lundi 9 septembre 2019

Luc 15/1-32 la parabole des deux fils dimanche 15 septembre 2019


Luc 15/1-32

Paraboles de la brebis et de la pièce perdues

1 Tous les péagers et les pécheurs s’approchaient de Jésus pour l’entendre.
2 Les Pharisiens et les scribes murmuraient et disaient : Celui-ci accueille des pécheurs et mange avec eux.
3 Mais il leur dit cette parabole
4 Quel homme d’entre vous, s’il a cent brebis et qu’il en perde une, ne laisse les 99 autres dans le désert pour aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la trouve
5 Lorsqu’il l’a trouvée, il la met avec joie sur ses épaules.
6 et, de retour à la maison, il appelle chez lui ses amis et ses voisins et leur dit : Réjouissez-vous avec moi, car j’ai trouvé ma brebis qui était perdue.
7 De même, je vous le dis, il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent, que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de repentance.
8 Ou quelle femme, si elle a dix drachmes et qu’elle perde une drachme, n’allume une lampe, ne balaie la maison et ne cherche avec soin, jusqu’à ce qu’elle la trouve
9 Lorsqu’elle l’a trouvée, elle appelle chez elle ses amies et ses voisines et dit : Réjouissez-vous avec moi, car j’ai trouvé la drachme que j’avais perdue.
10 De même, je vous le dis, il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent.


Parabole du fils perdu et de son frère

11 Il dit encore : Un homme avait deux fils.
12 Le plus jeune dit à son père : Mon père, donne-moi la part de la fortune qui doit me revenir. Et le père leur partagea son bien.
13 Peu de jours après, le plus jeune fils rassembla tout ce qu’il avait et partit pour un pays lointain où il dissipa sa fortune en vivant dans la débauche.
14 Lorsqu’il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à manquer (de tout).
15 Il se lia avec un des habitants du pays, qui l’envoya dans ses champs faire paître les pourceaux.
16 Il aurait bien désiré se rassasier des caroubes que mangeaient les pourceaux, mais personne ne lui en donnait.
17 Rentré en lui-même, il se dit : Combien d’employés chez mon père ont du pain en abondance, et moi ici, je péris à cause de la famine.
18 Je me lèverai, j’irai vers mon père et lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi
19 je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ; traite-moi comme l’un de tes employés.
20 Il se leva et alla vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut touché de compassion, il courut se jeter à son cou et l’embrassa.
21 Le fils lui dit : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.
22 Mais le père dit à ses serviteurs : Apportez vite la plus belle robe et mettez-la lui ; mettez-lui une bague au doigt, et des sandales pour ses pieds.
23 Amenez le veau gras, et tuez-le. Mangeons et réjouissons-nous
24 car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils commencèrent à se réjouir.
25 Or, le fils aîné était dans les champs. Lorsqu’il revint et s’approcha de la maison, il entendit de la musique et des danses.
26 Il appela un des serviteurs et s’informa de ce qui se passait.
27 Ce dernier lui dit : Ton frère est de retour, et parce qu’il lui a été rendu en bonne santé, ton père a tué le veau gras.
28 Il se mit en colère et ne voulut pas entrer. Son père sortit pour l’y inviter.
29 Alors il répondit à son père : Voici : il y a tant d’années que je te sers, jamais je n’ai désobéi à tes ordres, et à moi jamais tu n’as donné un chevreau pour me réjouir avec mes amis.
30 Mais quand ton fils que voilà est arrivé, celui qui a dévoré ton bien avec des prostituées, pour lui tu as tué le veau gras
31 Toi, mon enfant, lui dit le père, tu es toujours avec moi, et tout ce que j’ai est à toi
32 mais il fallait bien se réjouir et s’égayer, car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.



Parabole des  deux frères :


Pour nous l’avenir consiste à  aller  de l’avant  vers une aventure  que l’on espère favorisée par notre bonne étoile. Nous avons pour bagage l’héritage que la vie nous a donné, et aussi tous les acquis que notre éducation nous a permis d’obtenir. Notre but est de réussir notre carrière  mieux que son père si possible. Tel est le destin qui s’ouvre devant chaque individu. Qu’il réussisse ou qu’il échoue dans ses projets, il essaye au mieux d’accomplir sa vie.


 C’est cela,  la philosophie de la vie, universellement partagée, mais ce n’est pas cela qui nous est raconté ici.  Ici, nous avons  l’histoire d’un jeune homme qui croit que l’audace et l’ambition lui permettront de mettre  les faveurs du destin de son côté sans s’en donner la peine. Tout lui est dû d’avance dans ce monde où tout lui semble être déjà acquis.


A vue humaine, il part perdant. Son maître mot, c’est la jouissance. Parti perdant, il ne saurait revenir gagnant, mais il n’a nullement l’intention de revenir vers un passé qu’il rejette apriori. Curieuse façon de penser disons-nous.  Mais c’est la nôtre aussi ! Nous allons voir que c’est la manière d’agir de beaucoup de gens  qui vivent  dans ce  monde où nous sommes. Ils  avancent à l’aveugle, au mépris des réalités du monde qui les entoure. Ils usent des  êtres et des choses comme si elles constituaient une réserve  inépuisable de profits.


Jésus raconte cette histoire, comme s’il avait senti venir à l’avance le dérapage de notre société moderne qui continue à ne pas voir le décalage qu’il y a entre la réalité dans laquelle elle est et ses ambitions. Elle continue à croire que l’on peut profiter de tout et que l’on peut avancer sur le chemin de la vie  sans se soucier des autres et des choses. Sans doute, tous les habitants de la planète  n’ont pas fait ce pari, mais il ressort cependant, que c’est le constat alarmant qui est fait sur la situation de notre monde et qu’il ne doit laisser personne indifférent. Nous recevons ces propos non pas comme une leçon de morale qui serait adressée à ceux qui égoïstement méprisent Dieu et les autres et qui se croient  dispensés d’agir en fonction de leur prochain, mais comme une allégorie qui concerne l’évolution de notre société et qui nous amène à constater  l’état d’échec dans lequel nous nous situons actuellement.


Il s’est produit ce qui était apparemment prévisible. L’insouciance avec laquelle les hommes ont usée de la planète, n’a pas prévu que  notre mode de fonctionnement entrainerait un dérèglement général. Nous nous servirons donc de cette parabole comme d’un fil conducteur pour aider ceux qui veulent réfléchir à la situation et qui culpabilisent les générations passées en les accusant d’égoïsme, d’insouciance et de surdité mentale.


Nous commencerons à réfléchir à cette parabole en la prenant à l’envers. Nous nous sentirons d’abord  interpelés par le frère ainé.  Il n’aurait sans doute pas fait ce qu’a fait son cadet et il se sert  de son bon droit pour  faire peser sur lui une amère critique. Il se croit plus sage et plus intelligent que lui et croit sa critique frappée au coin du bon sens. Il pense que son frère a bien mérité ce qui lui arrive et ne comprend pas pourquoi il devrait en assumer les conséquences. Par son attitude de blocage, il jette le désarroi dans le projet de vie familiale que le Père essaye de mettre en place. Il refuse toute attitude de collaboration avec lui et rend les possibilités de vie avenir improbables.


Le plus jeune quant à lui  n’a pas besoin qu’on lui donne de leçon de morale pour comprendre le drame dans lequel il s’est fourvoyé. Il comprend vite qu’aucune solution n’est vraiment possible sans la bonne volonté bienveillante des autres. Le retour à la case départ demande une transformation totale de son comportement appuyé sur  la collaboration de ses semblables. Il doit troquer ses positions de possédant contre celle de serviteur.


S’il change son regard sur la réalité des choses, peut-être cela ne sera-t-il pas trop tard ? Pour son ainé, il n’y a plus d’issue pour le plus jeune, puisqu’il a tout gâché, il n’a plus sa place dans l’entreprise familiale. Ce n’est donc pas celui qui s’est mal conduit qui aggrave les choses, c’est celui qui n’a rien fait. Ne serait-il pas le collapsologue de service qui se cantonne dans une attitude d’accusateur, plutôt que dans celle de celui qui cherche par tous les moyens comment cela pourrait aller mieux.


C’est alors que le Père intervient, on l’a un peu laissé de côté, comme souvent on laisse de côté ceux qui, peut-être, apportent les bonnes solutions aux problèmes. Son souci est de constater que tel qu’il est engagé, l’avenir n’est pas possible. Les deux fractions rivales doivent renoncer à ce qui les opposent si on veut avancer vers un avenir possible : le fils ainé avec l’arrogance de celui qui croit avoir raison et le cadet avec  sa demande d’espérance possible. Face à  cette double demande, il faut que quelque chose de nouveau se produise. 


