lundi 10 février 2020

Matthieu 5/17-37 dimanche 16 février 2020 reprise du 13 février 2011



Matthieu 5 :17-37

17 Ne pensez pas que je sois venu abolir la loi ou les prophètes. Je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. 18 En vérité je vous le dis, jusqu'à ce que le ciel et la terre passent, pas un seul iota, pas un seul trait de lettre de la loi ne passera, jusqu'à ce que tout soit arrivé. 19 Celui donc qui violera l'un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux, mais celui qui les mettra en pratique et les enseignera, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux. 20 Car je vous le dis, si votre justice n'est pas supérieure à celle des scribes et des Pharisiens, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux.

21  Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, celui qui commet un meurtre sera passible du jugement.22 Mais moi, je vous dis : Quiconque se met en colère contre son frère sera passible du jugement. Celui qui dira à son frère : Raca ! sera justiciable du sanhédrin. Celui qui lui dira : Insensé ! sera passible de la géhenne du feu. 23 Si donc tu présentes ton offrande à l'autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, 24 laisse là ton offrande devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère, puis viens présenter ton offrande. 25 Arrange-toi promptement avec ton adversaire, pendant que tu es encore en chemin avec lui, de peur que l'adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et que tu ne sois mis en prison. 26 En vérité je te le dis, tu ne sortiras point de là que tu n'aies payé jusqu'au dernier centime.

27 Vous avez entendu qu'il a été dit : Tu ne commettras pas d'adultère.
28 Mais moi, je vous dis : Quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis adultère avec elle dans son cœur. 29 Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi. Car il est avantageux pour toi qu'un seul de tes membres périsse et que ton corps entier ne soit pas jeté dans la géhenne. 30  Si ta main droite est pour toi une occasion de chute, coupe-la et jette-la loin de toi, car il est avantageux pour toi qu'un seul de tes membres périsse et que ton corps entier n'aille pas dans la géhenne.

31 Il a été dit : Que celui qui répudie sa femme lui donne une lettre de divorce.
32 Mais moi, je vous dis : Quiconque répudie sa femme, sauf pour cause d'infidélité, l'expose à devenir adultère, et celui qui épouse une femme répudiée commet un adultère.
33 Vous avez encore entendu qu'il a été dit aux anciens : Tu ne te parjureras pas mais tu t'acquitteras envers le Seigneur de tes serments.3 4Mais moi, je vous dis de ne pas jurer : ni par le ciel, parce que c'est le trône de Dieu, 35 ni par la terre, parce que c'est son marchepied, ni par Jérusalem, parce que c'est la ville du grand roi. 36  Ne jure pas non plus par ta tête, car tu ne peux rendre blanc ou noir un seul cheveu. 37 Que votre parole soit oui, oui ; non, non ; ce qu'on y ajoute vient du malin.



Quand les fils de Caïn, construisirent une ville pour y soustraire au regard de Dieu, leur père, coupable du meurtre de son frère Abel, ils inscrivirent sur la porte « interdit à Dieu d’entrer ». C’est ainsi que Victor Hugo tenta de décrire cette terrible impression selon laquelle certains humains éprouveraient le désir de vivre, ne serait-ce que quelques instants, dans un lieu où la présence de Dieu ne serait pas sensible.

Il vous est peut être arrivés, un jour ou l’autre d’éprouver ce désir d’être enfin seul et de pouvoir considérer votre existence avec votre seule conscience pour témoin. Nous aimerions ainsi être parfois libérés du poids des habitudes ou de la morale facile ainsi que du regard des autres et par conséquent du regard de Dieu.

Ne soyons pas choqués si ce désir parfois nous a effleurés ! Ayons le courage de la vérité et de nous avouer à nous-mêmes qu’une telle éventualité a pu se produire. Il a pu se produire que, acculés par le soupçon accusateur des autres, nous mettions un terme à la discussion que nous avons avec eux en déclarant que « nous avons notre conscience pour nous». Ce qui signifie que les arguments ou l’opinion des autres ne nous atteignent pas, même s’il s’agit d’écarter de nous le regard que Dieu pourrait porter sur nos actions.

Quand de telles situations se produisent, nous nous sentons d’autant plus seuls que pèse sur nous le poids de la réprobation des autres et que nous ne pensons pas que Dieu puisse quelque chose pour nous. Enfermés dans notre problème, nous pensons que seule la solitude pourra nous aider. Si nous nous privons de la présence des autres, c’est que nous ne supportons pas qu’ils puissent avoir raison contre nous.  Nous nous contentons du regard de notre conscience et  par voie de conséquence, nous rejetons celui de Dieu. Si nous nous privons de la présence de Dieu, c’est sans doute, parce que  nous redoutons son jugement et que par avance nous n’accordons que bien peu de valeur au pardon qu’il pourrait nous accorder.  Nous restons seuls avec notre sentiment de culpabilité.

Sans que les choses soient vraiment graves, il peut nous arriver de nous engager dans des voies sans issue où nous ne supportons plus la présence des autres et où l’absence de Dieu nous paraît meilleure que sa présence. Refermés sur nous-mêmes, nous confions au temps ou à l’oubli le soin de gérer ce problème que nous voulons garder enkysté en nous-mêmes en espérant qu’il se sclérosera lentement.

Bien sûr nous savons bien que la réponse que nous donnons à cette situation en nous enfermant dans l’oubli est mauvaise, mais comment s’en sortir autrement ? Le passage que nous abordons aujourd’hui ne fait qu’enfoncer un clou douloureux dans note âme puisqu’il nous rappelle qu’il n’y a pas de lieu où le regard de Dieu ne pénètre, et que si une guérison est toujours possible il faut en payer le prix. Que faire alors ? C’est ce que nous allons voir.

Jésus pend le contrepied de cette attitude de repli sur soi que nous pensons parfois être la bonne solution. Il nous rappelle que Dieu a voix au chapitre dans tous les domaines de l’existence et qu’il serait mal venu de notre part de nous appuyer sur sa Loi pour donner des limites à son regard sur nous, comme si la loi posait des limites claires et définies et que l’intention valait l’action. C’est pourquoi il dit que le regard agressif contre l’autre porte déjà en lui le meurtre que l’on pourrait commettre sur lui. Il en rajoute en précisant  que le moindre regard concupiscent est perçu par Dieu et se trouve susceptible d’être sanctionné par lui,  comme situation d'adultère tant il est vrai que Dieu voit tout, même l'inconscient de chaque être.

Sans doute le Lecteur des Ecritures ne reconnaît-il pas ici l’attitude habituelle de Jésus quand il parle des sanctions qui pourraient être la conséquence d’actions qui n’ont été commises qu’en pensée. Ici il n’est question ni d’amour, ni de miséricorde ni de pardon. En constatant que Jésus durcit le ton de la loi, il se peut que nous préférions nous écarter de Dieu et tenter de nous sortir tout seul des nombreux pétrins où la vie nous entraîne. Nous créons ainsi des zones d’ombre en nous qui fonctionneraient comme des zones de non droit pour Dieu. Combien ne se sont-ils pas écartés de l'Eglise parce qu'ils se sont sentis dans cette situation?

