mercredi 20 mars 2019

Luc 13/1-9 la parabole du figuier stérile dimanche 24 mars 2019


 Parabole du figuier stérile Luc 13/1-9


Les Galiléens massacrés par Pilate

1 En ce temps-là, quelques personnes vinrent lui raconter ce qui était arrivé à des Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang à celui de leurs sacrifices. 2 Il leur répondit : Pensez-vous que ces Galiléens aient été de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu'ils ont souffert de la sorte ? 3 Non, je vous le dis. Mais si vous ne changez pas radicalement, vous disparaîtrez tous de même. 4 Ou encore, ces dix-huit sur qui est tombée la tour de Siloam et qu'elle a tués, pensez-vous qu'ils aient été plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? 5 Non, je vous le dis. Mais si vous ne changez pas radicalement, vous disparaîtrez tous pareillement.

La parabole du figuier stérile

6 Il disait aussi cette parabole : Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint y chercher du fruit et n'en trouva pas. 7 Alors il dit au vigneron : « Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n'en trouve pas. Coupe-le donc : pourquoi occuperait-il la terre inutilement ? » 8 Le vigneron lui répondit : « Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je creuse tout autour et que j'y mette du fumier. 9 Peut-être produira-t-il du fruit à l'avenir ; sinon, tu le couperas ! »



Ce matin, l’Évangile de Luc s’ouvre pour nous comme les pages de notre  journal quotidien. Comme tous les journaux, il ne contient aucune bonne nouvelle en perspective, au contraire,  Il commence par l’énumération  d’une une série de mauvaises nouvelles qui nous attristent sans pour autant nous affecter, tant nous en  avons l’habitude. Par la suite le quotidien continue par la chronique « jardinage » en nous livrant  les commentaires d’un jardinier en difficulté avec un figuier. Même si cela ressemble à ce qu'on lit dans nos journaux,  à la différence de ceux-ci,  nous sommes ouvertement interpellés  par la question du rôle de Dieu  dans la marche de choses.

La première colonne de ce pseudo journal  s’ouvre sur  le récit d’un massacre de pèlerins par l’autorité occupante  dans le temple au moment des sacrifices. Nous sommes invités à nous demander pourquoi Dieu a permis une telle horreur. Nous cherchons  à la hâte des  explications  qui relèveraient du bon sens  et qui expliqueraient  une telle situation. Le contexte semble suggérer que ces  gens devaient être bien coupables pour que Dieu, même si son nom n’est pas prononcé, accepte que leurs dévotions soient interrompues d’une manière si cruelle. On ne s’étonne pas que le gouverneur Pilate ait  ordonné la chose, car sa brutalité est bien connue, mais on peut justifier son action, si non l’excuser en pensant plutôt que ces gens massacrés étaient des  rebelles Zélotes qui auraient fomenté un attentat dans le temple et dont le projet aurait été déjoué. En tout cas personne ne s’étonne vraiment de rien. Jésus  pour sa part semble prendre lui aussi de la distance par rapport à l’événement qu'il commente   d’une manière laconique en nous laissant le choix  de notre appréciation et  en disant  seulement que nous sommes tous menacés et qu’il faut s’y préparer. Il faut donc nous préparer au pire pour ne pas être surpris.  L’espérance, à la recherche de laquelle nous sommes venus au culte semble ne pas être  au rendez-vous.


La deuxième manchette du journal  va dans le sens  de la conclusion précédente. Elle fait état d’une catastrophe : « Une tour s’effondre à Siloé : 18 morts ». L’événement  est présenté comme un banal fait divers, et Jésus  fait le même commentaire que précédemment.  Aucune allusion directe à Dieu qui n’y est pour rien ! Dans  un journal d’aujourd’hui on n’aurait pas manqué de dire que les victimes étaient innocentes, comme si les journalistes étaient  qualifiés pour décider de l’innocence des uns ou des autres. Jésus semble accepter l’événement sans rien dire.  Mais dans quel monde cet évangile nous plonge-t-il ? Quelle est cette théologie ou plutôt cette absence de théologie que Jésus développe ici ? Dieu ne peut-il rien quand les catastrophes se produisent ? De quelle manière est-il présent dans ce monde ?  Comme dans le cas du massacre des Galiléens, Dieu se servirait-il  des événements pour exercer un châtiment  contre des gens qui seraient malgré tout coupables  d'un quelconque péché?  

On ne veut pas croire cependant que le hasard est aveugle et qu’il frappe sans raison. «Qu’ai-je fait au bon Dieu pour qu’il en soit ainsi ? » Disons-nous souvent, comme si cette dernière thèse avait un fond de vérité. On ne peut croire en Dieu et considérer qu’il regarde le monde du haut de ses demeures sans réagir aux événements.  La bonne nouvelle espérée au début de ce propos est en train de se déliter. 

Sans transition, nous tombons sur la  rubrique jardinage. Nous sommes placés face au dilemme  qui  oppose un propriétaire à  son jardinier. Ils ne sont pas d’accord sur le sort que  l’on doit réserver à un figuier qui ne porte pas de fruits. C’est un cas suffisamment rare pour qu’on en parle car ce type d’arbre s’accommode de tout terrain et produit des fruits dans les 3 ans qui suivent sa plantation. Celui dont il est question ici n’obéit pas aux règles. Il n'est pas surprenant que le propriétaire  qui  se soucie de valoriser son champs décide de le couper  avant qu’il n’ait épuisé la terre de la vigne au milieu de laquelle il a été planté.

L’affaire aurait bien vite  été réglée si le propriétaire n’avait pas eu à faire à un jardinier zélé, trop amoureux des plantes pour obtempérer sans rien faire. Ce serait un véritable supplice pour lui de détruire un arbre, même improductif, sans avoir tout tenté  pour le valoriser. Il plaide donc auprès du propriétaire la cause de l’arbre rétif. Il se propose de mettre la main à la pioche, de creuser la terre, de l’amender.  Il espère que  peut-être ses soins ajoutés à  une année supplémentaire sauveront l’arbre.

