lundi 16 février 2015

Jean 12:20-33 - des grec demandent à voir Jésus dimanche 22 mars 2015




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(Ce sermon vous a déjà été proposé  pour le 15 mars 2012. J’y ai apporté quelques légères corrections. )


20 Il y avait quelques Grecs parmi les gens qui étaient montés pour adorer pendant la fête. 21 S'étant approchés de Philippe, qui était de Bethsaïda, en Galilée, ils lui demandaient : Seigneur, nous voudrions voir Jésus. 22Philippe vient le dire à André ; André et Philippe viennent le dire à Jésus. 


23 Jésus leur répond : L'heure est venue où le Fils de l'homme doit être glorifié. 24 Amen, amen, je vous le dis, si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il demeure seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. 25 Celui qui tient à sa vie la perd, et celui qui déteste sa vie dans ce monde la gardera pour la vie éternelle. 26 Si quelqu'un veut me servir, qu'il me suive, et là où moi, je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu'un veut me servir, c'est le Père qui l'honorera. 

27 Maintenant je suis troublé. Et que dirai-je ? Père, sauve-moi de cette heure ? Mais c'est pour cela que je suis venu en cette heure. 28 Père, glorifie ton nom ! Une voix vint donc du ciel : Je l'ai glorifié et je le glorifierai encore. 29 La foule qui se tenait là et qui avait entendu disait que c'était le tonnerre. D'autres disaient : Un ange lui a parlé. 30 Jésus reprit : Ce n'est pas à cause de moi que cette voix s'est fait entendre, mais à cause de vous. 31 C'est maintenant le jugement de ce monde ; c'est maintenant que le prince de ce monde sera chassé dehors. 32 Et moi, quand j'aurai été élevé de la terre, j'attirerai tous les hommes à moi. 33 Il disait cela pour signifier de quelle mort il allait mourir.

Il y a un art de voir qui ne relève pas du bon fonctionnement de nos yeux mais qui relève de notre âme. Il y a une faculté de sentir les choses qui ne relève pas de nos sens mais d’une perception intérieure de tout notre être qui nous met en contact avec des réalités que nous ne soupçonnons pas. La réalité de Dieu s’impose à nous sans qu’il soit nécessaire de voir quoi que ce soit ou d’entendre quelque chose. Les certitudes qui nous habitent ne viennent pas de ce que nous voyons, mais de ce que nous croyons.

Les mystères de l’âme humaine n’ont pas encore vraiment été explorés, car ils ne relèvent d’aucune investigation scientifique. Ils relèvent de l’expérience que chacun fait avec Dieu. Il ne faut pas entendre par le mot âme un principe surnaturel et éternel qui serait la partie noble de notre être en opposition à tout ce qui est matériel et sensible. Il faut comprendre par cette expression tout ce qui relève de notre vie intérieure et qui reste inaccessible aux techniques d’investigation des hommes.

Celui qui cherche Dieu pense souvent qu’il pourra le rencontrer au moyen de ses sens. Il se tient en alerte pour écouter afin d’entendre. Il lit les théologiens ou les philosophes et espère en s’appropriant leurs expériences trouver un contact avec le sacré. Il s’imprègne de musique à laquelle il se croit sensible et croit alors qu’il entendra peut être Dieu dans le jeu sublime des instruments et des interprètes. Il contemple le soleil qui se couche sur l’océan et croit comprendre par ce spectacle tout le mystère de la création et de la grandeur de Dieu ! En fait, il n’en est rien, cela ne relève que des techniques que l’expérience humaine a déjà éprouvées depuis longtemps. Elles nous prédisposent sans doute à une ouverture à Dieu, mais elles ne nous révèlent pas Dieu.

