jeudi 17 janvier 2019

Jean 2/1-12 Les noces de Cana - dimanche 20 janvier 2019 déja publié en 2016


Les noces de Cana: Jean 2:1-12



1 Le troisième jour, il y eut des noces à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là. 2 Jésus aussi fut invité aux noces, ainsi que ses disciples. 3 Comme le vin venait à manquer, la mère de Jésus lui dit : Ils n'ont pas de vin. 4 Jésus lui répond : Femme, qu'avons-nous de commun en cette affaire ? Mon heure n'est pas encore venue.

5 Sa mère dit aux serviteurs : Faites tout ce qu'il vous dira. 6 Il y avait là six jarres de pierre, destinées aux purifications des Juifs et contenant chacune deux ou trois mesures. 7 Jésus leur dit : Remplissez d'eau ces jarres. Ils les remplirent à ras bord. 8— Puisez maintenant, leur dit-il, et portez-en à l'organisateur du repas. Ils lui en portèrent. 9 Quand l'organisateur du repas eut goûté l'eau changée en vin — il ne savait pas d'où venait ce vin, tandis que les serviteurs qui avaient puisé l'eau le savaient — il appelle le marié 10 et lui dit : Tout homme sert d'abord le bon vin, puis, quand les gens sont ivres, le moins bon ; toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à présent.

11 Tel fut le commencement des signes de Jésus, ce qu'il fit à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples mirent leur foi en lui. 12 Après cela, il descendit à Capharnaüm avec sa mère, ses frères et ses disciples, et ils n'y demeurèrent que peu de jours.





Les jeunes gens qui préparent leur mariage vont être déçus car ils ne trouveront ici aucune indication pour préparer le leur. En effet, il s’agit bien d’un mariage qui nous est raconté ici, mais on ne nous dit rien de la cérémonie. On dit que le mariage est le moment où deux familles s’associent, mais ici on ne rencontre pas les familles. On a tant dit de choses sur les mariages et Jésus n’en dit rien !

L’Évangile de ce jour nous présente un mariage où apparemment les règles  ne sont pas respectées. Il s’agit d’un mariage où les mariés sont absents. L’ordonnancement de la fête est mal fait et les personnages de l’Évangile que l’on retrouve ici ne sont pas dans leur rôle. Marie qui est la première nommée prend le pas sur Jésus et se mêle de ce qui ne la regarde pas. Jésus, mis en cause rabroue sa mère. Mais si elle n’est pas dans son rôle de mère, quel est vraiment le rôle de Marie ? C’est sur son instigation que Jésus fait un miracle, mais ce miracle était-il bien utile ? Jésus le fait en catimini, comme s’il avait honte de donner à boire à des gens déjà ivres si bien que les gens responsables du repas et le marié lui-même qui fait ici une furtive apparition dans le texte n’en savent rien. Et les choses qui n’étaient pas conformes aux usages entrent dans l’ordre sans même que l’on sache s’il y avait eu vraiment du désordre. Étonnant, non ?

Il y avait donc du désordre et personne ne le savait. C’est la mère de Jésus qui s’en aperçoit et elle prétend y remédier avec l’aide de son fils. Pour y remédier, Jésus doit prendre la place du mari, ce qui n’est pas très indiqué quand on est invité à une noce. Jésus doit se substituer à lui en intervenant dans l’ordonnancement des boissons. En prenant pour un instant le rôle de l’époux, Jésus permet que le désordre cesse.. Et c’est peut être bien à ce constat que le récit veut nous amener.

Pourquoi donc nous avoir raconté un mariage où les choses vont de travers et où l’auteur ne nous dit pas qui se marie. On ne nous dit pas qui sont les amis qui entourent les mariés invisibles qu’on ne connaît pas et qu’on ne connaîtra jamais. On ne voit pas pourquoi on nous a raconté cette histoire si non pour nous dire que Jésus s’est fait manipuler par sa mère pour faire un miracle contestable que personne, ou presque ne remarque. Et c’est Marie qui a eu cette surprenante idée.

On a l’habitude de lire ce texte en focalisant notre attention sur le miracle et on oublie ce qu’il y a d’inhabituel dans le contexte. Présenté sous le jour où je l’ai fait, ce passage est peut être trop surprenant.  Compte tenu de toutes ces anomalies, je vais vous entraîner à le lire d’une manière symbolique. Apparemment ce n’est pas le récit de la noce qui est important, ni le miracle d’ailleurs mais ce sont toutes ces circonstances que je viens de pointer. L’intérêt du récit est peut être dans cette relation curieuse qu’il y a entre Marie et Jésus où ils semblent être à la fois en situation d’opposition et de complicité  relative.

Le mariage se place habituellement au début de la vie d’un couple. Quoi qu’aujourd’hui on nous ait habitués à quelques variantes sur la question. Le mariage donc est une fête qui se déroule au début d’une aventure conjugale. Si on réalise que l’on est au début de l’Évangile, il n’est pas impossible de penser que ce mariage pourrait bien être celui de l’Église avec le Christ.

 Depuis l’origine des temps, le couple formé par Dieu et les hommes ne marche pas bien. L’histoire de l’Ancien Testament nous a raconté la relation orageuse entre Dieu, qui s’offre comme époux à l’humanité et Israël présentée comme son épouse. Le prophète Osée  a du symboliser dans sa propre vie l’union entre Dieu et Israël. Dieu lui demande d’épouser une prostituée. Telle est la promise de Dieu, tel est son peuple.

Nous avons vu que Jésus prend ici subrepticement le rôle de l’époux. Serait-il le futur époux du peuple de Dieu ? Est-ce pour cela qu’il est si discret ? Le récit de ce mariage commence par l’expression : Trois jours après ! Mais après quoi ? Nous savons bien que le 3 eme jour est le jour de la résurrection. Ce récit des noces de Cana ne peut donc être lu que dans le contexte de la résurrection. Et comme à la résurrection, Marie était là. Marie a toujours joué un double rôle, elle est mère de Jésus et elle est figure de l’Église qu’elle anticipe. En tant que mère, elle porte toute la tradition du peuple d’Israël et en tant qu’Église, elle en est l’héritière. C’est elle, en tant que porteuse de la tradition qui reconnaît en Jésus le Fils de Dieu et c’est elle qui en tant qu’Église est témoin de la résurrection et devient servante du Seigneur.

