jeudi 23 mai 2019

Jean 14/23-29 accueillir le Saint Esprit en nous dimanche 26 mai 2019


Jean 14/23-29 Jésus répondit : Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera ; nous viendrons à lui et nous ferons notre demeure auprès de lui. 24 Celui qui ne m'aime pas ne garde pas mes paroles. Et la parole que vous entendez n'est pas la mienne, mais celle du Père qui m'a envoyé. 



25 Je vous ai parlé ainsi pendant que je demeurais auprès de vous. 26 Mais c'est le Consolateur, l'Esprit saint que le Père enverra en mon nom, qui vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que, moi, je vous ai dit. 



27Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Moi, je ne vous donne pas comme le monde donne. Que votre cœur ne se trouble pas et ne cède pas à la lâcheté ! 28 Vous avez entendu que, moi, je vous ai dit : Je m'en vais et je viens à vous. Si vous m'aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais vers le Père, car le Père est plus grand que moi. 29 Je vous ai dit ces choses maintenant, avant qu'elles n'arrivent, pour que, lorsqu'elles arriveront, vous croyiez.





Que celui qui est triste et se sent abandonné, qui vit dans ce monde comme un prisonnier dans des jardins secrets où la vie l’a enfermé, verrouillé à l’écart des hommes par des éléments de vie qui le tiennent  cloitrés ne se désespère pas. Dieu est au courant de sa situation et lui envoie son Esprit afin que tout soit mis en œuvre pour qu’il se sente libre à nouveau. Encore, faut-il qu’il y mette du sien.



Il n’y a pas de  honte à avoir des états d’âme, il n’y a pas de honte non plus à éprouver le besoin de sentir une présence à ses côtés, il n’y a pas de honte à sentir un cœur d’enfant battre dans sa poitrine d’adulte. Il n’y a pas de honte non plus à savoir que nous sommes des hommes et des femmes faits de chairs et de sentiments. Les épreuves du temps nous ont appris à nous blinder et à nous protéger à l’aide d’un masque que nous sauvegardons au mieux pour ne pas laisser transparaître la réalité secrète de notre personnalité. Derrière  les murs de l’apparence, nous gardons des secrets qui altèrent le cours de notre vie. 



Dieu se propose de forcer la porte des jardins secrets de notre histoire personnelle. Il se propose par sa présence  de produire en nous un effet bénéfique, de provoquer une sérénité nouvelle dont les effets sont inhabituels. «Je me tiens à ta porte et je frappe » dit le Seigneur et pour qu’il entre chez nous il a besoin qu’on lui ouvre la porte. C’est à cette démarche que, sur l’injonction de Jésus je vous propose de  faire ce matin. La porte ouverte, Dieu s’approche et nous offre les services de Consolation dont nous avons tant besoin.



Il n’est sans doute pas difficile d’ouvrir une porte dont on détient la clé, mais pourtant à force de rester dans le secret, les mécanismes ont fini par se rouiller et  la serrure s’est complètement bloquée tant il est difficile de s’ouvrir, même à Dieu, et surtout à Dieu  dirai-je, tant  nous redoutons son  regard sévère et son  jugement. Cinq siècles de Réforme ne nous ont toujours pas libérés de cet aspect redoutable  dont les siècles antérieurs ont revêtu Dieu. Sa proximité fait encore peser sur nos consciences un sentiment de culpabilité dont nous avons du mal à nous sentir libérés.



Pour rétablir des chances  de dialogue avec lui, Dieu se propose de faire une démarche nouvelle en notre faveur, il irradie  vers nous un supplément de sa puissance divine qui nous est présentée ici comme le « Consolateur ». En lui,  nous reconnaissons l’action du Saint Esprit que le texte de l’Évangile de Jean appelle le « Paraclet »



Nous avons déjà, bien entendu, repéré l’œuvre du  Saint Esprit, mais avons-nous réellement constaté son action en nous  et autour de nous? C’est par son action, selon les Ecritures que Dieu  est intervenu, à l’origine des temps pour créer  le monde. Il y est présenté comme la puissance créatrice de Dieu et il est sensé présider à la destinée du monde. Il  a  exploré l’immensité du chaos avant de l’organiser. Et les Ecritures déclarent que tout ce qu'il a fait était bon. Il n’y a pas de raison pour que cela s’arrête.  Il a permis à Abraham de parler  cœur à cœur avec Dieu. Il a parlé par les prophètes,  il est descendu sur Marie et s’est posé sur la poitrine du Messie. Il est enfin venu sur les apôtres le jour de la Pentecôte. Il continue son action en  provoquant le dynamisme de l’Église, il la rend active et missionnaire et la conforte dans sa fidélité. Nous le voyons  ainsi à  l’œuvre dans le monde  et  sur certains hommes remarquables, et bien souvent cela nous suffit. Mais pour Jésus, ça ne suffit pas, c’est pourquoi il attire ici notre attention. Il nous demande de considérer que le rôle  du Saint Esprit ne s’arrête pas là. Il a pour mission d’établir un lien particulier entre Dieu et chacun de nous. Dans ce rôle-là Jésus lui donne le titre de Consolateur, de « Paraclet ».



Le Paraclet, ou le Consolateur, c’est donc ce supplément d’Esprit que Dieu nous envoie pour nous convaincre de l’efficacité de l’œuvre de Jésus Christ en  nous. C’est grâce à lui que nous croyons  que Jésus Christ nous a réconciliés  ( mis en harmonie) avec Dieu. Il nous a révélé l’immense amour de son Père pour  chacun de nous  et pour le monde aussi. Nous savons que par sa mort il a vaincu notre mort. Mais ces arguments intellectuels, s’ils sont nécessaires à notre compréhension des choses ne remplacent pas notre conviction intérieure. C’est pour accomplir cette fonction que le Seigneur envoie sur nous ce supplément de son Esprit. C’est par lui que tous les acquis de la foi en Christ deviennent certitude et nous transforment en profondeur.



Il nous faut donc être prêts à accueillir le « Consolateur » en nous. Il nous faut prendre du temps pour travailler sur nous-mêmes par la méditation et la prière. C’est ainsi qu’il aura la possibilité de pénétrer en nous et  de faire sa demeure en nous.  Naturellement, quelques-uns parmi-vous vont considérer que je fais peu de cas de la grâce en évoquant cette nécessité de travailler sur nous et de faire des efforts sur nous-mêmes. Ils vont penser  que je renvoie la grâce au rayon des accessoires inutiles en préconisant d’une manière subtile le retour au salut par les œuvres.



Qu’on ne se méprenne pas. Le salut nous est acquis par grâce, nous n’y avons aucun mérite. Dieu, par une décision dont le secret n’appartient qu’à lui a décidé de ne pas tenir compte de nos péchés avoués ou pas et de nous ouvrir tout grands ses bras de Père. Cela n’est nullement remis en cause. Ce que je dis simplement, c’est que pour prendre conscience de cette grâce et de l’immense privilège qu’elle révèle et  pour vivre pleinement du bonheur de se sentir sauvés, il nous faut accueillir ce supplément d’Esprit que Dieu nous donne. 



 Pour  l’accueillir, il faut s’y  préparer. Pour s’y préparer il faut  en faire l’effort. Il faut d’abord désirer qu’il s’installe en nous pour participer à notre vie intérieure. Il se comporte  alors comme un baume bienfaisant qui oriente toutes nos pensées  pour qu’elles se mettent en harmonie avec celles du Père. C’est alors que les consolations que nous espérons pourront se produire. Un supplément de vie prendra  alors place en nous pour alimenter nos désirs car nous avons besoin que nos frustrations soient prises en compte, qu’elles soient dépassées et qu’elles ne  fassent plus frein à toutes nos entreprises.