Un tel comportement rejoint celui de ces grecs qui dans notre passage veulent voir Jésus et que Jésus laissent sans réponse. Ils espèrent en le voyant se rapprocher de Dieu et Jésus les détourne de ce projet. Il ne se montre pas à eux car le fait de voir ou de ne pas voir n’éclairera en rien leur demande de foi. Sans doute font-ils une démarche louable, et ils s’y prennent bien. Ils s’adressent à Philippe, puis à André dont les noms révèlent qu’ils sont eux aussi, sans doute d’origine grecque. Ils viennent de Bethsaïda, de l’autre côté du lac qui est perçu comme une terre païenne. Ils considèrent que les deux disciples grecs sont les plus qualifiés pour les introduire en présence du Seigneur, mais Jésus ne permet pas à la démarche d’aboutir et nous restons, comme eux sur notre faim.

Les gens qui cherchent à développer leur spiritualité croient bien souvent qu’en essayant de voir, ils parviendront à croire. « Montre-nous le Père » dira un peu plus loin Thomas et Jésus le renverra à sa vie intérieure : « Il y a si longtemps que je suis avec vous et tu n’as toujours pas compris ! » Ni Thomas, ni nous-mêmes n’avons compris que nos sens nous trahissent et nous entraînent à croire ce qui n’a pas lieu d’être. La foi n’est pas de l’ordre de ce qui se voit.

Jésus fait dire à ces amis grecs qui cherchent à le voir, que si ils veulent comprendre quelque chose à son message, c’est dans ce qui ne se voit pas qu’ils le trouveront, car c’est dans la mort de Jésus que se tient tout le mystère de la vie en Dieu. Ce mystère oriente nos regards vers l’événement de Pâques qui contient en lui tout ce qu’il nous faut savoir pour comprendre Dieu.

Le récit de l’événement de Pâques occupe plus du 1/4 de chaque évangile. Il s’achève sur  un non-événement, car la résurrection est un événement qui ne se voit pas. C’est un non-événement puisque le récit est présenté comme s’il n’avait pas eu lieu. Les gardes dormaient devant le tombeau et ne s’aperçurent de rien, les disciples qui se terraient dans leurs maisons n’étaient pas là, les femmes affairées dès le petit matin arrivèrent trop tard et ne découvrirent que le tombeau vide. Ce vide n’est pas le vide du néant sans quoi on aurait trouvé un corps pour attester qu’il était bien mort. L’absence du corps se constate, mais ne se voit pas, elle est beaucoup plus troublante que sa présence. S’il y a quelque chose à comprendre, ce n’est pas dans ce qu’il y a à voir que cela se situe, puisqu’il n’y a rien à voir.

Mais Ils ont bien vu le ressuscité par la suite ! Sans doute ! Mais dans un premier temps, quand ils l’ont vu ils n’ont pas cru que c’était lui. Marie Madeleine l’a pris pour le jardinier et les disciples d’Emmaüs ne réalisèrent que c’était lui réalisent qu’après son départ quand ils ne le voyaient plus. Bien sûr, plus tard, ils le verront tous, à l’exception de Thomas, mais ce sera trop tard car la réalité de la résurrection s’était déjà imposée à eux dans le non-événement qui constitue l’épisode du tombeau vide, car la résurrection elle aussi ne se voit pas. C’est à cause de cela que les peintres n’ont jamais pu en rendre vraiment compte.

Même une réalité aussi nécessaire à notre foi que la résurrection ne parvient pas à nous par les sens. Cette réalité parvient à nous par des itinéraires intérieurs qui nous bousculent. L’individu que nous sommes n’entre pas dans le mystère de Dieu par des moyens humains, c’est Dieu qui vient vers lui par des itinéraires divins. Cela n’est pas réservé à quelques initiés, cela est le fait de tout un chacun. Dieu se rend disponible à tous. Mais nous ne pourrons pas comprendre Dieu si nous occultons les manifestations de son esprit par toutes sortes d’artifices humains qui au lieu de le révéler risquent de lui barrer le chemin.

Nous devons prendre en compte qu’il existe en nous une autre dimension de l’individu qui n’est pas faite de chair et de sang mais qui est faite d’esprit et de sentiments, et c’est là que Dieu se plaît à venir habiter. C’est au niveau de ce qui est insaisissable en nous que Dieu révèle à chacun le mystère d’une vie qui nous dépasse et qui reste insaisissable par les sens. Cette vie dépasse ce qui est matériel et nous révèle qu’au delà de l’être physique que nous sommes il y a une réalité profonde que beaucoup de soupçonnent même pas mais à qui Dieu confère une valeur d’éternité.

