vendredi 23 octobre 2020

Matthieu 22/34-40 dimanche 25 octobre 2020

 

Matthieu 22/34-40  

En ce temps-là, les pharisiens, apprenant qu’il avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent,
et l’un d’entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus pour le mettre à l’épreuve :
« Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? »
Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit.
Voilà le grand, le premier commandement.
Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. »

Ce serait bien si, dès le réveil, quand nous ouvrons les paupières, nous nous mettions à l’unisson avec Dieu et  que nous  contemplions  par la pensée le monde qui s’offre à nous en pensant à Dieu. C’est alors que le verbe aimer s’imposerait à notre esprit et que nous pourrions nous   mettre  à le  conjuguer à tous les temps de l’indicatif, du subjonctif et du conditionnel. C’est Dieu qui occuperait alors toute la place, car Dieu est amour nous est-il dit dans l’épître de Jean. C’est  en effet par cette notion d’amour que Jésus a décrit sa relation au Père et c’est grâce à tout ce que ce mot suggère que chacun est invité à s’approcher de Dieu et à le contempler.

Nous vivons dans un siècle où la notion d’amour occupe une grande place et le mot lui-même accompagne bien des propos. Les jeunes parmi nos contemporains font usage d’un mot d’argot pour exprimer ce sentiment. Quand ils parlent d’une chose ou d’une personne ils disent qu’ils le kif grave, ce qui veut dire qu’il y a de l’amour dans cette relation. En parlant ainsi, ils pensent se projeter  dans un autre univers d’où la notion classique de l’amour n’aurait plus exactement sa place.

Pour ce qui est de la notion d’amour telle que Jésus l’envisage nous découvrons qu’il  confond en une même notion, notre capacité à aimer les autres et  l’empreinte que Dieu laisse en nous. «  Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de tout ton âme et de toute ta pensée dit-il aux pharisiens, et ton prochain comme toi-même ajoute-t-il». Mais le mot amour n’est pas forcément nécessaire pour en exprimer la notion. Nous venons de le voir.  Les animateurs de la jeunesse protestante ont bien perçu ce rapport avec Dieu quand ils ont fait usage de cette expression argotique dont je parlais il y a un instant pour  désigner les rassemblements  de la jeunesse : le Grand Kif. Mais l’expression échappe vite  à notre  contrôle. Avec le temps, pour faire branché, l’idée même d’amour  laisse la place à un logo qui représente un cœur et qui désigne tout ce qui est susceptible d’être aimé. Si donc Dieu est amour, il semble avoir sa place dans tout ce qui représente  l’amour  sans qu’on y prenne garde.

Ne vous illusionnez pas cependant, l’amour et son application à Dieu n’ont quand même pas pour autant envahi notre monde, car la notion d’amour a perdu une partie de son intensité et  désigne simplement dans notre esprit un penchant pour quelque chose  qui sort de l’ordinaire et qui nous fait plaisir.  Pourtant  sait-on seulement que  c’est Jésus qui a imaginé de faire de l’amour le centre de la société de son temps. Ça remonte à loin ! Le mot amour est pour lui celui qui qualifie le mieux notre relation à Dieu. C’est aussi cette notion d’amour qui pour lui  doit qualifier notre relation avec les autres. Pour Jésus la découverte de la relation à Dieu est de la même nature que notre relation à l’autre. Pour lui donc, on ne peut aimer Dieu sans tenir compte des autres et notre bonne relation avec les autres nous conduit forcément à Dieu. Il est donc bon de nous interroger au sujet de  tout ce qui se cache  derrière la notion d’amour.

 Le Petit Larousse  définit le mot amour en disant que ce mot traduit une affection vive pour quelqu’un. Pour éprouver de l’amour, il faut donc puiser au fond de ses sentiments  et user de quelque chose qui nous appartient et d’en faire usage à l’intention de l’autre.  Pour éprouver de l’amour, il faut que nous nous délestions d’une partie de ce qui nous appartient pour le destiner à quelqu’un d’autre qui n’est pas nous.

Jésus en parlant d’amour nous dévoile une partie de nous-mêmes selon laquelle nous serions capables de nous démunir de quelque chose qui est à nous pour la conférer à d’autres. L’altruisme fait donc partie de ces qualités qui sont en nous et dont nous serions capables de nous délester pour que des relations heureuses puissent s’établir entre les êtres. Et dans cette relation à l’autre Dieu  se trouve concerné.

Cette capacité à aimer est donc quelque chose  qui nous est propre et qui doit nous pousser vers les autres pour  favoriser notre vie avec eux. C’est donc comme cela que Dieu a prévu que nous devons fonctionner et Jésus voit dans ce fonctionnement l’empreinte du divin.

 Pourtant  aujourd’hui on estime que le mot amour  est galvaudé. Nous nous comportons comme si  la relation  entre les humains relevait  plus de l’esprit de domination que de l’esprit d’amour. Il en va de même de notre relation avec Dieu.  On pense que notre relation à Dieu est de même nature  car on estime plutôt que Dieu doit dominer sur nous avant de nous aimer. Dans notre manière de penser habituelle  nous  estimons davantage     que notre relation à Dieu dépendrait  d’abord d’un esprit de domination, qu’il exercerait sur nous, et sur la nature ce qui correspondrait plus à la conception que nous avons de Dieu

Quant à la notion d’amour elle fonctionnerait comme une pratique sélective de nos sentiments. Nous  destinerions   notre amour à Dieu, seulement,  si c’est nous qui décidions de l’aimer en fonction des événements, quant à l’amour pour les autres, nous le réserverions au gens de notre choix, si bien que nous n’aimerions que les gens susceptibles d’être aimés par nous. Même dans ces conditions, nous dit Jésus, l’amour  traduit  quand même quelque chose qui émane de nous et qui relève du divin, et sans que nous le voulions, il y a quelque chose de Dieu qui subsiste dans notre relation avec les autres, même quand cette relation est dénaturée, comme je viens de le dire.

