsi passer de l’autre côté de la frontière sur une terre étrangère plus hospitalière.

Nous leur prêtons volontiers les sentiments de tant de croyants qui estiment que la fidélité à la foi les pousse à vivre à l’écart des remous du monde et de construire avec Jésus les bases d’une société nouvelle en attendant la venue du Royaume à l’abri de toutes les tentations.

Nous ne croyons pas si bien dire, car c’est justement quand nous nous croyons à l’abri des tentations que celles-ci surgissent sous nos pas, sans que nous en soyons conscients ? Jésus quant à lui a mis ses disciples en garde, sans qu’ils s’en aperçoivent. Ils se rendent avec lui dans un lieu désert, est-il dit. Mais le désert s’il apparaît comme un refuge est aussi un lieu redoutable où la tentation prend tous les aspects. N’oubliez pas que c’est quand il se réfugia au désert que Jésus fut le plus cruellement tenté. Ils sont donc avertis, même s’ils n’en sont pas conscients que s’ils se dirigent avec lui vers un lieu désert, ce n’est pas pour y être en sécurité, mais c’est pour faire face aux épreuves qui les y attendent.

La première tentation n’est –elle pas de vouloir fuir loin des hommes pour se mettre en sécurité ? Elle est dans le fait de croire que c’est la présence des autres qui nous met en danger, alors que les autres, dans ces temps troublés sont aussi en danger que nous-mêmes. On ne saurait si bien dire. A peine ont-ils mis le pied à terre que les autres sont là. Ils sont là avec leurs problèmes et leurs nécessités. Des hommes et des femmes de toute condition. Ils les ont devancés en marchant à pied.

Alors que les amis de Jésus pensaient fuir les turpitudes d’un monde qu’ils croyaient dangereux pour eux, c’est ce monde qui vient vers eux. Si Jésus les a entrainés sur les eaux du lac, c’est peut être pour s’écarter du tyran sanguinaire qui menaçait leur vie, mais ce n’était pas pour les mettre à l’écart des problèmes des hommes qui les ont rejoints.

La situation prend alors pour eux un aspect provoquant. C’est alors qu’ils se croyaient confortablement en train de fuir leurs problèmes en compagnie de leur Seigneur, que les autres arrivent avec leurs problèmes à pied par monts et par vaux. Ils étaient confortablement installés sur l’esquif qui glissait dans le clapotement des vagues, poussé par le vent doux qui soufflait dans les voiles alors que les autres, la foule, suaient sang et eaux vers la même destination. Ils étaient privilégiés et ne le savaient pas.

Avant d’aller plus loin, force nous est donnée de constater que parfois, alors que l’on se croit brimé par les événements, on se trouve en fait dans une situation de favorisé. Les amis de Jésus devront méditer cet état de fait dans les moments qui vont suivre. La situation va devenir provocante pour eux comme pour nous. Tant qu’ils se considéreront comme victimes des événements, ils resteront incapables de répondre à ce pour quoi le Seigneur les interpelle. Et nous avec.

La foule et là, à leur descente de bateau. C’est Jésus qu’ils cherchent, et puisque c’est lui qu’ils cherchent qu’il s’en occupe doivent-ils penser non sans dérision! C’est bien ce que fait Jésus, il s’occupe de tous ceux dont personne ne se soucie. Il prend soin de leurs problèmes, il guérit ceux qui sont malades, il console leurs âmes en tourments, il leur enseigne les chemins à suivre pour rejoindre Dieu. Il ne tient pas compte de la présence de ses disciples dont on sait bien qu’ils sont là, et dont on sait aussi l’inutilité. Rappelons-nous que les croyants que nous sommes sont sensés faire cause commune avec les disciples. Nous sommes dans leur rôle qui anticipe celui de l’Eglise.

Ce récit nous donne la description d’un monde où Dieu, par les mains de Jésus transformerait les situations de détresses en situation d’espérance. C’est lui qui fait tout. Ses amis ne font rien. Voila une description qui pourrait bien représenter la société d’aujourd’hui. Nous avons là l’image d’un monde où tout se passe bien sans que l’Eglise intervienne. Dieu y ferait son travail sans que nous, l’Eglise, n’ayons à nous en mêler. Les malades seraient soignés, les foules seraient enseignées et guéries. Nous avons là une anticipation de la société laïque contemporaine. Les disciples, c'est-à-dire l’Eglise, serait mise à l’écart du monde, n’interviendrait pas dans les affaires et se tairait.

En revenant à notre récit, nous constatons que les disciples se rendent compte du fait qu’ils sont tenus à l’écart, c’est pourquoi ils interviennent. Ils remarquent qu’il se fait tard et que le lieu est désert. Ils ont bien vu. Le désert est le lieu de toutes les tentations. Les difficultés auxquelles ces pauvres gens vont se trouver confrontés vont surgir. La question du gîte et du couvert va se poser.
"Qu’ils aillent ailleurs se faire prendre en charge par d’autres plus capables que nous disent-ils à Jésus ! Ils considèrent qu’il est de leur responsabilité de les éloigner, pas de s’occuper d’eux."

Le désert, lieu de tentation, est d’abord le lieu de tentation pour eux.

-« Puisque vous avez de bonnes idées, semble leur dire Jésus, mettez-les en pratique, nourrissez les vous-mêmes !
- Nous n’en avons pas les moyens leur répondent-ils. Tu nous demandes l’impossible ».

Comme ses disciples, ce sont aujourd’hui les croyants qui dans ce monde se déclarent incompétents. Pourtant, nous sommes invités à agir, alors que nous nous sentons inutiles dans un monde qui ne semble plus avoir besoin de nous. Le seul rôle que nous nous reconnaissons, c’est celui dire aux autres ce qu’il faut faire et de jouer les Cassandre en les culpabilisant par notre discours selon lequel les choses iraient mieux si on nous avait écoutés.

Par cette histoire, Jésus nous montre que c’est quand ça devient difficile, voire impossible que nous avons quelque chose à faire pour les hommes. Jésus nous donne ici une leçon de savoir faire en opérant ce que nos Bibles appellent « le miracle de la multiplication des pains. » Mais est-ce vraiment un miracle ? Certes tout le monde mange, mais que fait réellement Jésus ?

Il fait simplement les gestes du partage. Il utilise ce qu’il a : 5 pains et 2 poissons. Ce n’est pas grand-chose, voire même dérisoire. Ensuite nous ne voyons que les effets de son geste. La seule chose que l’on sache c’est que Jésus réussi à faire ce qu’il devait faire avec ce qui était à sa disposition, autant dire rien. Ainsi, même si nous avons peu, cela ne nous dispense pas d’entreprendre, la foi fera le reste ;

Il adresse ce message aux croyants en les invitant à ne pas considérer leur faiblesse, leur manque d’argent, leur petit nombre pour justifier leur inaction. Le miracle ne relève pas du prodige, mais de notre capacité à entreprendre avec foi. Ce qui est nous est demandé c’est de donner de l’espérance. Et pour ça seule la foi peut y arriver.

vendredi 1 juillet 2011

Matthieu 13:44-52 Le Royaume - dimanche 24 juillet 2011


Matthieu 13 :44-52

La parabole du trésor caché

44 Voici à quoi le règne des cieux est semblable : un trésor caché dans un champ ; l'homme qui l'a trouvé le cache et, dans sa joie, il va vendre tout ce qu'il a pour acheter ce champ-là.

La parabole de la perle

45 Voici encore à quoi le règne des cieux est semblable : un marchand qui cherchait de belles perles. 46 Ayant trouvé une perle de grand prix, il est allé vendre tout ce qu'il avait pour l'acheter.

La parabole du filet

47 Voici encore à quoi le règne des cieux est semblable : un filet jeté dans la mer et qui rassemble des poissons de toute espèce. 48 Quand il est rempli, on le tire sur le rivage, puis on s'assied, on recueille ce qui est bon dans des récipients et on jette ce qui est mauvais. 49 Il en sera de même à la fin du monde. Les anges s'en iront séparer les mauvais du milieu des justes 50 et ils les jetteront dans la fournaise ardente ; c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents.

L'ancien et le nouveau

51 Avez-vous compris tout cela ? — Oui, répondirent-ils. 52 Il leur dit : C'est pourquoi tout scribe instruit du règne des cieux est semblable à un maître de maison qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes.