Ils ne peuvent alors espérer aucun soulagement ou aucune guérison venant de lui. Ni rien, ni personne ne pourrait plus les aider dans la solitude où ils se réfugient. La seule solution consiste alors à confier ses problèmes à l’oubli. Ils savent cependant qu’une telle pratique n’est pas forcément efficace car le temps n’efface rien, au mieux il rend supportable les choses qu'on lui confie, au pire il donne au remord, le soin de  perturber encore longtemps ceux qui se trouvent en une telle situation.

C’est pour cette raison qu’il est préférable de se tourner quand même vers Dieu, en espérant que derrière la sévérité du ton de Jésus nous trouverons la miséricorde qui s’y cache. C’est la bonne attitude, car la miséricorde de Dieu ne peut se trouver que dans la vérité et c’est pour parler en vérité que Jésus a employé un ton de sévérité. Ce n’est en effet que dans la vérité vis à vis de Dieu et de nous-mêmes que Dieu pourra nous accompagner dans nos difficultés. Pour cela, il nous faudra, accepter qu’il puisse porter un regard sur chaque instant de notre vie. Il faudra aussi que nous acceptions de lui en rendre compte.

Une telle attitude n’est pas facile à accepter, c’est pourquoi certains croyants préconisent alors d’affirmer leur foi dans l’universalité du salut. « Puisque Dieu est infiniment bon, disent-ils, il accordera le pardon à tous les hommes quelle que soit leur faute ». Ceux qui croient que les choses se passent ainsi, se rallient un peu vite à la pensée de Voltaire qui disait que Dieu se doit de pardonner,  puisque c’est son métier. Une telle conception de Dieu équivaudrait à une négation de Dieu, donc à son absence et nous en reviendrions à la case précédente.

En fait, il ne peut vraiment y avoir de pardon que s’il y a eu guérison et il ne peut y avoir de guérison que s’il y a eu dialogue avec celui qui guérit, car Dieu réclame notre participation personnelle au pardon qui s’ensuit.

C’est pour que cette guérison soit effective et ce pardon bien réel que Jésus nous propose une toute autre relation avec son Père. Cette relation consiste à accepter sa présence constante à nos côtés, et à ne pas redouter que son regard se porte sur toutes nos actions. Plus rien, pas même la Loi de Dieu ne peut mettre de distance entre lui et nous. Il devient le partenaire de notre vie, c’est lui qui motive les actions que nous menons par le moyen de l’amour qu’il déverse sur nous.

Notre vie s’épanouira donc à mesure que nous approfondirons ce qui caractérise le mystère de notre existence de croyant. Ce mystère, c’est qu’avec Dieu, nous ne sommes plus deux partenaires, mais trois. Le troisième étant notre prochain qui prend toujours place entre Dieu et nous. C’est donc grâce à la manière dont nous nous comportons avec les autres que nous sommes capables de voir comment Dieu agit en nous, car les gestes d’amour que nous faisons nous viennent de lui.

Quand nous faisons le point sur notre vie et que nous constatons que nous n’avons pas eu les gestes d’amour appropriés ou que nous avons eu des paroles blessantes, des gestes violents ou que nous avons commis quelque action qui ait causé du tort à autrui, il ne nous est pas difficile d’en déduire que nous nous sommes écartés de Dieu. A ce moment-là, notre retour volontaire à plus d’intimité avec lui, est la seule école qui nous permette de revenir vers lui, de réparer le tort que nous avons fait et de nous réconcilier avec nous-mêmes. C’est par l’amour dont nos gestes seront à nouveau marqués que nous verrons l’efficacité du pardon de Dieu en nous.

Notre relation à Dieu sera désormais motivée par l’amour dont nous serons capables envers les autres. La Loi rigide qui réglait nos comportements à l’égard des autres est totalement dépassée, car une nouvelle Loi a pris place en nous ; c’est celle de l’amour du prochain. Elle consiste à régler nos comportements envers les autres de telle sorte que nous ne lésions personne, mais que tous se trouvent grandis par ce que nous entreprenons.

Ce comportement n’a aucune chance de porter ses fruits si nous ne prenons pas Dieu comme partenaire quotidien et si nous ne le prions sans cesse. Notre vie ne peut être vraie que si nous opérons une fusion d’amour avec Dieu.


Contrairement à ce que pourraient penser ceux dont la vie n’est pas éclairée par Dieu, un tel comportement n’est ni pénible ni contraignant, car la présence de Dieu en nous est libératrice et cette liberté nous comble de joie.

Illustrations: Le Christ en croix de Salvador Dali


mardi 4 février 2020

Matthieu 5/13-16 lla lumière du monde Dimanche 9 février 2020



13 C'est vous qui êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade avec quoi le salera-t-on ? Il n'est plus bon qu'à être jeté dehors et foulé aux pieds par les hommes. 14 C'est vous qui êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. 15 On n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. 16 Que votre lumière brille ainsi devant les hommes, afin qu'ils voient vos œuvres bonnes, et glorifient votre Père qui est dans les cieux.





Il y a une habitude qui  habite notre esprit, c’est celle qui consiste à désigner par « siècle des lumières » celui des  philosophes du XVIII eme siècle dont une des particularités          est de mettre en doute la réalité de Dieu. Elle les met en opposition avec les discours de la Bible  qui utilisent l’image de la lumière pour désigner la présence de Dieu parmi les hommes.  Cette expression de siècle des lumières a fait école et c’est  par elle que l’on désigne l’époque où on a commencé à prendre  ses distances par rapport à Dieu. Or le texte de l’Evangile que nous lisons aujourd’hui utilise l’expression de «  lumière du monde » pour désigner  l’homme quand il est sensé ressembler le plus à Dieu. N’y a-t-il pas discordance quelque part ? 


En opposition à ce qui vient d’être dit, à l’époque de Jésus  l’expression de lumière qualifiait l’action divine.  Dans les textes de la nativité que nous venons de vivre, c’est la lumière d’une étoile qui annonce la venue de Dieu en  Jésus sous forme humaine.  Dieu  s’incarne dans la lumière d’une étoile pour diriger ceux qui le cherchent vers le lieu où il a pris naissance. C’est également  en créant la lumière que Dieu donne  le coup d’envoi de la création  du monde. Nous nous interrogerons donc sur  la manière  dont les Ecritures utilisent la lumière pour  désigner l’intervention de Dieu dans le monde.  Nous mettrons donc  cette lumière en opposition  avec cette époque où les hommes ont défié Dieu en s’appropriant une image qui jusqu’ici lui était  réservée. Comment se fait-il que l’homme se soit servi des attributs de Dieu pour mieux le contester ?


En faisant cette remarque nous n’oublierons pas   la prophétie de Siméon lors de la présentation  de Jésus au temple qui annonçait que cet enfant serait la lumière du monde, mais aussi un signe qui provoquera la contradiction. La contradiction dans la manière de penser les choses devient évidente dans les constations  que nous venons de mentionner.

