jeudi 23 mars 2023

Luc 24: 13-35 - Les disciples d'Emmaüs -  dimanche 23 avril 2023

Sur le chemin d'Emmaüs

 

13 Or, ce même jour, deux d'entre eux se rendaient à un village du nom d'Emmaüs, à soixante stades de Jérusalem,

14 et ils s'entretenaient de tout ce qui s'était passé.

15 Pendant qu'ils s'entretenaient et débattaient, Jésus lui-même s'approcha et fit route avec eux.

16 Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître.

17 Il leur dit : Quels sont ces propos que vous échangez en marchant ? Ils s'arrêtèrent, l'air sombre.

18 L'un d'eux, nommé Cléopas, lui répondit : Es-tu le seul qui, tout en séjournant à Jérusalem, ne sache pas ce qui s'y est produit ces jours-ci ?

19— Quoi ? leur dit-il. Ils lui répondirent : Ce qui concerne Jésus le Nazaréen, qui était un prophète puissant en œuvre et en parole devant Dieu et devant tout le peuple,

20 comment nos grands prêtres et nos chefs l'ont livré pour qu'il soit condamné à mort et l'ont crucifié.

21 Nous espérions que ce serait lui qui apporterait la rédemption à Israël, mais avec tout cela, c'est aujourd'hui le troisième jour depuis que ces événements se sont produits.

22 Il est vrai que quelques femmes d'entre nous nous ont stupéfiés ; elles se sont rendues de bon matin au tombeau et,

23 n'ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire qu'elles avaient eu une vision d'anges qui le disaient vivant.

24 Quelques-uns de ceux qui étaient avec nous sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses tout comme les femmes l'avaient dit ; mais lui, ils ne l'ont pas vu.

25 Alors il leur dit : Que vous êtes stupides ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce qu'ont dit les prophètes !

26 Le Christ ne devait-il pas souffrir de la sorte pour entrer dans sa gloire ?

27 Et, commençant par Moïse et par tous les Prophètes, il leur fit l'interprétation de ce qui, dans toutes les Ecritures, le concernait.

28 Lorsqu'ils approchèrent du village où ils allaient, il parut vouloir aller plus loin.

29 Mais ils le pressèrent, en disant : Reste avec nous, car le soir approche, le jour est déjà sur son déclin. Il entra, pour demeurer avec eux.

30  Une fois installé à table avec eux, il prit le pain et prononça la bénédiction ; puis il le rompit et le leur donna.

31 Alors leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent ; mais il disparut de devant eux.

32 Et ils se dirent l'un à l'autre : Notre cœur ne brûlait-il pas en nous, lorsqu'il nous parlait en chemin et nous ouvrait le sens des Ecritures ?

33 Ils se levèrent à ce moment même, retournèrent à Jérusalem et trouvèrent assemblés les Onze et ceux qui étaient avec eux,

34 qui leur dirent : Le Seigneur s'est réellement réveillé, et il est apparu à Simon !

35 Ils racontèrent ce qui leur était arrivé en chemin, et comment il s'était fait reconnaître d'eux en rompant le pain. 

L’événement  qui a marqué  l’épisode vécu  sur la route d’Emmaüs  par deux disciples avait du être vraiment marquant pour qu’on s’en souvienne longtemps après qu’il ait eu lieu. C’est un des récits  que Luc  relate dans le dossier qu’il a constitué  pour écrire son Évangile, 20 ou 30 ans après  les événements. Il a sélectionné cet épisode parmi les cinq cents  récits concernant  les apparitions de Jésus après sa résurrection, si l’on en croit les dires de Paul  qui affirme que plus de cinq cent frères ont bénéficié du  privilège d’avoir une histoire avec  Jésus ressuscité ( 1 Cor 15/6). Il a donc fallu que le récit de Clopas pèse d’un certain poids  parmi tous les témoignages reçus  car il n’est pas sans intérêt  qu’il soit revenu en pleine nuit après une journée de marche  pour raconter ce qu’il avait vécu avec Jésus ressuscité.