Bien entendu, quand Jésus insiste sur le fait que Dieu se révèle dans notre capacité à aimer, il n’est pas suivi  par ses interlocuteurs et par nous-mêmes. La plupart des philosophes qui invitent les hommes à partager ce qu’ils possèdent pour construire une société plus juste se prétendent athées sans aucune référence à Dieu alors que leurs discours expriment en partie les mêmes idées que Jésus quand il cherchait à définir Dieu.

En réalité, pour beaucoup de croyants, nous l’avons déjà dit, Dieu ne se cache pas derrière un sentiment d’altruisme, mais derrière sa toute-puissance qui gèrerait le monde à sa fantaisie. Cependant, on voit bien que ça ne marche pas. La Covid 19 qui aujourd’hui défie les nations, provoque les scientifiques du monde entier, plonge les politiciens dans un défi permanent qui n’aboutit à rien et dont aucun rite d’apaisement ne vient à bout, signifie bien que ce n’est pas dans  le domaine  de la domination  des obstacles qu’il faut chercher Dieu.

Aujourd’hui, face au virus, Dieu oppose la force d’aimer. Il s’agit d’aimer l’autre en agissant de telle  sorte que rien dans nos comportements ne puisse porter  atteinte à leur vie  Il s’agit de se comporter de telle sorte que les autres iront mieux grâce à notre relation avec eux  et que nous n’opposerons pas notre liberté personnelle à la sécurité des autres.

Dans notre aventure avec Dieu, je voudrais relever  encore, pour terminer,  un aspect qui caractérise Dieu et dont nous venons de parler. Dieu se révèle aussi  à nous dans sa capacité d’intervenir dans la vie qu’il nous donne. Quand il se révéla à Moïse, Dieu se présenta comme le vivant, celui qui préside à tout ce qui vit.

Quand je vous invitais au début de mon propos à évoquer Dieu en conjuguant le verbe aimer, j’aurais pu aussi vous inviter à conjuguer le verbe être : je suis celui qui est, qui était et qui vient avait-il dit à Moïse, je suis le vivant. Le Dieu de la vie se mêle au Dieu de l’amour pour nous entrainer à vivre ces moments difficiles pour nous rappeler qu’il est  celui qui nous aide à vivre en aimant les autres.

 

 

I Jean 9/16 Dieu est amour

Autres lectures :Exode :3/7-14

Cantiques :35/19 Pour que le jour qui se lève soit plus beau

46/02 Seigneur accorde-moi d’aimer

 

mardi 15 septembre 2020

 

Matthieu 20:1-16

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples cette parabole :
    « Le royaume des Cieux est comparable
au maître d’un domaine qui sortit dès le matin
afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne.
    Il se mit d’accord avec eux
sur le salaire de la journée : un denier,
c’est-à-dire une pièce d’argent,
et il les envoya à sa vigne.
    Sorti vers neuf heures,
il en vit d’autres qui étaient là, sur la place, sans rien faire.
    Et à ceux-là, il dit :
“Allez à ma vigne, vous aussi,
et je vous donnerai ce qui est juste.”
    Ils y allèrent.
Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures,
et fit de même.
    Vers cinq heures, il sortit encore,
en trouva d’autres qui étaient là et leur dit :
“Pourquoi êtes-vous restés là,
toute la journée, sans rien faire ?”
     Ils lui répondirent :
“Parce que personne ne nous a embauchés.”
Il leur dit :
“Allez à ma vigne, vous aussi.”

    Le soir venu,
le maître de la vigne dit à son intendant :
“Appelle les ouvriers et distribue le salaire,
en commençant par les derniers
pour finir par les premiers.”
   Ceux qui avaient commencé à cinq heures s’avancèrent
et reçurent chacun une pièce d’un denier.
    Quand vint le tour des premiers,
ils pensaient recevoir davantage,
mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d’un denier.
    En la recevant,
ils récriminaient contre le maître du domaine :
    “Ceux-là, les derniers venus, n’ont fait qu’une heure,
et tu les traites à l’égal de nous,
qui avons enduré le poids du jour et de la chaleur !”
     Mais le maître répondit à l’un d’entre eux :
“Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi.
N’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ?
    Prends ce qui te revient, et va-t’en.
Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi :
    n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ?
Ou alors ton regard est-il mauvais
parce que moi, je suis bon ?”
     C’est ainsi que les derniers seront premiers,
et les premiers seront derniers. »

 

 « M’est-il permis de faire de mes biens  ce que je veux ?  »  Cette question est posée  à la fin du récit par le propriétaire du domaine à ceux qui contestent sa manière d’être juste.  Ils peuvent peut-être se demander si  le fait de posséder une vigne  et d’y faire travailler les ouvriers  journaliers  relève vraiment de la justice dont il se réclame, bien qu’il se dise bon ? C’est à nous qu’il appartiendra tout à l’heure de répondre à la question grâce aux critères philosophiques que les siècles ont apportés à notre culture.

 Mais cependant il semble, sans qu’il en soit conscient que  Jésus ait jeté ici un ferment révolutionnaire qui traversera désormais les siècles qui vont  venir. On va trouver dans cette simple question que Jésus place dans la bouche du propriétaire de quoi alimenter bien des mouvements populaires.

Mais ne nous emballons pas et ne m’accusez pas de faire de Jésus un marxiste avant l’heure, car il a pris la précaution de  faire agir son héros de telle sorte que l’on met en avant sa justice et sa bonté  plutôt que de critiquer la morale dont il se réclame.  C’est sa justice et sa bonté qui vont attirer l’admiration du lecteur et ce sont  elles qui vont alimenter mon propos, en sachant qu’il serait difficile  de faire mieux que lui.

