lundi 27 avril 2009

s'aimer soi-même, aimer les autres et aimer Dieu! Comment gérer tout cela? pour le dimanche 17 mai, Jean 15/9-17


Jean 15/9-17

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Je vous aime comme le Père m'aime. Demeurez dans mon amour.
10 Si vous obéissez à mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi j'ai obéi aux commandements de mon Père et que je demeure dans son amour. 11 « Je vous ai dit cela afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète. 12 Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous aime. 13 Le plus grand amour que quelqu'un puisse montrer, c'est de donner sa vie pour ses amis. 14 Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. 15 Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître. Je vous appelle amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j'ai appris de mon Père. 16 Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis ; je vous ai chargés d'aller, de porter des fruits et des fruits durables. Alors, le Père vous donnera tout ce que vous lui demanderez en mon nom. 17 Ce que je vous commande, donc, c'est de vous aimer les uns les autres. »


Jean 15/9-17

- Peut-on aimer si on n'éprouve aucun sentiment pour l'autre?
- Ne pas répondre à la violence de celui qui vous humilie est-ce de l’amour ?
Si on répond par l'affirmative à ces deux questions n'éprouvera-t-on pas une profonde frustration? Peut-on alors trouver une satisfaction dans la frustration ? Derrière ces quelques remarques se cachent bien évidemment toutes les questions que nous formulons quand l'Evangile nous propose de trouver notre bonheur dans des attitudes que nous pourrions qualifier de vexatoires ou d’aliénantes. "Heureux serez-vous quand on vous outragera, aimez vos ennemis, priez pour ceux qui persécutent. Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres". Voila des textes, tant de fois cités qui permettent au nom d’un idéal évangélique mal compris, de justifier des situations parfois choquantes.

Il paraît tout à fait évident et conforme à notre nature humaine de considérer que le but de notre vie est d’être heureux, c'est pourquoi chacun cherche à sa manière le secret du bonheur. Nous pensons qu’il réside dans l’accomplissement de nos dons et de nos désirs. Nous cherchons dans le dépassement de nous-mêmes à réaliser ce qui nous motive le plus et nous pensons ainsi atteindre le bonheur. Mais l’être humain est un puits sans fond. Il n’arrive jamais au terme de ses désirs et en demande toujours plus. Pourtant la plupart d'entre-nous considèrent que l’expression d’une sagesse raisonnable consiste, faute d’avoir vraiment trouvé le bonheur, à se contenter de ce qu'on a et de s'en accommoder comme une succédané du bonheur. Mais on garde par de vers soi le sentiment qu'on aurait toujours pu faire mieux.

Il semble cependant que soit révolue l'époque où jadis les philosophes invitaient chacun à trouver son bonheur dans la satisfaction de l’instant qui passe et où les théologiens l’invitaient à accepter son sort comme un don de Dieu.

Face à ceux qui malgré tout restent satisfaits d’eux-mêmes se dresse l’immense groupe des insatisfaits et des malchanceux. Blessés par la vie avant de l’avoir commencée, ou nés sous une mauvaise étoile, ils sont frustrés et ne trouvent leur satisfaction qu'en exprimant leur révolte. La société où nous vivons attise ces sentiments et ces frustrations en accusant les autres d'être responsables sans jamais dire de qui il s’agit. C'est sur ce point que Jésus nous provoque, il nous invite non seulement à découvrir qui sont ces autres, mais à les aimer. Il ne s’agit cependant pas de subir et d’accepter leurs humiliations, mais de chercher à avoir vis à vis d'eux une attitude telle qu'ils seront amenés à se transformer. C'est ainsi que l'on plaira à Dieu. Car selon lui, c'est dans notre bonne relation avec l'autre, quel qu'il soit, que réside le secret du bonheur et on ne peut être heureux sans plaire à Dieu. Mais comment arriver à ce renversement d'attitude quand c'est l'indifférence, voire même l'hostilité qui préside à nos relations avec les autres?

Selon Jésus nous ne pouvons pas trouver le bonheur en nous-mêmes et nous ne pouvons pas davantage le trouver dans la résignation. Le secret du bonheur se trouve dans notre capacité à aimer. Nous réussirons notre vie et nous serons heureux dans la mesure où nous aurons réussi à aimer. Le secret du bonheur consiste donc à se dépasser soi-même pour se tourner vers l’autre en développant des sentiments d’amour à son égard. Mais on ne peut aimer sur commande semble-t-il. On ne peut pas aimer ceux pour qui nous n’avons aucune attirance et l’injonction de Jésus qui nous pousse vers tous les autres nous paraît suspecte et irréaliste. Quoi qu’il en soit nous savons bien que notre désir de réussite personnelle ne nous apportera aucune impression de bonheur si on n’y introduit pas une grosse part d’altruisme et d’intérêt pour les autres.

Jésus en a fait un impératif. Il considère que nous ne pouvons pas faire autrement. En fait, toute l’Ecriture nous introduit dans cette perspective qui est la règle de conduite de Dieu lui-même. En effet, si nous pensons au tout premier récit de la Bible, nous sommes témoins d’une histoire d'amour entre Dieu et la réalité de ce qu’il va créer
mais qui n’existe pas encore. Les premiers mouvements créateurs de Dieu sont décrits comme un corps à corps avec le néant. Il doit bousculer ce qui n’existe pas pour libérer la lumière, il doit affronter la masse compacte pour que les eaux s’ordonnent et laisse surgir la terre des profondeurs de l'abîme afin de s’ouvrir à la vie. Mais avant de nous décrire ce combat, il nous est dit que l’esprit couvait le monde avant qu’il ne vienne à la réalité. Ainsi, la motivation profonde de Dieu résidait dans le fait qu’il aimait déjà ce qu’il n’avait pas encore créé et qui s'opposerait à lui dans une adversité hostile.

Si l’être humain est fait à l’image de Dieu, comme il est dit dans les Ecritures, c’est qu’il y a en lui la même capacité à aimer, même ce qui lui est hostile. Cela fait partie de ses structures profondes. Il doit développer cette capacité pour accomplir son destin. Mais l’homme a une faiblesse, c’est celle de retourner toutes ses capacités bienveillantes vers lui-même et à les mettre au service de son propre ego. C’est le cas de sa capacité à aimer. Nous nous aimons nous mêmes en priorité avant de concevoir que nous sommes faits pour aimer les autres. C’est pour cela que Jésus doit nous rappeler que nous sommes conçus pour aimer notre prochain, à égalité avec nous-mêmes. Pourtant, ce n'est pas aussi évident. Quand nous croyons aimer les autres, c’est souvent à nous que nous pensons en premier. "Je ne peux pas vivre sans toi dit l’amoureux à sa bien aimée", en s’exprimant ainsi, c’est à lui qu’il pense en priorité et non à elle. Aimer ce n’est pas ne pas pouvoir se passer de l’être aimé, c’est vouloir que l’être aimé soit heureux. L’homme en quête d'amour doit commencer par lutter contre lui-même. Il doit d’abord en prendre conscience avant d' aller plus loin.

Mais nous avons dit que l’amour ne se commande pas et que nous ne pouvons pas aimer celui pour lequel nous n’éprouvons pas de sentiments. A défaut des sentiments, nous pouvons cependant réfléchir à l’ attitude que nous pourrions avoir si nous éprouvions un sentiment d’amour pour celui que nous n’aimons pas. Nous pouvons aussi penser que puisque Dieu nous pousse à le faire, il nous en donnera la force et fera également jaillir en nous un sentiment que nous ne croyons pas pouvoir éprouver. Nous imaginons alors ce que serait notre société si cette attitude se généralisait. C’est en envisageant une telle perspective que Jésus parle alors de joie. Une telle attitude de la part des hommes comblerait Dieu de joie et le remplirait de bonheur.

Il serait gratifiant pour nous de combler la joie de Dieu, mais à quoi cela nous servirait-il ? Si nous rendions Dieu heureux déciderait-il alors de rendre le monde différent et acceptable pour les hommes ? Le monde tirerait-il un avantage quelconque à participer au bonheur de Dieu ? Autrement dit si le genre humain se mettait à obéir à sa nature profonde et se mettait à aimer ses semblables d’une autre manière qu’il le fait habituellement, Dieu changerait-il d'attitude vis à vis du monde et créerait-il une société paradisiaque? Non. Les hommes n’ont aucun pouvoir sur Dieu, et encore moins celui de le changer. Mais la réponse n'est pas vraiment là. .

La réponse réside dans le constat que la seule impression de participer au bonheur de Dieu suffit à elle seule à changer les hommes en provoquant un immense bonheur dans leur cœur. Plus nous nous ouvrirons à notre prochain, plus Dieu sera heureux et plus heureux serons-nous à notre tour. Il est bien évident que tout cela entraînerait le bouleversement général que Jésus est venu annoncer. En agissant ainsi nous apporterions la conclusion logique à l’œuvre de Jésus qui ne serait pas mort en vain, puisque l’amour dont il a revêtu son sacrifice aurait réussi à modifier nos comportements.