Au matin  du dimanche qui suivit l’exécution de Jésus, chacun  était toujours profondément perturbé par les effets de sa propre lâcheté.  Le remord de chacun  plombait l’atmosphère  du lieu où ils se trouvaient encore.  Chacun  répondait à son impulsion du moment. Les femmes  décidaient  d’accomplir leurs obligations en allant rendre au défunt les derniers devoirs requis par la religion.  En effet, après l’exécution, quelques uns des amis de Jésus  avaient surmonté la panique qui les avait dispersés et ils étaient allé réclamer le corps du supplicié pour lui offrir une sépulture décente, même faite à la hâte.  

A leur retour  les femmes  racontèrent  qu’elles n’avaient pas retrouvé le corps au petit matin. S’étaient-elles trompées de lieu de sépulture ? Elles  croyaient avoir vu   des anges, elles  avaient même parlé de résurrection usant des mêmes propos que Jésus  avait tenus devant elles de son vivant. De telles assertions leur permettaient peut-être de se sentir moins coupables de l’avoir laissé aller seul au procès puis au supplice. Certains des compagnons de Jésus,  séduits par ces propos  étaient allés vérifier la véracité de ces dires, d’autres, plus réalistes tels les deux amis dont le récit nous intéresse décidèrent de fuir cette hystérie collective qui s’étaient emparée de ceux  qui étaient encore présents à Jérusalem et  pour  tourner définitivement une page qui leur rappelait le mauvais rôle que tous avaient joué, ils avaient donc décidé de partir.

C’est leur retour, tard le soir qui constitue l’événement remarquable de  ce récit.  Ils avaient marché toute la journée en ressassant les événements que nous venons d’évoquer.  Le souvenir  de ces trois jours passés ne cessait de tarauder leur esprit. Le sentiment de leur  culpabilité ne cédait pas de terrain dans leur conversation. Alors qu’ils parlaient de lui en marchant, ils avaient l’impression qu’il était encore avec eux. En évoquant les événements  ils avaient l’impression d’entendre le son de sa voix. Les propos  qu’il avait tenus vivant avec eux prenaient le ton d’une vérité étrange, car il leur avait dit tout ce qui allait se passer. Il leur avait parlé de la puissance  de Dieu ! Il avait-même dit que les morts se relèveraient d’entre les morts et les choses  prenaient du sens alors qu’ils les évoquaient. C’était comme s’il était là, mais peut-être était-il là. En tout cas, il s’était emparé de leur esprit et ne le quittait plus. Telle était la manière dont la résurrection s’emparait de leur esprit. Ils n’y croyaient pas encore, mais ils étaient préparés à y croire. La parole de Dieu faisait son chemin en eux. Tout ce qu’ils évoquaient à son sujet semblaient  être vrai. Il semblait leur tenir compagnie  comme un marcheur invisible à leurs côté.

 Une auberge ! Autant se restaurer et méditer puisque les choses semblaient prendre une autre tournure. Il fallait passer la nuit quelque part car les chemins n'étaient pas sûrs. Le voyageur inconnu  était toujours là tel un compagnon anonyme qui savait tout sur Jésus. Cette impression d’une présence à  côté d’eux  était-elle une présence physique, ou était-elle une vue de leur esprit ? Ils ne le savaient pas, mais il était sous l’emprise de la puissance de Dieu qui rendait possible pour chacun d’eux la réalité qu’ils n’avaient cessée de nier depuis le matin alors qu’ils fuyaient leurs amis, leur remord et leur passé

C’est la bénédiction du pain, telle qu’elle avait lieu lors de chaque repas qui fut l’acte déclenchant, qui ouvrit leurs yeux et qu’ils comprirent que celui qu’ils avaient cru mort avait pris corps dans leur  esprit et qu’il les avait intégrés dans la réalité où il était désormais. En refaisant le geste qu’ils avaient l’habitude de faire avec lui, sa présence à leurs côtés devenait bien réelle. Ils n’avaient plus besoin de sa présence physique, plus besoin de le voir  pour savoir qu’il était là et qu’il avait cheminé avec eux tout au long de leur   parcours. Le maître bien aimé continuait à vivre en eux par la force de Dieu qu’il leur avait révélé, malgré le supplice et la mort qu’il avait supportés quelques jours auparavant.

