vendredi 26 juin 2020

Matthieu 10/37-42 Qui est Dieu ? dimanche 28 juin 20




Matthieu 10/37-42

La Parole de Dieu


En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres :
    « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi
n’est pas digne de moi ;
celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi
n’est pas digne de moi ;
    celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas
n’est pas digne de moi.
    Qui a trouvé sa vie  la perdra ;
qui a perdu sa vie à cause de moi
la gardera.
    Qui vous accueille
m’accueille ;
et qui m’accueille
accueille celui qui m’a envoyé.
    Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète
recevra une récompense de prophète ;
qui accueille un homme juste en sa qualité de juste
recevra une récompense de juste.
    Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche,
à l’un de ces petits en sa qualité de disciple,
amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. »



Sermon



Celui qui entend ces propos de Jésus pour la première fois  risque de trouver  fortement  déstabilisé.

Jésus parle de notre relation  avec lui et aux autres d’une manière bien étrange. 

Quelle image de Dieu se profile-telle derrière de tels propos ?

C’est  à partir de cette question que je vous propose de nous interroger sur notre propre relation avec Dieu en fonction de ce que nous savons de Jésus.



Habituellement nous voyons Dieu comme le « Tout puissant », de qui procèdent toutes les réalités.

Il nous apparait parfois comme un être lointain qui cache sa majesté derrière les merveilles de la nature telle une nuit étoilée en plein été ou le spectacle fantastique d’une aurore boréale ou d’une tempête  qui secoue les vagues spectaculaires.

L’approche du monde des insectes d’autre part nous laisse pantois. Nous ne nous lassons pas d’admirer comment la chenille s’emprisonne dans une chrysalide pour devenir ce papillon qui nous émerveille.



Nous pensons que toutes ces choses étranges  ont Dieu pour auteur et ont été engeancées par des calculs tels qu’aucun ordinateur n’aurait pu les réaliser. «  O ! Dieu que ton nom est grand sur toute la terre ! » Pensons- nous  dans notre fort intérieur en paraphrasant le psaume 8 »



Quand nous songeons à l’humanité et aux prodiges d’intelligence qui sont les siens, nous nous extasions devant les possibilités créatrices de Dieu et nous admirons les capacités prodigieuses qu’il a dissimulées dans le cerveau humain  : «  Qu’est-ce que l’homme pour que tu te souviennes de lui et le fils de l’homme pour que tu  prennes garde à lui » continuons-nous dans notre paraphrase des Ecritures.

 Avec Job nous nous émerveillons et nous nous humilions devant tant de grandeur et nous pensons que seul celui qui croit en Dieu peut  trouver du sens et de la cohérence dans tout cela.  Mais ce Dieu si grand et si merveilleux  reste  inaccessible à notre pensée. Comment le rejoindre  et devenir son ami ?



Depuis toujours on a aussi  considéré que ce grand Dieu pouvait être redoutable et qu’il devenait exigent quand il  se rapprochait de nous.  Comment pourrait-il rester sans réaction devant  le mésusage que nous faisons des capacités qu’il a dissimulées en nous ?



Etant lui-même parfait il ne devrait pas supporter notre imperfection qui mettrait en cause sa  perfection.

Il serait donc enclin à nous punir  à cause de  notre lenteur à pouvoir  analyser nos comportements et à chercher à  nous améliorer.

Il voudrait que nous nous repentions sans restriction des fautes commises, même si nous n’en avons pas conscience. Nous pensons  ainsi à chaque moment encourir son courroux qui  pourrait  nous amener  au jugement et à  la mort.



Bien que fragiles et conscients de nos faiblesses, nous cherchons cependant à gagner le droit d’exister devant Dieu.

La société religieuse du temps de Jésus était judicieusement organisée pour permettre aux hommes de retrouver dans cet univers  un chemin acceptable qui les ramènerait à Dieu.

Tout  y était réglé pour que  les humains s’accordent harmonieusement avec leur Dieu.

Grâce au ministère  des prêtres qui pratiquaient les sacrifices pour  réconcilier les hommes avec Dieu et grâce  aux célébrations rituelles  des fêtes qui qui s’égrenaient au cours des années  pour rester en harmonie avec toute la création, les choses pouvaient entrer dans l’ordre.



Malgré ce système  savamment policé,  mais terriblement contraignant Jésus s’est proposé de construire une autre société, plus acceptable  sans être vraiment différente de la précédente.

En supprimant  le rite des sacrifices  du temple, en oubliant une partie des exigences de la Loi, il a instauré une manière moins contraignante pour conserver l’harmonie avec  Dieu.

Mais   cela changeait-il les choses en profondeur ?

En fait c’est notre relation par rapport à Dieu que Jésus  se proposait de changer  radicalement et c’est le visage de Dieu lui-même qui en devenait  différent.



Jésus présentait Dieu sous un autre  jour que celui ce que nous avons l’habitude d’imaginer. 

C’est d’abord de nos peurs face à la vie que Jésus se chargeait de nous libérer.

Il  présentait dieu comme un Père et un libérateur.

C’est pourquoi Jésus s’acharnait à combattre contre toutes les craintes qui nous pourrissent la vie pour installer l’espérance tout au fond de notre âme.

C’est ainsi que l’esprit de Dieu pouvait prendre place en nous afin de nous donner assez d’énergie pour faire face à la vie. 



Tout cela n’était cependant  pas vraiment nouveau, Car c’était déjà contenu dans les Ecritures dont les prophètes  avaient rendu témoignage au cours des siècles.

Ce qui était nouveau, c’était les priorités que Jésus mettait dans nos rapports avec Dieu.

A la place de la soumission, c’était l’amour qu’il mettait en premier, comme  élément nécessaire dans la relation de vie entre Dieu et les hommes et entre les hommes entre eux.



C’est ainsi qu’à titre prophétique, un jour dans le parvis du temple il a  chassé les animaux destinés  aux sacrifices qui  dénaturaient  les vrais enjeux qui se jouaient dans le sanctuaire. 

Il donnait priorité absolue à la vie en commençant par celle des animaux.