C’est sur un air de fête que se profile la solution, c’est ainsi que le Père essaye de la mettre en œuvre.  Mais si le frère en détresse, quelle que soit la cause de sa situation espère quelque chose pour vivre, il faut que l’ainé entre dans la danse et modifie à son tour son attitude.


Dans tout cela le Père ne reste pas inactif en face des deux fils qui eux ne font rien. L’un espère, le second boude. Le père ne  cesse de faire  des vas et viens. Il court vers l’un et sort même du domaine pour convaincre l’autre. Il cherche des arguments pour que la mort ne s’empare pas du plus faible du moment, car il est impératif qu’il vive et l’autre ne peut rester les bras ballants en tentant de conserver ses privilèges que la situation est en train de lui reprendre.


Evidemment, en appliquant cette parabole à notre situation actuelle, nous réalisons que les  choses ne sont pas vraiment comparables car les victimes du dérèglement écologique  ne sont pas forcément coupables, comme l’est le fils cadet du récit, mais vous remarquerez qu’il n’est tenu ici aucun compte de la culpabilité de qui que ce soit. Ce qui est important c’est que celui qui est en danger ne le soit plus, la responsabilité des uns et des autres est une autre question et n’est pas abordée par le père qui préconise que la vie l’emporte sur toute autre solution. Ce qui est important c’est de rejoindre le père et d’agir activement pour débloquer la situation.


On comprend ici que la parabole propose de voir dans l’action du  Père une image de Dieu. Il n’est pas un Dieu qui agirait miraculeusement pour remettre les choses en ordre.  Le Dieu qu’on identifie ici au Père, c’est celui qui pousse les uns  et les autres  à se comporter  de telle sorte que  ce soit la vie qui reprenne le dessus. La responsabilité des uns et des autres ne jouent aucun rôle car tous, quelle que soit leur situation doivent changer leur comportement afin que l’harmonie s’installe là où le chaos cherche à s’imposer à ceux qui ne veulent pas modifier leurs comportement à l’image de l’ainé qui joue ici le rôle principal.




samedi 7 septembre 2019

Luc 14/25-33 Quel est le Dieu de Jésus? dimanche 8 septembre 2019




Texte de 2010 revue et corrigé



Luc 14: 25



De grandes foules faisaient route avec lui. Il se retourna et leur dit :26 Si quelqu'un vient à moi et ne déteste pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. 27 Et quiconque ne porte pas sa croix pour venir à ma suite ne peut être mon disciple.



28 En effet, lequel d'entre vous, s'il veut construire une tour, ne s'assied pas d'abord pour calculer la dépense et voir s'il a de quoi la terminer, 29 de peur qu'après avoir posé les fondations, il ne soit pas capable d'achever, et que tous ceux qui le verront ne se moquent et ne disent : 30 « Cet homme a commencé à construire, et il n'a pas été capable d'achever.»

31 Ou bien quel roi, s'il part en guerre contre un autre roi, ne s'assied pas d'abord pour se demander s'il peut, avec dix mille hommes, affronter celui qui vient au-devant de lui avec vingt mille ? 32 Sinon, tandis que l'autre est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander les conditions de paix. 33Ainsi donc, quiconque d'entre vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple. 






La tradition a rendu populaire une certaine image de Jésus que Théodore Botrel parmi tant d’autres a chanté dans le folklore breton. Jésus y est présenté comme le doux Sauveur à barbe blonde avec de grands yeux doux. Le cinéma américain a contribué pour sa part à vulgariser cette image. Les peintres classiques n’ont pas échappé à ce canon de beauté pour présenter le visage du Seigneur. Mais ce serait mal lire l’Evangile que de voir Jésus sous ce seul portrait. Le texte que nous avons lu nous présente un autre aspect de Jésus, plus rude, d’où la tendresse est absente. Serait-il plus conforme à celui que les spécialistes actuels tentent de vulgariser  en faisant de Jésus un homme de taille moyenne , brun  au regard fuyant,( je vous livre ici 2 portraits publiés dans la presse)  Le rôle de Jésus est avant tout celui de nous faire découvrir Dieu. Ici il le fait sans ménagement car le Dieu dont il est le témoin est différent de celui que Jésus lui-même nous a habitué à découvrir dans ses propos.






Qui est Dieu pour vous ? En quoi votre existence est-elle affectée par la réalité de Dieu ? Comment agit-il en vous ? Ces questions tant de fois répétées, tant de fois formulées nécessitent qu’on ose se les poser au moins une fois de temps en temps. Chacun y répondra mentalement et à sa façon. On pourra dire que Dieu est une force qui vient d’en haut et qui s’empare de nous, qui habite notre âme et notre esprit. On dira aussi que c’est une certitude rassurante sans laquelle notre vie serait ballottée au rythme des hasards dans une société globalisante. Nous dirons aussi que Dieu donne du sens à notre être. Nous nous garderons de vérifier si notre réponse est conforme à la théologie en vigueur dans notre église. Mais nous savons fondamentalement, que nous ne chercherions pas Dieu s’il ne nous avait déjà trouvés, et que c’est lui qui nous pousse à le chercher. Nous percevons intuitivement qu’il y a un lien entre lui et nous et nous croyons qu’il a quelque chose à voir avec notre existence dans ce monde.

Il est donc normal que nous cherchions Dieu, sans pour autant jamais le trouver complètement. Écoutez ce que dit le poète Kalil Gibran : « Contemplez le ruisseau, écoutez sa mélodie. Éternellement, il sera en quête de la mer, et bien que sa recherche n’ait pas de fin, il chante son mystère de crépuscule en crépuscule. Puissiez-vous chercher le Père comme le ruisseau cherche la mer » (1)



Nous savons que Dieu a laissé son empreinte en nous, c’est pourquoi Jésus nous aide à le trouver. Mais ce Dieu que Jésus nous aide à trouver est très différent de tout ce que l’on a dit, car il nous devient personnel. Dans le texte de ce matin Jésus s’implique dans notre recherche et nous provoque volontairement. Il ne s’encombre d’aucun a priori, et d’une manière surprenante il saute à pieds joints par-dessus les conventions. Il parle de haine alors que nous nous attendons à ce qu’il parle d’amour. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » nous plaisons-nous à répéter après lui et nous nous appuyons sur l’Evangile de Jean pour dire que Dieu est amour.



Aujourd’hui, ce n’est pas le cas, Jésus recommande de haïr ses proches, son père, sa mère ses frères et ses sœurs sa femme et les autres. Il n’a aucune parole rassurante pour mettre un baume sur nos inquiétudes. Pour nous stimuler, il nous promet de porter notre croix, comme W. Churchill promettait à son peuple du sang et des larmes. Il ouvre devant nous une perspective de souffrance et de mort.



Ainsi provoqués, nous allons pouvoir exercer notre sagacité. En fait, le jeu en vaut la chandelle. Jésus a l’intention de nous faire sortir des chemins battus. Il nous montre que Dieu n’a rien à voir avec les critères soigneusement recensés par les religions. Dieu pour lui ne se trouve pas dans un code de morale. Il est ailleurs que dans nos définitions théologiques. Dieu se situe avant tout dans une relation avec nous. Comme il a sacrifié sa divinité pour venir jusqu’à nous, il s’attend à ce que nous lui consacrions notre humanité.



Il nous propose sagement de faire le bilan de notre foi en nous racontant cette parabole banale du roi qui compte ses hommes, puis qui compte les hommes de l’adversaire et qui négocie la paix en fonction de ses propres forces parce qu’il préfère se soumettre plutôt que de risquer un combat perdu d’avance. La paix dans ce contexte devient un accord de moindre mal, un « gentleman agreement » que l’on a du mal à fonder théologiquement. Or nos vies ressemblent la plupart du temps à ces côtes mal taillée où l’on essaye de donner à chacun sa part. Dieu y compris. Nous composons avec Dieu, avec les hommes, avec notre vertu, avec le temps, si bien que notre existence ne ressemble plus à rien si non à un « melting pot » sans goût ni grâce ni saveur ni prétention. Il nous faut donc changer notre approche concernant Dieu.



