lundi 2 novembre 2015

Jean 18:33-37 dimanche 22 novembre 2015



La Vérité Jean 18/33-37 dimanche 22 novembre 2015

33 Pilate rentra dans le prétoire, appela Jésus et lui dit : Es-tu le roi des Juifs, toi ? 34 Jésus répondit : Est-ce de toi-même que tu dis cela, ou bien est-ce d'autres qui te l'ont dit de moi ? 35 Pilate répondit : Suis-je donc juif, moi ? C'est ta nation et les grands prêtres qui t'ont livré à moi ! Qu'as-tu fait ? 36 Jésus répondit : Ma royauté n'est pas de ce monde. Si ma royauté était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs ; en fait ma royauté n'est pas d'ici. 37 Pilate lui dit : Toi, tu es donc roi ? Jésus répondit : C'est toi qui dis que je suis roi. Moi, si je suis né et si je suis venu dans le monde, c'est pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité entend ma voix. 38 Pilate lui dit : Qu'est-ce que la vérité ? Après avoir dit cela, il sortit de nouveau vers les Juifs et leur dit : Moi, je ne trouve aucun motif de condamnation en lui.

Pilate lui dit : Qu'est-ce que la vérité?

La vérité sort du puits, la vérité sort de la bouche des enfants, In vino véritas, Que de dictons aussi mystérieux les uns que les autres n’avons-nous pas produits pour dire la « vérité ». On la prétend insaisissable, telle une anguille dans de l’eau vive. Toutes les vérités ne sont cependant pas bonnes à dire. Si Jésus avait suivi ce conseil, il ne serait pas mort. C’est au nom de la vérité qu’il a été traîné devant le tribunal et c’est cette seule question que retient Pilate : « Qu’est ce que la vérité? » Guy Béart rajoutait que le « poète a dit la vérité, il sera exécuté. » Ce sont sans doute des idées semblables à celles-ci qui ont traversé la tête du gouverneur Ponce Pilate quand il a demandé, si l’on en croit l’Évangile de Matthieu, une cuvette pour se laver les mains et faire taire la vérité. Dans le récit de l’événement que nous donne l’Évangile de Jean que nous venons de lire, Pilate reste sans voix et ne sait que poser une question qui reste sans réponse : qu’est-ce que la vérité ? Et vous qu’en dites-vous?


La vérité telle que les hommes la présentent ne peut être que partielle si non partiale et parce qu’elle est partielle elle est contestable, pourtant nous la revêtons d’absolu, et c’est ce qui fait problème. Mais au nom de quoi édifie-t-on cet absolu?

Jésus a été traîné devant le Sanhédrin qui va le condamner à être tué au nom de sa vérité. La vérité du sanhédrin, consiste à constater que Jésus a blasphémé en s’attaquant au Temple. Qui s’attaque au Temple s’attaque à Dieu, qui s’attaque à Dieu mérite la mort. C’est au nom de ce syllogisme qu’on amène Jésus devant Pilate. Tout cela ennuie profondément le gouverneur. Il n’en a rien à faire de la vérité du Sanhédrin! Il ne la reconnaît pas. Il ne connaît que la sienne. La sienne, c’est celle de la paix romaine. Quiconque trouble la paix publique s’en prend à l’état romain, quiconque s’en prend à l’état romain offense l’empereur, quiconque offense l’empereur mérite la mort ! Autre syllogisme ! Voila deux vérités partielles, tout à fait différentes l’une de l’autre, mais dont la transgression amène la même conclusion : la mort ! C’est ce qui leur donne des apparences d’absolu, et pourtant aucune des deux n’est absolue puisqu’elles ne sont pas en accord l’une avec l’autre, si non sur la conclusion.

Vérité et mort sont étroitement liées l’une à l’autre. C’est au nom d’une autre vérité qui dépasse les deux autres que Jésus entre dans ce jeu dangereux. Il affronte la mort en son nom, mais au lieu de la donner à ceux qui ne suivent pas sa voie, il décide de la recevoir. Il subit la mort. Et la mort ne se referme pas sur lui, et c’est sa mort qui donne autorité à la vérité qu’il défend. La mort de Jésus révèle-t-elle alors la vérité sur Dieu? Et bien oui.

