lundi 20 avril 2020

Luc 24/13-35 Les disciples d'Emmaüs Dimanche 26 avril 2020


Luc 24/13-35

13 Le même jour, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem,

14 et ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé.

15 Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux.

16 Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître.

17 Jésus leur dit : « De quoi discutez-vous en marchant ? » Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes.

18 L’un des deux, nommé Cléophas, lui répondit : « Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci. »

19 Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple :

20 comment les grands prêtres et nos chefs l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié.

21 Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé.

22 À vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur. Quand, dès l’aurore, elles sont allées au tombeau,

23 elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant.

24 Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. »

25 Il leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit !

26 Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? »

27 Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.

28 Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin.

29 Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux.

30 Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna.

31 Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards.

32 Ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? »

33 À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent :

34 « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. »

35 À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.





Que  l’on soit croyant ou pas, nous sommes tous plus ou moins habités du désir de Dieu. Nous espérons  qu’il peut éclairer notre vie et nous aider à y trouver du sens. Ceux qui ne croient pas en lui font la démarche inverse et recherchent des arguments pour nier sa présence. Cela les aide à trouver de la cohérence dans leur mode de penser. Mais, pourquoi le font-ils puisqu’ils sont persuadés de ne pas  croire en Dieu. En  fait ils ont du mal à se soustraire  à l’impression lancinante qui les taraude quand même,  selon laquelle, il se pourrait bien que ce Dieu auquel ils sont sûrs de ne pas croire a quand même une influence sur eux. En fait, il n’y a pas d’humain qui ne soit pas sensible à l’idée qu’une force extérieure à lui-même pourrait bien  le visiter et pourrait apporter quelque nouveauté dans sa vie. Dans toutes les civilisations et depuis la plus haute antiquité la pensée humaine a été habitée par l’idée qu’il y a une puissance à l’intérieur  ou à l’extérieur de l’homme  qui le dépasse. 


Quand Jésus était présent sur terre et s’entretenait avec ses contemporains, c’est de cette réalité qu’il parlait avec eux. Les miracles qu’il faisait ou que l’on racontait qu’il avait faits, témoignaient du fait que ses interlocuteurs étaient conscients qu’ils étaient visités par une force qui ne leur appartenait pas. Ils prenaient conscience de cette puissance qui pouvait transformer leur vie. La plupart des interlocuteurs de Jésus voyaient dans ces événements l’action du Dieu d’Israël qui agissait en leur faveur. Il nous est rapporté aussi, que des soldats romains, qui étaient issus d’une autre culture et qui pratiquaient une  autre religion avaient recours à lui en espérant bénéficier de cette puissance qui venait d’ailleurs. C’est même un soldat  romain qui a rendu à son égard le plus fort témoignage à Jésus en déclarant qu’il était certainement le fils de Dieu. Jésus fut même recadré au sujet de sa propre foi par une païenne  d’origine Cananéenne qui discerna ce qu’il y avait de déficient dans son enseignement, car il semblait créer des catégories entre les croyants. Sans doute tous ces gens qu’il rencontrait voyaient-il en Jésus le témoin d’un Dieu qui dépassait les frontières et  dont la réalité  dépassait l’action du Dieu d’Israël. L’Evangile témoignait ainsi d’un Dieu dont la possibilité d’action avait une valeur universelle. Ce Dieu était capable de revêtir d’une puissance nouvelle tous ceux qui venaient à lui, quelle que soit leur foi d’origine.


Malgré tout, le Dieu au nom duquel Jésus agissait, revêtait le profil du Dieu d’Israël, comme nous le rapportent les Evangiles, parce que c’était la religion ambiante.  Les gardiens de la foi, contemporains de Jésus, qui étaient les scribes et les pharisiens limitaient l’action de Dieu à la tradition ancestrale. Ils percevaient  son action  dans les limites  de l’histoire de leur peuple,  si bien qu’en se croyant  les privilégiés de Dieu,  ils  réduisaient son action aux limites de leurs frontières et de leur histoire. En fait le Dieu dont Jésus rendait témoignage était avant tout un Dieu Père, un Dieu attentif à tous ceux qui fondaient leur espérance en lui.  C’était sur des actes d’amour qui révélaient la puissance de vie qui était en lui que Jésus basait son enseignement. Les actes les plus significatifs de la puissance du Dieu de Jésus Christ étaient liés à la puissance de vie qui émanait de lui. Ainsi, Amour et Vie caractérisaient  les actes  qui scandaient l’enseignement de Jésus au sujet  de Dieu dont la seule image que l’on pouvait établir de lui était celle d’un Père. Le Dieu auquel se référait Jésus  et dont il se voulait être témoin était avant tout un Dieu dont la puissance était la force de vie dont il revêtait ceux qui se réclamait de lui. 