Tout ce qu’il leur avait dit sur la mort prenait du sens, tout son enseignement sur la vie éternelle devenait réalité. L’autorité que Dieu avait sur la vie devenait bien réelle, la résurrection était autre chose qu’un simple retour à la vie, elle devenait une réalité nouvelle, jusque là inimaginable.  Les voilà transportés dans une autre réalité que celle qu’ils pouvaient imaginer en vertu de la quelle le mort pouvait reprendre vie dans une réalité  nouvelle qui désormais n’appartenait qu’à Dieu. Ils réalisaient que Dieu était en train de les transformer. Il leur donnait une vie qu’ils étaient dans l’impossibilité  d’imaginer jusque-là mais qui pouvait très bien prendre place en eux. Et c’est aussi ce qui peut se passer encore aujourd’hui en chacune et chacun de nous

Il leur fallait donc partager très vite cette vérité avec les autres, c’est pourquoi ils reprennent la route de nuit, ils retournent vers les autres bravant tous les dangers car c’est avec eux qu’ils doivent partager ce qu’ils viennent de comprendre, et qui vient de jaillir en eux comme un éclairage  nouveau sur ce que Jésus leur avait enseigné. Cependant, jusque là, ils  ne s’en rendaient pas compte. Entre temps, les autres feront  des expériences personnelles de rencontre avec le ressuscité  différentes de la leur  mais toute aussi instructives.

L’histoire vécue par Clopas et  son compagnon a été tellement saisissante qu’elle est devenue par la suite la norme de toutes les expériences de rencontre avec le ressuscité. La présence du ressuscité s’impose à celui qui médite sur sa propre vie en évoquant le supplice et la mort de Jésus, si bien que celui qui médite ne sait plus où se situe la réalité. Est-ce dans son esprit ou est-ce dans la réalité du moment? Qu’importe ! Ce qui se passe en lui se manifeste  avec une telle intensité qu’il n’a pas besoin d’en savoir plus.

Où avaient-ils l’intention d’aller  ces deux compagnons  quand ils sont partis ce matin là ? Ils allaient vers un village nommé Emmaüs qui ne se trouve sur aucune carte, car le lieu où l’on va quand on ne sait  rien de la vie avec Dieu n’a aucune importance. Dès que Dieu s’impose à nous, la direction de notre vie s’impose différemment, car c’est la résurrection que Dieu nous donne qui impose désormais les orientations de notre vie.  Le souffle qui se dégage de ce récit donne à chaque lecteur le désir de vivre  cette expérience avec la même intensité que Clopas et son compagnon.

 

jeudi 16 mars 2023

Jean 20/19-31 :16 avril 2023- La résurrection

En lisant  ce récit, nous passons par toutes les phases  par lesquelles nous fait passer la résurrection.  Il y a de la peur, de l’angoisse et de la joie et aussi la certitude que toutes nos questions sur la mort trouvent leur réponse en Dieu et que cette réponse nous est personnelle et dépasse nos propres questionnements. Les amis de Jésus,  enfermés dans leur angoisse, envahis par leur sentiment de culpabilité, savent par les expériences que viennent de vivre  Pierre,  Jean,  et   Marie que Jésus est toujours vivant.  Mais ils ont encore du mal à comprendre ce que recouvre cette réalité. Cela les concerne-il personnellement ? Ils savent la résurrection, mais ils n’en ont pas encore fait une affaire personnelle. Ils ont besoin qu’on les aide à croire ce en quoi ils se refusent encore. Les Écritures laissaient entendre que  la résurrection pouvait être une réalité, mais en quoi leur  vie pouvait-elle en être changée ? Après 20 siècles d’expérience, plusieurs parmi  nos contemporains  sont encore à se poser les mêmes questions

On nous décrit ici des gens enfermés dans leur peur alors que la nuit les environne. C’est la nuit au dehors, c’est la nuit dans leurs pensées, c’est également la nuit dans leur âme. Ils se sont enfermés chez eux pour mieux faire face à ce qu’ils ne comprennent pas encore. Les expériences de ces derniers jours ont tout remis en cause  dans leurs certitudes : l’arrestation, leur fuite, le procès, la condamnation, l’exécution,  l’agonie cruelle et  enfin la mort. Et maintenant il y a la peur des autres. Tout cela fait naître en eux une profonde angoisse, dont inconsciemment ils garderont des séquelles et  bien que le temps ait passé et que l’habitude  ait pris le dessus nous n’en serons pas exempts, nous non plus.  De  cela ils gardent comme une profonde amertume qui ne peut rien changer à la réalité.

