mercredi 16 avril 2014

Jean 20:19-31 L'expérience de Thomas.



Jean 20 :19-31 L'expérience de Thomas,
   Dimanche  27 avril 2014


19 Le soir de ce jour-là, qui était le premier de la semaine, alors que les portes de l'endroit où se trouvaient les disciples étaient fermées, par crainte des Juifs, Jésus vint ; debout au milieu d'eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous ! 20 Quand il eut dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples se réjouirent de voir le Seigneur. 21 Jésus leur dit à nouveau : Que la paix soit avec vous ! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. 22 Après avoir dit cela, il souffla sur eux et leur dit : Recevez l'Esprit saint. 23 A qui vous pardonnerez les péchés, ceux-ci sont pardonnés ; à qui vous les retiendrez, ils sont retenus.

Thomas et le ressuscité

24 Thomas, celui qu'on appelle le Jumeau, l'un des Douze, n'était pas avec eux lorsque Jésus vint. 25 Les autres disciples lui dirent donc : Nous avons vu le Seigneur. Mais lui leur dit : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous et ma main dans son côté, je ne le croirai jamais ! 

26 Huit jours après, ses disciples étaient de nouveau dans la maison, et Thomas avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient fermées ; debout au milieu d'eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous ! 27 Puis il dit à Thomas : Avance ici ton doigt, regarde mes mains, avance ta main et mets-la dans mon côté ! Ne sois pas un incroyant, deviens un homme de foi ! 28 Thomas lui répondit : Mon Seigneur, mon Dieu ! 29 Jésus lui dit : Parce que tu m'as vu, tu es convaincu ? Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! 

Le but de ce livre.

30 Jésus a encore produit, devant ses disciples, beaucoup d'autres signes qui ne sont pas écrits dans ce livre. 31 Mais ceux-ci sont écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et que, par cette foi, vous ayez la vie en son nom.

Avec les beaux jours, nous avons l’impression que Dieu revient pour visiter la terre qui s’était assoupie pendant les mois d’hiver. C’est une impression qui s’installe en nous tous les ans au moment de Pâques. La vie se remet à circuler au ras de terre, la sève trace son chemin sous l’écorce et les oiseaux envahissent tout l’espace aérien. Mais par-dessus tout, c’est aussi  ce moment où le calendrier nous rappelle qu’à Pâques Dieu a définitivement conquis la vie sur la mort. Tel est le mystère de la résurrection. 

Notre optimisme naturel  nous entraîne à nouveau à nous émerveiller du fait que  le changement de saison s’harmonise avec le calendrier de nos célébrations religieuses. Il rappelle que Dieu est le maître de la vie et qu’en ce moment  de Pâques nous célébrons sa victoire sur la mort.  La venue du printemps n’est pas seulement une question de calendrier, c’est aussi le rappel que nous ne sommes pas seuls à habiter la terre.  Dieu s’est donné pour tâche de venir partager avec nous le destin du monde que nous habitons et  de faire progresser sa création en collaboration avec nous.

Pourtant, voilà que depuis quelques années, nous réalisons que les progrès ne vont pas dans le sens où nous le souhaitons. Si conformément  au calendrier la terre s’ouvre à la vie, c’est  la vie elle-même qui  n’offre  plus le même visage que  d’habitude. Elle  nous apparaît comme fragilisée par l’action de l’homme qui en voulant  rendre l’existence plus heureuse sur terre a mis en causes les règles de son évolution. La vie que nous croyions appartenir au domaine réservé de Dieu  est bousculée par  l’espèce humaine au grand damne de Dieu lui-même qui ne semble pas réagir.

La chose n’est pas évidente au premier coup d’œil. En effet,  apparemment notre existence s’améliore,  les maladies régressent, la durée de l’existence s’est allongée, le travail est devenu moins pénible. Pourtant  le doute  s’est emparé des humains quant au bienfondé de tous ces avantages. Les ressources naturelles s’amenuisent, l’eau se raréfie tout  en se polluant, la mer ne donne plus les poissons que l’on attend d’elle, la pollinisation des fleurs a du mal à se faire. La nature est malade de l’homme.