Le petit texte que nous venons de lire fait état de trois paraboles parlant du Royaume: Le Royaume est semblable à un trésor caché, à un marchand qui cherche des belles perles, à un filet de pêche. Qu’y a-t-il de commun à ces trois paraboles ? En quoi nous permettent-elles de dire ce qu’est le Royaume des cieux? Cela nous interpelle d’autant plus que ces trois paraboles font partie d’un ensemble qu’on appelle les paraboles du Royaume et que Matthieu ne mentionne pas moins de 22 fois le Royaume des cieux dans la totalité de son Evangile. Chaque fois, il donne une image différente de la précédente. Cette abondance de textes sur le Royaume des cieux, tous aussi différents les uns que les autres complique les choses plus qu’elle ne les simplifie. Mais nous n’allons pas nous priver du plaisir d’essayer de comprendre.

Si dans notre jargon chrétien, le Royaume désigne un idéal de vie en compagnie de Dieu. Ce mot n’a nullement ce sens dans la vie courante. Pour ceux qui vivent dans notre société occidentale la première image qui nous vient spontanément à l’esprit est celle du Royaume Uni, avec ses princes et ces princesses obsolètes. Pour d’autres la notion de Royaume est une réalité du passé qui resurgit dans notre temps par le truchement du théâtre et de l’opérette ou des contes pour enfants. En fait le mot ne fait pas très sérieux.

Pourtant le Nouveau Testament surabonde de textes sérieux qui nous parlent du Royaume des cieux. Une telle remarque ne rend pas les choses plus faciles puisque la notion de Royaume ne fait plus partie de nos références habituelles, et personne, en dehors des milieux de croyants ne nous écoutera quand on parlera d’un Royaume, fut-il céleste. Ainsi avons-nous l’impression en utilisant le langage de la Bible de manier une langue codée, qui ne concerne que les chrétiens et dont seuls les initiés seraient sensés connaître la portée.

Ce qui me trouble c’est que pour les contemporains de Jésus la notion de Royaume correspondait à ce petit Royaume de Galilée, dont le souverain, un fils d’Hérode n’était pas populaire, c’est lui qui fit exécuter Jean Baptiste et qui visita Jésus à Jérusalem par curiosité lors de son arrestation. Quand au souvenir laissé par son père, Hérode le Grand, il était détestable. La notion de « royaume » renvoyait plus à une image redoutable qu’à un pays de délices. Pourtant, Jésus utilise justement cette expression de Royaume de Dieu pour désigner la quintessence de son message.

Ce message devient donc pour nous difficile à recevoir et à transmettre, puisque l’on ne sait plus très bien ce que signifient les notions qui le désignent. Doit-on alors se demander si le Christianisme n’est pas redevenu une religion secrète, comme il le fut à l’origine et dont il fallait connaître les subtilités du langage pour y participer? Malgré tout, nous nous accommodons fort bien de cette réalité. Est-ce normal car le message du Christ a une prétention universelle ? Il doit être reçu par tous les hommes, compris par eux et acceptable par tous.

Si le message chrétien concerne la planète toute entière, il n’est cependant pas facile à recevoir aujourd’hui. On faisait les mêmes reproches à Jésus. On se plaignait de ne pas le comprendre, et Jésus disait qu’il le faisait exprès, il disait volontiers que c’est à dessein que ses paraboles étaient incompréhensibles, il se mettait à la suite des grands prophètes à qui Dieu disait : «endurcis leurs oreilles afin qu’il n’entendent pas! » (Es 6 :10)

De tout temps les messages les plus subtiles de Dieu ont toujours eu du mal à se faire comprendre. Jérémie s’en plaignait et exprimait son amertume à Dieu! Jésus fut si mal compris qu’il en périt. Il avait voulu rendre l’accès de Dieu possible à tous et bien peu comprirent son intention, c’est pourquoi, ses contemporains après l’avoir condamné pour blasphème l’exécutèrent pour avoir offensé Dieu. Chose étrange, il semble que cela faisait partie du projet de Dieu. Il fallait qu’il meure, sera-t-il dit dans les Ecritures. Cette volonté de Dieu ainsi exprimée nous rend encore les choses plus difficiles à comprendre. En fait, on a éliminé Jésus non pas parce qu’il était incompréhensible, mais parce qu’on ne voulait pas comprendre la portée de son discours.

Il est plus facile de dire qu’on ne comprend pas, plutôt que de changer sa vie pour mettre en œuvre ce que l’on a compris. Jésus a été rejeté à cause de l’aspect provoquant de son message qui mettait en cause les privilégiés de la religion aussi bien que les privilégiés de la vie civile en affirmant l’égalité de tous devant Dieu. Et pourtant, certains croyaient vraiment qu’il était dans l’erreur et qu’en le tuant on défendait la cause de Dieu.

Tout cela est quand même compliqué à comprendre. Nous n’y arriverons que si nous faisons un effort car Dieu réclame notre participation intellectuelle pour saisir ce qu’il veut nous dire, sans quoi nous ne pouvons pas formuler de pensée cohérente sur Dieu ou sur le sens du salut. Dieu ne nous prend pas pour des marionnettes, mais pour des êtres pensants. Or les humains, répugnent à l’effort en matière de foi. Ils ont toujours recherché des règles simples et contraignantes, à suivre à la lettre pour organiser leur vie afin de respecter la volonté de Dieu et d’attirer sur eux les faveurs du Seigneur. Mais Dieu n’entend pas les choses ainsi.

Dieu ne cherche pas, par le message qu’il confie à Jésus, à arracher quelques privilégiés au destin que leur humanité leur réserve. C’est cela que prêchent les religions, chacune à leur manière. Elles prétendent donner un enseignement simple pour obtenir l’immortalité. Mais Jésus lui, veut nous entraîner dans une autre direction. Il veut nous ramener à nous-mêmes pour que nous découvrions que le Royaume des cieux est au dedans de nous. Cette découverte doit fonctionner en nous comme si nous avions découvert un vrai trésor, c’est pourquoi Jésus a choisi le mot de Royaume pour exprimer l’accomplissement de son message. Ce mot est chargé de tous nos rêves et de tous nos fantasmes, et malgré tout il reste près de notre réalité quotidienne.

Jésus nous apprend à découvrir en nous les secrets de notre propre vie. C’est pourquoi il nous propose de travailler sur nous-mêmes. Il nous demande faire l’effort nécessaire pour découvrir qu’il nous est possible d’avoir une relation personnelle avec Dieu. L’Esprit que Jésus a soufflé sur ses apôtres et qu’il continue à souffler sur nous, nous permet de découvrir que la réalité de note foi est dans la découverte de notre vie intérieure en relation avec Dieu.

Il y a en nous des richesses tellement importantes qu’il est inutile d’en chercher d’autres ailleurs. De même que le laboureur qui découvre un trésor dans son champ, consacre tous ses biens à l’exploitation de son trésor qui devient le centre de ses activités, de même devons-nous nous émerveiller de ce que Dieu nous invite à découvrir en nous. Si Jésus utilise un mot obsolète, aussi bien pour ses contemporains que pour nous, pour désigner l’essentiel de son Evangile, c’est pour nous entraîner à réfléchir afin que nous fassions l’effort nécessaire qui nous fait passer de la religion à la foi. C’est ainsi que l’amour de Dieu prend place en nous.

L’amour de Dieu pour les hommes se manifeste dans le fait qu’il n’accepte aucune barrière entre lui et eux. Il considère les hommes, tous les hommes, comme ses intimes. Même si les événements qui se produisent ont pu entasser des monceaux d’obstacles entre lui et nous, il les écarte. Aucun événement aussi monstrueux soit-il, ne peut faire obstacle à la présence du Seigneur, même si les hommes tuent le fils de Dieu, Dieu leur maintiendra son amour et les entraînera malgré tout dans son Eternité

Cette découverte ne se trouve pas dans les religions, elle se trouve dans l’exploration de notre vie intérieure. Elle repose sur la découverte que Rien dans notre vie ne peut faire obstacle à la bénédiction de Dieu pour nous. Cela est difficile à concevoir dans le contexte cartésien où nous vivons. Le Royaume nous fait toujours rêver de quelque chose d’inattendu, d’inaccessible et d’utopique. En fait, il nous entraîne à une réalité inimaginable: l’éternité est ouverte à tous sans réserve. L’amour de Dieu rend la chose possible. Comprenne qui le pourra ou qui le voudra : amen.


