vendredi 16 janvier 2015

Marc 1:40-45 - Jésus guérit un lépreux - dimanche 15 février 2015


Jésus guérit un lépreux: dimanche 15 février 2015  Marc 1 :40-45

40 Un lépreux vient à lui et, se mettant à genoux, il le supplie : Si tu le veux, tu peux me rendre pur. 41 Emu, il tendit la main, le toucha et dit : Je le veux, sois pur. 42 Aussitôt la lèpre le quitta ; il était pur.43 Jésus, s'emportant contre lui, le chassa aussitôt 44 en disant : Garde-toi de ne  rien dire à personne, mais va te montrer au prêtre, et présente pour ta purification ce que Moïse a prescrit; ce sera pour eux un témoignage. 45 Mais lui, une fois parti, se mit à proclamer la chose haut et fort et à répandre la Parole, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville. Il se tenait dehors, dans les lieux déserts, et on venait à lui de toutes parts.

Vous souvient-il du jour où vous avez réalisé que vous croyiez en Dieu ? Il n’est pas rare que nous fassions le point sur les événements qui ont marqué notre éveil à la foi, car nous ne sommes pas toujours satisfaits des suites que nous leur avons données. Ce ne fut certainement pas simple de découvrir que nous étions en contact avec une réalité nouvelle qu’on appelle Dieu. Nous avons découvert, qu’en nous, ou à côté de nous, nous ne saurions vraiment pas le dire, il y avait cette présence de Dieu qui nous était nécessaire et à qui nous donnions le visage de Jésus. Il n’est pas évident de découvrir que l’on croit en Dieu dans un monde qui l’ignore grandement et de ressentir que nous avons besoin de lui alors qu’autour de nous on semble s’en passer très bien.

Dans le secret de notre vie, il nous arrive donc de repenser aux étapes qui nous ont amenés à la foi. Nous avons besoin de le faire pour garder notre foi vivante. C’est une expérience que nous pouvons difficilement partager avec les autres, car chacun a son histoire et notre histoire ne ressemble à celle de personne. Il se peut que la foi ait brutalement jailli en nous au point de nous jeter à terre dans un moment d’intense émotion religieuse, comme ce fut le cas pour John Wesley (1). Pour d’autres ce fut une longue réflexion qui lentement a pris possession de leur esprit et qui a finalement mobilisé toute leur personne, si bien qu’ils se trouvèrent implicitement mobilisés par un dynamisme nouveau. Il nous faut aussi rappeler l’expérience de ceux qui considèrent qu’ils ont été au bénéfice d’un miracle, c'est-à-dire d’une démarche particulière de Dieu dans leur direction comme l’histoire de Paul de Tarse rapportée dans le livre des Actes.

Beaucoup ont connu des moments semblables à ceux qui viennent d’être évoqués. Parfois ce furent d’autres expériences ou le mélange de plusieurs.

Pourtant, avec le temps, la foi semble s’user. A force d’habitude elle s’affadit. Comment pourrait-il en être autrement quand on vit dans une société où l’expression de la foi est sensée se faire discrète et où le nom de Dieu n’est jamais officiellement mentionné si bien qu’on finit par enfermer sa révélation dans une série de légendes qui le tournent parfois en dérision, comme cela se fait  à Noël. Un tel état de fait se répercute dans nos églises au point qu’on peut se demander si leur avenir n’est pas menacé.

Le texte que nous avons lu, ne nous nous dit  pas ce que nous devons faire, il nous dit plutôt ce qu’il ne faut pas faire. Il nous apporte un contre enseignement. L’homme guéri qui veut témoigner en faveur de Jésus rend surtout un témoignage à lui-même. Il se sert de sa propre personne comme instrument de propagande.  Il croit attirer l’attention des autres sur Jésus, mais en fait, il se fait  une publicité à lui-même. En agissant ainsi, il accapare  la gloire de Dieu  à son profit.  .  

Même si son attitude s’explique aisément, elle ne se justifie pas. En effet, du fait de sa maladie cet homme se trouvait exclu et rejeté. L’action de Jésus le projette au premier rang de la scène. Les hommes de son temps avaient érigé en principe religieux, l’exclusion de la société de tous les lépreux  par crainte de contagion, en vertu de la loi du pur et de l’impur. Ce qui leur donnait bonne conscience pour enfermer ces malheureux à l’extérieur dans l’univers morbide de la maladie. Comment la foi pourrait-elle trouver son chemin dans une telle ambiance de mise à l’écart et de mort?

