mercredi 27 décembre 2017

Luc 2/22-40 Siméon qui es-tu? Dimanche 31 décembre 2017



Luc:
22 Et, quand les jours de leur purification furent accomplis selon la loi de Moïse, ils l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur — 23 suivant ce qui est écrit dans la loi du Seigneur : Tout mâle né le premier de sa mère sera consacré au Seigneur — 24 et pour offrir en sacrifice une paire de tourterelles ou deux jeunes colombes, selon ce qui est dit dans la loi du Seigneur.
25 Or il y avait à Jérusalem un homme du nom de Syméon. Cet homme était juste et pieux ; il attendait la consolation d’Israël, et l’Esprit saint était sur lui. 26 Il avait été divinement averti, par l’Esprit saint, qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ du Seigneur. 27 Il vint au temple, poussé par l’Esprit. Et, comme les parents apportaient l’enfant Jésus pour accomplir à son égard ce qui était en usage d’après la loi, 28 il le prit dans ses bras, bénit Dieu et dit :
29 Maintenant, Maître, tu laisses ton esclave
s’en aller en paix selon ta parole.
30 Car mes yeux ont vu ton salut,
31 celui que tu as préparé devant tous les peuples,
32 lumière pour la révélation aux nations
et gloire de ton peuple, Israël.
33 Son père et sa mère s’étonnaient de ce qu’on disait de lui. 34 Syméon les bénit et dit à Marie, sa mère : Celui-ci est là pour la chute et le relèvement de beaucoup en Israël, et comme un signe qui provoquera la contradiction 35— et, toi-même, une épée te transpercera — de sorte que soient révélés les raisonnements de beaucoup.

36 Il y avait aussi une prophétesse, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. Elle était très avancée en âge. Après avoir vécu sept ans avec son mari depuis sa virginité, 37 elle était restée veuve ; âgée de quatre-vingt-quatre ans, elle ne s’éloignait pas du temple et prenait part au culte, nuit et jour, par des jeûnes et des prières. 38 Elle aussi survint à ce moment même ; elle louait Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la rédemption de Jérusalem.
39 Lorsqu’ils eurent accompli tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville.
40  Or l’enfant grandissait et devenait fort ; il était rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.