En disant  "peut-être», le jardinier apporte comme l’ombre d’un espoir pour le figuier. Peut-être cette histoire va-t-elle changer notre regard sur l'action de Dieu sur ce triste monde où nous vivons ?  Mais la note d’espoir, c’est le jardinier  qui l’apporte ici, pas le propriétaire  que l'on confond à tort avec Dieu. Pourtant  si ça ne marche pas, si l’espoir du jardinier est déçu, si l’arbre ne porte pas de fruit, il sera coupé, par le maître  est-ce à-dire par Dieu ? Ce qui signifierait peut-être que celui qui ne porte pas de fruits pour Dieu serait apparemment inutile et devrait disparaitre. 


A ce moment-là, se produit un  renversement de situation. Le jardinier  ouvre la porte à l'espérance pour que  l'arbre inutile continue à vivre.  Il remet en cause l'image de Dieu qui s'est dissimulée derrière celle du propriétaire.  Qui est donc ce propriétaire amateur de figues ? On s'est laissé aller à croire  un instant qu'il était Dieu, mais un instant seulement, car apparemment, Dieu n’est pas dans ce rôle-là. On l’imagine mal dans le rôle du propriétaire recevant des consignes de la part de son serviteur. Or dans cette parabole, c’est , le vigneron qui prend les initiatives et qui dit au maître ce qu’il doit faire.

Pour comprendre, il va falloir inverser les valeurs. Pour que le texte rende justice à Dieu , il faudrait que ce soit  le propriétaire  qui  mettre  la main à la pioche or, celui qui est généreux envers le figuier c'est le jardinier et  celui  qui tient le mauvais rôle  c'est le propriétaire,  ce ne peut pas être Dieu. C'est l'image traditionnelle  du Dieu exigeant à l'égard de ses créatures  qui est ici remise en cause,  il est suggéré par Jésus qui raconte la parabole qu'il  doit  tenir un autre rôle.  

Habituellement les hommes n’accordent leur confiance à Dieu que s’il ressemble au propriétaire de la parabole qui met les hommes et les choses au service de sa divinité. Mais ça ne marche pas ainsi selon Jésus. Il voit les choses autrement, il estime que la bonne nouvelle c’est  de considérer que le monde n’est pas voué à la fatalité d’un Dieu  qui mettrait les hommes au service de sa divinité.  Le bon visage de Dieu selon Jésus c'est celui d'un Dieu   qui travaille à améliorer le monde. Jésus  enseigne aux hommes à le considérer autrement qu’ils ne le font habituellement. Un Dieu qui n'intervient dans le monde que par les hommes qu'il inspire.

Tel est la réalité de Dieu que Jésus suggère ici.  Or ce n'est pas celui auquel nous pensons  habituellement. Nous pensons à  un Dieu  qui dans le cas présent   aurait  protégé les pèlerins au moment où ils faisaient leurs dévotions,  qui aurait  retenu la tour avant qu’elle ne s’écroule, et qui maintenant devrait éliminer le figuier qui ne sert à rien. Jésus conteste ici l'idée selon laquelle  les hommes voudraient influencer Dieu pour qu'il fasse ce  qu'ils souhaitent  qu'il fasse. Ils se comportent généralement, comme s’ils  étaient les maîtres d’un  Dieu qui ne veut pas leur obéir.

La bonne nouvelle ici, c’est que Dieu n’a pas besoin de nous pour  que nous lui  donnions  des  conseils et encore moins des ordres, car il sait déjà ce qu’il faut faire pour que les choses aillent mieux et il nous inspirent les choses à faire. Il nous  suggère de mettre la main à la pâte et de travailler pour que la vie s’enrichisse autour de nous. Ce n’est pas à nous  de couper les arbres improductifs, mais c’est à nous de bêcher le sol pour que l’arbre s’améliore. En fait Dieu n'a pas lui-même des mains pour agir. Dieu n'agit pas, il inspire! C'est à nous de mettre en pratique ce qu'il nous suggère. Ici c'est à l'homme de mettre les mains dans le fumier, pas à Dieu. 

En fait, la plupart de nos concitoyens  vivent dans ce monde comme si Dieu n'existait pas pas, mais  il est tellement plus profitable à tous, et c’est tellement plus porteur d’espérance, de savoir que Dieu est avec nous dans ce monde  et qu’il nous inspire  les idées généreuses que nous avons pour que ce monde aille mieux.  Ainsi nous serons assez patients pour attendre que le figuier produise des fruits et que les idées pour le mieux-être de tous que Dieu nous inspire s’emparent du monde. C'est pour cela que nous œuvrons dans le monde pour  le rendre conforme à ce que Dieu a prévu pour le mieux-être de tous.

vendredi 8 mars 2019

Luc 9/28-36 la transfiguration - dimanche 17 mars 2019


LUC 9/28-36 La transfiguration - 






28 Huit jours environ après ces paroles, il prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il monta sur la montagne pour prier. 29 Pendant qu'il priait, l'aspect de son visage changea, et ses vêtements devinrent d'une blancheur éclatante. 30 Il y avait là deux hommes qui s'entretenaient avec lui : c'étaient Moïse et Elie 31 qui, apparaissant dans la gloire, parlaient de son départ, qui allait s'accomplir à Jérusalem. 32 Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil. Réveillés, ils virent sa gloire et les deux hommes qui se tenaient avec lui. 33 Au moment où ces hommes se séparaient de Jésus, Pierre lui dit : Maître, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Elie. Il ne savait pas ce qu'il disait. 34 Comme il parlait ainsi, une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de crainte, tandis qu'ils entraient dans la nuée. 35 Et de la nuée survint une voix : Celui-ci est mon Fils, celui qui a été choisi. Ecoutez-le ! 36 Quand la voix se fit entendre, Jésus était seul. Les disciples gardèrent le silence et ne racontèrent rien à personne, en ces jours-là, de ce qu'ils avaient vu….








