jeudi 6 février 2014

Matthieu 6:23-34








Matthieu 6 :23-34  Les inquiétudes; Dimanche 2 mars 2014

22 L’œil est la lampe du corps, si ton œil est en bon état, tout ton corps sera illuminé, 23  mais si ton œil est en mauvais état, tout ton corps sera dans les ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, combien grandes seront les ténèbres.  24 Nul ne peut servir deux maîtres ; car ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon.

15 C'est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous serez vêtus. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? 26 Regardez les oiseaux du ciel : Ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n'amassent rien dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ? 27Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une seule coudée à la durée de savie ? 28 Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement ? Observez comment croissent les lis des champs : Ils ne travaillent, ni ne filent ; 29 cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n'a pas été vêtu comme l'un d'eux. 30 Si Dieu revêt ainsi l'herbe des champs qui existe aujourd'hui et demain sera jetée au four, ne vous (vêtira-t-il) pas à plus forte raison, gens de peu de foi ?

31  Ne vous inquiétez donc pas, en disant : Que mangerons-nous ? Ou : Que boirons-nous ? Ou : De quoi serons-nous vêtus ? 3 2Car cela, ce sont les païens qui le recherchent. Or votre Père céleste sait que vous en avez besoin. 33 Cherchez premièrement son royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par-dessus. 34Ne vous inquiétez donc pas du lendemain car le lendemain s'inquiétera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine 




Qui osera nous dire, quand la nature est perturbée par des soubresauts imprévisibles qu’il ne faut se soucier de rien, pas même des petits oiseaux du ciel puisque Dieu est sensé en prendre soin ? Qui osera dire aux peuples en révolte sur toute la planète qu’ils doivent rester tranquilles et qu’ils n’ont pas à s’inquiéter du lendemain ? Qui aura l’audace de nous conseiller de ne pas avoir d’inquiétude pour notre vie et celle de nos enfants quand la nourriture vient à manquer, que les vêtements font défaut et que le toit qui nous abrite risque de nous être confisqué par les huissiers à l’arrivée du printemps ?

Contrairement à ce que nous avons lu, ce n’est pas Jésus qui donnera de tels conseils! Celui qui oserait le faire au nom de l’Evangile serait bien coupable et mal venu, car le « Père céleste continue Jésus sait que vous en avez besoin ! » Pourtant nous avons bien entendu que Jésus dit de ne pas s’inquiéter. Or s’il dit de ne pas s’inquiéter, il ne recommande pourtant pas la passivité, il ne nous invite ni à subir ni à ne rien faire. Selon lui l’inquiétude n’est pas la bonne arme de combat face aux difficultés de la vie car elle ne permet pas de s’attaquer aux problèmes. Elle fonctionne plutôt comme un frein qui limiterait nos possibilités d’action. Elle maintient les peuples dans le fatalisme et l’inaction.

Regardez donc les petits oiseaux, ils n’attendent pas que la nourriture leur tombe dans le bec. Ils consacrent tout leur temps à travailler en cherchant des graines ou des vermisseaux du lever du soleil jusqu’à la nuit tombante. Ils font le travail nécessaire au jour le jour et n’ont pas le souci du lendemain. Ils font ce qu’il faut quand il faut. Le souci ne fait pas partie de leurs préoccupations car ils n’ont pas la capacité mentale de s’en faire, pourtant ils subsistent quand même.

Jésus semble donc nous dire que le souci n’est pas le bon compagnon du croyant en temps de crise, car il fait barrage à l’action et au dynamisme, or le dynamisme n’a pas de meilleur allié que l’Esprit saint, car c’est lui qui provoque en nous le vouloir et le faire et s’oppose à la résignation.

En fait, il faut commencer par se demander ce qui provoque en nous l’inquiétude. Nous sommes inquiets quand notre situation ne nous satisfait pas et qu’elle se dégrade. A première vue, nous ne savons pas comment l’améliorer. Cette situation provoque en nous une réaction de repli sur soi, elle nous fait même réagir de manière égoïste. C’est pourquoi, face à une menace de manque nous éprouvons le besoin d’ accaparer ce qui risque de nous faire défaut. Nous avons tous constaté que si une crise s’annonce, immédiatement les gens, à cause de la peur de devenir victimes, ont presque automatiquement le réflexe de stocker les produits de première nécessité d’une manière irrationnelle. La raison voudrait que l’on se procure seulement les produits dont on aura besoin dans un temps limité. Au-delà de ce temps, l’accumulation des provisions ne sert plus à grand chose, les réserves se conservent mal et ne servent plus à rien si non à accentuer la pénurie et mettre les autres en difficulté.

Ces réflexions nous plongent en plein dans la problématique que soulève Jésus : « Ne vous inquiétez donc pas en disant : De quoi vivrons-nous, ou de quoi serons-nous vêtus, ce sont les païens qui le cherchent, cherchez le Royaume et sa justice » dit-il. Nous voilà au cœur du problème. Le Royaume qu’il nous faut chercher, n’est pas seulement une jouissance heureuse qui nous sera donnée à la fin des temps, et qu’on n’aura pas besoin de chercher puisqu’elle viendra toute seule. Le Royaume est aussi l’anticipation dans le temps présent de cette réalité heureuse promise pour plus tard. Il se construit par l’effort et la sueur, avec Jésus pour guide et le saint Esprit comme inspirateur. Il se construit avec la complicité de Dieu dans la confiance et l’espérance. C’est cela la foi.

L’inquiétude se caractérise par le manque de confiance en soi et le manque d’espérance en l’avenir. L’inquiétude s’oppose donc à la foi. Le saint Esprit a du mal à bousculer ceux qui manquent de foi. La foi n’est donc pas un oreiller de paresse qui conforterait le croyant dans une inactivité passive en attendant que Dieu fasse ce que nous n’avons pas le courage de faire. Or Dieu pour sa part attend que ce soient les hommes qui mettent tout en œuvre pour réaliser les projets qu’il leur inspire. Jésus par ses propos renverse les valeurs auxquelles nous sommes habitués. C’est ainsi que le saint Esprit nous rend dynamiques face aux circonstances du moment.

