jeudi 16 mars 2017

1 Samuel 16:1-13 : Comment Dieu intervient-il dans l'histoire ; dimanche 26 mars 2016




1Le SEIGNEUR dit à Samuel : Jusqu'à quand pleureras-tu sur Saül ? Moi, je l'ai rejeté : il ne sera plus roi sur Israël. Remplis ta corne d'huile et va. Je t'envoie chez Jessé, le Bethléhémite, car j'ai vu mon roi parmi ses fils.
2Samuel dit : Comment irais-je ? Saül l'apprendra et il me tuera. Le SEIGNEUR dit : Tu emmèneras avec toi une génisse et tu diras : « Je viens offrir un sacrifice au SEIGNEUR. »
3Tu inviteras Jessé au sacrifice ; je te ferai savoir moi-même ce que tu dois faire, et tu conféreras pour moi l'onction à qui je te dirai.
4Samuel fit ce que le SEIGNEUR avait dit ; il se rendit à Beth-Léhem. Les anciens de la ville vinrent en tremblant à sa rencontre et lui dirent : Bienvenue !
5Il répondit : Bonjour ! Je viens pour offrir un sacrifice au SEIGNEUR. Consacrez-vous et venez avec moi au sacrifice. Il consacra aussi Jessé et ses fils et les invita au sacrifice.
6Lorsqu'ils arrivèrent, il se dit, en voyant Eliab : A coup sûr, le SEIGNEUR a devant lui l'homme de son onction !
7Mais le SEIGNEUR dit à Samuel : Ne prête pas attention à son apparence et à sa haute taille, car je l'ai rejeté. Il ne s'agit pas de ce que l'homme voit ; l'homme voit ce qui frappe les yeux, mais le SEIGNEUR voit au cœur.
8Jessé appela Abinadab et le fit passer devant Samuel. Samuel dit : Le SEIGNEUR n'a pas non plus choisi celui-ci.
9Jessé fit passer Shamma, et Samuel dit : Le SEIGNEUR n'a pas non plus choisi celui-ci.
10Jessé fit passer sept de ses fils devant Samuel, et Samuel dit à Jessé : Le SEIGNEUR n'a choisi aucun d'eux.
11Puis Samuel dit à Jessé : N'y a-t-il plus d'autres jeunes gens ? Et il répondit : Il reste encore le petit, mais il fait paître le troupeau. Alors Samuel dit à Jessé : Envoie quelqu'un le chercher, car nous ne nous installerons pas avant qu'il soit arrivé ici.
12Jessé l'envoya chercher. Or il était roux, il avait de beaux yeux et une belle apparence. Le SEIGNEUR dit à Samuel : Confère-lui l'onction, c'est lui !
13Samuel prit la corne d'huile et lui conféra l'onction parmi ses frères. A partir de ce jour-là, le souffle du SEIGNEUR s'empara de David. Quant à Samuel, il s'en alla à Rama.


Dieu intervient-il dans le cours de l’histoire ? A-t-il une influence sur  les acteurs de ce monde et oriente-t-il leurs plans ? Intervient-il pour modifier le cours des choses quand elles ne vont pas dans le sens où il le souhaite ? Toutes ces questions sont posées dans ce chapitre 16 du premier  livre de Samuel. Elles fournissent  même une réponse à celui qui sait poser les bonnes questions. Un survol rapide de ce récit laisserait entendre que Dieu agit à sa guise et qu’il utilise les hommes, comme il l’entend  pour orienter  les événements.  A vrai dire, ce n’est pas si simple, car les hommes ne sont pas des jouets dans ses mains et les événements n’obéissent pas à sa volonté  comme par automatisme.

Ici, Dieu discerne dans les qualités d’un enfant sa capacité à diriger correctement le  pays. Même si cela n’est pas clairement dit, il faudra que cet enfant assume lui-même les responsabilités qui lui incombent pour accomplir son destin. Si Samuel discerne en lui les capacités qui sont les siennes pour devenir roi, ce sera à lui d’agir de telle sorte que son destin se réalise selon  la volonté de Dieu.   Mais avant de  voir  comment  David va assumer sa tâche, il va falloir que nous prenions en compte le fait  que  le soutient que Dieu  semble lui accorder repose  sur une injustice qui est révélée par ces quelques questions : Pourquoi lui et pas un autre ? Pourquoi Saül est-il rejeté et pourquoi David est-il favorisé ? Pour comprendre ce qui se cache derrière ces questions,  il va nous falloir remonter  légèrement en arrière dans le cours du récit.

