jeudi 6 mars 2014

1 Samuel 16/1, 6-7 et 10-13 L'Onction de David



1 Samuel 16/ 1,6-7 et 12-13  Onction de David. Dimanche 30 mars 2014

1 Le Seigneur dit à Samuel : « T'affligeras-tu encore longtemps au sujet de Saül, alors que moi-même je l'ai rejeté et qu'il ne pourra plus être roi d'Israël ? Prends de l'huile et mets-toi en route. Je t'envoie chez Jessé, à Bethléem, car j'ai choisi parmi ses fils le roi qu'il me faut. » — 2 « Comment faire ? demanda Samuel. Si j'y vais, Saül l'apprendra et me tuera. » — « Prends avec toi un veau, dit le Seigneur. Tu diras que tu viens m'offrir un sacrifice, 3 et tu inviteras Jessé à la cérémonie. Je t'apprendrai ce que tu auras à faire : tu consacreras roi à mon service celui que je t'indiquerai. »
4 Samuel obéit et se rendit à Bethléem. Les anciens de la ville, tout inquiets, vinrent au-devant de lui et demandèrent : « Ta venue annonce-t-elle quelque chose d'heureux ? » — 5 « Oui, répondit-il. Je suis venu offrir un sacrifice au Seigneur. Purifiez-vous pour la cérémonie et venez ensuite avec moi. » Samuel invita aussi Jessé et ses fils à se purifier et à participer au sacrifice. 6 Lorsque ceux-ci arrivèrent, Samuel aperçut Éliab et se dit : « C'est certainement lui que le Seigneur a choisi. » 7 Mais le Seigneur lui dit : « Ne te laisse pas impressionner par sa mine et sa taille imposante, car je ne l'ai pas choisi. Je ne juge pas de la même manière que les hommes ; les hommes s'arrêtent aux apparences, mais moi je vois jusqu'au fond du cœur. »
8 Jessé appela ensuite Abinadab et le fit passer devant Samuel, qui déclara : « Le Seigneur n'a pas non plus choisi celui-ci. » 9 Jessé fit passer Chamma, mais Samuel répéta : « Le Seigneur n'a pas non plus choisi celui-ci. » 10 Jessé fit ainsi passer sept de ses fils devant Samuel, mais Samuel lui dit : « Le Seigneur n'a choisi aucun d'eux. » 11 Puis il ajouta : « Sont-ils tous là ? » — « Non, répondit Jessé ; il y a encore le plus jeune, David, qui garde les moutons. » — « Envoie-le chercher, ordonna Samuel. Nous ne commencerons pas le repas sacrificiel avant qu'il soit là. »
12 Jessé le fit donc venir. Le jeune homme avait le teint clair, un regard franc et une mine agréable. Le Seigneur dit alors à Samuel : « C'est lui, consacre-le comme roi. » 13 Samuel prit l'huile et en versa sur la tête de David pour le consacrer, en présence de ses frères. L'Esprit du Seigneur s'empara de David et fut avec lui dès ce jour-là. Ensuite Samuel s'en retourna à Rama.

Voila une belle histoire comme nous les aimons.  Elle nous rappelle que Dieu a besoin des hommes pour gérer le monde, mais qu’il n’agit pas à leur place. Il  leur indique la route à suivre, mais il ne les force pas à suivre les chemins qu’il leur trace.  Ce refus de Dieu à ne pas intervenir dans le cours des choses a perturbé les auteurs bibliques  qui n’en ont pas toujours tenu compte dans le rapport qu’ils ont faits des événements. C’est ainsi qu’ils ont prêté  parfois  à Dieu des comportements cruels et incompréhensibles qui relèvent surtout de l’appréciation des événements par les auteurs plutôt  que   de  l’action propre de Dieu.  C’est ce que nous allons voir

La faveur de Dieu va  donc à un jeune homme, encore un enfant,  pour qu’il ait autorité sur Israël en remplacement du roi régnant que Dieu  a désavoué.  Samuel qui joue tous les rôles, celui de prophète, de stratège, de conseiller politique sert ici d’entremetteur clairvoyant, car il faut être fin connaisseur de Dieu et des hommes pour découvrir que son choix est tombé sur un jeune homme qui en dépit de ses beaux yeux n’a pas grands atouts pour être roi. De plus, Il a même été oublié par son père quand Samuel  a convoqué toute la famille au sacrifice. On a un peu l’impression de vivre par anticipation l’épopée du roi  Arthur revue corrigée par Wall Disney.