Si on cherche l’étymologie du mot « Paraclet » que l’on traduit par « consolateur » mais aussi par défenseur ou avocat, nous découvrons en nous appuyant sur son sens en  hébreu qu’il vaudrait mieux traduire par « supplément de vie ».  Vous avez sans doute remarqué que c’est sur ce sens particulier que je me suis appuyé tout au cours de mon propos.  Si toutes les fois que vous lisez dans la Bible le mot « consoler », vous le remplacez par l’expression « donner un supplément de souffle » vous verrez alors quel dynamisme il y a dans ce mot.



Le supplément de souffle se comporte comme une bouffée d’oxygène que l’on ferait respirer au malade pour le ranimer. Nous sommes des êtres en manque de souffle, et Dieu nous envoie gracieusement et généreusement ce souffle qui vient de lui. Il nous appartient maintenant d’utiliser ce supplément d’énergie pour surmonter ce qui entrave nos désirs, c’est ainsi que nous verrons se cicatriser nos plaies intérieures. Ce supplément d’énergie nous permet de sublimer nos frustrations et de nous projeter sereinement dans l’avenir.



Je crois qu’aujourd’hui en 2019 nous ne prenons pas assez le temps de nous laisser habiter par ce supplément d’esprit. Nous sommes avides de connaissances, nous prenons du temps pour nous cultiver, ou pour nous divertir, mais nous ne prenons pas assez de temps pour reprendre souffle comme le coureur sur le bord de la piste. Nous ne prenons pas le temps de  descendre en nous-mêmes pour y saluer Dieu  qui habite déjà en nous et qui nous attend patiemment. C’est alors que nous pourrons  lui dire notre amour et nos inquiétudes. Nous devons nous ouvrir sans crainte à notre Dieu et il fera le reste. C’est en agissant ainsi que nous faciliterons l’accès   en nous au Saint esprit.  Prenez le temps de vous laisser bercer et cajoler par votre Dieu qui ne demande que cela. En acceptant cela vous découvrirez qu’il vous en donne encore  bien davantage.


mardi 7 mai 2019

Jean 10/27-30 L'harmonie necessaire avec Dieu dimanche 12 mai 2019


Jean 10/27-30 

27 Mes moutons entendent ma voix. Moi, je les connais, et ils me suivent. 28 Et moi, je leur donne la vie éternelle ; ils ne se perdront jamais, et personne ne les arrachera de ma main. 29 Ce que mon Père m'a donné est plus grand que tout — et personne ne peut l'arracher de la main du Père. 30 Moi et le Père, nous sommes un. 


(J'ai publié ce sermon en avril 2013 et je ne trouve rien à y modifier, si non que l'équilibre du monde s'est un peu plus fracturé et que l'harmonie avec Dieu est encore plus nécessaire)




Depuis l’école primaire notre esprit est habité par l’image d’un agneau qui se désaltérait dans le courant d’une onde pure. Il avait l’innocence de l’enfant  qui tète encore sa mère et n’avait aucune raison de subir l’arrogance d’un loup que la faim avait attiré en ces lieux. La morale de l’histoire est désolante. Pourtant combien de bambins n’ont-ils pas été contraints d’apprendre par cœur cette histoire lamentable au risque de voir leur inconscient déformé à tout jamais par l’affirmation selon laquelle la raison du plus fort est toujours la meilleure. Cette fable mémorisée par tant d'enfants n’a-t-elle pas contribué à conforter les plus vaillants dans leur bon droit, sans parler de l’effet néfaste qu’elle a pu avoir sur les plus vulnérables.

En dépit de cette histoire, si les agneaux contribuent encore à attendrir les humains, c’est qu’ils sont mignons, par contre ce même Monsieur de La Fontaine classe les moutons et autres espèces parmi les animaux stupides, et cette idée reste profondément ancrée dans l’opinion.

Il faudra alors qu’un petit prince descende de ses nuages pour remettre le mouton à sa place. Il éprouve de la sollicitude pour ce petit animal. Il s’inquiète à son sujet, parce qu’il pourrait bien manger sa fleur. Par le truchement d’Antoine de Saint Exupéry, voilà enfin le mouton redevenu un animal fréquentable. Il est même le sujet d’un entretien philosophique entre l’enfant et l’aviateur perdu dans les sables. Nous sommes inévitablement gagnés par la logique de l’enfant. Nous sommes alors  surpris que l’aviateur tourmenté par son problème de survie ne partage pas davantage le soucis du petit prince inquiet du sort de son mouton.

Jésus aurait sans doute trouvé beaucoup de saveur dans cette histoire, parce que lui aussi s’est intéressé au sort des brebis, perdues dans le désert ou menacées par les voleurs. Il a même consacré tout le chapitre 10 de l’Evangile de Jean  à nous parler de son souci à propos du sort des moutons. Le sermon d’aujourd’hui va s’appuyer sur un tout petit passage de ce long chapitre pour se demander pourquoi et comment Jésus leur promet une part de son éternité.  Sans doute, comme le petit Prince, Jésus se montrerait-il plus sensible au problème du mouton qu’à celui du  pilote  absorbé,  par ses ennuis de moteur. Vue par un enfant la situation prend une autre tournure, car il  est plus important pour lui de savoir dessiner un mouton que de réussir à démarrer un moteur en plein désert !

Sans doute  les contemporains de Jésus ont-ils eu, eux aussi beaucoup de mal à le suivre dans ses élucubrations au sujet des moutons. Jésus  ne voyait  pas le profit économique que l’on pouvait  retirer de ces animaux. Il n’envisageait  pas le profit que l’on pouvait  retirer des moutons, grâce aux sacrifices du temple. Il ne voyait pas en eux des bêtes de boucherie, il ne cherchait pas à leur tondre la laine sur le dos, ni à les traire en vue de faire du fromage. Mais à quoi lui servaient-ils ?

-  A rien !

Les brebis dans ce récit n’ont aucune utilité. Le berger à qui Jésus s’identifie, n’a qu’un but c’est celui de les faire paître dans des près d’herbe tendre. Son seul souci, c’est celui de leur assurer le plus de confort possible. Jésus nous transporte donc dans un univers étrange, celui de la gratuité. Le berger s’active sans aucune rentabilité, et les brebis en s’engraissant n’ont aucune autre fonction, si non celle  de faire la joie de  leur berger.

Bien évidemment  nous sommes invités à nous retrouver dans le rôle des brebis.  Mais si les brebis n’ont pas de rôle à jouer, qu’en est-il de nous ? Avons-nous un rôle à jouer, et quel est le but recherché par Dieu en nous accordant la vie éternelle ? Aucun, si non son plaisir. Notre fonction sur cette terre serait donc de  remplir Dieu de bonheur. Nous sommes donc transportés aux antipodes de ce que notre société nous propose aujourd’hui quand  elle nous  explique qu’il n’y a pas d’avenir sans rentabilité et que la rentabilité ne peut  s’obtenir sans l’efficacité. Aux yeux de Dieu la réalité du monde se conjugue en d’autres termes et Jésus privilégierait volontiers les mots d’amour et de partage à ceux de rentabilité et d’efficacité.

Apparemment Jésus n’appartient pas à la même planète que ceux qui nous dirigent, il est comme le petit prince plus soucieux de la survie d’une fleur, d’un mouton ou d’un renard,  que du bon fonctionnement d’un moteur d’avion. Ici se pose vraiment le problème que nous pose l'actualité d'aujourd'hui.