Notre  inconscient  véhicule l’idée que plus on s’élève dans les montages, plus l’air se  fait pur, plus les idées se font sereines, plus on se rapproche de Dieu. C’est en regardant vers les hauteurs que celui qui adresse sa prière à Dieu  au psaume 121 se sent plus près de son Seigneur. "  Je lève mes yeux vers les montagnes, d’où me viendra le secours ?" Il se sent plus apte à recevoir ses messages et se laisse envahir par la paix qui lui vient d’en haut. Il n’est donc pas étonnant qu’à la suite de Jésus, ses trois plus proches collaborateurs lui emboîtent le pas et s’élèvent avec lui vers les sommets. Dans leurs pensées, comme dans la nôtre, les sommets de la montagne  se confondent  sans doute avec les sommets de l’esprit. Et c’est sur ces sommets-là, à n’en pas douter que Dieu nous  donne rendez-vous.



Arrivés au faîte de leur ascension, ils se trouvent confrontés à deux illustres  patriarches qui eux aussi semblent avoir fait, chacun pour sa part,  une expérience remarquable au cours de l’ascension d’une autre montagne. Ils y ont  fait eux aussi une expérience avec Dieu qui a fortement marqué l’histoire de la révélation et en ont fixé les règles immuables, à tel point que nous considérons encore aujourd’hui leur expérience comme normative pour tous les croyants.



Pierre Jacques et Jean montaient  à la suite de Jésus. Leur esprit n’était certainement pas tourmenté  par  les  mêmes soucis que ceux qu’avaient connus Moïse et Elie. Ils espéraient cependant  faire une  rencontre avec Dieu qui allait les marquer.  Ils savaient qu’ils allaient  le rencontrer  sous  un autre  aspect que celui auquel ils étaient habitués. On ne pourrait mieux dire.



Longtemps avant eux, et c’était encore dans la mémoire  de tous, Moïse avait gravi une montagne, plus redoutable que celle-ci,  le tonnerre y grondait et son sommet  se perdait dans les nuages. Le Dieu qui l’habitait s’annonçait comme le créateur de l’univers, il prétendait dominer tous les autres dieux et décidait de régenter la société des hommes en leur imposant sa Loi et  se proposait de châtier ceux qui la transgresseraient.



C’était justement pour  recevoir le don de cette loi de ses mains divines que Moïse avait entreprit de gravir la montagne.  Il avait laissé ses compagnons en chemin et avait achevé l’ascension solitaire. Au sommet il recueillit les précieuses tables gravées en lettres de feu  par le doigt même de Dieu. Elle faisait de l’amour pour Dieu et pour autrui la  condition essentielle de la vie avec Dieu. Cette image figeait à tout jamais les règles qui déterminaient les conduites des hommes avec lui. Avec l’histoire de Moïse en mémoire nos marcheurs  poursuivaient  leur route sans crainte ?



Etaient-ce les mêmes règles qui s’imposèrent aux hommes dans l’expérience  qu’avait faite  Elie ? Leur rencontre avec Dieu allait-elle se faire de la même façon ? Lui aussi, il avait  fait une expérience semblable. Un croutons de pain dans la poche, une gourde d’eau à son côté, Il  avait marché solitaire, pendant  quarante jours. Il  fuyait la colère de la reine Jézabel qui en voulait à sa vie de prophète et qui contestait son Dieu. Il se mit à gravir,  lui aussi,  la montagne à la recherche de Dieu. Arrivé au somment il ne le vit pas. Il n’était ni dans le vent, ni dans la tempête, comme le récit de Moise l’avait laissé entendre. Il ne se cachait pas non plus, dans cet horizon fascinant qui s’étendait à l’infini. Sans doute fut-il aussi tenté de le chercher dans le coucher du soleil dont le rougeoiement sur le soir, embrasait l’horizon et  plonge les humains qui le contemplent dans des ravissements ineffables ?  C’est au fond d’une grotte, le visage couvert de son manteau  qu’il fit la rencontre de Dieu alors qu’il était attentif au souffle d’un faible zéphire  dans lequel Dieu se cachait.  C’est  ainsi que Dieu se révéla à lui. Il lui apparut comme le  Dieu immuable qui se cache et dont aucun humain ne peut percer les secrets.



Puisque nous sommes dans les montagnes restons y pour accompagner un autre patriarche,  dans un autre récit, qui  gravit une autre montagne, encore une, et qui va nous aider à voir Dieu sous son véritable aspect. C’est d’Abraham dont il s’agit. Rejoignons le  cheminant solitaire avec ses deux serviteurs et son âne. Il suivait un chemin sinueux  gravissant une autre montagne au sommet de laquelle Dieu lui avait donné rendez-vous. Son fils   Isaac le suivait et l’interrogeait au sujet de cette étrange ascension. Isaac ne savait pas encore que Dieu avait convoqué son Père pour qu’il serve lui-même d’holocauste, lui l’enfant   du miracle.  Alors que le Père des croyants   montait lentement pour accomplir son destin, il était conscient que Dieu restait sourd à sa prière silencieuse. Il le  suppliait  secrètement d’interrompre cette ascension qui devenait un véritable supplice pour lui. Le vieillard, tout entier concentré dans  ses pensées trouvait que l’exigence de Dieu était bien dure  et qu’elle avait même dépassée la limite du supportable. Il montait toujours, recherchant plus la solitude que la compassion.