En quelques phrases, Jésus a mis à mal tout notre édifice spirituel, pour que nous nous efforcions de le reconstruire. Nous n’osons même pas continuer notre lecture de l’Évangile de peur d’être encore plus déstabilisés car ajoute Jésus, «quiconque ne renonce pas à tout ce qu’il possède ne peut être mon disciple ». Il faut comprendre clairement que cela veut dire qu’on ne peut pas découvrir Dieu en vérité sans abandonner tous les préjugés et tous les acquis de la société. Le chercheur de Dieu doit donc aller à contrecourant d’une société qui centralise tout sur l’homme.

Jésus met notre manière de raisonner totalement en cause en nous rappelant qu’avec Dieu, c’est tout ou rien. Pas question de partager prudemment entre Dieu et le monde. Pas question de demander à Dieu de se charger de notre âme d’une part et de choisir de gérer nous-mêmes et à notre gré nos autres activités. Il nous rappelle ainsi que Dieu est envahissant.




Jésus contemple alors la foule qui le suit comme un troupeau bêlant. Il nous décrit comme des moutons cherchant à être pris en charge par un bon berger. Ils cherchent seulement un confort spirituel auprès d’un maître à la mode qui paraît pour lors efficace. Jésus renonce à se laisser manipuler par eux, il n’est pas un gourou rassurant qui profiterait des avantages de ses dons de guérisseur et de prédicateur pour s’assurer une notoriété. Il provoque la foule dont nous faisons tous partie pour que chacun sorte de lui-même et assume le poids de la croix qu’il doit porter.

Vous voulez être rassurés sur l’avenir de votre âme, vous voulez une religion facile qui soit distincte des religions traditionnelles. Vous voulez échapper aux tourments de la vie et être les privilégiés de Dieu, vous ne voulez plus être malades et vous voulez manger tous les jours à votre faim ! Mais vous valez mieux que cela, vous n’êtes pas des moutons promis à l’abattoir. Vous avez en vous la capacité d’être des rebelles, de vivre une passion dévorante, cette passion peut se vivre avec Dieu, mais elle réclame une rupture.


Dans l’Écriture, la rupture est parfois féconde et créatrice, car elle demande à être habitée par un esprit inventif. La rupture c’est la distanciation nécessaire qu’il nous faut prendre par rapport aux conventions sociales qui nous enferment dans des catégories ou des préjugés. Il n’est donc pas étonnant que Jésus prenne la famille pour cible, parce qu’elle a un pouvoir contraignant et enfermant sur les individus. Pour que Dieu puisse s’emparer de nous il ne faut être retenu par aucun autre intérêt. C’est ainsi libérés et placés tout entier sous le charme de Dieu que nous pourrons devenir les conquérants d’un monde nouveau. De même que l’homme doit quitter son père et sa mère  s’il veut aimer sa femme, de même il faut mettre les exigences familiales au second degré de nos préoccupations pour laisser l’intuition de Dieu nous saisir et mettre nos vies à la disposition de Dieu.



Combien parmi nous ne trouvent-ils pas leur existence fade et sans avenir ? Ils se comportent généralement  comme le roi de la parabole racontée par Jésus. Ils recherchent  leurs intérêts, ils font la part des choses, et ils donnent  une importance calculée aux choses et aux êtres, ils ne négligent cependant pas Dieu,  mais ils lui réservent seulement une partie de l'aventure. Ils se construisent une vie raisonnable faite de concessions, sans que le hasard et l’aventure n’y aient leur place. Dieu mérite mieux que nos petites dispositions de sagesse humaine, il réclame toute notre activité, tous nos soucis, toutes nos préoccupations, la totalité de nos personnes. Dieu réclame de devenir le partenaire de notre vie et de la partager en totalité.



Affranchis des contingences humaines, Dieu nous rend libres et responsables. Il se peut que cette joyeuse liberté déplaise aux hommes qui cherchent à nous la prendre en nous enlevant la vie. Ce fut le cas de Jésus et de bien d’autres après lui. Mais leur mort ne fut-elle pas un cri de liberté et une ouverture vers la délivrance. Leur vie était en Dieu et la vie en Dieu est sans limite puisqu’elle lui est toute consacrée et qu’elle débouche quand tout est accompli dans la plénitude éternelle de Dieu, sans limite de temps et d’espace.

dimanche 18 août 2019

Luc 13/22-30 La porte étroite dimanche 25 août 2019








Luc 13: 22-30





22 Il traversait les villes et les villages, et il enseignait en faisant route vers Jérusalem. 23 Quelqu'un lui dit : Seigneur, n'y aura-t-il que peu de gens sauvés ? Il leur répondit : 24 Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite. Car, je vous le dis, beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas. 25 Dès que le maître de maison se sera levé et aura fermé la porte, et que, restés dehors, vous commencerez à frapper à la porte et à dire : « Seigneur, ouvre-nous ! », il vous répondra : « Vous, je ne sais pas d'où vous êtes. » 26 Alors vous commencerez à dire : « Nous avons mangé et bu devant toi, et tu as enseigné dans nos grandes rues ! » 27 Et il vous répondra : « Vous, je ne sais pas d'où vous êtes ; éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l'injustice ! » 28 C'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac, Jacob et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, et que vous serez chassés dehors. 29 On viendra de l'est et de l'ouest, du nord et du sud pour s'installer à table dans le royaume de Dieu. 30 Ainsi, il y a des derniers qui seront premiers et des premiers qui seront derniers.






Les portes du salut se fermeront-elles à tout jamais devant les pas de celui qui cherche à se sauver par lui-même,  c’est le problème posé ici par les interlocuteurs de Jésus. Ce n’est pas en accumulant des actes qui sont sensés plaire à Dieu que l’on gagne son salut ! Les bonnes actions et les dévotions font partie de toutes ces actions vides d’avenir si elles n’ont d’autre but que d’attirer l’attention de Dieu sur celui qui les commet. Depuis longtemps l’Ecclésiaste a attiré l’attention du lecteur biblique pour le mettre en garde contre la vanité des entreprises humaines qui ne visent qu’à valoriser leur auteur.



Ces réflexions blasées devraient aider le lecteur à comprendre ici les propos de Jésus qui semblent confirmer l’affirmation selon laquelle celui qui cherche à être sauvé par ses propres moyens ne fait qu’entreprendre une vaine poursuite du vent qui le mène à la vanité et non pas au salut. Sans doute faut-il que celui qui cherche le salut comprenne que ce n’est pas une chose qu’il peut acquérir mais c’est une chose qui lui est donnée sans qu’il cherche à s’en saisir. Encore faudra-t-il qu’il découvre ce que signifie « être sauvé » ! Quel danger le menace-t-il pour qu’il cherche à en être sauvegardé et contre lequel il devrait être protégé ? Où donc est le péril ?





Cette recherche est vide de sens si on ne dit pas ce que l’on redoute. Ainsi sommes-nous entourés de gens qui ont peur de quelque chose qu’ils n’arrivent pas à définir. Ce n’est pas un travers du Moyen Âge contre lequel la Réforme a essayé d’apporter des solutions, ce n’est pas un travers contemporain qui serait alimenté par l’angoisse causée par l’avenir de la planète ! Cela existait déjà du temps de Jésus. Et Jésus essaye de répondre à cette préoccupation en dénonçant le mal fondé de leurs angoisses. Il a longuement dénoncé ces angoisses qui reposaient sur la crainte d’un jugement de Dieu. Il a voulu rassurer ceux qui au dernier jour redoutaient que les bons soient séparés des mauvais comme l’on sépare les brebis d’avec les boucs ou le blé de l’ivraie.



Si aujourd’hui la crainte du jugement s’est estompée, les hommes cherchent toujours à tirer inconsciemment profit de leurs bonnes actions si bien que quand un coup du sort les frappe, ils expriment leur incompréhension en disant qu’ils ne méritaient pas cela.



Bien que Jésus ait formulé des réponses claires, les humains ne semblent pas les entendre et cherchent inconsciemment à faire du bien pour que cela leur soit porté à crédit. Pourtant ils savent que les critères de Dieu ne sont pas les mêmes que les leurs. Jésus nous montre que pour Dieu tous les hommes entrent dans la même catégorie, car aucun ne serait capable de se tenir devant lui à cause de l’excellence de ses vertus. Cependant Dieu ne fait pas d’exception, il aime tous les hommes et propose à chacun d’entre eux de partager leur vie et de cheminer sur la même route qu’eux. Le salut n’est donc pas réservé au petit nombre des vertueux, mais il consiste à savoir que Dieu habite en nous et travaille notre esprit pour que nous nous impliquions dans un mode de vie qui lui convient.