 Au cours du déroulement de l’affaire, le contexte nous laisse entendre que Jésus n’entend pas la même chose que nous en matière de justice. Il ne voit pas les choses comme nous, ni comme ces ouvriers qui se sentent lésés. En effet pour nous et pour les participants à cette aventure la justice repose sur un principe selon lequel le salaire doit correspondre au travail fourni : à travail égal, salaire égal. Si tu as travaillé une heure, tu dois gagner un salaire qui correspond à une heure de travail. Si tu as travaillé 12 heures, tu dois  gagner 12 fois plus. C’est ce que pensent les ouvriers, sans le dire vraiment tant la différence des revenus qu’ils suggèrent leur apparait  exorbitante. Il est simplement dit, sans aucun commentaire,  qu’ils pensaient recevoir davantage. Ainsi, sans le dire vraiment ils conçoivent la possibilité d’une certaine injustice dans un traitement équitable de leur situation. C’est également ce que pense le lecteur de ce récit qui se dit que le propriétaire n’est quand même  pas si juste que  cela et que finalement il n’est pas si bon qu’il veut bien le prétendre.

Mais le propriétaire a un autre mode de raisonnement. Pour lui le travail doit  rapporter la nourriture  d’une journée pour toute la famille, quel que soit le temps qui  a été consacré à piocher.  Ce qui est juste pour lui c’est que chacun puisse manger  à sa faim chaque jour, et non pas un salaire calculé sur la durée de travail. C’est en laissant entendre cela que Jésus rejoint  la catégorie des révolutionnaires, avant l’heure.

La nourriture nécessaire, pour subvenir au besoin de la famille correspond à 1 denier quel que soit la qualité du travail accompli. Pour le propriétaire, le seul critère qui compte, c’est que tout le monde puisse manger à sa faim, quel que soit la réalité du travail fourni. C’est le bien être de chacun qui est sa référence et non pas le  travail effectivement accompli.

Mais qui est cet homme pour penser ainsi ? La réponse à cette question suggérée par Jésus est que cet homme est simplement bon. Sa justice est liée à sa bonté naturelle.

Imaginons maintenant la suite de l’histoire qui n’est pas racontée ici. Il  n’est pas difficile de penser que si  le propriétaire renouvelle son expérience, il  va être victime de sa propre bonté et qu’il va tomber dans le piège qu’il s’est tendu à lui-même en appliquant des règles sociales qui ne sont pas celles communément partagées. En effet, le lendemain, quand il  viendra recruter des ouvriers pour travailler dans sa vigne  à la première heure, il y a fort à parier qu’il n’en trouvera pas un seul, mais ils seront tous présent à la onzième heure. A ce rythme-là sa récolte ne pourra pas se faire, il sera vite ruiné, et sa déchéance justifiera l’adage populaire : trop bon, trop C…

Mais attention, il n’est pas dit qu’il doit y avoir un lendemain. Le système proposé par Jésus et le maître du domaine ne peut fonctionner  qu’une  une seule fois et ne peut pas se répéter. Il ne peut en aucun cas être une méthode pour gérer ses biens. Pourtant, nous l’avons tous compris, la parabole propose un modèle de comportement qui pourrait marcher si chacun ne donnait pas priorité à son intérêt personnel, mais voyait plus loin que lui-même et imaginait toutes les bouches à nourrir.  Dans ce cas précis, le propriétaire occupe le rôle que Dieu pourrait jouer et Jésus en souligne l’aspect principal qui est celui de la bonté. Dieu est essentiellement bon, mais si nous cherchions à imiter sa bonté il semblerait que nous irions  droit à un échec.  Où est le problème ?

Dieu se met en situation d’échec par rapport aux critères humains.  Il n’y a donc aucune bonne solution. Ceux qui veulent suivre ses préceptes vont se trouver en situation d’échec et perdre la partie à moins qu’ils ne se convertissent et qu’ils réussissent à renverser la situation.

 En quoi consisterait donc la conversion ? Le premier critère consisterait à ne pas être naïf. Le propriétaire ici ne l’est pas. Il  connait le cœur humain  et commence par payer les derniers en premiers. S’il avait agi  dans l’ordre d’embauche la situation serait vite devenue intenable et il aurait eu à  faire face à la révolte de ceux qui se considéreraient comme victimes d’une bonté qu’ils ne partagent pas.

En effet, il sait que chacun pense à partir de lui-même : moi d’abord, les autres après. Il ne nous est pas dit que la même histoire se reproduira le lendemain.  Il a proposé d’agir comme il l’a fait à titre d’exemple. « Que se passerait-il  si vous étiez bon comme moi »,  semble sous-entendre Dieu ?  Jésus a  ainsi pointé du doigt la cause du désenchantement de toutes nos sociétés : c’est l’égoïsme qui tient lieu de loi universelle et que bien peu de  sociétés humaines ne réussissent à dénoncer. En matière de religion, on appelle cela le péché, c’est-à-dire que l’on porte sur les autres un regard biaisé qui nous avantage toujours par rapport à eux et les met dans une situation d’infériorité par rapport à nous.