Celui qui attend que Dieu fasse tout, quand le besoin s’en fait sentir risque d’être bien déçu, car Dieu n’a pas l’intention de nourrir son attente passive. Au contraire, il s’efforce de réveiller le dynamisme des croyants pour les mettre en action, car c’est en observant ce qu’ils font que les autres découvriront que Dieu est en train d’agir. Quiconque refuse de sortir de lui même et de se mettre à agir ne pourra comprendre la signification du Sermon sur la Montagne.

En effet comment celui qui attend passivement que Dieu intervienne, pourrait-il comprendre que Dieu reste insensible à la détresse des peuples, et qu’il n’est pas ému en voyant des enfants sans nourriture ni vêtements. Il faudrait être un païen pour concevoir un tel Dieu. Et si les chrétiens contemplent passivement le monde en attendant l’intervention de Dieu, il faut alors les ranger dans le camp des païens !

Si nous arrivons à une telle conclusion, c’est que nous sommes tombés dans le domaine de l’absurde où nous ne saurions nous attarder.

Quand la nature se révolte contre elle-même et entraîne les hommes dans la mort, quand la répression laisse les foules sur le carreau sans espérance, quand les tyrans avides de puissance construisent leur autorité sur le corps des innocents qu'ils envoient à la mort, il est de notre devoir de chercher à entendre la voix de Dieu et de trouver la direction qu’il nous suggère de suivre. Que le lecteur soit alors attentif ! Qu’il considère que Jésus l’ a entraîné derrière lui pour qu’il comprenne qu’il n’y a d’espérance possible qu’en rejoignant ceux qui ont déjà compris que c’était aux hommes de construire le Royaume dont nous espérons la venue. Le succès n’est pas garanti d’avance mais cela ne peut se faire en dépit de la Justice telle que Jésus la conçoit. : « Cherchez d’abord le Royaume et sa justice ! ». dit encore Jésus

Nous savons-bien que la justice de Dieu ne correspond pas forcément à l’aspiration des peuples, car la justice telle que Jésus nous l’enseigne porte en elle la notion de vie qui prend priorité sur tout autre valeur. Tout ce qui favorise la vie et son développement harmonieux relève de la justice de Dieu car « sauvegarde de la vie » et « justice de Dieu » regardent dans la même direction et on ne peut construire le Royaume qui est au bout de notre espérance sans elles.

Arrivés ici dans notre développement, il nous faut maintenant entendre tous ceux qui sont inquiets, qui n’ont pas d’espérance, et qui ne sont pas habités par la foi telle que nous l’avons décrite. Le dynamisme dont nous avons parlé les a peut être abandonné, peut importe, ils sont mal dans leur peau, ils ont peur pour leur avenir, ils n’ont pas le courage de s’engager dans la contestation au risque de leur vie, c’est pourquoi Dieu les confie à notre prière pour qu’ils ne soient pas exclus de ce mouvement, car il les enveloppe de son amour et à cause de  leur détresse ils ont ont droit  à sa tendresse.

Illustrations: de haut en bas 

Marc Chagall
Michel ange
Picasso
Marc Chagall
Rembrandt



dimanche 2 février 2014

Matthieu 5:38-48



Matthieu 5/38-48 : le dépassement de la Loi  Dimanche 23 février 2014

38 Vous avez entendu qu'il a été dit : Oeil pour œil, et dent pour dent.

39 Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi l'autre. 40 Si quelqu'un veut te traîner en justice, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. 41 Si quelqu'un te force à faire un mille, fais-en deux avec lui. 42 Donne à celui qui te demande, et ne te détourne pas de celui qui veut emprunter de toi.

43 Vous avez entendu qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. 44 Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, [bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent], et priez pour ceux [qui vous maltraitent et] qui vous persécutent. 45 Alors vous serez fils de votre Père qui est dans les cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. 46 En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les péagers aussi n'en font-ils pas autant ? 47 Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d'extraordinaire ? Les païens aussi, eux-mêmes, n'en font-ils pas autant ? 48 Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait.
En dépit de la loi d'amour que nous connaissons trop bien et que nous n'appliquons que très mal, L’Evangile contiendrait-il aussi une série de préceptes plus rigides, plus sévères même que les préceptes de la loi de Moïse décriés ailleurs par Jésus  qui en d’autre temps a fait de l’amour le point central de son enseignement? Mais tous ces préceptes qui relèvent de la morale n’ont sans aucun doute aucun sens si on n’a pas intégré la pensée profonde de Jésus qui relève non de la loi mais de  la foi. Ici il durcit la Loi, pour mieux la dépasser  pour nous inviter à entrer dans la foi

C’est la foi qui nous permet de comprendre ce que Jésus veut signifier ici. Et c’est par la foi seulement que nous pouvons vivre en harmonie avec Dieu. Le Dieu auquel Jésus nous demande de nous rallier, n’est pas un Dieu redoutable qu’il nous faudrait craindre. Il n’est pas l’auteur des maux qui nous accablent. Si Jésus en rajoute, c'est pour affirmer que par la foi,  le regard que l'on porte sur la loi  prend une tonalité  entièrement différente. Par la foi, nous croyons qu’il est le compagnon fidèle et discret de notre vie au quotidien et nous croyons qu’il est capable de redonner au dernier jour une force de vie extraordinaire à notre corps trop fatigué pour vivre encore.

Si nous croyons cela c’est que Dieu s’est révélé comme une réalité qui donne priorité en tout temps à l'amour pour les autres dans la personne de Jésus Christ. Nous découvrons en lui un amour tellement grand, tellement désintéressé, tellement impensable que rien ne peut  exprimer en termes cohérents la réalité qu'il représente . Jésus nous a enseigné à voir Dieu de cette façon, de telle sorte que nous devrions éprouver un bonheur immense à être en relation avec lui. C’est pour cela que nous devrions par amour pour Dieu faire joyeusement des choses désintéressées en faveur des autres, voire même impensables  pour ceux au milieu desquels nous nous trouvons. Nous allons bien au-delà des exigences de la loi, quand c'est par amour que  nous agissons en faveur des autres.  L’amour qui est en Dieu devrait tout naturellement envahir notre personne et se manifester  de telle sorte que chacun de nos gestes devrait en être le reflet. Ainsi au lieu de nous choquer les préceptes de ce passage de l’évangile devraient nous paraître tout naturels.