La vérité sur Dieu a besoin de la mort pour s’affirmer, parce qu’elle nie l’aspect définitif de la mort. Quand une vérité n’est pas absolue, quand elle n’est pas transcendée par la mort elle a pour compagnon le mensonge et ce couple fonctionne bien dans ce passage, non sans humour d’ailleurs
.
Que disent les juifs pour convaincre Pilate de leur bon droit ? « Nous n’avons de roi que César », cela se trouve à la fin du passage que nous n’avons pas lu. Les menteurs ! Ils détestent César, ils nourrissent une haine implacable contre lui. Ils mentent pour donner des arguments à leur vérité, ils biaisent, car ils n’ont que faire des prétendues visées de Jésus à être roi d’Israël, cette prétention ne les intéresse pas, mais elle leur donne des arguments contre Pilate en se prétendant plus romain que lui. Quant à lui, pour se tirer du mauvais pas où l’argumentation de Jésus l’a entraîné, il va récuser les arguments des juifs en se parjurant. Il ne trouve aucun motif de condamnation en lui, dit-il, mais il ordonne sa mise à mort. C’est ainsi qu’il se ment à lui-même et qu’il ment aux juifs. Double mensonge !

Tous les rôles sont inversés. Jésus est accusé, et face au procurateur Ponce Pilate c’est lui qui mène le débat. Il interroge Pilate, qui bien que juge se laisse questionner. Il répond et il se laisse séduire par l’argumentation de Jésus. Mais ce n’est qu’une illusion ! La mort semble devoir l’emporter, mais elle ne détruit pas la vérité sur Dieu puisque Jésus ressuscitera, par contre, elle détruit la vérité des juifs et celle de Pilate.

Il nous faut maintenant que l’on s’interroge sur la nature de cette vérité que la mort ne peut anéantir mais que la mort révèle. Qu’est-ce que la Vérité? En posant cette question j’ai l’impression de me tendre un piège à moi-même, d’autant plus que j’entends le tentateur me susurrer à l’oreille : « Vas-y prédicateur, c’est ton tour maintenant de leur dire Ta Vérité sur Dieu. Tu en as la science, tu en as la sagesse et ils sont là pour t’écouter. »

Le piège va-t-il se refermer sur moi? De plus grands que moi s’y sont déjà laissés prendre. Je pourrais être tenté de vous dire la Vérité : celle que les Églises de la Réforme prétendent détenir des Réformateurs, celle qui a donné tort à la vérité de la puissante Église romaine et a défié son caractère absolu. Cette prétendue vérité des Réformateurs, c'est celle aussi qui a mené à la mort Michel Servet, c'est également celle qui a inquiété les anabaptistes et les a exilés hors d’Allemagne, c'est elle qui a brûlé les sorcières à Salem, c'est  elle qui impose aux autres un visage de Dieu, déformé par le bon droit des uns, les prétentions des autres, la clairvoyance des plus sages et la cupidité des masses. Mais cette Vérité, aussi noble soit-elle ne saurait prétendre à l’absolu, car elle repose sur la sagesse humaine à propos de Dieu. Elle n’est pas Vérité de Dieu, car elle reste humaine et ne saurait résister à la mort qui lui reste un mystère.
.
Nous ne devons ou ne pouvons approcher la vérité de Dieu qu’avec prudence car elle est propriété de Dieu. S’il nous est donné en ce monde de l’approcher, il ne nous est pas donné de la posséder et encore moins de l’imposer. Elle se manifeste dans les Ecritures quand elles nous enseignent que les hommes peuvent prendre le visage de Dieu s’ils savent considérer les autres comme des frères à l’égal d’eux-mêmes.

Jésus lui rend témoignage quand il renvoie libre la femme pécheresse, comme si le péché d’adultère n’était pas plus grave qu’un autre et n’encourait d’autres sanctions que le pardon. Si Jésus s’en est pris au Temple c’était pour dire que les hommes n’avaient pas le droit d’y enfermer Dieu, ni dans le temple, ni dans la Loi, ni dans leur morale. Il a laissé entendre que le seul Temple de Dieu c’était son corps et que l’amour est le lien de la perfection.

Nous approchons de la Vérité quand nous réalisons que le bon droit n’existe pas, ni le droit du sol ni le droit du sang ni le droit d’aînesse, ni aucun droit prétendument acquis. La Vérité nous approche tout doucement de Dieu et lui donne des visages qui ne lassent pas de nous surprendre.

