vendredi 12 décembre 2014

Marc 1:14-20 Quand Dieu appelle dimanche 25 janvier 2015



Quand Dieu appelle



1:14 Après que Jean eut été livré, Jésus alla dans la Galilée, prêchant l'Évangile de Dieu.1:15 Il disait: Le temps est accompli, et le royaume de Dieu est proche. Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle.1:16 Comme il passait le long de la mer de Galilée, il vit Simon et André, frère de Simon, qui jetaient un filet dans la mer; car ils étaient pêcheurs.1:17 Jésus leur dit: Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes.1:18 Aussitôt, ils laissèrent leurs filets, et le suivirent.1:19 Étant allé un peu plus loin, il vit Jacques, fils de Zébédée, et Jean, son frère, qui, eux aussi, étaient dans une barque et réparaient les filets.1:20 Aussitôt, il les appela; et, laissant leur père Zébédée dans la barque avec les ouvriers, ils le suivirent.


Le temps est accompli! De quel temps peut-il s’agir si non du temps que Dieu s’est réservé depuis toujours pour marquer l’accomplissement de sa révélation ? Comme Dieu est le maître du temps et qu’il semblait avoir programmé ce moment de longue date, les hommes étaient en droit d’attendre une manifestation spectaculaire. Or, il n’en était rien. Il semble même que Jésus se payait de mots en annonçant un temps qui ne se voyait pas.

Jean, celui qu’on appelait le baptiste avait fait naître de nouveaux espoirs, mais il avait été arrêté par les sbires du tétrarque et les geôles d’Hérode rendaient rarement leur proie. Il n’y avait plus grand chose à attendre. Il avait bien désigné Jésus comme candidat pour être Messie, mais il ne s’était encore rien passé, et lui n'allait pas tarder à mourir. Que pouvait donc cacher cette phrase : « le temps est accompli » puisque rien de repérable ne se produisait.

Jésus se baladait le long du lac et regardaient les pêcheurs qui inlassablement répétaient les mêmes gestes. Il appela des gens à le suivre, et ils le firent. Mais là encore, il n’y avait rien de spectaculaire, et un observateur extérieur n’aurait même pas remarqué l’événement.


Il faut quand même considérer que l’évangéliste Marc ne rapporte pas cet épisode  pour rien. Il rapporte cela comme un non-événement pour nous laisser découvrir qu’il y a quand même un événement derrière ces paroles anodines. La clé se trouve tout à la fin de l’Évangile dans les paroles de l’officier romains chargé d’exécuter les hautes œuvres. « Cet homme était le fils de Dieu » avait-il dit. Jésus était le fils de Dieu, et tout l’Évangile a été écrit pour mettre cette seule phrase en valeur. Comme toujours cette affirmation n’était perceptible que pour ceux qui croient.


Quand Jésus parlait, c’était au nom de Dieu. Ses premières paroles avaient donc eu autant d’importance que, les dernières. Ses premières paroles avaient été pour appeler des hommes à le rejoindre afin d’accomplir l’œuvre de Dieu. Son dernier geste par contre avait appelé les hommes à faire le constat de la Présence de Dieu  jusque dans la mort même. Le temps qui commençait, était un temps nouveau, où Dieu adressait un message personnel  a chaque personne qui entendait sa voix même si ça ne se voyait pas.



Nous n’avons ici, bien étendu que la liste des premiers appelés, mais cette liste est ouverte, elle concerne a multitude de ceux qui seront appelés, c’est à dire une foule d’individus, l’humanité entière, et personne ne sera oublié ou exclu. C’est en ce sens qu’un temps nouveau était en train de s’accomplir.


Mais enfin, pourquoi tous ces appelés de la première heure avaient-ils décidé de tout quitter pour suivre Jésus? Sans doute parce qu’ils avaient entendu sa prédication et qu’ils s’étaient mis à y croire. Jésus leur avait dit que le temps était accompli, que le règne de Dieu s’était approché et il leur demandait de croire à la « bonne nouvelle. Ils avaient entendu dans cette invitation une "parole de Dieu".


Cette affirmation de Jésus a tellement été prêchée dans nos églises que nous ne l'entendons plus vraiment. Pourtant, si elle a bousculé de simples pêcheurs du lac peut être a-t-elles encore le pouvoir de nous faire bouger nous aussi à notre tour.