Bien évidemment, c’est cet adolescent que les hommes n’ont pas remarqué,  qui  semble tout indiqué pour avoir les faveurs de Dieu.  Que le lecteur attendri par cette belle histoire se souvienne cependant que c’est la deuxième fois que Samuel a été invité à choisir un roi pour Israël. Le premier choix a tourné à la catastrophe. Qui de Dieu ou de Samuel a mal apprécié la situation ?

Quelques années plus tôt, Samuel  qui avait tous les pouvoirs en  en main avait comprit que Dieu voulait  instaurer une monarchie et lui demanda de  désigner le futur roi.  L’esprit divin lui désigna un jeune homme,  grand et beau fils de Qish qui était  à la recherche des ânesses fugitives de son père et qui lui avait demandé l’hospitalité. Samuel, l’oignit discrètement,  comme il le fera plus tard pour David.

 Après cela et après des événements que l’on n’a pas lieu de raconter ici, Saül  fut proclamé roi sur le front des troupes. Il avait toutes les qualités pour accomplir cette tâche,  mais il perdit la faveur de Dieu parce qu’il  lui offrit  un sacrifice  alors que c’est Samuel qui n’était pas plus prêtre  que lui, qui  aurait du le faire.  Faute minime direz-vous, faute accablante dit le récit. Dieu le rejeta.  A  partir de ce moment Saül désespéré de la  défaveur de Dieu devint  fou. C’est là que commence l’histoire de David.

Elle commence sur un fond de violence  et on a du mal  à  reconnaître  l’action  de Dieu  dans toute cette histoire car c’est à lui que l’on attribue les massacres  qui ont eu lieu  et c’est à lui aussi qui serait attribué la cause de la folie du roi.  A peine David est-il désigné, que les textes changent de ton à son sujet, il est alors dépeint comme un beau et grand jeune homme, comme l’était  Saül jadis. On le retrouve alors  comme écuyer du roi qu’il séduit par sa beauté et son intelligence et  qu’il apaise par sa manière de jouer de la harpe.   A la suite de combats violents, d’embrouilles familiales et de rivalités en tous genres, David monta sur le trône à la mort du roi dont il était devenu le gendre.

Sans doute, les auteurs de ce récit ont utilisé des sources diverses  pour alimenter leurs informations. On sent fortement l’influence de courants  antimonarchistes derrières  les récits concernant Saül. Les  auteurs en faveur  de la dynastie de David, quant à eux,  ont apporté leur contribution à l’élaboration du portrait du roi et ont pris le pas sur les autres.  Les époques  aux quelles ont été produit ces différents textes ne sont pas les mêmes non plus. On peut y percevoir l’atmosphère de l’époque du retour de l’exil quand on n’espérait plus de restauration monarchique, mais on peut y repérer aussi des courants  favorables à la  monarchie propres au Deutéronome exaltant le roi Josias et à travers lui, le roi David.

Malgré  un récit aussi composite  il est cependant  possible d’y  retrouver  la trame d’une parole de Dieu et de découvrir comment elle s’y exprime. On constatera   que Dieu ait fait le choix de deux candidats au trône, la défaveur du premier  ne paraît pas justifier le choix du second.  Les fautes commises par Saül ne semblent pas aussi graves que les fautes commises plus tard par David et les repentirs exprimés par Saül valent bien ceux exprimés par David.  Les auteurs de ce  texte, en fonction de ce que nous avons déjà dit, sont de parti pris en faveur de David. Comment alors  lire une parole de Dieu dans tout cela?

En dépit des différents courants qui traversent ce texte. Il semblerait  que l’on peut dire que l’ambiguïté des événements accrédite la thèse selon laquelle Dieu inspire les acteurs de l’histoire, mais n’intervient pas directement dans l’histoire. Dans le récit qui nous intéresse aujourd’hui,  on constate  que  Dieu a choisi  un premier candidat au trône,  et que ce choix a été confirmé par le peuple qui lui confie la couronne de roi.  Les auteurs tentent alors d’interpréter les échecs de  Saül par la défaveur qu’il subit.  C’est pourquoi Dieu  ne serait pas intervenu quand les événements se sont  retournés  contre lui. Pour ce qui concerne les récits concernant David  nous avons compris  qu’ils sont produits par des courants qui  soutiennent sa dynastie. Ils insistent sur la défaveur de Saül et insistent sur la faveur de David. Telle est l’opinion des narrateurs,  mais  quand on cherche  à  cerner de plus près le caractère des personnages on constate que malgré l’opinion des auteurs qui le valorisent, David ne se révèle  ni meilleur ni plus méritant que Saül.