 La prière de Marie exprimée dans son intervention : « ils n’ont plus de vin » signifie que bien qu’enivrés de tous les biens que Dieu leur donne depuis toujours, les hommes ne sont toujours pas désaltérés, ils n’ont toujours pas compris le mystère de Dieu ! Et Marie exprime alors les revendications d’une humanité qui n’a toujours rien compris au projet de Dieu. Marie messagère des hommes porte leurs revendications devant  le Christ. Est-elle dans le rôle du Saint Esprit étrangement absent dans ce récit  ou dans celui de l’Église ?  Peut -être  est-elle dans les deux ?   Elle est dans celui du Saint Esprit qui révèle les mystères de Dieu aux hommes  et dans celui de l’Eglise qui, porteuse de l’Esprit remplit les mêmes fonctions ?

Marie, peuple de Dieu, Marie Église de Jésus Christ en devenir,  Marie image de l’Esprit Saint, attire l’attention de Jésus sur le vin qui risque de manquer. Le vin c’est la joie donnée par Dieu et l’espérance de la vie. Mais les hommes aspirent à un autre vin, un vin nouveau. Jésus le leur offre. C’est Marie devenue symbole du Saint Esprit qui le leur révèle et c’est Marie image de l’Église qui le manifeste au monde.  Ce vin c’est bien entendu ce vin partagé au soir du vendredi saint, quand Jésus ouvre l’éternité à son Église en devenir. Le vin qui faisait  défaut, c’était  la joie du Royaume, manifesté dans la résurrection. Mais la résurrection ne prend de signification profonde que si Jésus la donne en se donnant, comme l’époux quand il se donne à son épouse.

Jésus en se retournant vers Marie, l’Église, l’interroge sur la teneur de sa foi et l’on sent des reproches dans le ton de sa voix. A-t-elle enfin compris qu’il est venu pour faire toute chose nouvelle ? Six jarres de vin nouveau suffiront-elles à apaiser nos doutes et à fortifier notre foi ? Non certes ! Les 6 jarres à nouveau pleines nous aideront sans doute à grandir sur le chemin de la foi, mais il n’y a que 6 jarres et non sept, comme on pourrait s’y attendre dans un langage symbolique. Il n’y a que 6 jarres, cela signifie que la Création n’est toujours pas achevée. Il faudra encore attendre que la 7 eme jarre nous soit offerte, que le 7 eme jour ait commencé pour que l’union du Christ et de son Église puisse être célébrée dans une harmonie enfin retrouvée.

Les choses commencées dans le désordre sont en train de rentrer dans l’ordre, la création continue à évoluer vers sa perfection qui se manifestera totalement quand nous verrons 

 les serviteurs apporter la septième jarre de vin nouveau. Cette septième jarre est encore à venir. Et les serviteurs qui la préparent, qui sont-ils ? Mais c’est vous bien sûrs qu’ils symbolisent. Ils préparent par leurs actions, par leur témoignage et par leur foi le Royaume qui vient. Ils accomplissent les désirs de Marie qui sait de quelle espérance les hommes ont besoin et qui la réclame à son fils. Elle est l’Église, remplie de l’Esprit qui intercède pour le monde quand elle prie en disant « que ton règne vienne ». Ainsi, sommes-nous invités, dès l’ouverture de l’Évangile à nous laisser abreuver de nouveauté et d’espérance par Jésus qui veut rester discret au cœur de la foule des hommes pour que leur espérance se colore d’audace et de foi.

lundi 7 janvier 2019



Luc 3/15-22
Comme le peuple était dans l'attente, et que tous se demandaient si Jean n'était pas le Christ, 16 il leur répondit à tous : Moi, je vous baptise d'eau, mais il vient, celui qui est plus puissant que moi, et ce serait encore trop d'honneur pour moi que de délier la lanière de ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit saint et le feu. 17 Il a sa fourche à la main, il va nettoyer son aire ; il recueillera le blé dans sa grange, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteint pas. 



.18 Jean annonçait la bonne nouvelle au peuple avec beaucoup d'autres encouragements.

19 Mais Hérode le tétrarque, à qui Jean faisait des reproches au sujet d'Hérodiade, femme de son frère, et au sujet de toutes les mauvaises actions qu'Hérode avait commises, 20 ajouta encore à toutes les autres celle d'enfermer Jean en prison. 



21Quand tout le peuple reçut le baptême, Jésus aussi reçut le baptême ; et, pendant qu'il priait, le ciel s'ouvrit, 22 et l'Esprit saint descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe. Et il survint une voix du ciel : Tu es mon Fils bien-aimé ; c'est en toi que j'ai pris plaisir.





J'ai écrit ce sermon il y a trois ans et je l'ai gardé tel quel en y apportant quelques légères modifications.



La prédication de Jean laisse entrevoir le début d’une ère de paix, de partage et d’amour que Dieu est en train d’instaurer pour le bonheur des hommes. Mais qu’en est-il vraiment de ce Dieu auquel il se réfère comme un Dieu d’amour et que son successeur Jésus considérera comme son père?  Malgré les sentiments d'extrême bonté que l’on prête à Dieu, il n’est  pourtant pas venu secourir le prophète Jean Batiste annonciateur du Messie  menacé par Hérode. On le soupçonne aussi d’avoir laissé son propre fils mourir sur une croix pour sauver les hommes. On a prétendu qu’il a accepté ce mal pour provoquer un bien beaucoup plus grand. Dieu peut-il s’accommoder d’un moindre mal pour favoriser un bien plus grand? C’est ici la grande question que se pose le  christianisme  depuis deux mille ans. Nous allons essayer d’y voir plus clair à propos de l’histoire de Jean Baptiste et de Jésus.

Le texte unit les deux hommes dans la même continuité spirituelle. Il s’achève sur le récit du  baptême de Jésus par lequel  Jean semble lui conférer  un droit de succession. Dans le même temps, l’ombre du tétrarque plane au-dessus de Jean annonçant sa mort prochaine. La mort de Jean semble arriver  en temps opportun pour laisser toute la place à Jésus. Si Dieu avait miraculeusement sauvé Jean, sa présence aux cotés de Jésus n’aurait-elle pas nuit à sa mission?  La question est bien évidemment sans réponse.  On peut cependant  se demander si Dieu n’a pas laissé faire pour que les choses se passent sans qu’il y ait interférence de l’un sur l’autre.