En jouant à l’apprenti sorcier, les hommes ont mis leur existence en danger. En décidant eux-mêmes de leur évolution indépendamment de Dieu, les humains s’en sont pris à Dieu lui-même.  En voulant se passer de lui, les hommes s’en sont pris à la vie dont Dieu était le maître. Dieu s’est trouvé rejeté loin des préoccupations des hommes et ceux-ci se trouvent tout d’un coup seuls pour faire face  à l’angoisse d’un avenir incertain. L’espérance s’amenuise et l’échec des hommes devient en même temps l’échec de Dieu.

Bien évidemment personne n’ose ouvertement partager une telle opinion.  La plupart des croyants  se refusent à imaginer que  Dieu puisse être vaincu par ses propres créatures.  Ils récusent cette accusation  qui mettrait à mal notre espérance  et détruirait en nous toute velléité à réagir. En fait notre  espérance semble rester intacte  pour nous qui faisons confiance aux promesses  de Pâques  telles quel nous  les avons reçues de Jésus Christ. Cependant insidieusement le doute fait  quand même son chemin en nous.

Sans être totalement naïfs,  nous  avons quand même conscience d’avoir empiété sur le domaine de Dieu, mais  nous pensons cependant  que rien d’irrémédiable n’a été commis et nous restons persuadés que les enjeux sont ailleurs que dans notre manière de gérer la planète.  Nous sommes persuadés que Dieu continue à s’affirmer comme le maître de la vie. Mais comment espérer que notre vie intérieure puisse être en voie de progrès si notre environnement physique est menacé ?

Nous ne cessons  portant de répéter, comme si rien n’avait changé, que Jésus est revenu vivant du monde  de la mort où son supplice l’avait entraîné. Par le miracle de la résurrection, Dieu a détruit la mort et les forces du mal ont été définitivement vaincues. Ainsi l’évocation de Pâques remplit-elle  son rôle  de pourvoyeuse d’espérance  auprès de ceux qui mettent leur confiance en Dieu. Mais la réalité est bien différente, car beaucoup de ceux qui ont cru au progrès illimité de la science et qui ont déchanté depuis longtemps, ne trouvent plus en Dieu les réconforts qu’ils seraient en droit d’espérer. Ils se comportent pour la plupart comme si, en prenant acte de leur propre échec ils en avaient déduit celui de Dieu.

Mais si une telle attitude se trouve dans les pays industrialisés, elle ne s’est pas généralisée sur la planète. C’est dans les pays où la vie est le plus contestée  et où   les humains seraient en droit de se révolter  que la foi reste vive. Les croyants continuent à placer leur foi en ce Dieu qui alimente leur espérance.

Il nous faut cependant  en déduire que plus les hommes sont  performants dans leurs prouesses techniques, plus ils ont tendance à se passer de Dieu et à agir sans lui.  Que des événements les amènent à perdre foi en eux-mêmes, c’est alors qu’ils perdent aussi  foi en Dieu !  C’est ce type de constatation que répandent  dans nos sphères, quantité  de prophètes alarmistes. Ils considèrent que puisque les hommes n’ont plus de réponse en eux-mêmes aux  problèmes de notre temps, ils ne doivent plus espérer de réponses venues d’ailleurs. 

Heureusement que Thomas, vient encore une fois ce matin nous prêter main forte. C’est lui qui le premier à douté du fait que Dieu pouvait restaurer la vie de ceux qui sont morts  et la  redonner à ceux qui l’avaient perdue. Le doute à partir duquel il a construit sa foi, a été pour lui un moteur qui est censé l’avoir  propulsé  jusqu’aux Indes, selon la tradition.

Si la vie moderne  nous bouscule au point de nous faire douter de l’avenir de l’homme, la foi elle, nous invite à découvrir que l’avenir de l’homme dépend de l’avenir de Dieu. Tant que nous ferons confiance à  Dieu pour alimenter notre espérance nous continuerons à entreprendre  des actions porteuses d’avenir. Rappelons-nous comment Thomas a réagi quand les autres l’ont provoqué. Il a répondu qu’il ne croirait que quand il aurait la preuve de la résurrection. Quand huit jours après Jésus vint vers lui,  et qu’il a  parlé à sa sensibilité et à son âme, Thomas a cessé d’avoir besoin de preuve pour croire. 

