jeudi 13 avril 2017

Luc 24: 13-35 - Les disciples d'Emmaüs - dimanche 30 avril 2017



Sur le chemin d'Emmaüs

13Or, ce même jour, deux d'entre eux se rendaient à un village du nom d'Emmaüs, à soixante stades de Jérusalem,
14et ils s'entretenaient de tout ce qui s'était passé.
15Pendant qu'ils s'entretenaient et débattaient, Jésus lui-même s'approcha et fit route avec eux.
16Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître.
17Il leur dit : Quels sont ces propos que vous échangez en marchant ? Ils s'arrêtèrent, l'air sombre.
18L'un d'eux, nommé Cléopas, lui répondit : Es-tu le seul qui, tout en séjournant à Jérusalem, ne sache pas ce qui s'y est produit ces jours-ci ?
19— Quoi ? leur dit-il. Ils lui répondirent : Ce qui concerne Jésus le Nazaréen, qui était un prophète puissant en œuvre et en parole devant Dieu et devant tout le peuple,
20comment nos grands prêtres et nos chefs l'ont livré pour qu'il soit condamné à mort et l'ont crucifié.
21Nous espérions que ce serait lui qui apporterait la rédemption à Israël, mais avec tout cela, c'est aujourd'hui le troisième jour depuis que ces événements se sont produits.
22Il est vrai que quelques femmes d'entre nous nous ont stupéfiés ; elles se sont rendues de bon matin au tombeau et,
23n'ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire qu'elles avaient eu une vision d'anges qui le disaient vivant.
24Quelques-uns de ceux qui étaient avec nous sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses tout comme les femmes l'avaient dit ; mais lui, ils ne l'ont pas vu.
25Alors il leur dit : Que vous êtes stupides ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce qu'ont dit les prophètes !
26Le Christ ne devait-il pas souffrir de la sorte pour entrer dans sa gloire ?
27Et, commençant par Moïse et par tous les Prophètes, il leur fit l'interprétation de ce qui, dans toutes les Ecritures, le concernait.
28Lorsqu'ils approchèrent du village où ils allaient, il parut vouloir aller plus loin.
29Mais ils le pressèrent, en disant : Reste avec nous, car le soir approche, le jour est déjà sur son déclin. Il entra, pour demeurer avec eux.
30Une fois installé à table avec eux, il prit le pain et prononça la bénédiction ; puis il le rompit et le leur donna.
31Alors leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent ; mais il disparut de devant eux.
32Et ils se dirent l'un à l'autre : Notre cœur ne brûlait-il pas en nous, lorsqu'il nous parlait en chemin et nous ouvrait le sens des Ecritures ?
33Ils se levèrent à ce moment même, retournèrent à Jérusalem et trouvèrent assemblés les Onze et ceux qui étaient avec eux,
34qui leur dirent : Le Seigneur s'est réellement réveillé, et il est apparu à Simon !
35Ils racontèrent ce qui leur était arrivé en chemin, et comment il s'était fait reconnaître d'eux en rompant le pain.



L’événement  qui a marqué  l’épisode vécu  sur la route d’Emmaüs  par deux disciples avait du être vraiment marquant pour qu’on s’en souvienne aussi longtemps après qu’il ait eu lieu. C’est un des récits  que Luc  relate dans le dossier qu’il a constitué  pour écrire son Évangile, 20 ou 30 ans après  les événements. Il a sélectionné cet épisode parmi les cinq cents  récits concernant  les apparitions de Jésus après sa résurrection, si l’on en croit les dires de Paul  qui affirme que plus de cinq cent frères ont bénéficié du  privilège d’avoir une histoire avec  Jésus ressuscité ( 1 Cor 15/6). Il a donc fallu que le récit de Cléopas pèse d’un certain poids  parmi tous les témoignages reçus  car il n’est pas sans intérêt  qu’il soit revenu en pleine nuit après une journée de marche  pour raconter ce qu’il avait vécu avec Jésus ressuscité.

Au matin  du dimanche qui suivit l’exécution de Jésus, chacun  était toujours profondément perturbé par les effets de sa propre lâcheté.  Le remord de chacun  plombait l’atmosphère  du lieu où ils se trouvaient encore.  Chacun  répondait à son impulsion du moment. Les femmes  décidaient  d’accomplir leur devoir en allant rendre au défunt les derniers devoirs requis par la religion.  En effet, après l’exécution, quelques uns des amis de Jésus  avaient surmonté la panique qui les avait dispersés et ils étaient allé réclamer le corps du supplicié pour lui offrir une sépulture décente, mais faite à la hâte. 

