vendredi 4 septembre 2015

Mac 9:38-48 Jésus et les petits enfants Dimanche 27 septembre 2015






38  Jean lui dit : Maître, nous avons vu un homme qui chasse les démons par ton nom et nous avons cherché à l'en empêcher, parce qu'il ne nous suivait pas. 39 Jésus répondit : Ne l'en empêchez pas, car il n'y a personne qui puisse parler en mal de moi tout de suite après avoir fait un miracle en mon nom. 40 En effet, celui qui n'est pas contre nous est pour nous.

41 Et quiconque vous donnera à boire une coupe d'eau parce que vous appartenez au Christ, amen, je vous le dis, il ne perdra jamais sa récompense.
Les causes de chute

42 Mais si quelqu'un devait causer la chute de l'un de ces petits qui mettent leur foi en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui attache autour du cou une meule de moulin et qu'on le lance à la mer. 43 Si ta main doit causer ta chute, coupe-la ; mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie que d'avoir tes deux mains et d'aller dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint pas  . 45 Si ton pied doit causer ta chute, coupe-le ; mieux vaut pour toi entrer infirme dans la vie que d'avoir tes deux pieds et d'être jeté dans la géhenne. 47Et si ton œil doit causer ta chute, arrache-le ; mieux vaut pour toi entrer borgne dans le royaume de Dieu que d'avoir deux yeux et d'être jeté dans la géhenne, 48 où leur ver ne meurt pas, et où le feu ne s'éteint pas.


Si on voulait construire une société idéale en fonction de nos critères humains, pour tenter d’établir le Royaume de Dieu sur terre,  nous ferions certainement de grosses erreurs, car  nous inventerions des règles à respecter et des lois contraignantes. Sous prétexte de créer une société idéale, on finirait par réaliser une société invivable. De nombreux exemples par le passé à commencer par celui de Genève ; ont montré combien il est difficile, voire même impossible de réaliser un tel projet. Combien de communautés religieuses, animées par des prédicateurs pétris de bonnes intentions n’ont-elles pas cherché à créer des sociétés de ce type. Dans l’ancien monde, où elles ont souvent pris naissance au moment de la Réforme, elles ont été rejetées. Il s’agissait surtout de communautés mennonites et anabaptistes. Beaucoup d’entre elles, fuyant les persécutions se sont ensuite établies dans le nouveau monde où les vastes espace ont permis qu’elles s’installent sans se gêner les unes les autres.

Si Jésus avait pu prendre la parole quand ce mouvement a pris naissance, il aurait sans doute dit avec humour qu’on ne peut rien faire sans une totale liberté. Comme on va le voir par la suite, il ne s’agit pas d’un peu de liberté, mais d’une totale liberté.

Cette vertu est nécessaire pour que s’établisse durablement une société vivable qui aurait l’amour pour règle première, car l’amour récuse toute forme de contrainte. S’il y a liberté, il ne peut y avoir de contrainte et s’il y a contrainte, aussi limitée soit-elle, il ne peut y avoir de liberté, sans quoi une telle société idéale, basée sur le seul enseignement de Jésus s’effondrerait.

Il faut avoir tout cela à l’esprit quand on essaye de comprendre les propos de Jésus, car il savait bien  qu’une société idéale, construite sur des préceptes relevant de la seule piété ne pouvait aboutir. Jésus ne souhaitait  pas que ses adeptes quittent  le monde où ils vivaient. Il souhaitait  qu’ils cohabitent  au milieu de leurs semblables du mieux possible sans  chercher  à  ériger une société de parfaits. C’est dans ce monde où nous vivons,  où personne ne ressemble à son voisin, et où personne ne pense comme son voisin  que Jésus  se propose de nous accompagner.