Quand bousculés par l’avenir incertain de la planète, nous remettons notre foi en cause, demandons-nous vraiment ce qui nous amène à douter. Nous réaliserons alors que ce sont des événements extérieurs, qui ne relèvent pas de notre vie intérieure qui nous troublent mais  des arguments  que véhiculent les humains. Ce sont les faits sensibles qui alimentent le doute, mais la réalité de notre foi est ailleurs.  Elle n’est pas dans ce qui est visible, mais elle est dans ce que nous vivons au fond de  nous-mêmes en intimité avec Dieu. Si un jour nous avons entendu la voix de Jésus, ce ne fut pas par une onde sonore qu’elle est parvenue jusqu’à nous, c’est par une intuition intérieure qu’elle s’est imposée à nous comme une vérité qui nous venait de lui.

Notre relation à Dieu ne peut pas être altérée par les informations que les hommes  se colportent les uns aux autres. La science n’a aucune emprise sur notre vie intérieure qui se déroule en tête à tête avec Dieu. La vie que nous donne Dieu et qui se revêt des couleurs de la résurrection n’est pas une vie matérielle, elle n’a pas besoin du support physique d’un corps, mais elle porte en elle la réalité de l’éternité. Assurés de la réalité de cette vie intérieure qui nous habite, nous pouvons nous engager tout entier au service de la vie pour les autres. De cette vie, à laquelle nous travaillons, jaillira l’espérance. L’espérance sera désormais la marque de Dieu en nous. Elle s’appuie sur une réalité qui nous est personnelle et qui  porte en elle la trace de Dieu.


Rembrandt : incrédulité de Thomas

vendredi 4 avril 2014

Actes 10:34-43 - plus d'angoisse 16 avril 2017





34 Alors Pierre prit la parole : En vérité, dit-il, je comprends que Dieu n'est pas partial, 35 mais qu'en toute nation celui qui le craint et pratique la justice est agréé de lui. 36 Il a envoyé la Parole aux Israélites, en leur annonçant la bonne nouvelle de la paix par Jésus-Christ : c'est lui qui est le Seigneur de tous. 37 Vous, vous savez ce qui est arrivé dans toute la Judée, après avoir commencé en Galilée, à la suite du baptême que Jean a proclamé : 38 comment Dieu a conféré une onction d'Esprit saint et de puissance à Jésus de Nazareth qui, là où il passait, faisait du bien et guérissait tous ceux qui étaient opprimés par le diable ; car Dieu était avec lui. 39 Nous sommes témoins de tout ce qu'il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu'ils ont supprimé en le pendant au bois, 40 Dieu l'a réveillé le troisième jour ; il lui a donné de se manifester, 41 non à tout le peuple, mais aux témoins désignés d'avance par Dieu, à nous qui avons mangé et bu avec lui après qu'il s'est relevé d'entre les morts. 42 Et il nous a enjoint de proclamer au peuple et d'attester que c'est lui que Dieu a institué juge des vivants et des morts. 43 Tous les prophètes lui rendent ce témoignage : quiconque met sa foi en lui reçoit par son nom le pardon des péchés.

Nous devrions être des gens heureux et épanouis dans le monde où nous sommes.  Certes tous  n’ont pas le même sort et nous ne  devrions pas  négliger  les injustices qui sont faites au mal chanceux dans notre pays et dans les autres.  Mais si on se permet de jeter  un regard sur le passé, nous constaterons que  le sort de ceux qui vivaient,  ne serait-ce que deux générations plus tôt,  ne souffre pas la comparaison avec la nôtre.   Malgré  les insatisfactions  dont on ne cesse de faire état, nous sommes bien forcés d’admettre que  les techniques de progrès ne cessent de battre des records d’ingéniosité et nous espérons qu’en  dépit de la surpopulation de la planète, le génie humain réussira à nourrir tout le monde et à gommer les dernières difficultés qui font encore de l’ombre au tableau de notre insatisfaction.

Certains de la capacité humaine à surmonter les obstacles, il est  évident semble-t-il que  nous nous avançons vers un avenir serein et sans nuage puisque les désastres   causés par les guerres sont  définitivement relégués au magasin des choses dépassées.   Pourtant un tel discours  est perçu  comme relevant d’une utopie ridicule. Et on  se gausse à l’idée que quelques illuminés  pourraient tenir un tel langage.  Face  à un tel discours, chacun s’empresse d’énumérer les causes d’insatisfaction qui contrediraient les propos qui viennent d’être suggérés.  Il faut donc se résigner au constat selon lequel l’homme, au faîte  de sa réussite technique et à la veille de mettre en place des prouesses médicales inespérées ne réussit pas à rendre ses peuples heureux. Que leur manque-il donc ? S’ils le savaient ils sauraient dans quel sens orienter leurs recherches, mais ils ne le savent pas.