La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité absolue parmi les hommes, la seule vérité absolue n’est qu’en Dieu. C’est d’elle que dépend la vie nouvelle vers laquelle nous marchons, mais pour y accéder, la mort doit faire son œuvre de destruction en nous. La révélation en Jésus Christ nous permet de dire que Dieu se montre en vérité dans la résurrection qu’il nous promet. C’est ce que le saint Esprit nous dit et qu’il nous demande de partager comme une bonne nouvelle.

Aurait-on idée d’inquiéter ceux qui pensent différemment, pourrait-on oser les molester ou les persécuter? On l’a fait et on continue à le faire et pourtant la seule chose que le Christ, qui nous l’a révélé nous demande, c’est d’aimer cette vérité que nous ne possédons pas jusqu’à mourir à cause d’elle, car notre seule défense si elle est contestée, c’est de mourir pour elle et non pas de faire mourir à cause d’elle.

Mais nous n’en sommes pas là aujourd’hui. Dans ce monde moderne où on nous promet le bonheur à venir grâce aux vérités que nous savons, soyons assez sages pour les prendre comme elles sont. Elles sont le produit de la sagesse et de l’intelligence humaine, elles ont des limites et ne portent en elles aucune valeur définitive. Il nous faut garder en mémoire que dans le monde des mortels où nous sommes, il n’y a aucune vérité absolue, pas même sur Dieu. Nous l’approchons grâce à Jésus Christ, et nous essayons de mettre en pratique ce que nous avons compris, mais nous n’avons aucune prise sur elle. Quant à Dieu lui-même, il attend que nous soyons de l’autre côté pour nous révéler la vérité dans sa totalité.

vendredi 30 octobre 2015

Marc 13:24-32 La fin des temps ou la fin d'un temps - dimanche 15 novembre 2015



.
24  Mais en ces jours-là, après cette détresse-là,
le soleil s’obscurcira,
la lune ne donnera plus sa clarté,
25 les étoiles tomberont du ciel,
et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées.
26 Alors on verra le Fils de l’homme venant sur les nuées avec beaucoup de puissance, avec gloire. 27 Alors il enverra les anges et rassemblera des quatre vents, de l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel, ceux qu’il a choisis.
28 Laissez-vous instruire par la parabole tirée du figuier : dès que ses branches deviennent tendres et que les feuilles poussent, vous savez que l’été est proche. 29 De même, vous aussi, quand vous verrez ces choses arriver, sachez qu’il est proche, aux portes.
30 Amen, je vous le dis, cette génération ne passera pas que tout cela n’arrive. 31 Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas.
Dieu seul connaît le moment de la fin
32 Pour ce qui est du jour ou de l’heure, personne ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais le Père seul.
.
auteur: Félix Nassbaun
 
Jésus avait-il la même conception que nous de la fin des temps ? Voyait-il le déroulement de l’histoire de la même manière que ses contemporains?
- Sans doute pas.  Nous allons nous aventurer ce matin sur un terrain glissant dont les sectes se sont emparées : celui du grand jour final.  Discrètement nos  églises, leur ont laissé la place. Pourtant, de temps en temps il est bon que l’on fasse le point sur la question. En fait, qu’en est-il de cette question? 
.
Notre vision des choses finales est faite de craintes et d’inquiétudes  car nous avons pris l’habitude de croire que le monde courrait vers  une fin catastrophique. A force de l’imaginer et de le croire  nous avons fini par  être persuadé  que telle était la vision de Jésus lui-même. Pour nous conforter dans cette idée là, nous avons fini par sélectionner dans l’Ecriture les textes qui confortaient l’hypothèse d’une fin violente et nous avons ignoré les autres. Or dans ce passage l’Evangile utilise plusieurs interprétations qui ont été plus ou moins volontairement  entremêlées par les auteurs, même si elles sont   en contradiction les unes avec les autres.
.
L’auteur de l’Evangile emprunte d’abord une vision à Esaïe qui décrit des événements cosmiques inquiétants : « la lune s’obscurcira, les étoiles tomberont… » Puis il cite le prophète Daniel disant qu’alors viendra le fils de l’homme. Ensuite l’auteur raconte comment en bon observateur des choses le croyant  peut repérer la venue du Fils de l’homme seulement en regardant les rameaux verdir au printemps.