A leur retour  les femmes  racontèrent  qu’elles n’avaient pas retrouvé le corps au petit matin. S’étaient-elles trompées de lieu de sépulture ? Elles  croyaient avoir vu   des anges, elles  avaient même parlé de résurrection usant des mêmes propos que Jésus  avait tenus devant elles de son vivant. De telles assertions leur permettaient peut-être de se sentir moins coupables de l’avoir laissé aller seul au procès puis au supplice. Certains des compagnons de Jésus,  séduits par ces propos  étaient allés vérifier la véracité de ces dires, d’autres, plus réalistes tels les deux amis dont le récit nous intéresse décidèrent de fuir cette hystérie collective qui s’étaient emparée de ceux  qui étaient encore présents à Jérusalem et  pour  tourner définitivement une page qui leur rappelait le mauvais rôle que tous avaient joué, ils avaient donc décidé de partir..

C’est leur retour, tard le soir qui constitue l’événement remarquable de  ce récit.  Ils avaient marché toute la journée en ressassant les événements que nous venons d’évoquer.  Le souvenir  de ces trois jours passés ne cessait de tarauder leur esprit. Le sentiment de leur  culpabilité ne cédait pas de terrain dans leur conversation. Alors qu’ils parlaient de lui en marchant , ils avaient l’impression qu’il était encore avec eux. En évoquant les événements  ils avaient l’impression d’entendre le son de sa voix. Les propos  qu’il avait tenus vivant avec eux prenaient le ton d’une vérité étrange, car il leur avait dit tout ce qui allait se passer. Il leur avait parlé de la puissance  de Dieu ! Il avait-même dit que les morts se relèveraient d’entre les morts et les choses  prenaient du sens alors qu’ils les évoquaient. C’était comme s’il était là, mais peut-être était-il là. En tout cas, il s’était emparé de leur esprit et ne le quittait plus. Tout ce qu’ils évoquaient à son sujet semblaient  être vrai. Il semblait leur tenir compagnie  comme un marcheur invisible à leurs côtés.

Une auberge ! Autant se restaurer et méditer puisque les choses semblaient prendre une autre tournure. Il était toujours là tel un compagnon anonyme qui savait tout sur lui. Cette impression d’une présence à  côté d’eux  était-elle une présence physique, ou était-elle une vue de leur esprit ? Ils ne le savaient pas, mais il était sous l’emprise de la puissance de Dieu qui rendait possible pour chacun d’eux la réalité qu’ils n’avaient cessée de nier depuis le matin alors qu’ils fuyaient leurs amis, leur remord et leur passé.

C’est la bénédiction du pain, telle qu’elle avait lieu lors de chaque repas qui fut l’acte déclenchant, qui ouvrit leurs yeux et qu’ils comprirent que celui qu’ils avaient cru mort avait pris corps dans leur  esprit et qu’il les avait intégrés dans la réalité où il était désormais. En refaisant le geste qu’ils avaient l’habitude de faire avec lui, sa présence à leurs côtés devenait bien réelle. Ils n’avaient plus besoin de sa présence physique, plus besoin de le voir  pour savoir qu’il était là et qu’il avait cheminé avec eux tout au long de leur   parcours. Le maître bien aimé continuait à vivre en eux par la force de Dieu qu’il leur avait révélé, malgré le supplice et la mort qu’il avait supportés quelques jours auparavant.

Tout ce qu’il leur avait dit sur la mort prenait du sens, tout son enseignement sur la vie éternelle prenait du sens. L’autorité que Dieu avait sur la vie devenait réalité, la résurrection était autre chose qu’un simple retour à la vie, elle devenait une réalité nouvelle, jusque là inimaginable en vertu de la quelle la mort ne pouvait reprendre la vie nouvelle que Dieu nous donne, quand on se met à croire à la réalité de Dieu, telle que Jésus en avait parlé.

Il leur fallait donc partager cette vérité avec les autres, c’est pourquoi ils reprennent la route de nuit, ils retournent vers les autres bravant tous les dangers car c’est avec eux qu’ils doivent partager ce qu’ils viennent de comprendre, et qui vient de jaillir en eux comme une lumière. Cependant, jusque là, ils  ne s’en rendaient pas compte. Entre temps, les autres feront  des expériences personnelles de rencontre avec le ressuscité  différentes de la leur  mais toute aussi instructives.

L’histoire vécue par Cléopas et  son compagnon a été tellement saisissante qu’elle est devenue par la suite la norme de toutes les expériences de rencontre avec le ressuscité pour les membres de la première église. La présence du ressuscité s’impose à celui qui médite sur sa propre vie en évoquant le supplice et la mort de Jésus, si bien que celui qui médite ne sait plus où se situe la réalité. Est-ce dans son esprit ou est-ce dans la réalité du moment? Qu’importe ! Ce qui se passe en lui se manifeste  avec une telle intensité qu’il n’a pas besoin d’en savoir plus.