A partir de cette question, on peut   se demander si Dieu n’utilise pas parfois  certaines actions mauvaises menées par les hommes ou provoquées par la nature pour permettre qu’un mieux  s’installe parmi les humains afin de faire avancer l’histoire à sa guise.    Il nous faut donc approfondir la question pour savoir comment Dieu se situe. Gardons   la question en suspens pour l’instant et projetons-nous  trois ans plus tard au moment où Jésus lui-même fut mis à mort. On  a encore aujourd’hui l’impression pénible que Dieu aurait pu intervenir au lieu d’opposer un silence insupportable aux coups de marteau du bourreau clouant Jésus sur la croix.

Les Écrivains bibliques, n’ont pas commenté ce silence de Dieu lors de la mort de Jean, par contre, pour Jésus, ils ont laissé entendre que c’était écrit à l’avance et que la mort de Jésus aurait été bel et bien programmée par Dieu. En acceptant  de mourir d’une manière aussi infâme que celle qu’il a connue, Jésus se serait soumis à la volonté de son Père. En tout cas c'est cette interprétation que la tradition semble avoir favorisé.

Ce n’est pas parce que nous posons la question du silence apparent de Dieu que nous allons la résoudre. Elle  va cependant alimenter notre réflexion pendant quelques instants. Est-il donc possible que Dieu se taise quand les hommes souffrent, et est-il possible qu’il tire un bien d’un mal qu’il aurait laissé faire? 

Beaucoup de croyants trouvent une réponse à leurs souffrances  dans une telle approche,  et acceptent  plus volontiers leurs souffrances s’ils pensent qu’elles entrent dans un projet de Dieu. Ils considèrent  que si Dieu laisse faire c’est que, dans sa bonté il a construit un projet    qui permettra que d’autres humains en éprouvent un mieux-être. Le malade qui souffre d’un mal incurable espère que son mal  permettra aux chercheurs de faire un pas de plus sur le chemin de la découverte d’un médicament ou d’un vaccin et que Dieu en lui donnant du courage pour résister dans la souffrance permet à la médecine de progresser. 

Le prophète Esaïe semble vouloir aller dans ce sens quand il campe le portrait du serviteur souffrant qui accepte sans protester qu’on lui arrache  la barbe ou qu’on agisse envers lui comme on le ferait d’un mouton que l’on traine à la boucherie (1). Les évangélistes en rapportant le récit sur la mort de Jésus ont vu en lui une figure prophétique du Messie agonisant pour sauver le monde.

On s’est tellement habitué à cette  explication qu’on  imagine mal qu’il puisse y en avoir d’ autres, car la souffrance pèse d’un tel poids dans notre existence et dans l’histoire des hommes qu’il faut bien l’intégrer dans un  projet divin, sans quoi la vie elle-même deviendrait inacceptable et la porte serait ouverte au désespoir et à la perte de la foi.  Il faut bien que les choses en soient ainsi sans quoi on n’aurait pas pu dire que l’Église s’est nourrie du sang des martyrs, car leur supplice,  loin de l’anéantir l’a faite progresser, comme si  la mort héroïque des témoins de Dieu avait nourri la foi des incroyants au point  qu’ils se convertissaient. C’est un fait  incontestable  que  les persécutions ont entrainé des actes de foi et des conversions. Mais était-ce inscrit dans le plan de Dieu? 

Jean Baptiste, et Jésus  après lui ont parlé d’un Dieu  d’amour. Ils n’ont pas cherché à instaurer une pratique religieuse basée sur la souffrance. Mais pour bannir la souffrance et l’injustice qui règnent sur le monde, n’a-t-il  pas   fallu que Dieu s’en mêle au prix de compromissions choquantes?

Face à un monde qui s’enlise dans l’injustice, Jésus n’a proposé qu’une seule porte de sortie, celle de l’amour et de l’altruisme. Il n’ignorait pas cependant qu’il rencontrerait plus  d’incompréhensions que d’adhésions.  Il savait, que ceux qui chercheraient à mettre ses préceptes en pratique en pâtiraient, mais  il savait aussi que son enseignement finirait par porter ses fruits, parce qu’il portait en lui une vérité qui émanait de Dieu, c’est pourquoi  les souffrances des martyrs aidant,  la foi chrétienne a réussi à gagner toute une partie du monde.

Le monde dans lequel vivait Jésus, comme le nôtre est un monde où la vie du plus fort  se nourrit de la vie des plus faibles. Nous  considérons comme une vérité fondatrice que  dans ce monde  les plus forts doivent profiter des  plus faibles et que les moutons produisent de la laine pour que les hommes les en dépouillent. Cela entraine des injustices et  aussi  des souffrances. L’espèce humaine évolue dans ce milieu mais y participe aussi.  Or  depuis  que Dieu    est entré en contact avec les hommes, depuis qu’Abraham s’est senti personnellement interpelé par Dieu, Dieu a montré son désaccord avec  ce mode de vie  où la domination  des uns sur les autres aurait  force de loi.

Les prophètes ont  répercuté cette protestation de Dieu,  et c’est par leurs écrits qu’elle nous est connue. On trouve ainsi sous la plume d’Esaïe une prophétie étrange selon laquelle le lion  et le bœuf ensemble mangeront de la paille  (2). Ceux qui  ont reçu pour mission de parler au nom de Dieu se sont  laissés  aller à envisager un monde utopique où la violence sera proscrite et ne servira plus de règle pour gérer l’avenir. Loin d’envisager que la violence puisse   servir ses projets, Dieu inscrit l’absence de violence,  comme seule méthode possible pour gérer le monde selon sa volonté.  Ce projet prend déjà corps dans le baptême que Jean propose aux foules et dont il baptise Jésus. 

 Bien entendu, les ablutions de purification étaient déjà pratiquées dans le judaïsme, mais avec Jean et plus tard avec Jésus elles deviendront un rite d’adhésion à la foi. Le baptême va alors  remplacer la circoncision qui était caractérisée par une souffrance et une blessure du corps. Il remplacera aussi les sacrifices qui  eux aussi  faisaient souffrir les  animaux. Seul un peu d’eau suffira désormais à marquer l’entrée des hommes dans le projet de vie établi par Dieu à leur intention.  Toutes les souffrances requises par le passé  au nom de Dieu seront désormais abolies.