 Le récit  s’achève alors sur une discussion peu aimable entre le propriétaire et les ouvriers car elle laisse place au soupçon selon lequel  cet homme userait d’une  justice  qui ne s’accorderait pas avec l’opinion de chacun. Aurait-il un projet en tête qu’il ne dit pas ? Voilà le soupçon qui s’en mêle et  dénature  le sentiment de bonté.  La bonté, quant à elle est  centrée  sur la question du propriétaire : « m’est-il permis de faire de mes biens ce que je veux ? » Nos sociétés répondent à cette question par un arsenal de lois qui visent à limiter la générosité dont nous pourrions être  capables s’il nous arrivait de prendre à la lettre la proposition du propriétaire.  Nous constaterions alors que la loi des hommes  ne les autorisent pas  à faire  tout le bien qu’ils pourraient faire et donc à mettre en pratique la loi de Dieu.  Cela  nous amène à constater que ce n’est pas Dieu qui gouverne notre monde et  que nos dirigeants s’autorisent à canaliser ses  bontés, même quand elles  nous demandent de donner priorité aux autres en toute circonstance.

Je disais en commençant que le ferment révolutionnaire avait été jeté par Jésus, mais je soulignerais aussi la prudence de Jésus  qui dans cette histoire nous apprend  qu’il est impossible aux hommes de rejoindre la bonté de Dieu  mais qu’il leur est quand même possible de s’en approcher le plus possible.

 

samedi 8 août 2020

Matthieu 14/22-33 Jésus marche sur l'eau dimanche 9 août 2020

Matthieu 14/22-33                

 Aussitôt après avoir nourri la foule dans le désert, Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. Quand il les eut renvoyées, il se rendit dans la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul. La barque était déjà à une bonne distance de la terre, elle était battue par les vagues, car le vent était contraire.

Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils disaient : « C’est un fantôme », et la peur leur fit pousser des cris. Mais aussitôt Jésus leur parla :        « Confiance ! c’est moi ; n’ayez pas peur ! » Pierre prit alors la parole : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur l’eau. » Jésus lui dit : « Viens ! »
Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Mais, voyant qu’il y avait du vent, il eut peur; et, comme il commençait à enfoncer, il cria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté? » Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba.
Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, et ils lui dirent : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu!» 

 

Sermon

 

On pourrait bien imaginer que L’image des disciples, confortablement assis sur  le bateau représente notre propre existence.

La barque avance vers une terre inconnue. (Je vous rappelle que le récit se déroule de l’autre côté du lac en terre païenne, un lieu hostile où tous les risques sont à craindre.)

Comme les disciples nous avançons, sans protection particulière, vers la rive où notre vie achèvera son parcours. C’est cette pensée fugace qui vient traverser mon esprit en écoutant ce récit. Elle évoque pour moi l’histoire d’une vie banale, la mienne, la vôtre,  celle d’une vie sans sécurité particulière.

Nous quittons donc par la pensée le lac de Génésareth  pour nous intéresser à notre propre existence. C’est un jour comme tous les jours qui commence au lever du soleil et nous nous préparons à vivre l’aventure quotidienne de note existence.

Notre regard se porte vers la rive où notre voyage trouvera son terme. Dans la lumière du jour qui se lève, le bord du lac se confond avec la rive et laisse apparaître une plage de sable humide qui reflète les formes encore floues du paysage qui la borde.

Un inconnu y marche. Sa silhouette se reflète sur le  sable mouillé et nous donne l’illusion qu’il marche sur l’eau dans la brume de l’aube naissante.

 

A partir de cette image, il nous est possible de réfléchir au cours que peut prendre notre propre vie en faisant nôtre, l’aventure des apôtres sur leur barque.

Cet homme qui semble marcher sur l’eau est bien entendu Jésus Christ qui se tient sur la rive de notre vie pour déterminer le sens de notre existence.

Sans distinguer clairement les contours de sa personne, sans même le voir distinctement, nous savons qu’il est là pour dominer les dangers qui nous guettent sous les flots, où selon la tradition, les esprits mauvais font leur demeure.

Cette image prend corps dans notre pensée, elle actualise les promesses que la foi en Dieu a déjà inscrites comme une réalité en nous.

Sans qu’on le veuille, Dieu marche sur les franges de notre vie sans que nous sachions vraiment le voir, mais il s’inscrit en notre vie comme une certitude dont nous avons besoin et il s’offre à nous dans un tête-à-tête personnel.

 

A l’origine de ce récit, il y a sans doute une  histoire semblable à celle que je viens d’évoquer et que l’auteur  de l’Evangile quelque trente ans après aurait embellie pour évoquer une vérité de l’Evangile selon laquelle Jésus  dominerait les démons  qui nous agitent quel que soit leur nom : colère, jalousie, esprit de vengeance ou de domination, cupidité, avidité,  qui ne cesseraient de nous habiter  et qui selon la légende seraient inspirés par un esprit dominateur qui ferait sa demeure  dans les eaux de la mer, pour nuire à notre vie.  

Cette aventure a accrédité pour les disciples qui naviguent, la certitude que Jésus a été envoyé par le Père pour venir vers eux, pour dominer leurs angoisses et leur donner le désir de devenir toujours meilleurs.  

Ils ont alors compris, qu’avant même d’avoir pris conscience de leur propre existence, Dieu avait déjà pris sa place  en eux et avait entrepris de  parachever sa création pour rendre notre vie utile.

C’est ce que nous voudrions croire  et c’est ce que nous suggère ce texte où nous découvrons que c’est Dieu qui vient  vers nous pour susciter en nous le désir d’agir  conformément à sa volonté.

 

Mais une question lancinante nous obsède et  vient  jeter le doute en notre esprit. Qu’est ce qui nous permet de dire que Dieu agit en nous de la sorte ? Que c’est lui qui vient vers nous et , qu’est ce qui nous pousse à croire en lui. 

Il est en effet de bon ton aujourd’hui d’afficher notre  suffisance et de nous comporter comme si Dieu n’opérait aucune action sur nous. Il est fréquent qu’on entende nos contemporains dire qu’ils ne croient  pas en Dieu puisque les religions qui parlent de lui s’appuient sur des légendes et ne démontrent rien.