Ce sermon est une reprise légèrement modifié de celui publié le 25 juillet 2008 sur http://jeanbesset.unblog.fr

mardi 28 juin 2011

Matthieu 13: 24-44 La parabole de la mauvaise herbe ou le problème du bien et du mal - dimanche 17 juillet 2011

Van Gogh le semeur

Matthieu 13/24-44

La parabole de la mauvaise herbe

24 Il leur proposa cette autre parabole : Il en va du règne des cieux comme d'un homme qui avait semé de la bonne semence dans son champ. 25 Pendant que les gens dormaient, son ennemi vint, sema de la mauvaise herbe au milieu du blé et s'en alla. 26 Lorsque l'herbe eut poussé et produit du fruit, la mauvaise herbe parut aussi. 27 Les esclaves du maître de maison vinrent lui dire : Seigneur, n'as-tu pas semé de la bonne semence dans ton champ ? D'où vient donc qu'il y ait de la mauvaise herbe ? 28 Il leur répondit : C'est un ennemi qui a fait cela. Les esclaves lui dirent : Veux-tu que nous allions l'arracher ? 29 Non, dit-il, de peur qu'en arrachant la mauvaise herbe, vous ne déraciniez le blé en même temps. 30 Laissez croître ensemble l'un et l'autre jusqu'à la moisson ; au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Arrachez d'abord la mauvaise herbe et liez-la en gerbes pour la brûler, puis recueillez le blé dans ma grange.
La parabole de la graine de moutarde

31 Il leur proposa cette autre parabole : Voici à quoi le règne des cieux est semblable : une graine de moutarde qu'un homme a prise et semée dans son champ. 32C'est la plus petite de toutes les semences ; mais, quand elle a poussé, elle est plus grande que les plantes potagères et elle devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches. La parabole du levain 33 Il leur dit cette autre parabole : Voici à quoi le règne des cieux est semblable : du levain qu'une femme a pris et introduit dans trois séas de farine, jusqu'à ce que tout ait levé. L'enseignement par les paraboles 34 Tout cela, Jésus le dit aux foules en paraboles ; il ne leur disait rien sans parabole, 35 afin que s'accomplisse ce qui avait été dit par l'entremise du prophète : Je prendrai la parole pour dire des paraboles, je proclamerai des choses cachées depuis la fondation du monde.
Jésus explique la parabole de la mauvaise herbe

36 Alors il laissa les foules et entra dans la maison. Ses disciples vinrent lui dire : Explique-nous la parabole de la mauvaise herbe dans le champ. 37 Il leur répondit : Celui qui sème la bonne semence, c'est le Fils de l'homme ; 38 le champ, c'est le monde, la bonne semence, ce sont les fils du Royaume ; la mauvaise herbe, ce sont les fils du Mauvais ; 39 l'ennemi qui l'a semée, c'est le diable ; la moisson, c'est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges. 40 Ainsi, tout comme on arrache la mauvaise herbe pour la jeter au feu, de même en sera-t-il à la fin du monde. 41 Le Fils de l'homme enverra ses anges, qui arracheront de son royaume toutes les causes de chute et ceux qui font le mal, 42 et ils les jetteront dans la fournaise ardente ; c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents. 43 Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Que celui qui a des oreilles entende !

La parabole du trésor caché


44 Voici à quoi le règne des cieux est semblable : un trésor caché dans un champ ; l'homme qui l'a trouvé le cache et, dans sa joie, il va vendre tout ce qu'il a pour acheter ce champ-là.


BRUGEL La chute des anges


Comment ne pas se sentir frustré quand on voit tout ce mal autour de nous et qu’on se sent incapable d’agir pour améliorer les choses. A force de regarder le monde au travers des médias habituels, nous avons nettement l’impression que le mal gagne du terrain et qu’il occupe tout l’espace. Prudemment les sociétés modernes ayant observé le phénomène ont cherché à se prémunir contre ce danger qui va croissant Elles ont inventé un indicateur de tendance qui leur permet de repérer les lieux où les nuages annonciateurs d’un surcroît de mal et de violence s’amoncellent.

Cela s’appelle les « Droits de l’homme ». A côté de cet indicateurs, on a mis en place des organismes, officiels ou non, qui réagissent au danger et signalent à l’opinion public ceux qui contreviennent aux règles édictées. C’est Amnesty International et l’A.C.A.T., ce sont les O.N.G., c’est l’ONU. Ces organismes préviennent, tentent de guérir les maux et se précipitent au secourir les victimes. Ainsi l’homme moderne se croit à l’ abri des provocations du mal que les nations ou les dirigeants peuvent faire aux individus.

Quand le mal a pour origine la nature et qu’il provoque les hommes dans leur santé, ceux-ci se retournent vers les hommes de science dont ils ont observé les progrès spectaculaires, mais les derniers événements les rendent très méfiants et on ne leur accorde plus beaucoup de crédit. On ne croit plus aux solutions que proposent les spécialistes pour venir à bout des fléaux naturels, ni même pour éradiquer les maladies que l’on dit encore incurables.

Malheur à l’homme qui se confie en l’homme avertissait Jérémie. Il ne faut pas être fin prophète pour observer que le mal sous forme de corruption s’insinue dans les sociétés les plus respectables et pollue ainsi nos refuges de sagesse et d’espoir. Nous découvrons que les critères d’appréciation du bien et du mal changent selon que l’on est d’un côté ou de l’autre d’une frontière. Curieusement, la morale des pays nantis se rit de celle des pays pauvres et veut leur donner des leçons, si bien que les pays riches continuent à s’enrichir malgré leur générosité apparente érigée au rang de doctrine, et les pays pauvres restent pauvres malgré les vertus de leurs habitants.

Ce simple survol de la situation de nos sociétés modernes nous amène à constater que le bien et le mal sont deux compagnons inséparables qui bien qu’ennemis semblent ne pas pouvoir se passer l’un de l’autre. La parabole qui sert de support à mon propos nous montre que les racines de l’ivraie sont étroitement emmêlées dans celles du froment. Jésus avait une vision réaliste du monde, mais cette vision ainsi décrite est plutôt démoralisante, puisqu’elle ne nous donne aucune solution. Si on veut éradiquer le mal on risque du même coup d’entraîner la disparition du bien et de faire un mal plus grand encore.

Faut-il alors baisser les bras, fuir ce monde et nous enfermer dans la piété et la prière comme certains le préconisent? Peut-on pieusement regarder le monde s’effondrer dans une tourmente effroyable que le cinéma d’avant garde nous décrit avec réalisme et attendre que ça se passe pour partager le salut éternel avec les élus? Non nous dit le Seigneur. Et il y a une bonne raison à cela. Nous sommes imprégnés nous aussi par le mal. S’il est solidement enraciné dans le monde, il est aussi solidement enraciné en nous. Un ennemi l’y a mis. Et Dieu ne peut pas nous laisser croire que nous pouvons nous attaquer à cet ennemi et le vaincre, puisqu’il est aussi en nous. Mais qui donc est-il?

Certains croient parfois que Dieu a fait la part des choses et qu’il a fini par s’accommoder de cet ennemi dont il se servirait pour provoquer les hommes et les ramener à la raison : « Il est un mal que le ciel en sa fureur inventa pour punir les crimes de la terre: la peste puisqu’il faut l’appeler par son nom... ». Ainsi philosophait Jean de La Fontaine et avec lui beaucoup pensent que du bien peut sortir du mal. Certains sont enclins à croire que Dieu utiliserait le mal, comme le font les éducateurs qui se servent du martinet ou de la fessée. Pourtant l’Écriture se porte en faux contre tout cela. Le mal y est clairement décrit comme un ennemi de Dieu. Dieu ne pactise pas avec lui. Dieu ne mange pas avec le diable, même avec une grande cuillère, il en fait son adversaire personnel et ne confie à personne d’autre que lui-même le soin de le combattre.

Ce que l’on constate, dès la première page de la Bible, c’est que Dieu lui même semble en être victime. Il est conscient du fait que le mal ou le diable ou quel que soit son nom s’est emparé d’une partie du monde et des hommes. C’est pour remédier à cela que Dieu décide de passer avec les humains un contrat de collaboration et faire triompher la vie là où le mal propose la mort. Dieu n’attaque pas pour autant le mal de front et ne nous demande pas de le faire. Au contraire il demande à l’homme de se mettre au service de Dieu en faisant le bien. Dieu sait que le bien triomphera du mal, car le mal porte en lui sa propre défaite et le bien porte en lui sa propre victoire.