Or, il est peu vraisemblable, dans les temps actuels, de réussir à mettre tout cela en pratique, car le monde où nous sommes nous entraîne à avoir d’autres comportements, c’est pourquoi, nous nous inquiétons. Nous sommes inquiets parce que nous sommes habités par le doute et les soucis de ce monde. Nous sommes inquiets parce que nous voudrions qu'il n'y ait pas distorsion entre ce que nous aimerions faire et  ce que la société contemporaine nous invite à faire. Nous vivons dans un monde où le regard de l’autre est perçu comme une mise en cause continuelle de nous-mêmes.

Nous n’aimons pas être différents des autres, nous n’aimons pas que nos attitudes soient interprétées comme des gestes provocants. Au fond de nous-mêmes, nous restons profondément attachés aux comportements de ce monde qui nous poussent à donner priorité à nos intérêts personnels au lieu de donner priorité aux intérêts de ceux qui sont moins favorisés que nous. Pourtant Jésus nous invite à vivre en sa compagnie, comme s 'il était vivant en nous  et  qu'il nous invitait en même temps à faire taire notre raison, car Dieu parle à notre cœur et non à notre raison.

Les comportements dictés par l’amour ne sont pas l’effet d’une loi mais ils sont l’effet d’un sentiment qui est d’autant plus sensible que c’est par lui que Dieu agit en nous. En intégrant l’amour de Dieu dans nos comportements quotidiens, nous agissons conformément à sa volonté. C'est ainsi, qu'au regard de Jésus nous devenons  des humains normaux !

C’est quand cela ne se passe pas ou se passe mal que nous sommes anormaux. Il n’y a rien de surprenant à cela nous dit Jésus. Quand nous agissons conformément à ses préceptes, nous ne faisons rien de remarquable nous nous comportons seulement comme des hommes et des femmes ordinaires. C’est en effet comme cela, nous est-il dit dans les Ecritures, qu’au commencement, Dieu a voulu que nous nous comportions, puisqu’il a souhaité que nous que nous soyons conformes à son image. En nous laissant guider seulement par l’amour, nous devenons les vis à vis de Dieu, tels que cela a été prévu au premier jour.

Nous ne pouvons donc être réellement humains que si Dieu nous rend humain, et nous ne le devenons vraiment que le jour où nous réalisons que c’est lui qui provoque en nous les sentiments altruistes que nous éprouvons et qui les transforme en gestes d’amour.

Nous n’avons donc pas à être fatalistes dans notre vision du monde en disant que le Royaume de Dieu se réalisera quand Dieu le voudra, et que cela se fera comme il le voudra. L’avenir heureux de l’humanité ne se fera pas quand Dieu le voudra mais quand les hommes y mettrons du leur. C’est alors que nous accepterons de faire avancer les choses par l’amour que nous mettrons dans nos comportements. Il en ira ainsi pour toutes les questions qui concernent l’évolution harmonieuse de nos sociétés et du monde


Nous deviendrons alors la lumière du monde, non pas une lumière aveuglante et étincelante dont nos rues sont remplies à la nuit tombées, non pas cette lumière crue, accompagnée de musique trop forte  qui se reflète dans des boules qui tournent comme dans les boîte de nuit, mais une lumière diffuse qui atténue les contours et donne un joli teint aux visages. Chacun de nous est appelé à être individuellement une lumière de telle sorte que ce sera l’ensemble de nos luminosités qui mises à côté les unes des autres donneront du sens au monde. Ce n’est donc pas par des actes spectaculaires, bouleversants, visibles par tous, que nous répondrons à notre vocation, mais c’est en étant nous-mêmes travaillés de l’intérieur par notre Dieu et inspirés par lui.

Si, nous trouvons que nos gestes guidés par l’amour des autres sont irrationnels et que ceux-ci ne font pas de nous des êtres capables d’opérer un seul miracle qui révèlerait la puissance de Dieu, ne nous alarmons pas car c'est  ainsi que Dieu attend que nous nous comportions. Il n veut pas que nous fassions des prodiges qui feraient de nous des êtres supérieur, il veut simplement que par notre comportement normal, les hommes voient à travers nos actions et nos gestes  les projets que Dieu a pour le monde. 

Tout au long de l'Ecriture, nous avons rencontré un Dieu qui cherche les hommes et qui s’adaptent à eux. Malgré ses imperfections, il essaye de faire entrer l’humanité dans ses projets. Il n’hésite pas à se mettre lui-même en cause pour atteindre notre cœur d’ hommes. C'est ainsi q'il se repentit d’avoir voulu détruire la terre au moment du déluge et il nous est raconté comment il entreprit de sauver Noé. 

Il n’hésita pas à faire confiance à toute une série d’hommes peu fiables tels que Jacob et David pour que s’accomplissent par des hommes ordinaires les mystères de sa révélation. Et quand il vint partager la vie des hommes en Jésus Christ, il lui associa 12 compagnons, qui tous le trahirent. Pourtant, jamais il ne s’en plaindra, jamais il ne les rejettera, c’est avec eux qu’il jettera les première bases de son Eglise qui faute de pouvoir être unique deviendra plurielle. 

C’est elle qu’il chargera d’agir de telle sorte que le monde croit et découvre à travers elles les dimensions du salut que Dieu a prévu pour le monde, car le monde ne demande qu’à changer pour peu qu’il se sache aimé. Et il ne se sentira aimé que si nous savons y mettons du nôtre. Tout évoluera dans le bon sens si, en imitant Dieu, nous répondons à sa confiance par la fidélité.
Nous entrons alors dans ce courant d'amour qui est la force de vie que Dieu a mis en œuvre pour gérer le monde et en agissant ainsi nous rejoindrons Dieu dans sa perfection


Illustrations: Marc Chagall

lundi 27 janvier 2014

Matthieu 5:17-37




Matthieu 5 :17-37 la vraie loi dimanche  16 février 2014

17 Ne pensez pas que je sois venu abolir la loi ou les prophètes. Je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. 18 En vérité je vous le dis, jusqu'à ce que le ciel et la terre passent, pas un seul iota, pas un seul trait de lettre de la loi ne passera, jusqu'à ce que tout soit arrivé. 19 Celui donc qui violera l'un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux, mais celui qui les mettra en pratique et les enseignera, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux. 20 Car je vous le dis, si votre justice n'est pas supérieure à celle des scribes et des Pharisiens, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux.

