lundi 12 octobre 2015

Marc 12:28-34 le premier de tous le commandements - 1 novembre 2015



 reprise d’un sermon publié le 4 novembre 2012

28 Un des scribes, qui les avait entendus débattre et voyait qu'il leur avait bien répondu, vint lui demander : Quel est le premier de tous les commandements ? 29 Jésus répondit : Le premier, c'est : Ecoute, Israël ! Le Seigneur, notre Dieu, le Seigneur est un, 30 et tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ton intelligence et de toute ta force. 31 Le second, c'est : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n'y a pas d'autre commandement plus grand que ceux-là.

32 Le scribe lui dit : C'est bien, maître ; tu as dit avec vérité qu'il est un et qu'il n'y en a pas d'autre que lui, 33 et que l'aimer de tout son cœur, de toute son intelligence et de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, c'est plus que tous les holocaustes et les sacrifices. 34 Jésus, voyant qu'il avait répondu judicieusement, lui dit : Tu n'es pas loin du royaume de Dieu. Et personne n'osait plus l'interroger.

Que serait le monde sans amour ? Les poètes l’ont chanté, les peintres l’ont représenté et notre tête est remplie de souvenirs d’amours passées qui subsistent peut être encore et qui enchantent notre mémoire. Sans amour, l’humanité  disparaîtrait dans l’oubli et dans la mort. Comment pourrait-on vivre si personne n’éprouvait l’ombre d’un sentiment pour nous ou si nous n’éprouvions aucun sentiment pour personne. Jésus a bien vu que les hommes ne peuvent vivre sans l’amour qu’ils échangent avec leurs semblables, c’est pourquoi à la demande d’un jeune scribe sympathique il a extrait des 613 articles de la loi deux commandements  dont l’un parle de l’amour de Dieu et l’autre de l’amour du prochain.


L’amour est un sentiment que l’on a du mal à analyser. Il provient du plus profond de nous-mêmes et fait vibrer notre âme d’une manière exquise sans que l’on sache vraiment quels en sont les causes. Cependant chacun de ses  effets embellit tellement la vie  qu’elle se trouve radicalement transformée. L’amour  fonctionne comme un moteur qui fait avancer notre vie sur la voie du bonheur. Il se cache dans tous les recoins de l’être et arrache de notre cœur des sentiments d’extase et d’exaltation pour une autre personne qui ne provoque apparemment pas les mêmes émotions chez les autres. Au lieu de s’en tenir à ces constatations bucoliques,  les chercheurs ont voulu aller plus loin et ils ont édulcoré la beauté du sentiment. Ils ont parlé de phéromones et d’autres substances chimiques qui seraient à l’origine du phénomène. Mais peu importe, contentons-nous de constater que ce phénomène fonctionne et que nous profitons de  ses effets.

L’Amour  n’est pas seulement suscité par d’autres personnes au contact desquelles nous nous trouvons. Il peut être provoqué en nous par toutes sortes de choses. C’est ainsi qu’on aime certaines musiques, qu’on s’attache à certaines peintures, que l’on apprécie le confort d’une maison ou d’une voiture, c’est pourquoi on se laisse aller à dire  que nous aimons tel objet, voire même telle situation. Ce sentiment s’empare tellement de notre vie qu’on arrive même à ne plus l’écrire ou le décrire. On  a fini par le représenter  par des icônes en forme de cœurs. On l’imprime même sur nos tees shirts pour dire que l’on ne peut vivre sans amour.

Conscients de la nécessité de ce sentiment et du bien qu’il nous procure, nous nous engageons cependant sur les chemins de la vie en laissant sur notre passage des sentiments d’indifférence, d’hostilité ou de haine qui mettent à mal  toute cette quiétude que nous venons d’évoquer. Nous nous comportons  comme si nous avions comme un malin plaisir à  abimer ce qui nous fait du bien.  Nous véhiculons sur notre passage des comportements qui désenchantent notre vie, alors que tout devrait fonctionner  pour la rendre  belle et ouverte à l’avenir. On a donc raison de dire que l’homme est un être bizarre qui connaît la marche à suivre pour être heureux mais qui délibérément en utilise une autre.