Jésus insistait sur la notion d’amour, comme on vient de le dire,  pour  être perçu comme l’élément essentiel des attributs de Dieu.

Sa justice et  sa toute-puissance passaient après. C’est ainsi, pour qu’une femme coupable d’un péché passible de mort puisse vivre quand même,  il l’a accueillie de telle façon que ses adversaires qui voulaient la punir  en  ont oublié leurs instincts meurtriers en se sentant eux même impliqués par leur  propre attitude.



Si donc Dieu est pourvoyeur de vie, il ne  peut être associé à ce qui  pourrait mener à la mort, pas même à ce qui pourrait être perçu comme un juste jugement.  Nul alors ne pourra trouver en Dieu la justification à la haine qu’il éprouve pour les autres ni se justifier des violences  qu’il exerce contre ses semblables.

Il ne pourra  pas non plus contraindre Dieu à endosser la responsabilité des maladies, ni des catastrophes.  Si les hommes veulent en savoir plus sur l’origine des dangers qui les menacent, qu’ils laissent le saint Esprit visiter leur merveilleuse intelligence, peut-être alors verront-ils le monde autrement et du coup, ils verront Dieu autrement.



Ainsi, sous l’impulsion de Jésus, Dieu nous apparait-il  autrement  que de  la manière dont on le conçoit habituellement.

De ce constat va naître un énorme malentendu, car cette manière de voir les choses ne va pas plaire à tout le monde.

Ceux qui  se trouvent dans des positions privilégiées et qui pensent que Dieu les conforte dans leur  situation sont dans l’erreur.

C’est ainsi que Jésus écartera de  lui un jeune homme plein de bonne volonté qui n’avait pas compris que ses richesses n’étaient pas un don que Dieu lui avait réservé et que s’il voulait rester en accord avec lui, il devait se faire justice à lui-même  et partager ses richesses avec plus défavorisés que lui.



Quand on s’attaque aux privilégiés et que l’on pense que Dieu ne trouve pas sa place dans leur camp, on s’attire forcément des inimitiés.

Plus ils seront puissants, plus ils feront du mal à ceux qui  les contestent.

Tel fut le sort de Jésus et lucidement Jésus a laissé entendre que ce serait aussi le sort de ceux qui partageront ses idées sur Dieu.

S’élèveront alors des dissensions et la paix espérée prendra des formes de guerre. 



Dans une telle perspective et malgré les divisions qu’il suscite dans les rangs de ses adversaires, mais aussi dans les rangs de ses amis, voire même de sa future Eglise, Jésus entrevoyait déjà ce moment où sa conception  de Dieu serait de plus en plus partagée par les humains, où les croyants, malgré les obstacles susciteraient des adhésions à des projets de partage et où le monde, gagné à la sagesse de Jésus se transformerait. Tel est le Royaume dont il parlait, telle est l’espérance dont il accompagnait ses propos, telle est la perspective d’avenir dans laquelle il nous engage à entrer.











C’est ainsi qu’à titre prophétique, un jour dans le parvis du temple il a  chassé les animaux destinés  aux sacrifices qui  dénaturaient  les vrais enjeux qui se jouaient dans le sanctuaire.  Il donnait priorité absolue à la vie en commençant par celle des animaux. Jésus insistait sur la notion d’amour, comme on vient de le dire,  pour  être perçu comme l’élément essentiel des attributs de Dieu. Sa justice et  sa toute-puissance passaient après. C’est ainsi, pour qu’une femme coupable d’un péché passible de mort puisse vivre quand même,  qu’il l’a accueillie de telle façon que ses adversaires qui voulaient la punir  en  ont oublié leurs instincts meurtriers en se sentant eux même impliqués par leur  propre attitude.



Si donc Dieu est pourvoyeur de vie, il ne  peut être associé à ce qui  pourrait mener à la mort, pas même à ce qui pourrait être perçu comme un juste jugement.  Nul alors ne pourra trouver en Dieu la justification à la haine qu’il éprouve pour les autres ni se justifier des violences  qu’il exerce contre ses semblables. Il ne pourra  pas non plus contraindre Dieu à endosser la responsabilité des maladies, ni des catastrophes.  Si les hommes veulent en savoir plus sur l’origine des dangers qui les menacent, qu’ils laissent le saint Esprit visiter leur merveilleuse intelligence, peut-être alors verront-ils le monde autrement et du coup, ils verront Dieu autrement.



Ainsi, sous l’impulsion de Jésus, Dieu nous apparait-il  autrement  que de  la manière dont on le conçoit habituellement. De ce constat va naître un énorme malentendu, car cette manière de voir les choses ne va pas plaire à tout le monde. Ceux qui  se trouvent dans des positions privilégiées et qui pensent que Dieu les conforte dans leur  situation sont dans l’erreur. C’est ainsi que Jésus écartera de  lui un jeune homme plein de bonne volonté qui n’avait pas compris que ses richesses n’étaient pas un don que Dieu lui avait réservé et que s’il voulait rester en accord avec lui, il devait se faire justice à lui-même  et partager ses richesses avec plus défavorisés que lui.



Quand on s’attaque aux privilégiés et que l’on dit que Dieu ne trouve pas sa place dans leur camp, on s’attire forcément des inimitiés. Plus ils seront puissants, plus ils feront du mal à ceux qui  les contestent. Tel fut le sort de Jésus et lucidement Jésus a laissé entendre que ce sera aussi le sort de ceux qui partageront ses idées sur Dieu. S’élèveront alors des dissensions et la paix espérée prendra des formes de guerre.  Il n’y aura plus de place dans le monde pour ceux qui préconisent une autre manière de voir Dieu que celle qui consiste à diviser le monde en mettant d’un côté les bien méritants, les bien nés, les bien convertis et en mettant de l’autre ceux qui ne sont pas de cette catégorie.