C’est maintenant que nous allons essayer de voir quel rôle Dieu joue dans cette affaire.  Les  partisans de David diront que David a eu la faveur de Dieu parce qu’il a su écouter Dieu.  En fait,  il  n’a pas rien fait par lui-même,  ce sont les conseillers du Roi qui ont su discerner la volonté de Dieu et la transmettre au risque de leur vie au roi   qui les a écoutés. Ce fut le cas de Nathan qui par deux fois  intervint auprès du roi ( 2  Sam  1 et 2 Sam 12).

Ces récits nous montrent que l’action de Dieu reste toujours la même. Il inspire la bonne attitude  aux acteurs   mais il n’intervient pas, c’est ainsi qu’à la fin de la monarchie,  les rois,  suivant leurs intuitions personnelles et leurs  mauvais conseillers ont entrainé la chute du régime sans que Dieu réagisse.

Bien évidemment  les écrivains  bibliques ont  essayé de maintenir  dans leurs écrits le portrait d’un Dieu interventionniste  qui se manifesterait dans le cours de l’histoire  en faveur de la dynastie de David. Dans ce cas, il se serait trompé lors de son premier choix en faveur de Saül!  Nous comprenons bien évidemment que les narrateurs, favorables à David  ont orienté leurs récits dans ce sens. Malgré tout, c’est une autre image de Dieu qui transparaît pour quiconque essaye de lire les textes d’une manière critique. L’image d’un Dieu qui reste fidèle à lui-même et qui inspire les hommes de pouvoir,  mais qui n’intervient pas pour  modifier le cours de l’histoire  quand les hommes l’ont mal enclenchée. Cela  semble être une constante dans l’Ecriture.

Dans l’aventure qui nous concerne Dieu ne corrige pas l’histoire en appelant David en remplacement de Saül disgracié. Ce sont les hommes favorables à David  qui en insistant sur les échecs de Saül, issu de la tribu de Benjamin, ont conclu à sa disgrâce  pour favoriser la dynastie de David issue de celle de Juda. Si Dieu choisit un autre roi, c’est que la première dynastie s’étant effondrée  il fallait bien  en susciter une autre.

Dieu  se présente ainsi comme celui qui inspire l’histoire. En n’intervenant pas,  il  se résigne à ce que les hommes ne respectent pas  l’évolution  qu’il espère pour eux. On pourra sans doute nous reprocher d’avoir manipulé les textes pour en faire jaillir notre vérité. Mais  si cela est vrai, on se demandera si les textes n’ont pas été plus gravement malmenés avant que nous le faisions par les auteurs qui nous les ont transmis ?

samedi 1 mars 2014

Jean 4:5-42 la Samaritaine




Jean 4:5-42  La Samaritaine Dimanche 23 mars 2014


1 Le Seigneur sut que les Pharisiens avaient appris qu'il faisait et baptisait plus de disciples que Jean. 2 Toutefois, Jésus ne baptisait pas lui-même, mais c'étaient ses disciples. 3 Alors il quitta la Judée et repartit pour la Galilée. 4 Or il fallait qu'il traverse la Samarie. 5 Il arriva donc dans une ville de Samarie nommée Sychar, près du champ que Jacob avait donné à Joseph, son fils. 6 Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus fatigué du voyage, était assis au bord du puits. C'était environ la sixième heure.7 Une femme de Samarie vint puiser de l'eau. Jésus lui dit : Donne-moi à boire. 8 Car ses disciples étaient allés à la ville pour acheter des vivres. 9 La femme samaritaine lui dit : Comment toi qui es Juif, me demandes-tu à boire, à moi qui suis une Samaritaine ? — Les Juifs, en effet, n'ont pas de relations avec les Samaritains. — 10 Jésus lui répondit : Si tu connaissais le don de Dieu, et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire ! c'est toi qui lui aurais demandé (à boire), et il t'aurait donné de l'eau vive. 11 Seigneur, lui dit-elle, tu n'as rien pour puiser, et le puits est profond ; d'où aurais-tu donc cette eau vive ? 12 Es-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits et qui en a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses troupeaux ? 13 Jésus lui répondit : Quiconque boit de cette eau aura encore soif ; 14 mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai, n'aura jamais soif, et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle.

