jeudi 21 juin 2018

Luc 1/58-80 Naissance de Jean Baptiste - dimanche 24 juin 2018


Luc 1/58-80

-->
   Construire l'avenir  -  dimanche  24 juin 2012
Luc 1:57-80
  -
57Le temps où Elisabeth devait accoucher arriva, et elle mit au monde un fils. 58Ses voisins et les gens de sa parenté apprirent que le Seigneur avait fait preuve envers elle d'une grande compassion, et ils se réjouirent avec elle.
59Le huitième jour, ils vinrent circoncire l'enfant, et ils allaient lui donner le nom de son père, Zacharie. 60Mais sa mère dit : Non, il sera appelé Jean. 61Ils lui dirent : Il n'y a dans ta parenté personne qui porte ce nom. 62Et ils faisaient des signes à son père pour savoir comment il voulait l'appeler. 63Zacharie demanda une tablette et il écrivit : Son nom est Jean. Et tous s'étonnèrent. 64A l'instant même, sa bouche s'ouvrit et sa langue se délia ; il se mit à parler et à bénir Dieu. 65Tous les habitants des alentours furent saisis de crainte et, dans toute la région montagneuse de la Judée, on discutait de tous ces événements.66Tous ceux qui en entendaient parler se mirent à réfléchir. Ils se demandaient : Que sera donc cet enfant ? Car la main du Seigneur était avec lui.
L'hymne de Zacharie
67Zacharie, son père, fut rempli d'Esprit saint et se mit à parler en prophète, en disant :
68Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël,
d'être intervenu en faveur de son peuple, d'avoir assuré sa rédemption
69et de nous avoir suscité une corne de salut
dans la maison de David, son serviteur,
70— comme il en a parlé par la bouche de ses saints prophètes d'autrefois —
71un salut qui nous délivre de nos ennemis et de tous ceux qui nous détestent.
72C'est ainsi qu'il montre sa compassion envers nos pères
et qu'il se souvient de son alliance sacrée,
73selon le serment qu'il a juré à Abraham, notre père ;
ainsi nous accorde-t-il,
74après avoir été délivrés des ennemis, de pouvoir sans crainte
lui rendre un culte
75dans la sainteté et la justice,
devant lui, tout au long de nos jours.
76Et toi, mon enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ;
car tu iras devant le Seigneur pour préparer ses chemins,
77pour donner à son peuple la connaissance du salut
par le pardon de ses péchés,
78grâce à la tendre compassion de notre Dieu.
C'est par elle que le soleil levant brillera sur nous d'en haut
79pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort
et pour diriger nos pas vers le chemin de la paix.
La jeunesse de Jean le Baptiseur
80Or l'enfant grandissait et devenait fort par l'Esprit. Il demeurait dans les déserts, jusqu'au jour où il se présenta devant Israël. 





Dans notre Eglise, comme dans beaucoup d’autres, des projets nouveaux se mettent en place. Ce fut d’abord, le projet d’union de notre Eglise avec l’Eglise Luthérienne pour créer, l’Eglise Unie  Depuis quelques temps, c’est le projet d’Eglise Verte qui interroge nos paroisses sur l’avenir de la planète, et qui les interpellent pour qu’elles s’ouvrent à des projets responsables qui permettraient d’envisager l’avenir plus sereinement. Ce projet œcuménique  a fait bouger les frontières entre les communautés chrétiennes.  Il y a fort à parier que ces mouvements de rapprochement vont très vite mettre en chantier de nouveaux  projets qui donneront un sang nouveau à nos vieilles assemblées fatiguées d’avoir trop longtemps vécues.

Bien entendu les critiques ne se font pas attendre pour dire que malgré tout, rien ne changera,  et que tous ces projets ne remplaceront pas l’affadissement spirituel que subissent la plupart des églises face aux mouvements de sécularisation du moment.

Regardons le texte qui nous est proposé aujourd’hui. Il nous aidera à réfléchir à la question  car il propose sans doute des  ouvertures aux questions que l’on se pose aujourd’hui. Certes ces deux vieillards impliqués dans une situation à laquelle ils ne s’attendaient  pas conçoivent la situation comme un cadeau de Dieu, mais savent-ils s’ils auront assez de forces pour l’assumer ? 

La première solution qui leur est proposée leur vient  du groupe de femmes qui entourent Elisabeth. Elles ont très vite enfermé l’enfant  dans la tradition séculaire  des prêtres. Il sera  prêtre  comme son Père, puisque c’est la tradition de sa famille. Il portera le même nom que lui, il apprendra un métier  pour vivre  et consacrera toute sa vie à l’œuvre de Dieu. Elles estiment  que  c’est le Seigneur  qui a voulu cette situation et c’est lui qui leur donnera la force de l’accomplir.