Ce serait aller un peu vite en besogne que de dire que tout cela est la cause du péché, même si nous serons amenés à  considérer à la fin de notre propos que c’est la seule réponse possible. Il me semble avant tout que l’on exclue de notre comportement celui qui, à l’origine, est l’inventeur de l’amour : Dieu. En effet, quand on prononce le nom de Dieu, ce n’est pas  au sentiment d’amour que l’on pense en premier, sauf exception.  Quand on pense à Dieu, on fait référence  à des notions de toute puissance, de création, de péché, mais  on ne pense au mot «amour» que si on est un pratiquant de la foi chrétienne, et encore ce sentiment n’arrive pas en tête dans l’ordre des valeurs concernant Dieu.

Or Jésus va consacrer toute sa vie à nous dire  que ce sentiment doit être premier et qu’il ne peut y avoir de relation à Dieu sans amour.  C’est par là que l’on doit commencer quand on veut parler de Dieu aux hommes. Pourtant, la plupart du temps, ce n’est pas par-là que l’on commence. Où est  donc l’origine de ce  dysfonctionnement ?

C’est sans doute notre tradition qu’il faut incriminer parce qu’elle  présente les préceptes de la Bible comme des commandements. Elle considère que  la pratique de l’amour doit-être soumise à un ordre venu d’en haut : « tu aimeras » est-il dit. Or l’amour est un sentiment que l’on ne commande pas. On  ne peut nullement aimer sur ordre, même sur ordre de Dieu. On a cependant considéré depuis toujours que le terme de « commandement » était le mieux approprié pour parler de notre relation à Dieu pourtant, le Livre du Deutéronome parle plus volontiers de « paroles » que de « commandements ».  Ce mot de parole, derrière lequel se cache  le pouvoir créateur de Dieu, exprime  plus un souhait de sa part qu’un ordre. En effet, notre relation avec Dieu relève plus du désir de vivre ensemble que de l’obligation  de le faire. Notre désir se portera d’autant plus vers Dieu que nous nous sentirons libres de le faire.

Mais on ne change pas aussi facilement des siècles de tradition. Jésus s’y est attaqué en nous présentant Dieu sous un autre visage que celui du maître exigeant et contraignant. Il a préféré celui du Père aimant, soucieux du mieux-être de ses enfants, mais curieusement, les évangélistes qui nous ont rapporté son enseignement ont conservé un mot grec qu’il est d’usage de traduire par « commandement ». Nous ne dérogerons pas à cette règle à notre tour, mais nous nous souviendrons intérieurement que  Jésus en appelle d’abord à la qualité de nos sentiments envers Dieu et envers les autres.

A peine ce premier obstacle levé, en voici un autre qui se dresse sous nos pas. Il s’agit de ce celui provoqué par Dieu lui-même.  Jacques Brel dans une de ses chansons célèbres disait : « Que connais-tu de Dieu grand Jacques ?... Tu ne connais rien de lui. » Jacques Brel sans le vouloir avait soulevé un obstacle majeur. On ne peut aimer  Dieu que si on le connaît, or  on ne le connaît pas vraiment. Certes, on nous a parlé de lui, on nous l’a décrit comme un Dieu tout puissant et maître de l’univers,  un Dieu qui prononce le premier et le dernier mot de toute vie. Un tel Dieu provoque la crainte et le respect, mais ne suscite aucun sentiment d’amour. Pour l’aimer, il faut le connaître, pour le connaître, il faut le rencontrer.