Au XVIII eme siècle les philosophes se sont crus suffisamment éveillés à la critique du monde pour se passer de Dieu dans la formulation de leurs pensées. Ils en ont profité pour s’attaquer à lui en s’appropriant  l’image de la lumière le désignant habituellement. On ne peut désormais  avoir un discours sur Dieu  sans songer à ceux qui avaient  inauguré une nouvelle manière de penser le monde en enlevant  ses responsabilités à Dieu.


Avant d’entrer dans le débat, revenons à Jésus qui a fait  cette affirmation surprenante en revêtant les hommes que nous sommes des attributs de Dieu : « vous êtes la lumière du monde ». Est-ce à dire que selon Jésus les hommes devraient tenir un rôle capital dans la manifestation de Dieu au monde ? Jésus suggérerait-il que c’est  par le comportement des humains que le monde accéderait à la connaissance de Dieu ? En fait, il semblerait que «  être la lumière du monde »  devrait être la fonction de celui qui répond à l’appel de Jésus et qui choisit de se mettre à sa suite en décidant de suivre son enseignement dont il vient de donner la teneur dans les béatitudes. En effet, Jésus vient de donner les béatitudes, comme le sommaire de tout son enseignement à venir. Il y fait de l’amour inconditionnel le centre de la pratique qu’il enseigne.  Il recommande de tout sacrifier à son prochain d’une telle manière que nous aurions vraiment du mal à l’appliquer. Il s’agirait de s’oublier personnellement  au profit de quiconque croise son chemin et de réserver de l’attention à ceux qui nous ignorent, nous méprisent voire même nous persécutent. C’est par ce genre de pratique que la lumière de Dieu se mettra à briller sur notre chemin. Cette lumière sera précisément celle que Jésus  nous charge de faire briller pour manifester l’attention que Dieu porte aux hommes.   Curieusement, les philosophes chercheront par leurs discours à obtenir les mêmes effets, c’est-à-dire l’amélioration du sort de l’humanité.  Mais une telle démarche les conduira  pour la plupart à la négation de Dieu alors qu’ils chercheront à  obtenir les mêmes effets  que ceux recherchés par Jésus.


Mais nous n’en avons pas fini avec ces contradictions au sujet de la lumière et de l’emprise de l’homme sur elle. Conduit-elle à la découverte de Dieu ou à sa négation ? Poursuivons notre propos à partir de ce que nous découvrons encore dans la Bible.  Curieusement  la Bible s’ouvre par le  récit de la création de la lumière, car pour la Bible  tout commence  par elle, c’est en la créant que Dieu prend  le monde en charge. Dieu achève la création au septième jour en créant l’homme comme si, Dieu avait créé l’un et l’autre, lumière et humanité comme commencement at achèvement de la création. Ils seraient ainsi devenus  complémentaires l’un de  l’autre. C’est la lumière qui donne de la réalité au monde, tandis que l’homme créé à l’image de Dieu donne du sens  à ce que la lumière ouvre à la vie.


Voilà la mission qui semble nous être confiée par Dieu et que Jésus met en évidence. Pourtant l’homme n’a jamais vraiment  compris que telle était sa fonction. Quand l’homme songe  à son rôle sur terre, il  s’enferme dans le rôle de coupable où il se plait à croire que Dieu l’a condamné et il cherche à en sortir pour plaire à Dieu. Les théologiens de tous les  temps l’ont enfermé dans ce rôle alors qu’à l’origine Dieu  a voulu faire de lui une lumière pour révéler sa volonté au monde qui est de faire le bonheur de tout ce qui y vit et dont l’homme serait l’instrument de prédilection. 


Ceux qui nous ont transmis l’histoire de l’homme à travers toute la Bible ont insisté sur ses erreurs. C’est le déluge qui a retenu leur attention, c’est au récit de la tour de Babel qu’ils se sont  attachés, ce  sont les mauvais comportements des rois d’Israël qu’ils ont retenus et qui selon eux ont rempli le cœur de Dieu de tristesse  et ont attisé sa colère  contre les hommes. Depuis longtemps, pourtant  des voix prophétiques  s’étaient élevées, elles avaient dit les actions qui plaisaient à Dieu et qui étaient à la portée de chacun.  Elles véhiculaient déjà  l’idée de partage et de collégialité de l’humanité. Jésus a repris ces propos après eux.  Mais malgré les évangiles,  malgré les propos de compassion de Jésus,   les théologiens sont restés sourds à l’enseignement  de Jésus qui voulait dépasser  l’univers de la faute dans lequel les hommes s’enfermaient pour les ouvrir à une autre possibilité  d’action, celle qui consistait à tisser des liens entre les hommes, de bannir la haine et de faire de la place à l’espérance de promouvoir l’amour du prochain en toute occasion. C’est cela qui était vraiment  la parole de Dieu et qui manifestait  la lumière que Dieu  avait chargé les hommes de répandre depuis la création. 


Reprenant l’idée de lumière, les philosophes du XVIII eme siècle en ont profité pour s’en attribuer le privilège et le  retirer à Dieu. Nous voilà tombés en pleine contradiction comme  le vieux Siméon le prophétisait à Jésus. D’une part les croyants cherchaient à plaire à Dieu en se retirant du monde pour ne pas l’accabler de leurs erreurs, d’autre part les autres  voulaient changer le monde en  refusant toute action de Dieu sur lui. Les choses continuent à suivre leur cours en oubliant qu’à l’origine Dieu a cherché à éclairer le monde en mettant  l’homme à son service par la pratique du partage et de l’espérance.  Aujourd’hui encore les hommes s’enfoncent dans leur irresponsabilité en s’accusant  eux-mêmes de tout ce qui ne va pas sur la planète, mais refusent de mettre en action la  seule chose qui leur a été demandé depuis les origines celle de regarder leurs semblables avec le même regard  que celui de Dieu pour eux, celui de frères.


Quoi qu’il en soit, les récits sur la création rappelle aux hommes que Dieu les charge de puiser dans les Ecritures le message que Dieu révèle aux hommes depuis toujours  afin d’orienter le monde vers les projets d’origine de Dieu qui est d’inscrire l’amour, le partage et l’espérance dans le destin du monde. C’est ainsi qu’il évoluera et sera sauvé.

mercredi 22 janvier 2020

Matthieu 4/12-23 Pêcheurs d'hommes dimanche 26 janvier





Matthieu 4/12-23  Je vous ferai pêcheurs d'hommes, dimanche 26 janvier 2014


12 Lorsqu'il eut appris que Jean avait été livré, Jésus se retira dans la Galilée. 13 Il quitta Nazareth, et vint demeurer à Capernaüm, situé près de la mer aux confins de Zabulon et de Nephtali, 14 afin que s'accomplisse la parole du prophète Ésaïe :


15  Terre de Zabulon et terre de Nephtali, Contrée voisine de la mer, au-delà du Jourdain, Galilée des païens ;

16 Le peuple assis dans les ténèbres, A vu une grande lumière, Et sur ceux qui étaient assis dans le pays Et dans l'ombre de la mort, Une lumière s'est levée.