Sa femme était restée seule en bas,  sous la tente dans l’ignorance de ce qui se tramait. C’était entre Abraham et Dieu que tout se jouait  maintenant, c’est pourquoi il laissa ses serviteurs au pied de la montagne avec l’âne. Il montait toujours vers son Dieu qui lui réclamait son fils.



Arrivé au sommet, Dieu n’était pas au rendez-vous ! En tout cas Abraham ne le vit pas vraiment. C’est au moment où  il se préparait à faire le geste fatal qu’il réalisa qu’il n’avait rien compris et que Dieu n’était pas celui qu’il croyait.  Si Dieu lui demandait la vie de son fils, ce n’est pas de sa mort qu’il s’agissait. Il lui demandait qu’il le lui confie  pour le faire vivre. Il comprit alors, que depuis toujours il avait méconnu ce Dieu qui était son ami. Il y eut comme un sursaut de joie  dans sa tête  quand Dieu arrêta son bras et que la lumière se fit en lui. Il comprit que Dieu qu’il découvrait était le Dieu de la vie  et que rien d’autre ne le caractérisait. Le mystère derrière lequel il se cachait était la vie, le secret  qu’Elie n’avait pas compris était désormais dévoilé Rien si non la vie caractérisait Dieu pour toujours. Moïse devait donc revoir sa copie. Elie, à son tour devait comprendre que c’est de la vie que Dieu voulait l’entretenir, non seulement la sienne, mais celle de tous les hommes.



C’est maintenant pour découvrir son projet  de vie pour toute l’humanité que Jésus a entrainé ces 3 hommes à le suivre sur la montagne. Pour ce qui nous concerne, nous devons réfléchir à notre tour au fait que cette aventure nous concerne  et que Jésus  vient habiter notre vie pour la faire entrer dans le projet de Dieu pour toute l’humanité, car c’est pour donner du sens  à notre vie que Jésus aujourd’hui nous a invités à la suivre.  A la place de tout ce que nous inventons pour imaginer Dieu, c’est le mot vie qui ici nous est suggéré. 

Ainsi, Dieu encore une fois ne se laisse pas enfermer par les hommes dans des constructions spirituelles. Le Dieu immuable, éternel  et tout puissant, tel que la loi le décrit et  que les hommes avait jadis enfermé dans le Temple n’a pas résisté à l’Evangile tel que Jésus l’a présenté. Il en a fait le Dieu de la vie qui entraine les hommes à y participer. Pourtant nous sommes toujours tentés d’enfermer Dieu dans nos élaborations  humaines telles que les catéchismes qui sont le reflet des dogmes les dogmes à qui nous donnons  force de loi.  Ne  soyons pas étonnés si  Dieu leur résiste à nouveau et s’échappe toujours de nos conventions pour nous imposer qu’un seul  aspect de sa divinité,celui de la vie, la vie éternelle quelle que soit la forme qu’elle peut prendre. Nous découvrons que c’est Dieu lui-même qui maintenant nous enferme  dans une culture de la vie dont les trois apôtres ont construit les Evangiles. Elle doit désormais devenir la règle qui s’impose à nous pour participer à la vie qui vient.

vendredi 22 février 2019

luc 6/ 39-45 : parabole de l'aveugle qui guide un aveugle dimanche 3 mars 2019


Luc 6/39-45


39 Il leur dit aussi une parabole : « Un aveugle peut-il guider un aveugle ? Ne tomberont ils pas tous les deux dans un trou ?

40Le disciple n’est pas au-dessus de son maître, mais tout disciple bien formé sera comme son maître.

41« Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ?

42 Comment peux-tu dire à ton frère : “Frère, attends. Que j’ôte la paille qui est dans ton œil”, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Homme au jugement perverti, ôte d’abord la poutre de ton œil ! et alors tu verras clair pour ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère.

43« Il n’y a pas de bon arbre qui produise un fruit malade, et pas davantage d’arbre malade qui produise un bon fruit.

44Chaque arbre en effet se reconnaît au fruit qui lui est propre : ce n’est pas sur un buisson d’épines que l’on cueille des figues, ni sur des ronces que l’on récolte du raisin.

45L’homme bon, du bon trésor de son cœur, tire le bien, et le mauvais, de son mauvais trésor, tire le mal ; car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur.



Pour qu’un aveugle puisse guider un autre aveugle, il faut que le premier recouvre la vue et pour que cela se fasse, il faut un miracle ou une guérison. Pour qu’un arbre mauvais porte  de bons fruits, il faut qu’on  le greffe et qu’ainsi on change sa nature profonde. Il faut que grâce à l’art de la botanique le jardinier fasse une manipulation qui relève du miracle. Pour qu’un homme mauvais devienne bon, il faut qu’incontestablement un miracle transforme sa vie.


Tout ce passage que nous avons lu, nous amène à considérer qu’il faut une intervention divine pour que la nature des hommes change. Si nous croyons que les choses doivent changer autour de nous, si nous croyons que les hommes doivent devenir meilleurs pour que le monde évolue  en mieux,  il faut que Dieu par le ministère de Jésus change le cœur de pierre des hommes en cœur de chair, et ainsi la poutre qui les empêche de voir les misères du monde disparaîtra alors de leur œil.


Nous sommes ainsi faits que pour devenir des êtres normaux il faut une intervention miraculeuse de Dieu dans notre vie. Comme toujours, Jésus ne va pas chercher à donner d’explications à cette nécessité. Il se contente d’en faire le constat et de proposer des solutions. Le constat, c’est qu’il y a du mauvais dans les hommes et la seule solution pour remédier à cette situation est qu’il faut  l’intervention de Dieu  dans leur vie.