Nous utilisons nos propres critères de justice, pour organiser le monde, sans vraiment savoir si nous sommes vraiment capables de reconnaître ce qui est « bien » ou ce qui est mal, car le mal et le bien sont étroitement imbriqués l’un dans l’autre. Ce qui est bien sous un aspect peut devenir mauvais vu sous un autre angle. Le mal semble dépendant du bien de la même façon que l’ombre est dépendante de la lumière et en est la conséquence. Nous prenons donc conscience qu’il y a aussi du mal en nous et que notre foi en Dieu ne peut l’éradiquer.

Il est bon alors de se tourner vers l’Écriture et d’entendre Jésus nous dire de ne pas nous attaquer au mal, car c’est le travail de Dieu! Quant au bien, puisqu’il nous est impossible à coup sûr de faire le bon choix Il nous propose de nous y prendre autrement.

Dieu en se révélant aux hommes passe avec eux un contrat de vie. Dieu se révèle à nous comme celui qui fait vivre, même quand la mort semble avoir anéanti tout espoir. Il fait vivre même ce qui a perdu l’illusion d’exister. Ce contrat de vie que nous passons avec lui, est lié à la résurrection de Jésus. Il consiste à faire vivre ou à aider à vivre tout ce qui à vocation à vivre. Il consiste donc à faire des actes qui portent la vie en eux. Nous n’avons pas alors à nous poser la question de savoir si c’est bien ou si c’est mal. Jésus semble dire que tout ce qui provoque la vie est bon, même si celui pour lequel on agit nous paraît mauvais ou perdu, même si nos critères de morale le condamnent. Il nous est alors demandé d’imiter Dieu et d’être porteur de vie. C’est à partir de ce raisonnement simple que sont appelé à agir les aumôniers de prison, par exemple. Comment être présent auprès de ceux que le société réprouve si nous ne sommes pas persuadés que Dieu a pour eux des projets de vie. Nous ne trahirons jamais Dieu si par notre action, nous favorisons tout ce qui fait vivre.

Certes, la morale des hommes ou la morale sociale verra d’un mauvais œil un tel enseignement, car en donnant des gages de vie au méchant, nous semblons compromettre l’avenir de la société. Est-ce aussi sûr? Il est clair pourtant que Dieu nous demande d’agir de telle sorte que la vie se dégage de nos actions et que le mieux être des hommes doit être l’aboutissement de ce que nous faisons, quels que soient les hommes, même si ceux qui sont « sages » ou plus savants que nous ou mieux informés que nous ou mieux placés que nous pensent le contraire.

vendredi 24 juin 2011

Esaïe 55:10-11: Dieu se révèle par sa parole - dimanche 10 juillet 2011


Esaïe 55 :10-11

10 Comme la pluie et la neige descendent du ciel et n'y reviennent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l'avoir fécondée et fait germer, sans avoir donné de la semence au semeur et du pain à celui qui a faim,

11 ainsi en est-il de ma parole qui sort de ma bouche : elle ne revient pas à moi sans effet, sans avoir fait ce que je désire, sans avoir réalisé ce pour quoi je l'ai envoyée.




Combien sont-ils, ceux qui cherchent Dieu ? Et quand ils croient l’avoir trouvé, sont-ils sûrs que c’est celui que Jésus appelé son Père qu’ils ont trouvé ? Nous nous interrogeons ainsi, bien que nous sachions que si c’est nous qui cherchons Dieu, c’est quand même lui qui vient vers nous et qui nous trouve. Pourtant nous ne pouvons pas nous empêcher de le chercher dans toutes les directions où portent nos regards.

N’est-il pas possible d’avoir l’intuition de Dieu en contemplant la création avec tout ce qu’il y a de beau et d’infini en elle ? Avec les poètes, comment ne pas s’émerveiller de tant d’harmonie et comment ne pas imaginer que derrière tout cela il y a un architecte de génie qui serait Dieu ? Même si on cherche à s’absorber en Dieu par la contemplation de son œuvre de créateur, même si on laisse les émotions gouverner nos sens, même si on arrive à communier à ce mouvement général des choses qui élèvent l’âme, trouve-t-on dans cette quête de merveilleux et d’absolu la réponse à toutes ces questions qui concernent la destiné de l’homme et qui nous hantent ?. C’est là en effet le seul intérêt que nous avons à chercher Dieu, si ce n’est d’en savoir plus sur la destiné de l’homme.

Notre question lancinante et impérieuse est de savoir s’il peut jouer un rôle dans la manière dont nous orientons notre existence. Pour répondre à cette interrogation la Bible nous suggère une autre piste de recherche. Selon elle, c’est par sa Parole que Dieu se manifeste aux hommes et se révèle à eux comme le Dieu en qui Jésus reconnaissait son Père. Pour connaître Dieu, il nous faut donc apprendre à l’écouter.

C’est sans doute en constatant que Dieu leur parle que les hommes réalisent la présence de Dieu à côté d’eux. Il est suffisamment proche pour se tenir à portée de voix.. Il s’exprime avec leurs mots, il vient habiter leurs pensées, il leur suggère des chemins à suivre. C’est ainsi qu’il se rend présent dans leur vie. Il entre ainsi en relation avec les hommes qui peuvent reconnaître sa voix quand il vient les visiter.

Mais la voix de Dieu n’est pas audible comme le serait une voix humaine. Elle est perceptible par les hommes quand ceux-ci découvrent au fond d’eux-mêmes des idées qui leur sont étrangères tant par leur audace que par leur contenu. Elles les poussent vers les autres et les détournent d’eux-mêmes, elles accréditent en eux des idées généreuses qui a priori leur paraissent sans fondement.

« Va libérer mon peuple » entend ce rescapé des eaux devenu prince d’Egypte. Après avoir échappé aux crocodiles et alors qu’il coule désormais une vie douce et paisible à la cour, il sent vibrer en lui comme une intuition qui le pousse à s’intéresser aux esclaves dont il est peut être le frère et dont il est devenu en quelque sorte le maître. Comment une telle idée a-t-elle pu lui traverser l’esprit ?

Telle est l’intuition de base à partir de laquelle les prophètes d’Israël se sont attachés à rendre compte de la réalité de Dieu. Il se révèle aux hommes non pas comme le Dieu Tout Puissant, Créateur de l’univers et de tout ce qu’il contient mais comme un visiteur qui vient stimuler ce qu’il y a de meilleur en eux. Il se propose de créer en eux un dynamisme suffisant pour qu’ils mettent en œuvre des projets de vie capables d’améliorer l’existence des autres. Cette expérience qui fut celle de Moïse sera aussi l’expérience de tous les inspirés qui prétendent avoir perçu une révélation de Dieu. Elle sera aussi la nôtre.

Quand Dieu parle, les idées qu’il suggère jaillissent au cœur de l’inconscient de ceux auxquels il s’adresse. Ils ne se reconnaissent pas forcément dans ces idées et les récusent avant même qu’elles aient été clairement formulées. N’est-ce pas là la preuve que ces idées ne viennent pas d’eux ? Mais, ces idées les hantent au point qu’ils doivent chercher à les satisfaire pour mieux les faire taire.

Certainement on va me rétorquer que je m’aventure un peu à la légère dans les mystères de l’inconscient et que bien d’autres mobiles que la voix de Dieu peuvent intervenir pour provoquer en nous des idées dont nous avons du mal à reconnaître la paternité. C’est vrai, mais il n’empêche que c’est apparemment comme cela que les choses fonctionnent. Dieu se sert de tous les canaux possibles pour venir jusqu’à nous et faire entendre en nous le son de sa voix qui suggère des projets qui nous seraient a priori étrangers.

L’exemple le plus caractéristique de cette manière de se révéler de la part de Dieu est bien évidemment l’aventure de Moïse que nous avons évoquée. Cette idée lui prendra toute sa vie pour se réaliser, elle nécessitera plusieurs échecs avant de s’accomplir – meurtre d’un garde égyptien, fuite à travers le désert , rencontre de la belle Séphora et installation de Moïse dans la vie d’un paisible nomade, rappel de Dieu au buisson ardent, retour en Egypte et affrontement avec le pharaon… c’est enfin au désert, à la veille d’entrer dans la terre promise où il n’entrera pas, que Moïse comprit que Dieu lui avait vraiment parlé, c’est d’alors dans un face à face bouleversant qu’il rendit à Dieu son esprit.