Les premiers visés sont sans doute tous les gens de la communauté de ceux qui ont suivi Jésus et qui n’ont toujours rien compris bien qu’ils rompent le pain avec lui et partagent sa coupe tous les jours. Ils ont beau communier régulièrement, ils ont beau écouter la prédication de l’Évangile, ils ont beau venir au culte le dimanche, ils continuent à ne rien comprendre. Ils se croient supérieurs aux autres parce qu’ils font partie des intimes du Seigneur. Ils ont tort. Leur compagnonnage avec le Seigneur ne les rend pas meilleurs que les autres et ne leur garantit en rien leur salut, puisque le salut ne correspond à aucun critère de vertu.



Jésus semble avoir ouvert ici la boîte de Pandore en mettant à mal tous les arguments de ceux qui se croient sauvés par leurs propres vertus. Il évoque dans cet enseignement qui paraît un peu décousu tous les personnages qui nous sont déjà rendus familiers par les paraboles que Jésus a racontées.



Il commence par parler de la porte étroite. Il fait peut être allusion à une des portes de Jérusalem qui était si étroite que l’on devait décharger les chameaux pour qu’ils puissent la franchir. Jésus s’est sans doute servi de cette particularité pour en tirer un enseignement selon lequel il était plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu. Il signifiait par là qu’aucune qualité humaine ne permettait de s’approprier le Royaume de Dieu, pas même la richesse grâce à laquelle on pouvait faire de nombreuses générosités et améliorer le sort des plus démunis.



En parlant de la porte fermée au nez des amis, on reconnait la parabole des cinq vierges sages et des cinq vierges folles ? Les vierges folles qui n’ont pas d’huile ne pourront s’en procurer nulle part ni l’échanger avec leurs copines. L’huile signifierait-elle la foi qui ne peut se monnayer en aucune façon ? Les bonnes grâces de Dieu ne s’achètent pas elles nous sont données dans une relation toute personnelle avec Dieu. Cette relation est toujours possible sauf au cas où la vie s’arrête. A ce moment-là nul ne peut dire la suite de l’histoire qui nous est suggérée par la parabole du pauvre Lazare et du riche inconscient. Ce dernier arrivé dans l’au-delà ne peut accéder à Dieu malgré sa bonne volonté, et c’est malgré lui qu’il voit Lazare en compagnie d’Abraham et des patriarches jouissant de la béatitude éternelle.



Bien évidemment ce n’est pas la fin de ces paraboles qu’il faut retenir comme enseignement, mais l’impossibilité d’acquérir par ses propres moyens les faveurs de Dieu. En faisant allusion d’une manière plus ou moins voilées à des paraboles déjà prononcées Jésus veut rappeler qu’il a de nombreuses fois prêché sur ce même type d’enseignement. Les hommes ont en effet du mal à comprendre que c’est Dieu lui-même qui vient à leur rencontre. C’est Dieu lui-même qui multiplie les occasions pour que chacun d’entre nous réalise que c’est lui qui frappe à la porte de notre cœur et qui nous sollicite pour que nous lui ouvrions.



Les valeurs sont complètement renversées. Ce n’est pas l’homme qui cherche Dieu, c’est Dieu qui le cherche. Ce n’est pas l’homme qui trouve Dieu, c’est Dieu qui trouve l’homme. L’initiative n’appartient pas à l’homme mais à Dieu. Le salut est donc l’état de celui qui sait que Dieu l’a trouvé et qui a su répondre à cette situation. On ne gagne pas son salut, mais on découvre que l’on est sauvé.



Dans ce récit, Jésus ne ferme la porte à personne pour le priver de son salut, mais il ferme la porte à toutes les mauvaises idées qui nous passent par la tête et que nous croyons bonnes pour attirer Dieu sur notre chemin. Ce n’est donc pas pour être sauvés que nous faisons de bonnes actions, c’est parce que nous savons que nous sommes visités par Dieu, qu’il habite en nous et qu’il nous inspire les bonnes actions que nous faisons. Nous pouvons d’ailleurs être visités par lui sans en avoir encore pris conscience. Nous sommes donc invités à voir les choses d’une toute autre manière. C’est pour cela que l’Évangile de Matthieu commence par les béatitudes qui proposent une lecture des événements de ce monde en contradiction totale avec la réalité apparente de nos sociétés :




« Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux, Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés, Heureux ceux qui sont doux car ils hériteront la terre, Heureux ceux qui ont faim et soif de justice car ils seront rassasiés, Heureux les miséricordieux car ils obtiendront miséricorde, Heureux les cœurs purs car ils verront Dieu, Heureux ceux qui procurent la paix car ils seront appelés fils de Dieu, Heureux ceux qui sont persécutés, car le Royaume des cieux est à eux, Heureux serez-vous lorsque l’on vous insultera, car votre récompense sera grande dans les cieux. »


mardi 6 août 2019

Luc 12/49-53 Jéssus face à la réalité de son ministère dimanche 18 août 2019


Luc 12/49-53


49 Je suis venu jeter un feu sur la terre ; comme je voudrais qu'il soit déjà allumé ! 50 Mais il y a un baptême que je dois recevoir, et quelle angoisse est la mienne, tant que je ne l'ai pas reçu ! 51 Pensez-vous que je sois venu pour apporter la paix sur la terre ? Non, mais la division. 52 En effet, à partir de maintenant, s'il y a cinq personnes dans une famille, elles seront divisées trois contre deux, et deux contre trois. 53 Le père sera contre le fils et le fils contre son père ; la mère contre sa fille, et la fille contre sa mère : la belle-mère contre sa belle-fille, et la belle-fille contre sa belle-mère.

54 Puis, s'adressant de nouveau à la foule, Jésus reprit : Quand vous voyez apparaître un nuage du côté de l'ouest, vous dites aussitôt : « Il va pleuvoir », et c'est ce qui arrive. 55 Quand le vent du sud se met à souffler, vous dites : « Il va faire très chaud », et c'est ce qui arrive. 56 Hypocrites ! Vous êtes capables d'interpréter correctement les phénomènes de la terre et les aspects du ciel, et vous ne pouvez pas comprendre en quel temps vous vivez ? 57 Pourquoi aussi ne discernez-vous pas par vous-mêmes ce qui est juste ? 58 Ainsi, quand tu vas en justice avec ton adversaire, fais tous tes efforts pour t'arranger à l'amiable avec lui pendant que vous êtes encore en chemin. Sinon, il te traînera devant le juge, celui-ci te remettra entre les mains des forces de l'ordre qui te jetteront en prison. 59 Or, je te l'assure, tu n'en sortiras pas avant d'avoir remboursé jusqu'à la dernière petite pièce.



Sans doute Jésus était-il lucide sur lui-même. Il ne s’est pas laissé prendre  au succès apparent qu’il obtenait   auprès de la poignée de ses fidèles qui partageaient  en partie sa vie. Il savait que ses amis se posaient des questions à son sujet et que certains avaient même cessé de le suivre. Mais il savait aussi que l’Evangile qu’il voulait proclamer en était le prix. Il rendait témoignage à un Dieu au nom duquel certains prophètes avaient perdu la vie avant lui. Esaïe en en fait le portrait dans les chants du serviteur souffrant à qui on avait même arraché la barbe.  Jérémie  avait douté de ce même Dieu et de la charge qu’il lui avait confiée et avait maudit le jour de sa naissance. Jonas quant à lui, tourna le dos à la mission qu’il lui avait été assignée, croyait-il.


 Jésus ne s’opposait pas vraiment au Dieu que la loi de Moïse avait révélé, mais il contestait ce que la religion en avait fait.  Il s’intéressait d’abord et avant tout au prochain et le prochain c’était l’autre quel qu’il soit. Dans les rapports humains, c’était toujours l’autre qui devait avoir  priorité. L’autre n’était pas forcément le pauvre en opposition au riche. Jésus ne  demandait pas forcément de changer les rapports sociaux, mais c’est à l’autre, à tous les autres à qui Dieu donnait priorité. Le mendiant n’était pas plus que le roi, mais le roi  n’était pas plus que le mendiant. Celui qui avait priorité, c’est celui  avec qui chacun était en relation immédiate. La hiérarchie qu’il préconisait, c’est que l’autre devait passer avant moi. La femme avant l’homme, l’enfant avant l’adulte.