Bien évidemment les hommes ne se rallient pas immédiatement à la justesse de ces propos. Ils suivent leur instinct. Ils se croient libres et n’acceptent pas de se faire manipuler par Dieu. Dieu respecte leur liberté et n’intervient que si les hommes en éprouvent le besoin, et cela prend parfois du temps.  Ils  élaborent alors des théories  pour solutionner le problème, en particulier celle de l’évolution des espèces, selon laquelle la création se ferait petit à petit. Mais si cela explique les choses et déculpabilise les hommes, cela n’apportent pas vraiment de solution et ne les rend pas les hommes meilleurs pour autant, car c’est là que réside le problème. Ils se retournent alors contre Dieu et se demandent pourquoi, s’il est le créateur, il a voulu que  les choses soient ainsi ? Dieu ne serait-il pas tout puissant puisque le monde semble lui échapper ? Aurait-il volontairement créé l’homme imparfait ? Peut-être aussi que la création de la nature et de l’homme ne serait pas achevées ? Il faudrait alors que Dieu reprenne  la main et apporte une dernière touche. Pourquoi pas ? Quelle que soit la réponse qui pourrait nous satisfaire, le constat reste le même : l’homme est guidé par ses mauvais instincts et doit réclamer l’intervention de Dieu pour qu’il change par miracle  sa nature où le mal domine encore.


Maintenant que nous sommes devenus croyants, comment voit-on que la nature de l’homme a changé ? L’arbre se reconnait à son fruit et les actions bénéfiques de l’homme relèvent de celui qui a changé sa nature rebelle en nature généreuse. L’homme bon est celui en qui Dieu est intervenu, même s’il ne le reconnait pas. L’homme bon ne doit donc chercher  à trouver sa satisfaction dans les actions bonnes qu’il commet car celui qui est transformé par Dieu fait naturellement des choses bonnes, non pour son propre bénéfice mais pour celui de la collectivité à laquelle il appartient. C’est apparemment simple, mais encore faut-il y apporter quelques correctifs.


Certains vivent comme si le miracle que produit l’intervention de Dieu dans leur vie faisait effet une fois pour toutes. Or, il doit se renouveler chaque matin.  Chaque jour qui se lève commence par l’irruption de Dieu dans leur vie. Il prépare avec eux les actions qu’ils ont l’intention de faire afin qu’elles se réalisent conformément à sa volonté. Beaucoup de croyants ont pris acte que Dieu était intervenu dans leur vie. Ils  agissent conformément à cette impulsion première que  Dieu a produite en eux, mais leur soif d’action ne les laisse plus  écouter Dieu davantage et ils agissent selon leur intuition première. Ils se contentent de revivre cette action de Dieu en eux, et cela devient pour eux comme un fait  acquis et ils ne prennent plus le temps d’interroger Dieu. Désormais, ils n’évoluent plus dans leurs relations avec Dieu. Ils jugent alors les églises trop timorées et prennent leurs distances par rapport à elles. Ils sont sûrs d’avoir reçu une fois pour toutes l’élan pour agir selon leur conscience et ferment désormais la porte à une nouvelle  action possible de Dieu en eux.


 D’autres  au contraire s’enferment dans leurs églises et jugent sévèrement ceux qui les ont quittées pour agir à leur guise. Ils cherchent eux aussi des voies nouvelles où leur générosité trouverait son compte sans en référer à Dieu dont ils croient l’action efficace en eux d’une manière permanente. Ainsi ils croient agir au nom de Dieu comme si c’est  eux qui lui dictaient ce qu’il doit leur inspirer. Celui qui est parti, comme celui qui est resté dans la structure de son église oublient de laisser Dieu agir en eux chaque jour et de se rendre accessible à lui.


J’ai bien peur, ce faisant que nous ayons tous pris l’habitude de notre propre morale qui nous sert de loi et que nous ne laissions plus Dieu agir en nous après que nous ayons été mis en route par lui sur le chemin où il nous pousse. Nous oublions que chaque matin qui se lève est un jour nouveau avec Dieu qui cherche à provoquer le miracle de sa présence dans la vie de chacun. Nous avons besoin de prendre chaque jour conscience de  sa présence afin qu’il ne devienne pas une réalité à laquelle on s’habitue sans vraiment lui laisser le  loisir d’intervenir.  C’est en lui laissant la possibilité d’agir en nous qu’il changera notre regard sur les hommes et sur nous.


Bien sûr, le monde semble courir à sa perte. Les hommes qui n’ont pas toujours été visités par Dieu profitent de leurs mauvais instincts, ils exploitent les autres, et si possible les plus faibles. Il est sûr que des innocents périssent par la suite du mauvais comportement de ceux sont malhonnêtes et sans scrupules. C’est à cause de ceux-là que Dieu cherche à provoquer des changements en nous pour que par nos actions les choses évoluent et que les orientations du monde s’inversent.


Le plus grand miracle que Dieu provoque alors en nous c’est l’espérance qu’il dépose au cœur de nos consciences. Cela nous porte à croire que la fatalité du mal n’aura pas raison et n’entrainera pas notre monde vers des situations plus graves que celles que nous connaissons. Nous savons que Dieu ne cautionne pas les destructeurs d’espoir, les affameurs d’enfants, les broyeurs de vies.

 Nous devons, à l’écoute quotidienne de notre Dieu être réceptifs au miracle de chaque jour pour participer à la transformation quotidienne du monde. Peu importe alors de savoir comment se produit le miracle que Dieu réalise par l’action de ceux  qui participent à sa volonté d’aimer le monde et les hommes comme il le fait. L’important c’est que nous-mêmes et en tant  que membres de son église soyons réceptifs à la vision que Dieu nous donne de tant d’êtres humains motivés par lui qui s’acharnent à faire toute chose nouvelle

mercredi 13 février 2019

Luc 6/27-38 aimer ses ennemis? Dimanche 24 février 2019


Luc 6/27-38

27 « Mais je vous dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent,

28 bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient.