A la fin du récit, l’auteur prête à Jésus des propos plus inquiétants en suggérant  une fin tragique pour le monde  avant  la fin de cette  génération. Vu le mélange des genres rassemblés ici en quelques lignes, on peut se demander si Jésus pense à une fin tragique du monde  ou s’il suggère  que le mode est en train d’accomplir calmement son destin ?  Vous avez déjà compris, que je ne vais pas trancher sans avoir vraiment essayé de comprendre de quoi Jésus parle. Il dit encore que nul ne connaît ni le jour ni l’heure, pas même le Fils, c’est-à-dire qu’il n’y a pas urgence à s’inquiéter.  Cette question ne nous concerne donc pas  directement et nous n’avons donc pas à nous la poser.

Mais alors de quoi est-il question quand  l’Evangéliste Marc  emprunte à Esaïe cette histoire d’étoiles qui tombent ou de ciel qui s’obscurcit, et pourquoi dit-il encore que c’est aussi évident que la venue du printemps ? En fait il ne parle pas de la fin des temps ou de la fin du monde, mais de la venue du Fils de l’homme, et c’est nous qui avons mêlé les deux événements. C’est nous qui dans notre logique avons fait du retour du Christ la condition nécessaire pour que se produise la fin des temps.

Les théologiens, contemporains de Jésus nous ont maintenus dans cette confusion. En effet certains textes bibliques mêlent la bonne nouvelle de la résurrection et l’attente du Messie. Les deux événements se confondaient dans leur esprit. Pour la pensée juive, le Messie devait  arriver à la fin des temps, et nous avons fait entrer cette conviction dans notre propre manière de penser en disant simplement que  le venue du Christ dans la pensée Chrétienne correspondait  à la  vision que la pensée juive avait de la venue du Messie. Le fait d’utiliser  deux mots signifiant la même chose en deux langues différentes montre la confusion de notre esprit. 

C’était un peu simpliste. En effet si la foi chrétienne affirme que le Christ sera présent à la fin des temps, elle affirme aussi, et c’est l’essentiel de notre foi  que depuis la Pentecôte,  le Christ ne cesse pas d’être présent parmi nous. A partir de cet événement, il est dans l’état d’un perpétuel retour.
Ainsi Jésus ne répond pas dans ces textes à la question qui nous hante: Comment  tout cela va-t-il finir,  mais il  nous interroge pour savoir comment nous percevons sa présence dans le monde, et il nous donne des points de repère.

Reprenant les grandes prophéties d’Esaïe, il fait allusion à des  événements catastrophiques comme nous pouvons déjà en avoir déjà vécu, ou comme nous pouvons en avoir eu des témoignages et il nous interpelle au niveau de notre foi : « Savez-vous discerner la présence du Christ »  nous dit-il à partir de la prophétie sur les étoiles qui palissent et sur le ciel qui s’obscurcit « quand des catastrophes incompréhensibles s’abattent sur le monde et font des milliers de victimes ?

Même dans ces conditions, nous dit Jésus,  même dans les moments les plus obscures, le Christ reste présent pour rassembler et soutenir ceux qui croient en lui. Il nous exhorte alors au milieu des catastrophes pour nous rappeler que quand les violences sont déchaînées, quand les atrocités voilent pour un temps la vision du Christ et quand les cris d’horreur couvrent sa voix, le Fils de l’homme c’est à dire Jésus Christ n’en reste pas moins maître de notre situation.  Si des événements contraires sèment la terreur et la mort sur leur passage, le Christ continue à maintenir ouvertes les portes de son Royaume pour ceux qui brutalement cessent de vivre.  Même quand  la mort semble victorieuse, le Christ  se présente toujours comme le vainqueur de la mort. Jésus n’a jamais caché que notre vie n’était pas seulement de ce monde.

 
Il nous a habitués à croire que nous étions promis à la résurrection et il ne veut pas que nous perdions cette assurance quand la folie des hommes ou des éléments s’empare pour un temps de l’histoire.  Dieu laisse les hommes conduire l’histoire du monde, c’est pourquoi il parait parfois absent, mais il continue silencieusement à inspirer, conduire et diriger ceux qui se confient en lui. Seuls les croyant ont alors le privilège de le reconnaître et de l’entendre, et c’est parce qu’ils l’entendent qu’ils ne cessent d’espérer.