Pour beaucoup d’entre nous, aujourd’hui l’homme qui pense est supérieur à l’homme qui croit.

Quiconque s’autorise aujourd’hui à parler dans les média prétend la plupart du temps qu’il ne croit pas en Dieu. Il s’octroie ainsi le privilège de décider de l’existence de Dieu et il en crée le principe pour mieux le nier.

 

Nous nous comportons comme si il était dans la nature humaine de décider de l’existence ou de la non-existence d’une instance supérieure  à nous, en fonction de critères que nous nous nous attribuons. C’est comme si le pouvoir créateur nos appartenait de  décider de l’existence de Dieu.

En fait ce texte nous propose une autre approche et nous suggère le contraire de ce que nous venons de dire sur l’existence ou la  non existence de Dieu. Ici, c’est Dieu qui vient vers nous et c’est lui qui s’impose à notre conscience.

Il nous est donc suggéré, non pas de dire ou de nier son existence mais de chercher la trace de sa présence en nous et d’orienter notre vie en fonction des empreintes qu’il aurait laissées lors de ses passages et qu’il s’agit maintenant pour nous de repérer.

 Il me paraît impossible  de penser que nous serions à ce point renfermés sur nous-mêmes et engoncés dans des idées arrêtées sur Dieu pour ne pas repérer les traces de sa présence et de son passage en nous. Cela nous demande sans doute de faire un effort sur nous-mêmes pour trouver des traces qui après réflexion deviennent évidentes.

 

Il est évident qu’il y a dans la vie de chacun de nous des moments de flou ou d’imprécision qui ont gardé l’empreinte de Dieu. Ils seraient à l’image de ce marcheur dans la brume du matin dont la silhouette changeante se reflète dans le sable humide  de la plage et donne l’illusion qu’il marche sur l’eau.

Qui n’a pas traversé dans sa vie des moments que nous qualifierions de miraculeux et derrière lequel le visage de Dieu apparaîtrait dans le flou. Il est des moments où Dieu parait venir vers nous. Au travers des hasards de notre histoire sans démontrer quoi que ce soit. Il vient seulement !

Il peut s’agir d’une parole prononcée au bon moment par quelqu’un que l’on côtoie, ou d’un geste qui nous sécurise dans notre angoisse ou tout autre signe apparemment sans importance. A nous de le reconnaître.

C’est en regardant les différentes étapes de notre vie  que nous voyons ces moments où Dieu a cherché à se faire connaître et où nous ne l’avons pas connu parce que nous ne nous sommes pas donné la peine de le faire.

 

Quand Dieu vient vers nous, il met aussi en nous les éléments nécessaires pour le reconnaître, mais il nous demande d’en faire l’effort.

En fait si nous pensons   être capables par nous-mêmes de décider de l’existence ou de la non-existence de Dieu,  nous passons à côté de Dieu sans le voir, car en réalité, ça se passe autrement. C’est lui qui décide   de nous rencontrer et c’est nous qui faisons obstacle à cette rencontre à cause d’un principe selon lequel  l’homme se reconnaît  à lui seul  la faculté d’en décider.

Ce principe de la présence de Dieu dans les moments inattendus de notre voyage en barque sur le lac, est le seul qui puisse nous faire vivre et mettre de l’espérance en nous.

Nous avons encore une demande à formuler : celle d’inviter le marcheur solitaire à monter dans notre barque pour qu’il nous parle de Dieu et nous aide à construire notre vie avec lui. Le marcheur du Lac était bien Jésus Christ, celui qui se présente comme l’ami et le maître des hommes embarqués. Transformé par la brume du matin il avait déjà pris forme de Dieu et  c’est pour leur parler de  Dieu qu’il monte dans l’embarcation et guider leur vie vers lui.

 

 

jeudi 9 juillet 2020

Matthieu 13/1-23 parabole du semeur dimanche 12 juillet


Matthieu 13/1-23

01 Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord de la mer.
02 Auprès de lui se rassemblèrent des foules si grandes qu’il monta dans une barque où il s’assit ; toute la foule se tenait sur le rivage.
03 Il leur dit beaucoup de choses en paraboles : « Voici que le semeur sortit pour semer.
04 Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger.
05 D’autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt, parce que la terre était peu profonde.
06 Le soleil s’étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché.
07 D’autres sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés.
08 D’autres sont tombés dans la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un.
09 Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »
10 Les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? »
11 Il leur répondit : « À vous il est donné de connaître les mystères du royaume des Cieux, mais ce n’est pas donné à ceux-là.
12 À celui qui a, on donnera, et il sera dans l’abondance ; à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a.
13 Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre.
14 Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe : Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas.
15 Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, – et moi, je les guérirai.
16 Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent !
17 Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu.
18 Vous donc, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur.
19 Quand quelqu’un entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s’empare de ce qui est semé dans son cœur : celui-là, c’est le terrain ensemencé au bord du chemin.
20 Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c’est celui qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ;
21 mais il n’a pas de racines en lui, il est l’homme d’un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il trébuche aussitôt.
22 Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c’est celui qui entend la Parole ; mais le souci du monde et la séduction de la richesse étouffent la Parole, qui ne donne pas de fruit.
23 Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et la comprend : il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. »





Matthieu 13/1/23

Quand Jésus raconte une parabole, il ne donne pas la clé de l’énigme. Il nous fait cependant confiance pour laisser se taire en nous nos spontanéités et pour laisser nos voix intérieures s’accorder avec ce qu’il veut nous faire comprendre. 

Ainsi nous ne sommes pas dispensés par lui de faire  des efforts pour nous mettre à son écoute. Il ne nous faut pas hésiter au cours de notre méditation à rejeter  nos premières intuitions pour en accepter d’autres qui seraient plus en accord avec ce que son Esprit nous inspire.