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La femme lui dit : Seigneur, donne-moi cette eau, afin que je n'aie plus soif et que je ne vienne plus puiser ici.
16 Va, lui dit-il, appelle ton mari et reviens ici. 17 La femme répondit : Je n'ai pas de mari. Jésus lui dit : Tu as bien fait de dire : Je n'ai pas de mari. 18 Car tu as eu cinq maris, et celui que tu as maintenant n'est pas ton mari. En cela tu as dit vrai. 19 Seigneur, lui dit la femme, je vois que tu es prophète. 20 Nos pères ont adoré sur cette montagne ; et vous dites, vous, que l'endroit où il faut adorer est à Jérusalem. 21 Femme, lui dit Jésus, crois-moi, l'heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne, ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. 22 Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. 23 Mais l'heure vient — et c'est maintenant — où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car ce sont de tels adorateurs que le Père recherche. 24 Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l'adorent, l'adorent en esprit et en vérité. 25 La femme lui dit : Je sais que le Messie vient — celui qu'on appelle Christ. Quand il sera venu, il nous annoncera tout. 26 Jésus lui dit : Je le suis, moi qui te parle.27 Alors arrivèrent ses disciples, qui furent étonnés de ce qu'il parlait avec une femme. Toutefois, aucun ne dit : Que demandes-tu ? ou : De quoi parles-tu avec elle ? 28 La femme laissa donc sa cruche, s'en alla dans la ville et dit aux gens : 29 Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait ; ne serait-ce pas le Christ ? 30 Ils sortirent de la ville et vinrent vers lui. 31 Pendant ce temps, les disciples le priaient en disant : Rabbi, mange. 32 Mais il leur dit : J'ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas. 33 Les disciples se disaient donc les uns aux autres : Quelqu'un lui aurait-il apporté à manger ? 34 Jésus leur dit : Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son œuvre. 35 Ne dites-vous pas qu'il y a encore quatre mois jusqu'à la moisson ? Eh bien ! je vous le dis, levez les yeux et regardez les champs qui sont blancs pour la moisson. 36 Déjà le moissonneur reçoit un salaire et amasse du fruit pour la vie éternelle, afin que le semeur et le moissonneur se réjouissent ensemble. 37 Car en ceci, ce qu'on dit est vrai : L'un sème, l'autre moissonne. 38 Je vous ai envoyés moissonner ce qui ne vous a coûté aucun travail ; d'autres ont travaillé, et c'est dans leur travail que vous êtes entrés.39 Plusieurs Samaritains de cette ville crurent en Jésus à cause de la parole de la femme qui rendait ce témoignage : Il m'a dit tout ce que j'ai fait. 40 Aussi, quand les Samaritains vinrent à lui, ils le prièrent de rester auprès d'eux ; et il resta là deux jours. 41 Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole, 42 et ils disaient à la femme : Ce n'est plus à cause de tes dires que nous croyons ; car nous l'avons entendu nous-mêmes, et nous savons que c'est vraiment lui le Sauveur du monde.





Comme dans tous les pays qui puisent leurs traditions dans le nomadisme, les puits ont toujours eu une grande importance sur la terre des descendants de Jacob. Le puits était le lieu où se rassemblaient les troupeaux, c’était aussi le lieu où s’arrêtaient les caravanes. La Bible y a fixé l’histoire sentimentale des patriarches. C’est auprès d’un puits que Moïse tomba amoureux de Séphora, c’est également auprès d’un puits qu’Eliezer rencontra la belle Rébecca qui devint la femme d’Isaac et la mère de Jacob, le fondateur du puits dont il est question ici

Les puits dans la Bible sont donc des lieux de rencontres amoureuses et tout laisse à penser que ce puits pourrait bien devenir le lieu d’une idylle entre Jésus et cette femme de Samarie. Ce puits fut aussi témoin de la triste histoire de Dina dont les frères, les fils de Jacob tuèrent l’amant malgré sa vive passion pour elle et son désir de l’épouser, faisant de ce site un lieu de discorde entre juifs et occupants locaux. ( voir genèse 34)

Dans le récit qui nous occupe la femme possède ce que Jésus n’a pas. Elle a une cruche, dont il aurait bien besoin pour puiser de l’eau et se désaltérer mais l’animosité qui oppose leurs deux peuples fait qu’elle ne peut lui prêter sa cruche et que Jésus restera sans boire jusqu’à la fin de l’histoire.