Pourtant, si le Seigneur est à l’origine  de cette situation,  il est à prévoir qu’il souhaite un autre projet. Il ne veut sans doute pas que cet enfant reste enfermé dans le courant de la tradition. Il faut qu’il entre dans un autre projet  qui s’inscrira dans un ordre nouveau. Et c’est ce qui se passera. Pour aller de l’avant, il faut accepter les défis que Dieu propose.

C’est ce genre de défi qui provoque   régulièrement les communautés de croyants quand elles arrivent à un tournent de leur histoire. Elles savent bien qu’elles ne peuvent nourrir l’espérance en répétant simplement les traditions du passé. Ce genre de question  devient pertinent quand  les mœurs et la société évoluent à grande vitesse comme c’est le cas en ce moment. Faut-il s’adapter, faut-il innover, faut-il inventer  pour rester fidèle  aux promesses de Dieu ?
A l’époque où se situait l’événement de la naissance de Jean Baptiste, on sentait monter des espérances nouvelles. On espérait  un Messie qui bouterait les Romains hors les murs et libérerait le peuple  des Hébreux. Mais une chape de plomb  s’était abattue sur la société. Tout mouvement de résistance était violemment réprimé. Il était impensable que les hommes puissent mener à bien une révolution quelconque. Toutes les tentatives avaient jusqu’alors lamentablement échouées. Seule une révolution menée par Dieu aurait une chance de réussir. Mais pour réussir, il fallait le soutien d’un peuple bien préparé, il fallait une dynamique bien rodée, il fallait croire que Dieu habitait déjà l’avenir, encore fallait-il lire correctement les projets de Dieu et écouter ce qu’il avait à dire.

Ceux qui ont des connaissances sur l’histoire du premier siècle de notre ère savent bien que l’avenir a été catastrophique  pour les habitants de la Judée. Des prophètes se sont levés, mais aucun n’était vraiment porteur  d’un projet de Dieu. Sans doute avait-on voulu faire de Dieu un chef de guerre et non un prince de paix. C’est pour cela qu’ils se sont  trompé sur toute la ligne qu’ils n’ont pas compris le message  porté  par Jean Baptiste ou Jésus. Personne n’a vraiment réalisé ce que signifiait la paix, le shalom voulu par Dieu. 

Avez-vous remarqué, en revenant à notre texte qu’il nous parle d’une parole prophétique  qui a été donnée ici  à un vieillard muet ? Il faut  y voir comme une provocation à l’égard  de ceux qui ne croient plus que la sagesse des anciens puisse éclairer l’avenir et que pour faire du nouveau il faut gommer le passé, car on  considère qu’il faut faire jeune pour avoir  raison. Ici la parole est donnée à un vieillard, mais  passage porte  en plus une autre provocation.  Le témoin  est muet !  Ainsi la parole qui nous est proposée aujourd’hui  est-elle portée, par un homme doublement incapable d’avoir une parole intelligible : trop vieux et muet, à nous de comprendre.

On aurait donc tendance, à considérer que le vieux Zacharie représente la tradition dépassée qui n’a plus rien à dire aux générations nouvelles, c’est pourquoi il serait devenu muet. Certains pourraient même dire, et on l’a dit, que l’Ancien Testament est dépassé, vive le nouveau !  Mais, ce serait aller trop vite en besogne.   Cela  peut aussi vouloir dire que les générations nouvelles ne sont plus  capables d’entendre  ce qui est porteur d’avenir dans les messages de la tradition. Le vieux prêtre, dont la fonction n’était pas de parler, mais de célébrer, parle de délivrance, de connaissance du salut et de chemin de paix. Voici en trois mots le résumé de la bénédiction qu’il prononce sur le petit enfant. Délivrance, Salut et Paix. Ces mots prennent alors une valeur prophétique et disent exactement ce que nous avons besoin d’entendre, c’est ce qui avait été dit jadis par les prophètes et ce que Jean Baptiste et Jésus ont dit après eux.  C’est cela qui motivera notre  construction de l’avenir.

Au cours des siècles, les hommes se sont avérés incapables de donner une valeur par eux-mêmes à ces trois notions.  Elles  ne peuvent se réaliser que si Dieu nous prête main-forte pour les mettre en œuvre. Dieu allume ainsi en  nous le désir  de vivre autrement et il   fait la promesse qu’on peut y arriver. Si on sait écouter la tradition de l’Ecriture  et qu’on ne fasse pas comme si Dieu était muet alors nous serons à bonne école pour construire l’avenir. Avec la promesse, Dieu nous donne aussi le moyen de la réaliser. 
L’Evangile consiste à croire que  l’amour de Dieu  nous invite  à  donner  priorité aux autres dans toutes nos actions.  Il nous invite à travailler dans ce monde pour le mieux-être de tous, à commencer par les plus faibles. C’est alors qu’un jour nouveau sans haine et sans violence est en train de se lever  sur la société  des hommes. 