Tout se passe comme si Dieu se désolidarisait    définitivement  de toutes les formes que pouvait prendre la violence. Bien entendu, les souffrances subies par les hommes  n’ont pas Dieu pour cause, mais cela n’empêche  pas pour autant Dieu   de transformer en bien le mal causé par la souffrance. Il nous faut donc innocenter Dieu de la mort de Jean Baptiste ou de Jésus et de toutes les souffrances qui sont subies sur cette terre. Il nous faut donc expliquer l'implication de Dieu dans la mort de Jésus d'une autre manière que celle que nous admettons habituellement.  Dieu  combat le mal et ne l’utilise pas.

Dans cette longue  aventure de  la lutte de Dieu contre la souffrance, Jésus   prendra soin de rajouter un nouveau rite qui contient  peut être la clé de l'énigme : celui du partage. Il est tellement fort qu'il prendra par la suite une valeur  sacramentelle. Ce partage sera celui du pain et du vin qui sont les éléments de base de la nourriture. Ils ne nécessitent aucune violence pour les acquérir si non une violence sur soi-même puisque le partage est un rite d’amour   qui implique que l’on s’efforcera d’aimer ceux que l’on n’aime pas forcément. 

Ce geste d’amour ne nous est nullement imposé, il correspond à un élan du cœur vers Dieu et  implique notre accord sur sa manière de gérer le monde. Si le nombre des croyants se mettait  à augmenter nous pourrions augurer de la venue d’une ère de paix pour ce monde. L’avenir heureux du monde dépend donc de la manière dont  les croyants d’aujourd’hui sauront convaincre leurs contemporains de la justesse du projet divin pour ce temps et les encourager à y adhérer.



1. Esaïe 50/6-53/7
2. Esaïe 65/25

Illustrations Nicolas Poussin






mardi 1 janvier 2019

Matthieu 2/1-12 Et Dieu dans tout ça, dimanche 6 janvier 2019


Matthieu 2/1-12



1 Jésus  étant né à Bethléhem, de Judée, au temps du roi Hérode, des mages d'Orient arrivèrent à Jérusalem,

2 Et dirent: Où est le roi des Juifs qui est né? car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l'adorer.

3 Le roi Hérode, l'ayant appris, en fut troublé, et tout Jérusalem avec lui.

4 Et ayant assemblé tous les principaux sacrificateurs et les scribes du peuple, il s'informa d'eux où le Christ devait naître.

5 Et ils lui dirent: C'est à Bethléhem, de Judée; car il a été écrit ainsi par le prophète:

6 Et toi, Bethléhem, terre de Juda, tu n'es pas la moindre entre les principales villes de Juda; car c'est de toi que sortira le Conducteur qui paîtra Israël mon peuple.

7 Alors Hérode, ayant appelé en secret les mages, s'informa d'eux exactement du temps auquel avait paru l'étoile.

8 Et les envoyant à Bethléhem, il leur dit: Allez, et informez-vous exactement du petit enfant, et quand vous l'aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que j'y aille aussi, et que je l'adore.

9 Eux donc, ayant entendu le roi, s'en allèrent; et voici, l'étoile qu'ils avaient vue en Orient allait devant eux, jusqu'à ce qu'étant arrivée sur le lieu où était le petit enfant, elle s'y arrêta.

10 Or à la vue de l'étoile ils furent remplis d'une très grande joie.

11 Et étant entrés dans la maison, ils trouvèrent le petit enfant, avec Marie sa mère, et se prosternant devant lui ils l'adorèrent; et ouvrant leurs trésors, ils lui présentèrent des dons, de l'or, de l'encens et de la myrrhe.

12 Puis, ayant été divinement avertis par un songe de ne pas retourner vers Hérode, ils se retirèrent en leur pays par un autre chemin. 





Nous ne pouvons échapper à la tradition des vœux que  nous avons l’habitude d’échanger à ce moment de l’année. En préparant ce premier sermon de l’année, je pense à ce que j’ai écrit l’an dernier à la même occasion. Pourrais-je dire autre chose cette année ? Vous trouverez ce sermon en composant : Esaïe 60/1-6 sur votre écran d’ordinateur, rubrique « sermon du dimanche matin ». Je n’ai sans doute pas autre chose à dire. Pourtant en relisant le texte prévu pour ce jour, je constate comme sans doute l’ont fait la plupart des prédicateurs, que ce récit s’appuie sur un texte apparemment légendaire, qui  fait état de songes et de rêves nocturnes inspirés par Dieu et que l’astrologie y occupe une bonne part. Pour faire plus authentique, l’auteur a exhumé une prophétie de Michée, ignorée jusque-alors pour donner une coloration plus authentique  à son récit. Et depuis l’origine de ce texte, nous en sommes toujours au même point. Nos désirs et nos souhaits n’évoluent toujours pas d’avantage.

Nous attendons toujours de Dieu qu’il prenne en main ce monde que par égoïsme les hommes ont défiguré. Nous espérons  que malgré tout Dieu interviendra dans ce monceau de détresses pour  le faire évoluer vers un avenir meilleur. Nous rêvons qu’il fasse venir sur nous une justice que nous nous sommes appliqués à discréditer et qu’il permettra, contre nos désirs secrets, que les pauvres soient moins pauvres et les riches moins riches, sans que cela change quoi que ce soit dans notre propre existence . Mais nous formulons ces souhaits depuis si longtemps et aucun n’a jamais été exaucé par Dieu, si bien  que nous excluons de nos pensées toute possibilité de voir Dieu intervenir dans un avenir que nous continuons à malmener.

Pourtant les hommes auraient-ils assez de sagesse pour considérer qu’ils réclament de Dieu  qu’il  transforme le cœur des hommes alors, que dans l’ensemble ils n’en n’ont guère envie. Ils demandent à Dieu de les transformer contre leur gré. Partant de ce constat, les penseurs contemporains nous ont habitués à  voir le monde à partir de la-non existence de Dieu.  Etant incapables d’envisager leur propre incapacité à se transformer, les hommes  accusent Dieu d’impuissance.