Le temps est accompli avait dit Jésus ! Qu’est-ce que cela pouvait vouloir dire si non que quelque chose s’était achevée ou que quelque chose allait commencer ! Comme le temps ne s’arrête jamais, il s’agissait sans doute des deux. A part des événements politiques consternants, il ne se passait plus rien en Israël au moment où Jésus vint. Et la situation semble être figée de la même façon en notre temps. Chacun s'enfermait sur ses certitudes.  Les Sadducéens prétendaient que la fidélité aux rites du Temple témoignait de la présence de Dieu au milieu de son peuple. Les Pharisiens affirmaient pour leur part que la fidélité de Dieu était liée au respect scrupuleux de la Loi,  et nous, sûrs du fait que Dieu aime tous les hommes nous n’attendons plus rien.


A part quelques sectes d’illuminés qui prétendaient qu’il fallait bouter par les armes, les infidèles hors d’Israël, tous étaient paralysés par la crainte, mais tous aussi étaient habités par une grande espérance. Et pourtant rien ne se passait vraiment. Depuis 3 ou 4 siècles le souffle des grands prophètes semblait tari, le ciel semblait fermé et Dieu se taisait. Mais si on considérait que le temps des prophètes était terminé, on espérait qu’il s’en préparait un autre. Dieu avait-il fini de jouer un rôle puisqu’il ne parlait plus ? Etait-il en train de passer la main aux hommes? Il l'avait fait depuis longtemps, mais tout se passait comme si personne ne le savait.



Jésus était-il ce prototype d’homme nouveau qui allait mettre en œuvre tout ce que Dieu avait promis? Était-ce le temps de l’homme nouveau qui allait commencer, celui de l’homme responsable dont Jésus était l’image ? Sous sa personnalité qui s’affirmait déjà on sentait vibrer le fils de l’homme à l’image duquel l’humanité nouvelle devait se construire. C’est pour suivre cet homme porteur d’une humanité nouvelle qu’ils s’étaient levés et qu’ils s’étaient mis à le suivre.


Le Règne de Dieu s’est approché avait dit Jésus ! Mais c’était quoi le règne de Dieu? Le règne de Dieu c’est là où Dieu est roi, c’est là où ses sujets font sa volonté. Cela veut dire aussi que ceux qui se sont mis à le suivre avaient l’intention de changer de comportement et de faire sa volonté. A l’imitation de l’homme nouveau annoncé, ils avaient l’intention de manifester que Dieu était non seulement à l’œuvre dans sa Loi, comme le disaient les Pharisiens et qu’il était à l’œuvre dans le Temple comme le disaient les Sadducéens, mais qu’il était à l’œuvre dans le cœur des humains, et c’était cela qui était nouveau. Plus besoin désormais que Dieu parle par les prophètes puisqu’il parlait au cœur des hommes et que ceux qui l’entendaient brûlaient d’agir.



Que savaient-ils de ce Jésus à qui ils faisaient confiance? Nous ne le savons pas, mais ils en savaient encore moins que nous. Nous savons, à la différence de ces pêcheurs du lac, comment s’est terminé le ministère de Jésus. Nous savons que Dieu a scellé sa parole du sceau de la vérité en le ressuscitant. Les théologiens et les historiens nous ont dit tout ce que nous devions savoir à ce sujet. Par contre, le texte insiste sur la spontanéité des premiers disciples,  et 2 000 ans après  c’est sur l’apathie de leurs successeurs qu’il faut s’interroger. Car face à la « bonne nouvelle » selon laquelle Dieu nous parle bouche à bouche et cœur à cœur, nous réagissons comme des gens blasés.


C’est nous, maintenant que ce texte interroge pour savoir si  nous aussi, nous allons abandonner nos filets quels qu’ils soient. Si, à notre tour, nous abandonnions nos filets, nous découvririons sans doute pourquoi ce monde semble si déconnecté du monde de Dieu, et nous retrouverions l’enchantement des temps premiers.

dimanche 7 décembre 2014

Jean 1:35-42 Viens et vois dimanche 18 janvier 2015



Dimanche 18  janvier 2015

Viens et vois


Jean 1/35-42 La péricope proposée par a liste de lecture s’arrête au verset 42, mais il est plus cohérent de lire le texte jusqu’au verset 51