Jadis, dans une société aujourd’hui révolue, on disait de celui dont la vie intérieure était perceptible à l’extérieur qu’il était une belle âme. Cette réalité ne se voit pas mais elle se perçoit. Il en va de même pour la réalité de Dieu, il ne se voit pas mais il  se perçoit et cette perception s’impose à nous comme une conviction. Celui qui prétend chercher Dieu et qui se plaint de ne pas le trouver se trompe car en fait Dieu est déjà installé en lui depuis longtemps et il n’attend pour se manifester que l’on se rende disponible.

Il attend que nous cessions de nous agiter et de tenter de faire des expériences spirituelles pour découvrir au fond de nous-mêmes ce Dieu qui est déjà au rendez-vous. C’est alors qu’il nous sera possible non pas de voir Dieu mais de le percevoir. Sa Parole, sans faire vibrer les ondes sonores deviendra clairement perceptible dans les Ecritures qui nous parlent de lui et où les propos de Jésus prennent du sens.

Cette Parole retentit en nous comme un encouragement à vivre avec intensité la vie présente puisque cette vie s’enrichit déjà de l’éternité. Pour en arriver là il faudra que chacun prenne sur lui de considérer que la vraie vie en Dieu n’est perceptible que pour ceux qui acceptent d’orienter leur méditation vers ce lieu de mort qu’est la croix et ce lieu de vide qu’est le tombeau. La vérité sur Dieu se fera alors manifeste au fond de nous pour nous révéler que la mort est dépassée par la vie qui repose déjà en nous et que Dieu concrétise en nous par la foi.

Si j’ai choisi d’illustrer ce sermon en utilisant des images du Retable d’Issenheim peint par Grunwald de 1512 à 1516, c’est parce que cette peinture rend compte de l’invisible à travers le visible.
La souffrance et la mort donnent le ton à ce tableau, mais pourtant, dans cette atmosphère délétère, on sent doucement poindre la vie. Le désespoir des vivants ainsi que le cadavre pendu au bois laissent transparaître la réalité d’une autre vie à partir du personnage de Jean Baptiste qui occupe toute la droite du tableau. Venu d’au-delà de la mort, il témoigne de la vie qui surgit des Ecritures dont il tient le livre dans la main gauche et qu’il transmet par son doigt pointé sur le corps sans vie du Seigneur. La vie nouvelle de la résurrection devient réalité alors que tout suggère la mort. Il faut être croyant pour comprendre cela.

Dans quelques jours, je vous proposerai un sermon sur Jérémie 31 :31-34 . Cet autre  texte est également proposé dans la liste de lectures pour le 22 mars.

jeudi 12 février 2015

Jean 3:14-21 L'amour de Dieu pour le monde - dimanche 15 mars 2015



Jean 3 : 14-21
 Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut, de même, que le Fils de l’homme soit élevé, 15 pour que quiconque croit ait en lui la vie éternelle. 16 Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, pour que quiconque met sa foi en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. 17 Dieu, en effet, n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que par lui le monde soit sauvé. 18 Celui qui met sa foi en lui n’est pas jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas mis sa foi dans le nom du Fils unique de Dieu. 19 Et voici le jugement : la lumière est venue dans le monde, et les humains ont aimé les ténèbres plus que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. 20 Car quiconque pratique le mal déteste la lumière ; celui-là ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dévoilées ; 21 mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en Dieu

Ce sermon  déjà publié dans les années précédentes  a été réécrit par l’auteur

Le monde dans lequel nous évoluons est surprenant. Il est surprenant par sa beauté et par sa variété, il est surprenant par sa complexité aussi. Il est surprenant parce qu’un seul être pensant, l’homme, peut l’appréhender dans sa diversité. Bien avant notre temps, les psaumes ont chanté la beauté de l’univers et le génie de Dieu qui l’a agencé. Les mythes païens des origines en décrivent déjà les merveilles.  Il nous suffit de songer au nombre des espèces qui cohabitent sur notre terre:  Il est fantastique. Le monde de l’infiniment petit est aussi stupéfiant que le monde de l’infiniment grand. Le microscope le plus sophistiqué n’arrive pas à rendre compte des structures les plus secrètes de la matière. Le télescope le plus puissant ne parvient pas non plus à atteindre les limites des galaxies. Mais quelle en est la cause et à  quoi tout cela sert-il si non à donner du relief à la réalité humaine? C’est donc  l’homme qui sollicite notre attention  plus que la création elle-même. 

