lundi 16 juillet 2018




Marc 6 / 30-34 


 La Multiplication des  pains - dimanche 22 juillet 2018

  Ce sermon proposé  en 2012 a  été réécrit et réactualisé pour 2018





30Rassemblés auprès de Jésus, les apôtres lui racontèrent tout ce qu'ils avaient fait et tout ce qu'ils avaient enseigné. 31Il leur dit : Venez à l'écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu. Car beaucoup venaient et repartaient, et ils n'avaient pas même le temps de manger.

32Ils partirent donc dans le bateau pour aller à l'écart, dans un lieu désert. 33Beaucoup les virent s'en aller et les reconnurent ; de toutes les villes, à pied, on accourut et on les devança.

34Quand il descendit du bateau, il vit une grande foule ; il en fut ému, parce qu'ils étaient comme des moutons qui n'ont pas de berger ; et il se mit à leur enseigner quantité de choses.

35Comme l'heure était déjà tardive, ses disciples vinrent lui dire : Ce lieu est désert et l'heure est déjà tardive ; 36renvoie-les, pour qu'ils aillent s'acheter de quoi manger dans les hameaux et les villages des environs. 37Mais il leur répondit : Donnez-leur vous-mêmes à manger. Ils lui disent : Irons-nous acheter deux cents deniers de pains pour leur donner à manger ? 38Il leur demande : Combien de pains avez-vous ? Allez voir. Après s'être informés, ils répondent : Cinq, et deux poissons. 39Alors il leur ordonna de les installer tous en groupes sur l'herbe verte, 40et ils s'installèrent par rangées de cent et de cinquante. 41Il prit les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux vers le ciel et prononça la bénédiction. Puis il rompit les pains et se mit à les donner à ses disciples, pour qu'ils les distribuent. Il partagea aussi les deux poissons entre tous. 42Tous mangèrent et furent rassasiés, 43et on emporta douze paniers de morceaux de pain et de poisson. 44Ceux qui avaient mangé les pains étaient cinq mille hommes.




Il est rare que l’on s’approche de Jésus tout ragaillardi, plein d’enthousiasme  et prêt à se mettre à son service sans discuter. Cela arrive, mais ce n’est pas le cas habituel. La plupart du temps nous  nous adressons à Jésus, quand  fatigués et inquiets, nous espérons de sa part, un peu d’écoute et de compassion. C’est le cas de ses disciples ce jour là qui rentrent de leur première expédition missionnaire. Ils sont à la fois excités et en attente de compassion de la part du maître.

Jésus semble abonder dans leur sens, c’est pourquoi il les emmène en bateau pour prendre un peu de distance par rapport à la tous ceux qui le  sollicitent. Inutile ! La foule plus rapide qu’eux les a rejoints. On se reposera plus tard, on mangera à un autre moment, Jésus leur sacrifie sa disponibilité pour se consacrer à plus démunis qu’eux, car l'autre, le prochain, le solliciteur a toujours priorité pour Jésus.

Ainsi en est-il de ceux qui ont choisi de mettre leurs  pas dans ceux de Jésus et de répondre à l’appel de Dieu. Ils sont sans doute fatigués, la mission a été rude mais Il leur faut aller de l’avant. Ils ont sans doute besoin  de nourriture matérielle, ils ont besoin de partager leur aventure et de dire leur chagrin à la suite de la mort de Jean Baptiste  que le souverain a lâchement fait exécuter, mais il y a autre chose à faire et Jésus les entraîne dans un nouveau projet.

Eux,  ils espéraient de la compassion pour eux  et c’est la foule qui y a droit. Ils s'estimaient privilégiés par rapport à Jésus, mais ce sont les autres qui ont droit à son attention.  Si Jésus s'intéresse la foule,  ce n’est pas pour s’attendrir sur son sort, et ce n’est pas non plus pour les  prendre  tous en charge individuellement. Il ne va pas non plus les mobiliser derrière lui pour en faire une armée de partisans qui s’opposeraient pacifiquement aux soldats  du tétrarque  et prépareraient une ère nouvelle  sur la terre de  Palestine. Le risque serait trop grand, la partie serait loin d’être gagnée, et surtout, ce  n’était pas l’ambition de Jésus.

Jésus s'intéresse à eux, parce qu'ils sont comme des brebis sans berger. Curieusement, Jésus ne se propose pas d’être leur berger. Au contraire il va les  préparer à retourner chez eux, pour  reprendre leur vie comme au paravent,  mais avec quelques choses qu’ils n’avaient pas en venant : L’espérance. Même  si dans un premier temps il semble jouer le rôle de berger, ce ne sera que provisoirement.  Il va  les aider  à affronter leur destin avec une force nouvelle qui est celle de l’esprit qu’il leur  communique par sa présence et par ses propos..

Ils doivent cesser de se comporter comme un troupeau à l’abandon.  Des brebis sans berger n’ont pas d’avenir, elles vont dans tous les  sens, ne savent pas où brouter et sont continuellement en danger d’être volées par les brigands oumangées par le loup. Avec ou sans berger les brebis restent des animaux dépendants.  Le berger leur permet de vivre. Mais Jésus va leur proposer mieux, même si c’est plus difficile.

Pour répondre à leur détresse, Jésus les enseigne. Celui qui enseigne n’est pas forcément celui qui prend en charge. On ne sait d’ailleurs pas ce qu’il leur dit, mais on peut le supposer. Il leur dit que s’ils suivent son enseignement, ils n’auront plus besoin de berger, l’enseignement  qu’il leur donne leur suffit pour qu’ils deviennent eux-mêmes leur propre berger.

Jésus les invite à cesser d’être des moutons imbéciles, qui attendent tout de celui qui veut bien les prendre en charge. Ils n’ont besoin ni de maître ni de gourou. Jésus leur indique la voie qui donne du sens à leur vie. En écoutant Jésus, ils sont remplis du désir de vivre. Ils reprennent goût à la vie, même si la vie qu’ils ont menée jusqu’à présent n’est pas très enviable. C’est aussi le but de l’Evangile pour tous ceux qui l’écoutent, c'est-à-dire nous.

Il leur dit que Dieu vient jusqu’à eux et cela leur donne envie de se mettre debout  et d’aller plus loin. Il provoque en eux le désir de vivre malgré leur détresse, c’est pourquoi il les nourrit miraculeusement. Ici Jésus leur donne un coup de pouce, pour les lancer sur le chemin d’une autre vie. Ce coup de pouce prend alors figure de miracle. Le miracle, bien souvent réside dans le fait que les hommes qui ne peuvent plus avancer se mettent  quand même à le faire. Le miracle ici, comme ailleurs sert à faire jaillir le désir de vie. C’est le coup d’envoi pour eux d’une nouvelle existence que Dieu partage avec eux. Dieu est celui qui provoque le désir et le désir rend inventif.