Le lecteur attentif de la Bible va bien vite rappeler à l’ordre le prédicateur que je suis. Il va lui rappeler que la Bible commence par le Livre de la Genèse et non celui de l’Exode et que dans ces récits du commencement, sont évoqués les merveilles de la création à partir desquels le texte nous invite à admirer Dieu comme le Créateur de talent qu’il est. Il nous y est raconté que Dieu créa avec passion le ciel et la terre, les étoiles, les astres et le firmament, les ondes mugissantes et l’immensité des plaines et des vallons ou gambadent et paissent paisiblement toutes sortes d’animaux.

Il aura bien raison de le faire. Cependant deux remarques s’imposent. La première c’est que malgré leur position au début de la Bible ces textes ont été écrits très tardivement. La deuxième, c’est que malgré leur intention de magnifier la toute puissance créatrice de Dieu, l’agent créateur reste quand même sa Parole.

Les textes sur Moïse ne font pas partie non plus des textes les plus anciens de la Bible, mais eux aussi insistent, nous l’avons vu, sur le rôle de la parole de Dieu. Même dans les textes qui insistent sur la magnificence de Dieu face à la grandeur de la nature, c’est quand même la parole de Dieu qui prend la priorité.

Le texte d’Esaïe qu’il nous est donné de méditer aujourd’hui, est un texte très ancien ( 7 eme siècle av JC ?) mais déjà la Parole de Dieu y est mise en évidence comme révélatrice de Dieu. La parole de Dieu, quand elle s’exprime ne transforme pas celui qui la reçoit en un privilégié. Elle en fait un acteur ou un vulgarisateur. Elle s’adresse à lui pour qu’il agisse. Il découvre bien vite que Dieu veut être connu comme celui qui libère. Revenons à l’histoire de Moïse que nous avons déjà évoquée.

Après avoir raconté comment Moïse a finalement réussi dans son entreprise de libération, la Bible nous donne les Dix Commandements. Ils sont présentés comme la conclusion de cette aventure et semblent avoir pour but d’établir les critères qui permettront d’identifier les exigences de la parole de Dieu. Nous y découvrons que Dieu veut faire de nous, par sa parole des agents de libération. Dans la première table nous trouvons ce qui concerne Dieu et le rôle qu’il attend de nous à son égard. Dans la deuxième table nous y découvrons quels sont les égards que chacun doit avoir pour son prochain. Nous sommes invités à le respecter en le libérant de tout ce qui l’opprime, en particulier des méfaits que nous pouvons lui faire subir.

En conclusion, et à la suite des paroles du prophète Esaïe, nous découvrons que la Parole de Dieu se reconnaît non pas quand elle a été proférée et identifiée comme telle, mais quand elle a été mise en œuvre par celui à qui elle a été adressée et qu’elle a porté ses fruits. Ainsi la voix de Dieu qui a invité Moïse à libérer son peuple ne sera réellement identifiée comme telle, seulement quand le peuple aura été effectivement libéré. C’est ce que nous avons déjà souligné à propos de sa mort.

Jésus n’a pas cherché à nous dire autre chose sur Dieu. Il a présenté son Evangile comme un long dialogue ente lui et Dieu son Père. Lui-même ne se désigne comme Fils de Dieu que parce qu’il a mis en œuvre cette action libératrice de la parole qui révèle la réalité de Dieu. Elle devient réellement effective quand elle s’accomplit. La libération ultime apportée par Jésus est celle de notre mort. Elle ne prend vraiment son effet qu’au matin de Pâques lors de la résurrection par laquelle tout est accompli.

jeudi 16 juin 2011

Matthieu 11: 25-30 la sagesse de Dieu dimanche 3 juillet 2011




En ce temps là, Jésus prit la parole et dit : Je te loue Père, Seigneur du ciel et de la terre de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents et que tu les as réservées aux enfants. Oui, Père je te loue de ce que tel a été ton bienveillant dessein. Tout m’a été remis par mon Père et personne ne connaît le Fils si ce n’est par le Père, personne non plus ne connaît le Père si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler.

Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et retenez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur et vous trouverez du repos pour vos âmes. Car mon joug est aisé et mon fardeau léger.



On n’ose pas toujours le dire, mais parfois Jésus nous agace. Il y a des moments où on a du mal à le suivre et où ses propos nous blessent. On n’ose cependant pas le dire car de telles pensées paraîtraient inconvenantes. Aujourd’hui, il s’en prend aux sages et aux intelligents. Et naturellement, nous nous sentons visés, parce que nous nous croyons sages et intelligents, et sans nous flatter, nous le sommes vraiment. Il s’en prend à nos vertus les plus caractéristiques pour les opposer à celles des tout petits enfants qui en raison de leur manque d’expérience n’ont pas encore pu tester leur propre intelligence. En nous déstabilisant ainsi, on ne sait pas où Jésus veut en venir.

Comment peut-il s’en prendre à notre sagesse alors que la Bible valorise la sagesse humaine en commençant par celle de Salomon qui était proverbiale? Jésus s’en prend à notre intelligence. N’est-ce pas grâce à elle que le génie humain parachève la création ? N’est-ce pas grâce à elle que nous traduisons en actes les intuitions que Dieu nous donne par son Saint Esprit ? Comment pourrions-nous aider les autres et les aimer comme nous-mêmes si nous ne pouvions les considérer avec intelligence et les aider dans la mesure de nos compétences ? Jésus veut-il que nous changions de comportement ? Veut-il que nous abandonnions tout pour mendier notre bol de riz sur les chemins, comme le font certains moines bouddhistes ? Nous faut-il revenir comme les Hébreux dans le désert qui attendaient chaque soir que la manne leur vienne du ciel ?

Bien qu’il sache fort bien nos réticences à ses propos, il nous vente la sagesse des nourrissons. Ils sont encore si petits qu’ils dépendent entièrement de leur mère. Jésus sait certainement qu’à ce stade de leur évolution, ils sont entièrement égocentriques et que leur existence se réduit à la satisfaction de leurs pulsions immédiates. Quand leurs besoins de confort ne sont pas satisfaits, ils pleurent pour exiger que leurs désirs soient assouvis ? Est-ce ainsi que Jésus veut que nous soyons, tels Adam et Eve dans le jardin d’Eden vivant de tout ce qui leur était donné en abondance ? Mais ca ne marche pas ainsi, le jardin des Ecritures nous est interdit et pour vivre sur terre il nous faut être responsables de nos actes ? Il nous faut agir intelligemment pour que le plus possible d’entre nous vivent correctement. N’est-ce pas là la volonté de Dieu ? Il est évident que ce n’est pas là que Jésus eut en venir.

Si nous persistons dans ce type de raisonnement nous allons nous orienter sur une mauvaise voie. Il est évident que Jésus s’en prend pas à nos valeurs intellectuelles et à notre manière d’appréhender les problèmes avec sagesse. Par contre il veut nous mettre en garde contre nous-mêmes. Il sait que plus nous sommes compétents, plus nous avons acquis de savoir, plus nous sommes enclins à faire confiance en l’homme et en l’homme seul. Plus nous donnons du poids à nos valeurs humaines, plus nous risquons d’oublier Dieu.

Jésus nous invite à un peu de modestie par rapport à nous-mêmes et à ne pas confondre sagesse et connaissance, car bien souvent nous croyons qu’en accumulant les savoir nous croissons en sagesse. Ce qui est faux. Nous allons vérifier la justesse de ses propos à travers l’Ecriture. Le récit le plus significatif en la matière se trouve sans doute dans l’histoire de David et de Goliath. Que les récits soient historiques ou légendaires ne changent rien à l’affaire. David nous est présenté par les textes comme un garçon intelligent et avisé. Cependant, face au géant Goliath, aucune sagesse humaine ne lui aurait donné une seule chance. Il fallait donc que son intelligence et sa sagesse soient relayées par une audace dont l’intuition lui venait d’ailleurs.

Autre exemple : Le peuple d’Israël lui-même, malgré toute la sagesse de Moïse pouvait-il défier raisonnablement le pouvoir du pharaon, traverser les eaux hostiles de la mer Rouge et envisager de séjourner dans le désert au milieu des reptiles et des scorpions à la recherche d’une hypothétique terre promise ? C’était un défi au bon sens et pourtant il l’a relevé. Toute l’Ecriture nous relate ce type d’événements pour nous enseigner que la foi en Dieu repose sur ce type de défi que l’on relève en s’appuyant sur la foi et non sur la connaissance. Les hommes de la Bible avaient capacité d’affronter les obstacles de la vie grâce à l’intuition qui leur venait de Dieu et qui pouvait parfois s’opposer à la sagesse et à l’intelligence humaine. Ils ont cependant bien souvent préféré suivre leur propre sagesse en oubliant d’écouter Dieu et leur aventure a tourné court.