Ne croyez pas que je prenne la voie de la facilité pour dire cela. J’exprime ici mes convictions les plus profondes qui me poussent à croire que dans les événements les plus destructeurs, le Christ reste maître de la situation, même si on ne le voit pas.
Mais les événements ne sont pas toujours violents, la vie s’écoule bien souvent d’une manière plus paisible. Les jours succèdent aux jours et on va de Noël à Pâques sans heurt et sans histoire, si bien que dans ces situations là aussi, on est amené à se poser la même question que précédemment : « Le Christ est-il visible parmi nous? »

Or il ne semble pas à première vue qu’il soit vraiment encore présent?
Les messages issus des milieux religieux ne présentent rien de pertinent et ne répondent pas  aux inquiétudes des peuples en quête d’interventions divines significatives. Malgré le calme apparent, des bruits de guerres se font plus précis et inquiètent si bien que tout  donne à s’inquiéter dans un monde où Dieu semble absent.  

Pourtant la présence bienveillante de Dieu est visible à l’œil  nu prophétise Jésus. Il est visible dans tous les gestes d’amour, dans les gestes de tendresse naïve ou maladroite, dans cette poignée de main donnée qui réconforte l’homme abandonné, ou dans ce regard amical adressé au condamné qui se désespère. Il est visible dans ce baiser que l’on vous donne et que l’on n’attend pas, dans ce sourire qu’un inconnu vous adresse au moment où le courage vous quitte. Il est dans ces relations de tous les jours qui mettent du soleil dans la vie. Toutes  ces choses  peuvent être mièvres ou à peine perceptibles, elles n’en sont pas moins des signes discrets par lesquels le Christ  est bien de retour parmi nous et qu’il nous réconforte.  Il nous faut apprendre ainsi à discerner dans le quotidien tous les petits miracles qui frémissent de  la présence du Christ.

Nous devons retenir de ce message de Jésus aux siens que sa présence effective ne se voit pas forcément. Il faut que chacun apprenne à porter sur les êtres qui l’entourent ce même regard que Jésus porte sur eux afin que ceux qui doutent et qui désespèrent puisse discerner la présence de Dieu et de son Christ dans le monde.  Sa présence ainsi repérée chaque jour nous entraîne doucement avec lui jusqu’au jour du grand face à face qui sera le premier d’une nouvelle série, mais nul n’en sait ni le jour ni l’heure.

mardi 27 octobre 2015

Marc 12:38-44 la pauvre veuve - dimanche 8 novembre 2015



35 Jésus enseignait dans le temple : Comment les scribes peuvent-ils dire que le Christ est fils de David ? 36 David lui-même, par l'Esprit saint, a dit :
Le Seigneur a dit à mon Seigneur :
Assieds-toi à ma droite,
jusqu'à ce que je mette tes ennemis sous tes pieds.
37 David lui-même l'appelle Seigneur ; d'où peut-il donc être son fils ? Et la foule, nombreuse, l'écoutait avec plaisir.
Contre les scribes

38 Il leur disait, dans son enseignement : Gardez-vous des scribes ; ils aiment se promener avec de longues robes, être salués sur les places publiques, 39 avoir les premiers sièges dans les synagogues et les premières places dans les dîners ; 40 ils dévorent les maisons des veuves et, pour l'apparence, ils font de longues prières. Ils recevront un jugement particulièrement sévère.  

L'offrande de la veuve
 41 S'étant assis en face du Trésor, il regardait comment la foule y mettait de la monnaie de bronze. Nombre de riches mettaient beaucoup. 42 Vint aussi une pauvre veuve qui mit deux leptes valant un quadrant. 43 Alors il appela ses disciples et leur dit : Amen, je vous le dis, cette pauvre veuve a mis plus que tous ceux qui ont mis quelque chose dans le Trésor ; 44 car tous ont mis de leur abondance, mais elle, elle a mis, de son manque, tout ce qu'elle possédait, tout ce qu'elle avait pour vivre.