Où avaient-ils l’intention d’aller  ces deux compagnons  quand ils sont partis ce matin là ? Ils allaient vers un village nommé Emmaüs qui ne se trouve sur aucune carte, car le lieu où l’on va quand on ne sait  rien de la vie avec Dieu n’a aucune importance. Dès que Dieu s’impose à nous, la direction de notre vie s’impose différemment, car c’est la résurrection que Dieu nous donne qui impose désormais les orientations de notre vie.  Le souffle qui se dégage de ce récit donne à chaque lecteur le désir de vivre  cette expérience avec la même intensité que Cléopas et son compagnon.

Actes 2:42-47 La première Eglise dimanche 23 avril 2017




42Ils étaient assidus à l'enseignement des apôtres, à la communion fraternelle, au partage du pain et aux prières.

43La crainte s'emparait de chacun, et beaucoup de prodiges et de signes se produisaient par l'entremise des apôtres.

44Tous les croyants étaient ensemble et avaient tout en commun.

45Ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous, selon les besoins de chacun.

46Chaque jour, ils étaient assidus au temple, d'un commun accord, ils rompaient le pain dans les maisons et ils prenaient leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur ;

47ils louaient Dieu et avaient la faveur de tout le peuple. Et le Seigneur ajoutait chaque jour à la communauté ceux qu'il sauvait. 

Quand l’Esprit souffle sur l’Église, c’est une atmosphère de paix et de sérénité qui s’en dégage, c’est en tout cas ce que tente de dire ce texte qui en trouve ses origines dans l’évocation de la première église qu’il nous décrit ici. Elle doit son épanouissement à la méditation des textes rapportés par les Apôtres, à la prière, à la vie en commun, au partage du pain,  à la mise en commun des biens et à  une joie profonde qui se dégage de  l’existence de cette  église qui s’ouvre à la vie. C’est comme si ses quelques membres étaient transportés dans un  autre monde, le monde du futur, le Royaume annoncé. Et pourtant tous ont bien  les pieds sur terre.  Sous l’impulsion de l’esprit, l’Église s’était  mise à croître à un tel rythme que le nombre des nouveaux adeptes  qui étaient  venus  gonfler les rangs des premiers croyants avaient crû d’une manière extraordinaire.  Si cela avait continué, l’église aujourd’hui compterait plus de membres que la  totalité des habitants du monde. Mais il n’en est rien. Quelques chose a dysfonctionné depuis  cette évocation de l’origine de l’Église.

La suite du récit, dans ce Livre même des Actes  montre que le phénomène n’a pas duré.  Les rivalités à l’intérieur du groupe n’ont pas tardé à naître et la défaveur  de ceux qui voyaient les choses de  l’extérieur s’est  retournée contre l’Église naissante,  s’est vite  transformée en haine et a pris le ton de la persécution. Un peu plus tard, c’est sur l’enseignement même des apôtres  que les membres de l’Église se sont trouvés en désaccord. C'est ce qu'affirmera Paul aux alentours des années 50 dans la première épître aux Corinthiens ( 1 Cor 1/12) « J’entends que chacun de vous dit : Moi je suis de Paul, et moi de Céphas et moi de Christ… ».  Nous sommes à peine 20 ans  après l’événement rapporté ici.  Dans les pages suivantes, nous verrons la communauté se déliter. Le partage des biens sera accompagné de mensonge, et même le partage du pain de la Sainte Cène donnera lieu à des attitudes critiquables et  même scandaleuses de la part des  membres de L’Église de Corinthe en particulier. Du côté du baptême, ce ne fut pas mieux,  on cherchait à se faire valoir par le prestige personnel  du baptiseur si bien que Paul se félicitera de n’avoir baptisé  que très peu de personnes de la communauté de Corinthe.  Que s’était-il donc passé dans l’Église pour qu’en moins d’une génération on en soit arrivé là ?

Le problème de la première église sont les mêmes que ceux de celle d’aujourd’hui. Tout se passe comme si nous n’arrivions pas à instaurer dans nos rangs une  société de fidèles  dont  la foi serait  assez forte pour que  les croyants puissent se libérer  des  mêmes contraintes que celles  auxquelles sont  soumis les gens de ce   monde.  Quand, à d’autres moments de l’histoire, on a cru pouvoir y arriver, comme dans le Genève de Calvin par exemple,  on n’a fait  que créer des comportements sectaires intolérants  qui ont rendu la vie impossible aux habitants de la ville tant  la pratique de l’espionnage des uns  par les autres devenait insupportable ainsi que les sanctions qui s’en suivaient.  Ce genre de phénomène se produit  toujours   quand on  essaye de faire fi du péché,  c'est-à-dire de tous les comportements qui opposent les hommes entre eux. Ce sont la convoitise, l’arrogance, l’orgueil  qui ne disparaissent pas d’un seul coup du moment que l’on s’est converti au  message de Dieu et qu’on a accepté son salut. On a beau savoir  que la bonne nouvelle de la résurrection  a changé notre relation à Dieu  et au monde, elle n’a pas changé notre nature profonde.  Il faut que Dieu lui-même nous entraîne à faire un pas de plus.