Bien évidemment il ne faut pas être naïfs, nous devons quand même  revenir dans notre société, car notre vie ne se déroule pas dans le rêve mais dans la réalité. Notre vie sur terre ne peut se résumer à cultiver un farniente  inutile qui finirait par être tout à fait ennuyeux. Mais ce n’est pas non plus ce que Jésus veut nous dire. Il veut simplement nous rappeler que  le but de notre vie c’est  en priorité de faire plaisir à Dieu.  Dieu, quand à lui, se réjouit quand les choses vont bien, il se réjouit quand  la terre tourne correctement sur son axe et que les choses se passent parmi les hommes comme il le souhaite, quand tous sont correctement nourris et quand les malades sont soignés, et que les guerres se terminent par une paix durable.  Pour cela il faut que le respect de l’autre, l’amour du prochain, le partage des biens, la paix et la justice sociale soient au centre de nos  activités et de nos soucis. Quand tout cela est respecté, les rouages du monde sont bien huilés, et Dieu est satisfait. Tout cela n’exclut  pas la rentabilité ni l’efficacité dont nous parlions tout à l’heure, mais ce n’est pas elles qui doivent avoir priorité sur nos actions.

J’arrête ici ces propos, parce qu’ils ne convainquent personne. Utopie, diront les économistes. « Ça ne pourra jamais marcher » diront les politiciens. « Ce n’est qu’un ramassis de rêveries » affirmeront les philosophes qu’une telle simplicité rebute. Pourtant ces idées que l’on vient de formuler ne sont pas nouvelles, ce sont celles de Jésus Christ  lui-même.!  Elles sont au cœur même des idées qui animent notre société occidentale. Pendant des siècles n’a-t-on pas fait  de l’enseignement de Jésus la religion d’état ? Alors, pourquoi cela ne marche-t-il toujours pas ?

En fait les humains sont des créatures bizarres, ils projettent sur l’autre monde les idées que Jésus leur a transmises pour construire ce monde ci. Ils  imaginent, qu’après leur mort, le monde reposera sur des règles qu’ils refusent de respecter dans celui-ci. Pourquoi attendre le monde futur pour vivre comme Jésus le souhaite alors qu’il est théoriquement possible de le mettre en pratique dès maintenant ?

Mieux!  Je reviens alors au texte que nous méditons aujourd’hui.  Dieu est allé  plus loin encore que ce que nous pouvons imaginer. Il nous propose dès maintenant d’entrer dans l’éternité et de vivre dès maintenant d’une vie qu’il nous promet éternelle. Tous ceux qui croient en Dieu et qui ont compris que l’enseignement de Jésus  est l’expression même de la volonté de Dieu ne mourront pas dit-il,  car ils sont déjà passé de la mort à la vie.

Ce n’est donc plus notre fortune amassée tout au long de notre vie  qui fait de nous des êtres remarquables aux yeux de Dieu. Ce ne sont pas nos compétences professionnelles qui 

nous distinguent aux yeux de Dieu, c’est notre capacité à entrer en harmonie avec lui. C’est notre faculté de pouvoir nous mettre au service des autres qui constitue l’huile que nous devons mettre dans les rouages du monde pour que celui-ci soit en harmonie avec Dieu.

A vue humaine, les hommes ne sont pas plus utiles ni plus rentables que des brebis que l’on n’élèverait pas  pour leur tondre  la laine sur le dos ou qu’on ne mangerait pas. En fait Dieu n’a pas fait  des hommes ses partenaires sur terre pour qu’ils soient  rentables mais pour prodiguer autour d’eux leur capacité à aimer et à vivre en harmonie avec les autres ; c’est sans doute à cause de cette capacité que l’Ecriture dit qu’ils sont faits  l’image de Dieu. Qu’on se le dise !


vendredi 26 avril 2019

Jean 21/1-19Comment pouvons-nous ressusciter dimanche 5 mai 2019



Jean 21/1-19

21 Après cela, Jésus se montra encore aux disciples sur les rives du lac de Tibériade. Voici de quelle manière il se montra.
2 Simon Pierre, Thomas, appelé Didyme, Nathanaël, qui venait de Cana en Galilée, les fils de Zébédée et deux autres disciples de Jésus se trouvaient ensemble.
3 Simon Pierre leur dit: «Je vais pêcher.» Ils lui dirent: «Nous allons aussi avec toi.» Ils sortirent et montèrent [aussitôt] dans une barque, mais cette nuit-là ils ne prirent rien.
4 Le matin venu, Jésus se trouva sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c'était lui.
5 Il leur dit: «Les enfants, n'avez-vous rien à manger?» Ils lui répondirent: «Non.»
6 Il leur dit: «Jetez le filet du côté droit de la barque et vous trouverez.» Ils le jetèrent donc et ils ne parvinrent plus à le retirer, tant il y avait de poissons.
7 Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre: «C'est le Seigneur!» Dès qu'il eut entendu que c'était le Seigneur, Simon Pierre remit son vêtement et sa ceinture, car il s'était déshabillé, et se jeta dans le lac.
8 Les autres disciples vinrent avec la barque en tirant le filet plein de poissons, car ils n'étaient pas loin de la rive, à une centaine de mètres.
9 Lorsqu'ils furent descendus à terre, ils virent là un feu de braises avec du poisson dessus et du pain. 10 Jésus leur dit: «Apportez quelques-uns des poissons que vous venez de prendre.» 11 Simon Pierre monta dans la barque et tira le filet plein de 153 gros poissons à terre; malgré leur grand nombre, le filet ne se déchira pas.
12 Jésus leur dit: «Venez manger!» Aucun des disciples n'osait lui demander: «Qui es-tu?» car ils savaient que c'était le Seigneur.
13 Jésus s'approcha, prit le pain et leur en donna; il fit de même avec le poisson. 14 C'était déjà la troisième fois que Jésus se montrait à ses disciples depuis qu'il était ressuscité.
15 Lorsqu'ils eurent mangé, Jésus dit à Simon Pierre: «Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu plus que ceux-ci?» Il lui répondit: «Oui, Seigneur, tu sais que j'ai de l'amour pour toi.» Jésus lui dit: «Nourris mes agneaux.»
16 Il lui dit une deuxième fois: «Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu?» Pierre lui répondit: «Oui, Seigneur, tu sais que j'ai de l'amour pour toi.» Jésus lui dit: «Prends soin de mes brebis.»
17 Il lui dit, la troisième fois: «Simon, fils de Jonas, as-tu de l'amour pour moi?» Pierre fut attristé de ce qu'il lui avait dit, la troisième fois: «As-tu de l'amour pour moi?» et il lui répondit: «Seigneur, tu sais tout, tu sais que j'ai de l'amour pour toi.» Jésus lui dit: «Nourris mes brebis.
18 En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais plus jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais; mais quand tu seras vieux, tu tendras les mains et c'est un autre qui attachera ta ceinture et te conduira où tu ne voudras pas.»
19 Il dit cela pour indiquer par quelle mort Pierre révélerait la gloire de Dieu. Puis il lui dit: «Suis-moi.»








Comment ces êtres de chair et de sang que nous sommes peuvent-ils ressusciter, si non en se laissant habiter par le Christ ? C’est ainsi qu’ils prolongent hors du temps tout ce que Jésus a  mis en œuvre en eux au cours de leur existence. Cette année encore nous avons célébré la  fête de Pâques.  Une fois encore nous avons ressenti un profond bien être en entendant proclamer : « Le Christ est ressuscité, Alléluia ! » Mais peut-être  sommes-nous  quand même troublés par la question de savoir ce qu’est la résurrection, celle de Jésus et la nôtre ?

 C’est avec ce questionnement que nous nous retrouvons ce matin en compagnie de Pierre et de ses amis. Nous découvrons alors que nous parvenons à la notion de résurrection grâce à une série de rencontres avec Jésus dont la somme constitue notre propre résurrection.