En commençant mon propos, je crains  que vous ne soyez  choqués par ce que je vais dire au sujet de Jésus, car en voulant être fidèle à ce texte, vous allez  découvrir que je ne vais pas tracer de Jésus un portrait avenant, conforme à celui que la tradition a retenu.  Il était lui-même bien conscient que son enseignement allait créer des dissensions parmi ses amis et  que même sa propre famille allait le rejeter.( voir la série d’articles que Réforme consacre actuellement à Jacques frère de Jésus). Il ne se priva pas lui-même de prendre ses distances par rapport à sa mère et ses frères.  Sans savoir si je m’y prends bien je vais prendre  la défense de Jésus quand il paraît excessif, mais je vais en même temps prendre le parti de ses amis quand ils seront tentés de le trahir et de le rejeter. 


En écoutant ce texte avec attention, nous réalisons que Jésus a créé un climat de discorde et  de suspicion autour de lui. Il a entraîné ses disciples à faire des gestes  provoquant qui ont choqué les hôtes de Jésus, comme le fait  de ne pas se laver les mains avant les repas. Il a lui-même invité des hôtes  non recommandables à la table de ceux qui l’invitaient à partager leurs repas. Comme ses amis nous sommes tentés de le désapprouver quand il semblait  choquer gratuitement. Nous allons  être tentés de rejoindre ceux qui ont trouvé qu’il allait trop loin et qui l’ont trahi. En fait,  c’est ce qu’on fait tous ses  lors de son arrestation.  Même si c’était un faux prétexte pour ne pas faire cause commune avec lui, ils se sont enfuis. Ils avaient peur de l’autorité qui  le faisait  l’arrêter, d’autant plus que  c’était en partie la garde du temple à la solde des grands prêtres. Ils avaient peur que les grands-prêtres les accusent de partager ses idées dont ils se désolidarisèrent ce soir-là. Puisque les soldats se  chargeaient du mauvais travail, autant laisser faire !  On agirait plus tard si c’était possible ! On nous raconte que Pierre osa le suivre de loin, et malgré ce geste courageux, qu’il fut le seul à faire, c’est lui qu’on accusa de trahison !


Pour le moment rejoignons Jésus sur les chemins de Galilée au printemps ! Pourquoi au printemps ? Parce qu’en bonne logique il devait prendre ses quartiers d’hier sur le bord du Lac dans la maison de Pierre, car il était nécessaire de  se mettre à l’abri quand le temps était froid.


Dès que le printemps arrivait, Jésus se mettait en route avec quelques-uns de ses disciples qui le suivaient en profitant de ses enseignements. Il était parfois accueilli chez quelques fidèles amis qui lui offraient le gîte et le couvert  tel Lazare et ses sœurs. Certains bourgeois le retenaient parfois pour le repas du soir. De nombreux textes attestent de cette éventualité, mais il n’était sans doute pas  rare qu’il établisse un campement pour la nuit. Certains passages le laissent entendre aussi. On peut facilement imaginer que quelques adeptes restaient  avec son petit groupe pour la nuit. Ils mangeaient avec eux ce qu’il y avait, partageaient sans doute les provisions qu’ils avaient apportées avec eux. C’était festif et récréatif. Les évangiles le racontent dans les 5 récits de la multiplication des pains. Pour la nuit, quand celle-ci était fraiche, c’était leurs manteaux qu’ils partageaient ou la couverture. Le matin, les uns repartaient à leur occupations habituelles, Jésus quant à lui, avec sa poignée d’amis reprenait son chemin jusqu’au soir où le rejoignaient d’autres amis, et cela se faisait au fil des jours. C’était sans doute difficile à vivre. Pour les hôtes occasionnels,  cela se faisait une fois, mais pour Jésus et ses disciples, c’était tous les jours. 


Eclairés  par cette vie austère l’enseignement de Jésus se colorait d’une manière singulière. Quel aspect pouvait prendre ce Royaume qu’il annonçait ? Était-ce cette vie de nomade  où tout le monde était le bienvenu,  où il fallait parfois, mendier son pain et se méfier à tout instant de la police de l’occupant ? On pouvait rêver mieux. Était-ce vraiment ce que Dieu leur demandait ? Ce Dieu était-il vraiment celui qui  allait tout changer  miraculeusement ?  Les disciples  pouvaient-ils construire leur foi naissante avec si peu ?


C’est dans ce contexte, et dans ces conditions que sont nés les Evangiles. On se doute bien que tout cela n’était pas sans leur poser de questions et Jésus s’en rendait compte. Il entendait et comprenaient leurs  désaccord. Il comprenait leur tentation de tout quitter et de revenir à leur vie d’avant, comme l’ont fait les deux disciples d’Emmaüs quand ça a mal tourné. A mesure que les jours passaient la tentation était sans doute de plus en plus forte de de tout abandonner si  Jésus ne changeait pas ses méthodes.


On a reproché à la foule qui suivait Jésus d’être fluctuante et versatile, mais elle partageait tous ces questionnements que l’on vient d’évoquer, Jésus le savait et  ne songeait pas à changer. Le Dieu d’amour qu’il proposait voulait-il faire d’eux d’éternels mendiants ? Tout cela  était-il porteur d’avenir ?  Sans doute faisaient-ils secrètement à Jésus le reproche  d’attirer les enfants à lui, de les cajoler, de donner des conseils à leur sujet, mais qu’en savait-il, lui qui n’avait pas d’enfants ? « Laissez venir à moi les petits enfants » ! Etait-ce cette vie de mendiants qu’il préconisait pour eux ? Il y avait de quoi s’inquiéter ! Le Royaume dont il faisait l’apologie ressemblait à un camp de réfugiés, et sans doute personne ne voulait-il de ça. 


Jésus savait bien que l’on n’attire pas les mouches avec du vinaigre, mais les foules, amadouées par ses propos, avides  des miracles qu’ils faisaient ne partageaient pas le quotidien de ses amis et Jésus sentait monter les hostilités. C’est ce qu’il exprime  ici dans ce passage.


Certes, j’ai pris beaucoup de libertés, mais j’ai essayé de dire dans quel contexte l’Evangile est né et quel portrait de Dieu en ressortait. Si la personne du prochain, c’est-à-dire de n’importe quel autre avait priorité dans les soucis de Jésus, il faut prendre conscience que ce prochain est le  compagnon imprévu de notre quotidien : Soldat, paysan, pharisien, samaritain. C’était ce que Dieu nous demandait ! Selon lui, Dieu était l’inspirateur silencieux de nos attitudes provocatrices,  justifiant le bien fondé de nos conduites surprenantes. Il visait à nous proposer un Royaume sans roi, sans privilège, sans dominant, impossible à réaliser avec seulement notre bonne volonté, mais révélateur de projets que Dieu inspire à ceux qui voient en lui celui qui nous donne l’audace de penser autrement.


C’est alors que la mort de Jésus et sa résurrection se sont chargées de nous révéler que toutes les utopies de Jésus n’étaient possibles que si Dieu s’en mêlait. C’est lui qui nous donne la possibilité de voir et de vivre  les choses autrement. Il met sur notre chemin  le prochain à aimer, sans se soucier des  conditions de notre rencontre, ni de conséquences qu’elle peuvent   entraîner. C’est lui qui décide de nos changements d’attitude et qui nous entraine à construire son Royaume, ce lieu où tous les prochains sont frères.

dimanche 28 juillet 2019

Luc 12/13-21 Dieu et le destin dimanche 4 août 2019


Luc 12/13-21

13 Du milieu de la foule, quelqu’un demanda à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. »

14 Jésus lui répondit : « Homme, qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ? »

15 Puis, s’adressant à tous : « Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède. »

16 Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté.

17 Il se demandait : “Que vais-je faire ? Car je n’ai pas de place pour mettre ma récolte.”

18 Puis il se dit : “Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens.

19 Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.”

20 Mais Dieu lui dit : “Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?”

21 Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. »





N’en déplaise à ceux qui pensent le contraire, le hasard, ce n’est pas Dieu qui se promène anonymement sur notre terre. Les choses heureuses qui nous arrivent, sans que nous n’ayons rien fait pour les recevoir ne sont pas des cadeaux que  Dieu nous ferait en secret, et pourtant, ils sont nombreux ceux qui le croient ! De même, les coups du sort qui altèrent le cours de notre vie par des événements malheureux, ne sont pas le fait d‘un jugement que Dieu prononcerait contre nous pour nous punir de nos mauvaises actions. C’est ce que dit clairement Jésus en  ouverture de cette parabole quand il  refuse  de participer à l’attribution de l’héritage de son interlocuteur. Il exprime par cette courte remarque que ni Dieu,  par son intermédiaire, ni par l’intermédiaire de personne n’intervient dans les décisions du destin, qu’il nous soit favorable ou non. Pourtant sans le dire, beaucoup le croient quand même.