Nous comprenons alors que l’auteur de  ces lignes éprouve un certain agacement au contact  de l’Église  dans laquelle il se trouve quelques 30 ans après la résurrection de Jésus. La société  de l’Église n’a pas changé autant qu’on aurait pu l’espérer. C’est pour cela qu’il ne peut  s’empêcher de décrire L’Église,  non pas telle qu’elle était, mais telle qu’elle aurait du être : il idéalise la première église comme une société  parfaite, capable par  ses propres vertus et  d’abnégation de soi d’attirer tous les hommes à elle.

 Mais en écrivant cela, il mettait le doigt sur un défaut  permanent qui est le nôtre, celui de croire que les hommes par leurs actions, leurs vertus ou leur morale peuvent changer quelque chose au monde si Dieu  n’agit pas à leurs côtés. C’est par l’action de Dieu sur les hommes que ceux-ci  pourront changer quelque chose à la situation existante. Si Dieu, quant à lui, ne veut pas directement intervenir dans  le monde et le faire évoluer dans  le sens où la vie de chacun s’améliorerait et où  le mieux être prendrait le dessus,  ce n’est pas non plus les hommes, indépendamment de lui qui y arriveront.  Il faut que  par leurs actions conjuguées, à savoir : celle de  Dieu qui agit pour que la transformation intérieure des individus  s’opère et celle des hommes qui agissent selon sa volonté pour que  « le mieux » prenne le dessus sur le mauvais. L’homme ne peut agir que par l’action de Dieu qui se révèle en lui et qui le transforme de fond en comble

Seul Dieu, en agissant  sur nous peut changer les choses en profondeur,  mais cela n’est jamais acquis pour toujours. Seule sa présence constante nous en peut modifier nos comportements. Pour cela  il faut que chacun reste fidèle à ce que Dieu lui a révélé. Il faut qu’il  se convertisse à nouveau chaque jour et laisse Dieu agir en lui.  Ainsi il s’appliquera à lui-même, avant de l’appliquer à l’Église cet acquis de la Réforme selon lequel l’Église et nous-mêmes  doivent se réformer  et ne jamais cesser de le faire.

Par quoi  faut-il alors commencer ? Le premier de ces fondamentaux  qu’il doit mettre en valeur et dont  tous les autres découlent est la foi.  La foi devrait-être un sujet de joie, de sérénité et  de satisfaction pour nous. Mais elle est devenue dans nos sociétés d’église un sujet de rivalité entre les croyants, déjà dénoncé par Paul, mais qui n’a fait que s’aggraver depuis.    La  foi  est devenue  un sujet d’exclusion des uns par les autres, de refus de dialogue à tel point que l’on oublie d’abord que la foi est un don de Dieu, liée à l’irruption de la réalité qu’il représente  dans notre vie. Nous ne nous mettons à croire  vraiment que si Dieu lui-même s’est saisi de notre vie et qu’il inspire nos pensées par son esprit qu’il répand sur nous et dont aucun humain ne peut assurer le contrôle pour nous. La foi établit un lien étroit entre nous et Jésus qui mystérieusement partage notre vie et nous ouvre les portes d’un au-delà qui nous était fermé jusque là. La vie en Église est basée sur le partage de cette certitude, sur  la mise en commun de nos expériences et la prière avec Dieu.

C’est alors que le péché que nous croyions  aboli par notre conversion à Dieu risque de prendre sournoisement le dessus. Il consiste à donner priorité  à la pensée humaine et à prétendre que les croyants peuvent assumer la volonté de Dieu sans vraiment  se référer à lui.  Il nous amène à croire que notre propre personne doit être au centre de notre  pensée  et qu’elle nécessite plus d’attention que les autres. Pour  combattre cette tendance mortifère que nous cultivons à plaisir, Jésus nous a donné pour  seul précepte  celui d’aimer les autres comme nous-mêmes,  c’est en faisant cela que nous manifesterons notre amour pour Dieu. Mais sans l’esprit de Dieu qui nous stimule, nous n’y arriverons jamais par nous-mêmes. Chacun se prenant pour le centre de ses propres préoccupations  croit  que Dieu obéit aux mêmes impératifs et  place les  civilisations chrétiennes au dessus des autres, si bien que  celles-ci devraient  s’imposer aux autres.