29 « A qui te frappe sur une joue, présente encore l’autre. A qui te prend ton manteau, ne refuse pas non plus ta tunique.

30 A quiconque te demande, donne, et à qui te prend ton bien, ne le réclame pas.

31 Et comme vous voulez que les hommes agissent envers vous, agissez de même envers eux.

32 « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance vous en a-t-on ? Car les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment.

33 Et si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle reconnaissance vous en a-t-on ? Les pécheurs eux-mêmes en font autant.

34 Et si vous prêtez à ceux dont vous espérez qu’ils vous rendent, quelle reconnaissance vous en a-t-on ? Même des pécheurs prêtent aux pécheurs pour qu’on leur rende l’équivalent.

35 Mais aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants.

36 « Soyez généreux comme votre Père est généreux.

37 Ne vous posez pas en juges et vous ne serez pas jugés, ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés, acquittez et vous serez acquittés.

38 Donnez et on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante qu’on vous versera dans le pan de votre vêtement, car c’est la mesure dont vous vous servez qui servira aussi de mesure pour vous. »


Il se peut que nous fassions  partie de cette foule rassemblée autour de Jésus. On ne sait qui la compose, mais ce sont vraisemblablement de braves gens qui s’interrogent sur eux-mêmes. Ils ont assez de loisirs pour écouter Jésus. Chômeurs, saisonniers sans embauche, pêcheurs revenus de la pêche... Ce temps d’inactivité leur permet de s’interroger sur eux-mêmes. Je suis frappé par le courant de sympathie qui semble s’être établi entre Jésus et eux. Il a apparemment une bonne opinion de tous ces individus anonymes. Dans ses propos il montre qu’il croit à leurs capacités à l’empathie et il les pousse à améliorer cette capacité. Personne ne proteste. Mais cette possibilité d’altruisme ne peut se développer que s’ils font une rencontre avec  Dieu qui soufflera son Esprit sur eux. C’est là le fond de sa pensée.

Il faut que cette rencontre ait lieu pour que les hommes  puissent aimer sans retenu. C’est alors  que cet amour pourra même  s’adresser à leurs ennemis et à ceux qui leur veulent du mal. Ils pourront alors donner de leurs superflus, mais aussi de  leur nécessaire sans compter. S’ils sont appelés à rendre service ils  pourront le faire sans tenir compte de leur temps ni de leur peine. Ils se mettront alors à ressembler à ce voyageur dont l’Evangile parle par ailleurs. Il  avait croisé sur sa route un blessé que personne n’avait secouru. Il prit non seulement du temps pour lui porter  secours, mais il le conduisit dans un hôtel dont il paya par avance la facture (Luc 10/33).

En nous provoquant ainsi, Jésus ne réveille-t-il pas la graine de super héros qui  sommeille en nous, car il sait que tout un chacun  a en lui des possibilités  d’amour et d’altruisme bien supérieures  à celles dont il se croit capable ? Il invite chacun de ses auditeurs à prendre acte du fait  qu’il y a en eux des possibilités de toujours faire mieux et ce faisant de rejoindre la corporation des enfants du très Haut.

Les enfants du Très Haut, ce sont  ceux et celles qui se sont laissés saisir par l’Esprit de Dieu et qui le laissent diriger leurs actions. Ils se mettent tout naturellement en harmonie avec Dieu et ils perçoivent comme par intuition la volonté de Dieu qui les pousse à agir dans le sens où Jésus leur enseigne.

Ce qui me réjouit ici, c’est cette conception optimiste de la nature humaine qui se dégage des propos de Jésus qui exprime l’opinion favorable de Dieu à son égard. Il nous entraine à dépasser cette lecture pessimiste  sur le genre humain   à laquelle une  lecture traditionnelle des Ecritures nous a habitués en laissant entendre que la chute a rendu les hommes incapables d’un élan généreux vers les autres et qu’ils ne cherchent  qu’ à satisfaire  leur satisfaction personnelle. Jésus trace ici un autre portrait de l’humanité à l’état naturel. Il y révèle sa capacité à être accessible à l’altruisme, si bien qu’il y a en l’homme des aptitudes à prolonger la création de Dieu.  Comment en effet, pourrions-nous imaginer que Dieu puisse aimer l’espèce humaine si elle n’a pas en elle la capacité à aimer ?

Ce discours de Jésus montre cependant ses limites. La capacité de l’homme à aimer n’est cependant pas suffisantes à elle toute seule  pour  permettre à l’homme d’accomplir tout seul son propre destin. Il faut que le souffle de Dieu passe sur lui et qu’il accepte  d’être pris  en charge par lui. C’est alors qu’il sera capable de faire les choses qui réjouiront Dieu, qui prendront en charge le monde et qui infléchiront son évolution vers un avenir heureux. Les capacités de réussir cela sont en lui, mais elles ne peuvent entrer en action que s’il accepte que Dieu les mette en mouvement.

 Ne nous laissons pas cependant gagner  par une euphorie qui ne serait pas de bon aloi. Il faut que nous apportions à ce que nous venons de dire un correctif que l’apôtre Paul a mis en œuvre dans l’épître aux Romains. Il constate  que malgré l’influence de l’esprit de Dieu sur nous, il y a encore  nous des forces de résistances qui nous entrainent dans des directions contraires à notre propre volonté. Nous avons parfaitement conscience de ce que nous devrions faire, mais en même temps, nous avons aussi le désir de faire le contraire. Bien que nous sachions ce qui déplait à Dieu, comme par un malin plaisir, nous faisons ce qui lui déplait. Nous sommes bien conscients que ce dysfonctionnement nous écarte de Dieu.

Paul pointe le doigt en direction du coupable, c’est le péché. Le péché, c’est ce  compagnon  qui ne nous lâche pas d’une  semelle. Il occupe en nous la place que Dieu revendique.   Il entretient en nous le ferment de l’égoïsme et provoque en nous des divisions intérieures qui contrecarrent l’influence de Dieu sur nous. Pour remédier à cela, seule la présence vigilante de Dieu entretenue par la prière est seule capable de maîtriser cette situation.