Le temps des prophètes était achevé depuis longtemps au temps des événements relatés,  mais rien n’est jamais terminé quand il s’agit  de la révélation de Dieu. Venus du fin fond des âges  deux vieillards, d’une fidélité irréprochable,  prophètes inconnus jusqu’alors, s’avancent sur la cène de l’histoire pour saluer un temps nouveau.  A peine entrevus, ils retourneront dans l’oubli mais les paroles de Siméon’’ seront retenues  ici, comme un préambule à l’Évangile dont la première page n’est pas encore écrite.
 L’essentiel du message de Jésus est donné d’emblée ici par ce vieillard qui parle en prophète : « Cet enfant est là pour la chute et le relèvement de beaucoup en Israël et comme un signe qui provoquera la contradiction ». En une formule lapidaire il résume tout l’Évangile qui n’a pas encore été prononcé. Désormais, aucun homme ne pourra tomber sans que son redressement ne soit une priorité pour Dieu. Notre vie s’ouvre donc sur la promesse que Dieu mettra tout en œuvre pour nous sortir d’affaire en cas de chute. Mais les hommes répondront-ils à sa mobilisation?
On oublie bien souvent cet épisode qui passe presque inaperçu dans la Bible. Mais c’est parce que l’événement est discret qu’il faut insister dessus. En général c’est par des interventions qui ne sont visibles que par ceux qui en sont dépositaires que Dieu révèle aux hommes le sens qu’il veut donner au cours de l’histoire. C’est aux hommes ensuite à le mettre en œuvre. Siméon attendait, comme tous les juifs que Dieu intervienne dans l’histoire de son peuple. Il lui suffit d’une seule phrase pour que tout l’avenir s’éclaire d’un sens nouveau : « Il est là pour la chute et le redressement de beaucoup« . Cette phrase prononcée, Siméon peut quitter le monde des vivants.
Quand nous nous interrogeons sur le sens de notre vie et que nous nous demandons à quoi nous servons réellement, il nous suffit de nous souvenir que le destin de Siméon n’était certainement pas écrit à l’avance d’une manière claire et précise, mais il lui a suffit, au soir de sa vie, de dire une seule phrase pour que son existence prenne du sens. Nous avons tous un rôle à jouer dans ce monde, ne serait-ce que celui de prononcer une seule parole, encore faudra-t-il la prononcer au bon moment.
Siméon semble avoir dit les choses au bon moment : « Il est pour la chute et le redressement de beaucoup! » Ainsi Dieu promet-t-il d’agir de telle sorte que ceux qui sont tombés puissent se redresser, et entrevoir une planche de salut ! C’est tout un programme. La mise en œuvre de cette promesse provoquera une telle contestation dans le monde, que Marie, qui ici, comme souvent dans l’Évangile, représente peut-être  l’Église en sera déchirée jusqu’au plus profond d’elle-même. Les hommes préféreront se diviser  entre eux au risque de défigurer l’Église plutôt que de se mettre au service de l’Évangile, c’est à dire au redressement des plus faibles.
Les mots que Siméon vient de prononcer et qui constituent le tout premier élément de la vocation de Jésus ne sont pas nouveaux. La tradition biblique avait enseigné depuis toujours que Dieu se rangeait du côté de ceux qui sont tombés et qu’il prend toujours le parti des faibles contre les forts. C’est par ce constat qu’a commencé l’histoire d’Israël: celle d’un petit peuple d’esclaves libérés par Moïse. Mais pour qu’une telle  promesse se réalise, il faudra toujours qu’il y ait quelqu’un pour accomplir le travail de  libération.
Siméon et bien d’autres prophètes avant lui savaient que la volonté de Dieu était que chacun se  mette au service des plus humbles, mais que cette volonté resterait sans suite si personne ne mettait la main à la pâte. Les hommes  ont toujours eu du mal à considérer que tout devait commencer par là. Pour la première fois dans l’histoire du monde, un vieillard pressent que l’enfant qu’on lui présente porte en lui la capacité de renverser le cours de l’histoire en faveur des déshérités, car c’est par là que commence la nouveauté.
 Il sait cependant que tout cela ne se fera pas sans mal, c’est pourquoi, il parle de contradiction. Les désirs de Dieu correspondent rarement aux souhaits des hommes.  Le rôle de Jésus a été de les mettre en accord au péril de sa vie. Siméon comprend avant les autres que ce sera difficile, que les hommes se déchireront entre eux à cause de la dimension sociale et humanitaire que va prendre l’action visible de Dieu dans le monde des humains. L’amour de Dieu relayé par l’action des hommes se manifestera en premier lieu par le souci des humbles. C’est la vocation que Dieu donne à celui qui pour le moment n’est qu’un bébé et que les nations salueront plus tard sous le titre de Fils de Dieu.
C’est sur lui que se porteront les premiers coups, parce qu’on l’a accusé de mépriser le bien fondé des gens  au pouvoir et   de discréditer  le culte et la tradition, au profit de l’amour du prochain. N’est-ce pas encore aujourd’hui un sujet de discorde entre ceux qui donnent priorité aux œuvres et ceux qui croient que priorité doit être donnée au culte, alors que les deux doivent se confondre en une même action. Quand Jésus lui-même sera tombé, c’est Dieu qui le redressera, car l’action de Dieu s’imposera désormais comme un défit à la mort. Mais cela ne s’imposera pas sans mal.
 Si Siméon continue sa prophétie en disant à Marie qu’elle sera  divisée jusqu’au plus profond de son âme,  c’est parce que les hommes eux-mêmes préféreront se diviser entre eux, diviser leur héritage spirituel, diviser le corps de l’Eglise plutôt que  de répondre à cette vocation de charité qui doit  régénérer le monde en faisant de tous les hommes nos prochains, même ceux qui ne pensent pas comme nous.
Ceux qui ont vocation d’être redressés, qui sont-ils? Vous les connaissez  mieux que moi, car ils sont nos prochains. Ce  sont ceux qui près de chez-nous ont besoin de nous. Mais pour se mettre à leur service, encore faut-il que nous ayons expérimenté en nous-mêmes cette transformation que Jésus peut entreprendre. Il s’agit de nos propres expériences quand nous aussi avons éprouvé le besoin  d’être secourus dans nos difficultés. Je pense à ceux qui se sentent en désaccord avec eux-mêmes et à ceux qui  sont tiraillés entre les exigences du moment et celles de leur foi.  Je pense à ceux qui ne savent pas trouver le sens de leur vie et qui ne sont pas satisfaits du cours que prennent les choses dans leur existence. Je pense aussi  à ceux qui se fourvoient   parce qu’ils font semblant de croire qu’une vie réussie est une vie couronnée d’honneurs et de privilèges, et qui considèrent que la réussite sociale est un cadeau du ciel si non de Dieu! A tous,  Jésus promet de les aider à jeter un autre regard sur leur vie qui les transformera et les rendra aptes au service des autres.
C’est pour tous ceux-là aussi que Jésus, reçoit vocation d’intervenir dans la vie. Il est capable de mettre du baume sur les parties douloureuses et il ouvre devant les pas de chacun une perspective d’espérance. En ce temps de Noël, prenez donc le temps de laisser Jésus naître dans vos âmes, ouvrez-lui votre cœur pour qu’il s’en empare. Cela prend du temps, cela demande parfois du renoncement. Cela demande que l’on se remette à prier, même si on ne sait plus le  faire. Mais c’est à ce prix là que l’Évangile manifeste sa capacité de changer le monde.
C’est alors que le mystère de la prière prendra  toute sa signification et son efficacité. Elle permet de s’ouvrir au Seigneur pour qu’il prenne en charge nos chutes. C’est alors, que sans que nous nous en rendions compte il commence à transformer notre vie et à nous ressusciter. Ainsi s’ouvre devant nous le programme d’une vie nouvelle habitée par Jésus et joyeusement ouverte aux autres et à Dieu.

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