En fait l’insatisfaction que tous ressentent ne se formule pas de la même manière chez les uns et chez les autres.  De ce constat nous comprenons  que l’homme qui  se comporte comme un champion de la découverte et  s’affiche  comme un prince de l’invention, qui est également  un génie de la technique est en fait insatisfait de lui-même. Son insatisfaction  et sa morosité ne viennent pas de l’extérieur de lui, mais lui sont intérieurs.  Ce phénomène sévit à tous  les niveaux de la société et n’épargne personne  parce qu’on ne peut retourner ses griefs contre personne.  On ne peut même pas accuser les autres  car chacun fait partie des autres  et partage la morosité collective.

Jadis, les hommes savaient donner des noms à ce  qui les perturbait  et ils savaient la cause de leurs inquiétudes. Ils accusaient les mauvais génies  qui peuplaient les forêts et qui se faisaient la guerre entre eux au détriment  des hommes.  Ils pensaient aussi que les dieux dans les lieux où ils se trouvaient se jouaient des humains et éprouvaient un malin plaisir  à leur rendre la vie rude. Quand le génie humain (encore lui) a  compris que les esprits de la forêt  étaient inoffensifs parce qu’inexistants et que le  Panthéon  ou l’Olympe étaient sans locataires parce qu’il n’y avait qu’un seul Dieu pour régenter l’univers,  les humains  n’en sont pas moins restés  inquiets.  Leur angoisse a seulement  changé d’aspect.  Bien évidemment cela ne s’est pas fait d’un seul coup,  mais c’est  dans ce sens là que s’est fait l’évolution de la pensée, par un transfert et une modification des angoisses, et c’est Dieu lui-même qui en  fut le sujet.

Les humains ont  alors  pensé  que leurs malheurs et leurs inquiétudes  avaient  pour origine leur mauvaise relation avec ce Dieu tout puissant qui, pour régner en maître, était jaloux de ses prérogatives et faisait subir des sévisses à l’humanité insoumise et désobéissante.  C’est au  moment  où cette crise s’est faite insupportable qu’est née la Réforme comme une forme de révolte contre ce Dieu  insupportable, comme si Jésus Christ n’avait rien changé auparavant au   cours des choses.  Apparemment  son action n’avait pas suffi et la crainte n’avait pas disparu. Tous les hommes n’en avaient pas été libérés. Il y avait donc, encore  d’autres comportements à dénoncer.   Pourtant depuis des siècles  Jésus avait fait tout le travail, mais on n’avait pas  vraiment compris ce qu’il était venu apporter.

Si  dans les temps modernes que nous traversons les croyances  en Dieu se sont atténuées et  ont rendu  Dieu inoffensif, croit-on,  les angoisses ont subsisté cependant. Ce n’est pas en s’écartant de Dieu que les choses allaient changer pour ceux qui ne  croyaient plus en lui. Ils auraient mieux fait  d’écouter ce que Jésus  avait  dit à son sujet   jadis, et d’essayer de comprendre quelles solutions il avait tenté d’apporter à leurs peurs. Un retour aux sources s’impose donc. On découvrira alors   que Jésus demandait aux siens d’inverser les valeurs pour que tout change et que les peurs se transforment en espérance.

Souvenez-vous  des propos de Jésus quand il parlait  de Dieu, c’est à un Père bien veillant et miséricordieux qu’il nous adressait et il donnait des tas d’exemples où ce Père était en décalage complet avec l’image qu’on se faisait traditionnellement de Dieu. Il accueillait son fils débauché sans repentir, absolvait une femme adultère sans aucune  réserve, promettait le salut à des païens aussi bien qu’à des samaritains ou à des juifs. Avant tout  le  Dieu dont il parlait était infiniment bon,  et préférait faire aveu de faiblesse plutôt que de faire violence contre qui que ce soit. Appelez le donc Papa, et vous verrez que ça changera vos relations avec lui.