Par l’intervention de Jésus, l’homme redevient apte à vivre en société. Il peut désormais rejoindre sa famille, trouver du travail, redevenir un homme normal et fréquenter à nouveau les lieux de culte. Même si Jésus ne veut pas qu’il parle de son aventure, celui-ci se met à la raconter au point que la renommée qui se répand empêche   Jésus  d’exercer aucune autre forme de ministère que celui de la guérison.

Jésus avait pour mission de parler de Dieu et de libérer les gens perturbés par l’angoisse que produit la séparation d’avec Dieu. Du fait de cette publicité malencontreuse, il se trouve réduit à la fonction de guérisseur, à tel point que son message en est altéré et que son ministère en devient impossible ! Que faut-il faire alors ? Ne pas parler de sa conversion ? Ne pas dire comment Jésus a transformé notre vie ? Jésus ne répond pas. Il nous renvoie à notre propre sagesse afin de découvrir comment s’y prendre.

Ici le malade guéri ne prend pas le temps d’analyser ce qui s’est passé en lui. Il ne se demande même pas, par quel phénomène spirituel, médical ou psychologique sa guérison a pu se produire. Il ne va même pas faire constater son nouvel état aux prêtres qui seuls ont le pouvoir de lui permettre de rejoindre la société des humains. Il crie au miracle et attire l’attention sur lui. C’est ici que réside une partie du problème. En racontant à tout le monde le miracle au bénéfice duquel il a trouvé la guérison, il détourne l’attention vers lui. Celui qui a opéré le miracle n’est plus qu’un guérisseur efficace et cesse  d’être le témoin  de la puissance divine. C’est celui qui recouvre la santé qui devient intéressant, et non celui qui guérit et les gens ne s’intéressent à Jésus que pour être  guéris à leur tour.

Dans ce récit, il y a comme une confiscation de la gloire qui devrait revenir à Dieu et qui revient à l’homme guéri autour de qui se rassemblent les foules. Le but de Jésus n’était pas d’en arriver là. Par son geste il voulait signifier l’emprise de Dieu sur le mal et montrer qu’il était le maître de la vie. Peine perdue. C’est tout autre chose qui se produit.

C’est l’expérience de transformation  intérieure qui aurait amené le malade à la foi qui nous intéresse, mais le malade ne manifeste aucunement une démarche de foi! Nous ne sommes pas plus avancés ! Nous avons seulement constatés en commençant que si on ne parlait pas de nos expériences religieuses notre foi risquait de s’affadir. Par contre si nous en parlions nous risquerions de focaliser l’intérêt sur nous-mêmes au détriment de Dieu qui ne trouverait pas son compte dans notre égocentrisme.



En fait, ce n’est pas à cause d’une parole sur nous-mêmes que les témoins se tourneront vers Dieu, ce n’est pas en attirant leurs regards sur nous-mêmes mais c’est en attirant leur attention sur la puissance de vie qui  est en Dieu. Elle est capable de les transformer  pour faire d’eux des créatures nouvelles  susceptibles  de donner un autre aspect  au monde.

Jésus ne nous demande pas de faire le travail à sa place, car le miracle ne nous appartient pas. Il ne nous demande pas davantage, de gérer le monde selon nos principes et de lui imposer nos lois et notre morale.

Il nous demande par contre de rendre témoignage de l’espérance qu’il a mise en nous et de manifester de l’appétit pour la vie en la favorisant de toutes les manières possibles, car seule la vie est porteuse d’avenir.



(1) Réformateur anglais, fondateur de l’Eglise Méthodiste.

dimanche 11 janvier 2015

Marc 1:29-39 Guérison de la belle-mère de Pierre et autres guérisons



Marc 1:29-39

Guérisons : La résurrection est au centre de l'œuvre de Jésus

                dimanche 8 février 2015
29 En sortant de la synagogue, ils se rendirent, avec Jacques et Jean, chez Simon et André. 30 La belle-mère de Simon était couchée elle avait de la fièvre ; aussitôt on lui parle d'elle. 31 Il s'approcha et la fit lever en lui saisissant la main ; la fièvre la quitta, et elle se mit à les servir. 32 Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous les malades et les démoniaques. 33 Toute la ville était rassemblée devant la porte. 34 Il guérit beaucoup de malades qui souffraient de divers maux et chassa beaucoup de démons ; il ne laissait pas les démons parler, parce qu'ils le connaissaient.