Jusqu’ici le succès de cette entreprise n’a pas été évident. Son échec apparent tiendrait au fait qu’on veut imposer ce comportement d’amour aux autres comme si nous étions différents d’eux ou supérieurs à eux, alors que cet amour ne peut se réaliser que dans la liberté de chacun. L'Eglise n'a pas à convaincre les hommes de la nécessité d'aimer, c'est un point acquis, mais elle doit être un lieu de liberté où l'amour trouvera ses droits. Et ce n'est toujours pas le cas.
Il est cependant réconfortant de réaliser que nous sommes conçus avec la capacité à aimer et que nous avons possibilité de le faire. Jésus nous invite seulement à laisser notre nature profonde s’exprimer sans tenir compte de nos réticences. Nos réticences relèvent de l’ordre du péché et Jésus nous en a délivré. Ne nous a-t-il pas invités à vivre avec audace parce qu’il a mis en nous la capacité à le surmonter? Notre bonheur et notre joie ne peuvent vraiment se réaliser que si nous les partageons avec Dieu qui se révèle à nous dans tout ce qu’il nous donne à aimer.



mardi 21 avril 2009

Parabole de la vigne et des sarments Jean 15/1-15 dimanche 10 mai


Chapitre 15/1-15


Le cep et les sarments


1Moi, je suis le vrai cep, et mon Père est le vigneron. 2Tout sarment qui est en moi et qui ne porte pas de fruit, il le retranche ; et tout sarment qui porte du fruit, il l'émonde afin qu'il porte encore plus de fruit. 3Déjà, vous êtes émondés, à cause de la parole que je vous ai annoncée. 4Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s'il ne demeure sur le cep, de même vous non plus, si vous ne demeurez en moi. 5Moi, je suis le cep ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, comme moi en lui, porte beaucoup de fruit, car sans moi, vous ne pouvez rien faire. 6Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment, et il sèche ; puis l'on ramasse les sarments, on les jette au feu et ils brûlent. 7Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé. 8Mon Père est glorifié en ceci : que vous portiez beaucoup de fruit, et vous serez mes disciples.


9Comme le Père m'a aimé, moi aussi, je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. 10Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme j'ai gardé les commandements de mon Père et que je demeure dans son amour. 11Je vous ai parlé ainsi, afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète.

12Voici mon commandement : Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. 13Il n'y a pour personne de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. 14Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. 15Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître. Je vous ai appelé amis, parce que tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous l'ai fait connaître
.


Avez-vous déjà vu une vigne avant et après qu’elle ait été taillée, cela mérite le déplacement. Il n’y a pas besoin d’aller bien loin pour assister à cela. Celui qui assiste en promeneur à la taille en a pour les yeux et pour les oreilles. Le pied de vigne qui tend ses branches dénudées vers le ciel gris du mois de mars se trouve en très peu de temps réduit à très peu de choses : un moignon de bois tordu qui est le cep et quelques tiges de sarments mutilés qui porteront à l’automne les fruits qui pressés donneront le vin, signe de vie que le Christ partage avec le monde. Les claquements secs et discrets du sécateur déchirent le silence comme autant de petits cris de souffrance. Les sarments coupés devenus inutiles sont rassemblés en petits tas qu’une flamme claire réduit en cendres. Dans l’air encore frais du printemps qui commence à peine, s’entremêlent curieusement la vie qui va naître et la vie qui s’en va. Les sarments qui ne servent plus à rien disparaissent et la future récolte n’est encore qu’à l’état de promesses.

Nous avons là une image de l’Eglise. Elle n’est sans doute pas attractive, mais elle est porteuse d'espérance. Le cep qui représente son corps n’a d’intérêt que parce que le Christ l’habite. Il ressemble à un vulgaire morceau de bois fiché en terre. Son aspect insignifiant n’a d’intérêt que pour le vigneron qui sous l’écorce racornie perçoit déjà la sève qui murmure. Les quelques rameaux graciles, judicieusement taillés figurent les membres de l’Eglise et portent en eux l’espérance de la récolte. A première vue, l’aspect de la vigne n’est guère engageant et n’offre rien d’attrayant. Telle est l’image que Jésus utilise pour exhorter toutes les églises qui vont naître au cours des siècles. Elles sont averties du fait que leur fidélité dépendra d’une taille appropriée pour que leurs fruits produisent le meilleur vin pour annoncer le royaume qui vient. On croirait à évoquer cette image entendre la voix de Jean Calvin déclarant que l’Eglise réformée est toujours à réformer, comme le vigneron qui chaque année doit tailler sa vigne pour la rendre féconde. Il la réduit pour la faire grandir.

Jésus nous a habitués à d’autres images pour dynamiser son Eglise. Il nous l’a décrite comme une graine qui pousse toute seule et qui d’un seul coup se recouvre de feuillage tellement épais que les oiseaux peuvent s’abriter sous son ombre. Elle peut prendre l’aspect fragile d’une coque de noix livrée à la furie des flots que Jésus calme avec autorité et qui arrive sereinement au port. Paul a utilisé l’image du sportif dans le stade qui court pour recevoir la palme du vainqueur. Par contre ici c’est la seule fois dans l’Evangile qu’on nous décrit l’Eglise comme une plante que l’on mutile pour la rendre plus productive. Les coups de sécateurs sont perçus comme autant de souffrances nécessaires que le Seigneur nous imposerait pour obtenir le triomphe de son Eglise. Nous ne comprenons pas pourquoi Dieu nous soumettrait régulièrement une telle épreuve, comme s’il voulait par avance justifier les souffrances que le sort nous réserve d’une manière inexplicable.

Détrompez-vous, il n’y a pas ici une esquisse de la doctrine de la rédemption par la souffrance comme certains le souhaiteraient. Il nous faut revenir au texte et repérer comment Dieu s’y prend pour tailler la vigne. En effet, il ne prend pas de sécateur et il ne la fait pas souffrir. C’est sa Parole qu’il produit les effets souhaités et que les rameaux que nous sommes sont taillés. C’est par le moyen de la Parole, que nous avons cru que Dieu était tout entier dans les œuvres de Jésus, c’est
par elle que nous avons décidé de nous attacher au Christ. C’est elle qui guide les étapes de notre vie chrétienne, et si quelque chose est à retrancher ou à enlever de nos vies, c’est par elle que nous les reconnaissons et c’est librement que nous décidons de les enlever. Ce n’est donc pas Dieu qui opère des ablations douloureuses, mais c’est chacun de nous qui régule sa vie selon que la parole le pousse dans un sens ou dans un autre. C’est par fidélité à sa parole que nous faisons les choix qui donnent du sens à notre vie. La Parole de Dieu est l’élément régulateur dont nous nous servons, bien souvent sans nous en rendre compte, pour purifier notre vie et rester fidèlement attachés au cep qui est le corps principal de l’Eglise et sous l’écorce duquel se dissimule le Christ lui-même.

Je me suis plu à dépeindre le cep comme un morceau de bois sans grand intérêt. On ne le remarquerait pas si ses sarments ne se couvraient de feuilles, de vrilles et de pampres prometteurs de fruit et de joie. Le cep n’a de raison d’être que dans ses branches qui lui donnent la récompense de ses efforts. Ses efforts consistent à acheminer la sève jusqu’au plus lointain de ses rameaux. Le cep ne peut vivre sans les rameaux qui ne peuvent vivre sans lui. Le Christ ne peut être vraiment porteur de vie que si les fidèles sont porteurs de vie à leur tour.

Chacun des fidèles que nous sommes est ici interrogé au sujet de lui-même et du témoignage que sa propre vie rend au Christ. Nous, sommes mis en face de nos responsabilités car c’est aux fruits que nous produirons que l’on reconnaîtra le Seigneur et que le Seigneur sera glorifié, et si le Seigneur est glorifié il le sera dans la joie. Notre existence n’a pas d’autre but que de mettre le Seigneur dans la joie, et il sera heureux si l’ensemble de sa création évolue avec harmonie.

Nous avons compris que le Seigneur nous rend efficaces par l’esprit qu’il dépose en nous. C’est la sève qui monte du cep vers les sarments qui permet aux fruits de se gorger de vie avant de devenir le vin nouveau qui abreuve le monde. Si le fruit n’est pas bon et que le vin tourne à la piquette, que se passe-t-il ? Cela vient-il de ce que le cep est trop vieux et qu’il faut le changer, ou cela vient-il du fait que les sarments ont été mal taillés, sucent la sève et ne donnent pas de bons fruits ? D’une manière générale, en ces temps actuels, on a tendance à croire que les idées force qui animent la vie sur terre depuis 2 000 ans sont dépassées, que le cep est trop vieux et qu’il faut le changer. On prétend que le Christianisme a fait son temps et qu’en ce début de millénaire, il faut faire place à de nouvelles spiritualités.