21  Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, celui qui commet un meurtre sera passible du jugement.22 Mais moi, je vous dis : Quiconque se met en colère contre son frère sera passible du jugement. Celui qui dira à son frère : Raca ! sera justiciable du sanhédrin. Celui qui lui dira : Insensé ! sera passible de la géhenne du feu. 23 Si donc tu présentes ton offrande à l'autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, 24 laisse là ton offrande devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère, puis viens présenter ton offrande. 25 Arrange-toi promptement avec ton adversaire, pendant que tu es encore en chemin avec lui, de peur que l'adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et que tu ne sois mis en prison. 26 En vérité je te le dis, tu ne sortiras point de là que tu n'aies payé jusqu'au dernier centime.

27 Vous avez entendu qu'il a été dit : Tu ne commettras pas d'adultère.
28 Mais moi, je vous dis : Quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis adultère avec elle dans son cœur. 29 Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi. Car il est avantageux pour toi qu'un seul de tes membres périsse et que ton corps entier ne soit pas jeté dans la géhenne. 30  Si ta main droite est pour toi une occasion de chute, coupe-la et jette-la loin de toi, car il est avantageux pour toi qu'un seul de tes membres périsse et que ton corps entier n'aille pas dans la géhenne.

31  Il a été dit : Que celui qui répudie sa femme lui donne une lettre de divorce.
32 Mais moi, je vous dis : Quiconque répudie sa femme, sauf pour cause d'infidélité, l'expose à devenir adultère, et celui qui épouse une femme répudiée commet un adultère.
33 Vous avez encore entendu qu'il a été dit aux anciens : Tu ne te parjureras pas mais tu t'acquitteras envers le Seigneur de tes serments.3 4Mais moi, je vous dis de ne pas jurer : ni par le ciel, parce que c'est le trône de Dieu, 35 ni par la terre, parce que c'est son marchepied, ni par Jérusalem, parce que c'est la ville du grand roi. 36  Ne jure pas non plus par ta tête, car tu ne peux rendre blanc ou noir un seul cheveu. 37 Que votre parole soit oui, oui ; non, non ; ce qu'on y ajoute vient du malin.
Quand les fils de Caïn, construisirent une ville pour y soustraire au regard de Dieu, leur père, coupable du meurtre de son frère Abel, ils inscrivirent sur la porte « interdit à Dieu d’entrer ». C’est ainsi que Victor Hugo tenta de décrire cette terrible impression selon laquelle certains humains éprouveraient le désir de vivre, ne serait-ce que quelques instants, dans un lieu où la présence de Dieu ne serait pas sensible.

Il vous est peut être arrivés, un jour ou l’autre d’éprouver ce désir d’être enfin seul et de pouvoir considérer votre existence avec votre seule conscience pour témoin. Nous aimerions ainsi être parfois libérés du poids des habitudes ou de la de la morale facile ainsi que du regard des autres et par conséquent du regard de Dieu.

Ne soyons pas choqués si ce désir parfois nous a effleurés ! Ayons le courage de la vérité et de nous avouer à nous-mêmes qu’une telle éventualité a pu se produire. Il a pu se produire que, acculés par le soupçon accusateur des autres, nous mettions un terme à la discussion que nous avons avec eux en déclarant que « nous avons notre conscience pour nous». Ce qui signifie que les arguments ou l’opinion des autres ne nous atteignent pas, même s’il s’agit d’écarter de nous le regard que Dieu pourrait porter sur nos actions.

Quand de telles situations se produisent, nous nous sentons d’autant plus seuls que pèse sur nous la réprobation des autres et que nous ne pensons pas que Dieu puisse quelque chose pour nous. Enfermés dans notre problème, nous pensons que seule la solitude pourra nous aider. Si nous nous privons de la présence des autres, c’est que nous ne supportons pas qu’ils puissent avoir raison contre nous.  Nous nous contentons du regard de notre conscience et  par voix de conséquence, nous rejetons celui de Dieu. Si nous nous privons de la présence de Dieu, c’est sans doute, parce que  nous redoutons son jugement et que par avance nous n’accordons que bien peu de valeur au pardon qu’il pourrait nous accorder.  Nous restons seul avec notre sentiment de culpabilité.

Sans que les choses soient vraiment graves, il peut nous arriver de nous engager dans des voies sans issue où nous ne supportons plus la présence des autres et où l’absence de Dieu nous paraît meilleure que sa présence. Refermés sur nous-mêmes, nous confions au temps ou à l’oubli le soin de gérer ce problème que nous voulons garder enkysté en nous-mêmes en espérant qu’il se sclérosera lentement.

Bien sûr nous savons bien que la réponse que nous donnons à cette situation en nous enfermant dans l’oubli est mauvaise, mais comment s’en sortir autrement ? Le passage que nous abordons aujourd’hui ne fait qu’enfoncer un clou douloureux dans note âme puisqu’il nous rappelle qu’il n’y a pas de lieu où le regard de Dieu ne pénètre, et que si une guérison est toujours possible il faut en payer le prix. Que faire alors ? C’est ce que nous allons voir.

Jésus pend le contre pied de cette attitude de repli sur soi que nous pensons parfois être la bonne solution. Il nous rappelle que Dieu a voix au chapitre dans tous les domaines de l’existence et qu’il serait mal venu de notre part de nous appuyer sur sa Loi pour donner des limites à son regard sur nous, comme si la loi posait des limites claires et définies et que l’intention valait l’action. C’est pourquoi il dit que le regard agressif contre l’autre porte déjà en lui le meurtre que l’on pourrait commettre sur lui. Il en rajoute en précisant  que le moindre regard concupiscent est perçu par Dieu et se trouve susceptible d’être sanctionné par lui,  comme situation d'adultère tant il est vrai que Dieu voit tout, même l'inconscient de chaque être.