Nul ne sait de quoi a été fait ce miracle. Beaucoup de propos ont été tenus et de nombreuses  d’explications  ont été données à ce sujet. On a dit  que  le fait de vouloir nourrir cette grande foule avec quelques pains et quelques poissons a dénoué les consciences et que chacun s’est mis à partager avec les autres le casse croûte qu’il avait emporté.  Quoi qu’il en soit l’espoir de vivre une nouvelle vie s’est transformé en espérance de vie et chacun a été rassasié autant de pain que d’espérance. Ils ont découvert qu’avec rien, on pouvait faire beaucoup.  Ils n’avaient pas  à attendre passivement  qu’on leur donne, mais ils  découvraient  qu’ils avaient en eux la possibilité d’avancer avec rien en poche

De moutons apeurés sans berger qu’ils sont, il s’est mis à les transformer en humains responsables. C’est pourquoi Jésus sollicite encore ses disciples. Même s’ils  sont fatigués,  il doit encore les mettre à contribution pour provoquer un désir de vivre chez chacun des membres de cette foule. Il les remet donc au travail, car le miracle, réside aussi dans le fait  que les disciples soient  capables de se mettre au service des autres  malgré leur fatigue.

On a pris l’habitude de considérer que les disciples de Jésus étaient des râleurs qui comprennent toujours trop tard ce que Jésus attend d’eux et qui se font prier pour accomplir les désirs du maître. Nous leur ressemblons  sans doute.  Il n’empêche que malgré leur indisponibilité, c’est quand même par eux que s’accomplit le miracle. Pourtant Jésus ne leur demande pas de faire un effort au-delà de leurs forces. S’ils sont épuisés, Jésus leur a quand même laissé un peu de temps pour se reprendre.

Jésus en effet n’est pas un bourreau de travail pour les autres. Il connaît parfaitement leurs limites et il prend soin de les ménager malgré l’urgence du moment. Ainsi celui qui nous guide sur les sentiers d’une vie nouvelle connaît parfaitement les gens auxquels il s’adresse, il sait jusqu’où ils peuvent aller. Mais il sait aussi quel est le but à atteindre et il fait le nécessaire pour qu’il se réalise.

Inutile de lui dire qu’il y a urgence. Il le sait. Le soir tombe, la nuit approche. C’est la nuit de l’angoisse et de l’incertitude. Nuit de ce jour qui s’achève, nuit aussi dans leur vie intérieure faite d’angoisses et de questionnements. Il faut que tout soit dit et que tout soit compris avant que les ténèbres ne surprennent tout le monde. Il faut que chacun reparte, animé d’une puissance de vie nouvelle qui lui permettra de franchir les obstacles que l’obscurité lui réserve. Si Jésus  a mis en eux l’espérance d’une autre vie il ne leur a cependant pas donné une potion magique qui déjoue tous  les obstacles. Il leur a donné une autre vision des choses qui les remplit d’énergie, mais les difficultés de la vie subsistent

Les chemins de la vie où ils s’engagent les mèneront sans doute vers le Royaume, mais chacun devra s’y employer, parfois au-delà de ses forces, comme ce fut le cas pour les disciples fatigués, qui ont donné du sens au miracle par le dépassement qu’ils ont accompli sur eux mêmes


vendredi 6 juillet 2018

Amos 7 :12-17 La mission d'Amos - dimanche 15 juillet 2018


Amos 7 :12-15 :


12 Amacya dit alors à Amos : « Va-t’en, voyant ; sauve-toi au pays de Juda : là-bas, tu peux gagner ton pain et prophétiser, là-bas !

13 Mais à Béthel, ne recommence pas à prophétiser, car c’est ici le sanctuaire du roi, le temple royal ! »

14 Amos répondit à Amacya : « Je n’étais pas prophète, je n’étais pas fils de prophète, j’étais bouvier, je traitais les sycomores ;

15 mais le SEIGNEUR m’a pris de derrière le bétail et le SEIGNEUR m’a dit : Va ! prophétise à Israël mon peuple. 





Va prêcher ailleurs ! C’est en ces termes qu’Amos est prié de quitter le Royaume du Nord et d’aller exercer son talent de prophète dans celui du Sud. Ce n’est pas une simple boutade destinée à  se débarrasser d’un prédicateur gênant, cela implique  un principe  théologique que nous allons essayer de découvrir.

Mais en quoi ce bouvier et ce planteur de sycomores peut-il nous intéresser ?

Il vivait dans le Nord au pays d’Israël, dans un état qui à l’origine  formait un seul royaume, et  que les aléas de l’histoire avaient divisé en deux états, parfois rivaux, parfois associés. Il y a là quelques ressemblances avec des réalités d’aujourd’hui.

Que l’état du Nord, Israël intrigue  avec son puissant voisin la Syrie,  au mépris de son petit rival du Sud, n’a que peu d’intérêt pour nous. Celui du Nord, à force de compromis mal gérés finira par être anéanti par son puissant rival, quant à la partie Sud du pays, Juda, trop faible pour le moment, elle échappera pour un temps  à la catastrophe qui anéantit le Nord. Devenu trop puisant à son tour, il disparaîtra deux siècles après dans la tourmente et grâce à cet exil forcé, les victimes de ce nouvel Exode, séparées de leur terre d’origine rédigeront leurs souvenirs, ce qui produira notre Bible, comme quoi ce récit n’est pas sans intérêt.

Qu’est-ce qui provoqua  ce désastre ? On en trouve les raisons dans les oracles des prophètes, dont Amos ici présent. Une première approche  consiste à  dire que c’est à cause de leur manque de piété que Dieu les a punis  en se servant des armées  païennes pour ramener son peuple dans le droit chemin. La méthode parait un peu radicale. Une telle explication  laisse entendre  que  Dieu aurait usé de son pouvoir discrétionnaire de « souverain tout puissant » pour corriger les mauvais comportements de ceux qui estimaient être son peuple.

Mais il y a peut-être une lecture plus subtile à laquelle nous allons nous attacher.

Notre conducteur de bœufs était originaire du Sud, mais pour des raisons qui nous échappent il vivait dans le Nord. S’il  s’était engagé dans la politique de son temps, il était aussi travaillé par les incidences qu’elle pouvait avoir sur la foi. Il n’était donc pas adepte d’une stricte séparation du politique et du religieux.  Il reprochait à ses contemporains de ne pas  tenir compte des impératifs de la foi pour orienter la politique du pays qui se trouvait livré aux mains des plus fortunés  qui laissaient le prolétariat dans la misère.

Ce n’était pas très original. Le respect de la veuve et de l’orphelin, le partage avec le prochain, très peu pour eux ! C’étaient pourtant des impératifs de la loi de Moïse ! Cependant, s’il était d’usage de respecter la religion, il était mal venu de s’en servir pour critiquer les dirigeants.

On considérait que le fondement de la religion était basé sur le culte, le respect des rites,  l’organisation des processions et des sacrifices. Pourtant quand le désastre de la défaite dans le conflit avec la Syrie se produira on le justifiera comme étant l’expression du jugement de Dieu  qui n’aurait pas été satisfait de la pratique du culte. En fait, ce n’est pas la pratique du culte qu’Amos  dénonçait  c’est le comportement moral de ses concitoyens. Et c’est ce comportement qu’il  dénoncera comme la cause du désastre.  En fait, il considérait que  la politique de corruption menée par les dirigeants en était la cause. Il ne s’était pas gêné  pour traiter les  bourgeoises de Samarie de grosses vaches. Il disait aux dirigeants   qu’en ignorant le petit peuple, ils pratiquaient une mauvaise politique et  attiraient  sur eux les foudres du Seigneur.

C’est là que le texte nous lance  un  défi : «  Va prêcher ailleurs, était-il enjoint  à Amos,  par le ministre des cultes».  Il semblerait donc que ce puissant personnage ne contestait pas ses accusations. Il disait simplement que ses sermons n’étaient pas pour eux. «  Va donc prêcher chez les gens du Sud », semblait-il lui dire, comme si Dieu avait établi au Nord un Royaume de privilégiés dont le bon droit était de profiter des bienfaits de la vie et qu’il avait réservé le Sud à une autre catégorie de citoyens.