Dans  ce passage,  Jésus n’est pas en train d’établir des règles contraignantes pour vivre  le Royaume qu’il promet. Il imagine avec humour ce que les hommes pourraient inventer comme société s’ils leur prenaient la fantaisie de se risquer  à construire  une société parfaite conforme aux règles qu
’ils pourraient dégager de l’Evangile. Il les prévient qu’elle finirait vite par devenir une société d’inadaptés. Les  uns   seraient  totalement    inutiles  puisqu’on les aurait jeté à la mer une meule de moulin attachée au cou ; quant aux autres, ils seraient infirmes à cause des contraintes qu’ils s’imposeraient à eux-mêmes. Comme ils se seraient eux-mêmes mutilés pour se punir d’avoir mal fait, Ils seraient  incapables d’être utiles à leur prochain, puisque ils seraient démunis de bras, de jambes et même de sentiments.  Ce serait exactement le contraire  de ce que l’Evangile préconise qui se construirait. En tout cas si une telle société de justes cherchait à  exister, elle ne fleurerait pas bon l’amour du prochain, mais serait liée à l’espionnage,  à la suspicion et  au jugement des autres. Cela aboutirait à une absence totale de liberté.

On ne peut vivre les promesses de Jésus sans liberté. Cela  découle de son enseignement, c’est pourquoi  Jésus ne se présente pas comme un révolutionnaire briseur d’injustices et redresseur de torts. Il s’approche des hommes avec tendresse et les fait sortir de leur immobilisme contraignant. Il leur donne un seul objectif  comme  marche à suivre : l’amour du prochain.

 Ainsi, il commence  par prendre le parti de ceux qui prêchent sans autorisation dûment patentée ou qui enseignent sans diplôme. Pour lui,  ce n’est pas la qualification ou le diplôme qui donne de la valeur à ce que l’on dit.  Lui-même n’était sans doute pas diplômé. Cette question de la formation de Jésus intéresse les théologiens et les historiens au plus haut point.  Etait-il  un dissident essénien formé à la dure école des ermites du désert ?  A-t-il étudié aux pieds des grands maîtres de la Loi  sous le portique de Salomon ?  N’a-t-il reçu  aucune formation et sa science lui venait-elle directement de Dieu sans intermédiaire humain ? Aucune réponse n’a jamais été apportée à ces questions. Il semblerait qu’il ait reçu son inspiration  de Dieu seul  qui se serait chargé de sa formation, autant dire qu’il ne pouvait  se prévaloir d’aucune autorité reconnue par les hommes.


Si Jésus n’avait aucune autorité légitime pour enseigner, comment aurait-il pu l’exiger des autres ? C’est ce que l’on dit, qui a de la valeur, à condition que la parole prononcée soit porteuse de vie et d’espérance. Le bon prédicateur n’est pas celui qui sort des meilleures universités ou qui sait manier l’éloquence, c’est celui qui dit ce que Jésus aurait dit ou qui fait ce que Jésus aurait fait.  On a tendance à croire que c’est  la formation qui donne de la valeur aux gens. La formation n’est qu’un critère, sans doute nécessaire pour que celui qui enseigne la communauté soit reconnu, mais ce qui est important c’est ce qu’il dit, à condition que ses paroles soient le juste reflet de ce qu’aurait pu dire Jésus qui mettait l’amour en tête des critères à retenir.
Jésus proposera donc à chacun de ceux qui l’écoutent de devenir le compagnon de route de sa vie, non pas pour lui imposer des contraintes qui orienteraient son existence d’une manière ou d’une autre, non pas pour faire peser sur lui une morale rigide, mais pour l’aider à donner priorité à l’amour dans tous ses choix et toutes ses entreprises.

Pourtant, on sent poindre l’exaspération dans ses propos, parce que la société qui l’entoure a donné priorité à d’autres critères que les siens. Elle a fait de la morale la règle essentielle de la religion. Jésus ne s’en prend pas à l’hypocrisie des pharisiens qu’il a déjà dénoncée par ailleurs. Ce qui l’exaspère, c’est la rigueur morale qu’ils enseignent ,  car ils enseignent que Dieu se cache derrière la rigidité de la Loi de Moïse et qu’il se contente du respect de la loi pour absoudre toutes les fautes.