Le récit oppose le roi Saül qui subit la défaveur de Dieu au futur roi David qui bénéficie de la faveur de ce même Dieu.  Saül avait autant de qualités pour être roi que David. Comme lui il était issu d’un milieu rural. Il était berger et  s’occupait  des ânes de son Père. Comme lui il avait une belle prestance. Que fit-il pour que son règne soit perçu comme un échec ?  Il déplu à Dieu en n’exécutant pas à la lettre les ordres qui lui avaient été transmis par Samuel.  Il offrit le sacrifice à la place de Samuel retardé,  il ne fit pas respecter à la lettre l’interdit. A la suite de chacune de ses erreurs, somme toute assez minimes en considération de celles que commit David plus tard,  il se repentit et demanda à Dieu de lui accorder son pardon, ce qui lui fut refusé.  Ses crises de folies furent  interprétées par les auteurs du texte comme des signes de la réprobation  divine  et   une  prise de possession de son âme par un esprit  mauvais. Et jamais il ne put en être délivré ni par Samuel, ni par Dieu.


A l’opposé, les erreurs de David furent  nombreuses, et finirent toujours par être pardonnées, même les plus graves. En fait, les auteurs expliquent les revers de l’un et les succès de l’autre  comme le résultat du regard que Dieu portait sur eux. Si tel est le sentiment que laissent transparaître le récit, il apparaitrait alors que Dieu interviendrait dans le cours de l’histoire d’une manière injuste et arbitraire.

Après ces réflexions nous pouvons reprendre le petit récit sur l’onction de David qui laisse entendre que la raison du plus fort n’est pas la meilleure. Il ne faut pas se fier aux apparences, c’est pourquoi les sept ainés sont écartés. Mais une question reste cependant en suspens. Pourquoi la famille de Jessée (Isaïe) a-t-elle été choisie ? La question reste sans réponse. Pour  y comprendre quelque chose, il faut considérer que l’histoire  a été rapportée  bien longtemps après les événements par les historiographes de David qui ont voulu montrer,  en  présentant  les choses ainsi, que  la dynastie  de David avait eu  les faveurs de Dieu dès les origines.  Malgré la volonté des auteurs d’orienter le récit en faveur de David, ils donnent cependant à Dieu une  apparence d’impartialité. Sa faveur va vers celui qui a le moins de chance. Il est encore un  jeune berger  et il n’est pas encore perverti par l’ambition. Il a donc toutes les chances d’être un bon roi s’il laisse parler son cœur. C’est le défit que pose le texte à l’avenir.  Mais tout cela repose sur l’arbitraire de Dieu puisqu’on ne sait rien des autres frères, si non que Dieu les a rejetés à l’avance. Dieu en  fait serait-il injuste ?

Nous nous sommes appliqués  à rendre compte du  malaise que fait naître dans  l’esprit de tout lecteur le fait qu’on ait montré que Dieu malgré une liberté que personne ne lui reproche se comportait d’une manière  injuste et partiale dans ces décisions et ses affections. A moins qu’il faille lire le texte autrement 

 On s’attachera alors  à comprendre que  l’action de Dieu  auprès du nouveau roi n’est pas liée à la faveur qu’il sera sensé lui accorder, mais à la manière dont le roi saura  écouter Dieu cœur à cœur.  Le projet de Dieu se réalisera dans la mesure où Dieu  sera entendu par le roi.  Pour David, comme pour tout homme qui se réfère à Dieu, la volonté de celui-ci se réalise dans la mesure où Dieu sera écouté et entendu. Dieu ne se propose pas d’intervenir dans  le cours des armes, mais il se propose d’agir sur la conscience des individus. Ce texte est écrit pour glorifier les actions de David, sans aucun doute, c’est pourquoi il a accablé Saül,  et la défaveur de Saül n’est donc pas à impliqué à Dieu, mais  doit être attribuée à la partialité des narrateurs.