C’est non seulement la nuit dehors, mais c’est la nuit  dedans. Ils  ont peur aussi des hommes  à l’extérieur car ils sont les amis d’un condamné politique, mais ils ont aussi peur de Dieu car ils ont lâchement  abandonné leur Seigneur, ils ont sans doute peur aussi de ne plus croire.

Franchissant les murs de leur maison, on pourrait dire les murs de leur tombeau personnel où ils se sont enfermés, le ressuscité vient à eux. C’est justement de cela qu’ils ont peur aussi. Ils ont peur que  la résurrection vienne en rajouter à leurs désillusions. « Shalom » ! leur dit-il ! La paix ! Non pas la paix politique bien sûr ! La paix dans le langage biblique est ce sentiment diffus qui vient d’ailleurs, qui bouscule la réalité humaine et qui exprime la présence de Dieu. Mais quand Dieu se fait trop présent, ça nous gêne.

Jésus souffle sur eux pour concrétiser cette parole de paix.  Le souffle ne s’entend pas, ne  se voit pas. Il est insaisissable, et pourtant quand il arrive sur nous, il nous pénètre, il s’empare  de notre personne et nous révèle la présence de Dieu qui nous saisit. Quand  ce souffle les enveloppe, ils réalisent alors que tout devient possible et  qu’une vie nouvelle s’impose à eux. Le mort est vivant et ils le sont eux aussi avec lui. Le ressuscité  les ressuscite et ils n’en savent rien encore+. L’esprit qu’il a soufflé sur eux vient de leur redonner vie. Ce souffle est le même que celui qui nous saisit maintenant. Une vie étrangement nouvelle à laquelle ils ne s’attendaient pas. Et maintenant c’est nous aussi qui vivons cette même expérience du souffle

Cet esprit que Jésus a soufflé sur eux, c’est ce même  esprit créateur qui était présent à tous les grands moments de la révélation. Il est cette force que nul ne peut voir. Elle vient d’en haut, elle pénètre jusqu’au fond de notre âme et nous confie les choses que seul Dieu peut nous  faire ressentir.

Nous pensons alors : «  Heureux étaient-ils donc ces femmes et  ces hommes qui se sont trouvés dans cette pièce ce jour-là,  à portée de souffle.  Heureux étaient -ils parce qu’ils se sont trouvés là au bon moment. Et  en disant cela, je perçois  les soupirs secrets de chacun  et chacune d’entre nous pour qui les choses ne sont pas si simples ou ne l’ont pas été, pour qui la réalité de la résurrection n’est pas aussi évidente, pour qui le souffle de l’esprit n’a pas été ressenti assez fort, et pour qui  rien ne s’est vraiment passé en eux pour transformer leur marasme en espérance.

Combien de croyants auraient aimés être de ceux-là et combien auraient aimé voir des choses semblables à celles que ce récit raconte  et auquel ils leur est donné d’ assister  par le truchement du récit quelques 20 siècles  après. Ils auraient aimé entendre  cette parole : «  que la paix soit avec toi » ! Nombreux sont ceux qui voudraient croire mais qui s’en sentent empêchés par les événements de leur vie. Nombreux sont ceux qui ne croient pas, ou qui ne croient plus parce que les hommes ont provoqué  en eux des blocages tels qu’ils n’espèrent plus jamais croire. Nombreux aussi ceux qui rejettent Dieu lui-même parce que des événements ont rendu leur vie sans attrait et ont entrainé la mort de leur foi.

Combien auraient aimés être de  ces témoins privilégiés pour qui le ressuscité présent devant eux mettrait un terme à leurs angoisses. Pourquoi eux et pourquoi pas moi se demandent-ils. Pourquoi est-ce que je n’éprouve pas  cette sérénité qu’ils ont ressentie et que d’autres ressentent ?  Pourquoi ne suis-je pas revêtu de cette puissance qui vient d’en haut et que les autres ressentent et qui me permettrait de ne plus avoir ces questionnements qui ne me laissent jamais en repos?