Or pour Jésus c’est le manque d’amour à l’égard des petits qui est la cause de tous les troubles de la société. Pour lui,  Dieu se fait connaître  par l’amour que lui-même leur porte. Il ne vous a pas échappé que Jésus a mis les petits au centre de son propos. Mais bien vite vous allez oublier ce détail, qui n’en est pas un,  tant la violence  des propos de Jésus qui font suite  vont vous heurter.

Le lecteur un peu attentif, que vous êtes sans doute,  sera impressionné par la sévérité des paroles de Jésus.  Vous allez sans doute être portés à  considérer que la dureté des attitudes  imposées par Jésus est  encore plus sévère que la loi imposée par les pharisiens et les  scribes. Ses exigences respirent une violence insupportable. Quand ce n’est pas la mort qu’il préconise, c’est la mutilation qu’il envisage. A l’entendre  on n’a plus qu’une seule envie, c’est celle de tourner la page et de renvoyer Jésus  rejoindre  l’école de ceux qui préconisent que de telles pratiques soient encore appliquées, si bien qu’on ne désire plus l’avoir pour guide.

Je vous arrête ici dans vos pensées, car si elles étaient les vôtres vous auriez tout faux. En effet de tels propos s’accordent mal avec  l’attitude de tendresse préconisée ailleurs par Jésus. En fait il ne préconise  pas  ces  pratiques cruelles,  il  les mentionne seulement pour provoquer notre intelligence et nous forcer à réfléchir. Il veut nous dire  simplement  que notre attitude à l’égard des petits,  pour lesquels nous n’avons pas grands soucis, est porteuse de mort, et que nous mériterions un châtiment  sévère de la loi  si on  considérait  que  telle serait la volonté de Dieu pour  se faire aimer. Loin de lui d’exiger que l’on noie ceux qui manquent de  respect aux petits ou qu’on se mutile soi-même pour toutes les formes de manquement à la  charité. 

 Autrement dit, Jésus  retourne contre nous les pratiques de la loi que nous souhaiterions  instituer, pour nous permettre de comprendre qu’un tel projet serait mortel pour nous.  En fait il ne parle pas de la Loi de Moïse, mais d’une loi que nous nous imposerions à nous-mêmes au cas où nous chercherions à être parfaits. Tout compte fait, Jésus nous laisse déduire logiquement de son propos qu’il serait plus avantageux pour nous de pratiquer l’amour plutôt que la loi.

Les petits ce sont ceux qui n’ont pas la parole, les enfants, bien sûr, mais aussi les malades, les infirmes, les réfugiés, les sans asile, les prisonniers, les vieillards. Tous ces gens  que notre société marginalise  et qui auraient besoin de toute notre attention et devraient mobiliser tous nos soins. Une société qui ne le ferait pas ne pourrait pas être porteuse de vie et d’espérance, car c’est à partir de gestes en faveur des petits que s’édifiera le Royaume de Dieu.



 Il n’est donc pas question de construire une société à part, faite de croyants qui fuiraient un monde aussi injuste que le nôtre. Il est question de se laisser immerger dans ce monde-ci  et de mettre nos propos et nos actions  au service de la cause de tous ces petits dont l’amour et la sollicitude des autres font tant défaut.

Aucune loi ne nous condamnera si nous ne le faisons pas, mais si nous ne le faisons pas, comment pourrons-nous encore  parler de l’amour de Dieu ?
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lundi 31 août 2015

Marc 9:30-37 Jésus et les petits enfants 20 septembre 2015



(déjà publié en 2012)