Qui veut tuer son chien l’accuse de la rage, qui veut refuser l’Evangile prétend qu’il est illisible, qui voit la paille dans l’œil des autres ne perçoit sans doute pas la poutre qui est dans le sien. Comment donner du sens à sa vie si on est incapable de s’orienter soi-même ?

L’Evangile que nous reconnaissons comme Parole de Dieu est à notre disposition pour nous aider à nous remettre en cause, pour rejeter ce qui est nocif, pour refus
er ce qui n’est pas porteur d’espérance. C’est ainsi qu’il nous est suggéré de trouver dans l’Ecriture ce qui est porteur de fruit et de rejeter le reste. Si quelque chose ne va pas, c’est en nous qu’il faut le chercher et non pas dans le cep qui nous abreuve de sève.

Le fruit que nous sommes sensés produire, le vin nouveau qui abreuve le monde, c’est l’amour que nous avons en nous-mêmes et qui doit motiver toutes nos relations avec les autres. Si le monde manque d’amour aujourd’hui, et il manque d’amour, ce n’est pas la faute de Dieu qui nous prodigue aujourd’hui comme toujours le même évangile.

Si les choses vont mal c’est que les hommes ne savent plus aimer et quand les hommes ne sont plus capables de s’aimer les uns les autres, ils s’oppriment entre eux, les plus forts violentent les plus faibles pour les déposséder de leurs biens. C’est à cause du manque d’amour que la moitié du monde vit au détriment de l’autre moitié. C’est à cause du manque d’amour que ceux qui ne sont pas des esclaves s’arrogent le droit de commander ceux qui le sont encore. Curieusement, l’Evangile a été prêché jusqu’aux extrémités du monde et l’amour n’a pas suivi. S’il faut à nouveau tailler la vigne, il faudra savoir quels rameaux doivent être taillés et à quelle hauteur ils doivent l’être. « Heureux ceux qui écoutent ma parole et qui la gardent dit le Seigneur. »










jeudi 16 avril 2009

Notre relation à Dieu ignore la mort. Jean 10/7-18 dimanche 3 mai 2009





Le bon berger : mosaïque du Temple de Port Royal (Paris)



7Jésus leur dit encore : Amen, amen, je vous le dis, c'est moi qui suis la porte des moutons. 8Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les moutons ne les ont pas écoutés. 9C'est moi qui suis la porte ; si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et sortira et trouvera des pâturages. 10Le voleur ne vient que pour voler, abattre et détruire ; moi, je suis venu pour qu'ils aient la vie et l'aient en abondance.
11C'est moi qui suis le bon berger. Le bon berger se défait de sa vie pour ses moutons. 12Quand il voit venir le loup, l'employé, celui qui n'est pas berger et pour qui il ne s'agit pas de ses propres moutons, s'enfuit en abandonnant les moutons. Et le loup s'en empare, il les disperse. 13C'est un employé : il n'a pas le souci des moutons.
14C'est moi qui suis le bon berger. Je connais mes moutons, et mes moutons me connaissent, 15comme le Père me connaît et comme, moi, je connais le Père ; et je me défais de ma vie pour mes moutons. 16J'ai encore d'autres moutons qui ne sont pas de cet enclos ; ceux-là aussi, il faut que je les amène ; ils entendront ma voix, et ils deviendront un seul troupeau, un seul berger.
17Si le Père m'aime, c'est parce que, moi, je me défais de ma vie pour la reprendre. 18Personne ne me l'enlève, mais c'est moi qui m'en défais, de moi-même ; j'ai le pouvoir de m'en défaire et j'ai le pouvoir de la reprendre ; tel est le commandement que j'ai reçu de mon Père.

Dimanche 2 mai 2009

Jean : 10/7-18

Aucune échappatoire n’est possible pour les moutons. Ils sont malmenés par les bergers, menacés par les voleurs, convoités par les loups. Leur destin est réglé d’avance. Ce que l’Evangile ne dit pas mais que tout le monde sait, c’est qu’ils finiront mangés par les hommes. Leur cause est entendue, on ne les élève que pour ça. Sans tenir compte de ce qui vient d’être dit, bien évidemment nous nous identifions aux moutons, c’est pour cela que l’Evangile nous a rapporté cet enseignement de Jésus : Il pose la question que nous nous posons tous : peut-on échapper à son destin ? Comment vivre alors que la mort nous menace ? Peut-on d’une manière ou d’une autre échapper à la mort ?

Comme les moutons, nous sommes environnés de tous les dangers et fatalement, comme eux nous devons mourir. Les moutons subissent leur sort sans broncher. A la différence des animaux, les tenants de l’espèce humaine n’acceptent pas leur destin. Ils espèrent pouvoir y échapper, ils pensent même que Dieu y pourvoira. Et curieusement, tout en espérant que Dieu les délivrera de la mort, ils l’accusent d’être celui qui décide du moment où celle-ci s’emparera d’eux. Il suffit de lire les faire-part de décès pour en être convaincu : « Il a plu à Dieu de rappeler un tel …ou une telle est retournée auprès du Père… »

Depuis que le monde est monde, nous en sommes toujours là, et rien ne semble vouloir faire évoluer les choses. Tout en mettant notre confiance en Dieu nous nous soumettons à ce qui nous paraît être un décret divin qui se résume assez bien dans l’affirmation selon laquelle « Dieu est celui qui fait mourir et qui fait vivre » ( Deutéronome 32-39). Bien que nous acceptions cette fatalité, nous ne pouvons quand même nous empêcher d'intenter un procès à Dieu parce que nous pensons qu’il aurait pu nous réserver un autre sort que celui des autres créatures. Il y a en nous comme l'idée que si nous avons foi en Dieu, et que s'il s'est révélé à nous, c’est parce qu’il a l’intention de nous réserver un destin particulier. Mais apparemment il n’en est rien.

Les uns se résignent en prétendant que Dieu fait toujours les choses pour notre mieux être. Ils s’accommodent de la situation sans comprendre, et ils acceptent l'arbitraire de leur destin. Les autres élaborent des théories qui innocentent Dieu, mais le rendent impuissant à assumer notre destin. En fait tous pensent que notre vraie relation à Dieu passe par la manière dont il joue un rôle dans le problème de la mort. Il y a selon nous des morts normales qui arrivent au terme d’une longue vie et il y a des morts injustes contre lesquelles nous accusons Dieu de ne rien faire et sur lesquelles Dieu joue sa crédibilité : ce sont les morts accidentelles ou les morts violentes qui sont considérées comme d’autant plus injustes qu’elles s’exercent sur des enfants. Tout se passe comme si notre seule relation à Dieu était réglée par la mort. Et, c'est là que nous avons tout faux.

Cette longue méditation de Jésus sur le sort des moutons nous dit le contraire. Elle insiste sur le fait qu’il n’y a pas d’échappatoire à la mort. C’est alors qu’intervient un mystérieux berger qui revendique des droits de vie sur les moutons. Il s'oppose alors aux bergers salariés qui ont habituellement la charge des moutons. Ces bergers salariés n’ont aucune conscience professionnelle à l’opposé du mystérieux berger qui se laisse tuer plutôt que de laisser les brebis se faire tuer par les voleurs ou les loups. Il paye de sa vie en s’opposant à la fatalité d’une mort programmée. Il se conduit comme si la mort ne faisait pas partie de l’ordre normal des choses, comme si les moutons ne devaient pas finir mangé. On ne comprend pas non plus pourquoi la mort du bon berger devrait avoir pour conséquence la survie du troupeau.

C’est alors que se produit comme un hiatus dans le texte. Il se passe comme un glissement, on oublie subitement les moutons et les bergers et on passe sans transition à la relation de Jésus avec Dieu et avec nous-mêmes. Dieu est alors présenté comme un Père. Ce Père nous permet de comprendre que le bon berger et lui sont en étroite relation. C’est à cause de l’amour qui les unit que la vie des moutons semble préservée. Dieu le Père intervient comme celui qui a le pouvoir de contrarier le destin et de s’opposer à la mort. Ce pouvoir s’exerce par l’action de Jésus Christ, le bon berger.

Comment ce prodige peut-il alors avoir lieu ? Il y a ici un non-dit, de la part de Jésus. Dans sa manière de comprendre les choses, Dieu n'aurait aucun lien avec la mort. Dieu s'opposerait donc aux lois de la nature selon lesquelles tout ce qui vit est appelé à mourir, car la vie s’entretient des morts successives. Les êtres vivants se nourrissent de la vie des autres avant que leur propre vie serve à alimenter d’autres vies à leur tour, car il en est ainsi des cycles incessants de la nature. Dieu dans ce passage se propose de casser ce cycle et promet un changement chez les individus que nous sommes. Si la mort atteint notre corps qui continue à obéir aux lois de la nature, elle ne détruit pas pour autant notre personne, car Dieu se refuse d'avoir un lien quelconque avec la mort.