C’est impossible  a-t-on dit jusqu’à ce jour ! Mais l’Esprit de Dieu est tenace  et nous demande de lui faire confiance pour que tout cela s’accomplisse pour ce temps nouveau qui commence.


mercredi 13 juin 2018

Matthieu 6/13 Ne nous laisse-pas tomber en tentation . Dmanche 17 juin 2018


Dans la plupart des paroisses on a parlé de la nouvelle traduction du Notre Père. Je dérogerai à la règle pour ce dimanche 17 juin  qui consiste à prendre le texte du jour et je vous proposerai une méditation sur le texte concerné:  la sixième demande du Notre Père la Tentation : 

C’est  donc de tentation que nous allons nous entretenir aujourd’hui, et à  peine avons-nous évoqué le thème de la tentation qui s’inscrit  à la fin du Notre Père, que celle-ci tente de nous saisir, car nous nous prêtons facilement à son charme. C’est sur  ce sujet, que nous sommes tentés d’avoir raison sur les autres dans les discussions que nous avons au sujet des propositions d’interprétation qui nous sont offertes par les instances religieuses qui espèrent réformer la traduction liturgique de la prière.  « Ne nous soumets pas à la tentation » disent les uns », mais les autres de répondre que  « Dieu ne tente personne », preuves scripturaires à l’appui. « Ne nous laisse pas tomber en tentation ou succomber à la tentation en proposent d’autres ». Mais s’agit-il vraiment de la tentation ? Ne s’agit-il pas de l’épreuve ? Le débat se prolonge indéfiniment et la tentation d’avoir raison de s’imposer à tous.

Chacun de croire que son interprétation ou son appréciation est la meilleure et que sa traduction est la plus fidèle. Chacun essaye de prendre le pas sur l’autre ! La tentation alors pointe toujours son nez car, l’enjeu du débat, n’est-il pas  de se valoriser soi-même au travers des arguments que l’on développe. En fait, qui sommes-nous pour avoir raison face à tous ces érudits qui depuis des siècles rivalisent entre eux pour nous donner le sens exact de cette demande ? Et moi-même ne suis-je pas tenté à mon tour d’user de mon privilège de prédicateur pour vous imposer ma manière de voir les choses et d’en tirer vanité ?

En fait, peu importe le mot, car derrière tout cela il s’agit de ne pas dévaloriser l’autre, celui avec qui on discute et contre qui on aimerait avoir raison. La tentation n’est-elle pas alors de supplanter l’autre quel qu’il soit en faveur de nous-mêmes, même si aucune agression ne s’exprime et que l’on garde son opinion pour soi ? Le défi de cette prière n’est-il pas d’être tenté de refuser à l’autre la place qui lui est due, c’est-à-dire une place qui lui concèderait une valeur supérieure à la nôtre ? N’est-ce pas là une proposition que l’on a du mal à accepter, même si elle nous vient de Paul qui prétend qu’il faut  considérer  l’autre  comme étend au-dessus de nous-mêmes. (Philippiens 2/3)

Voici que le tentateur est en train de frapper à notre porte et  qu’il emprunte mes propos pour mieux vous écraser sous ses gros sabots. Les sabots du tentateur ne sont bien évidemment qu’une image. Il  n’a pas de pieds pour y mettre des chaussures, ni des bras ni des mains, car il fait son apparition dans les Ecritures sous la forme d’un serpent. Les écrivains bibliques en ont fait un portrait particulièrement judicieux, il n’a aucune forme, il est visqueux et son un corps est insaisissable, mais il est capable de donner la mort à qui le défie. Il agit par la parole, privilège de Dieu derrière lequel il se cache et cherche à nous provoquer en se faisant passer pour lui. C’est ainsi qu’il agit sur nous pour nous conduire toujours dans la mauvaise direction au détriment de notre prochain. Car l’enjeu de la tentation est toujours la place que l’on réserve à l’autre.