Mais puisque les hommes sont incapables de se transformer eux-mêmes, puisque  ils se sont habitués à se passer de Dieu, on pourrait se demander, si pour sortir de cette impasse, ils ne pourraient pas  changer leur image de Dieu ?  Mieux, si au lieu de penser  que Dieu pourrait changer le monde comme par magie, les hommes se mettaient à croire à la légende de Noël qu’ils répètent chaque année pour se faire plaisir.  Ne pourrait-on pas croire, une bonne fois que nous pourrions-nous mêmes entrer dans la légende, relever nos manches et aider les rennes à manœuvrer le charriot afin qu’il aille là où on ne l’attend pas. Le traineau avec ses clochettes et l’abondance de ses cadeaux  pourrait parcourir, avec notre aide, les camps de fortune où il n’y a pas de cheminée  pour que le Père Noël  les garnisse de présents.  En se mettant à croire activement à la légende  on s’apercevrait  sans doute qu’elle cache en elle le message que Dieu réserve aux hommes depuis l’origine des  temps, mais auquel  personne ne fait l’effort de croire.

Telle est la vertu que l’on accorde en ces temps au petit Jésus, mais pour ne pas y croire vraiment on continue à la cacher dans une histoire impossible. Et c’est  à cause de l’ aspect légendaire  de cette histoire que l’on prétend qu’il est impossible de croire en Dieu et  que l’homme est à tout jamais condamné à disparaître avec ce monde qu’il s’acharne à se pas vouloir transformer.

 A moins que Dieu s’en mêle. Mais Dieu s’en est déjà mêlé et on ne le croit pas.  En tous temps et en tous lieux on répète que Dieu est amour,  et que la seule clé qui ouvre l’avenir est d’aimer son prochain comme soi-même, mais Dieu ne s’est jamais permis de imposer ce message, il s’est contenté d’en donner l’exemple en renonçant lui-même à sa divinité pour rallier les rangs des hommes les plus vulnérables, les rejetés par la société et les condamnés à mort.

Le Dieu qui se cache dans la mangeoire d’une étable n’agit pas par les miracles qui nous transformeraient  contre notre gré,  mais en donnant à son Esprit la possibilité de pénétrer en chaque homme, de parler à son cœur et de lui suggérer de faire librement ce qu’il lui inspire.  L’Esprit agissant de Dieu continue à le  rendre invisible, mais  il le rend accessible. Le miracle qui s’ensuit c’est que nous risquons  d’éprouver le désir d’être nous-mêmes  transformés, si nous le voulons. Inutile alors d’accuser les autres, les grands de ce monde et les puissants d’être égoïstes si nous-mêmes ne cultivons pas en nous le désir d’être transformés. C’est là que réside le miracle de Noël.

Ce Dieu que notre société rejette nous croit capables de mettre en pratique ce qu’il nous inspire. Il nous croit capables de  remettre en cause par nous-mêmes les projets égoïstes que nous formulons, car il ne le fera pas lui-même. Jésus n’a-t-il pas enseigné en son nom que le pardon permettait de supprimer les barrières que nous construisons contre nous-mêmes pour nous empêcher d’avancer. Si Dieu, comme il est dit, a créé l’homme à son image, c’est  que nous sommes capables de ne jamais baisser les bras et de toujours remettre en œuvre ce qu’il nous inspire. A Noël Dieu nous sauve de nous-mêmes en faisant de nous des êtres de progrès, capables d’avancer en donnant toujours priorité aux autres et en usant du pardon pour toujours recommencer quand nous nous sommes fourvoyés.

mercredi 19 décembre 2018

Luc 2/41-52 Jésus à 12 ans dans le Temple, Dimanche30 décembre 2018


Jésus à douze ans dans le temple



41 Chaque année, les parents de Jésus allaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque. 42 Lorsque Jésus eut douze ans, ils l'emmenèrent avec eux selon la coutume. 43 Quand la fête fut terminée, ils repartirent, mais l'enfant Jésus resta à Jérusalem et ses parents ne s'en aperçurent pas. 44 Ils pensaient que Jésus était avec leurs compagnons de voyage et firent une journée de marche. Ils se mirent ensuite à le chercher parmi leurs parents et leurs amis, 45 mais sans le trouver.

Ils retournèrent donc à Jérusalem en continuant à le chercher. 46 Le troisième jour, ils le découvrirent dans le temple : il était assis au milieu des maîtres de la loi, les écoutait et leur posait des questions. 47 Tous ceux qui l'entendaient étaient surpris de son intelligence et des réponses qu'il donnait. 48 Quand ses parents l'aperçurent, ils furent stupéfaits et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Ton père et moi, nous étions très inquiets en te cherchant. » 49 Il leur répondit : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? » 50 Mais ils ne comprirent pas ce qu'il leur disait. 51 Jésus repartit avec eux à Nazareth. Il leur obéissait. Sa mère gardait en elle le souvenir de tous ces événements. 52 Et Jésus grandissait, il progressait en sagesse et se rendait agréable à Dieu et aux hommes.





Nous ne savons rien de la jeunesse de Jésus si non qu’un jour au cours du pèlerinage traditionnel de la Pâques il s’est attardé dans les écoles rabbiniques sous les portiques du temple et qu’il a raté le départ de la caravane. Erreur qui aurait pu lui être fatale car les routes sont dangereuses sur le chemin du retour pour un enfant seul mais son père et sa mère veillaient.



Si nous faisons abstraction du fait que cette aventure est arrivée à Jésus et que nous imaginons qu’elle ait pu arriver à n’importe quel gamin qui ne serait pas Jésus, nous aurions certainement un autre regard sur l’événement. Au lieu de regarder la chose avec un a priori favorable, comme nous le faisons, puisqu’il concerne Jésus, nous le verrions sous un autre regard. Les parents d’un tel gamin se poseraient des tas de questions et chercheraient ce que cette attitude pourrait bien signifier :



Une fugue ? Un acte d’insoumission, un désir d’indépendance, une révolte contre son père et sa mère ou pire une forme de délire mystique poussé à son paroxysme qui rendrait les parents encore plus inquiets. Mais puisqu’il s’agit de Jésus, tout va bien!



Je retiendrais pour ma part une première leçon de ce texte : Jésus a manqué le départ de la caravane qui devait le ramener à son village, le lieu où il vit normalement entre son père et sa mère, où il apprend un métier et où plus tard il sera un artisan respecté et à n’en pas douter un notable. En manquant le départ, c’est à tout cela qu’il semble tourner le dos. Le chemin qu’il doit suivre pour accomplir sa propre vie ne semble pas être celui qui paraît évident pour les autres. Il le rate volontairement car les affaires de son Père le retiennent ailleurs dit-il. Il faut entendre par là que le service de Dieu prend priorité dans sa vie par rapport à l’ordre social normalement établi.