Nous comprenons alors que si nous ne nous appuyons pas sur ce qui est  fondamental  dans  la foi, c'est-à-dire l’amour du prochain qui rend tous les hommes égaux devant Dieu, nous passerons à côté  de la vision qu’il a  pour le monde et nous le trahirons en croyant le servir. L’avenir de l’Église et du monde passe  donc  par une conversion de nous-mêmes, de L’Église et des autres, c’est alors  que le monde  sera sauvé

mercredi 5 avril 2017

Actes 10:34-43 - Plus d'angoisse - 16 avril 2017



Actes 10 :34-43 - Plus d'angoisse  dimanche 16 avril 2017

34 Alors Pierre prit la parole : En vérité, dit-il, je comprends que Dieu n'est pas partial, 35 mais qu'en toute nation celui qui le craint et pratique la justice est agréé de lui. 36 Il a envoyé la Parole aux Israélites, en leur annonçant la bonne nouvelle de la paix par Jésus-Christ : c'est lui qui est le Seigneur de tous. 37 Vous, vous savez ce qui est arrivé dans toute la Judée, après avoir commencé en Galilée, à la suite du baptême que Jean a proclamé : 38 comment Dieu a conféré une onction d'Esprit saint et de puissance à Jésus de Nazareth qui, là où il passait, faisait du bien et guérissait tous ceux qui étaient opprimés par le diable ; car Dieu était avec lui. 39 Nous sommes témoins de tout ce qu'il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu'ils ont supprimé en le pendant au bois, 40 Dieu l'a réveillé le troisième jour ; il lui a donné de se manifester, 41 non à tout le peuple, mais aux témoins désignés d'avance par Dieu, à nous qui avons mangé et bu avec lui après qu'il s'est relevé d'entre les morts. 42 Et il nous a enjoint de proclamer au peuple et d'attester que c'est lui que Dieu a institué juge des vivants et des morts. 43 Tous les prophètes lui rendent ce témoignage : quiconque met sa foi en lui reçoit par son nom le pardon des péchés.



Nous devrions être des gens heureux et épanouis dans le monde où nous sommes.  Certes tous  n’ont pas le même sort et nous ne  devrions pas  négliger  les injustices qui sont faites au mal chanceux dans notre pays et dans les autres.  Mais si on se permet de jeter  un regard sur le passé, nous constaterons que  le sort de ceux qui vivaient,  ne serait-ce que deux générations plus tôt,  ne souffre pas la comparaison avec la nôtre.   Malgré  les insatisfactions  dont on ne cesse de faire état, nous sommes bien forcés d’admettre que  les techniques de progrès ne cessent de battre des records d’ingéniosité et nous espérons qu’en  dépit de la surpopulation de la planète, le génie humain réussira à nourrir tout le monde et à gommer les dernières difficultés qui font encore de l’ombre au tableau de notre insatisfaction. 

Certains de la capacité humaine à surmonter les obstacles, il est  évident semble-t-il que  nous nous avançons vers un avenir serein et sans nuage puisque les désastres   causés par les guerres sont  définitivement relégués au magasin des choses dépassées.   Pourtant un tel discours  est perçu  comme relevant d’une utopie ridicule. Et on  se gausse à l’idée que quelques illuminés  pourraient tenir un tel langage.  Face  à un tel discours, chacun s’empresse d’énumérer les causes d’insatisfaction qui contrediraient les propos qui viennent d’être suggérés.  Il faut donc se résigner au constat selon lequel l’homme, au faîte  de sa réussite technique et à la veille de mettre en place des prouesses médicales inespérées ne réussit pas à rendre ses peuples heureux. Que leur manque-il donc ? S’ils le savaient ils sauraient dans quel sens orienter leurs recherches, mais ils ne le savent pas.


En fait l’insatisfaction que tous ressentent ne se formule pas de la même manière chez les uns et chez les autres.  De ce constat nous comprenons  que l’homme qui  se comporte comme un champion de la découverte et  s’affiche  comme un prince de l’invention, qui est également  un génie de la technique est en fait insatisfait de lui-même. Son insatisfaction  et sa morosité ne viennent pas de l’extérieur de lui, mais lui sont intérieurs.  Ce phénomène sévit à tous  les niveaux de la société et n’épargne personne  parce qu’on ne peut retourner ses griefs contre personne.  On ne peut même pas accuser les autres  car chacun fait partie des autres  et partage la morosité collective. 