Ne pensez pas non plus que ce Dieu voulait punir les hommes  en leur envoyant toutes sortes de maladies, mais  c’est plutôt lui qui cherchait à les guérir quand ils étaient en souffrance. Jésus mêlant le geste à la parole imposait les mains aux malades et ils étaient guéris. Si vous croyez encore que Dieu voulait  imposer sa toute puissance  aux hommes  en  menaçant   de les punir de leurs péchés par  les effets  destructeurs des  éléments déchaînés, tournez les regards vers Jésus qui apaisait la tempête pour sécuriser ses amis inquiets. Jésus était habité par l’esprit de Dieu qui refusait d’agir contre les hommes pour les contraindre à l’obéissance.  Au contraire, il  leur communiquait l’énergie de son esprit qui les rendait capables de voir  les choses  autrement  et d’agir autrement.

C’est en tenant  des propos semblables que Pierre s’est adressé aux païens stupéfaits. Ce discours nouveau les a étonné et les a séduits. C’est alors qu’ils ont senti l’esprit les pénétrer  et qu’ils se sont  mis  à croire à ce Dieu qui se présentait d’une manière toute nouvelle, qui les déculpabilisait et qui colorait l’avenir d’espérance.

Il y a cependant  un pas de plus à faire. Il ne suffit pas  seulement de croire. Il faut  encore donner du sens  à sa vie  en se laissant guider par cet  esprit qui s’impose à nous de la part de Dieu et donne du sens à notre ’avenir.

Mais l’avenir, c’est quoi ? 
Si l’esprit de Dieu nous habite tout entier, il habite notre présent  et  aussi notre avenir si bien que  la mort qui nous attend prend  un tout autre aspect. Elle devient certes la fin de quelque chose, mais elle devient aussi le début d’autre chose si bien que la mention de la résurrection arrive ici comme une cerise sur le gâteau  pour apporter une conclusion positive à notre propos. 

 Jésus a été le témoin de ce Dieu qui nous invite à voir les choses autrement.  Il a manifesté que le mot « divinité » se confondait avec celui de  « bonté »  et aussi avec celui de « vie », c’est pourquoi  le pardon des péchés a pris une si grande place dans ses propos. Il est  désormais important pour nous  que  nous orientions  notre vie pour que tout cela devienne vérité en nous. C’est alors que l’espérance qui se manifestera  au travers de nos dires et de nos faires sera le meilleur témoignage que  nous pourrons rendre à ce Dieu qui domine nos craintes, anéantit nos peurs et nous ouvre à une vie véritable. 



Ces quelques illustrations de van Gogh me semblent aptes à illustrer ce qui vient d’être écrit

lundi 31 mars 2014

Jean 20:1-10 La Résurrection



La résurrection de Jésus - Dimanche de Pâques - 20 avril 2014 ( déjà publié en 2012)


Jean 20 :1Le premier jour de la semaine, Marie-Madeleine vient au tombeau dès le matin, alors qu'il fait encore sombre, et elle voit que la pierre a été enlevée du tombeau. 2 Elle court trouver Simon Pierre et l'autre disciple, l'ami de Jésus, et elle leur dit : On a enlevé le Seigneur du tombeau, et nous ne savons pas où on l'a mis!
3 Pierre et l'autre disciple sortirent donc pour venir au tombeau. 4 Ils couraient tout deux ensemble. Mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau ; 5 il se baisse, voit les bandelettes qui gisent là ; pourtant il n'entra pas. 6 Simon Pierre, qui le suivait, arrive. Entrant dans le tombeau, il voit les bandelettes qui gisent là 7 et le linge qui était sur la tête de Jésus ; ce linge ne gisait pas avec les bandelettes, mais il était roulé à part, dans un autre lieu. 8 Alors l'autre disciple, qui était arrivé le premier au tombeau, entra aussi ; il vit et il crut. 9 Car ils n'avaient pas encore compris l'Ecriture, selon laquelle il devait se relever d'entre les morts. 10 Les disciples s'en retournèrent donc chez eux.

« L’autre disciple qui était arrivé le premier entra dans le tombeau, il vit et il cru. »



Ce sermon va être un véritable parcours du combattant. Nous allons passer tout notre temps à courir avec deux hommes dans un marathon spécial vers la vie. Sans doute en sortirons-nous essoufflés, à la limite de nos pensées humaines, mais régénérés par le souffle de l’esprit. Malgré la clarté du matin qui est en train de naître, c’est encore l’obscurité qui emplit les pensées de nos deux amis désemparés, comme elle emplit aussi les nôtres à cause du mystère qu’elle recouvre.