35 Au matin, alors qu'il faisait encore très sombre, il se leva et sortit pour aller dans un lieu désert où il se mit à prier. 36 Simon et ceux qui étaient avec lui s'empressèrent de le rechercher. 37 Quand ils l'eurent trouvé, ils lui disent : Tous te cherchent. 38 Il leur répond : Allons ailleurs, dans les bourgades voisines, afin que là aussi je proclame le message ; car c'est pour cela que je suis sorti. 39 Et il se rendit dans toute la Galilée, proclamant le message dans leurs synagogues et chassant les démons.

Avant de commenter ce texte, je rappellerai  le psaume 121 selon lequel « Il ne sommeille ni ne dort celui qui garde Israël ». Ce psaume nous montre Dieu affairé à s’occuper de son peuple et toujours prêt à lui tendre une main secourable dans toutes les circonstances qui l’accablent que ce soit le jour ou la nuit.

N’en déplaise à ce psaume, on ne voit pas beaucoup Dieu à l’œuvre en ce bas monde. Mais si on ne le voit pas, par contre dans le récit que nous avons lu, nous constatons que Jésus prend la relève. Jésus dans ce texte remplit toutes les fonctions dévolues à Dieu dans le psaume. Il accomplit l’œuvre du Père.

Vous devinez facilement que je vais être amené à dire que si nous nous efforçons d’imiter Jésus nous allons devenir à notre tour proches de Dieu et nous serons élevés comme Jésus à la fonction d’enfants de Dieu. C’est ainsi que Jésus va nous associer à son propre destin et nous faire participer dès maintenant à sa résurrection. En effet sans qu’on s’en aperçoive, ce passage est placé sous le signe de la résurrection.

Il commence par le récit de la guérison de la belle-mère de Pierre. Elle est atteinte de fièvre et  Jésus la guérit. Il  n’y a rien de spectaculaire dans cette guérison et on ne comprendrait pas pourquoi ce petit miracle serait rapporté si ce n’était pour faire ressortir un élément qui transparaît au travers des termes utilisés. Ce sont des mots qui sont habituellement réservés à la description de la résurrection. Il est dit qu’elle était couchée et non pas qu’elle était au lit. Elle était étendue, comme le sont les morts. Et il n’est pas dit qu’il la guérit, mais qu’il la fit se lever, et l’expression « faire se lever » désigne habituellement dans l’Evangile l’action de ressusciter ! Ce récit anodin de la guérison de cette femme est très connu, mais a part le fait que l’on s’en soit servi pour faire quelques plaisanteries désobligeantes, il n’a qu’un seul intérêt, celui de placer ce récit et celui des autres guérisons qui vont suivre sous le signe de la résurrection. Quand Jésus intervient dans l’existence de quelqu’un c’est pour le faire passer d’une situation de mort à une situation de vie, c’est cela la résurrection.

Sans que les choses soient dites, il nous est donc donné de percevoir que toutes les relations que Jésus établit avec les humains sont placées dans cette dimension de la résurrection qui devient la réalité profonde de son ministère. La résurrection prend alors son sens véritable qui ne désigne pas seulement le fait de survivre à notre propre mort mais qui est le fait de vivre dès maintenant la réalité de la présence de Jésus à nos côtés. C’est cela qui est désormais l’aspect premier de la résurrection.

Pour être ressuscité il faut être libéré de tout ce qui nous entraîne dans la mort. Nous avons ici toute une série d’actions libératrices de Jésus. Ces actions ont lieu en pleine nuit et la foule est nombreuse. Toute la ville est là, est-il dit, c’est dire que tout un chacun est concerné. La nuit n’est pas seulement l’absence de jour, c’est aussi l’absence d’espérance, la nuit signifie l’incapacité que l’on a de voir la situation à venir, la nuit n’est pas seulement physique, elle est spirituelle. Elle désigne cette situation qui fait que tous les fantasmes, tous les démons s’en donnent à cœur joie et se comportent comme si Dieu n’avait aucun pouvoir sur eux.

Dans la société antique, comme dans notre inconscient, la nuit est peuplée d’éléments hostiles aux hommes. Inutile de rappeler le rôle des rêves dans le domaine de l’inconscient.  La nuit  est perçue comme un moment où Dieu semble suspendre sa vigilance et laisse la place libre aux forces négatives. C’est dans ce monde redoutable pour l’homme où Dieu semble être absent que Jésus intervient, comme pour dire qu’il n’y a pas de domaine où la maladie et les forces hostiles aux hommes puissent avoir une place. L’Evangile de Marc nous dit que Jésus est venu instaurer la résurrection dans le domaine de la mort et rétablir une relation avec Dieu qui paraissait interrompue.