Si cela est le fruit du hasard, on peut considérer que c’est bien fait, mais  s’il y a un créateur à l’origine de tout cela on peut alors se demander quel intérêt il y trouve et comment il s’y est pris pour le réaliser.  Depuis toujours les êtres humains retournent ces questions sans vraiment trouver de réponse satisfaisante. 

Le seul fait de pouvoir s’interroger sur le sens des choses suffit à justifier l’hypothèse selon laquelle tout cela a du sens. Il suffit qu’un seul être se mette à penser pour que tout ce système devienne évident. Ainsi, à peine l’esprit humain se met-il en mouvement que l’univers entier trouve de la cohérence, comme si notre pensée devait servir de moteur au monde.

L’univers serait absurde, s’il n’y avait personne pour prendre conscience de sa réalité. Mais une fois ce constat établi, peut-on aller plus loin ? Le monde est-il soumis au hasard d’une évolution complexe et logique ou y a-t-il un être supérieur qui oriente son devenir ? L’harmonie de tout cet ensemble pourrait bien être alors liée au mélange des deux. On ne peut aller plus loin dans ce constat. Mais la pensée humaine, toujours en mouvement nous pousse alors à formuler des théories plus ou moins élaborées.

Pourtant, les lois de l’évolution nous poussent à constater que la raison du plus fort est toujours la meilleure et que c’est toujours le dominant qui a raison du plus faible. Force est pour l’homme de réaliser qu’il est habité par un sentiment contraire. En effet, il est entraîné par une force mystérieuse à s’intéresser à ses semblables et, chose encore plus étrange, à prendre partie pour ce qui est faible et à protéger ce qui est vulnérable. Bien qu’ils soient entrainés à faire le contraire  les hommes valorisent cependant ce sentiment qu’on appelle l’altruisme, et qu’ils se donnent pour présider aux règles de leur  comportement entre eux. 

Comment peut-on éprouver de l’intérêt pour les autres, sans chercher à les dominer et à tirer profit de leurs faiblesses ?  Ce sentiment n’étant pas naturel à l’homme, il lui vient forcément d’ailleurs. C’est en creusant ce mystère que les hommes font la découverte selon laquelle il existe une réalité, au-delà d’eux-mêmes qui ne se confond pas avec le monde, puisqu’elle leur inspire des sentiments contraires aux règles du comportement  des espèces. Il y a donc antagonisme entre cette réalité qu’ils découvrent peu à peu et les lois qui semblent présider à l’évolution du monde.

Dieu, puisqu’il faut bien l’appeler ainsi, ne se confond pas avec le monde, puisqu’il s’oppose à lui et semble vouloir le faire évoluer dans une direction qui ne lui serait pas naturelle, mais comment s’y prend-il ?

Depuis que les hommes ont développé leur capacité de penser, ils ont en même temps découvert qu’ils étaient habités par ce sentiment qui les poussait parfois à agir dans une direction qui ne servait pas leurs intérêts mais les intérêts des autres. C’est à partir de ce constat que certains ont compris le sens de leur présence au monde. Ils ont pris conscience du fait  qu’ils étaient des instruments qui y avaient été placés pour infléchir le sens de l’évolution et pour agir sur elle. Arrivés à ce constat, nous recevons de l’Evangile cette affirmation selon laquelle Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son fils unique afin que quiconque croit en lui, ne périsse pas mais reçoive la vie éternelle.



Il a fallu des siècles, pour que le souffle  qui modifie nos comportements se saisisse de notre esprit et nous amène à  découvrir que cette faculté nous venait d’ailleurs.  Il a fallu beaucoup d’incompréhensions, des erreurs nombreuses, des échecs de toutes sortes pour que l’espèce humaine réalise que la règle qui doit présider à l’évolution est liée au respect de la vie des autres. 