Je ne peux cependant m’empêcher de partager l’inquiétude de ses parents et de tous les parents qui n’ont qu’un souci: celui que leur enfant prenne le bon départ, qu’il parte d’un bon pied dans la vie, et qu’il suive la caravane de son existence qui devrait l’amener sans encombre à sa vie d’adulte. C’est sans nul doute ce raisonnement que nous faisons tous pour nos enfants. Quant à Jésus, il ne veut pas entrer dans l’ordre établi. Ce n’est certainement pas le système éducatif de son temps qu’il conteste mais c’est la vision de ses parents concernant l’avenir. Quel avenir pour leur enfant et pour eux? Et à cette question que ne manquent pas de se poser les parents de Jésus fait écho la même question que nous nous posons à notre tour : Quel avenir pour nos enfants et pour nous-mêmes. Quels souhaits formuler en cette aube de 2019 ?



C’est cette question qui va alimenter notre méditation, et nous allons garder cet épisode de la vie de Jésus comme support à notre réflexion. Nous entrons dans une nouvelle année avec une quantité de questionnements sur l’avenir, sur l’humanité en danger qui subit les fantaisies d’une planète qui se réchauffe, sur nous-mêmes et sur nos enfants, sur l’Eglise également dont nous ne cernons plus très clairement les contours. Nous nous demandons, nous les chrétiens fidèles, s’il peut-il y avoir un avenir sans l’Eglise, sans les Eglises, sans l’Eglise Unie, sans nos pasteurs, sans nos fidèles. Nous nous inquiétons à cause de ces courants religieux nouveaux qui reprennent des mythes anciens et qui nous bousculent par leur dynamisme. Ont-ils une part de vérité?





Nous osons à peine formuler ces questions aujourd’hui, car nous ne leur trouvons aucune réponse logique. Le monde nous déroute et nos enfants aussi. Leurs comportements mais surtout leurs pensées et leurs projets nous donnent à redouter qu’ils aient raté pour la plupart, le départ de la caravane dans laquelle nous étions engagés avec eux. Les parents de Jésus ont du quitter la caravane pour venir rejoindre leur fils. Nous aurions tous fait la même démarche ! Marie et Joseph quittent leurs compagnons de route et retournent seuls, par des chemins dangereux à la recherche du gamin et le retrouvent. Mêmes s’ils ne comprennent pas ce qui s’est passé, ils osent croire cependant que ce n’est pas si grave. Dieu les a conduits à travers les dangers et ils ont retrouvé le chemin de leur maison. Ils ont compris que leurs fils a choisi d’autres voies que celles qu’ils avaient prévues.



Dans ce passage en compagnie de Jésus nous avons rejoint la modernité de ce temps et le quotidien de beaucoup d’entre nous. Nous nous inquiétons ce matin sur le devenir de nos enfants et sur l’avenir du monde et nous nous interrogeons sur la pertinence de nos comportements. Nous découvrons que les sécurités que le monde moderne nous propose ne sont pas forcément porteuses d’ avenir. Les constructions humaines ne sont pas porteuses de ce que sera demain. On continue à dire aujourd’hui que nous construisons la société de demain, mais ce qu’on ne nous dit pas, c’est quelles sont les valeurs déterminantes d’aujourd’hui qui décideront d’une société vivable pour les générations futures. Il est notoire que les urbanistes et les sociologues d’hier n’ont pas su prévoir ce qui nous menace aujourd’hui. Ils n’ont pas su corriger ce qui nous mettrait en péril. On a négligé, dans le système qui prévaut aujourd’hui, que c’est l’intérêt du prochain qui doit avoir priorité sur tout.



Puisque les hommes n’ont pas su gérer les choses, il n’est pas inconvenant de s’interroger pour savoir si Dieu n’a pas quelques chose à nous dire. C’est pourquoi nous rejoignons Jésus au temple pour considérer ce qui se passe avec les vénérables maîtres de la Loi sous le portique de Salomon. Là nous découvrons que c’est Jésus qui mène le jeu des questions et des réponses et que ce sont eux qui sont étonnés. Il me semble que par sa manière de les interroger ou de répondre à leurs questions, Jésus les amène à découvrir que leur science biblique et théologique ne contient pas toutes les réponses et toutes les questions que Dieu pourtant avait révélées de longue date. La pratique de la religion et le respect de la loi elle-même doivent céder la priorité au souci du prochain. Ce sera le fondement de l’enseignement que Jésus développera quand il deviendra adulte. C’est pourtant ce qui a largement été oublié dans la construction du monde actuel.



Ce qui fascine les maîtres de la Loi, c’est l’intelligence avec laquelle Jésus répond à leurs questions. L’intelligence dans l’Ecriture n’est pas seulement d’ordre intellectuel, elle est aussi d’ordre spirituel. Il s’agit de l’action conjuguée de notre capacité à réfléchir et de l’Esprit de Dieu qui travaille en nous. Jésus ne nous enseigne pas à chercher des réponses toutes faites ou prédéterminées par Dieu, car Dieu nous laisse la liberté de construire le monde de demain. Il nous a donné un seul carnet de route que les hommes connaissent fort bien et qu’ils négligent beaucoup, c’est le respect que l’on doit au plus faible. C’est en le mettant en pratique que le monde évoluera heureusement.



Bien qu’il soit de notre responsabilité de construire l’avenir, cela ne peut se faire sans Dieu, car c’est lui qui nous donne l’intelligence des choses et le discernement. Dieu agit en nous pour nous aider à formuler des réponses toujours nouvelles à nos questionnements. Dieu nous inspire pour que le monde évolue dans le sens de l’intérêt de tous et il nous résiste, sans nous contraindre si nos pas ne vont pas dans le bon sens.



Jésus, déjà tout plein de la connaissance que Dieu a mis en lui, quitte la caravane du conformisme social. Il enseigne sans doute les vénérables maîtres à le faire aussi. Ils s’émerveillent, mais ils ne vont pas changer. Semblable aux sages d’Israël, le monde d’aujourd’hui connaît les impératifs que lui impose l’avenir, mais il ne veut changer ni son confort, ni ses avantages ni ses privilèges !