Toute la Bible nous parle de rencontre avec Dieu. Ce fut d’abord celle d’Abraham qui parlait face à face avec lui. Ce fut aussi Jacob qui lutta avec lui ou Moïse qui le reconnut dans un buisson de feu. Une telle rencontre doit aussi devenir la nôtre. Elle peut se faire de mille façons, mais la plus part du temps, elle se fait dans l’intimité de sa vie personnelle. Cela peut avoir lieu dans le secret d’une descente  à l’intérieur de nous-mêmes, dans l’intimité de notre cœur, là où Dieu nous attend et développe avec nous une relation intime qui lentement devient de l’amour et nous rend dépendants l’un de l’autre.

Si cette vie intime avec Dieu nous comble de bien être, Jésus nous révèle que ça ne peut pas s’arrêter là et que l’amour avec Dieu perdra de sa vigueur au risque de s’éteindre définitivement,  si nous ne l’accompagnons pas d’actes concrets à l’égard des autres. Ce sont ces actes qui réjouissent Dieu et qui alimentent son amour pour nous. C’est ce que Jésus nous rappelle dans le deuxième commandement. Le prochain devient pour nous celui en qui se réalisent nos gestes d’amour pour Dieu, car Dieu cache son visage derrière celui de ceux que nous rencontrons. Dieu et notre prochain confondent leur visage en un seul et Dieu ne peut être vraiment connu que dans la mesure où on l’a reconnu dans l’autre.

Quand Jésus nous demande d’aimer notre prochain, il ne nous demande pas de faire un effort particulier, il nous invite simplement à exprimer par des actes à l’égard des autres les sentiments que Dieu provoque lui-même en nous. L’amour des autres devient automatiquement la conséquence de l’amour que nous avons pour Dieu.

La réciproque n’est pas forcément vraie. Certains ont conservé par devers eux  une image tellement altérée de Dieu à cause des violences que les hommes pratiquent entre eux qu’ils peinent à  éliminer cette image que des siècles d’histoire leur ont transmise. Les guerres que les hommes se sont faits au nom de Dieu et qu’ils continuent à se faire,  ont grandement  contribuées à altérer son image si bien  que ces gens  peuvent aimer les autres sans qu’ils puissent établir par ce sentiment une relation quelconque avec Dieu. Il nous faut donc travailler à rendre crédible pour les  hommes cette image de Dieu qui abandonne sa toute- puissance au profit de sa relation paternelle avec chacune et chacun de nous. Si par contre,  notre relation avec les autres hommes n’est pas bonne et se détériore, c’est que notre relation à Dieu n’est pas bonne non plus. Notre relation avec les autres s’améliorera forcément du fait que nous nous attacherons à améliorer notre relation à Dieu.

Illustrations :Fridha Kahlo de Riviera Peintre mexicain décédé en 1954

dimanche 11 octobre 2015

Marc 10:46/52 L'aveugle Bartimé dimanche 25 octobre 2015



Marc 10/46-52  L’aveugle Bartimée: dimanche  25
octobre 2015


46 Ils viennent à Jéricho. Et comme il sortait de Jéricho, avec ses disciples et une foule importante, un mendiant aveugle, Bartimée, fils de Timée, était assis au bord du chemin. 47 Il entendit que c'était Jésus le Nazaréen et se mit à crier : Fils de David, Jésus, aie compassion de moi ! 48 Beaucoup le rabrouaient pour le faire taire ; mais il criait d'autant plus : Fils de David, aie compassion de moi ! 49 Jésus s'arrêta et dit : Appelez-le. Ils appelèrent l'aveugle en lui disant : Courage ! Lève-toi, il t'appelle ! 50 Il jeta son vêtement, se leva d'un bond et vint vers Jésus. 51 Jésus lui demanda : Que veux-tu que je fasse pour toi ? — Rabbouni, lui dit l'aveugle, que je retrouve la vue ! 52 Jésus lui dit : Va, ta foi t'a sauvé. Aussitôt il retrouva la vue et se mit à le suivre sur le chemin.