Aujourd’hui, après les découvertes multiples des savants et des philosophes, a-t-on vraiment compris cela ? Un simple regard sur nos sociétés nous laisse comprendre qu’il y a encore un long chemin à faire, car une telle idée, si elle habite l’esprit des humains ne fait toujours pas partie de leur  mode de pensée. La logique, si non la vertu, semble nous dire que c’est dans ce sens qu’il faut aller sous peine de la disparition de notre espèce. Si l’espèce humaine venait à disparaître, le monde n’aurait plus de sens, puisqu’il n’y aurait plus personne, en tout cas sur terre, pour penser à son sujet.

A la lumière de ce constat, l’Évangile nous laisse entendre que Dieu prend un gros risque en proposant une évolution de l’humanité en contradiction avec les règles du monde. Il se jette dans cette aventure sans avoir prévu de plan de sauvegarde en cas d’échec. C’est ce que veut signifier Jésus quand il dit que Dieu a donné son fils unique. Cela veut dire que Dieu s’est donné tout entier dans ce programme d’amour et qu’il n’y a pas de solution de
rechange au cas où l’amour ne permettrait pas une évolution harmonieuse de nos sociétés. Jésus montre par-là, la dimension de la confiance que Dieu fait aux hommes en faisant le pari de l’amour comme unique programme d’évolution possible pour l’humanité.

Dieu croit en l’homme au point de tout lui sacrifier, y compris l’avenir du monde. C’est à croire même, qu’en cas d’échec de l’humanité à réaliser une évolution harmonieuse, Dieu lui-même en pâtirait au point de risquer sa propre divinité. La fin de l’humanité signifierait du même coup la fin de Dieu, en tout cas tel que nous le concevons. 

Tout cela nous amène à nous situer d’une façon nouvelle par rapport à la théologie traditionnelle qui place en l’homme l’origine de tous les maux et qui fait du péché, dit originel, la rupture entre Dieu et l’humanité. Il a donc fallu à Jésus une audace considérable pour prendre à rebours la théologie en cours de son temps et de lancer l’idée selon laquelle, Dieu ferait de l’homme son collaborateur pour donner du sens au monde. Selon cette approche, le péché n’est plus ce qui entraînerait le monde à sa perte, le péché serait ce qui empêche l’homme d’entrer dans le programme que Dieu lui propose pour le salut du monde.

Dieu inscrit l’homme dans un projet de vie dans lequel il doit entrer pour que l’évolution du monde ait du sens. La condition essentielle pour que ce projet aboutisse est liée à l’amour que les hommes sauront se manifester les uns pour les autres. Dieu a fait le pari fou de croire que ce projet doit se réaliser.

Illustrations:
Icône pour  l'Europe, bénie le 13 octobre 2005 lors de l'installation de la communauté des chrétiens slovaques et tchèques à Bruxelles par Mgr Sokom

lundi 2 février 2015

Jean 2:13-25 Il parlait du Temple de son corps - dimanche 8 mars 2015




13 La Pâque des Juifs était proche, et Jésus monta à Jérusalem. 14 Il trouva dans le temple les vendeurs de bovins, de moutons et de colombes, ainsi que les changeurs, assis. 15 Il fit un fouet de cordes et les chassa tous hors du temple, avec les moutons et les bovins ; il dispersa la monnaie des changeurs, renversa les tables 16 et dit aux vendeurs de colombes : Enlevez tout cela d'ici ! Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce ! 17 Ses disciples se souvinrent qu'il est écrit : La passion jalouse de ta maison me dévorera.

18 Les Juifs lui dirent : Quel signe nous montres-tu pour agir de la sorte ? 19 Jésus leur répondit : Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. 20 Les Juifs dirent : Il a fallu quarante-six ans pour construire ce sanctuaire, et toi, en trois jours, tu le relèveras ! 21 Mais le sanctuaire dont il parlait, lui, c'était son corps. 22 Quand donc il se fut réveillé d'entre les morts, ses disciples se souvinrent qu'il disait cela ; ils crurent l'Ecriture et la parole que Jésus avait dite.