En fait, le discours de Jésus sera chargé de symbole. Quand il parlera de boire de l’eau, il parlera en fait d’autre chose. La femme qui n’est pas sotte comprend vite qu’il parle par énigme, mais peut être se méprend-elle sur le sens de l’énigme, ce qui ajoute un quiproquo savoureux à l’histoire. Jésus en parlant mystérieusement allume en elle un désir qui évidemment demeurera sans suite.

C’est alors que nous est relaté le pitoyable récit de son existence. C’est le type même du récit de la vie lamentable que mènent les femmes dans ces civilisations quand elles n’ont pas de chance. Ce fut sans doute l’histoire de Dina dont nous avons évoqué le nom et la triste histoire. Elle fut déshonorée bien des siècles plus tôt dans ces mêmes lieux. Son prétendant a été assassiné, mais elle qu’est-elle devenue ? Elle a été oubliée par l’histoire, comme l’aurait été cette Samaritaine si elle n’avait pas croisé les pas de Jésus.

Il n’est pourtant pas difficile de reconstituer son histoire. Elle a été entraînée très jeune dans un mariage qui a mal tourné. Pourquoi ? Mari trop vieux ? Mari violent ? Mari mort trop tôt ? Elle fut peut –être veuve sans enfant ? Nul ne le sait ! Après cela, plus personne n’a voulu d’elle. Elle en est à sa quatrième tentative sans trop d’espoir. En effet, une femme ne peut exister sans mari. Une femme veuve, délaissée ou abandonnée ne peut que dépendre de sa famille d'origine, et si elle n'en a plus elle ne peut trouver son salut que dans la mendicité ou la prostitution. Si elle cherche à forcer le destin, elle sera considérée comme une femme de mauvaise vie, proie facile pour la lubricité des hommes.

On a dit que Jésus n’avait rien changé aux problèmes sociaux qui frappaient la société de son temps. Ici, s’il ne résout pas le problème, il le pointe du doigt car il accepte de braver l’interdit, comme il le fera d’autres fois. Il ose adresser la parole à une femme qu’il ne connaît pas et qui plus est, est samaritaine. Les conventions sociales font qu’il ne peut y avoir aucun contact entre eux. Il lui adresse cependant la parole; mieux, il excite sa curiosité et lui donne à espérer. En effet, comme nous venons de le dire, cette femme n’a plus grand chose à espérer de la vie. Rejetée par un peuple qui est lui-même rejeté, que peut-elle attendre ? L’espoir est un sentiment qui est porteur de vie, même si cet espoir ne mène à rien, il provoque en elle un sursaut d’énergie qui est porteur de désir de vie.

Qu’est ce que Jésus peut lui donner à désirer ? Elle ne le sait pas elle-même. Va-t-elle se risquer à espérer que ce juif s’offre à elle comme un 7 eme mari potentiel ? Il serait le bon cette fois, il donnerait de la dignité à sa vie gâchée ? Rien ne le dit, mais la manière dont le texte est construit suggère cependant que cette pensée a du l’effleurer. L’étonnement des disciples est bien là pour confirmer que cette hypothèse fait partie des non-dits du texte. Mais elle n’est pas retenue par Jésus, on s’en doute. Il entraîne la femme sur une autre piste. La vie n’est pas seulement faite de réussites sentimentales ou matérielles. Il y a d’autres choses qui sont capables de contribuer à épanouir notre existence. Il lui parle d’une eau de vie qui ne se puise pas avec une cruche. C’est une vie renouvelée par Dieu qui donne de la valeur à notre personne.


Piètre consolation dira-t-on que de se dire que notre vie intérieure peut prendre du relief quand toute notre vie matérielle à échouée. Seules des êtres d’exception tels François d’Assise ou sœur Emmanuelle pourraient le dire, et ils ne l’ont pas dit. Mais Jésus n’est pas cruel, il ne lui conseille pas de se réfugier en Dieu puisque les hommes l’ont rejetée, il ne lui dit pas qu’elle peut vivre d’une eau spirituelle et de pain céleste à défaut de boisson désaltérante et de nourriture solide. Il ne lui dit pas non plus que faute d’un vrai mari sur terre elle peut fantasmer et s’imaginer en trouver un au ciel.