17 Dès lors Jésus commença à prêcher et à dire : Repentez-vous car le royaume des cieux est proche. 18 Au bord de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon appelé Pierre, et André, son frère, qui jetaient un filet dans la mer ; en effet ils étaient pêcheurs. 19 Il leur dit : Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes. 20 Aussitôt, ils laissèrent les filets et le suivirent.

21 En allant plus loin, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, qui étaient dans une barque avec Zébédée, leur père, et qui réparaient leurs filets. 22 Il les appela, et aussitôt ils laissèrent la barque et leur père, et le suivirent.

23 Jésus parcourait toute la Galilée, il enseignait dans les synagogues, prêchait la bonne nouvelle du royaume, et guérissait toute maladie et toute infirmité parmi le peuple.





« Venez après moi et je vous ferai pêcheurs d’hommes ». Ceux qui sont familiers des Ecritures ont tellement pris l’habitude de cette expression qu’ils mesurent à peine ce qu’elle a d’incongrue. La pêche proposée par Jésus en assimilant les hommes à des poissons a pour but de faire vivre les hommes qui vont être péchés. Or quand on va à la pêche, ce n’est généralement pas pour le bien être des poissons, c’est pour les faire mourir et les manger. Pourtant en utilisant cette expression Jésus entend bien signifier le contraire. C’est pour dénoncer l’atmosphère de  mort dans laquelle nous évoluons que Jésus utilise cette image, tant il est vrai que dès notre naissance nous nous acheminons lentement vers notre mort. Jésus dénonce ici, ce cycle infernal de la mort.


Les hommes ne sont pas non plus des amphibiens, ils ne vivent pas dans l’eau. L’eau ici est perçue dans une valeur symbolique qu’elle a souvent dans la Bible. Dans la Bible l’eau est perçue  comme le lieu où se trouvent les forces hostiles. Dans le récit de la création ou dans celui de la traversée de la Mer Rouge, Dieu doit maîtriser la force des eaux qui lui résistent. Dans les deux cas, il doit fendre les eaux, comme  une matrice, c'est-à-dire qu’il doit leur faire violence pour provoquer quelque chose qui ressemble à une naissance. Dans le récit de la création c’est pour libérer la terre retenue prisonnière par les eaux et la rendre libre que Dieu intervient.  Si Dieu ouvre également la Mer rouge, c’est pour libérer un passage aux Hébreux afin qu'ils naissent comme un peuple nouveau.  

Jésus, quant à lui, a dû à plusieurs reprises dominer les éléments constitués par la masse des eaux. Quand il éleva la voix contre la tempête qui se calma aussitôt, Il voulait signifier son pouvoir sur les forces hostiles à Dieu et aux hommes. Quand il marcha sur la mer il exprima par ce geste son pouvoir de domination sur les éléments !

Si les hommes sont ici comparés à des poissons qu’il faut pécher pour les sortir de l’eau c’est qu’il estime que les hommes  ont besoin de naître de nouveau pour  vivre. Jésus considère que sa tâche est de les libérer le plus rapidement possible pour que Dieu puisse achever son œuvre en eux. Pour y parvenir,  Jésus a besoin  d'aide et c’est pour cela qu’il appelle des volontaires tels que Pierre et André et les autres …et nous-mêmes..

Mais quelles sont ces forces hostiles qui maintiennent les hommes asservis et s'opposent à Dieu? Si nous répondons que c’est le mal ou le péché, nous n’avancerons pas beaucoup. Le contexte biblique nous replace ici dans l’atmosphère de la création, comme nous l'avons déjà dit. Il nous ramène au moment où  Dieu sépara les eaux du haut d’avec les eaux du bas pour faire surgir la terre et la mettre au sec..

Jésus nous invite à nous replonger dans ce moment mythique où la terre était encore engluée dans le tohu-bohu primitif d’où l’ensemble de la création a été tiré pour devenir l’univers. Mais ce n’était pas fini, le sixième jour n’était pas achevé. Pour ce qui concerne l’homme il devait lui aussi encore être libéré de la gangue originelle qui lui collait à la peau et à l’âme.

C’est à cause cela que nous aspirons à faire le bien sans jamais y arriver complètement, c’est à cause cela que nous sommes portés à exploiter nos voisins alors que notre raison nous dit le contraire, c’est à cause de cela que les hommes n’arrivent pas à aimer ceux qui leur sont indifférents et c’est à cause de cela que leur égoïsme est plus fort que leur amour. En fait vous l’avez bien compris, la création de l’homme n’est pas encore complètement achevée. L’homme n’est pas fini, il est en cours de création. Il faut qu’il change de milieu de vie pour s’épanouir. Le milieu dans lequel il est, handicape son épanouissement qui ne peut se faire qu’en Dieu.

A l’instar de Dieu qui maîtrisa le chaos, Jésus cherche des partenaires pour continuer avec lui à poursuivre la libération des hommes qui ne sont pas encore arrivés à leur maturité finale.

Dieu a entrepris ce travail depuis que les hommes ont compris qu’ils devaient devenir les interlocuteurs de Dieu.  Sans doute, en nous regardant évoluer trouvons nous que ce n’est pas si mal d’être devenus ce que nous sommes !  Les humains  se croient  à eux seuls capables d’apporter les améliorations nécessaires. N’est-ce pas là l’utopie  de la science moderne.  Pourtant l’homme a été doté d’un esprit qui est sensé le rendre semblable à l’image de Dieu, et c’est là qu’il y a encore du travail à faire !

L’esprit est la partie de nous-mêmes qui est en ébullition constante et qui ne s’arrête jamais de progresser. Dans ce domaine-là aussi les hommes ont l’intention d’y arriver tout seul sans aucun secours extérieur.
 Dans cette activité incessante, nous ne nous rendons pas compte que notre esprit n’est pas autonome. Pour devenir conforme à l’image de Dieu, selon le projet du Créateur, il faut que chaque homme accueille en lui l’empreinte de l'esprit divin, c’est ce qui reste à chacun de découvrir. Dieu, pour sa part, veut que sa créature soit libre, c’est pourquoi il s’interdit d’intervenir de manière contraignante. Depuis toujours, il a fait le pari que l’homme se tournerait librement vers lui et accueilleraient  ses projets. C'est ainsi qu'il évoluera afin de devenir conforme  à l'image de Dieu. 