Sans doute le Lecteur des Ecritures ne reconnaît-il pas ici l’attitude habituelle de Jésus quand il parle des sanctions qui pourraient être la conséquence d’actions qui n’ont été commises qu’en pensée. Ici il n’est question ni d’amour, ni de miséricorde ni de pardon. En constatant que Jésus durcit le ton de la loi, il se peut que nous préférions nous écarter de Dieu et tenter de nous sortir tout seul des nombreux pétrins où la vie nous entraîne. Nous créons ainsi des zones d’ombre en nous qui fonctionneraient comme des zones de non droit pour Dieu. Combien ne se sont-ils pas écartés de l'Eglise parce qu'ils se sont sentis dans cette situation?

Ils ne peuvent alors espérer aucun soulagement ou aucune guérison venant de lui. Ni rien, ni personne ne pourrait plus les aider dans la solitude où ils se réfugient . La seule solution consiste alors à confier ses problèmes à l’oubli. Ils savent cependant qu’une telle pratique n’est pas forcément efficace car le temps n’efface rien, au mieux il rend supportable les choses qu'on lui confie, au pire il donne au remord, le soin de  perturber encore longtemps ceux qui se trouvent en une telle situation.

C’est pour cette raison qu’il est préférable de se tourner quand même vers Dieu, en espérant que derrière la sévérité du ton de Jésus nous trouverons la miséricorde qui s’y cache . C’est la bonne attitude, car la miséricorde de Dieu ne peut se trouver que dans la vérité et c’est pour parler en vérité que Jésus a employé un ton de sévérité. Ce n’est en effet que dans la vérité vis à vis de Dieu et de nous-mêmes que Dieu pourra nous accompagner dans nos difficultés. Pour cela, il nous faudra, accepter qu’il puisse porter un regard sur chaque instant de notre vie. Il faudra aussi que nous acceptions de lui en rendre compte.

Une telle attitude n’est pas facile à accepter, c’est pourquoi certains croyants préconisent alors d’affirmer leur foi dans l’universalité du salut. « Puisque Dieu est infiniment bon, disent-ils, il accordera le pardon à tous les hommes quelque soit leur faute ». Ceux qui croient que les choses se passent ainsi, se rallient un peu vite à la pensée de Voltaire qui disait que Dieu se doit de pardonner puisque c’est son métier. Une telle conception de Dieu équivaudrait à une négation de Dieu, donc à son absence et nous en reviendrions à la case précédente.

En fait, il ne peut vraiment y avoir de pardon que s’il y a eu guérison et il ne peut y avoir de guérison que s’il y a eu dialogue avec celui qui guérit, car Dieu réclame notre participation personnelle au pardon qui s’ensuit.

C’est pour que cette guérison soit effective et ce pardon bien réel que Jésus nous propose une toute autre relation avec son Père. Cette relation consiste à accepter sa présence constante à nos côtés, et à ne pas redouter que son regard se porte sur toutes nos actions. Plus rien, pas même la Loi de Dieu ne peut mettre de distance entre lui et nous. Il devient le partenaire de notre vie, c’est lui qui motive les actions que nous menons par le moyen de l’amour qu’il déverse sur nous.

Notre vie s’épanouira donc à mesure que nous approfondirons ce qui caractérise le mystère de notre existence de croyant. Ce mystère, c’est qu’avec Dieu, nous ne sommes plus deux partenaires, mais trois. Le troisième étant notre prochain qui prend toujours place entre Dieu et nous. C’est donc grâce à la manière dont nous nous comportons avec les autres que nous sommes capables de voir comment Dieu agit en nous, car les gestes d’amour que nous faisons nous viennent de lui.

Quand nous faisons le point sur notre vie et que nous constatons que nous n’avons pas eu les gestes d’amour appropriés ou que nous avons eu des paroles blessantes, des gestes violents ou que nous avons commis quelque action qui ait causé du tort à autrui, il ne nous est pas difficile d’en déduire que nous nous sommes écartés de Dieu. A ce moment là, notre retour volontaire à plus d’intimité avec lui, est la seule école qui nous permette de revenir vers lui, de réparer le tort que nous avons fait et de nous réconcilier avec nous-mêmes. C’est par l’amour dont nos gestes seront à nouveau marqués que nous verrons l’efficacité du pardon de Dieu en nous.

Notre relation à Dieu sera désormais motivée par l’amour dont nous serons capables envers les autres. La Loi rigide qui réglait nos comportements à l’égard des autres est totalement dépassée, car une nouvelle Loi a pris place en nous ; c’est celle de l’amour du prochain. Elle consiste à régler nos comportements envers les autres de telle sorte que nous ne lésions personne, mais que tous se trouvent grandis par ce que nous entreprenons.

Ce comportement n’a aucune chance de porter ses fruits si nous ne prenons pas Dieu comme partenaire quotidien et si nous ne le prions sans cesse. Notre vie ne peut être vraie que si nous opérons une fusion d’amour avec Dieu.

Contrairement à ce que pourraient penser ceux dont la vie n’est pas éclairée par Dieu, un tel comportement n’est ni pénible ni contraignant, car la présence de Dieu en nous est libératrice et cette liberté nous comble de joie.


Illustrations: Le Christ en croix de Salvador Dali

jeudi 23 janvier 2014

Matthieu 5:3-16:



Matthieu 5: 3-16 Les Béatitudes  et la lumière du monde - dimanche 9 février 2014


3Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux !
4Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés !
5Heureux ceux qui sont doux, car ils hériteront la terre !

6Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés !
7Heureux ceux qui sont compatissants, car ils obtiendront compassion !
8Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !
9Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu !
10Heureux ceux qui sont persécutés à cause de la justice, car le royaume des cieux est à eux !
11Heureux êtes-vous lorsqu'on vous insulte, qu'on vous persécute et qu'on répand faussement sur vous toutes sortes de méchancetés, à cause de moi. 12Réjouissez-vous et soyez transportés d'allégresse, parce que votre récompense est grande dans les cieux ; car c'est ainsi qu'on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.
Sel de la terre et lumière du monde

13 C'est vous qui êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, avec quoi le salera-t-on ? Il n'est plus bon qu'à être jeté dehors et foulé aux pieds par les gens.

14 C'est vous qui êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. 15 On n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le porte-lampe, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. 16 Que votre lumière brille ainsi devant les gens, afin qu'ils voient vos belles œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux.