Notre fidélité à Dieu va nous aider à ne pas profiter des autres pour  accaparer des avantages à leur détriment. C’est une telle conclusion que Jésus aspire à nous faire accepter c’est pourquoi il en fait la conclusion de la prière du Notre  Père, qui dès sa première ligne nous a invités à entrer dans l’univers de Dieu, où nous avons notre place et où tout est parfait. Il nous invite à dire « Notre Père qui est aux cieux », et d’emblée  nous le rejoignons  dans la plénitude de ce monde idéale où nous avons notre place avec lui et où nous l’imaginons avec ravissement. Ensuite, lentement, il nous entraîne à quitter ce monde divin et il nous  accompagne dans le nôtre où le pain quotidien, sous toutes ses formes fait partie de nos préoccupations journalières. La recherche du pain de chaque jour nous entraîne cependant, à utiliser les autres à notre profit et à profiter des avantages que nous pourrions retirer de leur présence. Inconsciemment  en les utilisant à notre profit, nous risquons de les offenser: « pardonne-nous nos offenses ». C’est  dans cette suite logique  de l’homme qui se cherche devant Dieu  que le tentateur  montre enfin le visage derrière lequel il se cachait. Il travaillait déjà en nous alors que nous n’étions pas conscients de profiter des autres  à leur insu.

Cet itinéraire de Dieu qui descend de son ciel jusqu’à l’homme pour constater ses mauvais comportements vis-à-vis de ses semblables et chercher à y remédier n’est pas nouveau. On le retrouve ailleurs dans la Bible car Dieu est toujours soucieux de nous rejoindre dans ce qui peut être corrigé au fond de nous. Un jour nous est-il raconté, Dieu descendit des hauteurs du ciel pour voir ce que les hommes trafiquaient sur terre. On nous laisse entendre qu’ils avaient entrepris une œuvre collective en construisant une ville et une tour pour assouvir leur esprit de domination et qu’une apparente harmonie régnait entre eux. Dieu prit ombrage de cette belle entente, envisagea les conséquences que tout cela pourrait avoir par la suite et pour  sauver l’avenir, confondit leurs langues pour rendre difficile toute collaboration entre eux.

La logique d’un tel récit ne s’installe pas cependant aussi facilement dans notre esprit. Notre première réaction est encore une tentation, elle consiste à culpabiliser Dieu en pensant par devers nous qu’il  est jaloux de la belle entreprise humaine, et qu’en intervenant, il réagit par dépit pour protéger sa souveraineté  et  qu’il se mêle de ce qui ne le regarde pas, car apparemment tout se passait bien avant qu’il intervienne. Partant de là,  nous avons tendance à penser qu’il y a sans doute du positif dans la domination des uns par les autres. La tentation  nous entraîne alors à croire que l’autoritarisme de Dieu interfère dans la liberté des hommes et trouble la bonne ordonnance du monde.

De telles pensées  modifient notre regard sur Dieu  au risque  de ne pas voir que la tentation nous guette de le rendre responsable de tout ce qui arrive. En particulier ce qui nous arrive de mal. Ceux qui tiennent de tels propos lui  reprochent  de déséquilibrer le monde  par le biais des religions qui se réclament de lui. On prétend alors que les religions sont à l’origine des dissensions entre les hommes et provoquent les guerres dans le monde.

  En fait la tentation est grande pour les peuples de se servir de Dieu, pour se croire choisis par lui et les religions le disent parfois. Ils éprouvent alors l’illusion de croire que leurs positions géographiques, les héritages de l’histoire,  les brillants intellectuels qui président aux destinées de leurs universités, leur donne le droit de mettre les autres sous leur dépendances. Ce serait même  de leur part un acte de considération à leur égard, voir même d’amour  parce qu’ils considéreraient que Dieu leur confie les autres pour les aider à évoluer.

 Mais ces arguments tiennent mal de nos jours et les philosophes ont  tôt fait de démontrer  que de tels principes ne justifient pas une influence quelconque de Dieu sur les hommes, si bien  que la tentation s’est faite de ne plus mêler Dieu aux problèmes des hommes et de ne plus croire en lui. Les professionnels de l’économie ont alors  inventé d’autres arguments pour justifier la domination des uns sur les autres, car c’est une tentation constante de l’humanité  que de toujours chercher à dominer ses voisins. C’est ce travers des hommes que Dieu dénonce quand il prête sa voix à Jésus  pour définir l’amour qu’il devrait y avoir entre les humains