Qui fait obstacle à ces relations? Ce sont bien entendu les démons et la maladie. Dans le contexte de l’Evangile, les démons ne sont pas personnalisés, ils sont mis au même rang que la maladie dont l’absence de guérison nous fait douter de Dieu. Nous traversons parfois des événements si terribles que notre raison ne peut les surmonter sans mettre Dieu en cause. Ils sont à mettre au rang des démons auxquels Jésus livre un combat sans merci

Nous doutons de Dieu, quand nous avons le sentiment que le poids du destin est trop lourd. Nous pensons alors que Dieu doit être impuissant pour avoir toléré quelque chose de si injuste. Pire, s’il n’est pas impuissant, c’est qu’il laisse faire ou qu’il n’a rien à faire d’une créature aussi insignifiante que nous. Ce sentiment d’indifférence ou de total abandon est insupportable car nous n’avons pas la force de faire face à notre destin tout seul. Nous nous sentons enfermés dans une nuit épaisse condamnés à subir un destin que nous ne maîtrisons pas.


C’est dans cette nuit épaisse que Jésus se tient. C’est là que les disciples le trouvent alors qu’il fait encore noir. Ils lui disent l’angoisse des hommes et Jésus répond qu’il est là pour les soulager. Jésus était sorti dans la nuit pour prier c’est dire que pendant que les hommes dormaient, Jésus lui, veillait.

Il donne ainsi une première réponse à nos angoisses. Quand nous avons peur, il est là et il prie, c’est sa manière à lui d’être efficace.
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Jésus répond à ceux qui le cherchent et qui l’interpellent. Il leur dit: « allons ailleurs ». Cet « ailleurs » prend une très grande importance, car cet ailleurs n’est pas là où ils l’espèrent. Pour eux la présence efficace de Jésus serait de faire cesser immédiatement ce qui ne va pas. Ils attendent un miracle et un soulagement. Le miracle est de l’ordre du confort immédiat comme le ferait un médicament qui à peine administré supprimerait la douleur. La position de Jésus n’est pas tout à fait celle la. Elle est ailleurs

Les hommes souhaitent qu’en intervenant Jésus corrige les anomalies dont nous sommes victimes. Et ce n’est pas exactement ce qui se produit. Malgré nos prières, nos angoisses subsistent, les maladies perdurent et parfois nous emportent. Dieu ne veut pas passer son temps à corriger ce qui ne va pas dans le monde. Il se refuse à être le Dieu-Providence qui répond aux nécessités des hommes en manque. Jésus oriente leurs regards vers un ailleurs où ils n’ont pas encore tourné les yeux. Cet ailleurs, nous l’avons déjà désigné au commencement de ce propos, c’est l’événement de la résurrection.

La résurrection s’est manifestée au moment où Dieu, dans la personne de Jésus a accepté de faire retomber sur lui toutes les malédictions des hommes pour les porter et les assumer dans sa mort. Sa présence en nous implique donc la résurrection.

Grâce à elle nous dépassons nos propres souffrances, en sachant que Dieu a mis en nous assez d’énergie pour les surmonter et pour faire qu’elles ne soient plus des obstacles à notre foi et à notre espérance. La résurrection est puissance de Dieu en nous.

Dieu ne détruit pas, comme par l’effet d’une potion magique tous nos blocages mais il met assez d’énergie en nous pour que nous les dépassions car Dieu croit en l’homme et à sa capacité de dépassement. Il fait le pari que si nous lui faisons confiance nous surmonterons par nous-mêmes tout ce qui nous fait souffrir. Cela ne l’empêche cependant pas de mettre régulièrement sur notre route des signes effectifs de sa puissance. Il nous donne des repères et se permet de faire quand même des miracles. Ils agissent sur nous comme le pain et le vin de la cène qui ne nourrissent pas physiquement mais qui nous disent la présence réelle de Dieu dans notre existence.