Mais tout n’est pas aussi simple, car les Ecritures semblent établir un lien étroit entre le péché, et la mort. « Le salaire du péché, c’est la mort » est-il écrit, ce qui ferait de la mort un instrument aux mains de Dieu pour faire respecter ses lois. Or Nous l’avons dit, la mort ne relève pas des attributs de Dieu. Comment se sortir de ce dilemme ?

Pour s’en sortir, il faut faire une autre approche des choses, c’est celle que Jésus a faite pour nous et qui lui a coûté la vie. Jésus s’est opposé aux idées reçues et les a combattues pour que nous voyions la mort sous un autre jour. Par son enseignement, ses actions et ses miracles Jésus a toujours plaidé la cause de la vie. Selon lui, Dieu avait pour seul souci de préserver la vie à l'humanité. Là encore on n’a pas compris Jésus. Ses propos ont été considérés comme des blasphèmes contre Dieu alors qu’il brossait le portrait d’un Dieu Père infiniment bon, toujours attentif à faire reculer l’échéance de la mort et à proposer une autre alternative à la vie quand la mort mettait un terme à l’existence humaine.

Son attitude semblait si choquante qu’on a provoqué sa propre mort pour le faire taire ! Mais c'est la vie qui l’a emporté sur la mort. Tué par la main des hommes il a conservé la vie par l’action de Dieu. Les Evangiles en sont témoins, ils promettent à quiconque reconnaît que Dieu est le maître de la vie une vie semblable à celle de Jésus qui bien que mort persiste à vivre, car tout ce qui est en Dieu ne peut mourir.

Comme on ne peut s’opposer à l’évidence et comme on ne peut s’opposer à Dieu, force nous est donnée de construire désormais notre vie sur cette promesse selon laquelle la vie repose en Dieu et que tous ceux qui vivent aujourd’hui pourront voir leur propre vie se prolonger dans une nouvelle réalité, à l’image de celle que l’Ecriture a retenue de Jésus après sa mort.

Nous devrions nous arrêter là, mais ce serait oublier que les hommes vivent sans doute les choses d’une autre manière. Comme toujours ils essayent de contrôler les mystères de Dieu et par voie de conséquence ils essayent de le limiter en le mettant en contradiction avec lui-même ! Beaucoup acceptent, bien évidemment cette nouveauté de vie pour eux-mêmes mais ils la contestent pour certains autres. Qui a droit à la vie se demandent-ils ? Es- ce que les pécheurs non repentis ou mal repentis et ceux qui nient l’existence de Dieu, et les incroyants, les athées et les incrédules auront part à la vie ?

« J’ai d’autres brebis qui n’appartiennent pas à cette bergerie… » dit Jésus, comme pour dire : « mêlez-vous de ce qui vous regarde en n’empiétez pas sur le domaine de Dieu. Dieu ne peut donner que la vie, pourquoi certains veulent-ils limiter son action en cherchant à écarter de la vie ceux qui ne correspondent pas à leurs propres critères. Il n’y a pas de réalité sur Dieu dans la mort, toute réalité le concernant est forcément immergée dans la vie, car il promet à tout son troupeau la vie en abondance et lui seul sait qui en fait partie, à moins que le nombre de ses brebis soit infini ? Lui seul connaît la réponse à cette énigme.


lundi 6 avril 2009

Qui est responsable du désordre dans le monde? Luc 24/35-48 pour dimanche 26 avril 2009

Luc 24/35-48

Jésus apparaît à ses disciples


36Comme ils disaient cela, lui-même se présenta au milieu d'eux et leur dit : Que la paix soit avec vous ! 37Saisis de frayeur et de crainte, ils pensaient voir un esprit. 38Mais il leur dit : Pourquoi êtes-vous troublés ? Pourquoi des doutes vous viennent-ils ? 39Regardez mes mains et mes pieds, c'est bien moi ; palpez-moi et regardez ; un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'en ai. 40Et en disant cela, il leur montra ses mains et ses pieds. 41Comme, dans leur joie, ils ne croyaient pas encore et qu'ils s'étonnaient, il leur dit : Avez-vous ici quelque chose à manger ? 42Ils lui présentèrent un morceau de poisson grillé ( et un rayon de miel ). 43Il le prit et le mangea devant eux.



44Puis il leur dit : C'est là ce que je vous disais lorsque j'étais encore avec vous ; il fallait que s'accomplisse tout ce qui est écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, dans les Prophètes et dans les Psaumes. 45Alors il leur ouvrit l'intelligence pour comprendre les Ecritures. 46Et il leur dit : Ainsi il est écrit que le Christ souffrirait, qu'il se relèverait d'entre les morts le troisième jour 47et que le changement radical, pour le pardon des péchés, serait proclamé en son nom à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. 48Vous en êtes témoins. 49Moi, j'envoie sur vous ce que mon Père a promis ; vous, restez dans la ville, jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la puissance d'en haut.

Qui est responsable du désordre dans le monde ? Est-ce l’homme qui à l’origine des temps se serait opposé à Dieu ou est-ce Dieu lui-même qui aurait mal géré sa propre maison et aurait laissé les anges se révolter contre son autocratie ? Ou encore, est- ce que le monde n’obéit à aucune loi, et que Dieu, venu d’ailleurs, essayerait tant bien que mal d’y pénétrer pour l’amener à un peu plus de sagesse ? Les théories s’affrontent et une fois encore on nous joue la querelle des anciens et des modernes. Chacun, ballotté entre différents courants de pensée, ne sait pas toujours auquel se rallier. Si même pour des raisons de commodité, on en arrivait à nier la réalité de Dieu, cela ne changerait rien au problème, car, à n’en pas douter, le monde continuerait à dysfonctionner.

On explique cette incompréhension des choses qui dure depuis toujours en, imaginant un conflit latent entre Dieu et l’humanité. Pour ce qui le concerne Dieu, selon la théologie chrétienne, y a mis un terme à Pâques. Mais malgré tout, beaucoup d’humains ont encore du mal à comprendre en quoi l’événement de Pâques apporte une solution.


Mieux, on en a rajouté ! Notre esprit inquisiteur nous entraîne à nous poser des questions qui ne font que rendre les choses plus compliquées : Pourquoi a-t-il fallu que Jésus meure, se demande-t-on? Dieu n’aurait-il pas pu faire autrement ? Si Dieu n’est pas intervenu pour que ça ne tourne pas à la catastrophe c’est qu il ne l’a pas voulu disent les uns ? C’est qu’il n’a pas pu suggèrent les autres. Il ne serait donc pas aussi puissant qu’on le dit en rajoutent d’autres encore! Ainsi s’égrainent les questions comme la litanie d’un chapelet sans fin qui nous fatigue ou nous agace tout en confirmant l'hypothèse d'un conflit permanent avec Dieu!



Pourtant si nous nous donnons la peine de chercher, nous devrions trouver la réponse dans les Ecritures. Le texte de ce jour devrait nous aider à trouver une réponse. Il nous raconte une apparition inhabituelle du ressuscité , encore plus difficile à croire que les autres. Que Jésus apparaisse à l’improviste, soit ! Qu’il montre ses plaies soit ! Mais qu’il mange, et que ce soit du poisson, cela dépasse l’entendement ! S’il avait mangé du pain, on aurait pu penser que l’évangéliste qui rapporte cet épisode faisait allusion au dernier repas, à la sainte Cène. Dans ce cas nous aurions été invités à spiritualiser l’événement si bien que ce récit aurait fait partie à la fois du domaine du réel et du domaine du spirituel, comme on le trouve dans les autres récits d’apparition. Mais manger du poisson, voilà qui nous déroute !

Puisqu’il est dans notre nature humaine de douter et de poser des questions, continuons l’exercice. L’apparition qui nous est rapportée pose un vrai problème, étant donné qu’elle se déroule à Jérusalem et que la ville est beaucoup trop loin du lac pour qu’on puisse y consommer du poisson. Si encore ce poisson était séché, on aurait pu comprendre qu’on l’ait en stock, mais il était grillé, comme il est dit ici, c’est dire qu’il était encore frais quelques heures au paravent. Impossible ! Alors, serait-ce un poisson spirituel ? Non bien sûr !



Il semblerait plutôt que cette mention du poisson a été faite ici pour aider l’auteur, l’évangéliste Luc, à répondre à une question qui est elle-même posée par le texte : Etait-ce un fantôme ? Non il n’était pas un fantôme puisqu’il mange la même nourriture que nous. C’est cela que suggère le texte. Mais Luc qui raconte cela ne connaît pas la Judée, ni la Galilée. C’est un grec qui n’est jamais venu en Palestine. Il fait alors état d’un aliment qu’il croyait être un aliment de base dans toute la Palestine : le poissons, c’est raté. Pour faire plus vraie encore, certains manuscrits rajoutent qu’il a mangé aussi un rayon de miel ! Avez-vous déjà mangé du poisson avec du miel ? Nous comprenons aisément que ce n’est pas ce détail qui est important. Ce détail a été rajouté pour faire plus vrai mais n'a pas forcément de fondement historique. Ce qui est important, c’est que le ressuscité soit bien vivant pour ceux qui sont présents, même s’ils ne savent pas ce qui caractérise sa nouvelle vie.