Mais ce propos ne nous libère pas pour autant de la tentation  qui nous guette de faire jouer à Dieu un rôle que Jésus ne lui reconnaît pas et de le faire entrer dans une attitude qu’il récuse. C’est alors que nous sommes tenté de croire  que Dieu s’est fait homme pour partager avec lui son génie créateur et pour  organiser la planète  que Dieu lui aurait confiée.  Il se propose alors de l’organiser  de telle sorte  qu’il  élimine tout ce qui entrave sa propre domination sur les êtres, les choses  les animaux, et  les végétaux ainsi que les humains  qui ont la malchance d’occuper la mauvaise place. Ce faisant, il y a fort à penser qu’en s’en prenant à tout ce qui vit, les hommes se font les partenaires du mal et les adversaires de Dieu. «  Seigneur, délivre-nous du mal qui est en nous. »

mercredi 30 mai 2018



Marc 14 :12-26 Le cas Judas. dimanche 3 juin 2018, reprise du sermon  sur le même sujet de 2015

 





 Le premier jour des Pains sans levain, le jour où l'on sacrifiait la Pâque, ses disciples lui disent : Où veux-tu que nous allions te préparer le repas de la Pâque ? 13 Il envoie deux de ses disciples et leur dit : Allez à la ville ; un homme portant une cruche d'eau viendra à votre rencontre ; suivez-le, 14 et là où il entrera, dites au maître de maison : Le maître dit : Où est la salle où je mangerai la Pâque avec mes disciples ? 15 Il vous montrera une grande chambre à l'étage, aménagée et toute prête : c'est là que vous ferez pour nous les préparatifs. 16 Les disciples partirent, arrivèrent à la ville, trouvèrent les choses comme il leur avait dit et préparèrent la Pâque.

17 Le soir venu, il arrive avec les Douze. 18Pendant qu'ils étaient à table et qu'ils mangeaient, Jésus dit : Amen, je vous le dis, l'un de vous, qui mange avec moi, me livrera. 19 Attristés, ils se mirent à lui dire l'un après l'autre : Est-ce moi ? 20 Il leur répondit : C'est l'un des Douze, celui qui met avec moi la main dans le plat. 21 Le Fils de l'homme s'en va, selon ce qui est écrit de lui. Mais quel malheur pour cet homme par qui le Fils de l'homme est livré ! Mieux vaudrait pour cet homme ne pas être né.

22 Pendant qu'ils mangeaient, il prit du pain ; après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit et le leur donna en disant : Prenez ; c'est mon corps. 23 Il prit ensuite une coupe ; après avoir rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. 24 Il leur dit alors : C'est mon sang, le sang de l'alliance, qui est répandu pour une multitude. 25 Amen, je vous le dis, je ne boirai plus du produit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu.

26 Après avoir chanté, ils sortirent vers le mont des Oliviers. 27Jésus leur dit : Il y aura pour vous tous une cause de chute, car il est écrit :

Je frapperai le berger, 





Le personnage de Judas : Une énigme policière non résolue Marc 14 :17-21


Le personnage de Judas est fascinant, non pas tellement à cause de ce que l’on a écrit à son sujet, mais à cause des questions qu’il nous pose sur  les autres apôtres et surtout sur Jésus lui-même. Depuis toujours il a été confiné dans la peau du traître avec toutes les variantes qu’on a pu y apporter.


Au cours des siècles cependant son personnage s’est humanisé. On a même écrit que s’il a trahi Jésus en échange d’une somme d’argent c’est pour soigner sa femme malade.  Il aurait livré Jésus pour lui forcer la main à se déclarer comme le Messie d’Israël. Son erreur l’aurait alors amené à se suicider  par désespoir. «L’Evangile de Judas », apocryphe récemment révélé au grand public le range parmi les héros, et le considère comme  l’inspirateur  de Jésus. N. Kazantzakis en a fait  son compagnon le plus fidèle et le plus sûr.

Les Evangiles ne sont pas toujours d’accord à son sujet. Ainsi l’Évangile de Jean l’accuse sans preuve d’être un fourbe et un voleur  et, par voie de conséquence fait  passer Jésus pour un  naïf qui lui aurait confié la bourse du groupe. Lors de l’onction de Béthanie, Matthieu ne partage pas le jugement de l’évangéliste Jean      ( Mt 26/8). Sans doute aucun des apôtres ne se doutait  du projet en cours de livrer Jésus. Jésus-lui-même s’en doutait-il ?  Quand il envoie Judas faire ce qu’il doit faire, ( Jn/ 13) tous pensent qu’il va faire une aumône et non pas le trahir. Or Jésus l’a désigné comme le  traître en lui donnant le morceau de pain,  (Jn 13/27) mais aucun ne se saisit de son arme pour lui barrer la route car selon l’inventaire de Luc, ils étaient armés et aucun n’avait discerné ce qui se tramait. (Lc, 22/38). Y a-t-il eu  prescience de Jésus dans sa recommandation  à Judas ou complicité de Jésus avec  lui ? De la réponse à cette question  va dépendre  toute notre  manière de concevoir le personnage de Jésus.