Quelle est donc cette puissance qui anime Jésus ? Il est bien évidemment habité par quelque chose  qui lui vient de Dieu mais qui ne fait pourtant pas  de lui un être extraordinaire. Pour le moment il s’est seulement manifesté comme un rabbi plein de sagesse ou comme un guérisseur compétent.   Mais les  foules croient discerner en lui un «plus» que n’ont pas les autres. C’est pour exprimer cela que les Évangiles saluent Jésus du titre de Fils de David. C’est un titre qui traverse les temps et les âges et qui désigne dans la tradition juive celui qui doit venir pour parachever la révélation divine, à l’égal de celui de Messie.


C’est dire qu’en utilisant ce terme, l' Évangéliste Marc nous place délibérément dans un temps d’attente qui ouvre l’avenir sur  l’espérance.  Le Dieu auquel Jésus rend témoignage n’est pas seulement le Dieu de la tradition, celui qu’ont vénéré les Pères dans la foi, il est aussi celui qui vient, il habite le devenir des hommes et s’emploie à construire leur quotidien avec eux.

Quand Jésus s’entend appelé par ce titre, il s’arrête, alors que rien ne semble avoir interrompu sa traversée de la ville jusqu’alors. A ce moment, celui qui l’a interpellé, rejette son manteau et bondit sur ses pieds. C’est à partir de ces quelques éléments que nous allons essayer de définir quelle est la dynamique qui habite Jésus et qu’il nous transmet.
Ce petit texte pourrait ne pas retenir l’attention du lecteur trop pressé, tant il est court et qu’il ne contient apparemment aucun élément remarquable. Mais ce serait une erreur que d’aller trop vite en besogne, car ce récit  contient tout un enseignement précieux  sur les mystères qui concernent la personnalité de Jésus. Vous avez sans doute remarqué que  ce passage nous présente un récit tout en mouvement, c’est pourquoi on est frappé quand Jésus s’arrête et pourtant,  rien ne se passe vraiment.

Il est dit que Jésus traverse Jéricho ! Il le fait comme s’il s’agissait d’une simple bourgade. Pourtant Jéricho n’est pas une ville ordinaire, elle mériterait que Jésus s’y arrêtât quelques instants.  On l’appelle la ville des palmiers,  et elle s’étend sur les bords du Jourdain comme une oasis verdoyante après la traversée du désert de Juda.  Elle est célèbre, non pas seulement pour la douceur de son climat et la beauté de son site, mais elle est aussi la plus vieille ville du monde, chargée d’histoire et de tradition.


Tout voyageur qui la traverse éprouve le besoin de s’y arrêter pour s’y reposer et pour laisser son âme se  nourrir de paix et de tranquillité.  La Bible raconte que ses murailles dressées à la porte du désert s’opposèrent au passage de Josué et que celui-ci après en avoir   fait sept fois le tour  les  fit tomber au son des trompettes. Même si les archéologues contestent l’historicité de l’événement, la ville de Jéricho méritait sans doute que Jésus lui accorde plus d’attention.

Mais Jésus ne visite pas les lieux qu’il traverse en touriste. Il cherche à soutenir tous ceux  qui demandent  qu’on les aide à vivre. Il montre par son attitude que Dieu est à la recherche de  tous ceux qui ont besoin de lui. Il s’intéresse à tous ceux qui ont besoin d’un supplément de vie pour  exister et c’est auprès de ceux-là qu’il interrompt sa marche en avant.

Mais direz-vous : « N’y avait-il qu’un seul homme digne d’intérêt à Jéricho ? » Non bien sûr,  nous savons par l’Évangile de Luc que Jésus y  a aussi manifesté de l’intérêt pour Zachée, le percepteur, un homme petit de taille mais haut en couleurs, que Jésus a repéré accroché aux branches basses d’un sycomore. Il l’a même  cité en exemple. Il me semble qu’il devait  y avoir aussi des centaines de gens tels que l’aveugle Bartimée ou Zachée le percepteur, susceptibles d’interrompre la marche de Jésus  et de réclamer son intérêt. Mais  pour que nous en saisissions mieux la leçon, l’Évangéliste Marc s’est contenté  de l’histoire d’un seul personnage : Bartimée. Pourtant, il y a un autre personnage, qu’il faudrait mentionner, car lui aussi est digne d’intérêt, c’est le lecteur lui-même, mais  il faut qu’il se reconnaisse.