En fait nous sommes continuellement habités par cette tentation qui oppose  en nous, le vouloir et le faire si bien qu’une partie de nous-mêmes récuse ce que nous nous voudrions entreprendre.  En opposition à cette tension intérieure la présence continue de Dieu entretenue par notre prière provoque l’harmonie nécessaire  dont notre âme a besoin. C’est le centre de l’enseignement de Jésus. Notre désir de plaire à Dieu, par l’action de l’esprit divin en nous, s’équilibre avec notre désir de nous plaire à nous-mêmes si bien que les pulsions contradictoires n’existent plus.

Vous avez bien compris qu’en parlant du désir de plaire à Dieu,  je pourrais rajouter aussi le désir de partager sa  joie et aussi et surtout son amour, car notre amour humain trouve sa plénitude dans l’amour de Dieu. L’amour humain, visité par l’esprit divin devient l’élément par lequel tous nos désirs sont dépassés pour rejoindre ceux de Dieu.

Quand nos amours son vécues sous  le regard de Dieu, notre vie se met comme par miracle en harmonie avec Dieu lui-même. Nos tensions intérieures s’estompent au point que nous cessons d’être des êtres divisés à l’intérieur d’eux-mêmes mais harmonieusement unis au désir de Dieu. Sont alors réunis les conditions favorables pour que cette faculté de dépassement, à laquelle nous faisions allusion tout à l’heure puisse enfin se réaliser et que nous nous sublimions en entreprenant des actions qui apporteront une autre coloration à notre image du monde.

Bien évidemment une telle perfection ne se réalise jamais complètement et les vicissitudes de la vie quotidienne maintiennent leur pression sur nous. « Il faut bien que la bête exulte » aurait dit Jacques Brel. Seule la prière nous permet de maintenir  le rapport nécessaire avec Dieu. Notre prière, consiste alors,  à demander au Seigneur de faire taire en nous ces voix discordantes pour nous laisser habiter par Dieu seul qui dans l’intimité de nos jardins secrets  oriente nos projets. C’est alors que tout ce que nous entreprendrons  deviendra porteur d’espérance et créateur de tous ces événements nouveaux dont Dieu a besoin pour que le monde évolue dans le sens où il le souhaite.


lundi 4 février 2019

Luc 6/17-26 Le discours de Jésus dans la plaine sellon Luc dimanche 17 février 2019


Luc 6/17-2


17 Il descendit avec eux et s'arrêta sur un endroit tout plat, où se trouvait une grande foule de ses disciples et une grande multitude du peuple de toute la Judée, de Jérusalem et du littoral de Tyr et de Sidon.

18 Ils étaient venus pour l'entendre et pour être guéris de leurs maladies. Ceux qui étaient perturbés par des esprits impurs étaient guéris.

19 Et toute la foule cherchait à le toucher, parce qu'une force sortait de lui et les guérissait tous.

20 Alors, levant les yeux sur ses disciples, il disait : Heureux êtes-vous, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous !

21 Heureux êtes-vous, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés ! Heureux êtes-vous, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez !

22 Heureux êtes-vous lorsque les gens vous détestent, lorsqu'ils vous excluent, vous insultent et rejettent votre nom comme infâme, à cause du Fils de l'homme.

23 Réjouissez-vous en ce jour-là et tressaillez de joie, parce que votre récompense est grande dans le ciel ; car c'est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes.

24 Mais quel malheur pour vous, les riches ! Vous tenez votre consolation !

25 Quel malheur pour vous qui êtes rassasiés maintenant ! Vous aurez faim ! Quel malheur pour vous qui riez maintenant ! Vous serez dans le deuil et dans les larmes !

26 Quel malheur pour vous, lorsque tout le monde parle en bien de vous ! C'est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes de mensonge !



Malheur ! Qu’est-ce qui arrache ce cri d’horreur à Jésus ? Il voue au malheur toute une catégorie de personnes qui ont pour seul défauts  ce à quoi nous aspirons à ressembler : le bien être, la notoriété, l’aisance financière. Pour faire court,  ces gens aspirent à être  heureux, selon nos critères. Malheur  donc à nous tous qui présentement semblons donner tous les signes du bonheur et de la réussite. Malheur à tous ces paroissiens qui le dimanche matin sont confortablement assis sur leur banc en espérant recevoir  « une bonne nouvelle » du sermon du jour. En fait de bonne nouvelle ils se découvrent comme tancés par Jésus qui laisse tomber sur eux une sentence qui les condamne au malheur sans  un véritable chef d’inculpation. L’Evangéliste Matthieu qui nous a transmis un texte semblable dans  un autre Evangile a soigneusement omis de rapporter les malédictions qui nous choquent ici et que Luc a conservées.

Pourtant, l’évangéliste Luc, quant à lui, ne semble  pas être un agressif. Il n’est pas homme à en rajouter ! S’il a rapporté ces paroles de Jésus qui nous choquent, c’est que Jésus les a sans doute dites. Luc  les tient certainement des premiers interlocuteurs de Jésus qui ne semblent pas s’être offusqués parce qu’ils les avaient  entendus venant  de la bouche de Jésus. S’ils n’ont pas mal réagis comme je suis en train de le faire, c’est qu’ils n’ont pas pris ces propos pour eux-mêmes ou qu’il y  avait une autre manière de les comprendre. Ils avaient sans doute compris qu’il y avait là une énigme et que pour la comprendre il fallait qu’ils en aient la clé.