C’est là que Jésus attendait ses auditeurs, c’est là qu’il nous attend aussi. Il considère que notre sagesse et notre prudence risquent de neutraliser notre capacité à espérer. Notre raison nous porte à limiter raisonnablement les risques. C’est pourquoi, nous nous sentons toujours trop faibles pour entreprendre, trop pécheurs pour espérer, trop vieux ou trop peu nombreux pour entreprendre. Notre sagesse et notre intelligence établissent des limites de prudence que Jésus veut nous faire dépasser. Il veut que nous devenions des prophètes de bonheur dans une société qui passe son temps à se protéger du pire et qui méconnaît les capacités de réussite que contient l’espérance.

Un des plus gros défi que nous ayons à relever, c’est celui que nous pose notre propre savoir, car c’est sur lui que nous asseyons notre sagesse. Il constitue comme une force d’inertie qui nous empêche d’avancer parce qu’il fait de nous des êtres blasés face à l’avenir. Notre savoir est si et s’appuie sur tant d’expériences que nous avons l’impression du « déjà vu » qui nous prive de toute audace et qui neutralise notre faculté d’espérer. Ce savoir qui s’appuie sur l’expérience des autres neutralise notre propre intelligence et notre propre sagesse. Il pèse sur nous d’un poids comparable à celui du joug que l’on posait sur la nuque des bœufs à l’époque de la traction animale. Si le joug permettait aux bœufs de tirer des charrettes de gros poids, il les obligeait à baisser la tête et les empêchait de voir devant eux. Leur vision de la route en était ainsi obstruée. Le poids de notre savoir nous met dans ces conditions semblables à celles des bœufs au travail, il nous empêche de voir au-delà de nous-mêmes les possibilités que Dieu dessine à l’horizon de notre route.

Jésus savait que l’Ecriture était témoin d’une autre manière de voir les choses. Il a appris par exemple que dans l’histoire de David et Goliath, David a déposé les armes trop lourdes que le roi Saül avait mises à sa disposition pour le protéger. Elles l’empêchaient de se mouvoir au lieu d’assurer sa sécurité. De même, le peuple d’Israël avait du oublier sa propre sécurité avant de quitter l’Egypte et abandonner tout ce qui aurait pu entraver sa progression dans le désert. Il n’avait pour le protéger que la certitude que Dieu l’accompagnait dans son aventure et ne l’abandonnerait pas. C’est ainsi qu’ils pouvaient courir le risque de l’entreprise. Dans une telle aventure, notre sagesse et notre intelligence peuvent agir comme des freins qui pourraient contrecarrer les projets que Dieu nous amène à formuler. Nous ne pouvons donc être audacieux dans la foi sans déposer les poids qui entravent nos désirs.

Déposer nos poids trop lourds, ne consiste pas seulement à dépasser notre savoir et nos connaissances pour laisser Dieu pénétrer en nous et faire sa demeure dans notre âme, c’est aussi agir de telle sorte que le poids des expériences que l’on a acquises ne pèse pas d’une manière négative sur les messages que Dieu nous envoie. C’est aussi accepter que les remords que l’on peut avoir ou que le dégoût que l’on peut avoir de soi-même n’encombrent plus notre avenir. Dieu a décidé une fois pour toutes, par le pardon qu’il nous donne de nous en débarrasser et d’en porter pour nous tout le poids. Il a décidé que le passé ne devait plus être un obstacle. Il se charge lui-même d’en assumer le poids et il place devant nous des projets qui font vivre. C’est cela qu’on appelle l’espérance. L’espérance, c’est la puissance de vie que Dieu met en nous et avec laquelle nous construisons notre destin.

samedi 11 juin 2011

2 Corinthiens 5:17-20 Dieu parle - Confirmation des catéchumènes, Pentecôte - dimanche 12 juin 2011



2 Corinthiens 5/17-19

17 Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées ; voici : (toutes choses) sont devenues nouvelles. 18 Et tout cela vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par Christ, et qui nous a donné le service de la réconciliation. 19 Car Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, sans tenir compte aux hommes de leurs fautes, et il a mis en nous la parole de la réconciliation. 20 Nous sommes donc ambassadeurs pour Christ, comme si Dieu exhortait par nous ; nous vous en supplions au nom de Christ : Soyez réconciliés avec Dieu !




Depuis longtemps, nous savons que Dieu intervient dans le monde par sa Parole. Il dit et la chose existe nous rapportent les Ecritures. Une telle affirmation devrait forcément m’inquiéter, puisque je vais user du même privilège que Dieu pour m’adresser à vous: la Parole. Mais si les Ecritures nous transmettent des Paroles venant de Dieu, nul ne les a vraiment entendues. Si Dieu fait entendre sa voix, c’est généralement par le relais de certains humains, qui parfois, sans en être conscients eux-mêmes transmettent un message qui résonne dans l’intimité du cœur de ceux à qui ils s’adressent. Ce relais humain n’est pas forcément nécessaire, mais c’est toujours dans son fort intérieur, que l’intéressé reçoit ce qui peut être un message de Dieu. C’est cependant toujours par l’action du saint Esprit qui agit en eux que les hommes identifient la voix de Dieu.

Si je parle maintenant devant vous, ce n’est pas pour dire la parole de Dieu, mais de dire une parole sur Dieu. C’est assez différent, mais la situation reste ambiguë car Dieu et les hommes ne parlent pas de la même façon. Pour ce qui le concerne, l’homme émet des sons articulés qui forment des mots et qui traduisent sa pensée. C’est ainsi que tous les hommes parlent. Dieu, quant à lui, vous l’avez bien compris, ne prononce pas de mots, mais il transmet sa pensée par intuition à des humains qui lui sont attentifs et qui utilisent des mots pour rendre compte de ce qu’ils ont perçu.

Par ces intuitions traduites par des mots, Dieu révèle sa pensée qui agit en chacun de nous. C’est ainsi que Dieu parle. Il n’y a pas d’autres êtres que les humains qui sur terre partagent avec Dieu ce privilège de se faire comprendre par la pensée exprimée en paroles. Nous sommes donc placés sur terre dans une position privilégiée par rapport à Dieu, si bien que l’on a pu dire que nous étions conformes à l’image de Dieu. Certainement certains vont me dire qu’ils parlent avec leur chat, ou leur chien et qu’ils se comprennent. La belle affaire ! La pensée d’un animal n’est pas du même ordre que celle d’un humain ou que celle de Dieu. Nous sommes donc sur un terrain d’entente, voire même de connivence avec Dieu.

Donc ce matin, si je ne veux pas me prendre pour Dieu, je ne dois pas parler à sa place, mais je dois le laisser parler. Mon propos doit donc s’efforcer de vous orienter vers Dieu et de vous suggérer dans quelle direction il faut vous tourner pour l’entendre. Je ne peux être que le doigt qui désigne Dieu. J’essaye donc d’agir comme le sage qui montre le ciel avec son doigt. C’est le sot dit le proverbe chinois qui regarde le doigt et non la direction qu’il désigne. Si donc à la fin de mon sermon, vous ne voyez pas dans quelle direction se trouve Dieu, c’est que le sot ce sera moi, qui me serai mal exprimé, ou ce sera peut-être vous qui n’aurez pas su regarder dans la bonne direction.

Si Dieu, vers lequel nous tendons les regards est à portée de voix, s’il parle, comme nous, c’est qu’il est tout proche de nous. Tous les grands témoins dont la Bible rapporte la rencontre avec Dieu ont éprouvé cette proximité avec lui. Quand il se fait connaître à Moïse par exemple, Dieu lui dit : « Je suis qui je suis » Etrange non ? Dieu se présente comme nous le faisons nous-mêmes. Quand on demande à quelqu’un qui es-tu, Il répond : « Je suis un tel ». Il utilise la même expression que Dieu pour se révéler : « Je suis. »

C’est ainsi que la Bible nous présente Dieu, comme un être si proche de nous que s’établit un lien de parenté entre lui et nous. Ce culte que nous vivons ensemble pour apporter un enfant devant Dieu ou pour accueillir des catéchumènes sera donc, d’abord une réunion où la famille de Dieu se rassemble autour de lui pour faire la fête, en l’honneur de ses enfants.