Quand Jésus s’arrête et s’intéresse à quelqu’un, il n’y a plus que celui-là qui compte. Chacun de nous, est un cas unique et ce qui se passe pour Bartimée se passe également pour nous, et pour chacun de ceux devant qui les pas de Jésus s’arrêtent pour faire pénétrer en lui le regard de Dieu. Si le cas de chacun est unique devant Dieu, alors le cas de Bartimée est suffisamment normatif pour retenir notre attention.

C’est d’une manière allégorique que nous allons aborder ce passage. Cette lecture est évidemment contestable, mais elle  m’est  apparue comme la plus  commode pour discerner le sens caché de ce récit. Je pense en outre, que Marc  qui le rapporte  a voulu qu’il en soit ainsi. Barthimée appelle en disant : «  Fils de David ». Son cri manifeste qu’il ne cherche pas seulement à attirer l’attention sur Jésus, comme le ferait n’importe quel mendiant pour recevoir quelque aumône. Cet appel porte en lui l’espérance qui  est déjà d
ans cet homme et   qui  le motive. L’expression « Fils de David » contient en elle une charge d’espérance. Cette  espérance est déjà en lui.  Il y a dans cette expression comme  une demande de vie qui n’est pas la simple survie que pourrait lui apporter une aumône. Il y a, sans qu’il le sache encore, comme l’expression d’un appel vers  Dieu de qui dépend son présent et son avenir.

Son espoir n’est pas de survivre, mais de vivre autrement. En demandant à Jésus de voir, il lui demande en fait la possibilité que sa vie devienne différente. Il ne prononce pas une déclaration de foi attendrissante en se réclamant de la foi de ses ancêtres et en louangeant Jésus de quelque manière, il dit simplement son besoin de vivre et  cela suffit.

Son besoin de vivre est accompagné de deux signes : Il rejette son manteau et il bondit pour se mettre debout. En rejetant son manteau, il signifie qu’il renonce à la protection précaire que lui réservait son état de mendiant. C’est ainsi qu’il vivotait en recevant les charités qu’il quémandait de ses concitoyens qui se devaient, par obligation religieuse, de soulager la dureté de la vie des mendiants. En se mettant debout il signifie  qu’il est prêt à assumer la vie nouvelle  que Jésus pourrait lui proposer.

Quand il se lève d’un bond il fait état du dynamisme qui est déjà en lui. Tout se passe comme s’il était déjà habité par Dieu, car sans qu’il s’en rende compte, l’espérance était déjà en lui, le dynamisme l’habitait déjà, autrement dit, Dieu avait déjà pris place en lui, mais il n’en était pas conscient. L’action de Jésus consiste simplement à faire apparaître la réalité des choses. « Ta foi t’a sauvé » lui dit-il simplement. La foi était déjà en lui et il ne le savait pas. Il a fallu que Jésus s’arrête devant lui pour qu’il prenne conscience de ce qui existait déjà sans qu’il en ait pris acte. Jésus a agi en lui comme un révélateur de Dieu. C’est ainsi aussi qu’il agit en nous.

Ayant déjà par son geste, renoncé à toute protection précaire, étant habité par un désir de vivre, la nouvelle vie qui jaillit en lui par le don de la vue devient toute naturelle. Il met alors ses pas dans ceux de Jésus et leurs vies se confondent dans une même marche en avant.
Je n’ai pas encore prononcé le mot de miracle, car apparemment il n’y a pas vraiment eu de miracle, même si le texte dit qu’il recouvre la vue. Le miracle, dans notre manière habituelle de voir les choses relève d’une manifestation spectaculaire. Ici, l’action de Jésus consiste à  dire à Bartimée la réalité de la foi qui est déjà en lui. Il comprend que Dieu habitait déjà tout son être et que la présence de Jésus  qui se tient devant  lui, lui a permis de découvrir que le dynamisme qui était déjà en lui, lui permettait de changer de vie, si bien que sa guérison devient simplement une prise de conscience de la présence de Dieu en lui.