Les premiers disciples de Jésus

35 Le lendemain, Jean était de nouveau là, avec deux de ses disciples. 36 Quand il vit Jésus passer, il dit : « Voici l'Agneau de Dieu ! » 37 Les deux disciples de Jean entendirent ces paroles, et ils suivirent Jésus. 38 Jésus se retourna, il vit qu'ils le suivaient et leur demanda : « Que cherchez-vous ? » Ils lui dirent : « Où demeures-tu, Rabbi ? » — Ce mot signifie « Maître ». — 39 Il leur répondit : « Venez, et vous verrez. » Ils allèrent donc et virent où il demeurait, et ils passèrent le reste de ce jour avec lui. C’ était environ la dixième heure. ( 5 heures) 40 L'un des deux qui avaient entendu les paroles de Jean et avaient suivi Jésus, était André, le frère de Simon Pierre. 41 La première personne que rencontra André fut son frère Simon ; il lui dit : « Nous avons trouvé le Messie. » — Ce mot signifie « Christ ». — 42 Et il conduisit Simon auprès de Jésus. Jésus le regarda et dit : « Tu es Simon, le fils de Jean ; on t'appellera Céphas. » — Ce nom signifie « Pierre ». — 

Philippe et Nathanaël

43 Le lendemain, Jésus décida de partir pour la Galilée. Il rencontra Philippe et lui dit : « Suis-moi ! » 44— Philippe était de Bethsaïda, la localité d'où provenaient aussi André et Pierre. — 45 Ensuite, Philippe rencontra Nathanaël et lui dit : « Nous avons trouvé celui dont Moïse a parlé dans le livre de la Loi et dont les prophètes aussi ont parlé. C'est Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth. » 46 Nathanaël lui dit : « Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth ? » Philippe lui répondit : « Viens, et tu verras. » 47Quand Jésus vit Nathanaël s'approcher de lui, il dit à son sujet : « Voici un véritable Israélite ; il n'y a rien de faux en lui. » 48 Nathanaël lui demanda : « Comment me connais-tu ? » Jésus répondit : « Je t'ai vu quand tu étais sous le figuier, avant que Philippe t'appelle. » 49 Alors Nathanaël lui dit : « Maître, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d'Israël ! » 50 Jésus lui répondit : « Ainsi, tu crois en moi parce que je t'ai dit que je t'avais vu sous le figuier ? Tu verras de bien plus grandes choses que celle-ci ! » 51 Et il ajouta : « Oui, je vous le déclare, c'est la vérité : vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l'homme ! »

(Nathanaël sous le figuier de James Tissot)

Sur les rives du Jourdain, en plein désert de Judée, le printemps s'annonce déjà. Les, pèlerins s'apprêtent une fois encore à monter à Jérusalem pour la fête de Pâques. Dans ce pays meurtri par tant de vicissitudes, le rythme de l'habitude donne une illusion de paix. Tout recommence cette année là encore, comme l'année précédante et pourtant nul ne sait que le vin nouveau se prépare à couler. Dieu est en train de sceller une nouvelle alliance avec son peuple. Tout va commencer à Cana dans le récit qui fait suite à celui que nous venons de lire.

Pour lors c'est le soir du grand soir sans que personne ne s'en doute encore. Il ne s'agit pas de cet événement tant redouté qui annonce le moment où les forces populaires de jadis devaient inaugurer l'avènement d'une aire de prospérité et de bonheur pour les masses laborieuses de tous les pays. Ce ne sont pas les masses prolétaires qui vont agir ici agir ici, mais Dieu lui-même et sans violence. Nul ne le sait encore, mais les acteurs de l'événement le pressentent. Dans le soir qui va tomber la première phrase de l'Evangile est en train d'être prononcée: c'est une invitation à qui veut l'entendre : "Viens et vois;" Où aller? Que voir?

C'est la dixième heure, 5 heures de l'après- midi, le five o'clock britannique, l'heure où tout s'arrête dans les pays civilisés pour faire la pause et se préparer à la soirée. Dieu profite de ce temps de pause. Deux hommes viennent de quitter Jean le baptiste qui a annoncé violemment la venue d'un temps nouveau à coup d'immersions et de paroles retentissantes. Il a pointé le doigt en direction d'un inconnu à qui il a attribué prophétiquement la vocation d'être l'agneau du sacrifice.