Reste encore à déterminer comment Dieu inspire  celui qui a la charge de diriger le peuple. Certes, il est dans l’esprit de ceux qui ont rédigé ce récit de démontrer qu’Israël et le roi David  doivent être donnés en  exemple. Les nations doivent prendre leçon de leur comportement pour comprendre l’action de Dieu à travers le roi et son peuple. C’est la  bonne conduite du roi  et de son peuple  qui est garante de l’honneur de Dieu à la face du monde.

Mais comment le roi fera-t-il pour comprendre la volonté de Dieu ?    Celle-ci ne se manifeste pas seulement dans les intuitions intimes du monarque.  Il trouvera l’expression de la volonté de Dieu dans les textes fondateurs tels  le livre de l’Exode par exemple qui  en donne un aperçu clair et précis dans les dix commandements.  On la trouve aussi dans les textes  des livres des  prophètes   qui trouvèrent leur formulation  définitive à l’époque où les textes  relatant l’histoire des rois furent écrits. Ils insistent sur le respect  que l’on doit à  la veuve et  à l’orphelin, sur l’accueil de l’étranger et de l’immigré, sur la libération nécessaire des esclaves. Si le roi s’appuie sur de telles recommandations, son action sera conforme à la volonté de Dieu.

On trouvera donc dans ce récit de l’enfant  innocent, gardien de troupeaux, promis à la royauté,  le texte fondateur de la dynastie royale.  Elle laisse entendre que Dieu intervient dans l’histoire non pas, par des actes remarquables mais par la mise en œuvre de sa volonté par ceux qui se mettent à son écoute alors qu’ils ont la charge de gouverner le pays. Mais ce texte correspond plus à un souhait concernant le monarque qu’à la réalité. Si Dieu a cherché à inspirer les rois, ceux-ci n’en ont pas moins fait selon leur fantaisie.

jeudi 9 mars 2017

Exode 17: 3-7 - Moïse et le rocher - dimanche 19 mars 2017




Exode 17: 3 Là, le peuple avait soif, le peuple maugréait contre Moïse. Il disait : Pourquoi donc nous as-tu fait monter d’Egypte, si tu nous fais mourir de soif, moi, mes fils et mes troupeaux ? 4 Moïse cria vers le SEIGNEUR : Que dois-je faire pour ce peuple ? Encore un peu, et ils me lapideront ! 5 Le SEIGNEUR dit à Moïse : Passe devant le peuple et prends avec toi des anciens d’Israël ; prends aussi ton bâton, avec lequel tu as frappé le Nil, et tu t’avanceras. 6 Quant à moi, je me tiens là, devant toi, sur le rocher, en Horeb ; tu frapperas le rocher, il en sortira de l’eau, et le peuple boira. Moïse fit ainsi, sous les yeux des anciens d’Israël. 7 Il appela ce lieu du nom de Massa (« Provocation ») et Meriba (« Querelle »), parce que les Israélites avaient cherché querelle, et parce qu’ils avaient provoqué le SEIGNEUR, en disant : Le SEIGNEUR est-il parmi nous ou non ?



Ce peuple harassé par sa marche, en pleine asthénie à cause de la soif manque-il vraiment de foi vis-à-vis de Dieu qui a fait naître en lui le désir de liberté par l’entremise de Moïse ? Dieu serait-il un dieu pervers qui attendrait des actes de foi prodigieux pour stimuler les hommes qui se réclament de lui en les culpabilisant ? C’est ce que suscite en nous une lecture trop superficielle de ce texte, et tout être raisonnable serait donc amené  à se détourner d’une telle divinité. Mais ce n’est pas ainsi que nos ancêtres huguenots  ont compris ce texte. C’est pourtant au nom de ce Dieu que beaucoup d’entre eux ont risqué leur vie, se sont fait prendre par les dragons du roi et sont allés mourir aux galères. Dieu ne leur a pas envoyé ces épreuves pour tester leur foi, mais il a donné, à ceux qui n’ont pas succombé sous les coups la force de vivre et d’avancer vers la liberté et nul n’aurait osé dire qu’ils avaient manqué de foi.

C’est avec cette image des peuples avides de liberté et qui n’ont pas forcément réussi à la concrétiser que nous aborderons ce texte aujourd’hui.