Qu’ai-je fait au bon Dieu pour que cela m’arrive ? Cette expression populaire n’aurait aucune valeur au regard de Jésus. Pas plus que n’aurait de valeur le fait que Dieu nous ferait des faveurs par les heureux événements qui se produisent dans notre vie. Mais c’est le propre de notre nature de croyant d’attribuer à  l’action de  Dieu l’origine des  événements qui nous arrivent. Il relève de notre nature  inquiète de raisonner ainsi. Nous avons tendance à chercher en Dieu des explications à ce qui n’en a pas. Mais justement ici, il est dit que Dieu ne semble pas être concerné.

Après avoir écartés ces arguments, Jésus remet les choses en place en racontant une parabole qui nous déconcerte et dont on a du mal à saisir la pointe. Il s’agit de l’aventure qui est  arrivée à un homme riche qui mourut au moment où il s’apprêtait à jouir des biens amassées tout au cours de sa vie. Nous nous sentons directement interpelés car notre société organise la vie de ses citoyens de la même manière que le fait cet homme, c’est le sujet d’une des toutes prochaines lois qui se préparent et qui utilise  ce principe pour discuter de l’avenir de nos retraites. Nous  prévoyons nous aussi notre vie en préparant le moment où  nous arrêterons de travailler pour couler en fin de vie des jours heureux. Nous sommes persuadés, quand tout cela se passe bien, que ce n’est que justice de profiter des fruits de notre labeur.

La fin de cette histoire nous met mal à l’aise, et nous aimerions lui trouver  une cause logique. Or elle n’en a pas !  Dieu contrairement à ce que nous souhaitons n’intervient pas. Il dit simplement les faits : « tu mourras » On aimerait trouver la faille en culpabilisant d’une manière ou d’une autre cet homme à cause d’une richesse qu’il aurait injustement gagnée. Mais rien n’est dit qui pourrait le laisser penser. On se dit quand  même qu’il aurait pu faire profiter ses héritiers, enfants ou petits-enfants de cette fortune, au lieu de tout amasser comme un gros égoïste. Mais c’est dans notre tête que cela se passe, le texte n’en dit rien, ni de ses héritiers éventuels ni de son égoïsme. La parabole n’émet aucun jugement de caractère  moral contre cet homme.

Cette parabole  nous renvoie à notre propre réflexion sur Dieu et à la valeur de la vie.      C’est sans doute dans cette direction   que ce texte veut nous entraîner. En effet, au cours de sa réflexion intime l’homme exprime son autosatisfaction  et s’adresse à son âme en une expression qui nous paraît curieuse : «  mon âme réjouis-toi » dit-il, et la parabole continue par une parole qui vient de Dieu. Elle  n’est pas un jugement mais un simple constat: « cette nuit, ton âme te sera redemandée » comme si le hasard avait choisi de se manifester à ce moment-là, sans aucune consigne venu d’une puissance quelconque.

Jésus n’approfondit pas la question mais, c’est le mot « âme » utilisé par trois fois qui nous interpelle. 

Qu’est-ce que l’âme dans le langage biblique ? Nous savons qu’elle est le véhicule de la vie et que la vie a Dieu pour origine. En mentionnant par trois fois  l’âme dans  ce passage  Jésus cherche à nous rappeler que nous appartenons à cet ensemble qui est le monde du vivant sur terre et qu’on ne peut organiser sa propre existence sans se soucier du vivant dont nous faisons partie. C’est par le biais du souci de son âme que  nous réalisons que cet homme est égoïste et que c’est son égoïsme qui constitue sa pierre d’achoppement car c’est de sa seule existence qu’il il s’est soucié jusqu’alors.

Il nous est difficile de ne pas approfondir cette parabole sans tenir compte de la valeur de l’âme en  langage biblique et de ne pas établir une coïncidence avec l’actualité qui préoccupe tant nos contemporains qui s’interrogent sur la mise en danger du vivant par le comportement irresponsable des hommes. Il serait cependant inconvenant de vouloir faire partager à Jésus nos idées sur l’écologie, en faisant dire aux Ecritures ce qu’elles ne disent pas. Il est clair cependant que la Bible contient des notions que l’on retrouve dans les questions d’actualité.  Nous y trouvons notamment la notion du fait que l’homme est partie prenante du monde du vivant et qu’il a une responsabilité dans son bon fonctionnement. Le reproche  qui semble être sous-jacent à l’histoire de  cet homme c’est qu’il n’a tenu aucun compte du vivant dont il fait partie.

Le récit s’organise autour de lui comme si sa situation de privilégié était un acquis incontestable et qu’il pouvait faire de la nature ce qu’il en voulait. Cela relevait de son bon droit. Il pouvait  amasser à son profit tout ce qu’il pouvait. Le petit entrefilet qui précède la parabole y a justement était placé pour dire en préliminaire que Dieu ne joue aucun rôle dans l’attribution des privilèges de chacun et que Dieu ne manipule pas le hasard en notre faveur, si bien que nous n’avons aucun droit à être privilégié. Quoi qu’il en soit des situations qui nous favorisent, il relève de notre responsabilité de les gérer en fonction du vivant au milieu duquel nous existons.

Nous sommes donc invités à méditer sur le fait que Dieu n’a aucune responsabilité dans les acquis que nous confère notre propre situation : fortune, intelligence, lieu de naissance.  Mais compte tenu de notre situation personnelle il nous invite à prendre nos responsabilités. C’est bien d’ailleurs ce que nous dit l’Evangile en d’autres endroits, en particulier dans le fameux «  aime ton prochain comme toi-même » qui fait écho au « aime ton Dieu de tout ton cœur de toute ton âme et de toute ta force » qui veut dire la même chose. Nous ne pouvons pas vivre indépendamment de tout ce qui vit autour de nous et rien ne nous privilégie par rapport aux autres.




Même dans une parabole où n’intervient en aucune façon le jugement de Dieu, l’Evangile laisse percer l’idée que nous sommes dans  un univers où le souci au sujet de tout ce qui concerne le vivant est une chose essentielle, que Dieu est partie prenante de cet équilibre de la nature  et que nous avons une responsabilité vitale dans la gestion de cet équilibre.

jeudi 18 juillet 2019

Luc 10/38-42 Marthe et Marie dimanche 21 juillet 2019


Luc 10 : 38-42  Marthe et Marie  Dimanche 21 juillet 2019



38 Pendant qu'ils étaient en route, il entra dans un village, et une femme nommée Marthe le reçut. 39 Sa sœur, appelée Marie, s'était assise aux pieds du Seigneur et écoutait sa parole.



40 Marthe, qui s'affairait à beaucoup de tâches, survint et dit : Seigneur, tu ne te soucies pas de ce que ma sœur me laisse faire le travail toute seule ? Dis-lui donc de m'aider. 41 Le Seigneur lui répondit : Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour beaucoup de choses. 42 Une seule est nécessaire. Marie a choisi la bonne part : elle ne lui sera pas retirée.




D’habitude, ce sont les frères et non les sœurs  qui sont mis en opposition dans l’évangile, parce que la société de l’époque mettaient plus en avant les hommes que les femmes, pourtant ici, comme pour déroger à la règle, ce sont deux sœurs qui interrompent Jésus. Elles lui ouvrent leur porte et le reçoivent. Ces deux femmes ont été rendues célèbres par l’Evangile de Jean qui les présente comme des amies  proches de Jésus qui rendit la vie à leur frère Lazare décédé. Marie a été identifiée à la femme qui renversa un vase de parfum aux pieds de Jésus. Ici, elles nous sont présentées par l’évangéliste Luc. Il est peu familier des coutumes d’Israël, et présente les deux sœurs comme des femmes plus représentatives  de la société grecque que de la société juive. Il donne à Marthe le rôle de chef de la  maisonnée,  ce qui n’aurait pas cours en terre d’Israël. 