J’insiste sur ces frustrations qui sont peut-être les nôtres, parce qu’il y en a un, parmi les intimes de Jésus qui les a profondément ressenties. C’est Thomas, que l’on appelle Didyme, le jumeau. Le jumeau de qui ? Il n’en a pas dans  l’Écriture, mais il en a dans la vie. Didyme, c’est mon jumeau à moi, c’est celui qui pose les bonnes questions. C’est mon alter ego dans ma nuit, dans ma tombe, dans ma détresse, dans ma tristesse, dans mon manque de foi. C’est lui qui ose dire pour nous tous :     «  Et moi, pourquoi suis-je laissé pour compte ? » C’est pour lui que Jésus revient ; comme c’est pour moi que Jésus revient.

L’attente de chacun trouve un jour son terme. Jésus prévoit pour chacun des moments où il nous visite personnellement, des moments où il prévoit de prendre en charge, cette partie de nous-mêmes qui est en révolte ou en manque, mais qui est aussi en quête de vérité :    «  voici mes mains, voici mes pieds ; voici mon côté, touche mes blessures et Thomas ne les touche pas. Pour chacune  et chacun de nous il y a  quand on ne s’y attend pas des moments où Jésus reviens pour nous, pour  moi, sans me prévenir à l’avance.

Jésus s’approche de Thomas, et cela nous  pose encore question. Pourquoi Thomas ne  s’autorise-t-il pas  ce contact physique qu'il  a tant désiré ? Et pourquoi Jésus s’offre-t-il à lui comme un homme blessé ? Si Jésus est ressuscité, s’il a déjà revêtu son corps de gloire, pourquoi présente-t-il ses blessures ? En fait, Jésus s’approche de lui dans la dimension que Thomas a souhaitée. C’est cela qu’il désirait pour que sa foi se déclenche, et c’est cela qui déclenche sa foi.

S’il ne le touche pas c’est qu’il découvre en même temps que la résurrection a une autre dimension que l’apparence physique. Thomas ne touche pas physiquement car il est touché intérieurement. C’est dans l’intériorité de son âme  que cela  se passe, c’est  dans son intimité avec le Seigneur que la résurrection est devenue réalité. Ce ne sont  ni les apparitions, ni les développements philosophiques ou théologiques qui lui démontreront la  réalité de la résurrection, c’est la conviction intérieure que dépose en lui l’esprit de Dieu.

Cette expérience s’est produite en lui 8 jours après celle des autres, c’est dire que Thomas l’a longuement désirée. C’est au moment où il ne s’y attend plus que Jésus répond à son désir. Même si la mort les a séparés, Jésus le fidèle compagnon de route de Thomas est toujours là pour donner sens et plénitude à sa vie qu’il vient animer de son souffle.

Pour nous aussi, Jésus vient vers nous, il traverse notre passé pour y allumer la flamme de l’éternité. Cela signifie que pour que le souffle de vie nous fasse vivre aujourd’hui, il faut que nous acceptions qu’il souffle aussi sur notre passé, qu’il anéantisse les doutes sur lesquels nous fondions  notre manque de foi, qu’il anéantisse ce qu’il n’y a pas lieu de conserver, et détruise tout ce  qui garde l’empreinte de la mort afin que seul ce qui doit vivre soit réanimé par le souffle divin.

 

 

 

samedi 11 mars 2023

Jean 20:1-9 La Résurrection  dimanche  9 avril 2023 reprise du dimanche 27 mars 2016



Jean 20 :1 Le premier jour de la semaine, Marie-Madeleine vient au tombeau dès le matin, alors qu'il fait encore sombre, et elle voit que la pierre a été enlevée du tombeau. 2 Elle court trouver Simon Pierre et l'autre disciple, l'ami de Jésus, et elle leur dit : On a enlevé le Seigneur du tombeau, et nous ne savons pas où on l'a mis!

3 Pierre et l'autre disciple sortirent donc pour venir au tombeau. 4 Ils couraient tout deux ensemble. Mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau ; 5 il se baisse, voit les bandelettes qui gisent là ; pourtant il n'entra pas. 6 Simon Pierre, qui le suivait, arrive. Entrant dans le tombeau, il voit les bandelettes qui gisent là 7 et le linge qui était sur la tête de Jésus ; ce linge ne gisait pas avec les bandelettes, mais il était roulé à part, dans un autre lieu. 8 Alors l'autre disciple, qui était arrivé le premier au tombeau, entra aussi ; il vit et il crut. 9 Car ils n'avaient pas encore compris l’Écriture, selon laquelle il devait se relever d'entre les morts. 10 Les disciples s'en retournèrent donc chez eux.