30 Partis de là, ils traversaient la Galilée, et il ne voulait pas qu'on le sache. 31 Car il instruisait ses disciples et leur disait : Le Fils de l'homme est sur le point d'être livré aux humains ; ils le tueront, et, trois jours après sa mort, il se relèvera. 32 Mais les disciples ne comprenaient pas cette parole, et ils avaient peur de l'interroger. 
33 Ils arrivèrent à Capharnaüm. Lorsqu'il fut à la maison, il se mit à leur demander : A propos de quoi raisonniez-vous en chemin ? 34 Mais eux gardaient le silence, car, en chemin, ils avaient discuté pour savoir qui était le plus grand. 35 Alors il s'assit, appela les Douze et leur dit : Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. 36 Il prit un enfant, le plaça au milieu d'eux et, après l'avoir pris dans ses bras, il leur dit : 37 Quiconque accueille en mon nom un enfant, comme celui-ci, m'accueille moi-même ; et quiconque m'accueille, ce n'est pas moi qu'il accueille, mais celui qui m'a envoyé.

Ce ne sera une surprise pour personne si je dis que Jésus n’approuverait pas le fonctionnement de notre société. Il la  trouverait en parfaite contradiction avec ce qu’il a essayé de nous inculquer dans son Évangile. Il préconisait  en effet de corriger les erreurs  de ce monde en favorisant les humains les moins chanceux  dans notre société. C’est pour cela qu’il s’est permis de faire des miracles afin de remettre  parmi les gens normaux ceux qui étaient devenus des marginaux, c’est pourquoi il a  guéri des malades qui n’avaient aucune chance de vivre normalement. Il s’efforçait de redonner leur chance à ceux qui avaient été victimes d’injustices. C’est ainsi qu’il rendit sa dignité à une femme prostituée et qu’il permit à la femme adultère condamnée à mourir, de conserver la  vie. Le malade mental ainsi que le lépreux  ont pu retrouver  leur place dans la société des humains. Voilà quelques exemples relevés dans l’Evangile pour que  nous comprenions que Jésus préconisait une société qui aurait fonctionné à l’inverse de la nôtre.

Nous avons cependant du mal à comprendre ce qu’il voulait  nous dire quand il prit un enfant  dans ses bras et le proposa comme  exemple de ce qu’il fallait faire pour devenir grand dans notre monde. Nous avons d’autant plus de mal  à le comprendre, qu’aujourd’hui, les enfants sont au centre des préoccupations de notre société. L’enfant est devenu roi dans un monde où tout tourne autour de lui. Il est devenu le type même de consommateur que les marques cherchent à séduire tant il a pris de l’importance pour orienter le goût de ses propres parents.

Pourtant,  si l’enfant est roi dans les sociétés favorisées,  il ne l’est pas dans les sociétés  défavorisées, si bien qu’à côté du monde des enfants rois, il y a aussi le monde des enfants victimes. Dans les sociétés les plus  défavorisés, les enfants souffrent plus que les adultes  de la soif, de la faim  et des maladies. On en fait même des soldats  et des prostitués, garçons et filles.

Il nous fallait donc faire le point sur la situation de l’enfant dans nos sociétés postmodernes pour comprendre l’attitude de Jésus.  Il prend un enfant en exemple pour montrer quel chemin on doit suivre  si on veut devenir grand. Dans le monde contemporain de Jésus, l’enfant n’avait pas un sort enviable. Il  était le plus souvent  considéré comme une charge. Il était  avant tout une bouche de plus à nourrir. On le faisait travailler très tôt pour un salaire inexistant, c’est ainsi qu’il fournissait une main d’œuvre peu coûteuse dont on avait tendance à abuser.  Victimes de la mauvaise alimentation et de l’hygiène déficiente, beaucoup mouraient en bas âge. Sans doute l’enfant, était-il aimé par ses parents, comme le sont  tous les enfants du monde, mais il n’était pas choyé comme aujourd’hui. Les chagrins que causait la mortalité infantile poussaient les parents à ne pas trop s’attacher aux tout petits dont beaucoup ne survivaient pas à la petite enfance.