Il n’empêche que tout ne baigne pas dans l’euphorie comme je viens de le laisser entendre et qu’une trop grande proximité de Dieu nous gène. Il y a comme un non-dit quelque part qui nous maintient sur la réserve, et nous gardons en nous comme une crainte de Dieu, c’est pourquoi l’apôtre Paul a cru bon de dire les paroles que j’ai retenues aujourd’hui comme support à ce sermon : « Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même.

Tout se passe comme si nous avions des reproches à lui faire. Nous pensons qu’il peut tout, qu’il voit tout, qu’il a tout créé, et que malgré tout, ça va mal, non seulement dans le monde, mais aussi dans notre propre existence ! Pourquoi Dieu n’a-t-il pas écarté les malheurs qui nous font souffrir ? Pourquoi Dieu ne nous a-t-il pas fait tous égaux en poids, en taille, en intelligence ? Alain Souchon dans une chanson célèbre : « Maman bobo », reproche à sa mère, (pourquoi pas à Dieu ?) de ne pas l’avoir fait beau. Il exprime ainsi le désenchantement de tous ceux qui se sentent frustrés de quelque chose. Il y a en nous tellement de questions sans réponses, que nous ne pouvons pas vraiment être en intimité avec Dieu, c’est pourquoi, malgré tout, nous gardons nos distances.

Dieu sait bien tout cela, c’est pourquoi il nous a confié un livre de famille qui contient tout ce que nous devons savoir sur lui : La Bible. Il a envoyé Jésus Christ pour nous l’expliquer et rétablir l’harmonie avec lui, mais cela ne semble pas avoir amélioré la situation.

Certes, il paraît qu’on ne lit plus la Bible. Ce n’est pas forcément vrai ! Mais ce qui est vrai c’est que beaucoup d’entre nous lisent une autre Bible que celle que la tradition nous a confiée. Si on ne lit pas la Bible qu’on nous a remis au KT et qu’on lui laisse prendre la poussière sur les rayons de notre bibliothèque, cela ne veut pas dire que l’on n’a pas recours à la Bible.

On a recours à une autre Bible qui ne se trouve pas en librairie ni sur internet, c’est un ouvrage mythique, écrit par la rumeur et colporté de bouche à oreille, elle est pleine d’idées reçues, pleine d’affirmations non démontrées. Elle est composée de récits à consonance biblique améliorés par les romans et le cinéma tels les « dix commandements » de C.B. de Mille par exemple qui font de Moïse un prince égyptien et de Dieu un tyran vindicatif ou « Quoi Vadis » qui imagine la mort de Pierre, ou le Da Vinci Code qui fait de Marie Madeleine l’épouse de Jésus. Pendant deux ans, j’ai pu vérifier auprès des jeunes dont vous m’avez confié l’éducation religieuse combien cette autre Bible était différente de celle imprimée qu’on leur avait donnée. J’ai essayé d’en arracher quelques pages avec beaucoup de difficultés. C’est dans les pages non imprimées de cette fausse Bible, dont personne n’a la même, qu’on trouve le portrait de ce Dieu dont les jeunes générations ne veulent plus, et qu’ils confondent avec l’autre, le Tout Autre.

La pratique de cette fausse Bible, leur apprend que Dieu est présenté comme un Seigneur redoutable plus prompt à condamner qu’à pardonner, qui fait crasher les avions pour punir les uns et qui provoque les tsunamis pour affirmer aux hommes sa toute puissance.

Il aurait même nourri une colère tellement forte contre l’humanité, dit-on, qu’il aurait été jusqu’à provoquer la torture et la mort de son propre fils pour calmer sa fureur. C’est cet ensemble d’idées reçues, amassées dans notre inconscient qui fait que l’on se méfie de Dieu, qu’on doute de l’authenticité de l’amour dont Jésus a fait état en parlant de lui et que l’on trouve que la vie est fade et amère.

C’est pourquoi, il faut nous mettre à l’écoute de cette Parole de Dieu qui se fait entendre au plus profond de notre être. C’est d’elle dont Jésus fut le témoin. Il a mis en actes par ses dire et ses actions, par ses miracles aussi, tout ce que Dieu avait à dire aux hommes. C’est cette parole qui vibre en nous quand nous éprouvons des désirs, de paix, de joie et d’amour, et c’est elle qui habite nos pensées quand elles sont animées par des pulsions de vie, d’espérance, de partage. C’est alors que Dieu nous parle.

Dieu, celui de la Bible qui nous est présenté par Jésus comme un Père bienveillant a fait le pari que tout se mettrait à changer quand l’amour du prochain prendrait le pas sur toute autre vertu humaine. Les choses deviendront nouvelles, selon lui, si l’intérêt que l’on porte aux autres prend le pas sur tout autre intérêt. C’est cela que l’on trouve dans ce livre de famille qu’est la Bible.

Elle ne nous dit pas que c’est Dieu qui transformera notre vie, elle nous dit que c’est Dieu qui nous donnera l’énergie pour transformer notre vie. Elle ne nous dit pas que nous n’aurons pas de difficultés, que les malheurs ne nous désespéreront pas, que nous réussirons à nos examens, mais elle nous dit que Dieu inscrit l’espérance dans notre vie et que tout prend une autre dimension pour celui qui croit que Dieu veut d’abord notre bien.

Puisque nous sommes dans le temps de Pentecôte, souvenons-nous de ce que le récit qui nous rapporte l’événement nous en dit. Il nous dit que l’Esprit de Dieu est capable de pénétrer à l’intérieur de chaque être et de transformer ses craintes en espérance de vie capable de le combler de joie. Ceux qui ont acceptés cette visite de l’Esprit de Dieu en eux étaient tellement bouleversés nous dit-on qu’on a cru qu’ils étaient ivres. N’est-ce pas là tout un programme pour la vie qui s’ouvre devant nous ?







Ze Bible est la nouvelle traduction de la Bible pour les juenes

vendredi 27 mai 2011

Jean 6:51-58 - le pain descendu du ciel dimanche 26 juin 2011


Jean 6/51-59 51 Moi, je suis le pain vivant descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde. 52 Les Juifs se querellaient entre eux et disaient : Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger ? 53 Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang, vous n'avez pas la vie en vous. 54 Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. 55 Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang est vraiment un breuvage. 56 Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. 57 Comme le Père qui est vivant m'a envoyé, et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra par moi. 58 C'est ici le pain descendu du ciel. Il n'est pas comme celui qu'ont mangé vos pères : ils sont morts. Celui qui mange ce pain vivra éternellement. 59 C'est ce que Jésus dit alors qu'il enseignait dans la synagogue, à Capernaüm.

lire aussi 1 Rois 17 :1-15 Elie au bord du Kerith
1 Elie, le Tishbite, l'un des habitants de Galaad, dit à Achab : Par la vie du SEIGNEUR, le Dieu d'Israël, au service duquel je me tiens, il n'y aura ces années-ci ni rosée ni pluie, sinon à ma parole ! 2 La parole du SEIGNEUR lui parvint : 3 Repars d'ici vers l'est et cache-toi près de l'oued Kerith, qui est en face du Jourdain.

4 Tu boiras de l'eau de l'oued ; j'ai ordonné aux corbeaux de pourvoir à tous tes besoins là-bas. 5 Il partit et agit selon la parole du SEIGNEUR ; il alla s'installer près de l'oued Kerith, qui est en face du Jourdain. 6 Les corbeaux lui apportaient du pain et de la viande le matin, du pain et de la viande le soir, et il buvait à l'oued. 7 Mais après quelque temps, l'oued fut à sec, car il n'y avait pas eu de pluie dans le pays.
Elie chez la veuve de Sarepta

8 Alors la parole du SEIGNEUR lui parvint : 9 Va à Sarepta qui appartient à Sidon et restes-y. Là-bas, j'ai ordonné à une veuve de pourvoir à tous tes besoins. 10Il s'en alla à Sarepta. Comme il arrivait à l'entrée de la ville, il y avait là une veuve qui ramassait du bois. Il l'appela et lui dit : Va me chercher un peu d'eau dans un récipient, je te prie, pour que je boive. 11 Elle alla en chercher. Il l'appela de nouveau et lui dit : Va me chercher, je te prie, un morceau de pain dans ta main. 12 Elle répondit : Par la vie du SEIGNEUR, ton Dieu, je n'ai rien de cuit, je n'ai qu'une poignée de farine dans un pot et un peu d'huile dans une cruche. Je ramasse deux morceaux de bois, puis je vais rentrer préparer cela pour moi et pour mon fils ; nous mangerons, après quoi nous mourrons. 13 Elie lui dit : N'aie pas peur, rentre, fais comme tu l'as dit. Seulement, prépare-moi d'abord avec cela une petite galette et tu me l'apporteras ; tu en feras ensuite pour toi et pour ton fils. 14 Car ainsi parle le SEIGNEUR, le Dieu d'Israël : Le pot de farine ne s'épuisera pas, et la cruche d'huile ne se videra pas, jusqu'au jour où le SEIGNEUR enverra la pluie sur la terre. 15 Elle alla faire selon la parole d'Elie et pendant des jours elle eut de quoi manger, elle et sa maison, ainsi que lui. 16 Le pot de farine ne s'épuisa pas, et la cruche d'huile ne se vida pas, selon la parole que le SEIGNEUR avait dite par l'intermédiaire d'Elie.