Illustrations: James Tissot

dimanche 4 janvier 2015

Marc 1:21-28 l'autorité de Jésus dimanche 1 février 2015


Marc 1 : 21-28 l’autorité de Jésus
21 Ils entrent dans Capharnaüm. S'étant rendu à la synagogue le jour du sabbat, il se mit à enseigner. 22Ils étaient ébahis de son enseignement ; car il enseignait comme quelqu'un qui a de l'autorité, et non pas comme les scribes.
23Il se trouvait justement dans leur synagogue un homme possédé d'un esprit impur, qui s'écria : 24 Pourquoi te mêles-tu de nos affaires, Jésus le Nazaréen ? Es-tu venu pour notre perte ? Je sais bien qui tu es : le Saint de Dieu ! 25 Jésus le rabroua, en disant : Tais-toi et sors de cet homme. 26 L'esprit impur sortit de lui en le secouant violemment et en poussant un grand cri. 27 Tous furent effrayés ; ils débattaient entre eux : Qu'est-ce donc ? Un enseignement nouveau, et quelle autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent ! 28 Et sa renommée se répandit aussitôt dans toute la Galilée.

Le monde souffre depuis ses origines de toutes sortes de maux qui ont amené les hommes à se poser des questions sur les origines du mal et sur le rôle que Dieu peut jouer dans les difficultés qui s’opposent à nous.  C’est  à ce problème que Jésus est confronté au tout début de son enseignement public. C’est à la manière dont  il relèvera ce défi  que dépendra le succès qu’il aura par la suite.
Qui guérira tous ceux qui sont malades dans leur cœur, dans leur corps et dans leur âme ? Qui soignera notre société de ce mal mystérieux qui la ronge et qui fait perdre ses repères à chaque individu ? Qui pourra nous dire la vérité sur notre vie ?
Toutes ces questions étaient déjà dans le cœur des gens qui croisèrent Jésus dans la synagogue de Capharnaüm où il avait pris ses habitudes. Ils étaient étonnés et surpris de l’autorité qui émanait de lui. Mais les opinions les divisaient cependant à son sujet. Un jour, il était bien reçu, le lendemain on ramassait des pierres pour lui faire un mauvais sort. Tout était confus pour ces gens en quête de vérité !

C’est alors qu’une voix  s’éleva dans la synagogue comme pour faire de la surenchère  aux opinions contradictoires au sujet de Jésus.  Elle lui  demandait quel rôle il jouait et s’il n’avait pas partie liée avec le démon. De qui cherchait-il la perte ?

Ne soyons pas surpris si cette mise en cause de Jésus se passe dans une synagogue, un lieu de prière car c’est de Dieu qu’ils attendaient tous une réponse à leurs questions, et ce jour là, comme ce sera son habitude par la suite, Jésus va s’opposer au discours habituel que l’on tient en ce lieu en guérissant  celui qui l’a interpelé.

L’interpellation sort de la bouche d’un malade mental qui normalement n’avait pas sa place en ce lieu. Son intervention produisit l’étonnement et la stupeur. Le possédé prononça une véritable confession de foi à l’envers en forme d’interrogation : « es-tu venu pour notre perte?» La perte de qui ? De ceux qui ne sont pas normaux ou des gens qui par leur attitude perturbent les saintes assemblés ? Sans doute pas, mais cela pourrait bien être la perte des démons, de ces esprits malins qui s’opposent à Dieu, qui rendent les hommes malades et que Jésus se propose de détruire. Car contrairement  à la crédulité populaire de l’époque, Jésus leur conteste toute autorité et s’attaque à eux parce qu’ils déforment l’image de Dieu dont ils limiteraient le pouvoir, à moins que Dieu se serve d’eux pour exercer son autorité et son jugement sur nous, ce que Jésus  conteste aussi.

Beaucoup d’hommes sont malades, pas seulement de maladies mentales, mais aussi de maladies physiques et sociales. La société aussi est malade avons-nous dit en commençant, et Jésus est venu pour soigner ceux qui souffrent, qui sont désorientés et qui désespèrent. La synagogue est le lieu où l’on parle de Dieu et où on cherche le sens de la vie. Ce lieu est particulièrement bien choisi, et c’est là que Jésus, signifie au nom de Dieu, qu’il a vocation  d’aider les hommes à découvrir  le sens de leur vie, même s’il doit mettre à mal l’enseignement de ceux qui  enseignent habituellement en ce lieu. Loin de prêcher la fatalité  ou le jugement de Dieu sur le malade, il  le guérit.  En agissant ainsi il présente un tout autre aspect de Dieu, il oppose à la tradition un Dieu  qui libère et aide les hommes à vivre la vie là où elle est mise en cause. Déjà les charbons ardents s’accumulent sur sa tête.