Selon les sentiments que l’on éprouve pour Judas  ou selon les lectures que l’on a pu faire à son sujet, le regard que nous allons porter sur Jésus sera sans doute différent.  La  version classique du récit, telle que nous la retenons habituellement est inacceptable bien que conforme  aux évangiles. Si Jésus n’avait pas l’intention d’être arrêté, pourquoi a-t-il laissé sortir le traître en sachant ses intentions ? A supposer qu’il ait saisit l’occasion pour se laisser arrêter et condamner à mort, si tel était son projet, pourquoi a-t-il laissé Judas encourir les feux de l’enfer ? Si Dieu l’avait prédestiné à cette action, l’argument enlèverait  toute crédibilité à la théologie de  la  grâce.

Le seul argument qui tienne vraiment semble être celui qui suppose une   connivence entre Jésus et Judas. Jésus aurait eu besoin d’un homme sûr pour l’aider à réaliser  le projet de le livrer aux autorités et être mis à mort dans le contexte de la Pâques.  Le défi relevé par Judas aurait été non pas d’encourir la damnation éternelle mais la malédiction que la tradition fera peser à tout jamais sur lui. Judas ne se serait pas suicidé pour se repentir, mais se serait suicidé à cause du rejet des autres qui  saliront sa personne pour l’enfermer dans le rôle ignoble  où l’a tenu  la tradition.

Si Jésus avait une telle confiance en lui, c’est que Judas était le plus solide et le plus fidèle de ses  disciples. Il était  plus à même de tenir le rôle que les évangiles accordent à Pierre qui lui aussi a trahi. Si Judas  n’est pas un traître, c’est le collège des apôtres qui prend une autre composition.  A-t-il été évincé au profit de Pierre par ceux qui après sa mort  ont chargé son personnage ? S’il ne s’est pas suicidé en se pendant (Mt 27/3-10) est-il tombé sous les coups d’un mystérieux assassin qui l’aurait tué à la manière des sicaires  à partir d’un coup de poignard caché sous son manteau ?( Ac. 1 /18-20) Et pourquoi ?  Encore une énigme policière non résolue !

Malgré tout on voit bien que si le récit traditionnel n’est pas satisfaisant, celui de la complicité avec Jésus ne l’est pas davantage. Efforçons nous maintenant de quitter le rôle d’enquêteur de police pour reprendre notre rôle de théologien et efforçons-nous d’ approfondir le personnage à partir de ce qu’en disent les textes, et avec un peu d’attention nous allons découvrir d’autres énigmes qui ne sont pas moins surprenantes que les précédentes. (1)

Le premier constat c’est que les quatre évangélistes  expriment un avis  essentiellement négatif sur l’homme. Tout se passe comme s’ils s’étaient tous mis d’accord pour le charger de tous les péchés possibles. Il serait avare, cupide, attaché à l’argent et finalement  traître. Il est présenté sous les traits  d’un personnage dont on se demande pourquoi Jésus l’a pris dans son entourage. Il est en plus affublé du même nom,  à peu de choses près, que cet autre Juda, fils de Jacob qui se proposa de vendre son frère Joseph contre une somme d’argent.( Genèse 37)


On peut alors se demander, comme le font si souvent les Evangélistes qui ont recours à la tradition vétérotestamentaire pour expliquer les choses, si  Judas  n’est pas  un personnage fictif inspiré par ce fils de Jacob.  A partir de ce personnage, les narrateurs des évangiles auraient campé un individu irréel sur lequel on pouvait faire peser le poids de toutes les trahisons possibles, et en particulier celles de ses apôtres eux-mêmes. Judas rassemblerait sur lui, tous les manques de discernements et toutes les erreurs commises par les proches de Jésus sans qu’aucune culpabilité ne puisse être retenue contre eux.

Si psychologiquement  l’explication d’avoir créé un personnage chargé de tous  les torts tient la route.  Il y a bien entendu d’autres arguments qui plaident  en faveur de cette thèse. Le premier c’est qu’on ne sait pas comment il est mort et qu’on lui a inventé deux morts que l’on a du mal à harmoniser : crime ou suicide ?  Nous trouverons un autre argument chez Paul qui, par ses écrits est le plus ancien écrivain  du Nouveau Testament et qui ne retient pas le nom de Judas quand il rappelle qu’au moment de la cène, Jésus fut livré ( 1 Cor 11).

