dimanche 9 novembre 2014

Luc 1:26-38 Bien heureuse Marie dimanche 21 décembre 2014



Bien heureuse Marie
Evangile de Luc 1/26-38

Au sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de Nazareth, chez une vierge fiancée à un homme du nom de joseph, de la maison de David; le nom de la vierge était Marie. Il entra chez elle et dit : je te salue toi à qui une grâce a été faite; le Seigneur est avec toi. Troublée par cette parole, elle se demandait ce que signifiait une telle salutation. L'ange lui dit : sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici, tu deviendras enceinte, tu enfanteras un fils, et tu l'appelleras du nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé fils du très Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père. Il régnera sur la maison de Jacob éternellement et son règne n'aura pas de fin. Marie dit à l'ange : Comment cela se produira-t-il, puisque je ne connais pas d'homme? L'ange lui répondit : Le saint Esprit viendra sur toi et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre. C'est pourquoi le saint enfant qui naîtra sera appelé Fils de Dieu. Voici qu’Élisabeth ta parente a conçu, elle aussi un fils en sa vieillesse, et celle qui était appelée stérile est dans son sixième mois. Car rien n'est impossible à Dieu. Marie dit : Voici la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon ta parole. Et l'ange s'éloigna d'elle.


Bien heureuse Marie! Nous la disons bien heureuse parce qu'elle a été choisie pour être la mère du Messie. Ce texte nous parle au plus profond de notre être et fait vibrer ce qu'il y a de meilleur en nous. Il nous parle de cette jeune fille d'Israël dont la foi simple et naïve a été citée en exemple par tant de générations de fidèles que j'ai peur, en intervenant dans cette hagiographie d'égratigner des souvenirs qui vous sont chers. La tradition a brossé d'elle un tel portrait que l’Écriture ne la reconnaît pas. On a tellement forcé le personnage qu'on a fini par faire d'elle la concurrente de son propre fils, l'initiatrice du saint Esprit, la mère de Dieu et la reine des cieux! Marie, que de folies en ton nom! Les hommes t'ont trahie en voulant faire de toi celle que tu n'es pas.

Marie, face a son destin a vécu une existence bien différente que celle que nous lui prêtons. Elle a sans doute eu une histoire tout à fait semblable à celle de la plupart des filles du peuple d’Israël. C'est à cause de ce destin, tellement proche de celui des petites gens que nous sommes et tellement merveilleux à la fois, qu'elle peut être pour nous un puissant relais sur le chemin de la foi. C'est pourtant, à partir de ce récit que nous relisons encore une fois les hommes vont faire déraper l' l'histoire. Ils vont s'extasier devant le merveilleux, ils ne vont plus voir que l'ange et oublier tout le reste. Mais en fait d'une bonne nouvelle, c'est plutôt une mauvaise nouvelle pour elle, c’est un avenir de fille mère qui lui est offert. Pour que ça ne se passe pas trop mal, il faudra encore une fois que l'ange ou que le destin s’en mêlent pour forcer la main à Joseph qui finira par endosser une paternité qui n'est peut être pas la sienne. Il nous appartient à nous seuls de voir dans cet incident les effets d'un miracle ou tout simplement le processus humain de la procréation. Mais le texte raconte une histoire merveilleuse pour faire grandir la présence de Dieu en nous, et les théologiens s'ingénient à banaliser l'histoire en  nous invitant à  découvrir ce qu'il y a derrière les textes car, si tout est merveilleux, rien n'est historique. Je continue donc à  gommer le merveilleux  au risque de tout édulcorer.

L'enfant qu'elle porte en son sein ne sera pas facile à élever. En forçant volontairement le trait nous retrouvons en lui des comportements qui le rapprochent des jeunes de notre temps. Si je me contente de suivre le déroulement de sa vie dans l’Évangile de Luc qui fait suite au texte de la nativité, nous allons découvrir un enfant fugueur à douze ans dont le comportement consterne ses parents qui n'y comprennent rien. Il quitte la caravane qui le ramène au village sans prévenir pour se réfugier  dans le Temple. A l'âge adulte il déserte l'échoppe paternelle et laisse sa mère et ses frères sans ressource. N'est-ce pas pour cela que sa mère et ses frères essayeront de le rencontrer  alors qu'en tant que fils ainé il a des droits sur l'atelier et ne semble pas s'en soucier, mais il refusera de les recevoir. Il contestera même que Marie puisse être réellement sa mère! "Qui est ma mère qui sont mes frères si non ceux qui font la volonté de mon Père?" leur fait-il répondre.