 Jésus laisse entende que nous ne sommes pas toujours capables  de comprendre vraiment  ce qu’il a à dire, il sait cependant que son message est suffisamment révolutionnaire pour que nous ne puissions pas l’accepter du premier coup.

Il faudra que  nous y revenions à plusieurs reprises pour le comprendre plus à fond. C’est ce qui va se passer avec cette parabole

En fait, dans chaque parabole Jésus nous alloue un rôle, sans vraiment nous dire dans lequel  nous devons nous retrouver. Il se peut aussi que nous nous retrouvions dans la peau de plusieurs personnages à la fois ou que nous ne comprenions pas vraiment tout de suite quel rôle nous sommes censés tenir. Il se peut aussi que nous ne sachions pas nous reconnaître dans  ce rôle.

Dans cette histoire à quelle place devrait se situer l’interlocuteur de Jésus ? doit-il  se situer dans le rôle du semeur ? Dans celui de la terre ou dans une autre fonction encore ? Nous devrons cependant faire un choix. On cherche aussi quel rôle joue Dieu ? Mais même ce rôle  n’est pas évident. On a l’impression quelque fois qu’il ne joue aucun rôle du tout ou qu’aucun rôle ne lui convient.

A première lecture,  j’ai bien l’impression que dans cette parabole, je n’ai  pas moi-même ma place. Je n’ai pas davantage l’impression que Dieu y joue un rôle bien précis, si non celui de la nature dont la fonction est  de faire pousser les graines en leur temps.

Ici Jésus nous offre une carte postale représentant la campagne palestinienne à l’époque des semailles d’automne. Nous avons la description d’un champ dévasté par la sécheresse de l’été dont les bords se confondent  avec la pierraille du chemin où seules les broussailles poussent à leur aise.

On peut évidemment extrapoler en imaginant qu’il peut représenter notre monde actuel où les terres riches et fécondes côtoient les terres arides et les savanes  incultes. Immédiatement nous sautent aux yeux le sort des populations qui les habitent et  nous repérons les injustices provoquées par les inégalités inhérentes  aux différents  sols.
Ces terres injustement distribuées seraient-elle une image de la création que Jésus nous proposerait ? Dans ce cas il faudrait mettre  Dieu en accusation pour n’avoir pas créé un monde  équilibré où tous pourraient vivre en de la même égalité.

Les hommes qui malmènent la nature, qui déforestent pour créer des pâturages ou des plantations de palmiers à huile et de soja pour nourrir le bétail et donner de meilleurs rendements aux terres agricoles trouveraient-ils leur justification face aux accusations des écologistes ? 

Cette interprétation qui qui met en cause la création ne semble pas cependant devoir servir de support à une interprétation de la parabole.  Si la création n’est pas mise en cause, serait-ce que Dieu lui-même serait le  semeur  qui rend la terre féconde avec  générosité?

En effet, le semeur ne prodigue pas sa semence, il se rit de la sècheresse, il fait fi des broussailles, il ignore la mauvaise terre, tout lieu a  droit à sa générosité. Mais quel sens aurait cette parabole si on doit voir Dieu dans ce semeur qui prodiguerait  sa semence  sans tenir compte de la pauvreté  des paysans locaux en leur proposant un mode  d’exploitation qui contribuerait à les appauvrir en dilapidant de la semence si dure à acquérir.  Ils ont sans doute recours à ce procédé à contre cœur, mais il  les appauvrir  plus qu’il ne  les enrichit ? Dans ce cas, Dieu  jouerait un mauvais rôle. Ce ne peut donc être lui.

En fait si Jésus se sert de leur propre vie de paysans pour illustrer cette parabole c’est parce qu’ils sont concernés par son message.

C’est le texte lui-même qui nous donne une clé pour comprendre. Si on est fidèle à la rigueur du texte grec, il est dit dans les premiers versets que Jésus sortit de la maison  et qu’il alla s’assoir pour enseigner. Et dans son récit il raconte qu’un homme sortit pour semer. L’homme qui sème semble devoir être Jésus lui-même puisqu’il fait les mêmes gestes. La semence serait alors la parole de Dieu et ceux qui écoutent seraient la terre ( Adama en hébreux, le même radical que Adam, l’homme)

C’est la terre, quelle qu’elle soit, dans son état brut, qui reçoit la semence. Pour l’instant qu’elle soit bonne ou mauvaise elle n’a rien à voir avec l’écologie ni la création. Mais cette terre a capacité  de réagir, elle a la possibilité d’accueillir la graine et de réagir selon sa nature.

La pointe du texte ne  serait-elle pas de nous dire que quel qu’il soit l’homme, il a capacité de réagir en fonction de  ce qu’il reçoit de Dieu. Il nous est suggéré que tout un chacun qui reçoit la parole de Dieu a capacité de réagir et de rendre compte de ce qu’il reçoit. Ne pourrait-on pas lire cette parabole de Jésus comme une invitation à améliorer le milieu où nous sommes sous l’injonction de Dieu quand il nous visite. 

Ne pourrait-on pas lire  cette parabole, en tenant compte des moments que nous vivons comme  une possibilité qui nous est donnée d’améliorer la création, quand nous y sommes confrontés.

Il s’agirait  de l’améliorer et de la faire valoir, pour qu’elle devienne l’expression de la volonté de Dieu  en tous les lieux où les hommes reçoivent vocation de la féconder.

Nous serions donc partenaires de la nature pour qu’elle devienne porteuse d’espérance, pour qu’ensemble, hommes et création agissent  pour le mieux-être de l’un et de l’autre.

L’homme habité par la parole de Dieu devient habitant de la création pour qu’elle accomplisse sa vocation au service du projet que Dieu a pour elle. La création encore inachevée serait donc en attente de la perfection que Dieu lui destine sous la conduite de l’homme quand il est rempli  de l’esprit de Dieu.