Pourquoi ces deux là courent-ils ? Où vont-ils alors qu’il ne fait pas encore jour ? Un bruit s’est fait entendre dans la nuit, une rumeur est parvenue jusqu’à eux : le tombeau est ouvert. Les voilà partis, l’un à la suite de l’autre, l’un devançant l’autre et l’autre se faisant rattraper pour être devancé à son tour. Course de deux hommes qui cherchent à échapper à leur propre nuit. Deux hommes qui cherchent à comprendre l’incompréhensible.

Leur course dans la nuit de l’incompréhension est aussi la nôtre. Nous allons, nous aussi, courir avec eux à la recherche de la vérité sur la vie, car le mort n’est plus à sa place, la mort est remise en question. Celui qu’ils croyaient mort n’était plus là où ils l’avaient mis, tout est remis en cause. Nous nous mettons à jouer avec les mots résurrection, vie éternelle, pour dire encore aujourd’hui, et aujourd’hui encore plus que jadis, nos interrogations sur le vrai sens de la mort et corollairement pour nous interroger sur le sens de la vie ?.

Ces deux hommes courent à la recherche de ce qu’ils ne savent pas formuler. Ils espèrent une réponse à une question qu’ils ne savent pas poser. Quand ils arrivent au tombeau, là où habite la mort, il n’y a plus de mort. L’un entre et l’autre n’entre pas. La situation est cependant la même pour l’un, comme pour l’autre. Le premier voit les bandelettes et n’entre pas et Simon qui le suivait entra et vit les bandelettes. Il y a absence du mort aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du tombeau.

Une idée nouvelle est en train de jaillir en eux, mais n’a pas encore pris forme. C’est cette idée qui nous rejoint, nous aussi, mais tout reste encore trop obscure dans notre entendement. Ce qu’ils considéraient comme une vérité absolue sur la mort semble ne plus l’être. Dieu est en train visiter leur vie intérieure. Il emprunte les chemins de l’émotion et nos deux amis découvrent que la mort est une autre réalité, car la mort est ailleurs.
Cette course qu’ils sont en train de faire dans le petit matin, n’est pas seulement une expérience physique. Elle nous raconte aussi l’expérience intérieure qu’ils sont en train de vivre. Nous sommes nous-aussi invités à faire cette expérience intérieure. La provocation insupportable qu’ils ont subie après la mort de leur Seigneur est en train d’ouvrir pour eux un chemin vers une autre vérité.

Ainsi  en est-il de nous tous en ce matin de Pâques. On est venu à l’Eglise parce que l’on croit ce qu’on ne voit pas. On est venu pour conjuguer encore une fois tous ensemble ce même verbe croire : je crois, tu crois, nous croyons, puis chacun retournera chez soi. Mais sans doute différent de ce qu’il était quand il est venu.  Telle sera la journée du croyant. Ce sera une commémoration du jour où on s’est mis à croire que la mort avait cessé d’être le terme de la vie. Ce vide du tombeau est devenu une autre réalité non seulement pour Jésus qui l’a subi mais aussi pour nous qui croyons.

Mais  nous avons couru trop vite, nous avons dépassé le bien aimé qui pour l’instant se contente de croire ce qu’il ne voit pas. Comme lui, nous sommes heureux de croire. Mais croire qui ? Ou croire quoi ou croire en quoi? La plus part du temps on n’en dit pas plus. On se contente d’affirmer que l’on croit ? Il est important de croire, dit-on, comme si le verbe croire était une fin en soi. Mais ce n’est sans doute pas suffisant il faut faire encore un pas de plus

Le  fait de croire pour le chrétien correspond à une adhésion personnelle à une vérité qui le dépasse. Mais de quelle vérité s’agit-il, d’autant plus que cette vérité peut en contenir plusieurs autres qui peuvent s’emboîter l’une dans l’autre, comme des poupées russes : « Je crois en Dieu, je crois en la vie après la mort, je crois en la résurrection de Jésus, je crois en ma propre résurrection, je crois à la vie éternelle. » Toutes ces affirmations se complètent et recouvrent les démarches intérieures de notre foi.