En faisant cela, il savait ce qu'il faisait, mais elle, sa mère ne le savait pas et elle en souffrit certainement. "Une épée te traversera l'âme lui avait prophétisé le vieux Siméon. On la retrouvera au pied de la croix, mais nulle part, dans cet évangile ni dans un autre, on nous fait part ni de ses états d'âme ni de sa vie intérieure. Le chemin de Marie fut sans histoire, exemplaire dans sa simplicité, tellement exemplaire que nul n'en a parlé.

C'est à cause de ce qu'on n'a pas dit que Marie est un personnage intéressant. Bien que mère du Messie, bien que choisie par Dieu pour faire vivre son fils dans la société des hommes, son humble parcours n'a provoqué aucun émoi particulier. Et pourtant, sa tâche, faite d'une humble fidélité a été, oh combien nécessaire, et indispensable! Le même constat peut être fait pour Joseph. Sa fidélité exemplaire n'a pas nécessité qu'on la raconte.

Exemplaire avons-nous dit? Si cela ne l'avait pas été on en aurait parlé! Si Marie et Joseph avaient été de mauvais parents, s'ils avaient mal aimé leur fils, on en aurait parlé. S'ils l'avaient battu ou privé de nourriture, on en aurait parlé, s'ils l'avaient abandonné à son triste sort lors de sa fugue à Jérusalem, ça se saurait. Ils ont fait ce qu'ils devaient
faire, et Jésus est devenu un homme en qui on a reconnu le Messie. A quoi bon s'émerveiller de ce que ses parents aient fait ce qu'ils devaient faire?

C'est alors que je me tourne vers vous et vous dis les mêmes choses. Je vous dis qu'en faisant normalement ce que vous faites vous êtes comparables à Marie. En essayant d'être fidèlement membres de l’Église comme vous le faites, vous édifiez le corps spirituel du Christ, puisque l’Église, c'est son corps. Vous agissez ainsi à la suite de Marie qui en nourrissant son fils contribuait à faire grandir son corps de chair. Pour nous, l'ange a le même message que pour Marie. Il nous dit, à nous aussi qu'une grâce nous a été faite, il nous dit que le Seigneur Dieu est avec nous et qu'il a besoin de nous pour édifier L’Église, le corps spirituel du Christ, le fils de Marie. C'est dans cette société des hommes où nous sommes que Dieu a voulu s'incarner, il a voulu être partie prenante de ce que nous vivons chaque jour. Devant Dieu, ce n'est pas ce qui se voit qui a de l'importance, c'est ce qui arrive.

Ce qui arrive est fait de mille choses insignifiantes qui mises bout à bout font l'événement et écrivent l'histoire. Ce ne sont pas les puissants, ceux dont le nom fait la une des journaux qui font avancer le monde, en dépit des apparences, c'est la multitude des hommes et des femmes au milieu desquels Dieu habite qui dessinent l'avenir. Bien qu'ils tiennent en apparence le premier plan, ce ne sont ni Hérode, ni César Auguste qui ont marqué leur siècle, ce sont les peuples qui ont vécu, qui ont bougé, qui se sont révoltés, ce sont les esclaves qui ont construit les monuments qui subsistent encore et c'est au sein de ce peuple que Dieu a pris forme humaine en Jésus Christ.

Au risque de vous troubler, je dirais que ce ne sont pas les dirigeants du monde, ni les autorités politiques qui jouent le premier rôle, dans le conflit que nous connaissons ce sont les peuples qui descendent dans la rue, ce sont les indigents de tout bord, ce sont les peuples qui souffrent, qui n'arrivent pas à se révolter et qui agonisent sous la botte. C'est au sein des peuples que Dieu prend visage humain. Aujourd'hui, comme demain Dieu accompagne chacune et chacun de ceux qui modestement, sans se faire remarquer participent à la grande aventure humaine commencée il y a 2 000 ans.

Cette aventure consiste à savoir que Dieu se tient parmi les hommes pour construire un monde nouveau, fait d'amour, de fraternité et d'espérance.