La clé  est une toute petite chose sans laquelle les plus grosses portes  restent fermées. Pour le moment, c’est notre compréhension qui reste bloquée, quant à la clé, il  semblerait que ce soit un tout petit verset de 10 mots : «  il sortait de Jésus une force qui les guérissait tous ».

Nous ne  pouvons comprendre ce passage que si nous nous laissons saisir par cette force qui émane de Jésus et que nous appelons le Saint Esprit. Si nous ne comprenons pas qu’il nous pousse à sortir de nous-mêmes et à nous dépasser, nous risquons d’être malheureux  car nous n’avons rien compris au destin que Dieu réserve à  l’humanité. Pour comprendre ce que Dieu attend des humains, nous devons assumer le fait que nous avons besoin  que  Dieu nous aide  à nous réaliser pleinement. Sans nous en rendre compte, nous sommes en manque de quelque chose que nous ignorons. Sans lui, nous sommes malades de nous-mêmes, parce que nous pensons le monde à partir de notre propre personne.   

Nous agissons comme si le seul intérêt de notre vie était de satisfaire notre ego. La société dans laquelle nous évoluons nous enseigne à le faire et nous avons tendance à donner de l’intérêt à ce que Jésus dénonce ici. Il dénonce notre désir d’argent, de plaisir, de confort, et notre indifférence à autrui. Hors de nos soucis immédiats, nous ne cherchons pas à nous remettre en question. Nous nous recentrons sur nous-mêmes et nous ne nous sentons pas concernés par ce qui nous est extérieur. C’est à cause de tout cela que Jésus prononce le mot de « malheur » qui n’est pas une malédiction de sa part, mais cela sonne comme un cri de désespoir. Désespoir face à son propre échec à lui, échec de Dieu de ne pas avoir pu nous guider sur le chemin de l’humanité qu’il a prévu que nous devrions suivre.

Je me demande comment Jésus aurait réagi si on lui avait dit, dans son temps, que plus de la moitié des richesses du monde, était concentrée dans les mains d’une poignée de personnes (100 selon Oxfam. Je souligne le fait sans en tirer pour autant de conclusion. Je reviens à Jésus. Il  ne prophétise pas ici, il ne condamne pas non plus. Il constate que ceux qui se contentent de vivre en autosatisfaction sur eux-mêmes n’ont pas d’existence réelle car la vraie motivation de la vie devrait leur venir d’ailleurs. Elle leur est donnée par l’intrusion du Saint Esprit en eux. Nous sommes ainsi mis en garde. La richesse et les  satisfactions ne sont pas mauvaises en soi, mais elles facilitent notre repli sur nous-mêmes et ainsi  nous cachent à nous-mêmes, qu’il y a une autre réalité  à laquelle nous devons donner de l’intérêt. Elle n’est pas le fait de notre intelligence mais elle nous vient du saint Esprit et c’est elle qui donne du sens et de la valeur à notre personne.

Ni la pauvreté, ni la famine  ni les persécutions ne peuvent faire obstacle à Dieu. Au contraire, quand nous prenons conscience de leur réalité chez autrui, elles doivent mobiliser notre propre esprit qui se met en harmonie avec l’esprit de Dieu qui nous pousse à agir pour devenir porteurs d’espoir. « L’espoir fait vivre dit le dicton ». L’espoir est ce sentiment  qui nous rend attentifs et que nous cherchons à communiquer à ceux qui n’en n’ont pas. Il  devient de l’espérance quand il est pris en charge par le Saint Esprit et c’est ainsi que Dieu vient habiter en nous.

C’est alors qu’on peut entendre Jésus nous dire que nous sommes heureux toutes les fois que nous réservons de la place à  quelqu’un d’autre que  nous-mêmes. Nous avons alors la possibilité de reconnaître le visage de Dieu  dans celui de ceux qui sont en situation de manque.

Dieu ne souhaite pas pour autant que nous soyons pauvres,  ni  tristes, ni  en deuil ou persécutés, mais Jésus nous laisse entendre que si nous sommes dans une telle situation, nous serons heureux parce que la sollicitation des autres, nous mettra en capacité d’accueillir l’espérance.

Il nous faut profiter des situations difficiles où nous nous trouvons parfois pour expérimenter la venue de Dieu vers nous. Il se cache dans toutes les situations qui améliorent notre sort. Heureux sommes-nous donc si nous savons apprécier dans nos situations de manque ou d’échec la présence secourable de Dieu qui vient vers nous sous les traits de ceux qui nous tendent la main.  Il nous faut donc ne jamais baisser la garde, ne jamais cesser d’espérer. Heureux sommes-nous si nous comprenons que Dieu ne provoque pas nos malheurs et si nous savons le reconnaître dans les gestes de ceux qui s’efforcent d’améliorer notre sort. Heureux sommes-nous si nous savons faire place à l’espérance, car  c’est grâce à elles que les autres viennent  vers nous et que nous allons vers les autres.

Heureux sont-ils aussi ceux qui sont sans problème, sans angoisse et qui sont dans des conditions de prospérité enviable, heureux sont-ils s’ils savent s’ouvrir au souffle de l’esprit. Heureux sont-ils s’ils savent  que Dieu  leur donne mission de s’ouvrir à  ceux qui désespèrent afin qu’ils cessent de pleurer. Ils  reconnaissent que leur mission les charge d’aider des vies à s’épanouir. L’enseignement de Jésus prend alors toute sa signification. Deviennent alors heureux ceux qui a priori ne le sont pas et par voie de conséquence, ceux qui ne contribuent pas à les rendre heureux deviennent malheureux à leur tour car ils ne prennent pas part au bonheur que Dieu se propose de répandre sur le monde par leur action.

Si Jésus laisse exhaler à son tour le mot malheur, ce n’est pas une menace, mais un cri de stupeur irréaliste au cas où,  bien malgré lui, certains deviendraient malheureux parce qu’ils n’auraient rien compris à l’Evangile.