C’est donc dans ce contexte que Jésus intervint en plaçant  un enfant devant  eux à titre d’exemple. On se demande alors en quoi un enfant aurait pu donner un exemple de grandeur.  Un enfant n’avait pas d’instruction et  il n’avait aucun savoir. Il n’avait aucun exemple à donner si non sa naïveté. On ne comprend pas non plus en quoi les enfants auraient à nous donner des leçons  en matière de  foi. Comment pourrait-on être grand aux yeux de Dieu en se comparant à un enfant ?

Les enfants ne sont pas des adultes en miniature. Ils ne pensent pas comme des adultes, ils ne réagissent pas non plus comme eux. Ils ont des comportements qui leur sont  propres. Ils ont en particulier une faculté d’émerveillement que n’ont pas les adultes. En contrepartie, les adultes ont le savoir et la science. Ils ont aussi la sagesse,  pense-t-on.  Aujourd’hui, comme jadis, on donne un enseignement religieux aux enfants pour qu’ils puissent acquérir les notions élémentaires de la foi. Pour faire partie d’une communauté chrétienne, et avant d’avoir accès aux responsabilités dans l’Eglise  et prendre part à la Sainte Cène de manière officielle, il faut avoir franchi les différentes étapes du catéchisme.
Des adultes dûment patentés sont chargés d’enseigner les enfants, ils sont à la fois des enseignants et des gardiens de la tradition. C’était la même situation à l’époque de Jésus. Il était nécessaire  de connaître les 616 articles de la Loi ou tout au moins les dix commandements qu’il fallait respecter, pour espérer grandir dans la foi. C’est sur ce point que Jésus semble en désaccord avec nous et avec les adultes de son temps. Il semble contester le fait  que pour être un homme de foi il faille avoir acquis l’expérience  auprès de plus savants que soi. 

L’enfant plus que l’adulte  sait observer ce qui se passe en lui. Il découvre très vite que son cœur est habité de pensées bonnes et de pensées mauvaises. Il sait aussi que des sentiments parcourent son âme. Il a un sens de la beauté, de la justice, de la droiture. Mais  il ne sait pas mettre un nom sur l’origine de ces phénomènes, il ne sait pas que Dieu travaille en lui, mais il en constate les effets dans sa naïveté.  Pourtant,  très vite les adultes interviennent  pour expliquer ces mystères et pour lui indiquer la bonne voie à suivre et l’enfant perd sa candeur. Très vite ses parents puis ses enseignants vont lui apprendre à maîtriser le cours de ses émotions, et ils vont lui enseigner en même temps tout ce qu’il faut savoir  sur Dieu sur le péché sur la loi et l’enfant passe de la spontanéité  enfantine à la raison de l’adulte. 

L’enfant va  alors apprendre  ce que les hommes savent depuis des siècles sur  Dieu, et c’est ainsi qu’il deviendra un  adulte bien élevé et un croyant honnête face à Dieu. Mais Jésus trouve que les choses vont trop vite et que l’on ne s’arrête pas assez sur cette naïveté de l’enfant  qui lui permet d’entendre Dieu et de le repérer avant même qu’on lui ait enseigné à le faire.

Ainsi sans que les adultes, parents ou éducateurs s’en souviennent,  leur premier contact avec Dieu s’est fait à partir  d’observations et d’expériences  de vie intérieure  qu’ils ont faites quand ils étaient enfants et qu’ils ont gardées pour eux-mêmes, dans l’incapacité qu’ils étaient de pouvoir l’exprimer. Ce Dieu tout à l’intérieur d’eux-mêmes  a bien vite laissé la place   à un Dieu extérieur à eux-mêmes  qui avait les apparences que le monde des adultes avait bien voulu lui donner. 

Quelle que soit la façon dont les enfants entendent parler de Dieu par les adultes, cela  se passe  toujours de la même manière. Les adultes donnent une information sur Dieu sans se soucier des expériences  que peut avoir eu le petit enfant dans sa vie intérieure. 