En fait, si nous lisons les textes, nous sommes amenés à constater que notre approche de la résurrection est inséparable de la rencontre que nous faisons avec le crucifié. Dans tous les récits où on nous rapporte sa rencontre avec ses amis après sa mort, c’est lui qui en prend l’initiative. Il vient, il parle, il se fait reconnaître et de cet événement jaillit une réalité nouvelle pour celui vers qui il est venu. Notre foi en la résurrection naît de cette rencontre qui se produit pour chacun de nous, parfois au moment où il ne s’y attend pas. Bien évidemment notre rencontre avec le ressuscité ne se fait pas visuellement. Elle relève d’une expérience intérieure et se fonde sur le témoignage des Ecritures. Cette rencontre de Jésus déclenche en nous un dynamisme qui nous projette déjà dans l’éternité alors que nous sommes encore dans une existence terrestre tout emmêlés dans nos contingences matérielles.

Bien que nous gardions un souvenir de ces expériences spirituelles où nous avons acquis la certitude que le Christ était vivant en nous, nous nous  sommes installés malgré tout dans nos habitudes. Le rythme des jours  a repris son cours et nous attendons sans trop y croire que Dieu mette à exécution, le plus tard possible, le projet de résurrection qui nous concerne.

Le temps qui passe diminue notre enthousiasme et les soubresauts de la vie poussent notre âme à se raidir si bien qu’en constatant notre affadissement spirituel, nous nous culpabilisons et nous avons l'impression de perdre la foi !

Que ceux qui éprouvent de tels sentiments se rassurent, cette situation doit être comprise comme une évolution bénéfique sur le chemin de la foi. Dieu se sert de nos  moments de questionnement pour nous permettre de nous élever d’un cran dans le domaine de la connaissance. C’est alors que la résurrection elle-même prend un aspect plus précis et que nous découvrons avec émerveillement comment Jésus utilise notre histoire personnelle et les aléas de notre existence pour construire l’être nouveau que nous sommes appelés à devenir.

C’est dans cet état d’âme que nous  abordons ce récit de Pierre au bord du lac. Le temps a passé, il n’est plus à Jérusalem, il est revenu en Galilée où il a repris avec ses amis son métier de pécheur. Sans doute garde-t-il un souvenir des derniers événements passés, mais la vie a repris ses droits. Expérience spirituelle ou pas, il faut bien continuer à vivre ! Pourtant Pierre a eu une forte expérience avec le ressuscité. Il a été le premier à constater que le tombeau était vide selon l’Evangile de Jean.  Il a déjà été mis en présence du ressuscité par deux fois.

 Malgré tout, il est quand même revenu à ses filets. Si son âme a été illuminée, sa vie n’a pas encore changée. Pierre réagit comme s’il n’avait rien compris, c’est pourquoi il est retourné à la pêche. Cette fois-ci, la résurrection va s’installer dans ses convictions. C’est alors qu’il va comprendre. Toutes les étapes de sa vie vont défiler devant lui comme cela se produit, paraît-il dans les derniers instants d’un homme qui se noie. Et ces étapes qu’il a vécues vont lui être révélées comme autant d’expériences dont il n’avait pas saisi toute la portée et qui l’une après l’autre vont l’amener à comprendre ce qu’est la résurrection.

Il va découvrir que pour être ressuscité à son tour, il doit se laisser envahir par le Christ afin que le Christ vive en lui et qu’il prolonge son œuvre par sa vie.  Il comprend que Jésus prend en charge sa vie passée, et sa vie à venir. Il va réaliser que le baptême qu’il avait sans doute reçu prenait alors pleinement son sens. C’est seulement, dans un dialogue personnel avec Jésus qu’il comprendra que de sa vie était en train de basculer dans une nouvelle réalité. Encore fallait-il qu’il laisse la résurrection s’installer en lui.

Bien évidemment cette aventure de Pierre ne nous est racontée que pour que nous puissions faire le point à notre tour sur nos propres expériences spirituelles. Pierre  est pour l’instant dans la nuit, le petit matin se lève sur l’échec de sa vie. L’apparition sur le rivage renverse la situation et donne du sens à tout son passé. Pourtant il faudra qu’on l’aide à comprendre, il faudra que l’autre disciple, l’ami de Jésus lui traduise l’événement: « c’est le Seigneur ». Alors il se jette à l’eau, non sans avoir pris le temps de s’habiller car il était nu. Geste de pudeur pensons-nous ! Est-ce bien sûr ?

Ce plongeon tout habillé en présence du Seigneur ressemble à un baptême à l’envers, c’est pourquoi j’ai parlé de son baptême tout à l’heure. Dans un baptême, c’est parce que l’on reconnaît que Jésus est Seigneur que l’on se dévêt pour être immergé. Pierre, quand il reconnaît que Jésus est le Seigneur, il fait le contraire comme s’il avait besoin de revivre les expériences qu’il avait déjà faites. Son baptême est ici évoqué à l’envers comme si on rembobinait le film de sa vie. Et à partir de cet instant, au cas où vous n’auriez pas compris toutes les séquences vont se faire à l’envers.

Par le passé, Pierre avait semble-t-il toujours eu l’initiative. Ici, il laisse les autres ramer alors que lui se met à nager, non pas pour rejoindre plus vite le Seigneur, car il ne le rejoint pas, au contraire il remonte dans la barque quand les autres arrivés sur le rivage en descendent pour s’approcher du Seigneur. Il se met alors à décharger tout seul le filet. C’est comme si, il ne voulait pas se retrouver seul avec Jésus, bien qu’il en manifeste le désir profond sans oser aller jusqu’au bout.

Tout ce qui est raconté ici, est le reflet  de son expérience intérieure et nous sommes nous aussi invités à la vivre  de la même façon.  L’aventure ne peut se continuer sans le face à face inévitable entre Pierre et Jésus. Par trois fois, Jésus l’invite à prendre en charge son troupeau. Allusion appuyée à sa trahison que Jésus ne mentionne pas, car la résurrection qui est en train de s’emparer de Pierre annihile tout ce qui est négatif dans sa vie et détruit ce qu’il y a d’aliénant dans son passé. Sa mission consiste à prendre à son compte l’œuvre du Christ.

La résurrection prend son vrai sens, pour nous aussi,  quand nous nous laissons habiter par Jésus pour continuer dès maintenant l’œuvre qu’il a réalisée quand il était sur terre. Nous sommes appelés à devenir, tant que nous vivrons, les membres et la voix, l’intelligence et la sensibilité du ressuscité qui désormais vit en nous et c’est par nous qu’il agit.

lundi 22 avril 2019

Jean20/19-31 Le mystère de la réssurrection dimanche 28 avril 2019


Jean 20/19-31

Jésus apparaît à ses disciples


19 Le soir de ce jour-là, qui était le premier de la semaine, alors que les portes de l'endroit où se trouvaient les disciples étaient fermées, par crainte des Juifs, Jésus vint ; debout au milieu d'eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous ! 2 0Quand il eut dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples se réjouirent de voir le Seigneur. 21 Jésus leur dit à nouveau : Que la paix soit avec vous ! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. 22 Après avoir dit cela, il souffla sur eux et leur dit : Recevez l'Esprit saint. 23 A qui vous pardonnerez les péchés, ceux-ci sont pardonnés ; à qui vous les retiendrez, ils sont retenus.


Thomas et le ressuscité


24Thomas, celui qu'on appelle le Jumeau, l'un des Douze, n'était pas avec eux lorsque Jésus vint. 25 Les autres disciples lui dirent donc : Nous avons vu le Seigneur. Mais lui leur dit : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous et ma main dans son côté, je ne le croirai jamais ! 26 Huit jours après, ses disciples étaient de nouveau dans la maison, et Thomas avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient fermées ; debout au milieu d'eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous ! 27 Puis il dit à Thomas : Avance ici ton doigt, regarde mes mains, avance ta main et mets-la dans mon côté ! Ne sois pas un incroyant, deviens un homme de foi ! 28 Thomas lui répondit : Mon Seigneur, mon Dieu ! 29 Jésus lui dit : Parce que tu m'as vu, tu es convaincu ? Heureux ceux qui croient sans avoir vu !