23 Pendant qu'il était à Jérusalem, à la fête de la Pâque, beaucoup mirent leur foi en son nom, à la vue des signes qu'il produisait, 24 mais Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu'il les connaissait tous 25 et parce qu'il n'avait pas besoin qu'on lui présente un témoignage sur l'homme : lui-même connaissait ce qui était dans l'homme. 

Encore un geste de la part de Jésus qui nous désoriente. On l'avait enfermé dans le cadre de la non-violence. Il s'en échappa car Jésus demeure à tout jamais insaisissable par aucune entreprise humaine.  Ce jour là, il  fait un geste de violence apparemment gratuit, même s'il ne s'en prend pas aux hommes, il s'en prend tout de même à leurs biens. Il prêchait dans le Temple et voilà qu'il dénie toute valeur à ce lieu. Pourtant, ce lieu, s'il avait subsisté serait sans doute aujourd'hui un des lieux les plus visités du monde.

Pourquoi cette sévérité de la part de Jésus à l’égard d’un bâtiment ? Ne savait-il pas que beaucoup de gens ont besoin de réalités visibles pour construire leur spiritualité? Nous sommes sensibles à tout ce qui est beau pour ancrer notre foi. Les belles liturgies qui séduisent nos sens favorisent notre élévation spirituelle. Nous pensons même qu’elles nous rapprochent du divin et qu’elles font plaisir à Dieu. Il en va de même pour les beaux monuments dont la valeur esthétique est aussi au service de l’édification de notre foi. D’autres églises que la nôtre ont bâti toute une spiritualité sur la beauté des icônes. D’un revers de main, ou plutôt d’un coup de fouet, Jésus pulvérise toutes ces vérités. Il les tient pour quantité négligeable. Et marque de son mépris le lieu où elles se déroulent. Que voulait-il signifier par là ? 

On a cherché à expliquer son geste par l’aspect scandaleux que pouvait avoir le trafic de l’argent. Mais ce trafic était rendu nécessaire par un souci de pureté. L’argent en usage ne pouvait  servir à l’achat des animaux dont les pèlerins avaient besoin  pour la pratique des sacrifices.  Il fallait bien le changer contre une monnaie acceptable. Jésus rendait ainsi les sacrifices impossibles. On a alors    pensé que les sacrifices avaient quelque chose de provoquant et de répugnant, mais cette pratique, bien ancrée dans les mœurs de l’époque  ne choque que nous, 20 siècles après. Le bâtiment du temple, avec sa majesté provocante aurait pu être à l’origine de sa contestation. Mais l’édification de ce bâtiment, considéré comme une merveille, avait été construit avec le sang, les larmes et l’argent de tout un peuple. Ce ne peut donc être à cause de tout cela que Jésus le voue à la ruine.

Il faut chercher ailleurs encore. Nous sommes à l'approche de la fête de Pâques. Cette fête commémorait la libération du peuple juif jadis réduit en esclavage en Egypte. Les juifs perçoivent encore aujourd’hui, cette libération comme l'événement fondateur de leur peuple. Cette libération leur donne le sentiment d'exister. Chaque Israélite est invité à vivre cet événement d’une manière personnelle, comme s’il s’agissait de sa propre libération, comme si c'était une affaire entre Dieu et lui. On peut donc dire que c'est l'acte créateur par lequel Dieu a donné vie à son peuple, et par extension à chaque individu qui se réclame de lui.

Dès que l'on parle de création on pense immédiatement au tout premier chapitre de la Bible quand Dieu créa toute chose à partir du chaos initial et mit de l'ordre dans l'univers en désordre. C'est dans ce contexte spirituel et intellectuel qu'il faut peut être situer la scène où Jésus bouscule le parvis du temple de Jérusalem et y met symboliquement le désordre.