Mais si l’homme reste une créature libre, il n'en est pas moins  une créature au cou raide et Il réagit contre tout ce qu’il ne connaît pas. Tant qu’il n’a pas fait la connaissance de son Dieu il reste circonspect par rapport à tout ce qui peut  représenter le divin. L’homme moderne  conçoit le fait de refuser la présence  de Dieu en lui comme l’action spirituelle la plus subtile qu’il réussisse à entreprendre. C’est pourquoi les sociétés occidentales qui se prétendent évoluées cherchent à se séparer de l’idée même de Dieu et font de l’athéisme le stade le plus élaboré de la spiritualité humaine.
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Dieu ne cède pourtant pas et son esprit qu’il souffle sur le monde depuis les origines est toujours capable d’inverser le cours des choses. Par l'Esprit de Dieu qui repose en lui, Jésus  a provoqué des prises de conscience sans pareilles chez les hommes, il mobilise des collaborateurs pour aller à la pêche de leurs semblables. C’est pourquoi il nous invite à en faire partie pour appeler les hommes à se laisser saisir par Dieu, sans quoi ils n’arriveront jamais à la connaissance parfaite de leur humanité.

Qu’y a-t-il de plus exaltant que de participer à l’accomplissement de l’humanité ? Qu’y a-t-il de plus exaltant que de devenir les plus proches collaborateurs de Dieu et de participer avec lui à l’achèvement de la création? C’est le programme qui nous est proposé. Il semble même qu’il y ait urgence à l’accomplir, c’est pour cela que les deux frères Jacques et Jean abandonnent tout, y compris leur vieux père dans la barque pour répondre à cet appel. 

 Pourtant, les Eglises qui mobilisent l’enthousiasme  des hommes les plus dynamiques ont tendance à se tromper d’objectif en devenant auto consommatrices du salut. Elles ne se lassent pas de prêcher le salut dans les cercles fermés de leurs communautés. Elles entraînent leurs membres à continuer à acquérir un salut qu’ils ont déjà acquis et à méditer avec exaltation sur les bontés de Dieu qui ne cesse de les sauver. Elles ne cessent de prêcher  le salut individuel de leurs membres qui leur est déjà acquis et renâclent à donner priorité à la pêche en eau profonde pour participer au salut des autres.

Jésus nous a convaincus qu’il y avait urgence à s’occuper des hommes qui s’asphyxient loin de Dieu. Nous savons qu’ils ne peuvent trouver leur vraie personnalité que dans sa connaissance. Il faut que par leur comportement les chrétiens soient des signes d’espérance pour tous les hommes. Il faut que ceux qui aspirent à être libérés de la maladie, de la pauvreté, de l’injustice et qui continuent à se tenir loin de Dieu découvrent la vérité sur leur vie. Il faut que l’espérance qui s'est installée dans le cœur des croyants  irradie au-delà d'eux-mêmes. Il faut qu’ils deviennent  des chrétiens audacieux C’est facile à dire, moins facile à faire, mais c’est ce que nous demande celui qui nous a déjà sauvé. 

mardi 14 janvier 2020

Jean 1 29-34 Jésus Fils de Dieu dimannche 19 janvier


Jean  1 :29-34 Le fils de Dieu - dimanche  19 janvier 2014


29 Le lendemain, Jean vit Jésus venir à lui, et il dit : « Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. 30 C'est de lui que j'ai parlé quand j'ai dit : “Un homme vient après moi, mais il est plus important que moi, car il existait déjà avant moi.” 31 Je ne savais pas qui ce devait être, mais je suis venu baptiser avec de l'eau afin de le faire connaître au peuple d'Israël. »

32 Jean déclara encore : « J'ai vu l'Esprit de Dieu descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui. 33 Je ne savais pas encore qui il était, mais Dieu, qui m'a envoyé baptiser avec de l'eau, m'a dit : “Tu verras l'Esprit descendre et demeurer sur un homme ; c'est lui qui va baptiser avec le Saint-Esprit.” 34 J'ai vu cela, dit Jean, et j'atteste donc que cet homme est le Fils de Dieu. » 


De temps en temps, grâce au hasard de notre liste de lectures,  nous sommes amenés à nous poser des questions  concernant  les fondements de notre foi.  C’est  l’attribution du titre  de Fils de Dieu à Jésus qui nous interpelle aujourd'hui.  C’est ce titre qui est donné à Jésus par l’Evangéliste  Jean dès le premier chapitre  de son évangile :  « Et moi, j’ai vu et j’ai rendu témoignage que c’est lui le fils de Dieu ». Nous sommes tellement habitué à donner ce titre à Jésus que nous ne mesurons pas toujours la portée de ce qu’il recouvre.  Nous avons du mal à réaliser que ce titre lui a été donné par les hommes et qu’il ne se l’attribue pas à lui-même quand il parle de lui, à l’exception d’une seule fois où il cite une parole qu’on lui attribue, et encore utilise-t-il  dans une expression  plutôt curieuse : « parce que j’ai dit que je suis le fils de Dieu » Jean 10/ 36 Il préfère pour sa part se désigner par le titre de Fils de l’homme. Ceux qui lui donnent le titre de Fils de Dieu sont dans l’ordre : le diable, des possédés, ses disciples, Pierre, ses accusateurs,  un païen.

Il est bon de nous interroger pour savoir exactement ce que nous entendons vraiment  par ce titre quand nous l’utilisons.  Ce  sur quoi il est important de porter notre réflexion,  c’est de savoir pourquoi  nous avons privilégié cette formule, et de nous demander  ce que recouvre pour nous un tel titre.  En fait  nous répétons, selon la tradition,  ce que les Pères de l’Eglise ont dit dans les premiers siècles et ont inscrit dans les confessions de foi. Jésus a ainsi été enfermé dans cette réalité depuis les premiers temps de  l’Eglise et nous croyons que c’est une formule immuable qui s’impose d’elle-même. Nous pensons qu’elle fait partie de l’être même de Jésus. Nous l’affirmons dans nos discussions avec les juifs et les musulmans et nous restons surpris de ce qu’ils ne reconnaissent pas Jésus dans les mêmes termes que nous. Nous pensons que c’est sur ce titre que repose le point de rupture entre eux et nous. Cela reste à démontrer.

Jésus n’aurait sans doute pas aimé qu’on l’enferme dans une définition, même si elle exprime le mieux possible les critères de la foi. Tout au long de  sa vie Jésus a résisté à ce genre de tentative, c’est pourquoi il a accepté qu’on le désigne sous divers titres. Il est le Messie, le fils de l’homme, l’Emmanuel, le Nazoréen.  Il n’a voulu être vraiment ni prophète, ni rabbi, ni guérisseur, il était tout à la fois. Ainsi, même les Ecritures divergent sur l’accusation portée contre lui lors de son procès et on ne sait pas sur quel chef d’inculpation il a vraiment été exécuté. Ponce Pilate a signé à contre cœur la sentence de mort qui l’a envoyé à la potence comme roi des juifs, mais les grands prêtres ont vu en lui  un blasphémateur qui aurait mal parlé contre Dieu et contre le Temple. On précise même qu’on a eu du mal à  trouver des faux témoins capables de se mettre d’accord entre eux. Si Ponce Pilate essaye une ultime tentative pour le sauver, c’est qu’il n’y a pas de vrais critères qui l’accusent formellement.