Le but de ce livre


30 Jésus a encore produit, devant ses disciples, beaucoup d'autres signes qui ne sont pas écrits dans ce livre. 31 Mais ceux-ci sont écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et que, par cette foi, vous ayez la vie en son nom.

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Il n’est pas facile d’être les amis d’un agitateur politique exécuté par les sbires du potentat local. Tous se taisent et se cachent. Ils restent muets comme une tombe. Ils sont eux-mêmes devenus une tombe dans laquelle ils ont enfoui leur passé récent avec leur maître vénéré. Avec sa mort, ils y ont enfoui leur lâcheté ainsi que l’horrible souvenir de la vision du supplice auquel ils ont sans doute assistée de loin. Leur mémoire s’est refermée sur eux comme une tombe avec leur passé.



Mais  pouvaient-ils oublier définitivement tout ce que leur maître avait dit sur l’amour de ce Dieu qu’il appelait son Père, sur ce Royaume qu’il envisageait de construire avec eux, sur la haine des hommes à son égard, sur le rôle qu’il leur destinait après son « départ ». L’évocation de ses paroles

ébranlait pour eux les parois rigides du tombeau et laissait s’échapper comme les bribes d’une espérance possible. Les jours passant, certains, plus spontanés que les autres s’appliquaient à reconstruire une foi en une réalité qui dépassait la mort, d’autres n’y arrivaient pas et ne pouvaient même pas l’imaginer. Les uns étaient plus spontanés que les autres, et tout cela prenait du temps pour se  construire. L’Evangile de Jean qui raconte cela a  sans doute opéré un raccourci  avec le temps. Il est à parier que ce temps de maturation a duré plus longtemps que celui suggéré par l’Evangile.



Nous voilà maintenant en présence de ceux qui commencent à croire et qui s’opposent à celui qui se refuse à croire et qui ne laisse pas sortir de la tombe  l’espérance qu’il a muré dans le tombeau de sa conscience. Peut-être en sommes-nous là, nous aussi.




Merci Thomas d’être celui que tu es, car tu poses les vraies questions et tu nous aides à approfondir notre foi. Tu ne te rallies pas à l’idée de la résurrection car elle t’aiderait trop artificiellement à porter le poids de tout ce qui t’accable. Il faut que cette idée brise les cloisons  du tombeau où tu as toi-même enfoui, ton Seigneur, tes souvenirs et même ton Dieu. Nous ne nous mettons pas à croire, parce que  la foi chrétienne  qui nous a été transmise est toute entière centrée sur la résurrection. "Si les morts ne ressuscitent pas notre foi est vaine" a dit l’apôtre Paul  dans l’épître aux Corinthiens. Paul insiste sur cette vérité incontournable selon laquelle la foi chrétienne n’aurait aucun sens si la résurrection n’en était pas l’élément central, mais il faut d’abord que tout cela s’inscrive en nous et que  s’ouvre pour nous le tombeau où nous maintenons encore enfoui notre foi et notre  espérance.



Thomas l’incrédule va nous guider ce matin sur le chemin initiatique de la foi chrétienne. Il refuse de croire ce que les autres disent sans en apporter la preuve. Il est rationnel dans ses pensées. A y regarder d'un peu près, il n’y va pas de main morte, il met les autres aux défit de créer en lui une certitude qu’il n’a pas

.
Il nous montre par anticipation que si nous ne faisons pas de la résurrection une affaire personnelle, notre foi ne s’appuie pas sur de vrais fondements, car elle ne peut être que le résultat d’une expérience personnelle avec Dieu, à l’issue de laquelle nous découvrons ce qu’est vraiment la résurrection : une autre manière d’aborder la vie. C’est alors que Jésus se manifeste à nous, qu’il nous parle et qu’il s’empare de notre âme en venant vers nous. Il se propose de partager notre vie et il nous invite à partager la sienne. C’est au cours d’une telle rencontre que nous faisons l’expérience de la résurrection et qu’elle s’impose à nous. Mais encore faut-il faire cette expérience et tant que nous ne l’avons pas faite, nous en éprouvons comme une frustration.



Cette frustration est bien celle de Thomas qui ne comprend pas pourquoi il est tenu à l’écart par son Seigneur et il considère le témoignage de ses frères comme un défi qu’il ne peut pas relever,

car la foi des autres ne sert pas à l’acquérir pour ceux qui ne l’ont n’a pas, puisque elle est le résultat d’une intervention que Dieu fait en nous. C'est un acte créateur que fait Dieu pour chacun de ceux qui croient.


Le chemin de la résurrection leur est-il fermé? Certainement pas !


On s’est interrogé pendant des siècles sur cette question sans donner de réponse satisfaisante. Je sais, pour ma part, que celui qui a le désir de rencontrer Dieu ne sera jamais privé de l'intervention de celui-ci, mais il devra attendre parfois longtemps et cette attente est frustrante. Celui qui désire cette rencontre avec Dieu doit se mettre dans une situation telle qu’il sera capable d’en recevoir le souffle créateur et d’être transformé par lui. Est-ce à dire qu’il y a un blocage en Thomas qui l’empêche de croire, comme chez tous les chercheurs infructueux de Dieu? Sans aucun doute.


Nous le rejoignons 8 jours après. Il n’a toujours pas cédé à la pression des autres et il attend que Dieu agisse en lui. Mais vous vous rappelez certainement que c’est lui qui en a fixé les critères de la rencontre. Il a défini de quelle manière Jésus ressuscité devait venir vers lui. C’est alors qu’il toucherait ses plaies, mettrait ses doigts dans la marque des clous, voilà ce qu’il veut. Le Jésus qu’il veut, celui auquel il pense, est encore un Jésus terrestre, un homme qui reste dans le prolongement de ce qu’il a déjà vécu avec lui, un homme qui n’est pas vraiment ressuscité puisqu’il porte encore les marques de son supplice. Thomas n’est pas capable d’imaginer une autre réalité qui ne soit au-delà de la vie terrestre.


Pourtant, si Jésus est vraiment ressuscité il doit être revêtu d’un corps nouveau qui ne porte plus les marques de son supplice. Le Jésus ressuscité qu’il espère et auquel il ne croit pas encore devrait être un être recréé par Dieu, d’une autre nature que l’être mortel qu’il a vu pendre lamentablement accroché par des clous au bois d’une croix.


Beaucoup de croyants figent leur réflexion en matière de résurrection à ce niveau-là. Ils se limitent à un miracle qui serait la réanimation d’un corps, comme si la vie se trouvait enfermée dans une conception matérielle de l’existence. Oserai-je dire que Thomas, à cause de sa conception rigide des événements, redoute la manifestation de Dieu en lui. C’est le cas de beaucoup de ceux qui se refusent à croire en autre chose que ce que leur propre imagination leur dicte. Comme Thomas,  ils rangent la foi qu’ils n’ont pas encore dans des catégories de pensée auxquelles ils ne veulent pas avoir recours.


Dieu est patient, il attend le temps nécessaire pour que chacun soit capable d’accepter Dieu comme Dieu veut être perçu. Pour lui la résurrection n’est pas une vie améliorée, mais une vie recréée. «Crois-tu cela Thomas ? » Thomas est ébranlé par la longue attente. Huit jours est-il dit. Jésus vient, comme il le souhaitait. Il se présente à lui comme ce mort régénéré qu’il attendait. Dieu, quand il se manifeste à nous, tient compte des limites de nos capacités à le recevoir. Mais en même temps il nous aide à les dépasser. Jésus lui présente ses membres meurtris. Thomas ne les touche pas. Il ne met pas ses mains dans son côté. La résurrection n'est plus pour lui liée à l'aspect matériel du mort qu’il avait connu. Il a dépassé la logique humaine et peut entrer dans celle de Dieu.