Selon cette théologie, que j’appellerai la théologie du « bon droit », il relevait de la volonté de Dieu qu’il y ait une  différence entre les humains. Je me demande si une  telle théologie n’effleurerait pas encore aujourd’hui les conceptions  de certains ? Face à une telle position,  le discours d’Amos  parlait de justice, d’égalité et d’espérance. Il laissait entendre, par ailleurs que l’absence de respect de ces vertus aurait le désastre pour conséquence.

Dieu aurait-il une double attitude en fonction des humains qui se réclament de lui ? Serait-il un Dieu partial ? Une telle image de Dieu était conforme à l’idée d’un Dieu national telle qu’elle était en vigueur dans la plupart des pays à cette époque. Mais les prophètes tels Amos étaient déjà en train de  révéler une autre image de Dieu.

Pour justifier une telle théorie d’un Dieu attaché à la sauvegarde de la nation, et pour que la situation subsiste,  on lui offrait un culte très respectueux dans les sanctuaires nombreux du royaume du Nord. En commentant ces belles liturgies, Amos faisait entendre une autre  voix qui révélait un autre aspect de Dieu. (ch 5/v. 22ss) :

-       Quand vous me présentez des holocaustes et des offrandes, je n’y prends aucun plaisir.  Vos sacrifices de communion, je ne les regarde pas, Eloigne de moi le bruit de tes cantiques, je n’écoute pas le son de te luths…

 Sans doute ces paroles étaient-elles plus ou moins bien reçues,  mais on   considérait  qu’elles  n’étaient pas  pour eux. C’est pourquoi on le priait d’aller dire ces choses ailleurs.

Certes, quand on lit ces textes un peu vite sans les approfondir  on retient l’image d’un Dieu qui punit son peuple pour lui avoir rendu un culte sans conviction. Mais le problème n’était sans doute pas là, le Dieu dont Amos voulait être le témoin  était un Dieu qui ne faisait pas de distinction entre les humains et qui ne mettait pas sa puissance au service d’une catégorie d’individus. Il se voulait au service de l’humanité sans distinction. Déjà à l’époque  reculée de l’histoire d’Israël à l’époque des deux royaumes, cette idée de l’universalité de Dieu était-elle en train de prendre sa place dans les principes essentiels de la foi. C’est aujourd’hui ce principe connu sous les termes de  « aime ton prochain comme toi-même » qui est l’impératif phare de notre foi  et  que les hommes ont  encore tant de mal à respecter.

Ce principe a même dépassé les frontières de la religion, il est devenu une revendication  de l’humanité  et relève  aujourd’hui  du principe  au nom duquel se réclament les droits de l’homme  que l’on cherche continuellement à contourner. Comme quoi, dans le monde laïc où  nous prétendons vivre, c’est quand même Dieu qui impose sa loi.






























mercredi 4 juillet 2018

Marc 6/1-6 Jésus et Dieu - dimanche 8 juillet 2018






1
Parti de là, il vient dans son pays, et ses disciples le suivent. 2Quand le sabbat fut venu, il se mit à enseigner dans la synagogue. Une multitude d'auditeurs, ébahis, se demandaient : D'où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée ? Et comment de tels miracles se font-ils par ses mains ? 3N'est-ce pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de José, de Judas et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici, parmi nous ? Il était pour eux une cause de chute. 4Jésus leur disait : On ne refuse pas d'honorer un prophète, sinon dans son pays, parmi les gens de sa parenté et dans sa maison. 5Il ne pouvait faire là aucun miracle, sinon qu'il guérit quelques malades en leur imposant les mains. 6Il s'étonnait de leur manque de foi. Il parcourait les villages d'alentour en enseignant.





Il est toujours hasardeux d’aborder un texte de l’Évangile dans lequel Jésus est mis en cause. Le lecteur se trouve bien souvent dans le même camp que ceux qui s’en prennent à lui.  Aujourd’hui nous sommes  interpelés à propos de la relation qu’il y a entre Dieu et Jésus. Bien entendu depuis longtemps nous croyons le problème résolu. Nous croyons savoir tout sur Jésus  et encore mieux, nous sommes sûrs de savoir quelle est sa relation avec Dieu. 



Mais, au fond de nous-mêmes, sommes-nous toujours en accord avec l’enseignement de nos  églises sur ces questions ?  Certes nous affirmons que Jésus est fils de Dieu, mais quelle réalité cela recouvre-t-il ?  En tout cas le problème n’était pas clair pour ses contemporains.  Ils ont eu du mal à accepter qu’il fut un simple homme avec qui Dieu ait décidé de partager ses prérogatives divines. Le seul fait de dire les choses ainsi, jette peut-être déjà le trouble en notre esprit. Nous comprenons vite, que ses contemporains  étaient encore plus troublés que nous.




Est-ce blasphémer si on dit  que Jésus s’est fait si proche de Dieu qu’on l’a  identifié à lui ? C’est  ce que les Chrétiens des  premières générations ont lentement compris  au cours des premiers siècles et ils l'ont laissé transparaître dans les transcriptions qu'ils en ont faites dans les évangiles, mais les gens de Nazareth aussi bien que les contemporains de Jésus ne l'avaient pas encore compris. Ils contestaient même qu'il puisse y avoir du divin en lui. . En retournant dans son village, Jésus a été mal accueilli, c'est alors qu'une polémique s'est  déclenchée à propos de son rapport à Dieu. 



A partir de ce constat, nous pouvons nous interroger à notre tour pour savoir ce que nous pensons de Dieu ? Comment l’imaginons-nous? Dans nos confessions de foi, nous proclamons sa toute puissance. Nous affirmons qu’il est aussi notre créateur. Mais notre pratique de la lecture biblique nous apprend que Dieu s’il est bon peut aussi  être redoutable et qu’on ne s’approche pas impunément de lui.



Jésus en venant chez les siens tient un discours qui apparemment les trouble. Il semble être si proche de Dieu  qu’on peut même se demander s’il ne laisse pas entendre qu'il  partage  en partie  sa  puissance divine. Mais est-ce possible, pour un simple homme dont on connaît les attaches familiales, se demandent les gens de Nazareth? Si  tout ce qu’il a fait  ne lui vient pas de Dieu, cela ne peut que lui venir de Satan, l’adversaire de Dieu. Une telle interprétation est suggérée ici. Dans le récit parallèle de Luc, au sujet de  ce même événement, on  nous dit que ses auditeurs ont tenté de le tuer à cette occasion.



Si Jésus, comme tout un chacun puise son origine dans une famille humaine comme la nôtre, ses contemporains voyaient  mal comment il pouvait faire des choses qui relèvent  de l’autorité divine. Comment Dieu peut-il mêler des éléments qui relèvent de sa toute-puissance à l’action humaine d’un homme ? Telle était  la question  que se posaient les gens de Nazareth et on comprend qu'ils étaient désemparés.  Si Jésus trouvait son origine dans une famille humaine  comme la nôtre se contemporains ne comprenaient pas qu'il pouvait faire des choses  relevant de l'autorité divine. Comment Dieu pouvait-il mêler  sa toute-puissance à l'action  humaine d'un homme?  On comprend que les gens de Nazareth  désemparés,  soupçonnaient un subterfuge. Les questions qui ont perturbé les contemporains de Jésus ont continué à diviser les hommes entre eux jusqu'à ce que se réunissent les grands conciles de Nicée, d’Éphèse et de Calcédoine pour préciser les relations de Jésus avec Dieu. Aujourd'hui, ces questions continuent encore à diviser les croyants entre eux.