Jadis, les hommes savaient donner des noms à ce  qui les perturbait  et ils savaient la cause de leurs inquiétudes. Ils accusaient les mauvais génies  qui peuplaient les forêts et qui se faisaient la guerre entre eux au détriment  des hommes.  Ils pensaient aussi que les dieux dans les lieux où ils se trouvaient se jouaient des humains et éprouvaient un malin plaisir  à leur rendre la vie rude. Quand le génie humain (encore lui) a  compris que les esprits de la forêt  étaient inoffensifs parce qu’inexistants et que le  Panthéon  ou l’Olympe étaient sans locataires parce qu’il n’y avait qu’un seul Dieu pour régenter l’univers,  les humains  n’en sont pas moins restés  inquiets.  Leur angoisse a seulement  changé d’aspect.  Bien évidemment cela ne s’est pas fait d’un seul coup,  mais c’est  dans ce sens là que s’est fait l’évolution de la pensée, par un transfert et une modification des angoisses, et c’est Dieu lui-même qui en  fut le sujet.

Les humains ont  alors  pensé  que leurs malheurs et leurs inquiétudes  avaient  pour origine leur mauvaise relation avec ce Dieu tout puissant qui, pour régner en maître, était jaloux de ses prérogatives et faisait subir des sévisses à l’humanité insoumise et désobéissante.  C’est au  moment  où cette crise s’est faite insupportable qu’est née la Réforme comme une forme de révolte contre ce Dieu  insupportable, comme si Jésus Christ n’avait rien changé auparavant au   cours des choses.  Apparemment  son action n’avait pas suffi et la crainte n’avait pas disparu. Tous les hommes n’en avaient pas été libérés. Il y avait donc, encore  d’autres comportements à dénoncer.   Pourtant depuis des siècles  Jésus avait fait tout le travail, mais on n’avait pas  vraiment compris ce qu’il était venu apporter.

Si  dans les temps modernes que nous traversons les croyances  en Dieu se sont atténuées et  ont rendu  Dieu inoffensif, croit-on,  les angoisses ont subsisté cependant. Ce n’est pas en s’écartant de Dieu que les choses allaient changer pour ceux qui ne  croyaient plus en lui. Ils auraient mieux fait  d’écouter ce que Jésus  avait  dit à son sujet   jadis, et d’essayer de comprendre quelles solutions il avait tenté d’apporter à leurs peurs. Un retour aux sources s’impose donc. On découvrira alors   que Jésus demandait aux siens d’inverser les valeurs pour que tout change et que les peurs se transforment en espérance.

Souvenez-vous  des propos de Jésus quand il parlait  de Dieu, c’est à un Père bien veillant et miséricordieux qu’il nous adressait et il donnait des tas d’exemples où ce Père était en décalage complet avec l’image qu’on se faisait traditionnellement de Dieu. Il accueillait son fils débauché sans repentir, absolvait une femme adultère sans aucune  réserve, promettait le salut à des païens aussi bien qu’à des samaritains ou à des juifs. Avant tout  le  Dieu dont il parlait était infiniment bon,  et préférait faire aveu de faiblesse plutôt que de faire violence contre qui que ce soit. Appelez le donc Papa, et vous verrez que ça changera vos relations avec lui.

Ne pensez pas non plus que ce Dieu voulait punir les hommes  en leur envoyant toutes sortes de maladies, mais  c’est plutôt lui qui cherchait à les guérir quand ils étaient en souffrance. Jésus mêlant le geste à la parole imposait les mains aux malades et ils étaient guéris. Si vous croyez encore que Dieu voulait  imposer sa toute puissance  aux hommes  en  menaçant   de les punir de leurs péchés par  les effets  destructeurs des  éléments déchaînés, tournez les regards vers Jésus qui apaisait la tempête pour sécuriser ses amis inquiets. Jésus était habité par l’esprit de Dieu qui refusait d’agir contre les hommes pour les contraindre à l’obéissance.  Au contraire, il  leur communiquait l’énergie de son esprit qui les rendait capables de voir  les choses  autrement  et d’agir autrement. 

C’est en tenant  des propos semblables que Pierre s’est adressé aux païens stupéfaits. Ce discours nouveau les a étonné et les a séduits. C’est alors qu’ils ont senti l’esprit les pénétrer  et qu’ils se sont  mis  à croire à ce Dieu qui se présentait d’une manière toute nouvelle, qui les déculpabilisait et qui colorait l’avenir d’espérance.

Il y a cependant  un pas de plus à faire. Il ne suffit pas  seulement de croire. Il faut  encore donner du sens  à sa vie  en se laissant guider par cet  esprit qui s’impose à nous de la part de Dieu et donne du sens à notre avenir.

Mais l’avenir, c’est quoi ? 


Si l’esprit de Dieu nous habite tout entier, il habite notre présent  et  aussi notre avenir si bien que  la mort qui nous attend prend  un tout autre aspect. Elle devient certes la fin de quelque chose, mais elle devient aussi le début d’autre chose si bien que la mention de la résurrection arrive ici comme une cerise sur le gâteau  pour apporter une conclusion positive à notre propos.  