Il est des temps et des moments où les événements ne semblent plus obéir à Dieu, le ciel se ferme et la pluie ne tombe pas, la sécheresse s’installe et Dieu semble ne pas vouloir répondre aux suppliques des hommes. La Bible nous parle d’une sécheresse qui dura trois ans à l’époque du prophète Elie (1 Rois 17 ss). Le prophète ne survécut que grâce aux corbeaux qui prirent soin de lui et à la bienveillance d’une veuve dans le village de Sarepta qui se priva pour le nourrir. La leçon qu’en a tiré l’Ecriture, c’est que Dieu s’est servi de l’événement pour faire comprendre au terrible roi Achab que malgré sa puissance, il n’était pas un maître absolu. Il ne subsistait sur le trône que parce que Dieu le lui permettait. Il ne semble pas vraiment que le roi ait compris la leçon, mais ce qui est clair, c’est ce que le prophète nous a transmis. Malgré nos incompréhensions et nos questions sans réponse, il affirme que Dieu joue toujours un rôle à nos côtés, si nous voulons bien lui prêter attention. Dieu préside à notre destinée d’une manière bienveillante et il inspire nos actions même si nous ne percevons pas forcément qu’elles ont Dieu pour origine.

Un tel message paraît un peu bref et la réponse insuffisante. Quand le ciel se ferme et que la nature tourmente les hommes au point de leur faire perdre tout espoir, quand Dieu lui-même paraît tellement s’éloigner qu’il reste inaccessible aux prières, les hommes en arrivent à douter de lui et à chercher des réponses ailleurs qu’en lui. Quand les hommes pâtissent sans raison apparente, quand la terre se met à trembler et que l’onde mugissante réclame des vies avant de s’apaiser, quand la terre assoiffée ne produit plus ses fruits, on se reconnaît le droit de demander des comptes à Dieu afin de trouver du sens à notre situation.

Aujourd’hui la majorité d’entre nous ne questionne même plus Dieu tant on le croit étranger à de tels événements et impuissant à les résoudre. Nous sommes convaincus que les vagues de sécheresse auxquelles nous assistons ces dernières années sont liées à des problèmes météorologiques, aggravés par l’activité industrielle des hommes qui augmente l’effet serre et que les piques de pollution rendent catastrophiques. Les plus vaillants se protègent, les plus faibles résistent moins bien . Si on se tourne vers Dieu, c’est pour reconnaître que nous ne sommes pas les maîtres de la situation, et que les hommes ont encore beaucoup de choses à apprendre pour maîtriser leur avenir et celui de la planète, mais bien peu reconnaissent à Dieu la capacité ou la volonté d’intervenir pour venir au secours des plus menacés.

Je n’ai certes pas l’intention de mettre Dieu en cause, ni de douter de sa bienveillance, mais je reste, comme vous avec mes questionnements et je me tourne vers le Seigneur pour lui demander quel rôle il joue dans tout cela.

L’Evangile de ce jour, placé dans ce contexte, résonne d’une façon inhabituelle, il nous place dans une situation de famine spirituelle pour laquelle la seule réponse possible se trouve en Christ. Nos âmes avides de forces nouvelles ne trouveront de réconfort qu’en lui seul. Notre intelligence, toujours prompte à apporter des explications à tous les événements qui nous arrivent doit, elle aussi, se laisser nourrir par ce pain qui vient d’ailleurs et auxquels Jésus seul peut donner du sens.

Au lieu de nous interroger sur la toute puissance de Dieu au sujet de laquelle il ne nous appartient pas de donner des réponses, au lieu de chercher des explications culpabilisantes sur une colère éventuelle de Dieu qui priverait les hommes de pain, nous sommes invités à tourner les yeux vers Jésus qui seul est capable de rendre Dieu compréhensible. Curieusement, il ne nous parle pas de châtiment ni de colère divine. Il nous parle de nourriture et de breuvages qui font vivre. Le Dieu qui se révèle en Jésus Christ est celui qui donne nourriture et espérance à ceux qui ne comprennent pas ce qui leur arrive. Dieu était donc caché dans l’action des corbeaux pourvoyeurs de nourriture, il avait aussi le visage de la veuve de Sarepta quand la disette sévissait. Il prend le visage de tous ceux qui se sentent concernés par le sort des autres en manque de nourriture.

Mais de quelle nourriture s’agit-il ? : « mon corps est vraiment une nourriture, et mon sang et vraiment un breuvage ! » dit Jésus. Qu’est ce que cela pourrait bien vouloir dire ? Quelle signification prennent ces paroles mystérieuses qui nous désignent bien évidemment le pain et le vin de la cène mais qui les charge d’un sens qui nous dépasse.

Le pain venu du ciel semble être un don purement divin. Il suffit que les hommes ouvrent leurs mains et leur esprit pour qu’il produise son effet en eux. Cependant pourquoi Jésus prend-il l’exemple du pain qu’il assimile à sa propre chaire ? N’aurait-il pas pu insister sur l’exemple de la manne qui nourrissait jadis les hébreux dans le désert, la manne était un produit miraculeux issu d’une sécrétion de sève qui apparaissait sur les branches de certains arbustes du désert. Elle pouvait être assimilée à un don du ciel comme semble le suggérer Jésus.

Pourtant il préfère prendre l’image du pain, car elle implique la participation des hommes. Pour que le pain devienne du pain il faut l’action conjuguée de plusieurs individus, il faut semer et récolter le blé, puis il faut le moudre, pétrir la pâte et la faire cuir. Jésus signifiait par là que le don de Dieu n’est perceptible dans la vie des hommes que si une action humaine se produit pour lui donner du sens. C’est par l’action des hommes que Dieu se révèle quand il leur porte secours.

Il me semble donc que Jésus ne conçoive l’action de Dieu parmi nous que si en même temps elle est révélée par les hommes. Ainsi au cœur de la sécheresse, dans le pays de Sarepta, l’action de Dieu se manifeste par le don de vie que la veuve fait à Elie en lui donnant le peu de farine qui lui aurait permis de vivre un jour de plus ainsi que son enfant.

Mais l’action de Dieu n’est cependant pas exclue. Dieu reste le maître de la situation. Il est dit qu’il peut déclencher ou arrêter la sécheresse sur sa parole, mais son action est cependant révélée par le geste apparemment insignifiant de la veuve.

Les hommes d’aujourd’hui croient que par leur science ils peuvent tout expliquer Alors que les catastrophes se font douloureusement sentir, ils s’accusent mutuellement de ne pas avoir su prévoir ce qui pouvait arriver. Ils s’accusent les uns et les autres de ne pas avoir assumé leurs responsabilités. Ils ne croient pas cependant que Dieu pouvait avoir une action quelconque dans l’événement. Pourtant à la lumière des textes bibliques ils pourraient comprendre que même dans des situations dramatiques dont il n’est pas la cause, Dieu se sert quand même de l’action des hommes et des femmes qui agissent pour se révéler. L’action de Dieu paraît plus évidente à travers ces gestes altruistes faits par des hommes souvent anonymes qu’elle ne l’est par l’exaucement miraculeux de nos prières..

La nourriture dont Jésus nous fait vivre trouve son origine spirituelle en Dieu, mais cette nourriture est faites de toutes les actions que mènent ceux qui espèrent encore quand plus personne n’espèrent et qui agissent encore quand tous baissent les bras. Ils croient que la vie aura toujours le dessus, même quand la mort semble victorieuse.

Le pain et le vin de la cène prennent alors cette dimension prophétique qui se renouvelle chaque fois que nous la célébrons. Nous affirmons alors qu’aucune puissance ne peut nous priver de l’espérance. Le saint Esprit, présent dans notre célébration nous pousse à croire que nous sommes promis à la vie, même si nous sommes déjà physiquement morts.