L'annonce de la paix avec Dieu et de la réconciliation éternelle avec le Tout Puissant est donc accompagnée par l' annonce prophétique d'une violence dont cet homme que personne ne connaît encore fera les frais. Il porte en lui la paix de Dieu, il est revêtu de "l'aura" du Messie, mais pour que cela se produise, il faudra que toutes les violences contenues, toutes les agressivités rentrées, tous les péchés ignorés se concentrent contre lui afin que par sa mort, il exorcise à tout jamais toutes les agressions commises contre Dieu et commises contre les hommes. C'est ce que nous rappelons à chaque culte quand nous vous annonçons l'absolution de vos péchés.

Avertis par Jean baptiste que l'espérance était devant eux, 2 hommes se mettent à suivre Jésus, et Jésus, sans qu'ils ne le sachent déjà, les a déjà pris en charge. Ils suivent Jésus, mais c'est Jésus qui les attire. Au contact de Jésus, c'est toujours ainsi que cela se passe, on le suit de son plein gré mais c'est cependant lui qui a provoqué notre mouvement à le suivre jusque dans son intimité. Le « chez moi » de Jésus devient leur chez eux, il les prend avec lui pour la nuit tant redoutée du désert jusqu'au lendemain où il décide de partir avec eux, chez eux vers Bethsaïda en Galilée.

Tout chrétien retrouve là sa propre histoire. Cet attrait irrésistible pour Jésus que l'on suit librement, cette sécurité qu'il nous prodigue dans notre nuit et cet itinéraire que l'on suit en sa compagnie jusque dans notre propre maison, dans nos occupations et dans notre travail, tout cela fait partie de l'histoire de chacun. Cette aventure de Jésus qui nous prend chez lui pour nous accompagner jusque chez nous est offerte à quiconque entend Jésus lui dire, comme aux deux hommes :" viens et vois."

Cette aventure ne se limite pas à notre confort spirituel ou matériel. Nous sommes provoqués dans notre être profond, car Jésus ne s'accommode ni de la passivité ni de l'ordre établi. Il nous entraîne avec lui alors qu'il nous accompagne chez nous, et c'est lui qui gère notre aventure, même s'il nous laisse libres de nos actions. "Viens et vois" dit-il aux deux hommes, nous apprendrons par la suite qu'ils sont André frère de Simon et peut être Jean dont l’Évangile porte le nom.

A peine se mettent-ils à partager la vie de Jésus, ou à peine Jésus a-t-il commencé à partager leur vie que la fébrilité les prend et ils se mettent à rassembler autour du maître les nouveaux venus. Ils sont comme eux venus au désert écouter Jean Baptiste, comme eux ils sont avides d'absolu et de nouveauté. A peine sont-ils en contact avec Jésus que quelque chose de nouveau se produit pour eux. C'est Simon dont Jésus change tout de suite le nom,:" tu t'appelleras Pierre", c'est Nathanaël oublié par l'histoire, qu’il projette au premier rang en révélant à tous sa droiture :"voici un juif dans lequel il n'y a pas de fraude. Rien n'échappe à Jésus. Il connaît la vérité de chacun, même si chacun fait des efforts pour la dissimuler. Par avance, au seuil d'une longue aventure avec Jésus, nous avons l'assurance qu'il nous connaît et que rien ne peut lui être caché. Même sous le figuier, n'avait-il pas repéré Nathanaël. N'a-t-il pas repéré toi qui es assis ici dans ce sanctuaire. Et à toi comme jadis il avait dit aux futurs apôtres: "Viens et vois".

A celui qui a envie de se lover dans la sérénité de Dieu, à celui qui a envie de la douceur d'une existence calme et sans histoire, à celui qui désespère et qui voudrait comme Nicodème refaire machine arrière et revenir dans le sein de sa mère, Jésus dit :" viens et vois". Décevant non? Deux verbes, d'action, deux invitations à faire quelque chose. La première peut paraître simple :
- Viens : c'est le verbe venir, il s'agit de se mettre en mouvement à la suite de Jésus qui prend la responsabilité de l'action où il nous entraîne. En toute sécurité, nous pouvons donc venir quand Jésus nous appelle, car il sait où il nous entraîne et nous pouvons avoir confiance, car nous savons que ce sera bon pour nous.
- Vois: du verbe voir. Ce verbe pose d'autres problèmes, car on ne voit pas d'une manière neutre, et personne ne peut voir pour nous. L'image que reçoivent nos yeux laisse une empreinte sur notre rétine et nous devons l'interpréter. Nous voyons non seulement avec nos yeux mais avec nos facultés d'interprétation, c'est à dire notre intelligence. C’est dans la manière dont nous interprétons l’image que se crée une émotion en nous. Cette émotion provoque notre action ou notre réaction.