La présence de Jésus vivant au milieu des hommes signifie que Dieu n'a plus rien à voir avec les forces du mal. Le conflit avec Dieu devrait donc être terminé. Pourtant il n'en est rien car la mort de Jésus ne semble pas vraiment résoudre le problème, au contraire, elle le complique. Certains s’en servent même pour rallumer le conflit. Alors comment y voir plus clair ?



Jésus ici renvoie aux Ecritures, il parle de sa propre souffrance, de la nécessité de la conversion et du pardon, tout cela dans la même phrase. C’est la souffrance qu’il mentionne en premier. La souffrance est en fait le thème majeur des Ecritures. Dieu depuis toujours se propose d’aider les hommes à se libérer des souffrances qui les accablent. L’événement le plus connu, rapporté par les Ecritures, est l’histoire de la sortie d’Egypte qui est un thème récurrent dans la littérature prophétique. A la suite de ce récit, il nous est aisé de constater que la plupart des humains sont accablés de maux de toutes sortes, la soif, la faim et la maladie qui mène à la mort, mais aussi l’oppression des faibles par les puissants. Pour confirmer que le premier souci de Dieu est bien de les en libérer, les Evangiles s’attachent à montrer que c’est également dans ces deux domaines : la souffrance causée par le destin et la souffrance causée par les autres hommes que Jésus a concentré ses efforts. Ecoutez-le dans les béatitudes: "Heureux ceux qui pleurent, ils seront consoléés...Heureux ceux qui ont faim et soif de justice..."



Pourtant la plupart du temps les hommes l’entendent d’une autre oreille. Quand les difficultés surviennent et que la maladie les accable ils se culpabilisent et se demandent en quoi ils sont responsables de leur situation : « qu ‘ai-je pu faire pour que cela m’arrive ! Je n’ai pourtant pas mérité cela ! »



Pire, ils ont considéré pendant longtemps que leurs malheurs venaient de Dieu. Ils ont été jusqu’à penser qu’il les leur envoyait en représailles de leurs fautes connues ou pas. C’est d’ailleurs à cause de ce sentiment de culpabilité que les religions se sont organisées. En raisons d’une tradition solidement établie, Dieu voudrait que les hommes ressemblent tous au modèle qu'il aurait préétabli à l'avance et se soumettent sans discuter à sa divine volonté. Ils ont fait de Dieu, et c’est encore le cas pour beaucoup aujourd’hui, un autocrate divin exigeant des hommes qu’ils respectent les rites qu’il aurait établis à l’avance. Tout se passe comme si Dieu ne pouvait lui-même exister que si les hommes se soumettaient à ses règles et qu’ils se conformaient aux rites établis par lui et suivaient à la lettre les lois de sa morale divine.



Jésus une fois pour toutes a inversé l’ordre des choses. Son Evangile a clairement établi que Dieu était dans le même camp que les hommes et menait le même combat qu’eux pour se libérer de toutes les formes d'oppression. Il les accompagne dans toutes lleurs adversités et jamais il ne laissera sa main s’appesantir sur les hommes même s’il se sent personnellement offensé.


Cette idée selon laquelle Dieu se manifesterait sous les traits d’un père compatissant traverse l’Ecriture de part en part, mais elle n’est pas la seule. Il y a aussi dans la Bible des courants contradictoires qui présentent Dieu sous les traits d’un despote autoritaire. Jésus quant à lui a fait un choix très net. Il conteste vigoureusement cette vision des choses, c'est pourquoi il s’est vigoureusement opposé à la représentation d’un Dieu, jaloux de ses lois et de ses traditions telles que les scribes et les prêtres cherchaient à les imposer. En voyant Jésus s’en prendre aux sacrifices, les sadducéens percevaient en lui, celui qui s’attaquait à la tradition qui les faisait vivre. Quand Jésus se permettait d’interpréter la Loi sur laquelle ils fondaient leur autorité, les pharisiens, à leur tour, voyaient en lui un ennemi.

Dans ce contexte, la mort de Jésus était assurée. Après sa mort, ceux qui avaient cru en lui se rallièrent à son interprétation des Ecritures, ils se convertirent à l’idée que Dieu se battait contre tout ce qui opprimait les hommes et faisaient obstacle à la vie.

Ainsi, la résurrection de Jésus ne prend vraiment sa valeur pour chacun de nous qu’à partir du moment où il accepte le portrait de Dieu tel que le présentait Jésus : un Père bienveillant qui met tout en œuvre pour que les hommes ne souffrent plus et pour que la justice soit la règle de comportement pour tous les humains. Le pardon de Dieu deviendrait alors la règle de la foi et enjoindrait chacun à rejoindre Jésus pour lutter contre le mal sous toutes ses formes et promouvoir la vie.


La foi en la résurrection donne aujourd’hui, et plus que jamais, à ceux qui croient, la joie de participer dès maintenant à la construction d’un monde qui fait de l’espérance la règle de la vie et qui fait de l’audace le moteur de tout ce que les humains entreprennent pour que les choses aillent mieux. C’est cette attitude qui doit se généraliser dans les églises. Elles doivent chaque jour redécouvrir que leur mission leur est toute tracée par celui qui, ressuscité des morts, les conduit sur les chemins du monde pour maintenir dans une espérance de vie toutes celles et tous ceux qui sont menacés.

dimanche 29 mars 2009

Croire et douter tout à la fois Jean 20:19-31 dimanche 19 avril 2009


Jean 20/19-31 19 pour le dimanche 19 avril 2009


Le soir de ce jour-là, qui était le premier de la semaine, alors que les portes de l'endroit où se trouvaient les disciples étaient fermées, par crainte des Juifs, Jésus vint ; debout au milieu d'eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous ! 20Quand il eut dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples se réjouirent de voir le Seigneur. 21Jésus leur dit à nouveau : Que la paix soit avec vous ! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. 22Après avoir dit cela, il souffla sur eux et leur dit : Recevez l'Esprit saint. 23A qui vous pardonnerez les péchés, ceux-ci sont pardonnés ; à qui vous les retiendrez, ils sont retenus.


24Thomas, celui qu'on appelle le Jumeau, l'un des Douze, n'était pas avec eux lorsque Jésus vint. 25Les autres disciples lui dirent donc : Nous avons vu le Seigneur. Mais lui leur dit : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous et ma main dans son côté, je ne le croirai jamais !


26Huit jours après, ses disciples étaient de nouveau dans la maison, et Thomas avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient fermées ; debout au milieu d'eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous ! 27Puis il dit à Thomas : Avance ici ton doigt, regarde mes mains, avance ta main et mets-la dans mon côté ! Ne sois pas un incroyant, deviens un homme de foi ! 28Thomas lui répondit : Mon Seigneur, mon Dieu ! 29Jésus lui dit : Parce que tu m'as vu, tu es convaincu ? Heureux ceux qui croient sans avoir vu !


30Jésus a encore produit, devant ses disciples, beaucoup d'autres signes qui ne sont pas écrits dans ce livre. 31Mais ceux-ci sont écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et que, par cette foi, vous ayez la vie en son nom.




Ce n’est pas parce que la résurrection de Jésus est incroyable qu’il ne faut pas y croire et en rejeter le principe !

Qui es-tu Thomas pour décider à l’avance que tu ne croiras seulement que si Jésus procède selon les conditions que tu lui imposes et que tu détermines à l’avance ? Tu ériges ta capacité à nier les choses au rang de vérité absolue. Tu pourrais avoir un peu de modestie et penser que Dieu peut emprunter, pour venir à toi, des chemins que tu n’as pas prévus. Peut-être Dieu peut-il susciter une vérité là où tu as placé le déni ? Thomas se drape dans le vêtement de son bon sens et sans doute souffre-t-il de voir le fossé se creuser entre les autres qui sont joyeux de leurs certitudes et lui qui doute. Ce n’est pas rare de rencontrer des situations semblables où nous voyons les croyants sûrs de leur foi, parfois arrogants, témoignant des bienfaits que leur procure leur rencontre avec le Christ, face à des sceptiques qui en rajoutent à leur tour, en les traitant d’illuminés ! Ce n’est certainement pas une telle situation que Jésus souhaite provoquer en apparaissant à ses apôtres en l’absence de Thomas.