Combien de nos contemporains ne traversent-ils pas la vie comme des touristes ? Ils cherchent ce qui est spectaculaire, ils admirent, en les jalousant parfois, les œuvres  des hommes mais  ils se contentent d’une vie sans histoire qui ne les mène pas loin. 


Il est alors temps qu’on leur dise  qu’ils peuvent aussi s’attacher à repérer en eux tout ce que Dieu y a déjà mis. En ne le faisant pas, Ils laissent s’affadir leurs désirs de vie, ils laissent leur foi s’assoupir, ils ne savent plus découvrir ce qu’il y a de dynamisant dans leur vie intérieure. Pour eux aussi, comme pour Bartimée le même miracle est possible. Comme lui ils peuvent appeler « Fils de David ait pitié ». Ce simple appel leur permettra de prendre conscience du fait que Dieu lui-même peut arrêter ses pas devant eux, et leur donner la vie qu’ils désirent parce qu’elle est déjà en eux.

Il leur faudra alors bondir en avant pour se mettre debout et accepter  de sauter dans la vie que Jésus leur propose et pour laquelle Dieu a déjà préparé le terrain.  

Illustrations Alexandra Domnec. Avec l'aimable autorisation de l'auteur.

jeudi 8 octobre 2015

Marc 10:35/45 La viie dans l'au-delà dimanche 18 octobre 2015



Marc 10/35-45 La demande de Jacques et Jean 

déjà publié le  dimanche 21 octobre 2012
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35 Les deux fils de Zébédée, Jacques et Jean, viennent lui dire : Maître, nous voudrions que tu fasses pour nous ce que nous te demanderons. 36 Il leur dit : Que voulez-vous que je fasse pour vous ? 37— Donne-nous, lui dirent-ils, de nous asseoir l'un à ta droite et l'autre à ta gauche dans ta gloire. 38 Jésus leur dit : Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que, moi, je bois, ou recevoir le baptême que, moi, je reçois ? 39 Ils lui dirent : Nous le pouvons. Jésus leur répondit : La coupe que, moi, je bois, vous la boirez, et vous recevrez le baptême que je reçois ; 40 mais pour ce qui est de s'asseoir à ma droite ou à ma gauche, ce n'est pas à moi de le donner ; les places sont à ceux pour qui elles ont été préparées.

41 Les dix autres, qui avaient entendu, commencèrent à s'indigner contre Jacques et Jean. 42 Jésus les appela et leur dit : Vous savez que ceux qui paraissent gouverner les nations dominent sur elles en seigneurs, et que les grands leur font sentir leur autorité. 43 Il n'en est pas de même parmi vous. Au contraire, quiconque veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur ; 44 et quiconque veut être le premier parmi vous sera l'esclave de tous. 45 Car le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude.



Ce passage se situe au moment où, au cours de son parcours terrestre  Jésus révèle à ses amis  qu’il va lui falloir affronter la mort.  C’est une étape redoutable qui se prépare et qui va mettre un terme à son ministère parmi eux. Il met ses disciples au courant pour qu’ils l’accompagnent  dans cette étape difficile et qu’ils ne le laissent pas seul. Mais ses apôtres ne semblent pas avoir compris, et ils ne comprendront rien jusqu’à la fin. Ils pensent plus à une action glorieuse du Seigneur qu’à sa mort sur une croix,  c’est pourquoi, la demande des fils de Zébédée n’est pas aussi surprenante qu’elle y paraît  même si elle semble déplacée. Inutile donc de vous indigner  avec les autres car pour le moment personne n’a vraiment  compris où étaient les enjeux.