On  se sent bien petit et plein d’admiration devant un tel texte. On admire  la foi de cette femme, mais on n’a nullement envie de lui ressembler. C’est souvent ainsi dans l’Évangile. Les gens que l’on nous donne à admirer, voire même à nous identifier à eux, sont  bien souvent  des laissés pour compte, telle cette femme. On dirait que malgré les difficultés de notre vie Jésus nous reproche les bons moments que nous avons et les quelques avantages que notre société nous procure.

Pendant des générations, on a retenu pour faire son salut qu’il fallait être pauvre comme saint François d’Assise et se réjouir  de sa pauvreté et de sa médiocrité. C’est ainsi que l’on a  compris les choses  pendant de nombreux siècles jusqu’à ce que la Réforme  bouscule le bien-fondé de cette situation et rappelle que le salut est gratuit et qu’on ne l’acquiert pas en se faisant volontairement pauvre. Si Jésus montre cette femme en exemple, ce n’est pas pour montrer que le dénuement mène à Dieu mais pour  dire que  la richesse peut faire obstacle à la perception de la volonté de Dieu.

Pourtant ici en lisant ce texte nous ne pouvons qu’éprouver un profond malaise. Cette  petite scène anodine va nous amener à nous poser des questions sur la personne de Jésus lui-même et sur  sa manière d’être présent au monde. Il y a en effet,  ici un certain nombre d’incohérences dont il va bien falloir rendre compte pour essayer de comprendre la portée de l’enseignement de Jésus.

Pour peu que notre esprit soit en éveil,  et qu’il  soit assez critique, nous serons sans doute surpris, si non choqués en constatant que  Jésus félicite une femme pour avoir fait  un  geste qui ne va servir à rien.

Il  fait  devant ses intimes l’éloge  de cette  pauvre femme qui se sacrifie en donnant tout ce qui lui est nécessaire à la vie pour l’entretien  du temple de Jérusalem dont il annonce par ailleurs, la destruction dans les instants qui suivent. Cette constatation est assez choquante, pour nous arrêter et nous forcer à chercher une explication logique, car  pour l’instant Jésus approuve un sacrifice qui, selon son propre jugement ne servira à rien.

En fait tout est ici fait pour nous mettre mal à l’aise, et nous avons l’impression d’être pris au piège de notre propre foi.  Jésus semble être blasé par le spectacle de la collecte de l’argent. «  Jésus regardait comment les foules mettaient de l’argent, plusieurs riches mettaient beaucoup... » Jésus ne critique pas, il ne louange pas non plus, il regarde simplement. Il ne porte  aucun jugement de valeur sur ceux qui donnent beaucoup. Il attire cependant  l’attention de ses amis sur la veuve  dont il est question ici.  Le  texte insiste sur l’insignifiance de la somme qu’elle met dans le tronc: « 2 pièces faisant un quart de sou ». Autant dire rien du tout,  mais cette faible sommes a une grande valeur pour elle car  elle a donné de son nécessaire. Elle  s’est servi de l’argent du ménage pour plaire à Dieu, croit-elle  car elle lui a donné la valeur du morceau de pain qu’elle ne mangera pas.

Jésus ne fait aucun commentaire pour dire si Dieu y trouve son compte et s’il se réjouit d’un geste qui ne sert à rien. Cependant un tel geste représente pour  elle   tout son potentiel de vie. Ainsi elle entre  avec Dieu dans une relation de vie. Il y a ici bien plus qu’un simple geste, bien plus qu’une simple action de grâces,  elle  donne matériellement sa vie. Jésus ne commente pas dans le sens où nous l’espérons.  En donnant cet exemple, l’évangéliste recommande que notre relation à Dieu soit de l’ordre du vital. Notre relation à Dieu est aussi importante que la vie que nous menons, que l’air que nous respirons  ou que le pain que nous mangeons. Qui  pourrait faire comme elle, dans une  société où l’argent est devenu le maître à penser, et  où n’a de valeur aujourd’hui que ce qui permet un profit immédiat.

Le geste de la femme est cité en exemple sans qu’aucun autre commentaire ne soit fait, ni sur l’argent, ni sur les riches. La femme ne sait même pas qu’elle a retenu l’attention de Jésus pendant quelques secondes. Jésus n’a même pas eu une parole pour lui dire la faveur de Dieu à son égard, ni même si Dieu se réjouit d’un tel sacrifice.  L’Évangile insiste seulement sur la valeur du sacrifice volontaire qui établit une relation de vie entre Dieu et la femme. C’est tout. On aurait envie de faire les commentaires que Jésus ne fait pas.