Quant à Dieu, il ne se contente pas d'être l'observateur céleste de nos bonnes œuvres. Il n'est pas au ciel où les hommes sont absents, il est au cœur de la mêlée de leur histoire. Il ne se tient pas plus du côté de ceux qui ont le pouvoir que de ceux qui le subissent. Il est au milieu des hommes d'où il bouleverse les enjeux de l'histoire en inspirant aux uns et aux autres des projets novateurs. Nous avons beau imaginer que les choses sont autrement, l’Évangile nous ramène toujours à redécouvrir cette proximité de Dieu qui se soucie plus du sort des opprimés que de sa gloire céleste.

Nous  avons toujours du mal à admettre qu'il prend en charge l'intérêt de tous les hommes et en particulier de ceux que l'on a l'habitude de considérer comme les petits, les obscures, les sans grade. Pour lui, ce qui a de l'importance n'est pas forcément visible, car c'est caché au cœur de la vie du monde. Si les hommes ont fait de Marie, car il faut bien revenir à elle, ce que la tradition nous a rapporté, c'est que là encore les hommes ont refusé les contraintes de l'incarnation. Ils ont fait de la mère de Jésus la reine du ciel qui rassure par ses apparitions régulières. Les hommes la placent dans les lieux célestes aux côté de Dieu, mais Dieu n'y est pas! Le ciel où Dieu réside est au cœur de l'humanité. Tant que nous refuserons cette présence de Dieu au milieu de nous, nous continuerons à mettre Marie dans le ciel et à croire que Dieu intervient par des prodiges pour rassurer le monde. Il n'en est rien. C'est au cœur des hommes où il a fait sa résidence que Dieu sollicite leur collaboration pour construire un monde nouveau et fraternel qu'il se plaît à appeler son Royaume.

Illustrations Henry Ossawa Tanner 1898 Philadelphie

vendredi 7 novembre 2014

Jean 1:6-8 et 19-28 : Une voix dans le désert. Dimanche 14 décembre 2014



Jean1 :6-8 et 19-28 :


6 Survint un homme, envoyé de Dieu, du nom de Jean. 7 Il vint comme témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui. 8 Ce n'est pas lui qui était la lumière ; il venait rendre témoignage à la lumière.

9 La Parole était la vraie lumière, celle qui éclaire tout humain ; elle venait dans le monde.
10 Elle était dans le monde,
et le monde est venu à l'existence par elle,
mais le monde ne l'a jamais connue.
11 Elle est venue chez elle,
et les siens ne l'ont pas accueillie ;
12 mais à tous ceux qui l'ont reçue,
elle a donné le pouvoir
de devenir enfants de Dieu
— à ceux qui mettent leur foi en son nom.13Ceux-là sont nés, non pas du sang, ni d'une volonté de chair, ni d'une volonté d'homme, mais de Dieu.
14 La Parole est devenue chair ;
elle a fait sa demeure parmi nous,
et nous avons vu sa gloire,
une gloire de Fils unique issu du Père ;
elle était pleine de grâce et de vérité.
15 Jean lui rend témoignage, il s'est écrié : C'était de lui que j'ai dit : Celui qui vient derrière moi est passé devant moi, car, avant moi, il était.
16 Nous, en effet, de sa plénitude
nous avons tous reçu,
et grâce pour grâce ;
17 car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ.
18 Personne n'a jamais vu Dieu ; celui qui l'a annoncé, c'est le Dieu Fils unique qui est sur le sein du Père.
Ce que Jean le Baptiseur dit de lui-même

19 Voici le témoignage de Jean, lorsque les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : Toi, qui es-tu ? 20 Il le reconnut, il ne le nia pas, il reconnut : Moi, je ne suis pas le Christ. 21 Ils lui demandèrent : Alors quoi ? Toi, es-tu Elie ? Il dit : Je ne le suis pas. — Est-ce toi qui es le Prophète ? Il répondit : Non. 22 Ils lui dirent alors : Qui es-tu ? — que nous puissions donner une réponse à ceux qui nous ont envoyés ! Que dis-tu de toi-même ? 23 Il dit :
Moi, je suis celui qui crie dans le désert :
Rendez droit le chemin du Seigneur,
comme a dit le prophète Esaïe.
24 Ceux qui avaient été envoyés de chez les pharisiens 25lui demandèrent : Pourquoi donc baptises-tu, si, toi, tu n'es ni le Christ, ni Elie, ni le Prophète ? 26 Jean leur répondit : Moi, je baptise dans l'eau ; au milieu de vous, il en est un que vous ne connaissez pas 27 et qui vient derrière moi ; moi, je ne suis pas digne de délier la lanière de sa sandale.
28 Cela se passait à Béthanie, de l'autre côté du Jourdain, là où Jean baptisait.