« L’autre disciple qui était arrivé le premier entra dans le tombeau, il vit et il cru. »


Ce sermon va être un véritable parcours du combattant. Nous allons passer tout notre temps à courir avec deux hommes dans un marathon spécial vers la vie. Sans doute en sortirons-nous essoufflés, à la limite de nos pensées humaines, mais régénérés par le souffle de l’esprit. C'est la vie intérieure de ces deux hommes qui va nous intéresser et nous allons essayer de transférer ce qui se passe en eux à ce qui se passe, peut-être, en nous. Malgré la clarté du matin qui est en train de naître, c’est encore l’obscurité qui emplit les pensées de nos deux amis désemparés, comme elle emplit aussi les nôtres à cause du mystère qu’elle recouvre.

Pourquoi ces deux là courent-ils ? Où vont-ils alors qu’il ne fait pas encore jour ? Un bruit s’est fait entendre dans la nuit, une rumeur est parvenue jusqu’à eux : le tombeau est ouvert. Les voilà partis, l’un à la suite de l’autre, l’un devançant l’autre et l’autre se faisant rattraper pour être devancé à son tour. Course de deux hommes qui cherchent à échapper à leur propre nuit. Deux hommes qui cherchent à comprendre l’incompréhensible.

Leur course dans la nuit de l’incompréhension est aussi la nôtre. Nous allons, nous aussi, courir avec eux à la recherche de la vérité sur la vie, car le mort n’est plus à sa place, la mort est remise en question. Celui qu’ils croyaient mort n’était plus là où on l’avait mis, tout est remis en cause. Nous nous mettons à jouer avec les mots résurrection, vie éternelle, pour dire encore aujourd’hui, et aujourd’hui encore plus que jadis, nos interrogations sur le vrai sens de la mort et corollairement pour nous interroger sur le sens de la vie et de la résurrection qui en devient partie prenante ?

Ces deux hommes courent à la recherche de ce qu’ils ne savent pas formuler. Ils espèrent une réponse à une question qu’ils ne savent pas poser. Quand ils arrivent au tombeau, là où habite la mort, il n’y a plus de mort. L’un entre et l’autre n’entre pas. La situation est cependant la même pour l’un, comme pour l’autre. Le premier voit les bandelettes et n’entre pas et Simon qui le suivait entra et vit les bandelettes. Il y a absence du mort aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du tombeau. Mais la mort n'a laissé aucune trace car tout y est bien rangé.

Une idée nouvelle est en train de jaillir en eux, mais n’a pas encore pris forme. C’est cette idée qui nous rejoint, nous aussi, mais tout reste encore trop obscure dans notre entendement. Ce qu’ils considéraient comme une vérité absolue sur la mort semble ne plus l’être. Dieu est en train visiter leur vie intérieure. Il emprunte les chemins de l’émotion et nos deux amis découvrent que la mort est une autre réalité.

Cette course qu’ils sont en train de faire dans le petit matin, n’est pas seulement une expérience physique. Elle nous raconte aussi l’expérience intérieure qu’ils sont en train de vivre. La provocation insupportable qu’ils ont subie après la mort de leur Seigneur est en train d’ouvrir pour eux un chemin vers une autre vérité.

Ainsi en est-il de nous tous en ce matin de Pâques. On est venu à l’Église parce que l’on croit ce qu’on ne voit pas. On est venu pour conjuguer encore une fois tous ensemble ce même verbe croire : je crois, tu crois, nous croyons, puis chacun retournera chez soi. Telle sera la journée du croyant en ce jour là : une commémoration du jour où on s’est mis à croire que la mort avait cessé d’être le terme de la vie.

 Comme le bien aimé, nous sommes heureux de croire. Mais croire qui ? Ou croire quoi ou croire en quoi ou en qui? La plus part du temps on n’en dit pas plus. On se contente d’affirmer que l’on croit ? Il est important de croire, dit-on, comme si le verbe croire était une fin en soi. Mais ce n’est sans doute pas suffisant il faut faire encore un pas de plus.