Dans une telle perspective et malgré les divisions qu’il suscite dans les rangs de ses adversaires, mais aussi dans les rangs de ses amis, voire même de sa future Eglise, Jésus entrevoyait déjà ce moment où sa conception  de Dieu serait de plus en plus partagée par les humains, où les croyants, malgré les obstacles susciteraient des adhésions à des projets de partage et où le monde, gagné à la sagesse de Jésus se transformerait. Tel est le Royaume dont il parlait, telle est l’espérance dont il accompagnait ses propos, telle est la perspective d’avenir dans laquelle il nous engage à entrer.

mardi 9 juin 2020

Jean 6/51-58 Le pain descendu du ciel 14 juin 2020







Jean  6/51-58 : le pain descendu du ciel: dimanche 14 juin 2020



51 C'est moi qui suis le pain vivant descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra pour toujours ; et le pain que, moi, je donnerai, c'est ma chair, pour la vie du monde.

52 Les Juifs se querellaient entre eux ; ils disaient : Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger ?

53 Jésus leur dit : Amen, amen, je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n'avez pas de vie en vous. 54 Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le relèverai au dernier jour. 55 Car ma chair est vraie nourriture, et mon sang est vraie boisson. 56 Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, comme moi en lui. 57 Comme le Père, qui est vivant, m'a envoyé, et comme moi, je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra par moi. 58 Voici le pain descendu du ciel. Il n'est pas comme celui qu'ont mangé les pères : ils sont morts. Celui qui mange ce pain vivra pour toujours.




Que nous faut-il aujourd’hui pour vivre ?  A une telle question l’homme moderne répond en formulant quelques sigles qui n’ont de valeur que pour cette génération. Il va parler de RSA ou de SMIG tout en sachant  que ces sigles n’expriment qu’un minimum que d’aucun juge insuffisant. Si on veut être plus précis, on dira encore que pour vivre normalement  il faut un logement décent, un emploi stable et une voiture capable de transporter  toute la famille, mais on dira peu de choses quant à la nourriture.  Dans l’antiquité on était plus prosaïque, c’est en pain que l’on estimait le revenu acceptable pour une famille normale. Il fallait avoir assez de pain chaque jour pour nourrir tous les membres de sa famille. Les critères ne sont plus les mêmes.



Ainsi la valeur du pain ne sera pas la même pour nos ancêtres de l’antiquité que  pour nous. Si pour nous, la notion de  pain a  une valeur symbolique, pour  eux elle avait une valeur vitale. Quand Jésus prononce le mot pain ce mot prend une résonance bien réelle. Aujourd’hui, il faut s’appuyer sur d’autres valeurs,  pour parler de niveau de vie, on est obligé de parler de RSA. Mais les termes utilisés dans l’antiquité étaient plus significatifs. Le mot pain était associé au mot vie. Cela signifiait que  la vie dépendait du  pain. Sans pain, on ne pouvait vivre. En s’identifiant au pain Jésus montre qu’il s’associe à la nécessité vitale de chacun.



Selon notre manière actuelle de voir les choses, quand on associe la notion de   pain, à celle de vie, nous avons tendance à spiritualiser les choses  et à  les associer au corps sacramentel de Jésus, si bien qu’en donnant au pain une valeur spirituelle il perd son sens  de nécessité vitale  immédiate pour prendre une valeur sacrée. Il   dépasse sa signification matérielle  pour devenir le pain de la cène. Il pend  alors une valeur toute spéciale,  si bien que les théologiens en ont déduit qu'il  n’était  pas destiné à tout le monde : on ne peut le donner ni aux enfants trop jeunes qui ne comprennent pas  encore,  ni aux non convertis, ni au non baptisés,  le pain du ciel devient une chose réservée aux initiés qui se réservent à leur tour le droit de le donner à qui leur paraît assez digne pour le manger. C’est ainsi qu’on passe à côté, de ce que Jésus avait l’intention de nous faire comprendre, car si le pain de vie est pour lui vraiment porteur de vie, il est destiné  à tout le monde  et il a une valeur immédiate afin que tous aient la même chance dans l’existence.



En  s’identifiant au pain comme il le fait Jésus veut dire que Dieu est aussi présent et aussi nécessaire que la nourriture quotidienne. Dieu n’est pas une réalité mystique  qui nécessite une longue pratique ou un long enseignement  pour s’approcher de lui. Dieu est aussi facile à approcher  qu’un morceau de pain et  sa présence est aussi nécessaire à la vie que le plus modeste élément de nourriture.  C’est dans ce sens que Jésus espère être compris.  Chacun doit trouver en lui une  réalité qui pourra lui permettre de valoriser sa vie Nous avons à la fois besoin d’éléments matériels comme la nourriture pour vivre  et nous avons en même temps  besoin d’éléments spirituels comme la présence de Dieu.



Comme notre corps a besoin d’éléments extérieurs à lui-même pour se nourrir et vivre, de même notre être spirituel a besoin d’éléments extérieurs à lui-même pour se nourrir et vivre. Mais curieusement, nous ne semblons pas en être persuadés. Nos contemporains ont pour la plupart d’entre eux l’impression qu’ils se suffisent à eux-mêmes sur le plan spirituel.  Beaucoup estiment qu’il leur suffit de penser par eux-mêmes, ou de s’intéresser à l’art ou à la philosophie pour avoir une vie spirituelle. Ils estiment qu’ils sont eux-mêmes producteurs de leur nourriture spirituelle  et maîtres de leur propre salut, à supposer que dans ce contexte la notion de salut ait une valeur quelconque.



 Mais comme pour la nourriture matérielle,  l’homme ne peut se suffire à lui-même, il faut que sa vie spirituelle soit alimentée par quelque chose qui lui  vienne d’ailleurs, qui  lui soit extérieure. En raison de cette logique il paraît impossible d’avoir une vie spirituelle sans Dieu.



En fait je ne pense pas que ça se passe ainsi !  Nous absorbons des nourritures matérielles pour vivre sans vraiment nous en rendre compte puisque, comme  nous l’avons vu tout à l’heure, nos critères d’existence ne sont plus liés à la nourriture, mais plutôt au confort, de même la vie spirituelle se nourrit elle aussi  de tous les apports extérieurs dont elle a besoin, sans que nous prenions le temps de nous interroger sur leur origine.  Nous ne prenons pas le temps de repérer la présence de Dieu dans tout ce qui fait vibrer notre vie intérieure, pourtant, sans que nous nous en rendions compte, Dieu est présent en nous.