Le temps va passer, les événements annoncés vont se produire, Jésus va mourir et se manifestera ressuscité aux siens. Les apôtres vont d’abord être dispersés, puis ils vont se regrouper, c’est alors que l’Église va se constituer. Cela prendra une génération. C’est alors que ceux qui ont fondée l’Église vont mourir les uns après les autres et que la nécessité d’écrire tous ces événements va se faire sentir. C’est Mac,  le premier qui va s’atteler à cette tâche, du moins il est le premier dont les écrits vont nous parvenir.

A ce moment-là, alors que les premiers témoins de Jésus ont commencé à disparaître, on va vraiment se poser la question de l’au-delà. Quel est  désormais le sort des défunts ?  Marc en racontant  les événements passés va tenter de répondre à ces questions qu’on ne se posait pas de la même façon du vivant de Jésus.

L’épisode des fils de Zébédée raconté ici va porter en lui le reflet des préoccupations des apôtres avant la mort de Jésus. Mais en même temps il sera marqué par les questions de l’au-delà que l’on se posait au moment de la disparition de la première génération des témoins de Jésus quelques quarante ans plus tard. Jésus quant à lui  n’a répondu  ni aux préoccupations de ses disciples avant sa mort, ni à celles des chrétiens  dans les années qui suivirent.  Nous ne pourrons percevoir sa pensée qu’en essayant de lire attentivement l’Évangile. Marc est cependant assez habile pour nous mettre sur la bonne  voie.

Au moment  du récit, les amis de Jésus pensaient que le  Royaume terrestre que Jésus allait établir inaugurerait aussi les temps à venir. On espérait  que Jésus allait  prendre le pouvoir et instaurer un règne nouveau.  Il était normal que dans cette perspective, les apôtres prennent les devants pour être en bonne place quand les événements annoncés se produiraient.

La réponse de Jésus nous gène parce qu’il ne remet pas les deux apôtres à leur place comme on pourrait s’y attendre.  Auront-ils part avec lui à la gloire du Christ se demandent-ils?  Sans doute, répond Jésus.  Y auront-ils une place de choix ?  Nul ne le sait, en tout cas, Jésus ne dit pas non, mais il élève le débat. Il se livre alors  à un développement théologique sur la nécessité de devenir serviteur des autres. En fait Jésus a déjà anticipé l’avenir, il pense sans doute à ce moment où il ne sera plus là et où il leur faudra organiser l’Église. Il leur donne alors les règles qui devront prévaloir dans la gouvernance de la communauté.

C’est le renversement des  valeurs qui sera la règle. La norme pour être au premier rang sera la qualité du service auprès des autres. Pour ce que nous en savons les disciples auront du mal à respecter cette règle, même s’ils essayeront d’en tenir compte. Je ne dirai rien sur l’usage de ces préceptes que l’Église a fait par la suite. 
En fait, notre malaise en face d’un tel passage procède du fait que nous n’avons pas compris que Jésus ne parle pas de la vie de l’au-delà mais de l’organisation de l’Église terrestre.  Notre esprit reste ballotté entre ces deux tensions. D’une part  il est absorbé par le souci de l’organisation nécessaire de la vie de l’église, qui doit être radicalement différente de la vie de la société ambiante  et d’autre part le souci de la vie dans  l’au-delà dont nous ne savons rien.  La question qui se pose à nous est alors la suivante : comment pourrions-nous être heureux  dans le monde de l’au-delà s’il ressemble à la société idéale sans conflits que l’on peut imaginer pour l’Église?   Au fond de nous-mêmes, nous découvrons que ce monde aseptisé ne serait pas très captivant.