Si donc le semeur est Jésus, on comprend qu’il ne ménage ni sa peine ni sa semence. Il répand sa graine sans  s’interroger, sur le lieu où elle tombe, par contre, plus précautionneux, sommes-nous. Nous serions comme le semeur palestinien  qui va certainement chercher à économiser, malgré tout sa semence, même s’il ne maitrise pas le lieu elle tombe.

Il fera attention à ce qu’elle ne tombe pas trop sur le chemin ou dans les ronces, même si c’est difficile de les distinguer les uns des autres. 

Nous agissons, comme cela en étant économes de notre semence, nous concentrons notre attention sur  la terre qui est digne de mobiliser nos soins alors Jésus ne le fait pas.
Nous chercherions à savoir vers qui  Dieu nous envoie et qui justifieraient les soins que nous lui apporterions. Nous croyons pouvoir séparer la bonne terre de la mauvaise terre et rejeter celle qui portera  des broussailles.

Sans nous en rendre compte, nous nous basons sur des critères personnels pour déterminer notre action. C’est à notre manière personnelle de penser,  que nous décidons nous-mêmes de notre action.  Jésus n’ose pas user de  cette prudence.

Si nous jugeons qu’une terre n’est pas  digne que nous y jetions notre semence, qui le fera ?

Il est suggéré ici, que si nous endossons le  rôle du semeur, à l’image de Jésus, nous devons prendre  soin de toute terre qui nous est offerte et, ce qui n’est pas dit dans le texte, c’est grâce à nous  qu’elle en tirera avantage.
Matthieu 13/1-23

01 Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord de la mer.
02 Auprès de lui se rassemblèrent des foules si grandes qu’il monta dans une barque où il s’assit ; toute la foule se tenait sur le rivage.
03 Il leur dit beaucoup de choses en paraboles : « Voici que le semeur sortit pour semer.
04 Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger.
05 D’autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt, parce que la terre était peu profonde.
06 Le soleil s’étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché.
07 D’autres sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés.
08 D’autres sont tombés dans la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un.
09 Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »
10 Les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? »
11 Il leur répondit : « À vous il est donné de connaître les mystères du royaume des Cieux, mais ce n’est pas donné à ceux-là.
12 À celui qui a, on donnera, et il sera dans l’abondance ; à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a.
13 Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre.
14 Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe : Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas.
15 Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, – et moi, je les guérirai.
16 Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent !
17 Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu.
18 Vous donc, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur.
19 Quand quelqu’un entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s’empare de ce qui est semé dans son cœur : celui-là, c’est le terrain ensemencé au bord du chemin.
20 Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c’est celui qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ;
21 mais il n’a pas de racines en lui, il est l’homme d’un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il trébuche aussitôt.
22 Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c’est celui qui entend la Parole ; mais le souci du monde et la séduction de la richesse étouffent la Parole, qui ne donne pas de fruit.
23 Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et la comprend : il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. »