Il est donc nécessaire que nous marquions une pause pour réfléchir à la manière dont nous vivons. La  présence de Dieu ne devient vraiment efficace pour nous que si nous en prenons conscience. Il nous faut donc chercher à repérer les traces de Dieu dans notre vie, mais la plupart des hommes le cherchent dans l’irrationnel et dans le merveilleux.



 Aujourd'hui  se sont les courants religieux qui parlent d'irrationnel et qui recherchent le merveilleux qui ont la faveur des masses.  Cependant,  comme l’irrationnel et le merveilleux  nous échappent  et finissent bien souvent  par trouver une explication on finit par être déconnecté de la réalité  et   à douter de Dieu.



Nous  demandons à Dieu  de se manifester dans des actions où nous ne croyons pas vraiment qu’il puisse agir. Nous voudrions qu’il intervienne sur la météo, qu'il supprime les sécheresse ou les inondations, qu’il supprime le mal et impose la justice, qu’il n’y aient plus de catastrophes naturelles, et qu'il n'y aient plus de guerres  et que la covid  19 n’ait plus d’emprise sur nous.  En raisonnant ainsi,  nous n’entrons pas  dans la logique de Dieu.



 En effet, si nous pensons que Dieu est à l’origine du monde, pourquoi  changerait-il les modes de fonctionnement qu’il aurait mis lui-même en place ?  S’il en est ainsi, nos questions n’ont pas beaucoup de pertinence en face d’un Dieu que nous estimons tout puissant et créateur et auquel nous ne cesserions de contester les défauts de sa toute puissance et de lui demander de corriger continuellement  sa création.  Ce n’est pas non plus parce que la science n’apporte pas de réponses à nos questions qu’il faut en conclure à l’absence de Dieu !



Si ces préoccupations ne nous apportent pas de réponses, d’autres questions se posent alors à nous : Pourquoi éprouvons-nous  des émotions ?  Pourquoi l’amour ?  Pourquoi les passions ? Toutes aussi irrationnelles, ces sensations ne sont possibles que parce qu’elles nous viennent d’ailleurs.  Nous ne pouvons pas aimer sans un  vis à vis, car c’est bien de l’extérieur de nous mêmes que vient ce sentiment.  Le problème c’est que nous cherchons Dieu ailleurs que là où il se manifeste et que nous ne savons pas le repérer quand il agit au fond de nous-mêmes.



Si donc Dieu vient se manifester en nous et qu’il a un lien évident  avec nos émotions,  sans que nous ne nous en apercevions, s’il pilote les pulsions de vie qui font vibrer notre âme, s’il nourrit notre esprit sans que nous le sachions, qu’adviendra-t-il  de nous quand  nous le découvrions vraiment ? Quelle qualité de vie aurons-nous alors si nous découvrons que Dieu est à l’œuvre en nous ?



Face à un tel questionnement, Jésus nous apprend alors  qu’il suffit de regarder en nous-mêmes pour  voir Dieu agir. C’est alors que nous accepterons de savourer ce qui se passe dans notre existence, et que nous découvrirons  avec joie ce qu’il nous donne. Son esprit qui ne cesse de nous visiter deviendra vraiment  efficace en nous. Ainsi nourris par lui, nous nous surprendrons nous-mêmes à faire les actes que, en d’autres temps nous lui demanderions de faire, si bien que c’est nous qui  accompliront  les miracles que nous attendions de lui pour croire !



 C’est parce que nous sommes habités par son esprit que nous devenons meilleurs, altruistes, généreux. Grâce à ces qualités  que Dieu améliore en nous par sa présence, le monde se met à évoluer d’une autre manière et l’on rencontre alors  des Mère Thérésa, des Henri Dunan des Albert Schweitzer, des Martin Luther King, des  Nelson Mandela qui chacun, là où il est,  transforme le monde et agit au cœur  de l’égoïsme des peuples  pour faire jaillir l’espérance.





Illustrations Bernard Frackowiak :" le vieil homme et le pain"


vendredi 22 mai 2020

Jean 17/9-15 Dieu est-il le créateur tout puissant? dimanche 24 mai 2020


 Jean 17/ versets 9 à 15


09 Je ne te prie pas pour le monde mais pour ceux que tu m’as donnés, parce qu'ils sont à toi.
10 Tout ce qui est à moi est à toi et ce qui est à toi est à moi, et ma gloire est manifestée en eux.


11 Désormais je ne suis plus dans le monde, mais eux, ils sont dans le monde, tandis que je vais vers toi. Père saint, garde-les en ton nom, ce nom que tu m'as donné, afin qu'ils soient un comme nous.


12 Lorsque j'étais avec eux dans le monde, je les gardais en ton nom. J'ai protégé ceux que tu m'as donnés et aucun d'eux ne s'est perdu, à part le fils de perdition afin que l'Ecriture soit accomplie.

13 Maintenant je vais vers toi et je dis ces paroles dans le monde afin qu'ils aient en eux ma joie, une joie complète. 


14 Je leur ai donné ta parole et le monde les a détestés parce qu'ils ne sont pas du monde, tout comme moi, je ne suis pas du monde. 

15 Je ne te demande pas de les retirer du monde, mais de les préserver du mal.



Sermon

Où que se porte mon regard, où que se diffuse ma pensée, où que je sois, où que j’aille, Dieu se trouve toujours sur le chemin que je parcours. L’immensité du monde ne lui fait nullement obstacle, l’infini des cieux ne dresse aucun rempart devant lui, la mort n’offre aucune barrière à son action. 

Et moi, tout petit être vivant, j’existe face à lui. C’est ce Dieu qui prend en compte mon existence, comme il tient compte de chaque élément de l’univers pour permettre à la réalité sauvage du monde de jouer le jeu qui est le sien.