On a retenu de cet événement que Dieu, après avoir compris le poids de la détresse et de l’oppression d’un peuple réduit en esclavage a décidé de s’attacher à lui et d’organiser sa délivrance à son corps défendant. L’histoire a fait de cette histoire  le signe même  de l’action de Dieu au milieu des hommes. Elle a servie de motivation aux esclaves  américains,  aux Huguenots en France et  de justificatif à la théologie de la libération. C’est ainsi que pour  pousser ce peuple   dans  l’aventure. Dieu a donné à Moïse vocation de provoquer en lui le désir de liberté, et c’est lui  qui l’ a accompagné ce sur les routes du désert dans l’attente de voir se réaliser son rêve de s’installer  sur  une terre où coule le lait et le miel. Pourtant, c’est une longue période d’errance et de déception qui s’ouvrira  sous  les pas de  ce peuple gonflé d’espérance avant qu’il atteigne son but.

Une telle histoire  aussi exaltante n’a cessée de se reproduire depuis des siècles dans toutes les  sociétés avides de changement. Les itinéraires  n’étaient  pas les mêmes, mais les enjeux sont restés les mêmes. Le désert qu’il fallait traverser à dos de chameaux est devenu de nos jours une mer,  qu’il faut affronter sur de précaires coquilles de noix. La terre d’accueil où les demandeurs de mieux être, espèrent partager l’abondance des pays nantis, devient un mirage et s’éloigne de ceux qui espèrent. Les lieux de refuge deviennent plus inhumains que  la terre de départ. Croyant fuir l’esclavage, ils tombent dans la misère et comme sur la terre qu’ils ont quittée, ils restent des  peuples exploités.


Il n’est pas difficile de faire un parallèle entre la situation des réfugiés actuels et la situation des Hébreux qui se sentaient abandonnés par  ce Dieu qui avait provoqué leur libération. Cette histoire, malgré tout banale, en comparaison des drames que vivent les réfugiés modernes, semble mettre Dieu en accusation.  Certes le peuple libéré de l’esclavage n’avait pas demandé qu’il agisse en leur faveur. Trop exploités, ils n’avaient pas les moyens de redresser la tête ni d’imaginer une délivrance quelconque. Un peuple sans espérance n’a pas les moyens de se révolter. Depuis des siècles il subissait son  sort sans  broncher.

Pourtant l’espérance qui semblait impossible s’est quand même  produite. Les intrigues de cour du moment ont provoqué une rivalité entre princes. La libération de ce peuple opprimé devint l’enjeu du défi qu’ils se jetèrent l’un à l’autre. Ce fut le début de l’histoire : «  Laisse partir mon peuple, Let my  people go. » Ce n’est pas pour s’approprier le pouvoir que le prince qui défendait les esclaves s’opposait au prince régnant,  c’est pour une question de philosophie : le droit à la liberté.

Voila qui est nouveau. Le droit à la liberté n’est pas une invention des philosophes du dix huitième siècle, c’est un principe qui remonte à la nuit des temps et dont l’origine serait en Dieu, c’est en tout cas ce qui ressort de ce texte.  Les théologiens et les historiens se battent entre eux  pour dater l’origine de ce récit. Qu’importe la date ! Il est clair qu’au cinquième siècle avant Jésus Christ, date de rédaction de ce texte, l’affaire était pliée. Ainsi la première action attribuée à  Dieu  dans l’histoire, le fait apparaître comme un pourvoyeur de liberté. On l’oubliera par la suite.

La notion de liberté et la notion de vie sont toutes proches l’une de l’autre. C’est en vertu de ce principe que  l’enfant expulsé de la prison du ventre de sa mère en sort pour affronter la vie. Le poussin enfermé lui aussi dans son œuf doit casser la coquille qui le retient à l’intérieur pour en sortir et  se préparer à vivre. Le peuple hébreu, séduit par ce prince qui ne revendiquait pas le pouvoir pour lui-même mais qui risquait sa vie pour réclamer le droit à la liberté, fut conquis par son  enthousiasme. Cet enthousiasme lui donna la force  de bousculer le joug qui l’opprimait.  Tels des  poussins brisant leur coquille, ils trouvèrent leur raison de vivre et d’espérer  en Moïse dont ils adoptèrent  le Dieu comme libérateur.