C’est sans doute ce qui se dégage de nos concepts théologiques  quand nous essayons d’imaginer  l’au-delà. Nous imaginons une société telle que  personne  n’a envie de  la partager parce qu’elle se déroulerait dans un monde qui n’aurait rien de stimulant. On a du mal à se projeter  dans une société que l’on imagine  rendue parfaite par Dieu. Tout en ressemblant  à la société actuelle  elle serait sans rivalité, sans défis, sans compétition, sans attrait. En fait,  nous ne pouvons pas imaginer le monde du futur avec des règles de morale que nous ne sommes pas capables de respecter  ici-bas. Pourtant, nous nous laissons aller à croire que Dieu  pourrait nous imposer ces règles  par la douceur.  Mais nous savons aussi que nous ne pourrions  nous en écarter  sous peine d’être  rejetés dans les ténèbres de dehors où il y a des pleurs et des grincements de dents. Cela n’aurait rien à voir avec le  paradis supposé.  Si  cette image est vraiment le reflet de notre espérance, nous comprendrons aisément qu’elle ne soit  pas racoleuse. Elle ne rend compte ni de l’amour de Dieu ni de l’espérance  que Jésus nous a fait entrevoir. La vérité est donc ailleurs.

Même s’ils nous choquent par leurs revendications, Jacques et Jean nous donnent cependant une leçon. Même si leur foi  repose sur un  malentendu, ils nous montrent bien qu’ils ont compris qu’il y avait un lien étroit entre la vie que nous menons ici bas et la vie telle que nous la mènerons dans l’autre monde. Ils ont cependant, maladroitement compris que cette vie du futur serait  assez attractive pour que l’on commence à s’en soucier dès maintenant.

Quand ils imaginent qu’ils participeront à la gloire de leur maître, ils pensent à une reprise en main de ce monde par Dieu dont Jésus serait le lieutenant terrestre. Le monde futur serait ainsi inauguré en douceur. On passerait directement de cette vie  dans le   Royaume sans passer par le traumatisme de la mort. Mais ce n’est pas le cas.  Ils ont  encore  à l’esprit,  l’image   d’un monde futur qui ressemblerait au nôtre, en mieux.

Jésus va aller à l’encontre de leurs principes. Il va leur dire que ça ne marche pas comme cela, et que l’au-delà n’est pas conforme au fruit de leur imagination ou de leur désir,  il est tout autre. Il réclame de nous une autre manière d’appréhender la vie et par conséquent la mort.  Il y a certes des correspondances entre la réalité future et la réalité présente, mais elle n’est pas seulement liée à un renversement des valeurs,  elle est liée à une autre manière d’être ou plutôt à une autre manière de vivre le dépassement de la mort.

Jésus leur parle alors du baptême qu’il va vivre et de la coupe qu’il va boire qui seront les liens par lesquels ses amis continueront à être en relation avec lui. Ce baptême et cette coupe nous amènent à comprendre que notre avenir n’est pas une projection de notre vie actuelle dans un idéal céleste moralement amélioré, mais que ce sera tout à fait autre chose.

Pour que nous puissions avoir un avenir, il faut qu’il y ait comme une sorte de déplacement du ciel vers la terre,  il faut que Dieu fasse irruption dans notre présent pour que celui-ci soit illuminé par la vie de l’au-delà.  Il nous faut donc laisser Dieu  venir en nous. Il faut aussi le vouloir.  C’est comme si le futur venait à la rencontre de notre présent pour anticiper les temps futurs, c’est la résurrection qui vient à notre rencontre pour nous faire vivre dès aujourd’hui ce que nous vivrons demain. La résurrection doit devenir notre règle de vie, que nous soyons déjà morts ou encore vivants. Ce sont des images difficiles à comprendre, sur lesquelles Jésus ne nous donne aucune précision,  Il nous dit seulement  que le monde futur est en train de se réaliser dans le présent et que le présent se construit en se remplissant du futur.

La résurrection  promise par Jésus doit imprégner tous les stades de notre vie présente, si bien que  la  vie nouvelle dans laquelle nous entrons par  notre mort n’est que l’accomplissement de notre vie commencée avec Jésus et qui entrera  alors en plénitude.


Illustrations : Le Christ en croix Salvador Dali