Il est difficile d’échapper à la fascination que produit en nous le spectacle d’une nuit étoilée. Les milliers d’étoiles scintillant sur la voûte des cieux nous parlent de la grandeur de Dieu et nous laissent penser que le modeste observateur que nous sommes est bien peu de chose face à l’immensité. Mais l’homme se complet mal dans le rôle du ver de terre adorant les étoiles. Ces quelques instants de modestie provoqués par l’émerveillement sont de courte durée, nous le savons bien ! Très vite, depuis qu’ils ont essayé de comprendre le mouvement des astres, les hommes ont relevé le défi et se sont mis à imaginer que leur prodigieuse intelligence les rendrait maîtres de la terre comme des cieux à l’égal de Dieu. Le génie des hommes les a très vite mis en rivalité avec Dieu. Ils ont donc réussi à aller jusque dans les étoiles et leur rêve a perdu de son aspect merveilleux et enchanteur.

Pourtant il nous a encore été dit récemment que jadis des savants avaient fait une expérience contraire. Ce n'était ni de notre temps, ni dans nos  lieux.  Au lieu de rivaliser avec Dieu en regardant les étoiles, ils avaient trouvé Dieu sur terre en regardant les étoiles. Dieu s'était dissimulé dans un enfant qui luttait pour la vie alors que tous cherchaient à la lui ôter.  

C’est en effet sur ce curieux récit que s’ouvre l’Evangile de Matthieu. Il nous raconte que des savants venus d’on ne sait où, quelque part à l’est de nulle part, avaient cherché la vérité à la lumière des étoiles. Une clarté venue d’en haut avait dirigé leurs pas. Ce qu’ils cherchaient, ils le découvrirent caché  sur la terre des hommes, dans un recoin discret et presque inconnu du monde habité, c'est sous le couvert d'un bébé que Dieu se révéla à eux. La morale de l’histoire, c’est que Dieu se met lui-même sur le parcours de ceux qui le cherchent  et les éclaire  d'une lumière surprenante, pour leur permettre de découvrir ici bas la vérité qui le concernent. 

Mais cette leçon de modestie ne plait pas à tout le monde. Elle n’a pas plu en particulier au plus grand de nos rois qui s’est appliqué à démontrer le contraire. Il s’est plu à inverser le sens des choses. Il s’est fait appeler le roi Soleil, et il s’est octroyé le privilège d’éclairer la nation. En inversant ainsi les rôles, il devint Dieu à la place de Dieu, et les serviteurs de Dieu n’eurent plus qu’à se taire ou à se soumettre. Il mourut pourtant sans gloire et sa lumière s’éteignit. Il n’était plus soleil, il n’était plus lumière, il n’était plus rien. Et son astre mort s’anéantit dans l’oubli.

Cependant la leçon donnée par lui avait porté ses fruits. Se levèrent après lui et malgré lui, quantité, de philosophes dont l’éclat de la pensée fut tel qu’on appela la période où ils vécurent « le siècle des lumières ». Désormais la pensée humaine, sanctionnée par la philosophie se proposait à nouveau d’éclairer le monde. La pâle lumière qui avait éclairé les mages à la découverte de Dieu était désormais éclipsée par la sagesse des philosophes dont l’éclat rejetait Dieu dans l’ombre. Dieu lui-même ne devint accessible qu’avec la permission des philosophes.

Nous en sommes encore là aujourd’hui. Ce sont les idéologies en place qui concèdent désormais à Dieu le droit d’exister et il n’a la possibilité d’éclairer la pensée de ceux qui se réclament de lui que dans la discrétion et le respect de la pensée dominante. Quoi qu’on en dise les choses se passent bien ainsi !

Sans doute certains, insatisfaits de cet état de fait, décident-ils périodiquement de redonner de l’éclat à Dieu et de faire briller la lumière de sa Loi pour éclairer les nations qui s’écartent de lui. C’est le but que se donnent ceux qui croient que Dieu s'est incarné une fois pour toutes et que sa parole contient des enseignements valables pour tous les temps, sans qu'aucune pensée humaine n'y trouve  à redire.  Les débats sur ce sujet se font vifs de nos jours et désorientent beaucoup de gens, quel que soit le champs où ils se situent 

Cela donne  à celui qui observe de l'extérieur  une curieuse impression.  En effet, ce sont des hommes qui essaient de donner à Dieu un éclat que celui-ci n’a plus et qu’il ne semble pas revendiquer. Ainsi certains croyants pensent  aujourd'hui qu’après avoir emprunté sa lumière à Dieu, après la lui avoir confisquée,  il est urgent de la lui rendre de telle sorte que par son éclat,  c'est à dire sa  puissance, il  redevienne incontestable.

Selon  eux, la lumière qui a été prise à Dieu doit lui être rendue. Mais si Dieu n’est pas intervenu quand les philosophes l’ont dépossédé de sa puissance, s’il n’intervient toujours pas quand les hommes cherchent à la lui rendre, c’est que Dieu ne partage pas le même souci. Quand on agit au nom de Dieu et qu’il ne manifeste pas son intérêt, c’est qu’on ne travaille pas dans la bonne direction. C’est qu’on utilise le nom de Dieu pour que sa gloire rejaillisse sur les hommes qui le manipulent. La lumière de Dieu devient alors un instrument que les hommes s’approprient mais qui ne le concerne pas. Quant à Dieu et en ce qui le concerne dans cette affaire, c’est une tout autre histoire à laquelle nous devons nous intéresser maintenant.

Face à tous ceux qui ont tenté de s’approprier l’éclat de la lumière de Dieu et à tous ceux qui espèrent la lui rendre, nous entendons maintenant la voix de Jésus qui vient en rajouter une couche en disant : « C’est vous qui êtes la lumière du monde ».

Les philosophes des lumières auraient-ils donc raison ? La pensée humaine aurait-elle vocation à éclairer les nations et Dieu ne jouerait-il plus aucun rôle ? Non bien évidemment. Les propos de Jésus n’ont pas une valeur universelle. Ils ne s’adressent pas à n’importe qui. Jésus s’adresse précisément à vous.