Même dans sa mort, ses amis et ses ennemis n’ont pas su se mettre d’accord. De son vivant, Jésus s’est lui-même tourné en dérision. Il s’est plu à se présenter comme un buveur et un mangeur. Il avait une étrange liberté dans son comportement vis-à-vis de ceux qui l’entouraient si bien qu’ il était inclassable. C’est ainsi qu’il renvoie tout triste un jeune homme pieux et bon pratiquant de la Loi alors qu’il fait la fête  chez un riche péager sans mettre ses revenus douteux en cause. Il laisse une  femme aux mœurs légères le caresser en publique et flirte  avec une autre auprès d’un puits, mais il refuse que sa mère s’approche de lui.

Nous n’épuiserons pas  la liste des attitudes surprenantes qu’il a pu avoir. Le monde dans lequel il évoluait et qu’il appelait son Royaume était fait de règles dont lui seul savait les définitions. S’il interdisait le divorce, il semblait tolérer l’adultère.  Nul n’a jamais réussi à le faire entrer dans une catégorie bien définie et  il s’est bien gardé de nous aider à le faire. C’est sans doute à cause de cela que l’on s’est mis d’accord sur le titre le plus difficile à porter, celui de Fils de Dieu.

C’est au moment de sa mort que les choses paraissent le plus compliqué à comprendre. C’est pourtant elle qui nous  donnent la clé qui nous permet d’accéder à ce mystère. Alors que ses accusateurs interrogent  Jésus  sur sa véritable nature, en utilisant ce titre de Fils de Dieu en forme de  dérision, c’est un païen qui, pris d’émotion  l’utilise pour exprimer son désarroi.  L’officier romain en constatant la mort de Jésus dit alors, « Celui-ci était véritablement le Fils de Dieu ».  Mais c’était trop tard, Jésus n’était plus.  C’est ainsi que s’accomplissait  le processus qui entraînait Jésus vers la mort par obéissance à Dieu, comme si Dieu lui-même voulait qu’il passe par là. Dieu qu’il appelait son Père s’était tu, bien qu’il fût présent alors qu’il agonisait,  et que Jésus malgré tout espérait une autre fin que celle qui était en train de se produire.  « Que cette coupe passe loin de moi avait-il dit » mais  Dieu n’intervint pas. Il refusa   de modifier le cours des choses. Au moment suprême, la dernière parole de Jésus fut une parole de désespoir qui  semblait  établir  une rupture entre lui et Dieu :  « Mon Dieu mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? ».

Nous avons ici assisté à un combat de Jésus contre lui-même et contre Dieu. Même si  ce combat devait s’ouvrir sur la résurrection et sur une promesse de vie pour Jésus et pour tous ceux qui croiraient  en lui, ce n’est tout de même pas cette issue qui a  rendu  le titre de Fils de Dieu évident.

Il  est très difficile dans ces conditions de rendre compte de ce qui s’est passé ce jour-là, le 7 avril de l’an 30.  Le projet de salut de Dieu en la personne de Jésus était rendu  cependant manifeste par la résurrection.   La vie de chaque croyant entrait avec Jésus ressuscité dans l’intemporalité de Dieu et  était absorbée par le divin.  Il y avait comme un chassé-croisé entre la mort de Jésus et la nôtre, entre la résurrection de Jésus et notre propre vie. Une telle réalité nous permettait de reconnaître en  Jésus le fils de Dieu mais  destinait en même temps chacun de ceux qui croient à devenir ses frères, si bien que quand nous  disons que Jésus est fils de Dieu, nous nous impliquons dans ce grand mouvement  de résurrection qu’il a initié. Nous nous trouvons alors personnellement impliqué dans ce titre que nous lui donnons.


C’est à cause de cela  que Jésus était insaisissable de son vivant  par des gens qui n’étaient pas encore  impliqués avec lui dans le mystère de sa passion.  Le titre de Fils de Dieu ne vise pas à enfermer  la personne de Jésus dans un dogmatisme étroit, mais à donner toute sa valeur  à la vie que nous recevons de lui au travers du mystère de sa passion.

  Ce n’est pas dans nos discours théologiquement correctes que jaillit l’espérance, mais c’est parce qu’un jour Dieu a laissé sa gloire anéantie dans la mort de Jésus  pour ressurgir dans la vie nouvelle qu’il nous offre.

Depuis cet évènement un immense souffle de liberté s’est emparé de l’humanité car tout geste qui fait vivre est désormais porteur de salut pour quiconque le reçoit. C’est la vie que Dieu lui donne qui élève Jésus au rang de Fils de Dieu et il  se passe la même chose pour  nous. La résurrection fait aussi de nous, à notre tour, des enfants de Dieu.  En donnant ce titre de Fils de Dieu à Jésus, nous impliquons aussi qu’il nous concerne personnellement.



Illustrations de Georges Rouault

mercredi 8 janvier 2020

Matthieu 3/13-17 Le baptême de Jésus Dimanche 12 janvier 2020






Matthieu 3/13-17 Le Baptême de Jésus

dimanche 12 janvier 2014


13 Alors Jésus vint de la Galilée au Jourdain vers Jean, pour être baptisé par lui. 14 Mais Jean s'y opposait en disant : C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi et c'est toi qui viens à moi ! 15 Jésus lui répondit : Laisse faire maintenant, car il est convenable que nous accomplissions ainsi toute justice. Alors Jean le laissa faire. 16 Aussitôt baptisé, Jésus sortit de l'eau. Et voici : les cieux s'ouvrirent, il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. 17 Et voici qu'une voix fit entendre des cieux ces paroles : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection. 




Nous avons périodiquement besoin de nous rappeler que nous ne sommes pas seuls sur cette terre. Nous ne sommes pas seulement le résultat de l’évolution des espèces qui en se spécifiant ont donné l’homo sapiens dont nous sommes tous les ultimes produits. L’être humain n’est pas seulement une merveilleuse combinaison de neurones qui feraient de lui la plus merveilleuses des machines à penser qui ait foulé le sol de notre planète. Il y a hors de nous  et en nous, un esprit créateur qui nous enveloppe de sa présence et qui fait de nous des êtres à part. Nous avons la possibilité d’être habités par lui, de l’accueillir en nous et de progresser grâce à lui sur les chemins de la perfection.


Qu’en est-il alors de notre liberté vont s’écrier les humanistes pointilleux ? Si nous avons la possibilité d’être habités par un esprit supérieur à nous-mêmes, nous ne sommes plus libres de nos initiatives et de nos mouvements. Nous ne sommes plus libres de gérer la terre comme nous voudrions le faire. Nos prétentions à développer notre intelligence par nous-mêmes jusqu’à l’infini est-elle vaine ?


Dès que l’on émet l’hypothèse d’un Dieu qui interviendrait dans notre évolution et qui orienterait nos actions, il se trouve toujours quelqu’un pour protester. Il est de bon ton de revendiquer ses droits à une totale liberté et d’accuser les tenants des religions de vouloir dominer les masses et de les empêcher de penser par elles-mêmes.  Il est vrai qu'au cours des siècles elles ont cherché à réguler le cours des choses, sur la face du monde, en fonction de leurs aprioris.