Elle mobilise notre conscience et notre intelligence sans que personne d'autre que nous en prenne la décision ou l'initiative. En face de ce que nous voyons nous réagissons en fonction de notre sensibilité. Par le fait que Jésus nous invite à voir, il nous rend responsables des actions que nous décidons, ou ne décidons pas de faire.


Chaque jour, nous voyons tant de choses qui ne vont pas, qui ne correspondent pas avec ce que nous savons du désir de Dieu. Il y a tant d'images choquantes et violentes que nous ne savons pas où donner de l'action. Chaque dimanche les prières d’intercession dites au cours de nos cultes font état de ces images choquantes. Au lieu de nous apaiser, elles nous culpabilisent à cause de la médiocrité décourageantes des réponses que nous donnons ou à cause de la passivité affligeante de nos inactions. Ce qui se voit et notre impuissance à y remédier provoque en nous-mêmes des insatisfactions telles que nous les retournons contre Dieu lui-même : "si Dieu existait, il n'y aurait pas tant de violence " ! Voila, c’est dit.


Mais, ce n'est pas Dieu qui crée la violence, il ne la veut pas et la subit avec nous. C'est ce que signifie l’Évangile quand il nous dit qu'en mourant, Jésus accepte de drainer en lui toutes les violences pour nous permettre de les dépasser, aussi bien les violences qui sont en nous que celles des autres ou celles du monde.


En les assumant, Jésus  n'a pas d'autre but que de nous le faire voir le monde  comme Dieu voudrait que nous le voyons. Quand nous aurons vu, nous comprendrons que la construction de ce monde idéal est possible pour celui qui croit. Nous ne devons plus rester dans l’aridité du désert sans espérance, où nous nous complaisons parfois pour nous engager résolument dans sa transformation radicale, même si les paroles humaines de ceux qui nous entourent nous disent que c’est impossible.

jeudi 4 décembre 2014

Matthieu 2:1-12 Les Mages dimanche 4 janvier 2015


1Jésus naquit à Bethléem, en Judée, à l'époque où Hérode était roi. Après sa naissance, des savants, spécialistes des étoiles, vinrent d'Orient. Ils arrivèrent à Jérusalem 2et demandèrent : « Où est l'enfant qui vient de naître, le roi des Juifs ? Nous avons vu son étoile apparaître en Orient et nous sommes venus l'adorer. » 3Quand le roi Hérode apprit cette nouvelle, il fut troublé, ainsi que toute la population de Jérusalem. 4Il convoqua tous les chefs des prêtres et les maîtres de la loi, et leur demanda où le Messie devait naître. 5Ils lui répondirent : « A Bethléem, en Judée. Car voici ce que le prophète a écrit :

6 “Et toi, Bethléem, au pays de Juda,
tu n'es certainement pas la moins importante des localités de Juda ;

car c'est de toi que viendra un chef

qui conduira mon peuple, Israël.”  »

7 Alors Hérode convoqua secrètement les savants et s'informa auprès d'eux du moment précis où l'étoile était apparue. 8Puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez chercher des renseignements précis sur l'enfant ; et quand vous l'aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que j'aille, moi aussi, l'adorer. » 9Après avoir reçu ces instructions du roi, ils partirent. Ils virent alors l'étoile qu'ils avaient déjà remarquée en Orient : elle allait devant eux, et quand elle arriva au-dessus de l'endroit où se trouvait l'enfant, elle s'arrêta. 10Ils furent remplis d'une très grande joie en la voyant là. 11Ils entrèrent dans la maison et virent l'enfant avec sa mère, Marie. Ils se mirent à genoux pour adorer l'enfant ; puis ils ouvrirent leurs bagages et lui offrirent des cadeaux : de l'or, de l'encens et de la myrrhe. 12Ensuite, Dieu les avertit dans un rêve de ne pas retourner auprès d'Hérode ; ils prirent alors un autre chemin pour rentrer dans leur pays.