« Mon Seigneur, et mon Dieu » dit-il ! Tout a basculé dans le divin. Dans celui qui se présente à lui, il reconnaît Dieu, pas besoin de le toucher, surtout pas ! Pas même besoin de le voir ! Impossible d’exprimer l’inexprimable. Il sait en cet instant que Dieu a créé pour lui une réalité nouvelle. Il est désormais habité par la plénitude du divin. Inutile de voir ou de toucher pour croire. Il suffit de se laisser pénétrer par l’esprit qui crée en lui, comme en nous une réalité nouvelle. Heureux, désormais ceux qui, comme Thomas feront ce parcours, tel un parcours initiatique, car ils pourront croire sans avoir vu.

Les images : celle du haut a été empruntée à François Xavier de Boissoudy.

mercredi 10 avril 2019

Luc 19/28-40 dimanche 14 avril 2019




Luc :19/28-40


Après avoir ainsi parlé, il partit en avant et monta vers Jérusalem. 29 Lorsqu'il approcha de Bethphagé et de Béthanie, près du mont dit des Oliviers, il envoya deux de ses disciples, 30 en disant : Allez au village qui est en face ; quand vous y serez entrés, vous trouverez un ânon attaché, sur lequel aucun homme ne s'est jamais assis ; détachez-le et amenez-le. 31 Si quelqu'un vous demande : « Pourquoi le détachez-vous ? », vous lui direz : « Le Seigneur en a besoin. » 32 Ceux qui avaient été envoyés s'en allèrent et trouvèrent les choses comme il leur avait dit. 33 Comme ils détachaient l'ânon, ses maîtres leur dirent : Pourquoi détachez-vous l'ânon ? 34 Ils répondirent : Le Seigneur en a besoin. 35 Et ils l'amenèrent à Jésus ; puis ils jetèrent leurs vêtements sur l'ânon et firent monter Jésus. 36 A mesure qu'il avançait, les gens étendaient leurs vêtements sur le chemin. 37 Il approchait déjà de la descente du mont des Oliviers lorsque toute la multitude des disciples, tout joyeux, se mirent à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu'ils avaient vus. 38 Ils disaient : Béni soit celui qui vient, le roi, au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel et gloire dans les lieux très hauts ! 39Quelques pharisiens, du milieu de la foule, lui dirent : Maître, rabroue tes disciples ! 40 Il répondit : Je vous le dis, si eux se taisent, ce sont les pierres qui crieront !

Jésus pleure sur Jérusalem



41 Quand, approchant, il vit la ville, il pleura sur elle 42en disant : Si toi aussi tu avais su, en ce jour, comment trouver la paix ! Mais maintenant cela t'est caché. 43 Car des jours viendront sur toi où tes ennemis t'entoureront de palissades, t'encercleront et te presseront de toutes parts ; 44 ils t'écraseront, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n'as pas reconnu le temps de l'intervention divine.



45 Entré dans le temple, il se mit à chasser les marchands 46 en leur disant : Il est écrit : Ma maison sera une maison de prière. Mais vous, vous en avez fait une caverne de bandits.




Nous nous plaisons à repérer les merveilles de Dieu dans les beautés de la nature. Nous  disons que les espaces infinis sont témoins de sa grandeur  et que sa toute-puissance se révèle dans l’harmonie de  l’univers. Par contre, il est aussi possible de contempler les merveilles de Dieu dans la qualité des relations qui peuvent s’établir entre lui et les créatures vivantes. Quand la Bible cherche à nous faire comprendre la grandeur  de Dieu elle nous parle surtout d’amour, de partage, de miséricorde ou de pardon. Il semblerait plutôt que ce soit à partir de ces sentiments que je viens d’énoncer que  Dieu cherche à se révéler au monde et il invite les hommes à intervenir dans la marche des nations en usant de ces qualités plutôt que de s’émerveiller sur  ce qu’il y a de prodigieusement divin  dans  le raffinement subtile de l’infiniment petit ou dans ce qu’il y a de grandiose dans l’infiniment grand. C’est en invitant les hommes à user de ces sentiments que Dieu cherche à piloter le monde, mais ça ne se passe pas toujours comme il le voudrait. Et quand les hommes n’agissent pas selon ses désirs, c’est lui Dieu, qui en devient malheureux et il en souffre profondément.


Pourtant, il ne modifie pas le cours des choses pour que ça se passe comme il l’a prévu. Si les choses évoluent heureusement, c’est que les hommes sont entrés dans ses projets et ont décidés d’agir selon ce qu’ils ont compris de Dieu. En nous enseignant  ces choses, Jésus ne peut s’empêcher de prendre à son compte la tristesse de Dieu quand les hommes ne l’entendent pas et ne l’écoutent pas. Ici, dans cette traversée de Jérusalem,  il ne peut s’empêcher de pleurer quand il entrevoit  l’avenir d’une société qui s’égare en se détournant de Dieu sans même s’en rendre compte. Dans ce récit, il verse des larmes sur son  pays  en songeant à son avenir. Il  le voit avec clairvoyance. Déjà il pressent que le conflit latent des juifs et des romains va mal finir  et qu’il se terminera par une guerre  dont les conséquences seront terribles. On l’appellera la guerre des juifs, et amènera l’anéantissement de leur société. Jésus pleure sur Jérusalem alors que ses habitants et que ses dirigeants, prêtres,  scribes et pharisiens,  n’ont encore rien compris du message constant que Dieu adresse à son peuple par la voix des prophètes  et selon lequel l’avenir ne peut se régler par la violence à laquelle Dieu ne s’associe  jamais, même pour sauver l’honneur de son nom quand celui-ci est mis en cause.


Jésus  s’est attaché, pendant tout son ministère à mettre ces vérités en valeur.  L’honneur de Dieu dépend davantage de la manière dont les hommes pratiqueront l’amour entre eux que de la sauvegarde de sa dignité.  Jésus s’est attaché  à ce que le respect de la loi auquel ses contemporains étaient si attachés,  vise davantage à respecter la vie des autres, même des plus modestes, que la préservation de l’honneur de Dieu.  Luc, L’auteur de l’Evangile qui nous rapporte cet événement a mis au cœur de ce récit la description des  pleurs de Jésus  sur l’avenir de la nation qui va droit à la catastrophe parce que ses contemporains préféreront défendre l’honneur de Dieu bafoué par les romains en usant de leurs armes, plutôt que de pratiquer  l’amour du prochain sous toutes ses formes possibles.  Luc  écrivit son Evangile plusieurs années après que ces événements se soient produits, si bien qu’il peut  nous rapporter avec précision comment Jésus a vu prophétiquement  les conséquences que pouvaient entraîner le déchainement de la violence que jamais Dieu n’a préconisé, ni Jésus encouragé. 


Malgré les gestes courageux des prêtres qui  ont préféré brûler dans l’incendie du temple plutôt que de se faire prendre,  aucune action significative de Dieu n’a pu être discernée, et il ne semble pas avoir pesé par son intervention sur l’issue des combats. Jésus savait que l’entêtement des pharisiens à s’enfermer dans leur interprétation de la Loi  amènerait tôt ou tard leur perte. C’est ce qu’il a voulu faire comprendre en provoquant cet événement que nous célébrons sous le nom  de dimanche des Rameaux. Même s’il met ici en valeur l’amour de Dieu pour les hommes et que les hommes présents y participèrent en se mêlant à la joie populaire  savamment organisée, Jésus sait bien que cet épiphénomène ne changera rien. Les hommes, ce jour-là séduits par ses propos et par l’ambiance qu’il  créée, le renieront quelques jours plus tard, l’abandonneront au pouvoir de ceux qui le crucifieront et oublieront ses propos.  En acceptant de mourir quelques jours plus tard pour mettre en évidence toutes les valeurs de l’amour, Jésus révèle que l’amour  devient la seule clé possible pour comprendre la volonté de Dieu.