Ceux qui jadis ont construit le monde d’aujourd’hui ont fait l’économie de Dieu, et nous en voyons les effets. A nous qui sommes les constructeurs du monde de demain, nous sommes invités à le construire avec intelligence, c’est à dire en sachant que Dieu nous fait l’honneur de nous laisser l’inventer. Les projets de demain ne sont pas cachés dans les pages de la Bible ou de quelque Livre sacré, les projets de demain seront porteurs de l’avenir dans la mesure où avec intelligence nous discernerons dans quel sens le souffle de l’esprit nous emporte. Il est donc opportun de ne pas se sentir obligé de suivre la caravane de l’ordre établi. Il nous faut formuler autrement les règles de notre évolution en y introduisant des valeurs nouvelles qui seront faites d’amour et d’espérance. Le monde de demain n’a d’avenir qu’avec Dieu et Dieu ne travaille qu’avec les hommes de bonne volonté. Que celui qui a de l’intelligence essaye de comprendre !

vendredi 14 décembre 2018

Jean 1-18 Au commencement 25 décembre 2018





1Au commencement était la Parole, la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.

2 Elle était au commencement avec Dieu.

3 Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait, n'a été fait sans elle.

4 En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes.

5 Et la lumière a lui dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point reçue.

6 Il y eut un homme, appelé Jean, qui fut envoyé de Dieu.

7 Il vint pour être témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui.

8 Il n'était pas la lumière, mais il était envoyé pour rendre témoignage à la lumière.

9 La véritable lumière qui éclaire tout homme était venue dans le monde.

10 Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle; mais Lui le monde ne l'a pas connu.

11 Il est venu chez les siens; et les siens ne l'ont point reçu.

12 Mais à tous ceux qui l'ont reçu, il leur a donné le droit d'être faits enfants de Dieu, savoir, à ceux qui croient en son nom,

13 Qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu.

14 Et la Parole a été faite chair, et a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité, et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme celle du Fils unique venu du Père.

15 Jean lui rendit témoignage, lorsqu'il s'écria en disant: C'est ici celui dont je disais: Celui qui vient après moi est au-dessus de moi, parce qu'il était avant moi.

16 Et nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce sur grâce.

17 Car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ.

18 Personne n'a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l'a fait connaître.

Jean 1/1-18
Nous avons tous en mémoire le texte des Evangiles de Matthieu et de Luc qui font état du récit de Noël. Ils ne se ressemblent pas, mais par habitude, nous les avons mélangés, sans même nous douter que les détails ne collent pas entre eux.  C’est pourtant en les mélangeant  qu’on a pris l’habitude de les évoquer, au risque de dénaturer la cause qu’ils cherchent à défendre. Les spécialistes s’en offusquent, mais le commun des mortels les lit à sa façon. 
Tout ce qui fait la caractéristique des contes s’y trouve. On y croise un méchant roi qui fait des horreurs, et  un pauvre enfant. Malgré tout le peuple fait  quand  même la fête et les anges donnent un concert céleste. Au centre de l’histoire se tient un couple de pauvres immigrés à qui on refuse l’hospitalité. Cela n’empêche pas qu’ils reçoivent des cadeaux de la part de mystérieux voyageurs élevés au rang de princes et revêtus de toute la dignité qui leur convient. Ils sont à la recherche d’une vérité qui trouve son origine dans les étoiles. Tout est à  sa place dans cet ensemble de récits, le merveilleux, le miracle,  la méchanceté et l’indifférence et tous les problèmes quotidiens. Tout y est, sauf Dieu ! Cherchez bien, il n’y est pas, et puisqu’il n’y est pas, ne nous offusquons pas si la fête qui s’en suit prend des allures païennes. 
Ce récit nous parle d’un monde où personne ne s’offusque de voir une femme accoucher à l’écart, dans une cour de ferme au milieu des bestiaux en pleine nuit, alors que tout à côté un concert est donné en plein champ. Finalement tous se retrouvent, la mère et l’enfant et les fêtards pour accueillir des savants  qui étalent leurs bijoux et en font des cadeaux à la femme pour l’enfant sans que personne ne songe à les dérober, et c’est le roi qui en fait des cauchemars et ceux-ci alimentent  sa cruauté.
 A la réflexion ce monde loufoque ressemble au nôtre car bien des situations connues s’y trouvent évoquées et tous les sentiments humains s’y entremêlent. Haine et générosité, richesses et pauvreté, divination et spiritualité y font bon ménage.
Bien que Dieu n’apparaisse pas dans cette histoire et qu’on n’y parle même pas de lui, c’est pourtant pour nous aider à le trouver que ces récits  ont été composés. Les Evangiles ont choisi de nous communiquer leur saga en insérant leur témoignage dans un environnement commun à toutes les civilisations. Pour satisfaire notre piété, le ciel a été rempli d’anges et pour nous faire gamberger on n’a pas oublié de nous révéler que les païens pouvaient avoir une piété. Pourtant la science des devins orientaux ne  leur sert à rien puisqu’ils n’ont pas eu la capacité  de deviner les  atrocités  que le tyran local était en train de cogiter.
Dieu se cache-t-il dans cet enfant traqué par le destin, comme on se plait à le dire ? Si c’est le cas, qu’est-ce que cela change ? Les sermons prononcés à ce sujet ne cessent de nous le dire ! Mais en quoi ce récit nous parle-t-il de Dieu ? Il est difficile, à partir de cette vaste fresque de mettre les  bons éléments  dans les bonnes cases.
Dieu viendra à nous si nous allons à lui. Ce n’est pas une citation biblique, c’est une maxime que j’e viens d’inventer. Elle suggère qu’il appartient à tout chercheur de Dieu de faire l’effort nécessaire pour rassembler les pièces du puzzle qui nous est donné afin que les contours du monde nouveau commencent à s’esquisser pour tout chercheur de Dieu. Ainsi  s’élaborent les premiers éléments de sa foi. 
Si les hommes cherchent Dieu, ils se plaisent surtout à inventer le Dieu qui leur convient. Pourtant ce Dieu, jusque-là invisible, leur ouvre des pistes pour qu’ils puissent le rencontrer en vérité. Si nous le cherchons dans les récits   de la nativité, ce n’est pas forcément dans l’attendrissement que l’on éprouve à l’aspect d’un nourrisson autour duquel tous s’affairent,  mais c’est  dans l’ambiance dans laquelle le récit est transmis que la présence de Dieu se fait sentir. C’est dans un monde qui respire la fête et l’espérance que nous place le concert des anges et qui sert de décors  pour manifester la présence de Dieu. C’est dire que l’on ne nous suggère pas que l’avenir s’inscrit  dans un monde morose. Et  bien que  le récit nous place dans cette atmosphère, il ne nous soustrait pas non plus  à    cet univers absurde et morbide  où sévit le tyran.
La crèche nous est présentée dans un monde qui ressemble à un microcosme où la même histoire, avec beaucoup de variantes se répète de pays en pays  et de siècles en siècles. Si nous tendons l’oreille vers les rumeurs qui nous viennent de ce microcosme, c’est la voix de Dieu que nous entendrons et la voix de Dieu est toujours créatrice et porteuse de vie. C’est donc la voix d’un monde futur, toujours fécond qui vient jusqu’à nous. Si Dieu s’intéresse au monde, c’est dans la proximité de ceux qui cherchent à préserver la vie qu’on le trouve. 
Ici la vie cherche à perdurer grâce au génie d’un homme qui s’efforce de préserver  celle de son enfant et de sa femme, même dans la fuite si nécessaire. En faisant le choix de la vie pour les autres,  cet homme, Joseph nous désigne dans quelle direction il faut chercher Dieu, car Dieu inscrit sa présence dans les actes que font les hommes pour que triomphe la vie. Le récit se met alors à vibrer de la voix créatrice de Dieu et nous réalisons que Dieu se fait présent dans tout ce qui frémit de vie. Ce faisant il ne cesse de se révéler comme créateur. Nous découvrons que les effets des actes créateurs de Dieu sont dans les gestes des hommes qui se préoccupent de faire vivre leurs semblables.
Si nous percevons l’ode à la vie qui émane de  ces textes, nous saisissons que Dieu y est présent et qu’il s’impose au monde par la vie qui triomphe, malgré tous les événements qui tentent de la voiler.
Si ces récits de la nativité  rendent  témoignage à Dieu, ce n’est pas par les balbutiements d’un enfant qui plus tard sera son principal témoin, mais par la volonté de ceux qui ont voulu rendre compte de cette histoire en s’évertuant à dire que la vie et Dieu font cause commune, si bien que nous sommes invités à devenir des passionnés de la vie en référence au Dieu qui nous anime. Nous sommes alors mobilisés par les paroles de ces textes pour témoigner que Dieu est porteur de tout ce qui donne vie. C’est alors  que le verbe se fait créateur.