Jésus sait bien, quant à lui, que ce sont les expériences de la vie intérieure qui nous amèneront les uns et les autres à une connaissance personnelle de Dieu. Il invite donc ceux qui l’écoutent   à  faire une descente au fond d’eux-mêmes avec la même naïveté que le ferait un enfant qui ne sait pas encore s’exprimer et qui découvre que « ça » parle au fond de lui, même s’il ne sait pas que c’est Dieu qui se manifeste à lui. Comme le fit Samuel enfant dans le sanctuaire. (1 Samuel 3-10) 

Dieu nous invite à retrouver une spontanéité intérieure qui  a été altérée par ce que l’éducation a apporté l’enfant  et qui a fait de Dieu une réalité extérieure à lui-même.  Devenu adulte, l’homme ne sait plus entendre quand  Dieu s’adresse  à lui au plus profond de son âme. Jésus ne méprise pas pour autant l’enseignement  de la loi, il ne rejette pas la tradition rapportée par les «Pères», elles sont des guides indispensables pour nous faire progresser en sagesse. Mais il dit aussi  que nous ne pouvons pas progresser dans la foi si nous n’essayons pas de converser avec Dieu dans notre intimité avec lui,  là où personne ne peut nous accompagner ni venir avec nous.  

Si aujourd’hui beaucoup d’hommes se détournent de Dieu, c’est parce qu’on leur a enseigné à se référer à un Dieu qui parle de l’extérieur d’eux-mêmes au travers des textes et des traditions. Ils découvrent que  ce Dieu là,  n’est pas en adéquation avec le monde moderne. Ceux qui désespèrent de ne pas trouver dans le Dieu que prêchent les hommes la voie de leur salut, le trouveront quand même s’ils essayent de  retrouver un cœur d’enfant et de s’émerveiller  de l’action de Dieu en écoutant ce qu’il leur dit au plus profond de leur personne. 

dimanche 16 août 2015

Marc 8:27-35 dimanche 13 septembre 2015; Reprise du 16 septembre 2012: Qui est Jésus pour nous?

                                         Découvrez Jésus caché dans les arbres


Marc 8/27-35.

27 Jésus sortit avec ses disciples vers les villages de Césarée de Philippe. En chemin, il se mit à demander à ses disciples : Au dire des gens, qui suis-je ? 28 Ils lui dirent : Pour les uns, Jean le Baptiseur ; pour d'autres, Elie ; pour d'autres encore, l'un des prophètes. 29 Lui leur demandait : Et pour vous, qui suis-je ? Pierre lui dit : Toi, tu es le Christ. 30 Il les rabroua, pour qu'ils ne disent rien à personne à son sujet.

Jésus annonce sa mort et sa résurrection

31  Il commença alors à leur apprendre qu'il fallait que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu'il soit tué et qu'il se relève trois jours après. 32   Il disait cela ouvertement. Alors Pierre le prit à part et se mit à le rabrouer. 33 Mais lui se retourna, regarda ses disciples et rabroua Pierre : Va-t'en derrière moi, Satan ! lui dit-il. Tu ne penses pas comme Dieu, mais comme les humains. 

Comment suivre Jésus

34  Puis il appela la foule avec ses disciples et leur dit : Si quelqu'un veut me suivre, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive. 35  Car quiconque voudra sauver sa vie la perdra, mais quiconque perdra sa vie à cause de moi et de la bonne nouvelle la sauvera.


                                 Combien de Jésus sur cette image?


 Qui est Jésus pour nous ?


Avant de répondre à la question, nous  devons  nous interroger sur l’avenir que nous prêtons à l’humanité, car de cette réponse dépendra le rôle que nous attribuons à Jésus.

La présence intelligente de l’homme sur cette terre favorise-t-elle la construction d’un avenir heureux pour l’humanité ou la précipite-t-elle  vers un avenir chaotique qui mettrait en question jusqu’à l’équilibre de la planète ?

Cette double question met les penseurs de ce temps en rivalité. Les uns plaident en faveur de la première hypothèse en mettant en avant tous les acquis sociaux qui président à la construction des sociétés modernes. Ils  considèrent que  le progrès des Droits de l’homme, l’égalité des races et des sexes, l’abolition de la peine de mort  contiennent  les signes d’un avenir prometteur pour l’humanité.