 

Qu'il nous soit permis de jeter un œil critique sur la planète pour y vérifier si l’homme,  aujourd'hui libéré du fardeau des religions  a su se mettre  en harmonie avec tout ce qui existe.


Même  si la chasse à la baleine risque d'être interdite sur toute la surface du globe, on assiste cependant depuis toujours, et ce n’est pas fini, à une tentative des hommes à dominer le monde  pour le soumettre à leur seul  profit. Pire on assiste aussi à une  chasse à l’homme par l’homme. Les humains les plus nantis, tirent avantage de leur situation, ce qui a pour effet, d’asservir les autres en dépit des propos altruistes que profèrent les premiers. Ce n’est pas parce qu’un élan de générosité remarquable se produit parfois, grâce à l’insistance appuyée des chaînes de télévision que l’humanité entière s’est convertie à l’altruisme. Il faudrait analyser en profondeur cet élan qui, s’il témoigne de nos capacités à réagir face à la détresse des autres n’a encore, pour le moment rien changé à nos instincts dominateurs.


Ce  constat est trop succinct pour conclure que l’instinct naturel de chacun est de dominer son voisin. Mais je donnerai quand même quelque crédit à notre bonne vieille Bible qui rapporte dès sa troisième page le récit du rapport de force entre deux frères au cours duquel le plus fort supplante le plus faible. Ce qui tendrait à dire, dès les première plages du saint Livre que l’homme naturel semble ne pas être un modèle d’altruisme. Le contraire n'a pas encore été démontré.

 
Profitant de ce constat, les mouvements spirituels, érigés en religion ont tendance à dominer leurs adeptes et à prétendre orienter leurs modes de penser vers un peu plus de générosité.  Pour ce faire, ils  seraient  enclins à vouloir les priver de liberté. Toutes les religions sont tombées dans ce travers et continuent à le faire. Elles donnent prise à la critique de leurs adversaires, comme nous l'évoquions plus haut, mais nous verrons que c’est quand même eux qui sont dans l’erreur. Pourtant, si ce constat met en cause les religions, il ne met pas en cause l’aspiration à la spiritualité qui sommeille en chaque homme. La plupart des individus aspirent  à recevoir la visite d’un souffle venu d’en haut qui les  pousserait  hors d’eux-mêmes pour les aider à se mettre en harmonie avec tout ce qui les entoure. Ce sentiment est partagé par beaucoup d'humains sur terre qui, s'ils   cherchent à se libérer des religions,  ne cherchent pas à s'écarter de la spiritualité.


Forts de ces réflexions, somme toute bien banales, nous nous laissons saisir par le récit du baptême de Jésus tel que l’Évangéliste Matthieu nous le transmet. Il nous est dit que l’Esprit descendit sur Jésus et qu’une voix se fit entendre. Si c’est l’esprit qui descend, cela veut dire que ce n’est pas l’homme qui est à l’origine de ce mouvement. Les hommes ont tendance à croire qu’ils peuvent atteindre Dieu par leurs propres forces et qu’ils ont le pouvoir de pénétrer par leurs efforts personnels le mystère divin. Il n’en est rien.


Il nous est dit le contraire, l’homme reçoit la visite du divin qui vient habiter en lui et c’est le son de la voix de Dieu qui lui révèle la présence de l’esprit en lui. Cette voix ne se formule pas forcément de manière audible, mais elle se perçoit cependant à l’intérieur de la conscience de celui qui la reçoit. La présence de l’Esprit ne se cherche pas, elle se constate. Ici, dans le récit de l’Evangile, la voix venue d’ailleurs révèle ce qui se passe. Il en va de même dans nos expériences personnelles. L’esprit descend en nous et nous bouscule. Personne n’est sensé échapper à cette visite de l’esprit, mais tout le monde ne la constate pas et ceux qui ne le font pas pensent qu’ils ont été oubliés.


Ici l’Evangile nous explique que c’est la voix qui se fait entendre qui donne l’explication : « celui-ci est mon fils bien aimé ». Nous devons être attentifs à cela car dans l’Écriture c’est la parole de Dieu qui crée. Dieu crée en mettant de l’harmonie dans le chaos et c’est par sa voix qu’il le fait. Donc c’est en constatant qu’il se crée en nous un désir d’harmonie que nous savons que l’Esprit de Dieu nous a visités.


Allons-nous résister et passer à côté ? Nous allons sans doute nous laisser séduire par ce sentiment, et si nous persévérons dans ce sens nous finirons par découvrir la réalité de celui qui nous le fait éprouver. Il est Dieu. C’est alors que sa Parole prend du sens et que l’Écriture résonne en nous comme l’expression de sa volonté. La Bible dans laquelle il se révèle devient alors parole de Dieu pour nous. Elle nous guide pour que nous entrions dans ce mouvement créateur de Dieu dont l’amour est  le moteur. Le résultat de son action se découvre dans l’harmonie qui s’installe dans nos pensées et nos comportements.



Quand nous sommes, visités par l’Esprit de Dieu, il subsiste encore en nous des zones de résistance qui nous poussent à douter. Il y a des éléments qui font obstacle à l’instinct d’amour qui cherche à s'emparer de nous. C’est pourquoi l’Esprit ne cesse de souffler sur nous. Il nous pousse à nous dépasser et à combattre contre ce qui nous retient. Il nous aide à devenir libres, puisque la liberté consiste à aider les choses à se faire pour, le mieux-être du plus grand nombre.


Les projets que nous entreprendrons désormais seront forcément porteurs de l’empreinte de l’Esprit de Dieu qui nous anime désormais. Sans nous en rendre compte, ainsi guidés par lui, nous continuerons son œuvre de création en mettant un peu d’amour, là où il n’y en a pas. C’est ainsi qu’imperceptiblement le monde entre dans le programme créateur de Dieu qui ne peut se mettre en place que par des hommes et des femmes habités par son Esprit. Ce récit du baptême de Jésus nous invite donc à faire le point sur nous-mêmes, pour que nous découvrions notre vocation à nous mettre à l’œuvre dans ce monde, sous la conduite de Dieu, afin qu’il devienne conforme au projet qu'il a formulé pour lui.











vendredi 20 décembre 2019

Jean 1/1-18 Noël 25 décembre 2019


Jean 1/1-18

«  Au commencement était la parole et la parole était Dieu. Elle était au commencement. Tout a été fait par elle et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle. Elle était la vie et la vie était la lumière des hommes… »



La parole se diffuse dans le monde au moyen des voix et ces voix sont aussi nombreuses qu’il y a d’humains pour les proférer. Chacun d’entre nous est capable d’émettre une voix. Mais chacun d’entre nous est aussi visité par une multitude de voix qui viennent d’ailleurs et qui pour un temps viennent habiter en lui. Ces voix proviennent du passé et maintiennent vivant en nous le souvenir de ceux qui ont partagé notre vie. La vie  de tous ces êtres que nous avons aimés demeure vivante en nous grâce au mystère de ses voix dont notre mémoire en en  gardant le timbre les empêche de mourir. Notre esprit a reçu ce pouvoir de maintenir en vie ceux que la parole de Dieu a promis à la résurrection.