Jésus restaure donc en quelque sorte le désordre primitif dans le lieu de la présence de Dieu pour que celui-ci puisse exercer à nouveau sa fonction de créateur. Et restaurer un peuple qui s’égare loin de lui.  Ce geste signifie un retour aux origines, un retour au désordre, dans l'attente d'une nouvelle création. Jésus s’inscrit à la suite des prophètes qui depuis des générations se fatiguaient à dire au peuple que les fidèles ne se comportaient pas
conformément à la volonté de Dieu. Jésus met le désordre dans le temple, ce lieu où les hommes avaient enfermé Dieu dans le Saint des saints afin de créer une nouvelle relation entre Dieu et les hommes. Jésus fait ici une action symbolique qui révèle le sens caché de son ministère à venir. A la différence des autres Evangiles qui situent cet événement à la fin de leur récit, celui de Jean, le situe au tout début du ministère de Jésus, comme un acte prophétique de la mission qu’il entendait accomplir. 

Le Temple dans l’esprit de la Loi  était le lieu où  se concentrait l’adoration de Dieu. Les gestes qui s’y accomplissaient rendaient Dieu plus lointain parce qu’ils établissaient des règles obligatoires pour avoir accès à sa divinité   Ils  rendaient donc mal compte de  la dimension d’amour où Dieu voulait qu’on le rencontre. Jésus voulait opérer un glissement du Temple en pierres qui dévalorisait l’adoration à l’ étude l’Ecriture dont Jésus devenait l’interprète et  qui devenait un temple spirituel qui seul permettait une relation vraie avec Dieu. Il parlait du temple de son corps n’omet pas de dire l’Evangéliste.

Jésus s'en prend au temple parce que les célébrations qui y avaient lieu semblaient être en contradiction avec la volonté de Dieu, non pas dans la manière dont elles se déroulaient puisqu'elles étaient conformes à la Loi mais dans l'esprit avec lequel les fidèles y accomplissaient leurs devoirs religieux. Jésus ne méprise pas pour autant le temple, mais il s'en prend à l’esprit dans lequel  ses contemporains y vénéraient Dieu. 

Le Temple, c'est le lieu du rite, et le rite c'est ce qui codifie la relation avec Dieu. Or pour Jésus, la relation avec Dieu ne doit justement pas être codifiée, cette relation doit être faite de sentiments partagés. Elle vient du cœur et n'a rien à voir avec les obligations quelles qu'elles soient. Dieu ne veut pas entrer dans le système où les hommes cherchent à l'enfermer. Or les rites, sont des procédés d'enfermement. Dieu ne veut donc pas être lié par des rites qui lui imposeraient de "sauver" ceux qui ne l'approchent que d'une manière conventionnelle et de "pardonner" seulement ceux qui ont accompli les rites, sans vraiment l'aimer.

Ce qui pour Jésus est contraire à la volonté de Dieu, c'est que les hommes cherchent à acquérir une pureté formelle dont Dieu devrait s'accommoder. Dieu serait ainsi pris au piège de sa propre loi.

Les hommes ne peuvent pas contraindre Dieu à entrer dans leurs perversions. Jésus préfère tout changer, voire démolir le temple si nécessaire et supprimer les rites, pour que les hommes changent leurs comportements à l’égard de Dieu. Si Jésus bouscule tout et préconise un changement radical, ce n'est pas parce que Dieu a changé, mais c'est pour que les hommes changent

Pour que ce changement qu'il préconise puisse avoir lieu, il propose de changer le Temple de pierre contre le Temple de son corps dans lequel les Ecritures trouvent leur accomplissement en commençant par la prescription de l’amour.

Nous comprenons alors pourquoi Jésus va faire du pardon le grand thème de son enseignement. Il proclame que le pardon est acquis d'une manière permanente à tous ceux qui croient.  Les sacrifices pour l’obtenir deviennent donc inutiles. Dieu veut une relation d'intimité dans la vérité, c'est pourquoi il proclame par la bouche de Jésus l'abrogation de tous les rites liés à l'acquisition du pardon. Plus de sacrifices, pas de pénitence, gratuité totale du pardon et du salut, plus donc besoin du Temple.

Les illustrations proviennent de la cathédrale Santa Maria Nova à Monreale (Sicile)