Dans ce contexte Dieu ne pourrait être vraiment Dieu s’il soumettait à sa fantaisie les éléments de la nature par une mainmise autoritaire qu’il exercerait sur elle, mais il laisse à la vie, dont il se veut le principe régulateur, la liberté de s’exprimer. Cependant, il ne reste pas extérieur à ce monde  et il lui propose, sans les lui imposer des principes pour que la vie s’épanouisse sans contrainte. 

Le monde quant  à lui suit le cours des choses. Il obéit  à des règles de comportement selon lesquelles les lois du plus fort s’imposent toujours à celui qui est le plus faible. Celui-ci doit se soumettre ou se résigner à disparaître. Pourtant, contrairement au monde, ce sont d’autres principes qui émanent de Dieu. Ces principes, s’ils étaient suivis  pourraient réguler le monde autrement. Mais Dieu  ne les impose pas. 

Ainsi, si tout ce qui est sauvage suit le cours de sa propre nature, et cela ne se passe pas sous le contrôle de Dieu. Les principes qui émanent de lui parviennent cependant  jusqu’à nous par le fait de son esprit qui souffle sur nous. Ils trouvent leur réalité dans la notion d’amour. Elle  se manifeste quand nous donnons de l’intérêt à tout ce qui n’est pas nous-mêmes. Ces principes, quand nous les adoptons  font de nous les éléments régulateurs du monde et permettent à tout ce qui est sauvage, de fonctionner avec harmonie dans ce vaste espace. Dieu a donc prévu que nous pourrions intervenir sur le cours des choses.

Au cours de l’évolution du temps, et grâce à l’action des prophètes, ces principes divins sont venus habiter la pensée des hommes dont le plus pertinent d’entre eux fut Jésus Christ.  La connaissance subtile de Dieu a façonné son âme. Elle l’a imprégné de tous ces principes divins dont on vient de parler à tel point que son action sur nous se confond avec celle de Dieu.  Face  à la violence du monde, il a choisi la mort pour révéler aux humains que Dieu s’offrait  à eux pour  la maîtriser. Quand chaque homme en prend conscience,  il devient  pour le monde,  régulateur des principes de Dieu. Le monde est alors habité par la pensée  divine dont il s’imprègne. C’est alors que la notion de  création prend toute sa réalité et devient effective en lui.

Si nous gardons les yeux fixés sur Jésus Christ, nous comprenons que la réalité de Dieu ne peut agir sur le monde que si  l’homme qui l’habite met en œuvre les principes issus de Dieu. Sans l’action de l’homme  qui se laisse visiter par Dieu, la nature évolue à sa guise  indépendamment de Dieu.  Mais c’est sous l’action de l’homme  qui met toute chose en tension,  que l’harmonie entre la nature et Dieu peut prendre place et offre un  destin au monde. Pour cela il doit mettre à sa disposition ce que Dieu lui inspire. 

Il me plait de penser avec le philosophe Spinoza que Dieu et la nature font cause commune, mais ce n’est qu’éclairée par l’Evangile de Jésus Christ, que l’homme  peut s’offrir  à la nature comme un maitre potentiel. Dieu quant à lui ne se donne pas le droit  d’intervenir directement sur elle, mais il fait confiance à l’homme pour le faire.

Notre relation avec ce monde devrait se faire dans un climat d’harmonie dont Dieu serait à l’origine, et dont nous deviendrions les héros. 

C’est alors qu’il faut que nous parlions de ce qui nous préoccupe en ce moment : le Covid 19 . Il paraît que nous devrions dire la Covid (L’Académie française dixit). Dieu n’ignore pas ce virus qui nous obsède, mais il ne l’a   pas créé. Il  a jailli, on ne sait comment des soubresauts incontrôlés de la nature et il s’en est pris à l’homme. Il n’échappe cependant pas aux principes régulateurs  qui émanent de Dieu selon lesquels des hommes  inspirés par Dieu le soumettront et l’amèneront à la raison. Ce virus  entrera alors dans ce principe de régulation harmonieuse qui émane de Dieu. Combien de temps cela prendra-t-il ? Dieu ne contrôle pas le temps dont les humains ont besoin, mais il veille pour que cela  s’accomplisse. 

L’impuissance apparente qui est la nôtre à s’opposer à cette forme de mal déclenche en notre esprit une peur panique qui nous pousse à accuser Dieu d’impuissance ou à penser  qu’il serait animé d’un esprit  de vengeance.  Dieu répond cependant par la négative à ces soupçons  malveillants, car c’est la peur qui prend le pas sur notre raison et qui nous amène à réagir comme si Dieu n’était pas Dieu. 

La vie se présente toujours à nous comme une aventure dont Dieu serait notre partenaire mais il ne serait pas responsable de la tournure que prennent les événements.  Nous trouvons en lui la liberté d’agir en responsabilité et  nous réagissons  en fonction de ce que notre esprit puise en lui.


Sa présence en nous,  nous invite à vivre en harmonie avec la nature et non pas à l’exploiter à notre profit. Il nous appartient donc de ne pas enfermer la nature dans un déterminisme qui viserait à la mettre au service de l’humanité,  mais à faire d’elle  une partenaire de l’homme plutôt qu’une servante. C’est sans doute ainsi qu’il nous faut lire les récits de la création dans le livre de la Genèse. Amen 

Ce sermon a été filmé pour les besoins de l'Eglise confinée. Vous pouvez le voir ainsi que le culte sur www.templderomans.fr

mercredi 13 mai 2020

Jean 14/15-21 L'amour de Dieu pour le monde - dimanche 17 mai 2020



 


15 Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. 16 Moi, je demanderai au Père de vous donner un autre défenseur pour qu’il soit avec vous pour toujours, 17 l’Esprit de la vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas et qu’il ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous et qu’il sera en vous.


18 Je ne vous laisserai pas orphelins ; je viens à vous. 19 Encore un peu, et le monde ne me verra plus ; mais vous, vous me verrez, parce que, moi, je vis, et que vous aussi, vous vivrez. 20 En ce jour-là, vous saurez que, moi, je suis en mon Père, comme vous en moi et moi en vous. 21 Celui qui m’aime, c’est celui qui a mes commandements et qui les garde. Or celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l’aimerai et je me manifesterai à lui. 