Par le seul fait d’avoir suscité un bref espoir Jésus a ranimé en elle sa capacité à exprimer des désirs. Le désir s’appuie sur une possibilité de dépassement et cela aide à exister. Il lui montre qu’il y a réellement d’autres valeurs que celles qu’elle a cherchées à atteindre jusqu’à maintenant. Il ne lui conseille pas d’accepter de vivre son sort avec résignation en lui parlant d’un bonheur futur au paradis, mais il l’encourage à vivre maintenant et à se dépasser maintenant. C’est d’ailleurs ce qu’elle fait puisqu’elle plante là sa cruche et qu’elle va ameuter la ville en plein midi.

Jésus est entré en relation avec elle sans établir de distance entre elle et lui. Il n’a fait état ni de sa supériorité masculine à lui, ni de sa déchéance féminine à elle. Même s’il lui a bien montré qu’il connaît tout de son passé peu glorieux, cela n’a établi aucune distance entre eux. Cette simple attitude suffit à éveiller en elle de l’espoir parce qu’il l’a considérée comme une femme normale. Elle se met alors à rassembler du monde, hors de la ville et hors de la sieste pour leur dire que la seule valeur qui compte dans la vie c’est celle que l’on reçoit de Dieu.

La vie spirituelle que propose Dieu n’est pas forcément liée à l’austérité religieuse dans laquelle, rites et prières prendraient force d’habitude en dominant les frustrations. La vie spirituelle consiste à introduire Dieu dans le quotidien de la vie, à lui offrir nos espoirs et nos peines, à lui faire partager nos frustrations pour qu’il nous aide à les dépasser, car Dieu ne se rencontre que dans le dépassement de soi.

Si la femme a oublié sa cruche c’est qu’elle a déjà dépassé l’intérêt pour la vie matérielle où elle était, si elle va chercher les villageois c’est qu’elle a dépassé les conventions sociales qui l’ont enfermée dans sa situation. Elle est désormais prête à se battre pour la vie.

« Venez-voir l’homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ! » Mais qu’a-t-elle fait la pauvrette ? Elle n’a rien fait. Elle a bien essayé de faire, mais à chaque tentative elle n’a rencontré que des échecs. Elle a compris qu’elle ne pouvait pas rester enfermée dans ses échecs. Alors que rien n’avait encore changée dans sa vie, elle a compris que tout désormais pouvait changer, et elle le fait partager aux autres, car elle se met à considérer les choses autrement. Dieu s’est révélé à elle comme le Dieu de l’ouverture et non de l’enfermement. Qu’est-ce qui a alors changé en elle ? rien et pourtant tout a changé. N’est-ce pas cela l’action du Christ en nous ? N’est-ce pas déjà cela le Royaume ?

Exode 17:3-7 Moïse et le rocher



Exode 17:3-7 - Moïse et le rocher - Dimanche 23 mars 2014


 3 Là, le peuple avait soif, le peuple maugréait contre Moïse. Il disait : Pourquoi donc nous as-tu fait monter d'Egypte, si tu nous fais mourir de soif, moi, mes fils et mes troupeaux ? 4 Moïse cria vers le SEIGNEUR : Que dois-je faire pour ce peuple ? Encore un peu, et ils me lapideront ! 5 Le SEIGNEUR dit à Moïse : Passe devant le peuple et prends avec toi des anciens d'Israël ; prends aussi ton bâton, avec lequel tu as frappé le Nil, et tu t'avanceras. 6 Quant à moi, je me tiens là, devant toi, sur le rocher, en Horeb ; tu frapperas le rocher, il en sortira de l'eau, et le peuple boira. Moïse fit ainsi, sous les yeux des anciens d'Israël. 7 Il appela ce lieu du nom de Massa (« Provocation ») et Meriba (« Querelle »), parce que les Israélites avaient cherché querelle, et parce qu'ils avaient provoqué le SEIGNEUR, en disant : Le SEIGNEUR est-il parmi nous ou non ?