Ce n’est pas parce que l’on ne croit pas, pour le moment que l’on doit s’enfermer dans le refus de croire. Ainsi, pour emprunter un exemple dans un autre domaine, nous pouvons dire qu’il est difficile de croire que la terre est une boule qui tourne toute seule dans l’espace sans tomber et pourtant c’est vrai ! Et des hommes sont morts pour l’avoir affirmé. Pour que ce fait devienne une certitude, il a fallu que les hommes acceptent de ne plus s’invectiver mais décident de faire fonctionner leurs connaissances et leur raison. Il y a des défis plus complexes que celui-là où la science et la raison n’arrivent pas à établir des preuves, il faut alors que Dieu s’en mêle pour apporter une réponse. Thomas se trouve dans cette situation, mais par avance il a fermé la porte à Dieu en lui imposant une manière de procéder.

Thomas n’est pas seul dans cette situation, il a de nombreux frères et sœurs qui partagent ses refus de croire et ses incertitudes. La foi du charbonnier est devenue une denrée rare dans nos sociétés et les croyants sont souvent habités par des doutes qui remettent leur foi en cause. Aujourd’hui, il y a tant de raisons de douter que l’on se demande si ce ne sont pas les sceptiques ou les athées qui ont raison face aux croyants.

Ce texte peut-il apporter un peu d’eau au moulin de notre scepticisme ? Certes, il n’apporte nullement la preuve de la résurrection de Jésus, mais il sollicite notre entendement pour préparer notre esprit à croire au mystère de la résurrection. Cela se produira quand il plaira à Dieu de nous visiter. Cependant notre impatience à vouloir tout savoir tout de suite, va à l’encontre de la sagesse de Dieu. Un simple survol de ce texte nous apporte deux informations qui pourront nous aider : Tout d’abord, Jésus ne répond pas immédiatement. Il laisse Thomas dans son questionnement pendant huit jours. On ne nous dit pas quelle a été l’attitude de Thomas pendant cette semaine d’attente, sans doute a-t-il campé sur ses positions en s’enfermant dans son refus de croire. Sans doute aussi s’est-il senti lâché par les siens.

Dans une telle situation, celui qui doute ne peut être aidé que s’il s’ouvre aux autres, ou que s’il crie à Dieu dans la prière. Ce ne fut sans doute pas le cas de Thomas. Jésus quant à lui a attendu le moment propice pour venir à lui. Quand ce moment se produisit, et c’est la deuxième information que donne ce texte, tout ce que Thomas avait élaboré comme conditions indispensables pour croire s’effondre. Pourtant Jésus était entré dans son jeu. Il avait offert ses mains et son côté pour qu’il les touche. Mais il n’a ni touché ses mains ni mis ses doigts dans son côté. Il n’a pu qu’exprimer la foi qui jaillit en lui dans un souffle : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Mais avant que cet événement se produise, si Thomas s’est enfermé dans son scepticisme, c’est qu’il voulait croire, mais il n’en avait pas les moyens en lui, c’est pourquoi il a mis la barre très haute. Il voulait un contact physique avec le ressuscité sans quoi il se refusait à croire. Inconsciemment, il nous donne une leçon en matière de foi. Il justifie ses doutes par des arguments logiques : toucher, mettre ses doigts. Le doute met notre esprit en mouvement et nous fait trouver des arguments. C’est ainsi que notre pensée peut progresser, car c’est ainsi que nous sommes conçus. Quand Jésus se manifeste à Thomas, c’est dans un esprit en pleine ébullition qu ‘il intervient et il qu’il met à bat tous les arguments qu’il a élaborés.

L’Epoque que nous vivons nous met dans une situation comparable à celle de Thomas. Elle nous incite continuellement à douter. Cette situation est sans doute inconfortable mais en même temps elle est, stimulante pour notre foi. De toute part les principes sur lesquelles est établie notre foi sont ébranlés. Nous sommes sollicités par toutes sortes de média qui nous entraînent à douter des fondement même des Ecritures en mettant en doute l’historicité, des écrits bibliques. Selon ces détracteurs, ces récits ne seraient pas le reflet d’événements historiquement établis, mais ils seraient le rassemblement de traditions éparses réunies par les savants juifs de l’époque de l’exil.

Il nous faut donc mettre notre esprit en mouvement afin d’imaginer le défi que devaient relever les Scribes de l’exil. Le Temple était détruit, le roi était prisonnier en exil, il n’y avait plus rien pour donner confiance à un peuple vaincu. L’Ecriture n’existait que sous forme de traditions liées aux légendes propres à chaque tribu. Ils entreprirent alors une oeuvre colossale pour rassembler par un travail minutieux de rédaction et de compilation, les textes qu’ils avaient trouvés. En reconstituant des événements qui n’avaient pas forcément existés, ils ont redonné foi a un peuple qui redécouvrait son passé commun et la fidélité de son Dieu.

Ce Dieu qu’ils découvraient se révélait à eux dans une Ecriture qu’ils étaient en train de découvrir et d’écrire tout à la fois. C’est par elle désormais que Dieu leur parlait. Il était perçu comme un Dieu bon qui intervenait dans l’histoire des hommes pour provoquer leur libération quand ils étaient opprimés. Cette provocation des chercheurs modernes qui bousculent les traditions et qui déstabilise les croyants en mettant en cause l’authenticité des Ecritures révèle qu’à l’origine, cette aventure a permis de mettre en forme le texte de la Bible que nous avons aujourd’hui et de nous permettre de prendre à notre compte l’aventure spirituelle de ces hommes qui sont devenus nos ancêtres dans la foi.

La redécouverte de leur Dieu a permis aux exilés de retrouver espoir. Il les engageait à espérer et à aller de l’avant sur le chemin de la vie. Grâce à lui ils ont pu construire leur identité culturelle face aux divinités païennes qui semblaient triomphantes.

Que ceux qui se sentent déstabilisés par ces affirmations que les historiens et archéologues déversent sur notre société chrétienne, utilisent le doute qui surgit en eux pour construire leur foi sur ces nouvelles données. Qu’ils se tournent aussi vers Dieu lui même pour lui demander de manifester sa fidélité à chacun de nous comme il l’a fait pour son peuple quand les événements de l’exil avaient mis à bas tous les éléments de leur foi.

Nous sommes aussi tentés de perdre la foi parce que, aujourd’hui journalistes et philosophes se mettent d’accord pour décrier les 20 siècles d’histoire du christianisme qui viennent de s’écouler. Des croisades jusqu’aux missions modernes tout semble contestable à leurs yeux, et les chrétiens d’aujourd’hui mal à l’aise se prennent à douter des fondement de leur religion.

Mais si on peut douter de l’engagement dans la foi de ceux qui ont écrit l’histoire de ce pays, on ne peut douter de la Bible elle-même qui reste le ferment de notre foi. Doutant de l’histoire, on retrouve alors les Ecritures purifiées de l’histoire humaine. Elles retrouvent une fraîcheur toute nouvelle qui donne envie d’ aller de l’avant avec ce Dieu qui l’a inspirée et Jésus qui l’a enseignée.

Si nous avons été tentés de rejoindre Thomas dans son scepticisme, il nous faut agir comme lui pour faire face aux tentations modernes. Il nous faut maintenir notre esprit en mouvement pour que Dieu se serve de notre dynamisme afin de construire avec nous et en nous une foi plus solide et plus forte qui nous aidera à être forts dans un monde moderne désorienté.

mardi 24 mars 2009

Il entra, il vit et il crut. Jean 20/1-10 Dimanche 13 avril 2009







Jean 20:1-10 Résurrection de Jésus-Christ



1Le premier jour de la semaine, Marie-Madeleine se rendit au tombeau dès le matin, comme il faisait encore obscur ; et elle vit que la pierre était enlevée du tombeau. 2 Elle courut trouver Simon Pierre et l'autre disciple que Jésus aimait, et leur dit : On a enlevé du tombeau le Seigneur, et nous ne savons pas où on l'a mis.

3 Pierre et l'autre disciple sortirent pour aller au tombeau. 4Ils couraient tous deux ensemble. Mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau ; 5 il se baissa, vit les bandelettes qui étaient là, pourtant il n'entra pas. 6 Simon Pierre qui le suivait, arriva. Il entra dans le tombeau, aperçut les bandelettes qui étaient là 7 et le linge qu'on avait mis sur la tête de Jésus, non pas avec les bandelettes, mais roulé à une place à part. 8 Alors l'autre disciple, qui était arrivé le premier au tombeau, entra aussi ; il vit et il crut. 9 Car ils n'avaient pas encore compris l'Écriture, selon laquelle Jésus devait ressusciter d'entre les morts. 10 Et les disciples s'en retournèrent chez eux.







Textes Jean 20/1-10 « L’autre disciple qui était arrivé le premier entra dans le tombeau, il vit et il cru. »


Ce sermon va être un sermon sportif. Nous allons passer tout ce temps à courir avec deux hommes dans un marathon spécial vers la vie. Nous les rejoignons alors qu'ils cherchent leur chemin dans l’obscurité. Obscurité du matin qui est en train de naître, obscurité aussi qui emplit leur esprit désemparé, comme elle emplit le nôtre face à ce mystère.