Cet événement qui raconte  la traversée de Jérusalem par Jésus sur un âne est comme une forme d’enseignement en acte, savamment mis en scène par lui.  Jésus agit  ici comme  un bon technicien de la communication. Tous les détails de la scène ont savamment été préparés par lui et rien n’a été improvisé.  Il lui fallait la participation d’un âne pour évoquer l’intronisation royale de Salomon que  Jésus propose   de s’attribuer à lui-même. Jésus a dû mettre dans le coup le propriétaire de l’animal qui le confiera à ses  disciples contre un mot de passe : « le Seigneur en a besoin». C’est dire la prudence de Jésus.  L’âne joue ici un rôle important. Dans ce court récit qui en rend compte,  il n’a pas fallu moins de 7 versets sur 18 pour décrire l’action du petit bourricot qui devient le héros du jour. Tout ça pour un âne ! Il est  pourtant si humble et si modeste que personne ne fait attention à lui.


Pourtant, c’est bien le petit âne ici qui prend Jésus en charge.  Chacun a compris qu’il est invité à jouer   le même rôle que lui, car il s’agit pour lui comme pour nous de porter Jésus. Si vous êtes  donc de bons chrétiens, vous devez vous comporter comme des  ânes  et porter Jésus humblement et sans prétention. 


L’histoire se répète, Jésus  reconstitue par ce spectacle qu’il donne à la foule, la scène  au cours de laquelle Salomon fut intronisé roi par  son père David. Il suivi le même parcours pour rejoindre le temple caracolant sur un âne lui aussi. 


Le message est clair, chacun comprend qu’il a vocation de porter Jésus et de pratiquer son évangile d’amour. En agissant ainsi, il  participe à la royauté de Jésus  en œuvrant à la construction du Royaume de Dieu dont Jésus est l’initiateur. Jésus ne sera vraiment roi, et son règne se sera effectif que si, comme un âne nous prenons l’Evangile en charge et le portons à la connaissance de nos contemporains. Si nous ne le faisons pas, le monde sera en danger  de ne pas comprendre la volonté de Dieu, comme ce fut le cas lors de la guerre des juifs qui pourrait se répéter à chaque génération.


Chacun a peut-être eu du mal à comprendre tout cela car la scène a du se passer très vite. Nous l’avons compris, Jésus était clairvoyant, le bruit de la foule en liesse a certainement attiré l’attention de la garde et l’affaire aurait pu tourner mal si on ne s’était hâté de libérer la place avant  qu’elle ne fasse cesser la manifestation. Heureux celui qui a compris ce message pendant les courts instants que cette scène a durée. 


Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Elle ne s’arrête pas, comme cela aurait pu se faire,  sur  une intervention violente des soldats de Pilate qui auraient pu interrompre l’événement, mais sur un geste de violence délibérément provoqué par Jésus lui-même en entrant sur le parvis du temple au sommet du chemin  qu’il suivait et qui le conduisait au sanctuaire. Pourquoi chassa-t-il les marchands à coups de fouet ?  Beaucoup ont donné des avis contradictoires. Pour ma part, il me semble qu’en agissant ainsi Jésus dénonçait la vanité de la violence. Il savait qu’il ne changerait rien aux rites du temple ni à ses sacrifices sanglants, il savait aussi qu’il n’allait pas non plus modifier la théologie des prêtres ni leur prédication qu’il critiquait chaque fois qu’il prenait la parole. Il savait que la révolution spirituelle qu’il était venue apportée ne  se ferait pas plus vite. Jésus montrait  en agissant ainsi que  rien ne changerait par la violence, mais que tout serait possible par l’amour et la douceur. Jésus démontrait ainsi par cette violence gratuite, que la violence ne sert à rien et que Dieu jamais ne s’y associerait pour faire avancer les choses.

jeudi 28 mars 2019

Luc 15/11-32 la parabole des deux fils - dimanche 31 mars 2019


Luc 15/11-32

La parabole du fils perdu et retrouvé

11Il dit encore : Un homme avait deux fils. 12Le plus jeune dit à son père : « Père, donne-moi la part de fortune qui doit me revenir. » Le père partagea son bien entre eux. 13Peu de jours après, le plus jeune fils convertit en argent tout ce qu'il avait et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en vivant dans la débauche. 14Lorsqu'il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à manquer de tout. 15Il se mit au service d'un des citoyens de ce pays, qui l'envoya dans ses champs pour y faire paître les cochons. 16Il aurait bien désiré se rassasier des caroubes que mangeaient les cochons, mais personne ne lui en donnait. 17Rentré en lui-même, il se dit : « Combien d'employés, chez mon père, ont du pain de reste, alors que moi, ici, je meurs de faim ? 18Je vais partir, j'irai chez mon père et je lui dirai : “Père, j'ai péché contre le ciel et envers toi ; 19je ne suis plus digne d'être appelé ton fils ; traite-moi comme l'un de tes employés.”  » 20Il partit pour rentrer chez son père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému ; il courut se jeter à son cou et l'embrassa.21Le fils lui dit : « Père, j'ai péché contre le ciel et envers toi, je ne suis plus digne d'être appelé ton fils. » 22Mais le père dit à ses esclaves : « Apportez vite la plus belle robe et mettez-la-lui ; mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. 23Amenez le veau engraissé et abattez-le. Mangeons, faisons la fête, 24car mon fils que voici était mort, et il a repris vie ; il était perdu, et il a été retrouvé ! » Et ils commencèrent à faire la fête.


25Or le fils aîné était aux champs. Lorsqu'il revint et s'approcha de la maison, il entendit de la musique et des danses. 26Il appela un des serviteurs pour lui demander ce qui se passait. 27Ce dernier lui dit : « Ton frère est de retour, et parce qu'il lui a été rendu en bonne santé, ton père a abattu le veau engraissé. » 28Mais il se mit en colère ; il ne voulait pas entrer. Son père sortit le supplier. 29Alors il répondit à son père : « Il y a tant d'années que je travaille pour toi comme un esclave, jamais je n'ai désobéi à tes commandements, et jamais tu ne m'as donné un chevreau pour que je fasse la fête avec mes amis ! 30Mais quand ton fils que voici est arrivé, lui qui a dévoré ton bien avec des prostituées, pour lui tu as abattu le veau engraissé ! » 31Le père lui dit : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi ; 32mais il fallait bien faire la fête et se réjouir, car ton frère que voici était mort, et il a repris vie ; il était perdu, et il a été retrouvé ! »



Cette parabole est une histoire  que Jésus a racontée sans doute un soir où il mangeait à la table d’un hôte dont le nom nous est demeuré inconnu. Les paraboles sont nées de propos recueillis au vol, d’anecdotes, de  propos de table, d’incidents quelconques. Jésus s’en emparait, il en tirait un enseignement avec lequel il a forgé son Evangile. Chacun s’y reconnaissait et y découvrait un autre visage de Dieu, bien différent de celui de la tradition.

Qu’il nous soit permis aujourd’hui d’imaginer le fait divers qui l’aurait peut être inspiré. Cette parabole pourrait bien être l’écho d’une conversation surprise entre deux matrones le matin même sur un marché. Elles commentaient  la vie du village et donnaient leur avis. Elles parlaient de la famille de ce  brave Monsieur Lévi, (c’est moi qui donne ce nom au personnage du père de la parabole) qui avait bien du tourment à élever  tout seul ses deux garnements qui lui causaient bien du souci.

- Nous parlons de garnements, disait l’une mais ils sont arrivés à l’âge adulte et ils n’ont ni l’un, ni l’autre pas plus de cervelle qu’un moineau.