Luc par le truchement de ces deux femmes va  aborder la situation des femmes dans l’Eglise telle qu’elle se posait à  la première génération du christianisme. Derrière le questionnement de Marthe qui s’inquiète de voir sa sœur aux pieds de Jésus écoutant avec avidité l’enseignement du maître, il faut  reconnaître le souci des premiers chrétiens qui devaient s’interroger de la place que prenaient les femmes dans le ministère de l’Eglise.  En effet, Lydie qui était chef d’entreprise par exemple,  devint aussi chef d’Eglise dans la ville de Philippe. D’autres femmes dont nous ne connaissons pas toujours les noms avaient sans doute commencé à occuper des postes importants. Était-ce raisonnable ?



En rapportant cet épisode de la vie de Jésus, Luc essaye sans doute de répondre  à cette question que l’actualité avait rendue brûlante. Ici, Marthe par son attitude  soutient la thèse selon laquelle les femmes doivent s’occuper d’autre chose que de théologie. Marie qui est mise en cause ici ne dit rien. La réponse de Jésus semble dire sans ambigüité que  Marie serait  à la bonne place et que l’étude de  la théologie relèverait vraiment de son ressort. Elle a donc vocation à prendre la place du maître quand il ne sera plus là. Mais Jésus répond-il vraiment à la question  au sujet de laquelle nous nous interrogeons? Comme nous allons le voir plus loin,  c’est  en fait à une autre question qu’il répond.





Une nouvelle question surgit alors. Jésus est-il en train d’établir une hiérarchie dans les fonctions que l’on exerce dans l’Eglise ? Que les femmes   aient leur place dans le ministère de l’enseignement, qu’elles puissent exercer celui de la parole, cela ne semble pas  poser vraiment de problème, même si on a mis des siècles à s’en apercevoir, mais y a-t-il supériorité du ministère de la parole sur les autres ministères ? C’est  ce que Jésus semble dire  et c’est l’enseignement que l’on a pris l’habitude de retenir de ce texte.



Vue le caractère de Marthe  on comprend vite qu’elle n’était pas de nature à se laisser dominer, en tout cas pas par sa sœur qu’elle évincerait volontiers plutôt que de se laisser dominer par elle. Elle croit savoir que son service pour le Seigneur est indispensable à la bonne marche des affaires. Elle ne conçoit pas que le service de l’écoute passe avant celui de l’action. Le bavardage théologique passe pour elle au second plan. Tout se passe dans son esprit comme si tout avait déjà été dit depuis longtemps sur Dieu et sur la manière de le servir et qu’il n’y avait pas lieu d’en rajouter. Tout cela n’était que commentaires de rabbins, inutiles à la bonne marche des choses. En pensant ainsi elle se situe dans un courant de pensée classique. Pour elle ce qui compte, c’est l’efficacité, et elle s’y emploie.



Nous reconnaîtrons dans son comportement une attitude assez répandue dans beaucoup de nos églises et de nos paroisses qui cherchent à se rendre visibles par l’efficacité de leurs actions.  Elles cherchent plus à témoigner de leur foi par les œuvres qu’elles font plus que par leur approche spirituelle des événements. On  mobilise plus facilement les paroissiens d’une communauté  pour s’investir  dans les œuvres de la paroisse plutôt que pour fréquenter les études bibliques, si bien qu’il est de bon ton de considérer  que les gens les plus efficaces sont ceux qui agissent et non pas ceux  qui s’assoient pour méditer et réfléchir.



En lisant un peu vite ce passage on penserait facilement que Jésus prend ici le contrepied de Marthe et qu’il la désavoue. Marthe quant à elle ne s’en laisse pas conter et campe sur ses positions. Quant à Marie, elle ne se lève pas pour rejoindre sa sœur à sa demande, elle reste assise avec l’approbation du maître.



Jésus en fait, ne donne pas tort à Marthe, il lui reproche de s’inquiéter et de s’agiter pour beaucoup de choses. C’est son souci qui est l’objet de sa critique et non pas la tâche qu’elle accomplit. Marthe se met en souci parce que les choses ne prennent pas la tournure qu’elle souhaite. En bonne maîtresse de maison, elle croit savoir ce qui est bon pour son hôte et elle prie sa sœur d’adopter la même attitude qu’elle. Elle va même jusqu’à reprendre Jésus parce qu’il n’a pas eu les mêmes pensées qu’elle et qu’il ne se soumet pas à ses propres  conventions sociales auxquelles elle donne une portée universelle.



Or, Jésus n’est pas un hôte ordinaire. S’il est reçu par les deux sœurs, c’est parce qu’il est perçu par elles comme celui qui vient de la part de Dieu. Ce qu’il a  à leur dire est un message de la part de Dieu. Marthe ne se soucie pas de cette réalité, elle agit comme elle croit devoir agir, elle agit comme si elle savait mieux que le messager de Dieu ce qu’elle doit faire. Elle sait mieux que Jésus ce que Dieu lui demande et elle reproche à Jésus de ne pas avoir la même pensée sur Dieu qu’elle-même. Là est le problème. Elle reproche à Marie et à Jésus de débattre sur des questions théologiques qu’elle-même a  sans doute déjà résolues.  Elle ne  cherche pas à savoir ce que Dieu souhaite qu’elle fasse. Elle le sait déjà et mieux que lui. Elle n’imagine même pas  qu’elle doive se soucier de la volonté de Dieu avant de se mettre au travail pour lui. Pour Jésus Marthe ne se soucie pas  à bon escient et ne s’agite pas pour la bonne cause, parcequ’elle n’a pas pris soin de s’en soucier.





Il y a ici un bon enseignement pour l’Eglise qui ne prend toujours pas le temps de réfléchir à ce que Dieu souhaite qu’elle fasse avant d’agir. Si l’église avait pris cette peine elle aurait évité par le passé de se fourvoyer dans des situations contestables dont la liste serait trop longue pour qu’on la dresse  maintenant. 

jeudi 4 juillet 2019

Luc 10/25-37 Le bon Samaritain dimanche 14 juillet 2019




Luc 10 : 25-37 Le bon Samaritain



25 Un spécialiste de la loi se leva et lui dit, pour le mettre à l'épreuve : Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? 26 Jésus lui dit : Qu'est-il écrit dans la Loi ? Comment lis-tu ? 27 Il répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain, comme toi-même. 28 Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela, et tu vivras. 29 Mais lui voulut se justifier et dit à Jésus : Et qui est mon prochain ?  



30 Jésus reprit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba aux mains de bandits qui le dépouillèrent, le rouèrent de coups et s'en allèrent en le laissant à demi-mort. 31 Par hasard, un prêtre descendait par le même chemin ; il le vit et passa à distance. 32 Un lévite arriva de même à cet endroit ; il le vit et passa à distance. 33 Mais un Samaritain qui voyageait arriva près de lui et fut ému lorsqu'il le vit. 34 Il s'approcha et banda ses plaies, en y versant de l'huile et du vin ; puis il le plaça sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie et prit soin de lui. 35 Le lendemain, il sortit deux deniers, les donna à l'hôtelier et dit : « Prends soin de lui, et ce que tu dépenseras en plus, je te le paierai moi-même à mon retour. » 36 Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé aux mains des bandits ? 37 Il répondit : C'est celui qui a montré de la compassion envers lui. Jésus lui dit : Va, et toi aussi, fais de même.


Qui est mon prochain ? La question est de savoir qui fait partie du cercle élargi de ceux qui ont de l’intérêt pour moi ? Autrement dit celui qui n'appartient pas à mon milieu, tel l'étranger peut-il être mon prochain ?  Car pour l’interlocuteur de Jésus et pour nous-mêmes la bonne réponse décidera de sa  propre vie devant Dieu.

Que s’est-il donc passé dans la tête de Jésus  pour qu’il  raconte à des gens qui lui étaient déjà hostiles, cette histoire qui met en scène un étranger, voyageur solitaire en terre inamicale. Jésus ici se trouve dans un milieu qui ne lui est pas favorable. Dans ce texte admirablement bien construit, rien n’est laissé au hasard. Jésus met au centre de son propos un étranger bien imprudent car il se déplace seul dans un endroit où les bandits abondent. Il est d’autant plus en danger qu’il est riche. Il est non seulement riche et étranger, mais il est samaritain, c’est dire que sa pratique d'un judaïsme non orthodoxe  offense les coutumes religieuses des gens du pays qu’il traverse, même s'il ne la ramène pas à ce sujet. Le héros de l’histoire a tout contre lui. Il est donc bien imprudent  de se déplacer ainsi dans ce lieu solitaire. On pourrait s’attendre à ce que dans un tel contexte  il lui arrive un mauvais coup. Il n’en est rien.