Mais tout n’est pas si simple car le temple va être détruit. L’étrange prophétie de Jésus annonçant la disparition du temple semble rendre vain et inutile cet acte qui lie la femme à son Dieu. Le temple par lequel passe sa relation à Dieu  et pour lequel elle sacrifie ainsi sa vie sera démoli!  Il ne restera  plus pierre sur pierre. Comment Jésus peut-il faire une telle prophétie, qui va se réaliser dans une génération, après avoir insisté sur le geste de cette  femme que cette prophétie rend parfaitement inutile?

En fait il me semble que les choses ne sont pas inscrites  à l’avance dans  l’histoire. Il n’y a pas de déterminisme dans la pensée judéo-chrétienne. Jamais on ne pourra dire c’était écrit, sans quoi l’intervention de Dieu dans l’histoire n’aurait pas de sens. Le jour de notre mort, et l’événement par lequel nous quitterons cette terre n’est pas écrit à l’avance,  dans le livre de Dieu comme on le pense dans d’autres religions.

 S’il en était ainsi la  révélation chrétienne n’aurait aucun sens puisque les hommes seraient voués à un destin préétabli et dans un tel contexte, le ministère de Jésus n’aurait aucun sens. L’histoire se vit donc au jour le jour dans l’existence des hommes qui cherchent par leurs actions à répondre à la mission et à la vocation que Dieu leur a données. C’est dans ce contexte que s’inscrit le geste de la femme. Le geste de la femme va dans le sens de la vie telle que Dieu la souhaite et telle que Jésus, l’annonce, même si l’histoire montrera que le Temple ne jouera aucun rôle par la suite. Pour l’instant et pour la relation de cette femme avec son Dieu il joue un rôle considérable.  En contribuant de tout son être à l’édification du sanctuaire  terrestre où réside le nom de Dieu elle participe à la volonté créatrice du Seigneur. C’est dans ce sens que Jésus valorise son action.

Ce geste n’empêche pas pour autant Jésus de considérer avec lucidité la  situation socio-politique de son époque. Jésus sait, comme tout un chacun que si les tensions entre juifs et romains persistent, la guerre finira par éclater et le sanctuaire sera détruit. La prophétie de Jésus relève de la lucidité politique plutôt que de la théologie. La théologie sur la destruction du temple sera élaborée après coup par ses disciples et ses apôtres qui chercheront une logique là où il n’y en avait pas forcément.

 La destruction du temple est de l’ordre du possible et même du probable, elle est liée au péché et à la violence des hommes et pas forcément à la volonté de Dieu. Encore une fois répétons que les hommes sont appelés chaque jour à construire l’histoire avec leur Dieu  en y mettant tout le bien qu’il leur inspire.

Si Jésus  savait que Dieu avait décidé la destruction du Temple, il n’aurait pas tenu les propos qu’il a tenus sur la veuve comme il l’a fait. Jésus ne s’est jamais très clairement exprimé sur la destruction du temple, se sont ses ennemis qui au moment du procès ont joué sur les mots.  « Il a parlé de la destruction du temple » disaient-ils et l’évangéliste Jean d’ajouter « qu’il parlait du temple de son corps ». Les disciples en fait n’ont retenu que des paroles ambiguës à propos du temple que Jésus a purifié avant sa mort (dimanche des rameaux) et auquel il s’est identifié. Ni l’Évangile de Matthieu  ni l’Évangile de Jean n’ont retenu la prophétie que seule Marc et Luc rapportent.


C’est pourquoi en prophétisant la destruction du temple Jésus n’a pas  fait  état d’une décision préétablie de Dieu qui conduirait l’histoire indépendamment des hommes, mais Jésus a fait état des conséquences inévitables que le péché des hommes pouvait avoir sur la religion et sur la société de son temps. L’histoire peut ainsi rendre vains des gestes qui étaient pourtant porteurs d’avenir au moment où ils ont été faits.

C’est dans ce contexte qu’il faut interpréter le geste de la femme qui met toute sa vie au service de la cause de son Dieu, mais ce geste n’empêchera pourtant pas les hommes de commettre l’irréparable et d’entraîner dans leur folie la destruction du temple comme ce fut jadis le cas à l’époque de Nabuchodonosor.