 Jésus a été le témoin de ce Dieu qui nous invite à voir les choses autrement.  Il a manifesté que le mot « divinité » se confondait avec celui de  « bonté »  et aussi avec celui de « vie », c’est pourquoi  le pardon des péchés a pris une si grande place dans ses propos. Il est  désormais important pour nous  que  nous orientions  notre vie pour que tout cela devienne vérité en nous. C’est alors que l’espérance qui se manifestera  au travers de nos dires et de nos faires sera le meilleur témoignage que  nous pourrons rendre à ce Dieu qui domine nos craintes, anéantit nos peurs et nous ouvre à une vie véritable. 

Ces quelques illustrations de van Gogh me semblent aptes à illustrer ce qui vient d’être écrit

mardi 4 avril 2017

Esaïe 50 :4-7 – Dimanche 9 avril 2017.




4Le Seigneur DIEU m'a donné le langage des disciples, pour que je sache soutenir par une parole celui qui est épuisé ; chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille, pour que j'écoute à la manière des disciples.
5Le Seigneur DIEU m'a ouvert l'oreille, et moi, je ne me suis pas rebellé et je ne me suis pas dérobé.
6J'ai livré mon dos à ceux qui me frappaient et mes joues à ceux qui m'arrachaient la barbe ; je ne me suis pas détourné des insultes et des crachats.
7Mais le Seigneur DIEU m'a secouru ; c'est pourquoi je n'ai pas été confus, c'est pourquoi j'ai rendu mon visage semblable à du granit, sachant que je n'aurais pas honte. 



Depuis des siècles, nous ouvrons la semaine sainte en écoutant le martellement des sabots d’un petit âne sur les pavés de la vieille ville de Jérusalem. Il emprunte à peu de choses près le même chemin que Salomon avait suivi, juché sur l’ânesse de son père pour être intronisé roi à sa suite. Il s’agissait d’une révolution de palais qui consistait à imposer Salomon sur le trône de David à la place de son ainé. L’affaire fut chaude. Il y a donc fort peu de similitude entre les deux événements si non le lieu et la monture. Pourtant il s’agit bien aussi pour Jésus d’une révolution, mais elle est d’un autre ordre.

Jésus ne cherche pas à renverser le pouvoir. Il ne bouscule pas les valeurs sociales, comme on l’imagine parfois. Il n’institue pas le règne des pauvres. Il ne suggère pas avant l’heure, une forme de dictature du prolétariat. Le mouvement qui anime Jésus puise ses racines dans les origines prophétiques du judaïsme. Il trouve son inspiration dans la longue complainte du « Serviteur souffrant » à la quelle le prophète Esaïe a prêté sa plume et sa voix. Son histoire trouve son épilogue dans l’agonie de Jésus, au moment où sur la croix il s’écrie : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » C’est là le dernier élément qui concerne la création, car c’est bien de la création qu’il s’agit, comme on le verra plus loin.

Nous le connaissons bien ce serviteur torturé du second Esaïe. On lui arrache la barbe sans qu’il se révolte, on le mène au supplice comme un agneau à la boucherie sans qu’il proteste. Les chants du « Serviteur souffrant » servent  de toile de fond à de nombreuses liturgies de la semaine sainte. Sa plainte trouve son accomplissement dans la mort de Jésus comme l’affirmation de la présence de Dieu au sein de la souffrance. Six siècles séparent les deux événements. L’Evangile donne dans la mort de Jésus une réponse aux questions que se posait déjà Esaïe au sujet de toutes les injustices et toutes les souffrances que subissent les humains. Dieu les prend en charge dans l’agonie de Jésus et transforme en espérance de vie tout ce qui était marqué par la mort.

Jadis le prophète Esaïe a osé dire qu’il n’y avait pas de rapport de cause à effet entre la souffrance des hommes et la volonté de Dieu. Il parlait d’un homme juste, persécuté par se semblables et il affirmait que ses souffrances n’avaient pas vraiment de cause.  On le persécutait  et Dieu semblait laisser faire. Il était torturé et Dieu n’intervenait pas. Le prophète savait bien, en disant cela qu’il  était témoin d’un des temps forts de la révélation et que la qualité de notre foi dépendait de la réponse qui sera donnée à toutes les questions qui surgissent sur ce sujet. Comment se fait-il que l’innocent puisse être considéré comme un coupable  sans que Dieu intervienne ? Est-il vraiment possible que l’on souffre sans raison apparente et que le seul baume qui soit efficace ne le soit que quand la mort aura fait son œuvre en nous ?