Pourquoi ces deux là courent-ils ? Où vont-ils alors qu’il ne fait pas encore jour ? Un bruit s’est fait entendre dans la nuit, une rumeur est parvenue jusqu’à eux : le tombeau est ouvert. Les voilà partis, l’un à la suite de l’autre, l’un devançant l’autre et l’autre se faisant rattraper pour être devancé à son tour. Course de deux hommes qui cherchent à échapper à leur propre nuit. Deux hommes qui cherchent à comprendre l’incompréhensible.

Leur course dans la nuit de l’incompréhension est aussi la nôtre. Nous allons, nous aussi, courir avec eux à la recherche de la vérité sur la vie, car la mort n’est plus à sa place, la mort n’est plus ce que nous croyions. Le mort n’était plus à sa place car la mort telle qu'on la croit n’a plus de place. Nous jouons sur les mots pour dire encore aujourd’hui nos interrogations sur le vrai sens de la mort et corollairement pour nous interroger sur le sens de la vie ?

Ces deux hommes courent à la recherche de ce qu’ils ne savent pas formuler. Ils espèrent une réponse à une question qu’ils ne savent pas poser. Quand ils arrivent au tombeau, là où habite la mort, il n’ y a plus de mort. L’un entre et l’autre n’entre pas. La situation est cependant la même pour l’un, comme pour l’autre. Le premier voit les bandelettes et n’entre pas et Simon qui le suivait entra et vit les bandelettes. Il y a absence du mort aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du tombeau. La mort est ailleurs. Pour l’instant la mort est dans leur âme, dans leurs questionnements et dans leurs inquiétudes. C’est alors que l’autre, celui que Jésus aimait, entre dans le lieu où était la mort et" il vit et il crut", est-il dit ! Puis ils s’en retournent chez eux.

Ainsi en est-il de nous tous en ce matin de Pâques. On est venu à l’Eglise parce que l’on croit. On est venu pour conjuguer encore une fois tous ensemble ce même verbe croire : je crois, tu crois, nous croyons, puis on retournera chez soi. Telle sera la journée du croyant en ce jour là : une commémoration du jour où la mort a cessé d’être le terme de la vie. Mais Pâques est-ce seulement cela ?

Sans doute, comme le Bien Aimé, nous sommes heureux de croire. Mais croire qui ? Ou croire quoi ou croire en quoi? La plus part du temps on n’ en dit pas plus. On se contente d’affirmer que l’on croit ? Il est important de croire, dit-on, comme si le verbe croire était une fin en soi.


Le mot croire correspond à une adhésion personnelle à une vérité qui nous dépasse. Mais de quelle vérité s’agit-il ? Cette vérité peut d’ailleurs en contenir plusieurs qui peuvent même se contredire. « Je crois en Dieu, je crois en la vie après la mort, je crois en la résurrection, je crois à la vie éternelle. » Toutes ces affirmations recouvrent des démarches intérieures qui sont le fruit de notre réflexion ou de notre tradition, ou de notre culture. Il n’est pas rare que dans leurs conversations avec les uns et les autres les pasteurs s’entendent interpeller sur ce qu’il est correct de croire pour un protestant: « nous les protestants, qu’est-ce que nous croyons sur tel point ou sur tel autre ? » Ce type de question semble dire que pour beaucoup, le fait de croire est lié à un certain nombre d’affirmations auxquelles nous nous devons d’adhérer pour faire partie d’un groupe particulier.

Si nous faisons partie de ces gens là, nous rejoignons dans la peine-ombre Pierre et l’autre disciple qui courent en quête d’un signe qui leur permettra de formuler leur foi. Avez-vous remarqué que c’est la première fois depuis le début de mon propos que j’utilise le mot foi. En effet dans notre cheminement spirituel, pour avancer, nous devons opérer un glissement nécessaire qui va de la notion de croire à la notion de foi. C’est autour de cette notion de foi que va s’articuler tout le mystère de notre vie intérieure. Derrière le mot foi se cache une autre dimension de la spiritualité, à savoir que nous ne sommes pas maîtres de ce que nous croyons, car la foi dépasse notre raison.

Les deux hommes qui courent dans la nuit sont dépassés par leur raison. S’ils vont à la tombe en pleine nuit c’est à la suite des propos d’une femme dont tout le monde sait qu’elle est dérangée. S’ils ont réagi ainsi, c’est que leur raison a été ébranlée par quelque chose qui ne leur vient pas d’eux-mêmes. A l’énoncé de la parole de Marie Madeleine l’espérance fait surgir comme une lumière dans leur nuit. Bousculant ce qui est rationnel en eux, ils se mettent à espérer en quelque chose d’irrationnel.

Ces deux hommes savent bien que le Dieu de leurs Pères, que le Dieu de Jésus, est maître de tout, qu’il a tout pouvoir et qu’il peut faire surgir la vie là où la mort a fait son œuvre. On a beau le savoir, c’est quand même du jamais vu ! L’espérance faisait son chemin en eux et ils ne le savaient pas encore.

Il y a des passages obligatoires sur le chemin de la foi. L’espérance en est un. C’est le moment où notre âme est travaillée à l’intérieur de nous-mêmes par une proposition que notre raison réfute, mais qui provoque un sursaut d’énergie en nous. Cette proposition se heurte à notre intelligence qui développe toute sorte d’arguments raisonnables pour nous dire que ça ne tient pas la route, que ça ne peut être vrai et que ça relève de l’absurde ou du rêve.

Ceux qui vivent ce type d’expérience disent qu’ils sont ébranlés. Le disciple que Jésus aimait en est là. Il est ébranlé, il constate que la mort n’est pas ce qu’il pensait, il constate que rien ne correspond à sa logique. Ici, il est dit qu’il croit. En fait, il ne croit pas vraiment car il ne sait pas en quoi il est sensé croire, il est ébranlé. L’espérance a fait son chemin en lui, mais il n’est pas arrivé au terme de sa course ni de son expérience religieuse.

Le phénomène de la foi relèverait-il alors d’une simple expérience, fut-elle religieuse ? Tout cela ne serait-il que le fruit de notre pensée que nous libérerions pour un temps pour qu’elle produise des fantasmes qui nous donneraient des sensations fugitives qui permettraient à notre esprit de se décharger des angoisses métaphysiques qui nous stressent profondément ? C’est en tout cas le souhait de beaucoup. Ils désirent seulement être libérés de l’angoisse, mais ils ne désirent pas aller au de là...

Si nous avons déjà atteint ce point là, ce n’est déjà pas si mal. Mais on peut encore aller plus loin. C’est sans doute parce qu’on ne veut pas aller plus loin que nos églises demeurent aujourd’hui dans un immobilisme consternant.

En fait nous aimerions garder le contrôle de nos émotions, même de nos émotions religieuses et en limiter la portée. Mais nous ne sommes pas maîtres de la situation. Si notre raison a été ébranlée, si l’espérance nous a provoqués, si nous y avons pris de l’intérêt c’est que cette puissance qui a surgi en nous et qui a bousculé notre manière de comprendre est à l’œuvre en nous. Elle ne nous lâchera pas à moins que nous résistions trop fort. Car nous ne sommes pas encore arrivés au terme de notre course.

Dieu, qui a mis tout cet émoi en éveil a l’intention d’aller plus loin et de venir réguler le cours de notre vie. Il désire habiter nos pensées et inspirer nos projets. Pour cela il nous réserve encore, l’expérience d’un face à face personnel. Ce sera la suite de l'Evangile. Ainsi contrairement à ce qui est écrit, après cela ils ne retournent pas tranquillement dans leur maison. Dieu, en la personne de Jésus, va s’imposer à eux comme une vérité insoupçonnée. Cela aussi ils devront l'accepter. C’est alors qu’ils feront, et nous avec eux, l’expérience de la résurrection.



Chaque année à Pâques nous refaisons ensemble cet itinéraire de la foi, nous nous souvenons que Dieu habitait en Jésus Christ et qu’il se propose encore d’habiter en nous pour que toutes choses deviennent nouvelles. A Pâques, c’est le moment où chacun prend conscience que Dieu habite en lui et qu’il est devenu le partenaire incontournable de sa vie.

lundi 16 mars 2009

Une farce pour révéler l'espérance Dimanche des Rameaux 5 avril 2009


La vérité peut prendre des chemins bien étranges.