 Il reste inconcevable que Dieu  se soit  fait si proche de la réalité humaine en Jésus Christ au point qu’il ait aboli toute  distance qui le sépare de lui, pas même celle du  péché.  Notre entendement n’y résiste pas et ne le tolère pas. Jésus suggérait pourtant  dans son enseignement que désormais toute relation avec Dieu serait  possible, sans intermédiaire, ni contrainte. C’est pour affirmer cela qu’il s’en prendra un peu  plus tard au temple, car le  temple était  le lieu même  où prenaient corps  les contraintes que la relation avec Dieu imposait aux hommes. C’était le lieu des sacrifices, le lieu des pèlerinages le lieu  où Dieu était caché  derrière le voile infranchissable du Saint des saints.  C'était, malgré les apparences, le lieu  où Dieu était le plus éloigné des hommes. La question qui se pose à nous maintenant est  de savoir quelle distance Jésus a maintenu entre nous et Dieu ? 




Pour mieux poser le problème les compatriotes de Jésus s’en sont  pris à ses  frères et à ses sœurs pour dire que si Jésus a une parenté humaine il ne peut  partager en rien la divinité de Dieu. On  affirme son humanité pour détruire l’éventuelle présence de Dieu en lui, car  s’il est porteur un tant soit peu de la puissance de Dieu,  il met Dieu à notre portée, or la trop grande proximité de Dieu est insupportable à la plupart d’entre nous.  



En effet, il ne nous est pas supportable  de savoir que Dieu puisse faire sa demeure en nous.  Nous ne supportons pas davantage de sentir son regard toujours bienveillant se  poser sur nous. Il ne nous est pas possible, non plus  de faire le bilan de nos erreurs sans envisager un châtiment, même léger de la part de Dieu. Et pourtant Dieu aime sans punir selon Jésus. Est-il possible que son pardon soit plus fort que  nos remords et qu’il nous promette une vie meilleure alors que nous n’arrivons pas à nous pardonner nous-mêmes de nos mauvaises actions? 



Ces questions ne sont pas seulement celles des gens de Nazareth,  et même les conciles ne les ont pas effacées, parce qu'elles font partie de notre propre itinéraire spirituel. Ce sont aussi nos questions à nous car la trop grande proximité de Dieu nous  est intolérable  à  nous aussi. La conscience que nous avons de notre péché maintient une distance entre Dieu et nous, et nous souhaitons la garder.  Nous considérons que la proximité  avec Dieu n’est possible que pour les gens exceptionnels,  pour ceux  dont les péchés seraient insignifiants. Seul Moïse a pu approcher Dieu de près, Abraham ne l’a vu que par l’intermédiaire d’un ange, quant à Élie, il n’a senti que la douceur de son souffle.  Je ne parle pas de nous ! Il nous est difficile d'imaginer que notre contact avec Dieu puisse être plus proche que le leur. Notre péché, le plus ténu soit-il, pèse encore trop lourd, croit-on,  pour ne pas offenser Dieu.



Jésus connaît fort bien toutes nos réticences, c’est pourquoi une grande partie de son enseignement a consisté à dire que Dieu anéantissait nos péchés, qu’il les détruisait et qu’il en gommait les effets. Pourtant   la réalité du péché nous colle à la peau  tant nous avons du mal à accepter la gratuité de son pardon. 



Par contre, il est curieux de constater que nous  n’avons aucun problème à affirmer la toute-puissance  de Dieu bien qu’elle ne se voit pas à l’œil nu. Nous considérons, sans discuter qu’il est créateur du ciel et de la terre, mais nous lui contestons la possibilité de détruire nos péchés et de les anéantir. Pourtant, s’il est tout puissant, il est capable de l’un comme de l’autre. Il est capable, tout à la fois, de régner en gloire dans les cieux et de s’incarner dans un homme de notre condition. Et pour que cela soit possible, il gomme les effets de nos exactions. Puisque le péché nous sépare de lui,  il l’anéantit, ainsi  il peut rester tout proche de chacune et de chacun de nous. 



Pourtant, aussi curieux que cela paraisse, si nous refusons que Dieu se fasse homme, par contre, nous concevons fort bien que l’homme  puisse s’élever jusqu’à Dieu, et que par ses propres forces il puisse s’approcher de Dieu.

L’enseignement de Jésus affirme qu’il est impossible de s’élever jusqu’à Dieu, mais  que. Dieu se fait homme pour guider l’humanité  sur le chemin de sa propre humanité et non pas pour échapper à son humanité. On  ne peut se rapprocher de Dieu que si on accepte d’être pleinement l’être humain qu’il a créé. 



Celui qui s’éloigne des hommes et se réfugie au désert pour rencontrer Dieu et pour s’élever dans la sainteté  fait fausse route. Quand Jésus s’est  rendu au désert, c’est le tentateur qu’il  a rencontré et pour résister au tentateur il a du  prendre en compte sa propre humanité. Son séjour au désert l’a fortifié dans son humanité et l’a renvoyé vers les hommes ses frères. Saint Antoine au désert ne retrouve pas Dieu, mais la tentation.

L’erreur serait de croire qu’on pourrait rester au désert sans revenir vers les hommes et passer directement de la fuite au désert à la contemplation de Dieu. Ce serait manquer sa vocation d’homme et rater son accomplissement en Dieu. C’est exactement  cela le péché  qui étymologiquement désigne le fait  pour un tireur de  manquer sa cible 



C’est là que réside le scandale. Il est dit dans l’Evangile que nous avons lu, « qu’il  était pour eux une occasion de chute » le texte  en grec est plus violent il dit qu’il les scandalisait. Le scandale c’est  le fait de refuser de croire que Dieu puisse s’approcher de l’homme au point d’établir une relation d’amour avec lui. Le scandale c’est finalement  le fait de contester à Dieu la capacité de  faire de nous des hommes  authentiques, car tel est le but de notre vie.





L’attitude de Jésus scandalisait les siens parce qu’ils ne comprenaient pas que Dieu avait décidé par amour pour eux de descendre jusqu’à eux pour  qu’ils ne s’égarent pas en cherchant à s’élever jusqu’à lui. L’homme qui accomplit pleinement son humanité rend gloire à son Seigneur qui l’a conçu  ainsi,  afin de partager avec son lui l’éternité qu’il a créée pour leur commune rencontre.