- Mais qu’a-t-il fait au Bon Dieu, ce pauvre homme renchérissait la seconde pour avoir deux fils aussi dissemblables ? Le grand dadais qui est l’aîné est toujours dans les basques de son père, il est bien brave, mais il n’a jamais pris une seule initiative, quelle femme voudra jamais de lui ?

-  Et la première mégère de renchérir en disant que le plus jeune est bien différent, il est fugueur et a toujours les poches percées. Il n’est pas travailleur et s’il continue, il finira sans doute bien mal.

- La deuxième d’en rajouter et de plaindre le père : Il est trop bon, il est incapable de bousculer le plus grand  pour qu’il se prenne en main à l’âge qu’il a. Il est aussi incapable de corriger le plus petit et de le mettre au travail. Il en serait autrement si sa pauvre défunte était encore là. Sans doute, tout le village connaissait ce riche propriétaire, un brave homme, dépassé par ses problèmes d’éducation.

Le portrait de cette famille étant tiré, revenons  aux propos de Jésus. Il a dressé le portrait d’un père qui a fait couler beaucoup d’encre sous la plume des commentateurs. On a dit qu’il était un mauvais éducateur selon les critères d’aujourd’hui, c’est cet aspect que soulignait l’une des deux commères.  On a constaté l’absence de présence féminine, ce que les féministes n’ont pas manqué de souligner. En supposant que ce personnage soit pour Jésus l’image   qu’il veut donner de Dieu, on peut se laisser aller à dire que l’amour de cet homme  exprime tout à la fois la tendresse du père et la douceur de la mère tant son comportement est ambigu.

L’amour de Dieu a toujours quelque chose de surprenant. Si le Père du récit est en décalage  par l’expression de son amour par rapport à un père humain, c’est que Jésus n’a aucune prétention pédagogique. Il  raconte son histoire  comme une forme de défi à la logique humaine pour nous parler de Dieu.  Ce père n’est donc pas un éducateur efficace, il n’exerce pas son autorité pour secouer son aîné sans personnalité  et corriger son cadet qui mériterait une bonne raclée. Il n’est que tendresse et amour. Tel est le Dieu que Jésus voudrait nous faire découvrir. Un Dieu qui n’est jamais violent, jamais sévère et qui déborde d’altruisme et d’affection.

Tout cela ne colle cependant pas avec l’image que nous avons de Dieu. Nous ne trouvons pas notre compte dans ce portrait car un tel Dieu en dépit de son amour paraît totalement impuissant.  Nous aimerions qu’il nous dresse le portrait  d’un Père efficace. Un Dieu qui interviendrait en bousculant les méchants en rendant justice aux faibles et aux opprimés nous conviendrait mieux.

Toute l’histoire Biblique ne nous brosse-t-elle pas le profil de Dieu sous les traits d’un Seigneur tout puissant qui aime son peuple d’un amour sans égal, mais qui le châtie quand il s’écarte de lui. Quand ce peuple lui reste fidèle, ce qui est rare, il le protège contre ses adversaires au point d’aller jusqu’à fracasser  sur les rocher le crâne de ses ennemis comme il est dit au psaume 68. Si on redoute la violence de Dieu, on la souhaite cependant car elle donne du sens à l’histoire.

C’est alors que nous nous posons la question de savoir quelle présence, ce Dieu qui est tout amour et toute tendresse, peut exercer dans ce monde. Comment se situer par rapport à lui dans nos sociétés où la violence prend le pas chaque jour sur le droit et la justice ? Dieu est-il devenu inefficace depuis les temps où il prêtait main forte à Moïse. A-t-il changé d’attitude  ou sa puissance s’exerce-t-elle d’une autre manière qu’il nous faut découvrir ?  Cette parabole ne nous apportera pas toutes les réponses, mais elle va nous permettre de réfléchir d’une autre manière à ce problème.

Rejoignons la table où Jésus raconte cette histoire. Il ne tient pas compte des regards obliques dans sa direction, ni des murmures qui parviennent jusqu’à lui. En effet, ce père trop bon, ce Dieu trop miséricordieux ne plaisait sans doute  pas à tout le monde. On le voit mal dans l’attitude du père vis-à-vis des deux fils.

 Si on projette l’histoire du peuple d’Israël sur chacun de ces deux enfants on  reconnaîtra dans le cadet le peuple d’Israël dans son rôle de peuple au cou raide, toujours en rébellion contre son Dieu.  Si ce portrait déplaît à certains auditeurs, ce n’est pas à cause de la fugue du jeune homme, ni de sa fréquentation des prostituées, ni du fait qu’il avait du garder les cochons. Les prophètes, jadis avaient utilisé ces mêmes images pour décrire les turpitudes de ce peuple, mais ce qui leur posait problème, c’est le retour du jeune homme – pas de repentance significative, pas de reproches, le pardon sans réserve, l’amour sans limite, la joie sans retenue. L’histoire leur avait appris le contraire, l’exil avait été perçu comme un châtiment, une épreuve de pénitence  avant le retour pénible en Terre Promise. Dieu avait-il changé, fallait-il faire une relecture des textes. Dieu pouvait-il pardonner sans repentir ?

Ils ne comprenaient pas non plus que l’on puisse voir dans le portrait du frère aîné celui du peuple d’Israël quand il était fidèle, comme si la fidélité à Dieu était perçue par Jésus comme une valeur négative. Les pharisiens présents de grincer des dents tant ils se reconnaissaient dans ce grand dadais de fils désavoué dans sa protestation moralisante mais enveloppé de l’amour du père qui l’invitait à se réjouir gratuitement de la miséricorde imméritée accordée à son frère.

En fait l’attitude du père révèle un autre problème, qui contient la clé de l’énigme. Elle met en évidence le manque de liberté des deux fils. Le cadet, en s’affranchissant de toute autorité se croyait libre. Il se croyait sans contrainte, capable de mener la vie qui lui plaisait. Bien vite il déchante, et à son corps défendant, il décide de choisir de perdre sa fausse liberté au profit de la soumission à l’autorité paternelle- échec sur tout la ligne - Le Père ne l’entend pas de cette oreille il renonce joyeusement à exercer son autorité sur lui pour laisser libre cours à son amour et il organise une fête.

A l’aîné qui lui parle de soumission résignée, le Père répond qu’il n’a rien demandé et que c’est lui qui  s’est volontairement soumis à une autorité que le père ne reconnaît pas comme étant la sienne. C’est alors  que le père lui offre la liberté qu’il n’avait pas su trouver, en l’invitant à se joindre à la joie de son frère.

L’histoire s’arrête là, Jésus nous laisse le soin de tirer les conclusions. Il y a fort à parier que Jésus essaye de nous faire comprendre que l’amour de Dieu est capable de transformer les hommes, de rendre libre  aussi bien le fils résigné que le fils prodigue. La joie et l’amour du Père vont-ils transformer les deux fils qui, ensemble vont joyeusement et librement gérer le domaine et révéler par leur réussite  que l’amour du Père est payant et qu’il dissimulait en lui une immense puissance de transformation ? Pas si sûr,   la partie n’est pas forcément  gagnée, les deux fils peuvent revenir à leurs anciens démons et tout  sera à recommencer.


Il en va de même pour la puissance de Dieu sur ce monde. Son amour gratuit, sa tendresse infinie, son pardon réparateur sont capables de transformer la société et de révéler à ce monde la puissance de transformation qu’il y a en Dieu. Les églises dont nous sommes les modestes représentants n’ont que ce message à donner  aux sociétés dans lesquelles elles vivent. Encore faut-il qu’elles croient elles-mêmes à l’efficacité de cette puissance d’amour par laquelle Dieu est capable d’exercer sa toute puissance pour faire évoluer le monde