Evangile de Marc Chapitre 11/1-11

Entrée de Jésus à Jérusalem

1Lorsqu'ils approchèrent de Jérusalem, de Bethphagé et de Béthanie vers le mont des Oliviers, Jésus envoya deux de ses disciples en leur disant : 2Allez au village qui est devant vous ; dès que vous y serez entrés vous trouverez un ânon attaché, sur lequel aucun homme ne s'est encore assis ; détachez-le et amenez-le. 3Si quelqu'un vous dit : Pourquoi faites-vous cela ? répondez : Le Seigneur en a besoin. Et à l'instant il le laissera venir ici. 4Ils s'en allèrent, trouvèrent un ânon attaché dehors près d'une porte dans la rue, et le détachèrent. 5Quelques-uns de ceux qui étaient là leur dirent : Que faites-vous et pourquoi détachez-vous cet ânon ? 6Ils répondirent comme Jésus l'avait dit. Et on les laissa aller. 7Ils amenèrent à Jésus l'ânon sur lequel ils jetèrent leurs vêtements, et Jésus s'assit dessus. 8Beaucoup de gens étendirent leurs vêtements sur le chemin, et d'autres des rameaux qu'ils coupèrent dans les champs. 9Ceux qui précédaient et ceux qui suivaient (Jésus) criaient : Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !
10Béni soit le règne qui vient, le règne de David, notre Père ! Hosanna dans les lieux très hauts !


RAMEAUX Dimanche 5 avril 2009

Marc 11/1-11

Jésus a-t-il décidé d’offrir un moment de récréation à ses amis? Pour une fois, il donne dans la liesse et dans la joie sans retenue. Il se prête à une mascarade de Carnaval dont il accepte de tenir le premier rôle. Pendant le Carnaval, tout est permis. On tourne en dérision le pouvoir, on s’amuse à singer les grands et on transgresse à plaisir les règles de la société. Dans cette histoire de mascarade, c’est à nous de trouver la vérité.

Pour bien signifier que la chose est de l’ordre du jeu et de la mascarade, Jésus n’hésite pas à forcer la dose en caracolant sur un ânon, le petit de l’ânesse, c’est à dire une monture impropre à être montée par un adulte qui juché sur son dos a les pieds qui traînent par terre. Ce petit de l’âne n’a rien de la monture prestigieuse que chevauchaient jadis les rois d’Israël, dit-on. En effet, il paraît que David lui-même caracolait sur un superbe âne de Palestine: poil gris, garrot élevé, oeil vif, sabot luisant. David avait des régiments d’ânes, qui mieux que les chevaux avaient le pied sûr et étaient les montures idéales pour les combats en montagne. C’est grâce à eux qu’il aurait pu s’emparer de la ville de Jérusalem. Mais pour qu’il n’y ait pas de qui pro quo, Jésus utilise ici un animal trop petit pour le porter. Pas d’étendards mais des rameaux, pas de tapis, mais quelques manteaux. On imagine facilement l’escorte formée par la populace excitée s’amusant de la situation.

Pas d’inquiétude à avoir de la part du pouvoir officiel. Il ne s’agit vraiment pas d’une émeute. La dignité du tétrarque qui présidait habituellement aux cérémonies religieuses n’est pas en cause, ni celle du procurateur qui représentait l’autorité romaine, ni celles des grands prêtres. Bien que l’on soit selon la tradition à quelques jours de la fête de Pâques, on est plutôt dans, l’ambiance de la fête de Pourim, le carnaval juif qui se déroulait un mois plus tôt. Au cours de cette fête on commémorait l’histoire d’Esther. Y a-t-il une relation entre le spectacle qu’offre Jésus et cette fête si non l’ambiance? Je ne le sais pas, mais pourquoi ne risquerai-je pas une comparaison? Grâce à Esther un pogrom, un massacre à grande échelle, des juifs exilés en Assyrie a été évité. Dans l’antique Assur, une intrigue de cour avait mis en cause le portier du palais royal: un juif du nom de Mardochée, et qui était l’oncle de la reine Esther. Haman, le premier ministre avait décidé sa perte et obtint du roi un édit d’extermination des juifs. La reine Esther au risque de sa vie déjoue le complot, obtint la faveur royale et renverse la situation. Le Premier ministre est exécuté et Mardochée prend sa place.

Les apparences sont trompeuses et la Vérité se cache bien souvent là où on ne la cherche pas. Dieu est toujours du côté de la vérité si bien qu’on ne le trouve pas toujours là où on l’espère. Dans cette parodie de procession royale que Jésus identifie volontairement à un jeu, que cherche-t-il réellement à dire? Il veut dire que les hommes sont sensibles aux apparences, mais que la vérité n’est pas forcément du domaine du sensible. Ce qui flatte les yeux et les sens a bien souvent plus d’attrait que ce qui ne se voit pas. Jésus ne nous a-t-il pas dit que c’est dans l’intimité de sa chambre que l’on pratique le dialogue en vérité avec Dieu? Dans l’Evangile, Jésus s’en est pris parfois à ceux qui extériorisaient trop leur foi. Il a mis en cause les rites provocateurs. Il a contesté ceux qui priaient en vêtements à franges à l’extérieur pour montrer leur foi et il a retenu la piété de celui qui discrètement dans l’ombre se frappait la poitrine parce qu’il se reconnaissait pécheur devant Dieu.

Tout cela n’empêche pas que nous sommes sensibles aux choses qui ont de l’apparence. Le prédicateur éloquent, qui porte un vêtement bien propre a bien plus de chance de séduire que celui qui a une élocution laborieuse et dont le vêtement n’est pas net. Pascal en a longuement parlé dans son traité sur le pari

Dieu écrit droit avec des lignes courbes et les événements qui marquent ou qui, marqueront l’histoire des hommes ne sont pas ceux qui sont repérés ou orchestrés. Les grands hommes ne sont pas toujours ceux que l’on inhume au Panthéon. Dieu s’ingénie à écrire l’histoire d’une manière et les hommes s ‘évertuent à la lire autrement. Je n’essaye cependant pas minimiser le rôle des gens qui sont en vue ni de tout affadir en dénonçant les grands et je ne dis pas que les vraies valeurs sont toujours invisibles. J’essaye à travers l’événement des Rameaux de valoriser nos personnes et nos actions en disant que Dieu sait trouver dans les gestes les plus modestes que nous faisons pour lui plaire, les vraies valeurs de l’avenir.

Dieu n’utilise pas forcément les autoroutes de la communication pour se révéler. Le saint Esprit emprunte des itinéraires secrets et bien souvent modestes. A notre tour, il nous faut faire preuve de modestie pour nous mettre au bénéfice de ce souffle.

Les chemins sur lesquels nous marchons ne sont pas construits avec de grosses pierres, sans quoi on ne pourrait pas circuler. Les grosses pierres que sont les bornes, sont placées au bord du chemin comme signe de repère, mais elles ne servent pas à grand chose, si non à indiquer que l’on a parcouru mille mètres. Tout le monde les voit mais peu les utilisent. Par contre ce sont les millions de petits cailloux, les millions de gravillons de la route agglutinés les uns aux autres qui en font la qualité du revêtement et sont utiles à tous. Nous savons bien que les gravillons sont utiles et servent à tous et c’est nous qui les constituons, quant aux bornes kilométriques, nous l’avons dit, elles ne servent pas à grand chose, si non a être vu, et c’est leur rôle. Ce sont les grands de ce monde qui les constituent, et comme elles ils servent de point de repère et pas dava
ntage. Leurs noms servent à marquer les dates de l’histoire.

La route qui plaît à Dieu et sur laquelle Jésus fait avancer sa monture c’est celle qui est constituée par les milliards de petites pierres que nous sommes et dont le rôle est de crier et de révéler la gloire de Dieu.

J’aimerais encore tirer une autre leçon de cet événement, c’est celle de la joie que procure Dieu. Il n’y a aucune raison d’être joyeux dans cette histoire. Elle est plutôt dérisoire et le dérisoire n’est pas forcément drôle. On nous a fait même remarquer dans un autre Evangile, c’est celui de Luc, qu’il y avait des gens pour qui ne trouvaient pas ça drôle du tout. Ils souhaitaient plutôt qu’on se taise plutôt que de crier.

Il est curieux de constater que ceux qui se croient importants font exactement le contraire de ce qu’il faudrait faire. Ils réclament de se taire quand il faut crier et ils parlent quand il faut se taire. Ils veulent codifier la spontanéité et ils veulent provoquer des temps festifs. En fait, ils veulent décider de tout, mais ce serait compter sans Dieu. Ni les émotions, ni le saint Esprit n’obéissent à ce genre de règle.

Pour Jésus, par contre, nous sommes engagés dans une marche vers le Royaume. Cette marche est joyeuse, même si on n’a pas de raisons d’être joyeux. Ce roi loqueteux dont Jésus prend les traits est la figure du roi sans pouvoir, qui demain sera maître du monde. Il sera comme l’un de nous, il sera l’un de nous, il sera nous tous ensemble. Dès maintenant il s’avance vers une société égalitaire où les hommes n’auront plus de raisons de rivaliser entre eux, ni de s’envier, ni de se faire du mal. Il n’y aura plus ni justes ni injustes, ni pauvres ni riches, ni compétition ni concurrence, ni nord ni sud, ni vaincu ni oppresseur. Nous devons chaque jour joyeusement déposer une pierre sur le chemin où marche l’ânon divin pour que cette promesse d’un monde nouveau s’inscrive dans l’ordre des réalités en devenir.