mardi 26 juin 2018

Marc 5/21-43 Jésus rend la vie à trois femmes Dimanche 1 juillet 2018

Marc 5:21-43 Jésus rend la vie à trois femmes – dimanche 1juillet 2018
Marc  5/ 21-43
 21Jésus regagna l’autre rive en bateau, et une grande foule se rassembla auprès de lui. Il était au bord de la mer. 22 Un des chefs de la synagogue, nommé Jaïros, arrive ; le voyant, il tombe à ses pieds 23 et le supplie instamment : Ma fille est sur le point de mourir ; viens, impose-lui les mains, afin qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. 24 Il s’en alla avec lui. Une grande foule le suivait et le pressait de toutes parts.
 25 Or il y avait là une femme atteinte d’une perte de sang depuis douze ans. 26 Elle avait beaucoup souffert du fait de nombreux médecins, et elle avait dépensé tout ce qu’elle possédait sans en tirer aucun avantage ; au contraire, son état avait plutôt empiré. 27 Ayant entendu parler de Jésus, elle vint dans la foule, par-derrière, et toucha son vêtement. 28 Car elle disait : Si je touche ne serait-ce que ses vêtements, je serai sauvée ! 29 Aussitôt sa perte de sang s’arrêta, et elle sut, dans son corps, qu’elle était guérie de son mal.
 30 Jésus sut aussitôt, en lui-même, qu’une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule et se mit à dire : Qui a touché mes vêtements ? 31 Ses disciples lui disaient : Tu vois la foule qui te presse de toutes parts, et tu dis : « Qui m’a touché ? » 32 Mais il regardait autour de lui pour voir celle qui avait fait cela. 33 Sachant ce qui lui était arrivé, la femme, tremblant de peur, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. 34 Mais il lui dit : Ma fille, ta foi t’a sauvée ; va en paix et sois guérie de ton mal.
 35 Il parlait encore lorsque arrivent de chez le chef de la synagogue des gens qui disent : Ta fille est morte ; pourquoi importuner encore le maître ? 36 Mais Jésus, qui avait surpris ces paroles, dit au chef de la synagogue : N’aie pas peur, crois seulement. 37 Et il ne laissa personne l’accompagner, si ce n’est Pierre, Jacques et Jean, frère de Jacques. 38 Ils arrivent chez le chef de la synagogue ; là il voit de l’agitation, des gens qui pleurent et qui poussent de grands cris. 39 Il entre et leur dit : Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort. 40 Eux se moquaient de lui. Mais lui les chasse tous, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, ainsi que ceux qui l’accompagnaient, et il entre là où se trouvait l’enfant. 41 Il saisit l’enfant par la main et lui dit : Talitha koum, ce qui se traduit : Jeune fille, je te le dis, réveille-toi ! 42 Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher — en effet, elle avait douze ans. Ils furent saisis d’une grande stupéfaction. 43 Il leur fit de sévères recommandations pour que personne ne le sache, et il dit de lui donner à manger.


 Deux miracles coup sur coup. Voilà de quoi émerveiller les foules, voilà de quoi alimenter les prédications de beaucoup de pasteurs pour nous inviter à nous émerveiller et à croire que Jésus joue un rôle  vital dans l’existence de ceux  qui sont en manque d’espérance.
 Voilà en quels termes pourrait commencer le sermon que je ne vais pas faire. Je vais chercher ailleurs  que dans le merveilleux, d’autres aspects de ce texte à côté desquels je ne voudrais pas passer. Car  en  lisant attentivement ce récit on y découvre des aspects auxquels on ne s’attend pas.  Aucun des acteurs n’agit comme on aurait pu le supposer. Ils donnent  tous dans le faux, mais malgré tout leur démarche aboutit. Nous avons là l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire en présence de Jésus et pourtant la démarche qu’ils entreprennent donne le résultat espéré.  Ce texte fonctionne  comme si on nous donnait l’exemple de la prière qu’il ne faut pas faire et de constater que malgré tout, elle  est exaucée. Jésus ne tiendrait aucun compte de nos démarches maladroites ni de nos démarches de foi mal fondées  ou de nos  attitudes théologiques bancales pour venir à notre aide et nous  porter  une attention  réconfortante. Telle serait pour lui la règle de la vie.
  Nous pensons en faisant ce constat à toutes ces différences théologiques qui opposent les églises entre elles depuis parfois des millénaires et qui continuent à les diviser  au point de s’interdire tout  geste de communion entre elles alors que  Jésus les considéreraient comme des points de détails qui mériteraient  à peine qu’on s’y arrête.
 Le récit, nous l’avons noté,  est fait de  deux récits imbriqués l’un dans l’autre. Il y est question d’une femme guérie en pleine rue,  aux sus et aux vues de  tout le monde sans même que Jésus s’en mêle vraiment.  Dans l’autre récit, il est question d’une autre femme -  une fillette dit le texte, mais est-elle une fillette ? – qui meurt avant que Jésus intervienne et qu’il rend à la vie  dans le plus grand secret familial.
Pourquoi l’une est-elle guérie en public alors que pour l’autre Jésus, s’enferme avec elle et ses proches pour la réveiller ?  Sans doute  fallait-il, pour que la femme puisse retrouver pleinement  la jouissance de sa vie, que sa guérison  signifie aussi sa réintégration dans la vie sociale puisque sa maladie la rendait inapte à la vie avec les autres à cause de l’impureté qu’elle subissait  du fait des pertes de sang dont elle souffrait. Quant à la jeune femme, son retour à la vie signifiait aussi une guérison de la cellule familiale. Cela relevait alors de l’ordre du privé et n’avait besoin de n’être connu de personne.
 Douze ans séparent ces deux femmes. La maladie de la plus vieille a commencé au moment de la naissance de la plus jeune. C’est comme si  la plus vieille  endossait le rôle de la mère de l’enfant  qui n’occupe aucune place ici et qu’on pourrait considérer comme morte si Jésus, au dernier moment,  ne l’exhumait  du néant où elle semblait être enfermée. La mort plane  sur la vie de ces trois femmes dans un non-dit  qu’il nous faut maintenant décrypter. Au moment où la plus vieille retrouve une vie normale, la plus jeune  renaît à la vie, et la mère est rendue à l’existence.   Jésus se charge ainsi aussi bien des morts secrètes que des morts réelles pour répandre la vie  de partout où il est reconnu.
 Revenons à chacun des personnages de ce texte. Nous l’avons dit, aucun d’ entre eux  ne fait ce qu’il doit faire. Le récit est présenté de telle sorte qu’il suggère que les croyants font rarement ce que Dieu attend d’eux.  Sous couvert d’une démarche de foi, ils agissent, comme la femme  par superstition, où comme le Père  qui espère la réponse de Dieu en manipulant en manipulant Jésus.  Et pourquoi Jésus se laisse-t-il faire ?
 L’attitude de la femme malade correspond au type de la démarche superstitieuse. Elle n’en peut plus. Elle est épuisée physiquement par sa  perte de sang qui affaiblit son organisme et par toutes les vaines tentatives qu’elle a entreprises auprès des médecins et des guérisseurs.  En outre, la culture de son pays lui interdit tout contact  avec les autres à cause de son impureté permanente.  Ne la blâmons pas si elle pense qu’elle peut s’approprier clandestinement  un peu de l’énergie vitale que Dieu a mise en Jésus.  Jésus ne la blâme par pour son geste, mais pour le secret  avec lequel elle a opéré.  «  Pas besoin de se cacher pour espérer » semble-t-il lui dire. La puissance de vie dont dispose Jésus est pour tous. Par Jésus  Dieu donne à tous  la capacité de vivre, même malade  et même mort. Douze ans de vie et de souffrances viennent de voler en éclat par le seul contact discret, avec Jésus et les effets de  cette  puissance de vie vont  rejaillir sur la jeune fille de l’histoire suivante.