Ceux qui s’opposent  à cette  thèse, pensent pour leur part qu’il y a dans notre société, trop d’éléments qui laissent présager un avenir sombre pour l’espèce humaine.  Ils font état de l’incapacité de l’humanité à maîtriser tout ce qui s’oppose à une évolution harmonieuse de l’espèce humaine.  Ils s’appuient sur le fait qu’il semble impossible à l’homme de maîtriser sa production de gaz à effet de serre ou à limiter d’une manière significative le nombre des naissances, sans parler de la prolifération des armes à destruction massive de toute sorte. Tout en ayant la possibilité de nourrir tous les humains qui se meuvent sur cette planète, les hommes restent incapables de modifier le sort des 2 milliards d’individus qui ne mangent pas à leur faim et qui restent désespérément sous le seuil de la pauvreté. L’avenir, selon eux serait  bien mal engagé.

Certains croyants,  pensent cependant que Dieu interviendra d’une manière ou d’une autre. Pour les uns, il est impensable que Dieu laisse sombrer les hommes dans une folie autodestructrice. Ils affirment qu’il interviendra au dernier moment comme il le fit lors du déluge, sauvant par l’action de Noé l’humanité en voie de destruction. Pour d’autres qui se rangent dans une pensée plus élaborée, Dieu multiplie sans cesse les efforts pour que son dynamisme créateur  mobilise assez d’individus pour que les hommes eux-mêmes s’unissent sur des projets novateurs qui permettraient une évolution harmonieuse où chacun trouverait son compte. On n’oubliera pas non plus la pensée de ceux qui soutiennent  des thèses millénaristes en vertu desquelles, c’est Dieu lui-même qui détruira l’humanité rebelle pour sauver le petit reste de ses fidèles qui respectent ses lois et ses préceptes.                                                           

                                                       


Toutes ces idées sont trop contradictoires et  trop floues pour que l’on puisse définir une pensée commune à tous les Chrétiens.  Nous tenterons cependant d’interroger Jésus lui-même pour essayer de  percer le mystère de sa pensée. Compte tenu de ce que nous venons de dire, nous pouvons nous attendre à quelques difficultés et à trouver peut-être des contradictions dans sa propre pensée.

Il est vrai que Jésus a prophétisé la possibilité d’une catastrophe finale. Il a annoncé la fin de Jérusalem et pressenti ce que les historiens ont appelé, plus tard, la guerre des juifs. Il a prédit que l’abomination  de la désolation pourrait  entrer en œuvre, mais «ce ne serait pas la fin s’est-il autorisé à dire. ( Mat. 26)» Nous ne pouvons cependant passer sous silence les travaux des théologiens qui pensent que ses propos sur la catastrophe   finale ne correspondent pas à une vision précise de l’histoire et qu’ils  ont été placés dans la bouche  de Jésus dans le contexte de la destruction de cet Jérusalem qui était celui de la rédaction des textes alors que Jésus vivait 40 ans avant cet événement et ne se doutait sans doute pas que l’histoire prendrait un tel tournent.

Personne ne peut vraiment dire en s’appuyant sur les Ecritures quel sera l’avenir de l’humanité. Ce dernier constat ne va pas nous aider à répondre à la question que Jésus nous pose  aujourd’hui: « Et vous qui dites-vous que je suis ? ».

Bien entendu, nous savons la bonne réponse que donne Pierre et nous ne saurions en donner une autre : «  Tu es le Christ ». Mais une telle réponse nous aide-t-elle à avancer ? En effet, si le mot Christ était revêtu d’un certain contenu pour Pierre, aujourd’hui, il est devenu un mot passe-partout qui accompagne le nom de Jésus comme si c’était un nom de famille, mais aujourd’hui bien peu sont les gens qui connaissent le contenu de ce mot.