Sur le plan théologique et sur le plan spirituel, tout cela prend du sens et vient alimenter notre foi. Mais on ne peut pas s’en tenir là et se satisfaire de ces principes sans poser la question : pourquoi, cela ne marche-t-il pas, ou pourquoi cela ne marche-t-il que rarement?  C’est en formulant cette question  que nous retrouvons les Hébreux en plein désert, crevant de soif. La dureté du moment a asséché leur espérance. Moïse qui les conduisait n’avait pas vraiment de solution de rechange. Etait-ce la fin de l’expérience ? Etait-ce l’échec de l’entreprise ? Moïse s’était-il  fourvoyé, le Dieu qui était à l’origine de tout cela n’était-il que du vent  sans  pouvoir ? Cette question  revient  d’une façon lancinante.  Pourquoi Dieu qui est à l’origine de tout cela attendit-il si longtemps  pour répondre à leur nécessité immédiate ?  La seule bonne réponse était-elle celle d’un miracle  en dernier recours ?

L’auteur du texte suggère sans le dire (1) qu’ils avaient manqué de foi, qu’ils étaient ingrats et toujours revendicateurs, qu’ils étaient un peuple insatisfait  qui fatiguait  ceux qui leur voulaient leur  bien, à commencer par Dieu. Mais l’espérance en Dieu, face à l’échec apparent ne finit-elle pas par mourir ?  En effet, l’espérance est quelque chose qui vit en nous et pour  qu’elle vive quand plus rien ne nous retient dans la vie,  il faudrait un miracle. L’auteur a compris  que sans l’intervention de Dieu l’histoire allait  tourner court et s’arrêter là, c’est pourquoi sous la plume du narrateur, il a suffi d’un coup de baguette pour que se produise le miracle.  L’histoire repartit  alors et le peuple fut accusé de manquer de foi ! Mais c’était trop facile. Et c’est désespérant pour tous ceux qui ont échoué.

Dans les histoires modernes,  Dieu dispose rarement de  baguettes pour faire évoluer les situations de manière heureuse et surtout il ne dispose pas forcément de mains fermes, telles celles de Moïse pour manier la baguette pourvoyeuse de solutions propices.


Bien qu’audacieux et entreprenant au départ, le dynamisme des peuples en marche perd son énergie à mesure que se succèdent les échecs. Ils perdent l’audace qui les fait avancer.  Si la bonne solution  réside  dans le miracle qui regonflera leur dynamisme, il faut se demander qui aura la force de saisir la baguette que Dieu tend aux hommes pour apporter la solution souhaitée ? La réponse est dans la question ! elle se trouve dans le cœur de celui qui se sent concerné pour faire le geste que Dieu attend des hommes pour réaliser le miracle. Déjà Jésus qui a passé sa vie  à nous motiver, tend le doigt dans notre direction et espère une réponse de ceux qui ont compris son Évangile.

Il lui faut des mains capables de  tenir la baguette et désireuses de collaborer avec Dieu à l’amélioration du monde. Jésus appelle tous les hommes en aussi grand nombre que nécessaire pour que, autant de miracles que possibles,  se produisent. Ce ne sont pas de  grands miracles qui sont souvent demandés. Ici, ce ne sont  que quelques gouttes d’eau pour assouvir la soif qui rendront  l’espérance et permettront  à ceux qui sont en manque d’avancer, car Dieu a besoin des hommes, de tous ces croyants que nous sommes, pour qu’un avenir meilleur s’ouvre devant les pas de  ceux qui espèrent en lui.  

(1)  Voir aussi le texte parallèle de  Nb 20 :13

(2)   Illustrations: Eglise Notre Dame de Beaulieu Briatexte  – Nicolaï Grechny

dimanche 26 février 2017

Genèse 12/1-4 LLa marche des croyants - dimanche 12 mars




Chapitre 12

1 Le SEIGNEUR dit à Abram :
« Pars de ton pays, de ta famille et de la maison de ton père vers le pays que je te ferai voir.2 Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai. Je rendrai grand ton nom. Sois en bénédiction.
3 Je bénirai ceux qui te béniront, qui te bafouera je le maudirai ; en toi seront bénies toutes les familles de la terre. »
4 Abram partit comme le SEIGNEUR le lui avait dit, et Loth partit avec lui.
Abram avait soixante-quinze ans quand il quitta Harrân. 
5 Il prit sa femme Saraï, son neveu Loth, tous les biens qu’ils avaient acquis et les êtres qu’ils entretenaient à Harrân. Ils partirent pour le pays de Canaan. 