Rejoignons les deux hommes qui courent et continuons à mettre nos pas dans les leurs. Ils sont à la recherche d’un signe qui leur permettra de mettre des mots sur l’événement qu’ils sont en train de vivre et qu’ils n’ont toujours pas compris. Dans ce cheminement spirituel, s’opère un glissement qui va du visible vers l’invisible, car la foi va jaillir en eux. La foi va jaillir non pas à partir de ce qu’ils voient, puisqu’il n’y a rien à voir mais de ce qu’ils ne voient pas. Nous en sommes au même point..

Les deux hommes qui courent dans la nuit sont dépassés par leur raison. S’ils vont à la tombe en pleine nuit, c’est à la suite des propos d’une femme dont tout le monde sait qu’elle était dérangée, Marie Madeleine. S’ils ont réagi ainsi, c’est qu’ils espéraient déjà, sans le savoir, un événement qui allait les bousculer. Leur raison a été ébranlée par quelque chose qui ne leur venait pas d’eux-mêmes. Dieu était déjà à l’œuvre dans leur doute. A l’énoncé des paroles de Marie l’espérance a fait surgir en eux comme une lumière dans leur nuit. Bousculant ce qui est rationnel en eux, ils se sont mis à espérer en quelque chose d’irrationnel.

Ces  deux hommes étaient certains que le Dieu de leurs Pères, le Dieu de Jésus, était maître de tout, qu’il avait tout pouvoir et qu’il pouvait faire surgir la vie là où la mort avait fait son œuvre. On avait beau le savoir, c’était quand même du jamais vu ! L’espérance faisait son chemin en eux et ils ne le savaient pas encore.

Il  y a des passages obligatoires sur le chemin de la foi. L’espérance en est un. C’est le moment où notre âme est travaillée à l’intérieur de nous-mêmes par une proposition que notre raison réfute, mais qui provoque un sursaut d’énergie en nous. Cette proposition se heurte à notre intelligence qui développe toute sorte d’arguments raisonnables pour nous dire que ça ne tient pas la route, que ça ne peut être vrai et que ça relève de l’absurde ou du rêve.

Ceux  qui vivent ce type d’expérience disent qu’ils sont ébranlés. Ils perçoivent déjà que la vérité sur toute chose se situe au-delà d’eux-mêmes, dans une réalité que Dieu seul peut rendre accessible. Le disciple que Jésus aimait en est là. Il est ébranlé, car il découvre que la vérité qu'il sent frémir en lui est de l’ordre de l’invisible, de la vie intérieure.

En fait nous aimerions garder le contrôle de nos émotions, même de nos émotions religieuses et en limiter la portée. Mais nous ne sommes pas maîtres de la situation qui nous dépasse. Si notre raison a été ébranlée, si l’espérance nous a provoqués, si nous y avons pris de l’intérêt, c’est que cette puissance qui a surgi en nous et qui a bousculé notre manière de comprendre est à l’œuvre en nous. Elle ne nous lâchera pas. Mais, nous ne sommes pas encore arrivés au terme de notre course.

Dieu  qui a mis tout cet émoi en éveil a l’intention d’aller encore plus loin et de venir réguler le cours de notre vie. Il désire habiter nos pensées et inspirer nos projets. Pour cela il nous réserve encore, l’expérience d’un face à face personnel avec le ressuscité. Ainsi contrairement à ce qui est écrit, après cela les deux hommes n’ont pas fini leur course, ils ne sont pas retournés tranquillement dans leur maison. Dieu, en la personne de Jésus, s’est imposé à eux, d'une manière personnelle, comme celui qui avait franchi le passage vers l’éternité et qui avait ouvert pour eux un chemin jusque là ignoré. C’est alors qu’ils feront la rencontre du ressuscité. Jésus deviendra le compagnon invisible de leur vie et leur vie en sera changée.

Chaque  année à Pâques nous refaisons ensemble cet itinéraire de la foi, nous nous souvenons que Dieu habitait en Jésus Christ et qu’il se propose encore d’habiter en nous pour que toute chose devienne nouvelle. A Pâques, c’est le moment où chacun prend conscience que Dieu habite en lui et qu’il est devenu le partenaire incontournable de sa vie.

Pierre et Jean courant au sépulcre Eugène Burnand