C’est au pas lent des chameaux que nous partons maintenant à la recherche de Dieu guidés par les mages, les yeux tournés vers les étoiles. En fait, ce n’est pas vraiment lui que nous cherchons, c’est lui qui depuis longtemps nous suit à la trace et cherche  à se faire connaître, et c’est nous qui résistons à ses avances, parce que nous préférons nos méthodes aux siennes, c’est pour cela que bien souvent  les chercheurs de Dieu se sont tournés vers les étoiles en espérant y trouver la clé des énigmes de leur vie.

Les Évangiles ont été écrits pour nous guider dans cette entreprise et nous proposer une  conversion possible. Certes, la conversion dont il est question  ici ne consiste pas à s’émerveiller de ce que Dieu pourrait provoquer sous nos yeux, car Dieu ne cherche pas particulièrement à se manifeste par des prodiges. Bien rares sont les miracles par lesquels il se fait connaître. Ni les prodiges et ni les miracles que nous espérons ne sont  dans ses pratiques. Nous cherchons un Dieu interventionniste qui nous prendrait en charge dans nos difficultés et nos détresses, et Dieu s’offre à nous comme  un Dieu qui accompagne. Ce n’est  pas lui qui fait advenir les choses, c’est son esprit qui en agissant sur les acteurs du monde et sur nous en particulier, provoque les événements qui le révèlent. 

Quand les auteurs des évangiles les  ont écrits, ils ont tenté de reproduire  aussi fidèlement que possible l’enseignement qu’ils avaient reçu de Jésus. Ils ont raconté qu’il nous  précède sur un chemin qu’il a lui-même suivi jusqu’au bout. C’est l’amour du prochain qu’il a puisé en Dieu pour guider sa vie  qu’il s’est donné pour devise et qu'il nous confie maintenant.

Tout cela, nous le savons, mais bien peu acceptent de s’y soumettre car chacun aspire à un peu de merveilleux qui ne se trouve pas sous la plume des évangélistes. Qu’à cela ne tienne,  Matthieu qui a composé son Évangile avec minutie et nous révèle le sens caché de l’histoire de Jésus a bien compris les aspirations de ses lecteurs, membres de la première Église. Il  n’a pas voulu les priver de ce merveilleux qu’ils  espèrent, c’est pourquoi il a commencé son Évangile par le récit des Mages,  à qui  il fait dire, à la manière d’un conte oriental qui nous enchante, les mêmes choses que l’Évangile.

En mettant nos pas dans ceux de ces savants illustres, nous allons tout apprendre sur Jésus.  Ce récit commence par l’évocation des païens car l’Évangile leur est destiné. En effet, en conclusion de  son Évangile Matthieu rapporte la dernière exhortation de Jésus. «  allez vers les nations  gagner les à mon évangile et en faites en des disciples» dit-il. Ainsi, l’Évangile avec le récit des mages s’ouvre sur ses conclusions. Nous  rejoignons les mages, ces savants païens étrangers, pour constater qu’ils se montrent particulièrement réceptifs au  message de Dieu. comme nous devrions l'être. Ils  sont bien décidés à découvrir où se cache le Seigneur  et à faire route avec lui. Avec empressement  ils se mettent en route, et montrent qu’ils sont avides de progresser dans  leur recherche de Dieu.

Si les mages viennent d'Orient c'est que c'est là-bas  que le peuple de la Bible plonge ses racines. Abraham et les patriarches en sont issus. Pour répondre à l’appel de Dieu ils se  sont mis en route, comme les mages. En partant ainsi, ils exprimaient que Dieu ne se  manifeste pas dans l’immobilisme ni dans le conservatisme. Pour espérer le  rencontrer, il faut accepter de se mettre soi-même en cause pour trouver la bonne route. Abraham releva le défi, quitta la prospérité du croissant fertile et partit tout droit vers le Sud à travers le désert  et devint l’ami de Dieu. Les mages l’imitèrent  et partirent le cœur dans les étoiles à travers ce même désert, car c’est dans l’étude des étoiles qu’ils exerçaient leur science et c’est dans le mouvement des astres qu’ils lisaient l’histoire des hommes. Puisque Dieu était en train de bouleverser  sa révélation, il était évident qu’on devait en trouver la trace dans les astres. Pas si sûr ! Les astres sont des instruments trompeurs incapables de décrypter les plans de Dieu, car Dieu n’écrit pas à l’avance l’histoire des hommes, mais cette histoire s’écrit au jour le jour avec la participation de chacun. C’est à Jérusalem que la lumière céleste qu’ils avaient crue discerner les conduisit. Mais pas d’enfant roi, pas de Fils de Dieu, seul un vieux tyran sanguinaire et aigri était là pour les accueillir. Les étoiles ne contenaient aucune vérité.