Personnage énigmatique, Judas nous aide à assumer nos propres contradictions d’autant plus aisément qu’il serait le produit de l’invention de la tradition qui l’aurait suscité pour le faire apparaitre  deux générations après l’événement ( date de la rédaction des évangiles)  et ainsi  sauver la réputation des  apôtres, déjà morts  qui auraient peut-être pu avoir joué un rôle ambigu dans les événements qui ont conduit Jésus à la mort.

Cette approche détruit à tout jamais l’explication insupportable selon laquelle Judas aurait été le fils de perdition,  prédestiné à entrer dans ce rôle de traître et condamné de toute éternité à la damnation éternelle. Cette dernière explication est-elle la bonne ? Nul ne le sait, mais elle permet à chacun d’accepter le pardon  qui lui est offert  sans se demander si le pardon est possible pour tous.



 . Voir: Jésus pour le XXI e siècle de John Shelby  Spong  édition Karthala page  61

mardi 15 mai 2018

Jean 15/26-27 et Jean 16/12-15 20 mai 2018 Pentecôte 2018



Jean 15 :26« Celui qui doit vous venir en aide viendra : c'est l'Esprit de vérité qui vient du Père. Je vous l'enverrai de la part du Père et il me rendra témoignage. 27Et vous aussi, vous me rendrez témoignage, parce que vous avez été avec moi depuis le commencement. 
Jean 16 :12« J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pourriez pas les supporter maintenant. 13Quand viendra l'Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité. Il ne parlera pas en son propre nom, mais il dira tout ce qu'il aura entendu et vous annoncera ce qui doit arriver. 14Il révélera ma gloire, car il recevra de ce qui est à moi et vous l'annoncera. 15Tout ce que le Père possède est aussi à moi. C'est pourquoi j'ai dit que l'Esprit recevra de ce qui est à moi et vous l'annoncera. »



« Je suis maître de moi, comme de l’univers, je le suis, je veux l’être » disait  l’empereur Auguste sous la plume de Pierre Corneille dans Cinna. De tels vers ont accompagné  la jeunesse des plus anciens parmi nous, à l époque où on apprenait par cœur les vers célèbres de la poésie classique. A force de les réciter sans faute sous peine de recevoir de mauvaises notes, les jeunes élèves ont été imprégnés d’une philosophie qui a sans doute  durablement marqué leur vie. Ils ont été ainsi préparés à ouvrir leur existence à un avenir glorieux, tel que semblait l’annoncer le théâtre classique.

C’était l’époque des trente glorieuses a-t-on dit,  la prospérité caressait l’avenir d’un monde moderne après  de longues années de troubles et d’agitation. Les guerres coloniales s’apaisaient et  la tourmente de la dernière guerre mondiale était oubliée. L’homme civilisé partait  à la conquête d’un avenir heureux et prospère. A quoi bon alors s’encombrer de problèmes spirituels puisque la  science et la technique devaient  maîtriser toutes les difficultés qui auraient pu surgir. Dieu avait-il encore sa place dans un univers que l’intelligence humaine devait désormais maîtriser ?  On  envisageait  la conquête des  astres après avoir pour la première fois mis les pieds sur la lune.

Aveuglé par sa réussite dont il trouvait les origines dans la littérature, l’homme moderne prenait lentement la place de Dieu. Une telle attitude relève bien évidemment de la tentation de l’homme qui ne trouve aucune limite à son ambition quand tout va bien, mais  quand les choses se mettent à mal tourner, c’est une autre histoire ! Naturellement cette euphorie n’a pas durée, mais la foi en Dieu est-elle revenue ?

On ne se  retourne pas tout naturellement vers Dieu,  quand on l’a abandonné. Quand  les événements se retournent contre nous, on se replie plutôt sur soi-même en se culpabilisant, comme si on avait mal agi et que la cause de notre échec était liée à une erreur  d’appréciation. Il ne s’agit pas de remettre en cause l’intelligence de l’homme, c’est son comportement qui l’est  et qui a déséquilibré tout le système pense-ton. Ce n’est pas faux !

Mais si on se culpabilise en s'accusant de ce qui ne va pas, on croit aussi trouver la réponse dans le mauvais comportement des autres. On considère que la cause de notre désenchantement est dans la perte de notre confiance  dans les hommes  qui avaient pour charge la responsabilité de gérer les nations. On se retourne contre ceux qui avaient le pouvoir et qui tenaient  en main l’avenir de notre société. Les groupes humains s’accusent  alors  mutuellement d’être la cause du dysfonctionnement général.

C’est à nouveau  dans la littérature que l’on trouve l’illustration de ce phénomène. Jean de La Fontaine nous raconte dans « les animaux malades de la pestes »  le désarroi du petit peuple des animaux  en proie à une épidémie et qui croit trouver son salut en sacrifiant un pauvre âne qui avait brouté quelques brins d’herbe dans le champ d’un autre.
 