L’Evangéliste Marc qui rapporte cet incident a déjà pris position sur cette question. Il en fait un des points essentiels du message de Jésus puisqu’il place ce récit en tout début d’Evangile. Il nous dit que Jésus s’adresse aux gens avec une autorité que les professionnels de la religion n’ont pas. Il les accuse clairement, de manquer d’autorité personnelle. L’autorité qu’ils ont ne leur vient pas d’eux-mêmes, ils l’empruntent à la tradition et à la Loi qu’ils sont sensés respecter.  Pourtant,  ils ne sont pas en vérité par rapport à  Dieu puisque Jésus peut susciter, au nom de Dieu, une amélioration de la vie là où eux ne font rien ou n’ont rien pu faire. Quant à Jésus qui ne cite pas forcément les Ecritures à tout bout de champ, il tient son  autorité directement de Dieu.

Pourtant, si Jésus ne parle pas sous l’autorité de la tradition, sa parole risque d’être prise pour blasphématoire. Tout ceux qui sont là ne sont pas des naïfs, ils savent exercer leur esprit critique et aimeraient pourvoir identifier en Jésus le messager de Dieu à coup sûr, mais quelle preuve ont-ils ? Cette question devient du même coup la nôtre.

Ce serait aller un peu vite en besogne que de dire qu’elle lui vient du saint Esprit parce qu’il reste aussi insaisissable que Dieu et  il ne confirme en rien l’action de Jésus qui  pourtant, sans répondre directement à cette question nous donne des éléments de réponses. Il est suffisamment explicite pour que notre esprit se mette au travail et trouve tout seul la solution. C’est dans le dialogue avec l’individu qui l’a interpelé que cela va se passer.

Il  réfute le qualificatif de Saint de Dieu, dont il le désigne. Il refuse qu’on l’enferme dans un personnage qui aurait la science infuse et la réponse à tout, du fait de sa proximité avec Dieu car, c’est cela que l’on attend de lui. On attend qu’il donne une parole forte et indiscutable, qu’il opère des miracles sans ambigüité et  à la demande et que sa seule présence suffise à changer le monde. Jésus ne se situe pas dans ce rôle, sans quoi depuis deux mille ans on s’en serait aperçu. Jésus a été parfois enfermé dans ce personnage, mais il a toujours réussi à s’en sortir. Pourtant les clercs ont toujours cherché à l’y ramener.

On aimerait cependant maintenir Jésus dans ce rôle « d’être exceptionnel » que lui-même récuse et d’y enfermer Dieu avec lui. Nous cherchons  à l’enfermer dans les titres glorieux que nous lui reconnaissons dans nos traditions et que nous aimerions  imposer aux autres. C’est à se sujet que les croyants se  divisent  entre eux  et se font la guerre. Ils s’affrontent au nom de vérités qui sans être fausses ne sont pas forcément absolues. Ils créent des mouvements de division qui les opposent aux autres et les amènent à se séparer entre eux. La vérité sur Jésus est sans doute ailleurs.

Quand pour leurs malheurs l’un de ces courants différent des autres, dispose de l’oreille du pouvoir temporel, il n’est pas rare que celui-ci mette à son service le bras armé de ses soldats pour forcer la main à ceux qui ne croient pas comme eux. C’est ainsi que les religions entrent en guerre et s’en prennent à la vie des hommes. Toute l’histoire des hommes est pleine de tels affrontements. Ne soyons donc pas surpris si Dieu reste à l’extérieur de ces combats et nous suggère de voir les choses autrement.

Si maintenant il nous fallait  donner une réponse au sujet de l’autorité de Jésus, puisque c’est la question de ce jour, il nous  faudrait éviter de  prendre place parmi ces sages qui se divisent au nom de leur vérité. C’est  dans la bouche même de Jésus que nous trouverons une réponse : « les aveugles voient, les infirmes marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent. et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres » dit il dans Matthieu 11/5 reprenant Esaïe 61/1

Jésus se présente comme le témoin de la puissance de vie qui habite chaque individu et qu’il s’acharne à  restaurer quand elle est déficiente, menacée ou détruite. Il ne détient pas d’autre puissance apparente de la part de Dieu que celle de susciter la vie là où elle est en difficulté. Il vient  mettre en nous la conviction qu’il a capacité de redonner de l’énergie à tous ceux qui sont en manque d’espérance et qu’il met en chacun d’eux la possibilité de se dépasser, de se relever quand ils sont tombés, et en fin de parcours de recevoir une vie qui dépasse la vie  quand celle-ci semble anéantie par la mort.



Illustrations: Matteo da Milano Missel museun of art Cleveland Ohio USA