Ne soyons donc pas étonnés si Dieu se sert de ces mêmes moyens pour venir habiter notre esprit et se révéler personnellement à chacun de nous. Dieu se sert de ces mêmes médias qui fonctionnent  en nous pour nous parler personnellement de lui et faire jaillir en nous une vie nouvelle qui lui appartient et qu’il nous destine. Dieu n’est ni étranger ni extérieur au fonctionnement de notre esprit qui agit en nous comme un organe révélateur de sa personne. Pour parvenir jusqu’à nous, Dieu emprunte les mêmes chemins que ceux que notre esprit fréquente pour maintenir en vie ceux qui ont marqué  notre existence. La voix de Dieu est alors révélatrice de vie pour nous.

Pour se révéler au monde, Dieu se sert de notre esprit. C’est un procédé spécifiquement humain qui caractérise le fonctionnement de tous les humains sur terre. Il utilise le langage articulé qui est le propre  de l’homme. C’est grâce à ce langage articulé qu’il nous aide à formuler toutes les questions que nous avons en nous et qui le concernent. C’est par ce même langage qu’il nous aide à trouver les réponses qu’il a déjà déposées dans le passé auprès de ceux  qui ont fait sa connaissance. Ces réponses se trouvent dans les récits de ceux qui ont été avant nous et dont la sagesse visite encore notre esprit qu’elle marque de son empreinte. Quand nous disons que Dieu a parlé  par les prophètes nous avons du mal à imaginer que c’est à notre intention qu’il l’a fait et que leur témoignage a emprunté la sagesse de tous  ceux qui étaient avant nous pour nous apporter la science de Dieu.

Jésus et les prophètes ont formulé leur message dans les témoignages qu’ils ont donnés à leurs peuples et qui ont été conservés par écrit, comme une longue aventure humaine qu’ils ont vécu avec Dieu et dont les différents épisodes parlent à notre esprit. C’est ainsi que Dieu continue à nous parler et que sa parole reste vivante en nous.

Ils nous ont dit que cette voix crie dans le désert. C’est d’abord ainsi que notre esprit inquiet la reçoit et se demande quelle peut être cette voix  qui travaille dans notre désert intérieur. Il se demande  quelle est la portée de cette  voix qui le trouble et qui met en évidence nos inquiétudes. Mais très vite il se dit que si ce message provient de Dieu, il ne peut  être qu’un message d’espérance. Par cette allusion au désert, la voix nous dit qu’il n’existe aucun lieu, aussi inhospitalier soit-il où Dieu ne peut rejoindre celui qui s’y trouve. Il n’y a pas de cœur assez sec qui ne puisse être irrigué par l’esprit de Dieu. La voix ainsi, résonne de proche en proche pour atteindre notre esprit qui reçoit le message cinq sur cinq et qui comprend que la voix est celle de Dieu. Il découvre que le désert, c’est l’aridité de notre esprit qui doit se rendre disponible pour être irrigué par Dieu.

Ce moment de Noël, où la voix résonne est un moment favorable pour être captée par notre esprit rebelle car des voix discordantes s’opposent les unes aux autres pour mieux mettre en évidence celle qui vient de Dieu. Ne va-t-on pas jusqu’à prétendre que Dieu a perdu la partie. Que nous célébrons de plus en plus des Noëls païens où Dieu n’a plus sa place. On déplore l’abandon des traditions comme si la voix de Dieu ne trouvait plus son chemin aux travers des aventures humaines.

Pourtant c’est dans une aventure humaine dont les éléments ne cessent  d’être discordants que nous nous plaisons à entendre la voix de Dieu et que cette voix divine fait écho à toutes les préoccupations humaines qui de tous les temps ont porté ce message de Dieu. C’est d’abord dans la voix de bergers qui font partie des pauvres parmi les pauvres, c’est dans le bêlement discordant des brebis, le plus bête de tous les animaux de la ferme que retentit le premier son du message divin qui prend pour support les vagissements d’un bébé qui ne sait pas où reposer se tête d’immigré en mal de demeure. Les humains qu’on nous y présente n’ont plus de voix  et ils ne trouvent face à eux que les ordres d’un roi sanguinaire qui s’en prend à tous les nourrissons de son royaume. On y rencontre aussi des savants qui découvrent dans les étoiles les secrets de Dieu. C’est dans les étoiles qu’ils entendent aussi  la voix de Dieu  et qu’ils  y découvrent  le bon chemin. A tous les coups ils ont croisé sur leur route des gens sur le chemin de l’exil,  des hommes avides d’espérance qui gonflaient leur bateau en caoutchouc pour traverser les mers hostiles. Ils ont traversé des villages inondés par la furie des rivières et ils ont vu des maisons que la colère des éléments a détruites.

Les jours qui se préparent sont eux aussi porteurs de voix mystérieuses dont il faut apprendre à lire les messages. Elles peuvent prendre l’accent de la compassion de Dieu pour les uns  ou de la cupidité des hommes pour les autres. Qui saura reconnaître la voix de Dieu dans les voix discordantes qui prétendent parler pour notre temps. Soudain une petite voix, celle d’une toute jeunes fille s’élève pour dire qu’elle rend grâce à Dieu car il est en train de détrôner les puissants et de remplir le monde d’espérance. Elle s’accorde semble-t-il à la voix de toutes ces femmes qui réclament justice ainsi que le droit de vivre normalement. Les cris d’un nouveau-né ne nous laissent pas ignorer la voix des enfants qui s’inquiètent  menacés par un climat dont nous ignorons les caprices  du moment.

 Chacun sait que tout message porteur d’amour, quel qu’en soit le messager est susceptible de porter une partie du message divin. C’est alors  que peut s’établir  une forme de dialogue avec Dieu. D’une part nous recevons les échos que les hommes de ce temps nous envoient, et qui s’opposent, d’autre part au message des prophètes. C’est alors que la voix qui crie dans le désert nous invite à mettre en dialogue toutes ces voix qui discordent entre elles afin qu’une possibilité d’espérance trouve sa place dans la cacophonie ambiante. Pour ce jeune père en quête d’espérance, la voix de Dieu l’enjoignit à prendre la fuite loin du tyran. Il ne tergiversa  pas pour savoir s’il y avait une autre solution et il comprit que la voix de Dieu le poussait à l’exil avec la mère et l’enfant.

 Dieu nous fait  confiance à chacun pour chercher à discerner comment la voix de Dieu nous met sur le chemin de l’espérance, même quand elle ne passe pas par le chemin de la raison, sans oublier que c’est  l’amour qu’il nous donne comme unique bagage.


La voix de Dieu que nous découvrons en nous, nous dirige toujours vers le chemin qui mène à la vie, car Dieu s’associe au destin des hommes pour toujours leur éclairer le chemin de la vie