Mais qui donc est Dieu ?  Il ne représente pas une réalité que nous  puissions voir ou  qui pourrait frapper nos  sens. C’est en  faisant ce constat, que   beaucoup cessent de croire en Dieu car, il est évident qu’on ne peut  le voir agir. «  Message bien reçu » disent les défenseurs de Dieu. Mais   l’argument leur paraît un peu court. C’est aller un peu vite en besogne,  que de conclure aussi vite que parce qu’on ne le voit pas agir que Dieu n’existe pas, et chacun de rechercher dans la littérature ou dans ses expériences personnelles des arguments qui lui permettrait de dire  aux détracteurs de Dieu que sans sa présence nous ne pourrions pas appréhender les réalités de ce monde.

En effet, il suffit de voir la  structure compliquée d’un insecte pour concevoir que tout cet assemblage subtile  a été conçu  par un être supérieur. Comment ne pas penser que le champ des étoiles n’a pas été imaginé par un esprit organisateur ?  Pour peu que l’on s’aventure dans ce genre de raisonnement, il est évident que l’on trouvera toute  sorte  de témoignages faisant état de miracles dont les récits tendraient à démontrer que Dieu n’hésite pas à  contrarier les règles de  l’évolution  du monde  pour démontrer son extrême liberté  par rapport à cet univers où nous sommes  et attester de   sa supériorité sur toute chose. La Bible fourmille d’exemples. En défendant de tels arguments,  ceux qui  s’appuient sur eux   apportent de  l’eau au moulin de leurs adversaires  qui auront vite fait de démontrer qu’en agissant contre l’ordre des choses qu’il a créé, Dieu ne serait pas crédible et démolirait lui-même les  éléments qui plaident en faveur de son existence.

Certes, si la Bible n’est pas avare de récits qui  plaident en faveur de la toute puissance de Dieu, elle ne s’en sert pas vraiment pour démontrer  son existence. Elle préfère
argumenter à partir d’autres  éléments  dont  nous allons essayer de dégager la pertinence.  Cela nous demandera de faire un effort intellectuel pour déceler  la trame  d’une autre approche  qui se dissimule dans la profondeur   des textes. C’est à partir des verbes  dire et parler que nous allons  chercher la pertinence de ces arguments.  En effet, dans de   nombreux récits le texte ne dit pas «  voyez ce que Dieu fait », mais  « écoutez ce que Dieu dit ». Tout au long  des récits on nous dit que Dieu parle et non pas qu’il fait.  Il cherche à se faire entendre plus qu’il ne cherche à se faire voir. Dieu ne se révèle pas par ce qu’il laisse transparaître de lui, mais par ce qu’il est censé dire.

Au commencement, c’est la voix de Dieu qui retentit dans l’immensité où rien n’existait encore et  qui n’était que Tohu Bohu afin que ce qui  était seulement en devenir s’organise pour devenir la réalité dans laquelle nous évoluons encore aujourd’hui. Mais qui donc a pu entendre  cette voix demandant que   les choses existent  puisque rien n’était encore conçu  pour  l’entendre  et exécuter l’ordre divin?   Gaffe des auteurs  ou raisons plus subtiles ?

Bien entendu, ces textes ont été rédigés bien plus tard, à une époque où les prophètes s’appliquaient à  évoquer  la présence de Dieu en le faisant  parler. C’est donc en évoquant des sons et des mots qu’ils  on rendu compte de leur expérience  avec Dieu.  C’est ce que nous rappelle le début de l’Evangile de  Jean qui sert de support à notre réflexion en évoquant la voix de celui qui crie ans le désert.  Cette voix a été empruntée au prophète Esaïe,  elle est proférée pour les contemporains de Jésus  par la bouche de Jean  Baptiste dans des conditions semblables à celles imaginées,   jadis par le génie  des écrivains bibliques quand ils ont voulu décrire l’origine du monde. La voix de Dieu  qui ne pouvait pas encore être entendue fut cependant obéie   et les choses qui devaient être créé advinrent.   Ainsi naquirent les étoiles et le firmament, la lune et le soleil, la terre et les mers, les végétaux et les animaux et l’homme en dernier.