Un jour, à l’origine de l’humanité,  quelques humains décidèrent de partir vers un ailleurs au-delà de leurs forêts natales nichée au cœur de l’Afrique en direction de terres jusqu’alors inconnues. C’est ainsi que les historiens imaginent la progression  de l’espèce humains à travers les continents depuis ses origines africaines L’histoire humaine a commencé selon eux par une marche irréversible entreprise par quelques individus vers  des terres  jusqu’alors ignorées capables de les accueillir.  Le départ était donné.  Cette marche des hommes vers l’inconnu  ne s’arrêtera jamais.

A l’autre bout de l’histoire les derniers descendants de ces premiers voyageurs poursuivent les mêmes rêves vers d’autres terres, toutes aussi inconnues, capables de les accueillir sur d’autres planètes. Rien ne semble devoir  limiter ce mouvement irréversible qui pousse les humains à aller voir plus loin.

Entre le départ des premiers  explorateurs vers des terres autres que les leurs et la mise en œuvre du  désir de leurs derniers  descendants de quitter leur planète, des milliers d’humains habités par ce même projets de départ  ont suivi les étoiles, guidés par leur intuition pour découvrir de nouvelles terres propres à les recevoir. Parmi eux,  Marco Polo et Christophe Colomb furent les plus célèbres, mais  ne furent pas les seuls.

Si ce désir d’aller voir ailleurs est inhérent à l’homme, il serait surprenant qu’il ne trouve pas son origine en Dieu, car l’homme est fait  à son image selon les Ecritures. Curieusement, la Bible s’est attachée à suivre les pas d’un de ces voyageurs fameux : «  Pars,   lui avait dit une voix, coupe les racines qui te rattachent à la maison de ton père ». C’est Dieu lui-même qui donnait le coup d’envoi d’une  aventure prodigieuse qu’il inscrivait dans une longue tradition  de l’humanité. Abraham partit avec sa femme,  ses troupeaux et le rêve de se faire un nom parmi les nations.

 Ainsi semble-t-il, Dieu a mis dans  nos gènes  un dynamisme qui pousse les plus aventureux à aller  voir plus loin, là où personne n’est encore allé. Ils   à rompent avec la tradition  selon laquelle l’avenir  de chacun consisterait à mettre ses pas dans ceux de son père et de refaire  après lui la même chose que lui. L’homme poussé par Dieu est un curieux de nature. Ce ne sont même pas  seulement des terres nouvelles qu’il cherche à s’approprier, mais des idées nouvelles et une autre forme de pensée.  Dans cette longue entreprise qui s’ouvre devant lui, c’est un autre visage de Dieu qu’Abraham découvrira et qui s’affinera à mesure de ses déplacements.

Il  multipliera les étapes, commettra des erreurs, changera la direction de ses pas. Seule la mort l’arrêtera. Son fils Isaac s’appropriera la nouvelle terre enfin acquise. L’entreprise de son père semblait donc avoir  pris fin avec lui. Mais Dieu allait-il fixer  à tout jamais, sur ce morceau de désert où Abraham avait posé son campement, ceux qui allaient devenir « son peuple » ? Le voyage n’était cependant pas fini ! S’arrêterait-il un jour  d’ailleurs? Jacob, le petit fils fut habité de la même frénésie que le grand père et c’est en Egypte qu’il tentera de stabiliser la tribu. Elle dut en partir quelques générations plus tard, en considérant ce nouveau départ comme une bénédiction divine. Les Ecritures  interprètent  tous ces déplacements   comme l’expression de la volonté  divine.

Si aujourd’hui  le tourisme nous met  dans des situations semblables à celle d’Abraham et nous invite à l’aventure, le but n’est  cependant pas le même. Le touriste a généralement  l’intention de revenir à son point de départ. Par contre, Dieu quand il nous pousse à partir ne prévoit pas qu’on puisse revenir. La vie que nous menons sous sa conduite ne prévoit si de marche en arrière, ni de point de retour. C’est une continuelle marche en avant.