Derrière ce « vous » il faut voir tous ceux qui sont rassemblés autour de lui pour écouter le sermon sur la montagne dont ce discours fait partie. Et à travers eux, il s’adresse à ceux des lecteurs de l’Evangile qui s’identifient à leur tour aux témoins de la première heure. Ils rejoignent ceux qui écoutent Jésus assis au flanc de la colline qui domine le lac. Autrement dit, Jésus vous rejoint dans ce lieu où vous êtes venus pour l'écouter.
Jésus s’adresse donc à vous, 
-                  - vous qui reconnaissez en Jésus celui qui leur parle au nom de Dieu et qui leur fait entendre sa parole,
-           -    vous qui savez que Dieu se range du côté des faibles contre les forts, du côté des opprimés contre les oppresseurs,
    - vous, qui savez déjà que Dieu ne veut pas conduire le monde, vers plus de justice et plus de paix si vous ne mettez pas la main à la pâte.

Quand vous vous investissez au service des autres et que vous considérez les autres ( tous les autres) comme vos frères, vous faites resplendir autour de vous un éclat de la lumière divine. Quand vous cueillez sur la bouche de Jésus les directives qui vont orienter vos actions, c’est comme si vous vous étiez approprié un peu de la lumière de Dieu qui est en lui et que celle-ci se trouve réfléchie dans vos actions.

Certes, c’est d’une bien faible lumière que nous irradions, un pâle reflet de la lumière de Dieu, seulement une lueur ! Elle n’a de vraie efficacité que si elle est relayée par la lumière des autres qui, comme chacun de nous croient que c’est Dieu qui inspire leurs actions, car c’est par nos actions que le monde le perçoit.

Ainsi cette faible lumière qui transite de Dieu vers les autres par nos actions retourne-t-elle à Dieu quand Dieu a été identifié à travers elles. Dieu devient alors lumineux, éclairé par sa propre lumière qui ne revient pas à lui sans effet. Si ces actions sont assez nombreuses, elles peuvent même le rendre éblouissant, comme il devrait l’être.

Ceux qui voudraient rendre lumineuse la présence de Dieu par un autre moyen se trompent. Ce sont ceux dont on a déjà parlé et qui voudraient contraindre les autres à croire par la persuasion ou même par la force.

Aucune action contraignante ou provocante ne peut révéler la gloire de Dieu, car la gloire de Dieu ne peut être visible que si les actions qui la manifestent sont portées par des gestes inspirés par l’amour de Dieu. Ainsi les grandes solennités organisées sous forme de "Te Deum"  le contrarient certainement plus qu'elles ne reçoivent son adhésion. L’amour est la seule vertu à laquelle Dieu donne priorité car il est lui-même amour, dit l’Evangile de Jean. C’est donc par l’amour répandu et partagé que l’on découvre la présence de Dieu.

Nous avons illustré  ce sermon par des effets de lumière de Van Gogh. Il a cherché à rendre  l'éclat de la lumière de partout où il est passé tout en restant  lui-même  dans une  très grande modestie.

vendredi 10 janvier 2014

Matthieu 5::1-12


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Matthieu Chapitre 5  : LE SERMON SUR LA MONTAGNE Dimanche 2 février 2014



1 Voyant la foule, Jésus monta sur la montagne, il s'assit, et ses disciples s'approchèrent de lui. 2 Puis il ouvrit la bouche et se mit à les enseigner :
3 Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux ! 
4 Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés !
5 Heureux ceux qui sont doux, car ils hériteront la terre !
6 Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés !
7 Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde !
8 Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !
9 Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu !
10 Heureux ceux qui sont persécutés à cause de la justice, car le royaume des cieux est à eux !
11 Heureux serez-vous, lorsqu'on vous insultera, qu'on vous persécutera et qu'on répandra sur vous toute sorte de mal, à cause de moi. 12 Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux, car c'est ainsi qu'on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.


C'est par le mot heureux que commence le  tout  premier enseignement  de Jésus. « Heureux êtes-vous » dit-il, et à la suite de ce mot qu'il répète 10 fois tels les 10 commandements de Moïse, (1) il dresse la liste de tous les gens de son entourage qui n'ont aucune raison d'être heureux, puisqu'ils sont pauvres, ils pleurent, ils sont endeuillés, ils n'ont plus de ressource, ils sont déçus par l'iniquité de la justice humaine, ils sont naïfs et doux dans une société de violence, ils sont maltraités à cause de leurs idées, ils sont persécutés, parce qu'ils suivent Jésus. Tous ces gens marginalisés par la société ou frustrés  par les événements, Jésus les proclame "heureux" .


Comment recevons-nous une telle affirmation ? Si nous étions dans leur cas, et nous le sommes parfois, nous chercherions  à ne plus être victimes ni de notre pauvreté, ni de notre tristesse, ni de notre malheur. Si parmi-nous,  certains ont dit que c’était un honneur que d'être martyrisé au nom de Jésus Christ, bien peu     revendiquent cette situation.

Depuis que Jésus a prononcé ces paroles, les Eglises s'en sont délectées. On les a chantées, on les a récitées, et on continue à le faire. Elles nous servent à consoler ceux qui sont victimes de mauvais sorts et à les encourager à croire que Dieu ne les abandonnera pas. Cependant, quoi qu'on en dise, nous n'avons pas envie de nous trouver dans la situation de tous ceux qui sont marginalisés par leur situation et qui en souffrent.

Pourquoi donc Jésus a-t-il prononcé ces paroles ou pourquoi  les a-t-on mises dans sa bouche? Quelle était la visée ? Certains ont cru que Jésus annonçait une révolution sociale et même une révolution cosmique. Ils ont cru que Jésus allait inaugurer un temps nouveau où le Dieu tout Puissant ouvrirait les cieux et renverserait l'ordre social en détruisant toutes les inégalités. Ils croyaient que le Royaume de Dieu allait enfin s'établir sur terre. Ceux-là ont été déçus, ils ont quitté Jésus discrètement les uns après les autres. Le dernier parmi les déçus qui soit  resté dans l'entourage du Seigneur a sans doute été Judas.