En  évoquant la voix de Dieu  qui retentit dans le désert, le prophète Esaïe utilise la même image.  Il parle  du désert où la voix ne pouvait être entendue par personne. On se retrouve dans le même cas de figure que dans le récit de la création. Il y a fort à parier que ce dé
sert, pris au sens figuré, désigne l’âme humaine qui cherche à comprendre quelque chose de Dieu et qui doit faire le vide en elle afin que la voix de Dieu puisse faire  son œuvre, car pour être créatrice la voix de Dieu ne doit rencontrer aucun  obstacle qui la contrarie.  Nous sommes donc  invités par ce contexte à faire le vide en nous  pour que nos voix intérieures se taisent et que  nous puissions entendre Dieu qui nous parle.

L’Evangile de Jean nous rapporte alors, à partir de l’expérience de Jean Baptiste qui fait suite à celle d’Esaïe, comment maîtriser nos voix intérieures pour laisser Dieu nous parler et se faire reconnaître. C’est seulement quand nous aurons entrepris  nous-mêmes cette même expérience avec succès que nous pourrons reconnaître la réalité de Dieu ou la rejeter.

En effet, ceux qui  rejettent Dieu  et nient sa réalité, le font à partir d’arguments faciles  qu’ils puisent dans leurs expériences personnelles  sans forcément   chercher à approfondir ce qui se passe en eux. Ils  partent de leur insatisfaction personnelle et constatent que Dieu ne peut y répondre. Cela   les amène à décider un peu vite de sa non existence.

 Si l’homme est mauvais disent-ils, c’est la faute de Dieu  qui l’a voulu ainsi, et s’il ne l’a pas voulu, c’est qu’il est impuissant. Ils font le même raisonnement au sujet des guerres, des maladies incurables, des  accidents d’avion ou des tsunamis.  Il leur est plus confortable d’accuser  Dieu d’incapacité plutôt que d’envisager que la réalité des choses n’est pas aussi simpliste.

Ce réquisitoire contre les négateurs de Dieu étant fait, revenons au discours de Jean Baptiste. Il commence par porter un regard négatif sur lui-même. Il déclare qu’il n’est ni Elie, ni le Messie, ni le prophète. En se décrivant ainsi,  il fait le vide en lui en ne  se  reconnaissant aucune capacité à être porteur de quoi que ce soit qui l’autorise à parler de Dieu. Il neutralise ainsi tout ce qui en lui pourrait  altérer la voix de Dieu. Puis, évoquant Jésus dont il se sait le messager et dont il nous dira plus tard qu’il nous baptise
ra de saint Esprit, il nous dit qu’il vient.  Il nous oriente ainsi sur un avenir qui se réalisera plus tard,  c’est dire que la première vertu de la parole de Dieu, quand elle nous atteint est de nous parler d’avenir. Dieu n’est donc pas le Dieu du passé, même s’il s’appuie sur le témoignage des pères. Ce qui importe, c’est qu’il habite l’avenir vers lequel il nous pousse à la rencontre de nos prochains que nous ne pouvons qu’aimer comme nous-mêmes.  C’est ce que dit Jésus.

A partir de là, nous avons tous les éléments nécessaires et suffisants pour entendre Dieu. Il nous faut faire le désert en nous,  en oubliant tout ce qui nous vient de nous-mêmes,  pour nous orienter vers le devenir de nos prochains, tout en laissant le Saint esprit nous envahir et nous parler au nom de Dieu. Une fois cette expérience faite, nous pouvons honnêtement nous interroger sur Dieu.

Sans doute, certains continueront  à camper sur leurs a priori hostiles à Dieu, c’est leur droit, mais je suis sûr que beaucoup découvriront qu’il y a possibilité d’entendre Dieu  qui leur dit qu’il y a de l’avenir pour eux et  pour les autres. Ils comprendront également que Dieu les implique dans la réalité du monde présent où il nous demande de prendre nos responsabilités, si bien que trop concernés par notre participation au monde présent, nous ne
chercherons plus Dieu dans le passé, ni dans le discours des philosophes, mais nous le trouverons engagé avec nous dans la réalité du monde qui se construit jour après jour (1). C’est avec lui que nous lutterons contre les violences et les injustices afin que le nouveau monde prenne corps.