22 Judas, non pas l’Iscariote, lui dit : Seigneur, comment se fait-il que tu doives te manifester à nous et non pas au monde ? 23 Jésus lui répondit : Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; nous viendrons à lui et nous ferons notre demeure auprès de lui. 24 Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Et la parole que vous entendez n’est pas la mienne, mais celle du Père qui m’a envoyé. 

25 Je vous ai parlé ainsi pendant que je demeurais auprès de vous. 26 Mais c’est le Défenseur, l’Esprit saint que le Père enverra en mon nom, qui vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que, moi, je vous ai dit. 




Une immense bonté habite le monde, mais qui s’en rend compte ? La lecture de nous journaux quotidiens semble même nous dire le contraire. Ils ne cessent de nous énumérer toutes ces choses dont l’humanité  serait victime, si bien qu’on a pris l’habitude de considérer que le monde serait aux mains du « mauvais » et que c’était lui qui en était devenu le maître. Dans le récit de la Tentation rapporté par les évangiles ne nous raconte-t-on pas qu’il se présente comme le maître du monde ?  Si Jésus ne tombe pas dans le panneau, la plupart des humains se laisse avoir.

Sans doute les média,  aussi se font prendre au  même piège et s’ingénient à présenter le mauvais côté des choses. Cependant,  il suffit de jeter un coup d’œil sur tout ce qui nous entoure pour constater la beauté qui irradie de toute part. Du lever du soleil jusqu’à son couchant que de merveilles ne défilent pas sous nos yeux !  Avec un peu d’attention nous voyons  la bonté de tous ces humains à l’œuvre quand ils s’entraident mutuellement. Nous partageons aussi   cette immense espérance qui fait vibrer nos cœurs  et qui installe en nous  l’idée que demain portera des fruits meilleurs que ceux d’aujourd’hui.  

Il y a un fond d’optimisme en nous que nous prenons soin de cacher, comme si c’était malsain de voir les choses sous un jour heureux. Ce fond d’optimisme correspond  sans doute à la trace de Dieu qui se promène incognito  dans notre monde (1) et qui sème quelques bribes de lui-même partout où il passe. C’est ce qui   nous permet inconsciemment de profiter de la vie..

Pourtant ce sont d’autres idées sur Dieu qui habitent nos esprits. Elles sont assez généralement partagées dans ce monde-ci.  Dieu serait perçu par beaucoup comme  l’ « être suprême » cher aux révolutionnaires qui ne se soucierait  pas beaucoup du sort de l’humanité. On le considère, dans le meilleur des cas comme celui qui aurait jeté le monde sur sa lancée, mais qui, depuis le big-bang qu’il aurait initié, le laisserait  évoluer  à sa guise. Ce Dieu ne serait en rien dérangé  par les guerres que se font les hommes entre eux, ni par  les trains qui déraillent, ni par  les petits enfants qui ont faim.

Telle est la vision de Dieu qui se répand dans notre société. Si on croit en Dieu, on ne lui accorde que peu de cas. Notre société évolue sur un fond de panthéisme qui nous suggère qu’à la fin,  notre vie s’achèvera dans un Grand Tout  où curieusement nous conserverons une partie de notre personnalité. Ce sont les média qui encore une fois accréditent cette idée. En effet, il suffit qu’une personnalité  disparaisse pour que l’on nous suggère que là où elle est désormais, elle nous voit et participe d’une manière ou d’une autre à la suite des événements. Nos contemporains s’approprient volontiers  les idées d’un de nos anciens président  défunt qui avant de mourir laissait entendre qu’il ne nous quitterait pas tout à fait parce qu’il croyait aux forces de l’esprit. Mais bien évidemment nous avons du mal à nous y retrouver.

Dans le monde antique juif dont nous sommes héritiers et dans lequel vivait Jésus, il n’en allait pas ainsi. On pensait que Dieu était beaucoup plus présent dans le monde dont il avait jeté les bases. On pensait qu’il pouvait intervenir  dans la société des hommes pour faire respecter ses préceptes et ses lois, sans quoi le monde ne pourrait évoluer selon le programme que Dieu aurait établi. Le Dieu créateur aurait fait l’homme libre. Seulement sa liberté se limiterait à discerner sa volonté et à la respecter. Partant de préceptes remontant à Moïse, et même au-delà de lui à Noé, les penseurs de la Bible ont rédigé tout un arsenal de préceptes, au nombre de 613, qu’il fallait respecter, sous peine de voir le visage de Dieu s’empourprer pour laisser éclater sa colère et punir les contrevenants. Dieu était cependant perçu comme infiniment bon  mais sa bonté, pour s’exercer impliquait que l’on respecte ses commandements. 

C’est dans ce double contexte du présent et du passé que nous nous approprions le message de Jésus pour ce jour. Il précise  ses rapports avec Dieu et avec nous. Bien entendu il ne s’accorde avec aucune des thèses suggérées  dans mon propos. Ses rapports avec les hommes sont réglés par la notion d’amour. L’amour de Dieu pour les hommes tel que Jésus l’enseigne est inconditionnel. Dieu  est perçu  par Jésus comme un Père essentiellement bon. La bonté de Dieu se répand sur le monde et Dieu la communique aux hommes par le relais de Jésus. Grâce à ce nouveau regard que Jésus porte sur Dieu les choses prennent un aspect bien différent et notre relation à Dieu prend une allure toute nouvelle. Le vrai visage de Dieu se révèle alors à nous grâce à notre capacité à aimer. Tel serait en quelque sorte le testament spirituel de Jésus avant son départ de ce monde.

Bien que cet enseignement de Jésus nous soit connu de longue date, nous avons conservé de par nous-mêmes  des conceptions de Dieu qui relèvent encore de la conception des contemporains de Jésus auquel il s’est vivement opposé. Un tel portrait de Dieu où la notion d’amour serait dominante nous paraît encore vraiment réducteur. Nous considérons que les attributs traditionnels de Dieu n’ y sont  pas assez pris en compte. Beaucoup trouvent que l’on n’insiste pas assez   sur la toute-puissance de Dieu, ni sur sa capacité à créer, ni sur sa  justice. 