 Le Père de la jeune fille ne fait pas à son tour ce qu’il devrait faire.  Françoise Dolto a analysé  son cas avec attention.  Elle a montré qu’il a agi à tort envers Jésus  en lui ordonnant de faire ce qu’il doit faire à cause sans doute d’un complexe de supériorité mal assumé. Mais il a aussi   mal agi envers sa fille depuis sa plus tendre enfance dont il s’est totalement emparé au point que la mère ne joue plus aucun rôle auprès d’elle. Il parle de sa fille comme d’une petite fille alors qu’elle a douze ans. En orient, en ce temps là, elle était  à l’aube de devenir femme et se trouvait  déjà  en état d’être bonne à marier. Françoise Dolto estime que cette enfant est  étouffée et privée de possibilité d’entrer dans sa  vie de femme par un Père abusif et possessif.
6Marc 5:21-43 Jésus rend la vie à trois femmes – dimanche 1juillet 2018
Marc  5/ 21-43
 21Jésus regagna l’autre rive en bateau, et une grande foule se rassembla auprès de lui. Il était au bord de la mer. 22 Un des chefs de la synagogue, nommé Jaïros, arrive ; le voyant, il tombe à ses pieds 23 et le supplie instamment : Ma fille est sur le point de mourir ; viens, impose-lui les mains, afin qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. 24 Il s’en alla avec lui. Une grande foule le suivait et le pressait de toutes parts.
 25 Or il y avait là une femme atteinte d’une perte de sang depuis douze ans. 26 Elle avait beaucoup souffert du fait de nombreux médecins, et elle avait dépensé tout ce qu’elle possédait sans en tirer aucun avantage ; au contraire, son état avait plutôt empiré. 27 Ayant entendu parler de Jésus, elle vint dans la foule, par-derrière, et toucha son vêtement. 28 Car elle disait : Si je touche ne serait-ce que ses vêtements, je serai sauvée ! 29 Aussitôt sa perte de sang s’arrêta, et elle sut, dans son corps, qu’elle était guérie de son mal.
 30 Jésus sut aussitôt, en lui-même, qu’une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule et se mit à dire : Qui a touché mes vêtements ? 31 Ses disciples lui disaient : Tu vois la foule qui te presse de toutes parts, et tu dis : « Qui m’a touché ? » 32 Mais il regardait autour de lui pour voir celle qui avait fait cela. 33 Sachant ce qui lui était arrivé, la femme, tremblant de peur, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. 34 Mais il lui dit : Ma fille, ta foi t’a sauvée ; va en paix et sois guérie de ton mal.
 35 Il parlait encore lorsque arrivent de chez le chef de la synagogue des gens qui disent : Ta fille est morte ; pourquoi importuner encore le maître ? 36 Mais Jésus, qui avait surpris ces paroles, dit au chef de la synagogue : N’aie pas peur, crois seulement. 37 Et il ne laissa personne l’accompagner, si ce n’est Pierre, Jacques et Jean, frère de Jacques. 38 Ils arrivent chez le chef de la synagogue ; là il voit de l’agitation, des gens qui pleurent et qui poussent de grands cris. 39 Il entre et leur dit : Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort. 40 Eux se moquaient de lui. Mais lui les chasse tous, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, ainsi que ceux qui l’accompagnaient, et il entre là où se trouvait l’enfant. 41 Il saisit l’enfant par la main et lui dit : Talitha koum, ce qui se traduit : Jeune fille, je te le dis, réveille-toi ! 42 Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher — en effet, elle avait douze ans. Ils furent saisis d’une grande stupéfaction. 43 Il leur fit de sévères recommandations pour que personne ne le sache, et il dit de lui donner à manger.

 Deux miracles coup sur coup. Voilà de quoi émerveiller les foules, voilà de quoi alimenter les prédications de beaucoup de pasteurs pour nous inviter à nous émerveiller et à croire que Jésus joue un rôle  vital dans l’existence de ceux  qui sont en manque d’espérance.
 Voilà en quels termes pourrait commencer le sermon que je ne vais pas faire. Je vais chercher ailleurs  que dans le merveilleux, d’autres aspects de ce texte à côté desquels je ne voudrais pas passer. Car  en  lisant attentivement ce récit on y découvre des aspects auxquels on ne s’attend pas.  Aucun des acteurs n’agit comme on aurait pu le supposer. Ils donnent  tous dans le faux, mais malgré tout leur démarche aboutit. Nous avons là l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire en présence de Jésus et pourtant la démarche qu’ils entreprennent donne le résultat espéré.  Ce texte fonctionne  comme si on nous donnait l’exemple de la prière qu’il ne faut pas faire et de constater que malgré tout, elle  est exaucée. Jésus ne tiendrait aucun compte de nos démarches maladroites ni de nos démarches de foi mal fondées  ou de nos  attitudes théologiques bancales pour venir à notre aide et nous  porter  une attention  réconfortante. Telle serait pour lui la règle de la vie.
  Nous pensons en faisant ce constat à toutes ces différences théologiques qui opposent les églises entre elles depuis parfois des millénaires et qui continuent à les diviser  au point de s’interdire tout  geste de communion entre elles alors que  Jésus les considéreraient comme des points de détails qui mériteraient  à peine qu’on s’y arrête.
 Le récit, nous l’avons noté,  est fait de  deux récits imbriqués l’un dans l’autre. Il y est question d’une femme guérie en pleine rue,  aux sus et aux vues de  tout le monde sans même que Jésus s’en mêle vraiment.  Dans l’autre récit, il est question d’une autre femme -  une fillette dit le texte, mais est-elle une fillette ? – qui meurt avant que Jésus intervienne et qu’il rend à la vie  dans le plus grand secret familial.
Pourquoi l’une est-elle guérie en public alors que pour l’autre Jésus, s’enferme avec elle et ses proches pour la réveiller ?  Sans doute  fallait-il, pour que la femme puisse retrouver pleinement  la jouissance de sa vie, que sa guérison  signifie aussi sa réintégration dans la vie sociale puisque sa maladie la rendait inapte à la vie avec les autres à cause de l’impureté qu’elle subissait  du fait des pertes de sang dont elle souffrait. Quant à la jeune femme, son retour à la vie signifiait aussi une guérison de la cellule familiale. Cela relevait alors de l’ordre du privé et n’avait besoin de n’être connu de personne.
 Douze ans séparent ces deux femmes. La maladie de la plus vieille a commencé au moment de la naissance de la plus jeune. C’est comme si  la plus vieille  endossait le rôle de la mère de l’enfant  qui n’occupe aucune place ici et qu’on pourrait considérer comme morte si Jésus, au dernier moment,  ne l’exhumait  du néant où elle semblait être enfermée. La mort plane  sur la vie de ces trois femmes dans un non-dit  qu’il nous faut maintenant décrypter. Au moment où la plus vieille retrouve une vie normale, la plus jeune  renaît à la vie, et la mère est rendue à l’existence.   Jésus se charge ainsi aussi bien des morts secrètes que des morts réelles pour répandre la vie  de partout où il est reconnu.
 Revenons à chacun des personnages de ce texte. Nous l’avons dit, aucun d’ entre eux  ne fait ce qu’il doit faire. Le récit est présenté de telle sorte qu’il suggère que les croyants font rarement ce que Dieu attend d’eux.  Sous couvert d’une démarche de foi, ils agissent, comme la femme  par superstition, où comme le Père  qui espère la réponse de Dieu en manipulant en manipulant Jésus.  Et pourquoi Jésus se laisse-t-il faire ?
 L’attitude de la femme malade correspond au type de la démarche superstitieuse. Elle n’en peut plus. Elle est épuisée physiquement par sa  perte de sang qui affaiblit son organisme et par toutes les vaines tentatives qu’elle a entreprises auprès des médecins et des guérisseurs.  En outre, la culture de son pays lui interdit tout contact  avec les autres à cause de son impureté permanente.  Ne la blâmons pas si elle pense qu’elle peut s’approprier clandestinement  un peu de l’énergie vitale que Dieu a mise en Jésus.  Jésus ne la blâme par pour son geste, mais pour le secret  avec lequel elle a opéré.  «  Pas besoin de se cacher pour espérer » semble-t-il lui dire. La puissance de vie dont dispose Jésus est pour tous. Par Jésus  Dieu donne à tous  la capacité de vivre, même malade  et même mort. Douze ans de vie et de souffrances viennent de voler en éclat par le seul contact discret, avec Jésus et les effets de  cette  puissance de vie vont  rejaillir sur la jeune fille de l’histoire suivante.
 Le Père de la jeune fille ne fait pas à son tour ce qu’il devrait faire.  Françoise Dolto a analysé  son cas avec attention.  Elle a montré qu’il a agi à tort envers Jésus  en lui ordonnant de faire ce qu’il doit faire à cause sans doute d’un complexe de supériorité mal assumé. Mais il a aussi   mal agi envers sa fille depuis sa plus tendre enfance dont il s’est totalement emparé au point que la mère ne joue plus aucun rôle auprès d’elle. Il parle de sa fille comme d’une petite fille alors qu’elle a douze ans. En orient, en ce temps là, elle était  à l’aube de devenir femme et se trouvait  déjà  en état d’être bonne à marier. Françoise Dolto estime que cette enfant est  étouffée et privée de possibilité d’entrer dans sa  vie de femme par un Père abusif et possessif.
 Devant le drame de sa fille il somme Jésus d’obtempérer avec condescendance et autorité. Cette attitude pleine de contradictions révèle  le mal être qui est en lui.  Il demande  à Jésus de lui imposer les mains comme s’il voulait régénérer la vie de son enfant en manipulant Jésus et par extension Dieu lui-même. Jésus évidemment ne se soumet pas, mais il reprend l’autorité à son compte. C’est lui, maintenant qui dit ce qu’il faut faire. Il rétablit l’unité familiale totalement rompue par la faute du Père en les réunissant avec lui et avec la mère dans la chambre de l’enfant. La jeune fille devient alors capable de vivre à nouveau et de sortir du sommeil léthargique où l’avait  enfermé l’attitude abusive du Père. La seule chose dont la jeune fille a besoin maintenant c’est de manger et de reprendre des forces. Le retour à la vie de l’enfant montre que Jésus avait vu juste. C’est son entourage qui la rendait inapte à la vie. En remettant chacun à sa place, la vie pouvait renaître.