Sous les traits de ce Samaritain généreux et débonnaire, Jésus ne trace-t-il pas le portrait d’un personnage qui lui ressemble, fortune en moins? Il faudrait sans doute faire quelques retouches pour que le portrait soit  conforme, mais si peu !  Jésus est mal venu dans les milieux orthodoxes du judaïsme judéen.  C’est de ce milieu que vient son interlocuteur. C’est de ce milieu que seront issus, dans quelques semaines ses accusateurs. Ne fait-il pas  figure de redresseur de tort. Lui, qui prétend enseigner les juifs n’est-il pas un demi-étranger ? Il vient de Galilée, une mauvaise terre habitée par des sangs mêlés,  des juifs mâtinés de païens. Il a l’arrogance de  donner des leçons de vertu à des juifs de pure souche  et de les offenser en tournant en dérision le clergé tu temple qu’il ridiculise dans cette histoire où il campe deux de  ses membres dans une affaire hautement improbable comme nous allons le voir ?  

Jésus, est un  en habile narrateur  et il sait dans quelle direction  il entraîne ses auditeurs, c’est pourquoi il attend prudemment que l’intrigue du récit soit vraiment nouée, pour introduire le Samaritain  sur les lieux du récit. Au paravent, il a mis deux membres du clergé en situation moralement indélicate. Or cette situation semble invraisemblable, on va le voir. Pas plus vraisemblable d’ailleurs,  sera l’attitude de ce riche samaritain qui, par son attitude donne la bonne réponse à la question  posée à l’origine de la parabole : «  Qui est mon prochain ? ».

Tout sonne faux dans ce récit si on l’approfondit quelque peu. Les  auditeurs de Jésus l’ont sans doute bien compris. En effet il semblait évident que la route empruntée par  les 3 personnages  qui traversaient un lieu désert était mal fréquentée. Le blessé de l’histoire en a fait les frais. Le Samaritain qui  était vraisemblablement  riche, on peut le déduire à  la manière dont il débourse dans le fil du récit une forte somme,  aurait encouru le même sort en voyageant seul. C’est un des  détails qui rend le récit suspect. S’il  avait voyagé en groupe avec d’autres personnes, comme  la prudence le recommandait,  son geste  aurait perdu une partie de sa valeur, c’est pourquoi Jésus l’a campé dans une histoire  invraisemblable où il    git en tant que voyageur solitaire et vulnérable.  Cependant la remarque faite au sujet du danger encouru par le Samaritain est valable aussi pour le prêtre et le lévite. Ils sont peut-être critiquables, mais pas idiots.  Par  mesure de prudence  et dans leur propre intérêt, ils auraient sans doute voyagés ensemble, en tout cas pas seuls.  Ils n’auraient sans doute pas commis l’imprudence de  s’aventurer dans ces lieux, sans un minimum d’escorte. Dans ce cas, leurs  compagnons de route les auraient l’un et l’autre contraints à la charité envers le blessé qu'ils ont croisé et ils n’auraient pas passés leur chemin. Sans ces invraisemblances la parabole n’aurait pas de sens. Mais le récit n’aurait d’ intérêt que si le prêtre et le lévite n’avaient un mauvais rôle. On va donc se demander pourquoi Jésus affiche  une telle hostilité à l’égard des prêtres  Pourquoi leur fait-il  tenir un si mauvais rôle et quel est le sous-entendu d’un tel discours? Patience !

En attendant, écoutons  les propos qui se murmurent, sans doute, dans le dos de Jésus et qu’il a sciemment provoqués. Ce n’est pas  dit d’une manière audible, car le narrateur  garde le dénouement pour la fin, mais chacun de nous peut facilement trouver des arguments pour alimenter la critique. « C’est bien connu, susurre-t-on, que  Jésus était  anticlérical et qu’il  préconisait une autre forme de  religion, une religion sans clergé, sans scribes  sans docteurs de la loi, sans Loi et sans Temple. » C’est sans doute pour accréditer ces critiques qu’il introduisit dans son récit deux religieux qu’il  accable en les mettant dans une situation particulièrement désobligeante.  Cette rumeur,  on l’entendra clairement plus tard lors du procès de Jésus au Sanhédrin, mais elle  avait déjà pris naissance en Galilée. Souvenez-vous de l’incident qui se produisit après que Jésus ait prononcé  un sermon dans     la synagogue de Nazareth. Il   faillit se faire lyncher pour propos malvenus. La rumeur, comme toute rumeur a tendance à s’amplifier, c’est ce qui se passe sans doute. Jésus en arrivant en Judée était sans doute déjà précédé d’une mauvaise réputation qui invitait les bons pratiquants à se méfier de lui.  Son procès était déjà en préparation. Tel est le contexte dans lequel Luc nous transmet son Evangile. 

 Mais ce ne sont pas les seules critiques que l’on pourrait adresser à Jésus. On pourrait lui reprocher encore d’avoir mis en scène un aubergiste  qui accepte de faire crédit, qui plus est  à un étranger, ce que personne n’aurait fait et ne ferait encore, ni vous, ni moi. Ça ne tient pas ! Toute l’histoire est  construite sur des impossibilités, mais sa conclusion qui est la conclusion d’un récit invraisemblable  allons-nous la récuser? En fait,  sa conclusion qu’elle est-elle ? Elle suggère que l’intérêt pour la vie  d’un malheureux justifie que l’on risque toute sa fortune pour lui. Jésus attire notre attention sur la qualité de vie que Dieu nous demande de réserver à notre prochain.

Nous avons peut-être un peu de mal à l’accepter. C’est pourquoi il est bien plus facile pour tout auditeur de ce récit de le  décrédibiliser, plutôt que d’en chercher la pointe  et écouter ce qu’il nous suggère de comprendre. Mais ce n’est pas fini.

Continuons. Portons notre attention sur ce samaritain qui ne tient compte ni de son temps, ni de son argent pour maintenir en vie le mourant.  Ce qui lui paraît plus essentiel que tout, même que ses soucis personnels, c’est que la vie du blessé soit préservée. Pour lui cette émotion qu’il ressent à la vue du blessé est plus forte que toutes les prescriptions de la religion. Elle dépasse la rigidité de la loi écrite pour en faire la quintessence de la loi morale, celle à laquelle Jésus nous propose d’obéir d’instinct  et qui nous suggère que la préservation de la vie de l’autre, quel qu’il soit est la condition indispensable de notre relation à Dieu. Mais la pointe du texte est peut-être encore ailleurs.

Oublions pour un instant cette conclusion de Jésus. Jésus n’est pas un naïf. Au cours de ce voyage qui l’amène à Jérusalem, il a lui-même expérimenté la dureté des relations avec les étrangers et des Samaritains en particulier.  Il s’est trouvé lui, et  ses amis, en situation d’étranger rejeté  en traversant la Samarie. Le récit nous en rapporte l’épisode quelques lignes plus haut.  Il fut agressé à l’entrée d’un village samaritain ( Lc 9/53ss). Sans doute sa petite troupe était-elle  en nombre suffisant pour que l’incident soit sans conséquence, mais il dut passer son chemin ! Cependant  la rancune s’était  installée au cœur de ses proches qui lui proposèrent quand même de faire descendre le feu du ciel sur les agresseurs.

Cette parabole ne serait-elle pas la leçon que donnerait Jésus à  ses propres amis à la suite de cet incident et ne s’adresserait aux juifs qu’après coup ? Ce serait donc ses amis qui seraient d’abord visés ici. En effet, une leçon porte mieux si on donne l’impression de s’adresser à d’autres qu’à ceux qui sont réellement concerné. Jésus a bien compris  quel sort il aurait eu lui-même s’il avait voyagé en solitaire, mais cela fait partie des aléas de la vie.  Il veut alors montrer que la générosité de cœur n’a pas de frontières  et que ce n’est pas le fait d’être étranger qui rend les hommes différents les uns des autres et qui établit des frontières entre eux. C’est pourquoi il met ici en scène un samaritain généreux, alors que lui et ses amis ont été victimes de samaritains hostiles.

Il n’y a aucune frontière qui délimite le territoire où se trouve notre prochain,  les frontières sont construites par les hommes et non par Dieu  et c’est elles qui  fabriquent les étrangers.  Les frontières sont  des séparations de nature humaine  établies par les hommes pour des raisons économiques et que Dieu n’a pas inventées. L’accès à Dieu n’a pas de frontière, et son amour pour les hommes  n’en a pas non plus et aucune frontière ne peut entrer en compte quand il s’agit de préserver la vie des autres.