Pas  étonnant alors que la mort vienne défier le témoin de ce Dieu. Pas étonnant que Jésus ait été agressé par les armes mêmes avec lesquelles la mort s’acharnait depuis toujours à défier Dieu. Toutes les forces mauvaises qui parasitaient le cœur des hommes  et contre lesquelles  Jésus  avait œuvré toute sa vie se  sont liguées contre lui. C’était la haine, la calomnie, le mensonge. Auraient-elles raison contre Dieu ?  Comment Dieu lui-même pouvait-il rendre compte de la vie  en faveur de laquelle Jésus avait lutté toute son existence ? Comment Dieu pouvait-il relever le défi que la mort lui imposait ? La seule réponse possible était de manifester que  la vie pouvait prendre le pas sur la mort. Cette vie qui dépasse la mort devenait pour chacun la réponse de Dieu à ceux qui le cherchent et qui pourront désormais le trouver dans toutes les œuvres de vie qui défient la mort. 


C’est la situation dans laquelle nous place ce texte  alors que  les deux amis se trouvent confrontés à une réalité nouvelle qui est celle de la résurrection. Jésus ressuscité était avec eux et ils ne le savaient pas. Par cette rencontre inattendue s’établissait un contact surprenant avec celui qu’ils avaient vu mourir car  Jésus qui marchait avec eux était vivant. Cette présence ne manquait pas de tout remettre en question pour eux, si bien qu’ils retournèrent sur leurs pas. Ils découvraient les contours d’une  nouvelle forme de vie que Jésus leur avait promise. La vie nouvelle dont Jésus parlait, de son vivant, n’était pas  seulement un élément philosophique, une clause  de langage,  elle était devenue présentement une réalité pour laquelle il n’y avait pas encore de mots pour la dire. La vie dont il parlait s’était emparée de la mort et les faisaient entrer dans une nouvelle dimension de la vie. C’était cette dimension de la vie dont tout un chacun rêve quand son esprit essaye de s’imaginer un Dieu dont la réalité dépasserait la simple réalité humaine.  C’est ce dont nous parlions au début de notre propos. Le Dieu auquel chacun songeait devenait une réalité qui dépassait toute fiction. 


Comme toujours, quand nous sommes témoins d’un événement incompréhensible, il y a une voix intérieure qui nous interpelle,  pour nous demander si nous nous sentons  concernés : « En quoi cette résurrection dont je suis témoin me concerne-elle ? » devaient se demander les deux hommes. Sans avoir vraiment de réponse, ils rebroussent chemin, pour retourner à l’origine de leur rencontre avec Jésus afin de formuler autrement leur foi qui s’éclairait d’une lumière nouvelle. Sans que nous nous posions nous-mêmes la même question, elle surgit aussi dans notre inconscient et Jésus, sans attendre  que nous la lui  posions y répond quand même dans un autre évangile. «  Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». La résurrection, porteuse de vie ne se fait agissante en eux,  et en nous, que si chacun, imitant Jésus Christ se sent interpelé par Dieu pour être à son tour envoyé par lui. La résurrection ne  devient effective en nous que si nous nous sentons envoyés à notre tour et que nous agissons sur le monde comme il l’a fait. Le dynamisme de vie auquel tous aspire ne deviendra une réalité pour nous que si en imitant Jésus Christ nous laissons à l’amour le soin de décider  de nos actions. Le  dynamisme de vie dont nous devenons désormais dépositaires ne deviendra effectif que grâce au souci constant que nous portons aux autres et  dont nous faisons passer l’intérêt avant le nôtre. C’est alors que Dieu pourra espérer qu’une vie nouvelle s’empare du monde où nous sommes et que la société changera. Bien  évidemment les sceptiques diront que c’est une utopie, et que ce que Jésus a proclamé il y a 2000 ans n’est toujours pas effectif ! 


Alors, Jésus serait-il mort sans que l’espérance qu’il portait en lui ne le transforme ? Certes non. Le dynamisme qui était en lui est contagieux. La vision d’un monde transformé par l’amour est une promesse qui n’attend que la bonne volonté de chacun pour devenir effective. L’espérance qui provoque notre dynamisme, dont nous parlions en commençant, repose en nous. Dieu dans son amour de Père ne cesse  continuellement de relever le défi selon lequel la foi qui nous anime  est capable de faire évoluer les choses.  Nous en sommes chaque jour témoins en constatant  tous ces gestes aussi modestes soient-ils  qui déjouent  les actes de ceux qui croient pouvoir manipuler le monde au moyen de leur  égoïsme exacerbé. Notre foi en Dieu nous donne chaque jour le privilège d’en repérer quelques-uns.




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