En fait Jésus ne met nullement en cause les attributs de Dieu, mais il rappelle que l’essentiel dans la relation que Dieu veut entretenir avec les hommes est l’amour  qui passe  avant la justice, la loi  et son action de créateur. Si cette capacité à aimer est première en Dieu, elle doit l’être aussi, bien évidemment en l’homme. C’est en mettant l’amour en pratique  que nous maintiendrons une  relation cohérente avec Dieu.

Il est important  de constater que dans notre lecture de l’Evangile, nous avons bien repéré l’insistance que Jésus accorde à l’amour que les hommes doivent avoir les uns pour les autres et aussi pour Dieu. Il est inutile d’énumérer toutes les paraboles qui insistent sur cet aspect des choses. Il est aussi inutile de rappeler tous les passages où Jésus parle du commandement d’amour. Pourtant nous donnons priorité à d’autres valeurs dans nos relations à Dieu, et sans même nous en rendre compte, nous donnons priorité aux anciennes valeurs du judaïsme contre lesquelles Jésus s’est élevé avec force. Nous mettons en avant notre péché, comme s’il fallait encore et toujours négocier notre pardon. Nous nous interrogeons sur notre salut. Nous revêtons Dieu de la toge du juste juge en oubliant   que c’est la notion de Père  aimant que Jésus  a mis  en avant.

Les chrétiens se sont jadis séparés les uns des autres  et se sont érigés en églises distinctes sur des notions de justice.  Ils se sont excommuniés  mutuellement sur des principes légalistes, et aujourd’hui encore ils n’arrivent pas à se réconcilier sur ces mêmes principes alors  que ce qui devrait avoir priorité sur tout le reste devrait être  notre référence à l’amour que Dieu éprouve pour chacun de nous et que nous devrions avoir pour lui et pour les autres.

Selon Jésus le moteur du monde devrait être l’amour, car c’est cette notion qu’il a choisie pour révéler aux hommes sa relation à Dieu qui vient vers eux comme un Père. Cette notion de Père contient en elle  le seul secret  qui nous soit révélé de la part de Dieu et   que nous devons mettre en pratique  pour que le monde  évolue dans la bonne voie. C’est  cet amour que l’on doit  manifester aux autres, même s’ils ne le partagent pas, et même s’ils le combattent.


Jésus savait bien qu’une telle idée serait difficile à faire partager aux hommes, pourtant elle est  la vérité la plus essentielle que Dieu a voulu nous transmettre. Curieusement les hommes l’admettent volontiers, mais pourquoi ne la mettent-ils pas en pratique ? Leur fierté personnelle  et leur désir de supplanter les autres sont-ils si valorisants qu’il faille les mettre  en rivalité avec Dieu ?

(1)   Einstein

Illustrations : Puvis de Chavannes

mercredi 29 avril 2020

Jean 10+1-10 la parabole du bon berger - dimanche 3 mai 2020 repriise et meodifié du dimaanche 23 avril 2011



Jean 10/1-15 « La parabole du bon berger »

Le bon berger
1 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n'entre point par la porte dans la bergerie, mais qui y monte par un autre côté, celui-là est un voleur et un brigand. 2 Mais celui qui entre par la porte est le berger des brebis. 3 Le portier lui ouvre, et les brebis entendent sa voix ; il appelle par leur nom les brebis qui lui appartiennent et les mène dehors. 4 Lorsqu'il a fait sortir toutes celles qui lui appartiennent, il marche devant elles ; et les brebis le suivent, parce qu'elles connaissent sa voix. 5 Elles ne suivront point un étranger ; mais elles fuiront loin de lui, parce qu'elles ne connaissent pas la voix des étrangers.

6 Jésus leur dit cette parabole, mais ils ne comprirent pas ce qu'il leur disait.

7 Jésus leur dit encore : En vérité, en vérité, je vous le dis, moi, je suis la porte des brebis. 8 Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des brigands ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. 9 Moi, je suis la porte ; si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et sortira et trouvera des pâturages. 10 Le voleur ne vient que pour voler et tuer et détruire ; moi, je suis venu, afin que les brebis aient la vie et qu'elles l'aient en abondance.

11 Moi, je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. 12 Mais le mercenaire, qui n'est pas berger et à qui les brebis n'appartiennent pas, voit venir le loup, abandonne les brebis et s'enfuit. Et le loup s'en empare et les disperse. 13 C'est qu'il est mercenaire et qu'il ne se met pas en peine des brebis. Moi, je suis le bon berger. 14 Je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, 15 comme le Père me connaît, et comme je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis.



Nous sommes tellement habitués à cette image du bon berger qui donne sa vie pour ses brebis que nous ne faisons pas attention à tout ce qu’il y a derrière ce texte. Nous oublions la plupart du temps que le métier de berger était dans l’antiquité juive, un métier méprisé et qu’il était réservé aux plus modestes. Leur sort était parfois moins enviable que celui d’un esclave. Quant aux moutons, ils ne font pas partie de la catégorie animale la mieux perçue. Ils sont à juste titre considérés comme des animaux peu doués. On ne les élève que pour la viande et accessoirement pour la laine. Ils sont tous destinés à finir sous le couteau du sacrificateur ou du boucher. On a cependant une tendresse particulière pour les agneaux, quand ils sont tout petits. Mais cette tendresse est purement sentimentale et elle décroît à mesure que l’animal vieillit

Je vous propose de regarder ce texte en nous mettant du côté du mouton et  en faisant abstraction de tout le  sentimentalisme qu’on y a ajouté. Nous nous demanderons alors en quoi le sort des moutons serait modifié s’ils périssaient sous les dents du loup plutôt que sous le couteau du boucher? Violence et cruauté, mort et souffrance sont au même rendez-vous et l’issue de l’entreprise reste la même : la mort. Si le loup est mis en fuite,  c’est le berger du troupeau qui y trouve son compte et c’est pour une raison économique qu’il peut envisager d’exposer sa vie pour que le troupeau qui lui appartient ne soit pas anéanti. Le mercenaire n’en a cure,  et pour sauver sa propre vie, il n’affronte pas le loup. Il est dit alors que le « bon berger » donne sa vie pour ses brebis ! La belle affaire, elles seront de toute façon sacrifiées et mangées et ne trouveront aucun intérêt dans cette nouvelle situation. A moins que l’intention du berger ne soit pas de les manger. Mais lors à quoi servent les moutons ?  Quel est alors le sens de cette histoire ?