Pour remettre les choses dans leur contexte, il ne faut pas oublier que la conversation de Jésus avec ses proches s’est déroulée dans leur langue, l’araméen, et ce ne serait  pas le mot grec, Christ que Pierre aurait  utilisé mais le mot , Messahia, Messie  qui était le titre des anciens rois d’Israël. Il était aussi le titre que l’on donnait au Sauveur qui devait venir à la fin des temps. Certains pensaient, tels les membres de la secte des  Zélotes, que le Messie  viendrait pour libérer Israël du joug de l’occupant romain.  Quarante ans plus tard, quand Marc écrit son Évangile le contexte était  différent, bien que l’on ne sache pas si Jérusalem était déjà détruite à cette époque. Par contre elle l’était certainement à l’époque de Matthieu qui rapporte ce même événement 20 ans après Marc. La langue utilisée par les évangiles était alors le grec, et bien que  le mot « Christ » utilisé cette fois ait apparemment le même sens que celui de Messie, les choses avaient complètement changé. Le mot pourrait se traduire par Seigneur et désignerait plutôt l’empereur que Dieu. En plus, on n’attendait plus vraiment un « Sauveur » tant les événements avaient modifié la donne.

Le mot Christ avait été ainsi  déconnecté de l’histoire du peuple d’Israël.  Aujourd’hui quand on se pose la question de savoir qui est Jésus, il nous faut tenir compte du fait que notre contexte de vie n’est ni celui où vivait Jésus ni celui du moment de la transmission des textes.

                               Jésus qui se cache dans la nature

 

Qui donc est Jésus pour nous ? Il est important que dans une époque où l’on dit tout et son contraire sur Jésus que nous sachions nous situer par rapport à ce que nous croyons. Nous devons répondre clairement à la question qui va nous permettre de dire notre foi : « Qui dites-vous que je suis ? »

Qui est Jésus pour moi ? Toutes les réponses ont déjà été envisagées par les apôtres avant nous et Jésus les a toutes récusées : un prophète ou l’incarnation du plus grand d’entre eux : Élie, ou du dernier d’entre eux : Jean Baptiste. C’est ce que répètent les autres ! Mais Jésus insiste, mais vous, mais toi, qui dites-vous que je suis ?

Si nous disons comme Pierre : « tu es le Christ », avec tout ce que nous savons sur le contenu de ce mot,  cela veut donc dire qu’il est «  Seigneur » c’est-à-dire qu’il a une emprise totale sur notre vie. Cela veut dire qu’en nous référant à lui, nous donnons à Dieu un visage qui est celui de Jésus. Cela veut dire que nous sommes habités par lui et que c’est lui qui construit nos projets.

Nous nous retrouvons alors  dans le  contexte de l’avenir du monde où nous nous  situions  au début de ce propos. En effet, si aujourd’hui,  nous croyons que nous sommes habités par Dieu grâce à la personne de Jésus,  notre avenir est aussi habité par lui.  Nous croyons que Dieu ne peut concevoir que des projets qui sont porteurs de vie et qu’il est contraire à sa nature de Dieu de se servir des forces du mal pour  accomplir ce qu’il a décidé. Dieu ne peut donc  inspirer que des  projets de vie et l’avenir que nous construisons avec lui ne peut que porter les marques de son éternité. C’est de notre fidélité que dépend  l’avenir que nous construirons en partenariat avec Dieu

Dieu inspire donc des projets tels que si on les suit,  l’humanité pourra évoluer harmonieusement. La question  portera alors sur la qualité des hommes qui les  mettront en œuvre. Dans la liberté qu’il accorde aux hommes,  Dieu ne peut faire plus que de  les inciter à aller de l’avant selon les principes de vie qu’il leur a donnés. A nous d’agir de telle sorte qu’il en soit ainsi et que par notre témoignage nos contemporains acceptent de se laisser inspirer et guider par lui
.


Ces illustrations plaident en faveur des nombreux visages de Jésus. Le quel est le vrai? Aucun car la vérité est en tous