Dans la révolution instaurée dans les idées du moment par Esaïe, le prophète se propose de dire délibérément dans quel camp Dieu se situe.  Si Dieu participe à la révolte de celui qui souffre et le soutient dans son épreuve, il ne peut être en même temps dans le camp de celui qui inflige sa peine. Qu’on se le dise ! La  révolution que  le prophète Esaïe inaugure avec les chants du serviteur et que Jésus reprend à son compte signifie  que Dieu a  délibérément pris position en faveur de celui qui souffre. Ce n’est pas l’avis de ceux qui considèrent qu’il faut accepter son sort sans protester comme un acte de foi et  qu’il faut accepter que Dieu nous impose la souffrance comme une épreuve de notre foi.

Nous nous demandons alors comment Dieu peut-il correspondre au Père aimant en qui Jésus  trouve sa joie ?  Le prophète Esaïe qui nous rapporte ces faits est le deuxième du nom. Il vivait à l’époque de l’exil à Babylone.  Il a vu s’effondrer l’état d’Israël et il a partagé le sort de ses compatriotes en exil. Les savants se demandent encore qui est ce serviteur souffrant dont il parle ?  Est-ce le peuple d’Israël ? Est-ce le prophète lui-même dont un autre raconte les souffrances ? Dans ces textes provocants,  le prophète essaye de trouver de la cohérence dans ce qui est incohérent et de l’ordre dans le désordre. C’est  dans ces questions que nous rejoignons les interrogations sur la création que nous posions au début de notre propos.

Plus l’humanité évolue, plus elle se trouve engoncée dans ce qui n’a pas de sens. Plus l’humanité  tend à s’organiser, plus surgissent en son sein les causes les de rivalité et de désespoir. Plus la médecine évolue, plus les moyens de destruction augmentent. Nous sommes encore dans la même situation de chaos tel qu’il est décrit au début des Ecritures. A l’origine nous est-il dit, « L’esprit de Dieu se mouvait au dessus de l’immensité qui n’était qu’un Tohu Bohu  informe et vide. Cette description du début des temps, correspondrait-elle encore à la réalité  d’aujourd’hui ?

Dieu est-il encore en train de se battre contre le désordre qu’il essaye de réguler depuis toujours? Est-il encore en train de bousculer les forces hostiles pour que la terre s’épanouisse ? Est-il encore en train de diviser le firmament pour maintenir le jour en équilibre et  pour que l’ensemble de la planète évolue sans que la terre tremble et les océans ne se révoltent ?  Est-il toujours en train de pousser les hommes à agir au milieu de cette agitation pour que la cohérence prenne le dessus ? Tout se passe comme si toutes les étapes de la création étaient mêlées les unes aux autres et non pas classées en six jour distincts. C’est à ce demander si le  poète qui nous a transmis ce récit merveilleux de la Création n’a pas séparé les époques pour mieux les décrire, alors que dans le réalité elles étaient toutes imbriquées les unes dans les autres ? S’il en est ainsi, c’est que Dieu est encore aujourd’hui en train de s’efforcer de créer un monde à l’image de son désir et invite l’homme à l’y rejoindre. Alors que l’opération est en cours, Dieu  patiemment attend le septième jour qui n’est pas encore accompli et continue à se colleter avec le Tohu Bohu. Il s’efforce en même temps de projeter en chaque humain le désir d’ordre qui est en lui. Dieu a confiance en l’homme qu’il a créé et il cherche à s’en faire un partenaire, c’est pourquoi il a besoin de partager son désir avec lui pour l’aider à organiser le monde dans une évolution cohérente.

Il est dans la nature du monde de résister au talent organisateur de Dieu. Cette résistance prend toutes les formes possibles et contamine l’homme lui-même. Celui-ci, avant de se soumettre à Dieu reste le pur produit de ce monde rebelle. N’est-il pas selon les textes, issu de cette terre qui résiste à Dieu alors que Dieu essaye de la dompter pour la créer.

Dans la nature, toujours insoumise, les lions et les insectes ainsi que toutes les autres bêtes dites dangereuses tels les virus et les microbes se font la guerre entre eux et n’épargnent pas les humains. Ils les combattent jusqu’à ce que mort  s’en suive.  Y a-t-il encore du sens à tout cela ?

Tout cela a du sens si chacun entre dans le projet créateur de Dieu. Dieu quant à lui se refuse à se laisser dominer par un monde sans loi. Au contraire, il essaye de créer des lois  d’équilibre dont le seul secret est l’amour, c’est par lui qu’il agit sur les hommes pour qu’ils se tournent vers Dieu et adoptent son projet d’avenir. L’harmonie deviendra la règle et le mal vaincu s’estompera au point de disparaître. Dieu espère que grâce à sa prodigieuse intelligence, l’homme se mettra au service de ce monde nouveau qu’il espère. Il met  alors tout en œuvre pour que l’amour devienne la règle de l’évolution.