Ce peuple harassé par sa marche, en pleine asthénie à cause de la soif manque-il vraiment de foi vis-à-vis de Dieu qui a fait naître en lui le désir de liberté par l’entremise de Moïse ? Dieu serait-il un dieu pervers qui attendrait des actes de foi prodigieux pour stimuler les hommes qui se réclament de lui en les culpabilisant ? C’est ce que suscite en nous une lecture trop superficielle de ce texte, et tout être raisonnable serait donc amené  à se détourner d’une telle divinité. Mais ce n’est pas ainsi que nos ancêtres huguenots  ont compris ce texte. C’est pourtant au nom de ce Dieu que beaucoup d’entre eux ont risqué leur vie, se sont fait prendre par les dragons du roi et sont allés mourir aux galères. Dieu ne leur a pas envoyé ces épreuves pour tester leur foi, mais il a donné, à ceux qui n’ont pas succombé sous les coups la force de vivre et d’avancer vers la liberté et nul n’aurait osé dire qu’ils avaient manqué de foi.

C’est avec cette image des peuples avides de liberté et qui n’ont pas forcément réussi à la concrétiser que nous aborderons ce texte aujourd’hui.

On a retenu de cet événement que Dieu, après avoir compris le poids de la détresse et de l’oppression d’un peuple réduit en esclavage a décidé de s’attacher à lui et d’organiser sa délivrance à son corps défendant. L’histoire a fait de cette histoire  le signe même  de l’action de Dieu au milieu des hommes. Elle a servie de motivation aux esclaves  américains,  aux Huguenots en France et  de justificatif à la théologie de la libération. C’est ainsi que pour  pousser ce peuple   dans  l’aventure. Dieu a donné à Moïse vocation de provoquer en lui le désir de liberté, et c’est lui  qui l’ a accompagné ce sur les routes du désert dans l’attente de voir se réaliser son rêve de s’installer  sur  une terre où coule le lait et le miel. Pourtant, c’est une longue période d’errance et de déception qui s’ouvrira  sous  les pas de  ce peuple gonflé d’espérance avant qu’il atteigne son but.


Une telle histoire  aussi exaltante n’a cessée de se reproduire depuis des siècles dans toutes les  sociétés avides de changement. Les itinéraires  n’étaient  pas les mêmes, mais les enjeux sont restés les mêmes. Le désert qu’il fallait traverser à dos de chameaux est devenu de nos jours une mer,  qu’il faut affronter sur de précaires coquilles de noix. La terre d’accueil où les demandeurs de mieux être, espèrent partager l’abondance des pays nantis, devient un mirage et s’éloigne de ceux qui espèrent. Les lieux de refuge deviennent plus inhumains que  la terre de départ. Croyant fuir l’esclavage, ils tombent dans la misère et comme sur la terre qu’ils ont quittée, ils restent des  peuples exploités.

Il n’est pas difficile de faire un parallèle entre la situation des réfugiés actuels et la situation des Hébreux qui se sentaient abandonnés par  ce Dieu qui avait provoqué leur libération. Cette histoire, malgré tout banale, en comparaison des drames que vivent les réfugiés modernes, semble mettre Dieu en accusation.  Certes le peuple libéré de l’esclavage n’avait pas demandé qu’il agisse en leur faveur. Trop exploités, ils n’avaient pas les moyens de redresser la tête ni d’imaginer une délivrance quelconque. Un peuple sans espérance n’a pas les moyens de se révolter. Depuis des siècles il subissait son  sort sans  broncher.

Pourtant l’espérance qui semblait impossible s’est quand même  produite. Les intrigues de cour du moment ont provoqué une rivalité entre princes. La libération de ce peuple opprimé devint l’enjeu du défi qu’ils se jetèrent l’un à l’autre. Ce fut le début de l’histoire : «  Laisse partir mon peuple, Let my  people go. » Ce n’est pas pour s’approprier le pouvoir que le prince qui défendait les esclaves s’opposait au prince régnant,  c’est pour une question de philosophie : le droit à la liberté.

Voila qui est nouveau. Le droit à la liberté n’est pas une invention des philosophes du dix huitième siècle, c’est un principe qui remonte à la nuit des temps et dont l’origine serait en Dieu, c’est en tout cas ce qui ressort de ce texte.  Les théologiens et les historiens se battent entre eux  pour dater l’origine de ce récit. Qu’importe la date ! Il est clair qu’au cinquième siècle avant Jésus Christ, date de rédaction de ce texte, l’affaire était pliée. Ainsi la première action attribuée à  Dieu  dans l’histoire, le fait apparaître comme un pourvoyeur de liberté. On l’oubliera par la suite.