 Toute action de Jésus est porteuse de vie. Elle relève simplement de l’évidence selon laquelle, notre foi en Dieu consiste avant tout à reconnaître qu’il est pourvoyeur de vie. Le miracle permanent en nous découle simplement de ce que nous reconnaissons cet état de fait. Ici on l’a vu, il s’agit non seulement de guérison de maladie, mais de guérison de la vie sociale. La malade est réintégrée dans la société, la jeune fille est rendue à la vie, mais elle est aussi guérie des abus que son père a pu lui faire subir et la mère  reprend pied dans la vie familiale.
 Devant le drame de sa fille il somme Jésus d’obtempérer avec condescendance et autorité. Cette attitude pleine de contradictions révèle  le mal être qui est en lui.  Il demande  à Jésus de lui imposer les mains comme s’il voulait régénérer la vie de son enfant en manipulant Jésus et par extension Dieu lui-même. Jésus évidemment ne se soumet pas, mais il reprend l’autorité à son compte. C’est lui, maintenant qui dit ce qu’il faut faire. Il rétablit l’unité familiale totalement rompue par la faute du Père en les réunissant avec lui et avec la mère dans la chambre de l’enfant. La jeune fille devient alors capable de vivre à nouveau et de sortir du sommeil léthargique où l’avait  enfermé l’attitude abusive du Père. La seule chose dont la jeune fille a besoin maintenant c’est de manger et de reprendre des forces. Le retour à la vie de l’enfant montre que Jésus avait vu juste. C’est son entourage qui la rendait inapte à la vie. En remettant chacun à sa place, la vie pouvait renaître.
 Toute action de Jésus est porteuse de vie. Elle relève simplement de l’évidence selon laquelle, notre foi en Dieu consiste avant tout à reconnaître qu’il est pourvoyeur de vie. Le miracle permanent en nous découle simplement de ce que nous reconnaissons cet état de fait. Ici on l’a vu, il s’agit non seulement de guérison de maladie, mais de guérison de la vie sociale. La malade est réintégrée dans la société, la jeune fille est rendue à la vie, mais elle est aussi guérie des abus que son père a pu lui faire subir et la mère  reprend pied dans la vie familiale.

jeudi 21 juin 2018

Luc 1/58-80 Naissance de Jean Baptiste - dimanche 24 juin 2018


Luc 1/58-80

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   Construire l'avenir  -  dimanche  24 juin 2012
Luc 1:57-80
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57Le temps où Elisabeth devait accoucher arriva, et elle mit au monde un fils. 58Ses voisins et les gens de sa parenté apprirent que le Seigneur avait fait preuve envers elle d'une grande compassion, et ils se réjouirent avec elle.
59Le huitième jour, ils vinrent circoncire l'enfant, et ils allaient lui donner le nom de son père, Zacharie. 60Mais sa mère dit : Non, il sera appelé Jean. 61Ils lui dirent : Il n'y a dans ta parenté personne qui porte ce nom. 62Et ils faisaient des signes à son père pour savoir comment il voulait l'appeler. 63Zacharie demanda une tablette et il écrivit : Son nom est Jean. Et tous s'étonnèrent. 64A l'instant même, sa bouche s'ouvrit et sa langue se délia ; il se mit à parler et à bénir Dieu. 65Tous les habitants des alentours furent saisis de crainte et, dans toute la région montagneuse de la Judée, on discutait de tous ces événements.66Tous ceux qui en entendaient parler se mirent à réfléchir. Ils se demandaient : Que sera donc cet enfant ? Car la main du Seigneur était avec lui.
L'hymne de Zacharie
67Zacharie, son père, fut rempli d'Esprit saint et se mit à parler en prophète, en disant :
68Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël,
d'être intervenu en faveur de son peuple, d'avoir assuré sa rédemption
69et de nous avoir suscité une corne de salut
dans la maison de David, son serviteur,
70— comme il en a parlé par la bouche de ses saints prophètes d'autrefois —
71un salut qui nous délivre de nos ennemis et de tous ceux qui nous détestent.
72C'est ainsi qu'il montre sa compassion envers nos pères
et qu'il se souvient de son alliance sacrée,
73selon le serment qu'il a juré à Abraham, notre père ;
ainsi nous accorde-t-il,
74après avoir été délivrés des ennemis, de pouvoir sans crainte
lui rendre un culte
75dans la sainteté et la justice,
devant lui, tout au long de nos jours.
76Et toi, mon enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ;
car tu iras devant le Seigneur pour préparer ses chemins,
77pour donner à son peuple la connaissance du salut
par le pardon de ses péchés,
78grâce à la tendre compassion de notre Dieu.
C'est par elle que le soleil levant brillera sur nous d'en haut
79pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort
et pour diriger nos pas vers le chemin de la paix.
La jeunesse de Jean le Baptiseur
80Or l'enfant grandissait et devenait fort par l'Esprit. Il demeurait dans les déserts, jusqu'au jour où il se présenta devant Israël. 