Jérusalem, la ville sainte, n’avait pas de rôle à jouer dans cette histoire. En fait au moment où Matthieu écrit ce récit, Jérusalem n’avait plus du tout de rôle à jouer car elle n’existait plus. La ville avait succombé aux armées de Titus qui en avait fait un monceau de cendres. Il n’y avait donc pas de sciences exactes dans les astres à qui Dieu n’avait confié aucun secret.

Ils durent modifier leur itinéraire sur les conseils de quelques scribes savants, raconte l'histoire,  ils  sondèrent les Ecritures pour eux et qui les envoyèrent à Bethléem, la ville de David où l’étoile s’arrêta. Mais puisqu’il n’y a pas de science en elle que signifie donc cette étoile ?

Les savants d’aujourd’hui ont cherché une explication parmi les comètes, aucune ne correspond vraiment à cette étoile.  On a cru aussi que des astres auraient été en conjonction à ce moment là, les dates ne correspondent pas tout à fait, mais surtout on se refuse à croire que cet astre pourrait bien être le fruit de l’imagination de Matthieu qui signifierait ainsi que si la vérité sur Jésus brille comme une  étoile dans les cieux, c’est que cette étoile est en nous et que les cieux sont dans notre cœur, là où Jésus a décidé de demeurer pour que son esprit règne sur nous.

Les mages ont comblé Jésus de cadeaux, or, myrrhe, encens qui sont des attributs royaux et des hommages divins. Les mages les déposent aux pieds de Jésus pour nous dire, à nous qui écoutons ce récit que, Jésus sera roi autant que Dieu, mais ses attributs ne seront  visibles que dans la foi de  ses adorateurs, c'est pourquoi, on ne les retrouve pas après leur départ. Curieusement, le récit s’achève ici en nous laissant contempler les mages qui s’en vont par un autre chemin. Ils ont acquis une nouvelle science sur Dieu, sur la vie, sur les hommes  et sur les étoiles et nous l’ont faite partager. Remplis d’espérance, ils ont pris  le chemin de leur propre histoire qui les conduit vers l’oubli. Et non ! La tradition ne les a pas laissés s’éclipser discrètement, comme cela aurait du l’être pour tout fidèle serviteur de Dieu qui se retire quand son rôle est terminé.  Mais ce ne fut pas leur cas. Ils ont été élevés au rang de rois. La légende en a fait  des personnages réels de l’histoire et non plus des êtres imaginaires.  L’impératrice Hélène prétendit avoir retrouvé leurs ossements et éleva une basilique pour les honorer. Leurs restes  passèrent ensuite de mains en mains, le Sultan en fut dépossédé. On les retrouve à Milan et finalement Frédéric Barbe rousse les confia à la cathédrale de Cologne où ils sont encore. Le conte oriental sans doute inventé par Matthieu a été détourné de son but primitif par la légende au risque d’altérer le sens profond de l’Évangile.

Mais le récit de l’Évangile ne s’arrête pas là. Inconscients du désordre qu’ils ont laissé derrière eux les mages sont partis laissant un goût amer à l’issu de ce récit et la fiction  rejoignit la réalité. Un affreux massacre d’enfants s’ensuivit. Ils furent victimes de la vindicte d’Hérode qui n’accepta pas d’avoir été dupé.  Peut importe si l’événement racontant le massacre des enfants innocents ne relève pas d’une vérité historique.  Ce récit fait partie de l’histoire chaotique des hommes qui se déroule sous le regard de Dieu et où Jésus nous demande de nous investir. Il nous invite à  ne pas se résigner à la fatalité et  à participer de notre mieux aux événements pour que ça ne se reproduise jamais plus. Cette histoire des mages nous dit, comme tout l’Évangile,  que Dieu nous rejoint  pour écrire l’histoire du monde afin qu’il cesse d’être ballotté à tous les vents pour devenir sous la conduite de Jésus et par l’inspiration de son esprit  la merveilleuse histoire des hommes.

Illustrations: Mosaïque des rois-Mages : Basilique Saint Apollinaire à Ravenne vers l'an 600