 Beaucoup plus tard, cette même fièvre de déplacement s’empara  des apôtres de Jésus qui selon la tradition se mettront à  parcourir les mers en tous sens et tous les continents connus, pour obéir aux ordres du Christ qui en fit des agents itinérants pour proclamer son Evangile.  

Abraham avait mis sa foi en une promesse qu’il avait cru entendre de la bouche même de Dieu. Il s’agissait de lui assurer une descendance qui donnerait du sens à sa vie. Sa femme étant stérile, il devait faire confiance à Dieu pour que son projet d’enfant  aboutisse, à moins  d’adopter son neveu dont il avait la charge ou d’utiliser les services d’une autre femme que la sienne.  Cette double possibilité qu’il expérimenta  ne donna pas satisfaction. Elle mit  cependant sa confiance à l’épreuve, car c’est de Dieu et de Dieu seul que devait venir la solution qui donnerait du sens à sa vie.

La  difficulté  que rencontra  Abraham, et  qui est aussi bien la nôtre, c’est de faire confiance à Dieu quand le doute s’empare de nous et que le projet de vie formulé avec lui cesse d’être nette. La foi n’est pas aveugle,  elle ne s’appuie pas sur une promesse aléatoire, elle doit laisser place à une certitude. Comment alors être certain de la mission que Dieu nous confie  quand  on ne le voit pas et qu’il  ne se fait entendre que par nos  voix intérieure ? Comment  être sûr de notre discernement quand il s’agit d’une question de vie ?

Il nous faut aiguiser notre discernement.  Le discernement consiste à savoir quand c’est Dieu qui nous parle et que ce n’est pas la cupidité qui nous anime. A chaque étape de son voyage Abraham se trouva face à des  choix qui provoquèrent  sa sagacité. Il dut  dominer ses sentiments personnels qui  pouvaient orienter de ses choix et décider, à la place de Dieu quelle chose il fallait faire.  Il fut provoqué par la peur et par  sa cupidité,  ou par  la logique humaine qui érige en défi  ce qui ne l’était pas. Ainsi,   par exemple la question de son âge le tourmenta :  était-il raisonnable  d’entreprendre ce qu’il faisait   à  l’âge qui était le sien ? Il réalisa que pour entendre Dieu il devait  donner priorité à tout ce qui était  porteur de vie.  Il devra  alors lutter contre lui-même pour découvrir que la vie d’Isaac était plus précieuse  que l’obéissance aveugle à une voix qu’il croyait être celle de Dieu et qui  lui ordonnait  de sacrifier son enfant. Il fut alors  tourmenté  par sa propre réflexion jusqu’à ce qu’il comprenne que le sacrifice de l’enfant ne signifiait  pas sa mise à mort. Il s’agissait seulement  de le lui consacrer.

Sur le chemin de l’aventure, c’est sa foi qui devait  le guider dans ses choix, mais son intelligence éclairée par l’esprit de Dieu devait constamment être tenue en éveil pour saisir correctement la volonté de Dieu afin de toujours  faire passer l’intérêt des autres avant le sien. C’est à cette condition que l’écho de  la voix de Dieu  serait vraiment audible.

Ainsi Dieu met-il du mouvement dans notre vie et nous entraîne-il dans une aventure toujours surprenante. Il nous fait confiance pour que nous discernions, grâce à l’esprit qu’il met en nous, les bons tournants que nous devons donner à notre existence. Ils consistent à donner priorité à toutes les vies qui nous sont confiées par  les hasards de  notre histoire. C’est le chemin d’une telle  aventure que Jésus a suivi. Il a su discerner  les priorités qui devaient guider ses choix et il a découvert les  choix de Dieu. Étrangement il est allé vers  la mort quand elle s’est présentée à lui, comme le choix nécessaire pour que les autres puissent vivre.

L’aventure d’Abraham est une expérience  superbe   que Dieu lui a offerte et qu’il a su gérer sagement  en suivant les intuitions de sa foi.  Une telle expérience nous est offerte, à nous aussi  si nous apprenons à découvrir les vraies priorités que la foi en Dieu nous demande de mettre en œuvre.