(1)  Nous redisons ici à notre manière, ce que Pascal avait déjà dit.

jeudi 30 octobre 2014

Marc 1:1-8 Commencement de la Bonne nouvelle Dimanche 7 décembre 2014



Marc : 1- 1-8


1 Commencement de la bonne nouvelle de Jésus-Christ, Fils de Dieu.
2 Selon ce qui est écrit dans le Prophète Esaïe :
J'envoie devant toi mon messager
pour frayer ton chemin ;
3 c'est celui qui crie dans le désert :
« Préparez le chemin du Seigneur,
rendez droits ses sentiers »,
4 survint Jean, celui qui baptisait dans le désert et proclamait un baptême de changement radical, pour le pardon des péchés. 5 Toute la Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui et recevaient de lui le baptême, dans le Jourdain, en reconnaissant publiquement leurs péchés. 6 Jean était vêtu de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins. Il se nourrissait de criquets et de miel sauvage.
7 Il proclamait : Il vient derrière moi, celui qui est plus puissant que moi, et ce serait encore trop d'honneur pour moi que de me baisser pour délier la lanière de ses sandales. 8 Moi, je vous ai baptisés d'eau ; lui vous baptisera dans l'Esprit saint.

Quand l’étale d’un libraire, vous parcourez un livre que  vous découvrez pour la première fois, comment procédez-vous ? Il n’y a certainement pas de bonne méthode ni de technique appropriée, chacun suit son propre instinct. Je ne peux donc que parler de ma pratique personnelle en supposant qu’elle rejoint celle de la plupart d’entre vous.

Si c’est un roman qui me tombe dans les mains,  je regarderai d’abord en dernière page de couverture le petit texte qu’a écrit l’éditeur et qui a pour but d’inciter le lecteur à lire le livre. Je regarde ensuite les appréciations que l’éditeur a trouvées dans la  presse pour venter  l’ouvrage, mais je ne lis ni la table des matières, ni le dernier chapitre pour ne pas enlever son intérêt à l’ouvrage.

Par contre si le livre défend une thèse historique, philosophique, politique ou théologique, je procède différemment. C’est à la conclusion que je me rends d’abord avant de lire la préface qui n’est généralement pas de la plume de l’auteur mais qui est écrite de la main de quelqu’un de célèbre qui recommande la lecture. Sans doute procédez-vous d’une manière semblable.

Et les Évangiles, comment les abordez-vous ?  Même s’ils sont édités dans la Bible, ce sont des ouvrages indépendants les uns des autres et doivent être abordés comme des ouvrages distincts à part entière. Procéderons-nous de la même manière que ce que nous venons de dire ? Non bien sûr car nous savons déjà des tas de choses sur les Évangiles.  Nous savons comment  ils se terminent  et nous croyons en connaître le début. Pas de surprise donc, nous pensons  avancer en terrain connu.  Nous butinons dans les textes et nous nous arrêtons sur l’une ou l’autre des péricopes  qui retient particulièrement  notre attention car on peut lire les chapitres indépendamment de l’ordre dans lequel ils nous sont proposés.

C’est l’Évangile de Marc que nous ouvrons ce matin. Nous croyons tout savoir à son sujet. La fin, on la connaît ! Pas si sûr ! En y regardant de près, en lisant les notes  qui y figurent en bas de page, on découvre que l’éditeur, le premier, celui de l’an 70 de notre ère, dont on ne sait rien, a éprouvé le besoin de rajouter  8 versets supplémentaires au  dernier chapitre  qui  était sensé se terminer  au verset 8 du chapitre 16. Il a voulu ainsi  adoucir la conclusion trop rapide et inquiétante que l’auteur,  Marc a proposé. L’a-t-il voulu ainsi, ou la fin a-t-elle été perdue, nul ne le sait. La plupart des éditions modernes de la Bible font apparaître ce particularisme de l’Évangile de Marc par des notes appropriées  (1)  En effet le texte de Marc s’arrête sur le récit de la fuite des femmes effrayées qui quittent les abords du  tombeau vide sans  ne  rien dire à personne de l’événement. Au lecteur d’y  trouver son compte.  C’est à cause de cette conclusion surprenante que très vite, on a rajouté une autre finale plus conforme aux autres évangiles.