Jésus a bien pris soin d’attirer notre attention sur ce nouvel aspect des choses. Il nous dit qu’il est le « bon berger » pour que ses brebis aient la vie en abondance. Disons en langage moderne : « qu’ils aient une super vie » ! Plus question de mort ou de sacrifice, plus question de transformer les brebis en viande,   plus question de voir le côté utilitaire des choses. Avec Jésus les choses prennent une autre couleur, Il nous entraîne sur un chemin irréaliste qui consiste à octroyer aux moutons un autre destin que celui que nous leurs connaissons. Avec Jésus, les brebis auront un autre avenir que celui de servir de nourriture aux hommes.

Il est bien évident que pour nous approprier quelque chose de ce passage il faut que chacun de nous, à son tour se substitue aux moutons de ce texte et comprenne que chacun d’entre nous fait d’abord partie de cette masse humaine qui recouvre la planète comme un troupeau de moutons qui remplirait l’enclos où il est parqué.

Qui sommes-nous si non un individu parmi les milliards qui s’agitent sur la surface de la terre, malmenés par le hasard, bousculés par les éléments et parfois maltraités par les dirigeants ? A vue humaine Il semble que nous soyons tous destinés à disparaître. Si on se place dans l’ambiance de covis 19  on se met dans la tonalité qui convient à notre époque.

A la lecture de ce récit, les choses changent. Chacun d’entre nous, bien qu’il fasse partie de la masse des 7 milliards d’individus que l’on côtoie sur cette planète prend un visage distinct. Nous découvrons que notre existence prend une autre valeur que celle de se trouver mêlés à la masse de tous les humains qui peuplent cette terre. Notre existence ne consiste plus à être un élément en en survie parmi tous ceux qui nous entourent, mais  que nous sommes destinés à jouir d’ « une super vie » qui s’individualise sous l’influence de Dieu.  


C’est alors que nous devons prendre conscience des loups qui nous menacent. Les loups vont s’en prendre à l’aspect grégaire de notre personnalité, ils vont chercher à faire que nous nous comportions comme des moutons sans berger en détruisant en nous ce qui nous distingue des autres. Ils vont nous faire perdre toute spécificité et feront de nous des consommateurs qu’il faut séduire pour mieux les utiliser. Ils vont nous pousser à croire que pour le prix d’une jouissance immédiate, nous devons consacrer toute notre existence à la sacrifier aux lois du marché et de la mode afin de ressembler le plus possible aux modèles qu’on nous propose d’imiter. Ces loups qui dévorent notre autonomie et notre indépendance sont les alliés de tous les mercenaires qui se donnent des allures de bergers.

Ces mercenaires, ce sont tous ceux qui à coup d’arguments nous assurent que le succès de notre société n’a pas d’autres issue que de vendre son âme à la consommation et à la pensée unique. Ils prétendent que le bonheur est dans la jouissance immédiate. Le confinement nous montre le contraire. Suivant les époques, le discours de tous ces loups qui cherchent à nous séduire change de tonalité. Ils   sont colorés différemment, mais ils ont toujours  la même visée, celle d’engloutir la masse des humains dans des projets globalisants où chacun suivrait le même chemin que son voisin et redouterait d’être différent de lui au risque d’être rejeté.

Les faux bergers se cachent aussi derrières les idées du moment. Elles aussi empruntent le même chemin que la mode. Suivant les époques, et les intérêts de ceux qui influent sur nous, elles nous poussent à devenir des va-t’en guerre ou des va-t’en paix et nous entraînent à discriminer les uns pour valoriser les autres si bien que chacun est invité à faire chorus avec la foule. Chacun s’habille comme tout le monde pour finir par penser comme tout le monde. En tant que minoritaires protestants nous avons un avantage sur les autres car nous avons dû résister aux idées du moment pour conserver notre spécificité.

Mais l’Evangile de Jésus change de ton. Grâce à Dieu le « bon berger » est là au milieu du troupeau pour faire de nous autres chose que des brebis qui suivent sans retenue celui qui les entraîne. Il est dit qu’il donne sa vie pour nous, c’est à dire qu’il offre son exemple, son évangile, sa manière de penser comme solution alternative aux pressions extérieures qui pèsent sur nous. Il propose le temps et l’éternité là où les valeurs ambiantes proposent l’urgence et les utopies provisoires. Il propose l’amour  et le partage, là où les autres proposent jouissance et intérêt personnel.

Il nous propose de trouver en nous-mêmes du sens à notre existence qui ne soit dicté ni par les médias ni par la mode du moment. Il nous apprend que nous ne sommes pas des individus dont la vie est destinée à ressembler à celle de la masse. Il se propose de valoriser notre vie pour qu’elle devienne une super vie. Le bon berger se propose de donner de la valeur à notre individu en valorisant la vie des autres. Il est capable d’aller jusqu’au fond même du cœur de chacun d’entre nous pour y injecter un supplément de vie dont lui seul est dépositaire.

Le « bon berger » a prévu de partager nos existences  que s’il peut introduire en elles une part du divin qui est en lui. Ainsi il se propose de nous apporter une originalité qui nous soit propre. Cette originalité consiste à savoir qu’il nous prend lui-même en main. En faisant de nous des individus autonomes et responsables, il pèse sur l’évolution du monde qui s’orientera dans le sens où il souhaite qu’il évolue. A nous d’en assumer la charge !

Nous n’avons pas vocation à être une goutte d’eau parmi les autres gouttes d’eau, nous avons vocation à devenir des individus distincts des autres au service des autres pour que chacun puisse jouir ici-bas d’une vie qui le dépasse. Pour cela il est nécessaire que nous sachions discerner  à la voix du bon berger et de ne pas la confondre avec  celle des mercenaires.