C’est maintenant que nous rejoint le texte de l’Évangile :       « Quand sera venu l’Esprit de vérité, dit Jésus, il vous conduira dans toute la vérité ».  Un peu plus haut dans l’Évangile on nous décrit l’Esprit saint comme étant un          « consolateur » ou mieux, comme un « avocat ». Jésus n’a pas besoin d’emprunter  ce long détour  par la littérature classique, comme je l’ai fait, pour pointer du doigt les causes  de notre désenchantement. Jésus sait fort bien notre propension à nous défausser sur les autres des erreurs  entraînées par  nos mauvais  comportements. Depuis Abel assassiné par son frère qui l'accusait d' avoir accaparé les faveurs de Dieu, les accusations n’ont fait que se répéter au cours des siècles. Dieu sait nos penchants à l’esquive, c’est pourquoi il  nous  montre qu’on ne peut pas s’en sortir sans son aide.

Un avocat nous est promis pour arranger les choses. On comprend tout naturellement que les hommes  s’étant écartés de Dieu pour mener leurs affaires à leur guise ont besoin d’un avocat pour se réconcilier avec lui. Si on a mis Dieu à l’écart,  il est nécessaire  qu’on nous aide à retrouver un chemin d’entente avec lui. En fait il n’en est rien. Avant de se réconcilier avec Dieu, il faut avant tout se réconcilier avec les hommes, car si nous   accusons  certains d’avoir rompu l’équilibre qui nous menait à la prospérité, il faut aussi se réconcilier avec ceux qui nous accusent à notre tour d’avoir contribué à ce même déséquilibre. Cette double accusation est incompatible avec une bonne entente avec Dieu.  C’est pourquoi il s’en mêle.

Mais si Dieu s’en mêle, son action n’est pas forcément visible immédiatement. Il ne cherche pas à faire de miracle en s’immisçant dans nos affaires. Il ne cherche pas à   négocier notre retour vers lui  en échange d’un progrès technique retrouvé. Si Dieu intervient, c’est en secret, dans l’intimité de chacun de  nous. Il nous demande de faire une démarche vers lui. Si Dieu nous donne rendez-vous au fond de notre  cœur où il nous attend, il désire cependant que nous fassions un pas vers lui.

Certes, il arrive à tout un chacun de faire une pause dans sa vie et de réfléchir à tout ce qui se passe en lui et autour de lui. Ce moment est perçu par Dieu comme un moment favorable à une rencontre avec lui. Mais ce n'est pas pour autant que le dialogue s'installe entre lui et nous. Il nécessite un effort sur nous-mêmes pour repenser notre vie en sa présence, car Dieu est porteur de vie.  


 A son contact nous devons nous laisser saisir par un dynamisme qui nous vient de lui et qui pourrait provoquer en nous des sentiments qui nous désorientent. Nous ressentons à la fois le poids de nos fautes et la chaleur du pardon. Nous sentons aussi la colère monter dans notre fort intérieur contre les autres et contre  nous-mêmes et en même temps nous ressentons une paix immense et une sérénité qui s’installent  en nous. Ce bouleversement radical  remet en cause notre manière de penser et notre relation aux autres. C'est ainsi que  le saint Esprit  se manifeste en  nous. La suite dépend de nous.

Ce ne sera  peut être qu’une bonne expérience spirituelle, en attendant la suivante, et cela n’aura pas changé les choses   en profondeur dans notre sentiment vis-à-vis de Dieu.  Il  est  à parier que Dieu souhaitait autre chose de notre part car  il a tout fait  pour que nous entamions un vrai dialogue avec lui. Si c'est lui qui a  provoqué cette émotion,   il attendait une suite qui ne dépend plus que de nous. C’est alors que la relation qui  pourrait s'établir avec lui  devrait transfigure notre existence  et nous permettre de voir l'avenir autrement. Ce dialogue  qui s'est établit avec Dieu se fait désormais dans la durée et provoque en nous un bouleversements  radical dans notre vision des choses.  Chacune, des actions que nous entreprenons  se fera désormais sous couvert  de  dialogue avec l’Esprit, qui  blotti au fond de nous-mêmes,nous aide à voir les choses du même regard que Dieu . Ce faisant nous devenons des  êtres  nouveaux, disponibles pour agir  sur des routes nouvelles.

Quiconque se laisse interpeler par Dieu et accepte le dialogue avec lui risque de se sentir investi par lui  et peut se  sentir  appelé pour faire des choses qu’il ne soupçonnait même pas. C’est ainsi que le Saint esprit agit en nous.