Poursuivons notre découverte de l’Évangile et aventurons-nous vers d’autres surprises. Le début, on le connaît ! Pas si sûr ! Il ne parle pas du récit de l’enfance. Il s’ouvre directement sur le récit de Jean Baptiste. Nous sommes tentés de passer vite, car il ne mentionne pas les détails intéressants,  que fournissent les autres évangiles. En fait ces quelques  huit versets que nous avons lus servent plutôt de préface à tout l’Évangile.  Comme les préfaces des livres connus sont généralement écrites par d’autres auteurs pour nous inciter à lire le livre nous n’y accordons que peu d’intérêt puisque nous avons déjà entrepris sa lecture, et nous passons vite. Nous avons tort!

Cette préface est de la même main que l’auteur de l’Évangile. Elle est donc de la plume de Marc. Nous avons là en 8 versets un chef d’œuvre de concision qui nous donne tout ce qu’il nous faut savoir pour apprécier à sa juste valeur la bonne nouvelle qu’il va nous relater.

Contrairement au dernier verset du dernier chapitre ( Marc 16 verset 8)  qui nous parle de la peur des femmes, les notes introductives, ici  s’ouvrent  sur une promesse dont la réalisation nous projette en plein ciel dans un projet de changement radical de notre conception de Dieu : «  Il vous baptisera d’Esprit  saint ! » Dit-il.  Cela veut dire  que notre relation à Dieu ne sera plus conditionnée par la pratique rigoureuse des consignes de la Loi, mais par une révolution provoquée en nous  par l’irruption du Saint Esprit dans notre vie intérieure. C’est totalement différent de ce qui était enseigné jusqu’à maintenant.

C’est sans doute, parce qu’elles constatent en voyant le tombeau vide, que cette transformation radicale, est déjà en train de se produire en elles que les femmes éprouvent de la crainte. Ainsi la vraie conclusion de cet évangile n’est pas dans la crainte des femmes, ni dans les 8 versets rajoutés, mais dans les versets d’introduction, au tout début de l’Évangile, par l’annonce de l’effusion de l’Esprit sur tous ceux qui croient. Le récit de la résurrection  et de l’apparition du ressuscité passent au second plan car ils sont la conséquence de ce moment rapporté ici au tout début de l’Évangile.

Reprenons donc sereinement le contenu de ces 8 premiers versets qui pour nous parler de la « bonne nouvelle » commencent par le récit du ministère de Jean baptiste. Mais ce n’est pas le personnage qui est important, c’est pourquoi Marc reste sobre à son sujet et  n’en parle presque pas. Ce qui est important, ce n’est pas ce qu’il a fait  c’est l’itinéraire spirituel qu’il nous invite à faire. C’est d’abord  la voix du prophète Esaïe qui retentit par sa bouche. En effet,  c’est la reprise du message des prophètes qui  prédomine dans l’enseignement de Jésus. Ce message donnait priorité au culte en esprit, face aux exigences de la Loi. Ainsi s’ouvrait  une ère nouvelle  que Jésus était venu inaugurer. 

L’enseignement des prophètes avait pour but de  libérer les croyants du carcan de leur péché. Il leur proposait de revenir à Dieu par une pratique  de la justice et du respect du prochain et  de  s’inquiéter du sort de la veuve et de l’orphelin  plutôt que  de s’attacher à  une pratique du culte du Temple. (2)

Jean Baptise, par son enseignement et par son vêtement replongeait ses lecteurs dans cette atmosphère. Il portait une tunique en poil de chameau qui était le même vêtement que portait Élie, le prince des prophètes qui fut enlevé au ciel et échappa ainsi à la mort. Jean Baptiste annonçait  par son comportement  qu’avec la venue de Jésus, une nouvelle page était en train de se  tourner. Les choses ne seront plus comme avant, une relation nouvelle avec Dieu allait s’établir et rien, ni le péché ni la mort, ne viendraient désormais altérer ces temps nouveaux  qui viennent d’être annoncés par les toutes premières lignes de l’Évangile, avant que le récit soit pratiquement commencé. Ainsi  les 8 premiers versets contiennent-ils déjà tout le message de l’Évangile et méritent-ils que l’on s’arrêtent sur eux.

(1)  Cette information n’est pas une vue de l’esprit, ni une invention de ma part. Eusèbe et Jérôme l’avaient déjà constatée. En effet, les versets rajoutés sont d’un style différent de celui du reste de l’ouvrage. Ce court passage utilise 20 mots qui ne sont utilisés nulle part ailleurs dans cet Évangile. Ce simple constat suffit à démontrer que ces 8 versets ne sont pas  de la même main que  le reste de l’évangile.

(2)   Jérémie 6/20