Dans notre Eglise, comme dans beaucoup d’autres, des projets nouveaux se mettent en place. Ce fut d’abord, le projet d’union de notre Eglise avec l’Eglise Luthérienne pour créer, l’Eglise Unie  Depuis quelques temps, c’est le projet d’Eglise Verte qui interroge nos paroisses sur l’avenir de la planète, et qui les interpellent pour qu’elles s’ouvrent à des projets responsables qui permettraient d’envisager l’avenir plus sereinement. Ce projet œcuménique  a fait bouger les frontières entre les communautés chrétiennes.  Il y a fort à parier que ces mouvements de rapprochement vont très vite mettre en chantier de nouveaux  projets qui donneront un sang nouveau à nos vieilles assemblées fatiguées d’avoir trop longtemps vécues.

Bien entendu les critiques ne se font pas attendre pour dire que malgré tout, rien ne changera,  et que tous ces projets ne remplaceront pas l’affadissement spirituel que subissent la plupart des églises face aux mouvements de sécularisation du moment.

Regardons le texte qui nous est proposé aujourd’hui. Il nous aidera à réfléchir à la question  car il propose sans doute des  ouvertures aux questions que l’on se pose aujourd’hui. Certes ces deux vieillards impliqués dans une situation à laquelle ils ne s’attendaient  pas conçoivent la situation comme un cadeau de Dieu, mais savent-ils s’ils auront assez de forces pour l’assumer ? 

La première solution qui leur est proposée leur vient  du groupe de femmes qui entourent Elisabeth. Elles ont très vite enfermé l’enfant  dans la tradition séculaire  des prêtres. Il sera  prêtre  comme son Père, puisque c’est la tradition de sa famille. Il portera le même nom que lui, il apprendra un métier  pour vivre  et consacrera toute sa vie à l’œuvre de Dieu. Elles estiment  que  c’est le Seigneur  qui a voulu cette situation et c’est lui qui leur donnera la force de l’accomplir.

Pourtant, si le Seigneur est à l’origine  de cette situation,  il est à prévoir qu’il souhaite un autre projet. Il ne veut sans doute pas que cet enfant reste enfermé dans le courant de la tradition. Il faut qu’il entre dans un autre projet  qui s’inscrira dans un ordre nouveau. Et c’est ce qui se passera. Pour aller de l’avant, il faut accepter les défis que Dieu propose.

C’est ce genre de défi qui provoque   régulièrement les communautés de croyants quand elles arrivent à un tournent de leur histoire. Elles savent bien qu’elles ne peuvent nourrir l’espérance en répétant simplement les traditions du passé. Ce genre de question  devient pertinent quand  les mœurs et la société évoluent à grande vitesse comme c’est le cas en ce moment. Faut-il s’adapter, faut-il innover, faut-il inventer  pour rester fidèle  aux promesses de Dieu ?
A l’époque où se situait l’événement de la naissance de Jean Baptiste, on sentait monter des espérances nouvelles. On espérait  un Messie qui bouterait les Romains hors les murs et libérerait le peuple  des Hébreux. Mais une chape de plomb  s’était abattue sur la société. Tout mouvement de résistance était violemment réprimé. Il était impensable que les hommes puissent mener à bien une révolution quelconque. Toutes les tentatives avaient jusqu’alors lamentablement échouées. Seule une révolution menée par Dieu aurait une chance de réussir. Mais pour réussir, il fallait le soutien d’un peuple bien préparé, il fallait une dynamique bien rodée, il fallait croire que Dieu habitait déjà l’avenir, encore fallait-il lire correctement les projets de Dieu et écouter ce qu’il avait à dire.

Ceux qui ont des connaissances sur l’histoire du premier siècle de notre ère savent bien que l’avenir a été catastrophique  pour les habitants de la Judée. Des prophètes se sont levés, mais aucun n’était vraiment porteur  d’un projet de Dieu. Sans doute avait-on voulu faire de Dieu un chef de guerre et non un prince de paix. C’est pour cela qu’ils se sont  trompé sur toute la ligne qu’ils n’ont pas compris le message  porté  par Jean Baptiste ou Jésus. Personne n’a vraiment réalisé ce que signifiait la paix, le shalom voulu par Dieu. 

Avez-vous remarqué, en revenant à notre texte qu’il nous parle d’une parole prophétique  qui a été donnée ici  à un vieillard muet ? Il faut  y voir comme une provocation à l’égard  de ceux qui ne croient plus que la sagesse des anciens puisse éclairer l’avenir et que pour faire du nouveau il faut gommer le passé, car on  considère qu’il faut faire jeune pour avoir  raison. Ici la parole est donnée à un vieillard, mais  passage porte  en plus une autre provocation.  Le témoin  est muet !  Ainsi la parole qui nous est proposée aujourd’hui  est-elle portée, par un homme doublement incapable d’avoir une parole intelligible : trop vieux et muet, à nous de comprendre.

On aurait donc tendance, à considérer que le vieux Zacharie représente la tradition dépassée qui n’a plus rien à dire aux générations nouvelles, c’est pourquoi il serait devenu muet. Certains pourraient même dire, et on l’a dit, que l’Ancien Testament est dépassé, vive le nouveau !  Mais, ce serait aller trop vite en besogne.   Cela  peut aussi vouloir dire que les générations nouvelles ne sont plus  capables d’entendre  ce qui est porteur d’avenir dans les messages de la tradition. Le vieux prêtre, dont la fonction n’était pas de parler, mais de célébrer, parle de délivrance, de connaissance du salut et de chemin de paix. Voici en trois mots le résumé de la bénédiction qu’il prononce sur le petit enfant. Délivrance, Salut et Paix. Ces mots prennent alors une valeur prophétique et disent exactement ce que nous avons besoin d’entendre, c’est ce qui avait été dit jadis par les prophètes et ce que Jean Baptiste et Jésus ont dit après eux.  C’est cela qui motivera notre  construction de l’avenir.

Au cours des siècles, les hommes se sont avérés incapables de donner une valeur par eux-mêmes à ces trois notions.  Elles  ne peuvent se réaliser que si Dieu nous prête main-forte pour les mettre en œuvre. Dieu allume ainsi en  nous le désir  de vivre autrement et il   fait la promesse qu’on peut y arriver. Si on sait écouter la tradition de l’Ecriture  et qu’on ne fasse pas comme si Dieu était muet alors nous serons à bonne école pour construire l’avenir. Avec la promesse, Dieu nous donne aussi le moyen de la réaliser. 
L’Evangile consiste à croire que  l’amour de Dieu  nous invite  à  donner  priorité aux autres dans toutes nos actions.  Il nous invite à travailler dans ce monde pour le mieux-être de tous, à commencer par les plus faibles. C’est alors qu’un jour nouveau sans haine et sans violence est en train de se lever  sur la société  des hommes. 

C’est impossible  a-t-on dit jusqu’à ce jour ! Mais l’Esprit de Dieu est tenace  et nous demande de lui faire confiance pour que tout cela s’accomplisse pour ce temps nouveau qui commence.