La notion de liberté et la notion de vie sont toutes proches l’une de l’autre. C’est en vertu de ce principe que  l’enfant expulsé de la prison du ventre de sa mère en sort pour affronter la vie. Le poussin enfermé lui aussi dans son œuf doit casser la coquille qui le retient à l’intérieur pour en sortir et  se préparer à vivre. Le peuple hébreu, séduit par ce prince qui ne revendiquait pas le pouvoir pour lui-même mais qui risquait sa vie pour réclamer le droit à la liberté, fut conquis par son  enthousiasme. Cet enthousiasme lui donna la force  de bousculer le joug qui l’opprimait.  Tels des  poussins brisant leur coquille, ils trouvèrent leur raison de vivre et d’espérer  en Moïse dont ils adoptèrent  le Dieu comme libérateur.

Sur le plan théologique et sur le plan spirituel, tout cela prend du sens et vient alimenter notre foi. Mais on ne peut pas s’en tenir là et se satisfaire de ces principes sans poser la question : pourquoi, cela ne marche-t-il pas, ou pourquoi cela ne marche-t-il que rarement?  C’est en formulant cette question  que nous retrouvons les Hébreux en plein désert, crevant de soif. La dureté du moment a asséché leur espérance. Moïse qui les conduisait n’avait pas vraiment de solution de rechange. Etait-ce la fin de l’expérience ? Etait-ce l’échec de l’entreprise ? Moïse s’était-il  fourvoyé, le Dieu qui était à l’origine de tout cela n’était-il que du vent  sans  pouvoir ? Cette question  revient  d’une façon lancinante.  Pourquoi Dieu qui est à l’origine de tout cela attendit-il si longtemps  pour répondre à leur nécessité immédiate ?  La seule bonne réponse était-elle celle d’un miracle  en dernier recours ?

L’auteur du texte suggère sans le dire (1) qu’ils avaient manqué de foi, qu’ils étaient ingrats et toujours revendicateurs, qu’ils étaient un peuple insatisfait  qui fatiguait  ceux qui leur voulaient leur  bien, à commencer par Dieu. Mais l’espérance en Dieu, face à l’échec apparent ne finit-elle pas par mourir ?  En effet, l’espérance est quelque chose qui vit en nous et pour  qu’elle vive quand plus rien ne nous retient dans la vie,  il faudrait un miracle. L’auteur a compris  que sans l’intervention de Dieu l’histoire allait  tourner court et s’arrêter là, c’est pourquoi sous la plume du narrateur, il a suffi d’un coup de baguette pour que se produise le miracle.  L’histoire repartit  alors et le peuple fut accusé de manquer de foi ! Mais c’était trop facile. Et c’est désespérant pour tous ceux qui ont échoué.

Dans les histoires modernes,  Dieu dispose rarement de  baguettes pour faire évoluer les situations de manière heureuse et surtout il ne dispose pas forcément de mains fermes, telles celles de Moïse pour manier la baguette pourvoyeuse de solutions propices.

Bien qu’audacieux et entreprenant au départ, le dynamisme des peuples en marche perd son énergie à mesure que se succèdent les échecs. Ils perdent l’audace qui les fait avancer.  Si la bonne solution  réside  dans le miracle qui regonflera leur dynamisme, il faut se demander qui aura la force de saisir la baguette que Dieu tend aux hommes pour apporter la solution souhaitée ? La réponse est dans la question ! elle se trouve dans le cœur de celui qui se sent concerné pour faire le geste que Dieu attend des hommes pour réaliser le miracle. Déjà Jésus qui a passé sa vie  à nous motiver, tend le doigt dans notre direction et espère une réponse de ceux qui ont compris son Évangile.


Il lui faut des mains capables de  tenir la baguette et désireuses de collaborer avec Dieu à l’amélioration du monde. Jésus appelle tous les hommes en aussi grand nombre que nécessaire pour que, autant de miracles que possibles,  se produisent. Ce ne sont pas de  grands miracles qui sont souvent demandés. Ici, ce ne sont  que quelques gouttes d’eau pour assouvir la soif qui rendront  l’espérance et permettront  à ceux qui sont en manque d’avancer, car Dieu a besoin des hommes, de tous ces croyants que nous sommes, pour qu’un avenir meilleur s’ouvre devant les pas de  ceux qui espèrent en lui.  

(1)  Voir aussi le texte parallèle de  Nb 20 :13

(2)   Illustrations: Eglise Notre Dame de Beaulieu Briatexte  – Nicolaï Grechny