Il aurait livré Jésus, selon certains interprètes  pour contraindre Jésus à inaugurer un ordre nouveau en convoquant les légions d'anges pour le défendre. En effet, Jésus n’avait-il pas parlé d’un Royaume des cieux susceptible de s’instaurer sur terre ? Ce fut peine perdue. Jésus s'est laissé arrêter, le ciel ne s'est pas ouvert, Michel et ses anges ne sont pas venus. Bref ce fut raté, car il n’y eut aucune manifestation spectaculaire de la part du Seigneur, au contraire, ce fut la débâcle. Les conjurés se sont égayés dans la nature, laissant le «maître» seul, au pouvoir de ses ennemis  qui organisèrent un procès truqué pour le condamner et qui obtinrent sa mort en faisant chanter  le préfet Ponce Pilate. Pour couronner le tout, Judas se suicida et Jésus agonisa et mourut abandonné de tous.

Ce fut la fin des illusions. Ce fut la fin de l'ordre nouveau.

Les amis de Jésus encore tout effrayés par ce week-end d'horreur découvrirent avec stupéfaction que le maître était vivant. Non pas qu'il ait survécu à son supplice, car ils l’avaient vu mort, mais qu'il était vivant autrement. Il vivait après sa mort d'une vie qui lui venait d'ailleurs, et il vit encore de cette manière - c'était la résurrection - A partir de ce moment là certains ont commencé à penser que c'était à eux, les compagnons du  maître d'organiser la suite, de mettre en pratique les béatitudes, de venir consoler ceux qui pleuraient, d'intervenir dans les cas d'injustice sociale, en d'autre terme de prendre la défense des plus faibles contre les plus forts. Ils se sont sentis investis d'une mission qui consistait à promouvoir un nouvel ordre social et à secourir toutes les misères. Ils ont organisé une société modèle, celle de l’Eglise primitive dont le livre des Actes nous rend compte. Depuis ce moment les églises se sont  reconnu cette vocation d'être témoin d'une nouvelle manière d'être en société.

Pour  être témoin des merveilles annoncées par Jésus, il fallait d’abord se décider à vivre autrement. C'est cette voie qu'il  nous faut explorer maintenant, celle qui nous invite à vivre d'un autre façon. C'est en la mettant en pratique que  nous serons heureux.  Le problème, consiste à savoir  ce qu'est la vie autrement. Nous sommes bien convaincus de la nécessité qu'il y a à  mettre les béatitudes en pratique, mais  nous n'avons pas envie d'être les premiers à le faire ni les seuls, ni d'être  différents des autres en le faisant. Au contraire, en dépit de nos affirmations concernant notre droit à la différence, nous cherchons plutôt la conformité.

Notre seule envie est de satisfaire nos désirs immédiats et  de profiter au mieux des avantages que nous donne cette société. Celui qui nous promet que nous serons heureux si nous  suivons ses enseignements ne nous a pas donné de modèle  particulier. Il nous a seulement proposé de vivre avec cette pensée selon laquelle si nous voulons vivre selon la volonté de Dieu il faut donner priorité aux autres. C’est alors que Jésus sera présent à nos côtés. Dans ces conditions, sa  présence  nous entraîne à vivre autrement.

La présence de Jésus auprès des hommes n’a jamais cessée. Bien que vivant il y a 2000 ans, sa résurrection nous le rend tout aussi présent aujourd'hui. Il se tient à nos côtés, comme il était à côté de ceux qui étaient avec lui au bord du lac. C’est avec l'aide et le soutien de son esprit qu’il place en nous qu’il nous aide à prendre nos problèmes en charge. Il nous aide à prendre notre situation en main en mettant en nous l'énergie dont nous avons besoin pour aller plus avant. C’est en réalisant cela que nous découvrons la pertinence de la traduction  qu' André Chouraqui, le célèbre philosophe juif, a fait de ce texte. Il a en effet rendu le  mot « heureux » par l’expression « en marche » .

En  effet, pour se mettre en marche, il faut le vouloir. Si nous avons ce désir, Jésus nous prend alors la main et  ne nous lâche pas. Il nous pousse en avant pour que notre marche soit toujours triomphante. Il nous entraîne à le suivre ainsi dans l'Eternité où il est déjà. Plus le chemin de l'éternité se précise, plus sa main se fait ferme, plus sa voix se fait précise, plus nous désirons le garder comme compagnon de route et  plus nous sommes heureux en sa présence.

En constatant la différence de traduction entre nos Bibles qui rendent le grec makarios par heureux et M. Chouraqui qui dit : "En marche", on est en droit de se demander qui a raison? Nous sommes bien évidemment séduits part la traduction de A.Chouraqui, mais comment la concilier avec le mot grec makarios qui signifie "heureux"? Il nous faut refaire le même parcours que lui pour découvrir que le mot qui traduit « heureux » en hébreu est un mot issu de la racine du verbe marcher (Asher) ce qui pourrait vouloir dire que l'homme "heureux" c'est l'homme qui marche.

Bien  évidemment en ce début de vingt et unième siècle, nous n’avons pas l’impression que nos Eglises soient vraiment en marche, on a plus l’impression qu’elles sont à la traîne. Et que leur seule vraie préoccupation est de subsister face à un monde qui n’accepte pas l'  Evangile.Il 


Il ne faut pas s'attrister à cause d’une telle situation car Jésus n'a rien figé à l’avance. Il nous a promis le " bonheur" même en état de manque, de contestation, de rejet ou d’indifférence.  Il ne nous a pas interdit non plus ,  ni de changer les structures de l’Eglise, ni de la faire évoluer, si elles paraissent ne plus correspondre à notre temps. La vraie joie que Jésus dépose en nous est celle de nous laisser imprégner par l'amour du prochain quelle que soit la situation que nous traversons au point qu'une telle attitude devienne chez nous une seconde nature. Il nous attend pour  nous mettre en marche  afin qu’avec lui, nous inventions  ensemble, et dans la joie l’Eglise de demain.



"En marche donc ! Vous les affligés, vous les pauvres, vous les assoiffés de justice » car, en compagnie de Jésus, il  est déjà en train de se passer quelque chose qui fera de nous des êtres différents.
Pourquoi différents?
Parce que déjà ressuscités.

Tableau de Karol Ferenczy


(1) pour les puristes le dixième heureux est contenu dans le verbe kariete, réjouissez-vous où on retrouve le même radical qu’heureux