Le fait de croire pour le chrétien, correspond à une adhésion personnelle à une vérité qui le dépasse. Mais de quelle vérité s’agit-il, d’autant plus que cette vérité peut en contenir plusieurs autres qui peuvent s’emboîter l’une dans l’autre, comme des poupées russes : « Je crois en Dieu, je crois en la vie après la mort, je crois en la résurrection de Jésus, je crois en ma propre résurrection, je crois à la vie éternelle. » Toutes ces affirmations se complètent et recouvrent les démarches intérieures de notre foi.

Rejoignons nos deux hommes qui courent et continuons à mettre nos pas dans les leurs. Ils sont à la cherche d’un signe qui leur permettra de mettre des mots sur l’événement qu’ils sont en train de vivre et qu’ils n’ont toujours pas compris. Dans ce cheminement spirituel, s’opère un glissement qui va du visible vers l’invisible, car la foi va jaillir en eux. La foi va jaillir non pas à partir de ce qu’ils voient, puisqu’il n’y a rien à voir mais de ce qu’ils ne voient pas. Nous en sommes au même point.

Les deux hommes qui courent dans la nuit sont dépassés par leur raison. S’ils vont à la tombe en pleine nuit, c’est à la suite des propos d’une femme dont tout le monde sait qu’elle était dérangée. S’ils ont réagi ainsi, c’est qu’ils espéraient déjà, sans le savoir, un événement qui allait les bousculer. Leur raison a été ébranlée par quelque chose qui ne leur venait pas d’eux-mêmes. Dieu était déjà à l’œuvre dans leur doute. A l’énoncé des paroles de Marie Madeleine l’espérance a fait surgir en eux comme une lumière dans leur nuit. Bousculant ce qui est rationnel en eux, ils se sont mis à espérer en quelque chose d’irrationnel.


Ces deux hommes étaient certains que le Dieu de leurs Pères, le Dieu de Jésus, était maître de tout, qu’il avait tout pouvoir et qu’il pouvait faire surgir la vie là où la mort avait fait son œuvre. On avait beau le savoir, c’était quand même du jamais vu ! L’espérance faisait son chemin en eux et ils ne le savaient pas encore.

Il y a des passages obligatoires sur le chemin de la foi. L’espérance en est un. C’est le moment où notre âme est travaillée à l’intérieur de nous-mêmes par une proposition que notre raison réfute, mais qui provoque un sursaut d’énergie en nous. Cette proposition se heurte à notre intelligence qui développe toute sorte d’arguments raisonnables pour nous dire que ça ne tient pas la route, que ça ne peut être vrai et que ça relève de l’absurde ou du rêve.

Ceux qui vivent ce type d’expérience disent qu’ils sont ébranlés. Ils perçoivent déjà que la vérité sur toute chose se situe au-delà d’eux-mêmes, dans une réalité que Dieu seul peut rendre accessible. Le disciple que Jésus aimait en est là. Il est ébranlé, car il découvre que la vérité qu'il sent frémir en lui  est de l’ordre de l’invisible, de la vie intérieure.

En fait nous aimerions garder le contrôle de nos émotions, même de nos émotions religieuses et en limiter la portée. Mais nous ne sommes pas maîtres de la situation qui nous dépasse. Si notre raison a été ébranlée, si l’espérance nous a provoqués, si nous y avons pris de l’intérêt, c’est que cette puissance qui a surgi en nous et qui a bousculé notre manière de comprendre est à l’œuvre en nous. Elle ne nous lâchera pas. Mais, nous ne sommes pas encore arrivés au terme de notre course.


Dieu, qui a mis tout cet émoi en éveil a l’intention d’aller encore plus loin et de venir réguler le cours de notre vie. Il désire habiter nos pensées et inspirer nos projets. Pour cela, il nous réserve encore, l’expérience d’un face à face personnel avec le ressuscité. Ainsi contrairement à ce qui est écrit, après cela les deux hommes n’ont pas fini leur course. Dieu, en la personne de Jésus, s’est imposé à eux, d'un manière personnelle, comme celui qui avait franchi le passage vers l’éternité et qui avait ouvert pour eux un chemin jusque là ignoré. C’est alors qu’ils feront la rencontre du ressuscité. Jésus viendra vers  eux. Est-ce dans leur âme est-ce dans une vision intérieure est-ce dans la réalité de la vie, nul ne le sait. Mais il deviendra le compagnon invisible de leur vie et leur vie en sera changée.


Pierre et Jean courant au sépulcre Eugène Burnand