Matthieu 13/1/23
Quand Jésus raconte une parabole, il ne donne pas la clé de l’énigme. Il nous fait cependant confiance pour laisser se taire en nous nos spontanéités et pour laisser nos voix intérieures s’accorder avec ce qu’il veut nous faire comprendre. 
Ainsi nous ne sommes pas dispensés par lui de faire  des efforts pour nous mettre à son écoute. Il ne nous faut pas hésiter au cours de notre méditation à rejeter  nos premières intuitions pour en accepter d’autres qui seraient plus en accord avec ce que son Esprit nous inspire.
 Jésus laisse entende que nous ne sommes pas toujours capables  de comprendre vraiment  ce qu’il a à dire, il sait cependant que son message est suffisamment révolutionnaire pour que nous ne puissions pas l’accepter du premier coup.
Il faudra que  nous y revenions à plusieurs reprises pour le comprendre plus à fond. C’est ce qui va se passer avec cette parabole
En fait, dans chaque parabole Jésus nous alloue un rôle, sans vraiment nous dire dans lequel  nous devons nous retrouver. Il se peut aussi que nous nous retrouvions dans la peau de plusieurs personnages à la fois ou que nous ne comprenions pas vraiment tout de suite quel rôle nous sommes censés tenir. Il se peut aussi que nous ne sachions pas nous reconnaître dans  ce rôle.
Dans cette histoire à quelle place devrait se situer l’interlocuteur de Jésus ? doit-il  se situer dans le rôle du semeur ? Dans celui de la terre ou dans une autre fonction encore ? Nous devrons cependant faire un choix. On cherche aussi quel rôle joue Dieu ? Mais même ce rôle  n’est pas évident. On a l’impression quelque fois qu’il ne joue aucun rôle du tout ou qu’aucun rôle ne lui convient.
A première lecture,  j’ai bien l’impression que dans cette parabole, je n’ai  pas moi-même ma place. Je n’ai pas davantage l’impression que Dieu y joue un rôle bien précis, si non celui de la nature dont la fonction est  de faire pousser les graines en leur temps.
Ici Jésus nous offre une carte postale représentant la campagne palestinienne à l’époque des semailles d’automne. Nous avons la description d’un champ dévasté par la sécheresse de l’été dont les bords se confondent  avec la pierraille du chemin où seules les broussailles poussent à leur aise.
On peut évidemment extrapoler en imaginant qu’il peut représenter notre monde actuel où les terres riches et fécondes côtoient les terres arides et les savanes  incultes. Immédiatement nous sautent aux yeux le sort des populations qui les habitent et  nous repérons les injustices provoquées par les inégalités inhérentes  aux différents  sols.
Ces terres injustement distribuées seraient-elle une image de la création que Jésus nous proposerait ? Dans ce cas il faudrait mettre  Dieu en accusation pour n’avoir pas créé un monde  équilibré où tous pourraient vivre en de la même égalité.
Les hommes qui malmènent la nature, qui déforestent pour créer des pâturages ou des plantations de palmiers à huile et de soja pour nourrir le bétail et donner de meilleurs rendements aux terres agricoles trouveraient-ils leur justification face aux accusations des écologistes ? 
Cette interprétation qui qui met en cause la création ne semble pas cependant devoir servir de support à une interprétation de la parabole.  Si la création n’est pas mise en cause, serait-ce que Dieu lui-même serait le  semeur  qui rend la terre féconde avec  générosité?
En effet, le semeur ne prodigue pas sa semence, il se rit de la sècheresse, il fait fi des broussailles, il ignore la mauvaise terre, tout lieu a  droit à sa générosité. Mais quel sens aurait cette parabole si on doit voir Dieu dans ce semeur qui prodiguerait  sa semence  sans tenir compte de la pauvreté  des paysans locaux en leur proposant un mode  d’exploitation qui contribuerait à les appauvrir en dilapidant de la semence si dure à acquérir.  Ils ont sans doute recours à ce procédé à contre cœur, mais il  les appauvrir  plus qu’il ne  les enrichit ? Dans ce cas, Dieu  jouerait un mauvais rôle. Ce ne peut donc être lui.
En fait si Jésus se sert de leur propre vie de paysans pour illustrer cette parabole c’est parce qu’ils sont concernés par son message.
C’est le texte lui-même qui nous donne une clé pour comprendre. Si on est fidèle à la rigueur du texte grec, il est dit dans les premiers versets que Jésus sortit de la maison  et qu’il alla s’assoir pour enseigner. Et dans son récit il raconte qu’un homme sortit pour semer. L’homme qui sème semble devoir être Jésus lui-même puisqu’il fait les mêmes gestes. La semence serait alors la parole de Dieu et ceux qui écoutent seraient la terre ( Adama en hébreux, le même radical que Adam, l’homme)
C’est la terre, quelle qu’elle soit, dans son état brut, qui reçoit la semence. Pour l’instant qu’elle soit bonne ou mauvaise elle n’a rien à voir avec l’écologie ni la création. Mais cette terre a capacité  de réagir, elle a la possibilité d’accueillir la graine et de réagir selon sa nature.
La pointe du texte ne  serait-elle pas de nous dire que quel qu’il soit l’homme, il a capacité de réagir en fonction de  ce qu’il reçoit de Dieu. Il nous est suggéré que tout un chacun qui reçoit la parole de Dieu a capacité de réagir et de rendre compte de ce qu’il reçoit. Ne pourrait-on pas lire cette parabole de Jésus comme une invitation à améliorer le milieu où nous sommes sous l’injonction de Dieu quand il nous visite. 
Ne pourrait-on pas lire  cette parabole, en tenant compte des moments que nous vivons comme  une possibilité qui nous est donnée d’améliorer la création, quand nous y sommes confrontés.
Il s’agirait  de l’améliorer et de la faire valoir, pour qu’elle devienne l’expression de la volonté de Dieu  en tous les lieux où les hommes reçoivent vocation de la féconder.
Nous serions donc partenaires de la nature pour qu’elle devienne porteuse d’espérance, pour qu’ensemble, hommes et création agissent  pour le mieux-être de l’un et de l’autre.
L’homme habité par la parole de Dieu devient habitant de la création pour qu’elle accomplisse sa vocation au service du projet que Dieu a pour elle. La création encore inachevée serait donc en attente de la perfection que Dieu lui destine sous la conduite de l’homme quand il est rempli  de l’esprit de Dieu.
Si donc le semeur est Jésus, on comprend qu’il ne ménage ni sa peine ni sa semence. Il répand sa graine sans  s’interroger, sur le lieu où elle tombe, par contre, plus précautionneux, sommes-nous. Nous serions comme le semeur palestinien  qui va certainement chercher à économiser, malgré tout sa semence, même s’il ne maitrise pas le lieu elle tombe.
Il fera attention à ce qu’elle ne tombe pas trop sur le chemin ou dans les ronces, même si c’est difficile de les distinguer les uns des autres. 
Nous agissons, comme cela en étant économes de notre semence, nous concentrons notre attention sur  la terre qui est digne de mobiliser nos soins alors Jésus ne le fait pas.
Nous chercherions à savoir vers qui  Dieu nous envoie et qui justifieraient les soins que nous lui apporterions. Nous croyons pouvoir séparer la bonne terre de la mauvaise terre et rejeter celle qui portera  des broussailles.
Sans nous en rendre compte, nous nous basons sur des critères personnels pour déterminer notre action. C’est à notre manière personnelle de penser,  que nous décidons nous-mêmes de notre action.  Jésus n’ose pas user de  cette prudence.
Si nous jugeons qu’une terre n’est pas  digne que nous y jetions notre semence, qui le fera ?
Il est suggéré ici, que si nous endossons le  rôle du semeur, à l’image de Jésus, nous devons prendre  soin de toute terre qui nous est offerte et, ce qui n’est pas dit dans le texte, c’est grâce à nous  qu’elle en tirera avantage.

La création dans laquelle nous vivons et agissons est comme ce champ de Galilée. L’homme  qui le travaille a vocation de le prendre en charge dans sa totalité le champ. Se pose alors à nous le problème  du rôle  que nous confie Dieu quand nous nous investissons en son nom  dans le champ de sa création. 

La création dans laquelle nous vivons et agissons est comme ce champ de Galilée. L’homme  qui le travaille a vocation de le prendre en charge dans sa totalité le champ. Se pose alors à nous le problème  du rôle  que nous confie Dieu quand nous nous investissons en son nom  dans le champ de sa création.