Illustrations Jane Sullivan

mercredi 12 décembre 2018




Luc 3/10-18 – dimanche 16 décembre



10 Les foules l'interrogeaient : Que devons-nous donc faire ? 11 Il leur répondait : Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n'en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même. 12 Des collecteurs des taxes aussi vinrent pour recevoir le baptême ; ils lui demandèrent : Maître, que devons-nous faire ? 13 Il leur dit : N'exigez rien au-delà de ce qui vous a été ordonné. 14 Des soldats aussi l'interrogeaient : Et nous, que devons-nous faire ? Il leur dit : Ne faites violence à personne, n'accusez personne à tort, et contentez-vous de votre solde.

 .

15 Comme le peuple était dans l'attente, et que tous se demandaient si Jean n'était pas le Christ, 16 il leur répondit à tous : Moi, je vous baptise d'eau, mais il vient, celui qui est plus puissant que moi, et ce serait encore trop d'honneur pour moi que de délier la lanière de ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit saint et le feu. 17 Il a sa fourche à la main, il va nettoyer son aire ; il recueillera le blé dans sa grange, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteint pas.



18 Jean annonçait la bonne nouvelle au peuple avec beaucoup d'autres encouragements.




Fatigués de chercher un Dieu qui semble se cacher pour ne pas se laisser trouver, beaucoup d’hommes et de femmes d'aujourd'hui ont abandonné toute  pratique religieuse. L’enseignement des églises leur semble dépassé et ne répond pas à leurs questions. Ils ne découvrent en lui qu’un discours méprisant  pour ceux qui suivent d’autres voies que celles habituellement reconnues. Le discours qu’ils entendent est bien souvent en total décalage avec celui que leur donne l’approche scientifique ou historique des mêmes problèmes. Ils aimeraient qu’on les aide à mettre de l’ordre dans leurs pensées  et à construire leur foi en fonction de ces nouvelles données, mais personne ne le fait. Le christianisme leur semble donc dépassé, si bien que ce qui était jadis  la « bonne nouvelles de l’Évangile » est devenu une actualisation insipide des vérités d’un autre temps.





Tout cela n’est pas une nouveauté. Les déçus de la foi étaient nombreux à l’aube de notre ère et  c’est eux que l’on trouve en masse sur les rives du Jourdain. Ils étaient  avides des paroles de Jean Baptiste, parce qu’elles étaient en décalage par rapport au discours officiel. Jean curieusement s’attachait à apporter une réponse à la demande de ceux qui se sentaient exclus. Il se laissait interpeller par leurs questionnements et leur ouvrait des horizons porteurs d’avenir.



A l’évocation du nom de Jean Baptiste, même les chrétiens les plus avertis se demandent ce que l’on peut tirer des rares discours de ce  personnage  dont on parle si  peu dans la Bible et sur lequel on n’a que très peu d’informations.



On en parle peu, parce qu’il a vécu trop peu de temps pour laisser une trace durable. Ceux qui ont quelques notions d’histoire savent que l’Évangile le décrit comme un homme étrange qu’on n’aurait pas aimé rencontrer au coin d’un bois. On le représente souvent comme un vagabond barbu, vêtu de peaux de bêtes qui se nourrissait de ce que la nature lui donnait, en particulier de miel sauvage et de sauterelles.



Les curieux venaient le rejoindre dans le désert où il se trouvait pour écouter ses propos contre la société établie. Nul ne trouvait grâce à ses yeux, ni le clergé, ni même le roi qui se sentant insulté par ses propos le fit arrêter et exécuter au cours d’un festin mémorable. La scène est restée célèbre.



On a vainement essayé  de  le faire entrer dans un cadre établi. Personne n’y a vraiment réussi et le roi l’a fait exécuter  avant qu’il ait pu  donner sa mesure. Fallait-il le classer parmi les disciples des Esséniens, ces ermites du désert ? On s’y est efforcé sans y parvenir. Sa parenté avec Jésus, rapportée par les évangiles, n’a été utilisée que par des savants éminents pour étayer leur propos relevant de la haute théologie, mais ce fait  ne nous apporte que peu de choses. On ne sait pas vraiment pourquoi, la foule de ceux qui se sentaient  rejetés par la religion  et  les masses de ceux qui ne trouvaient pas leur voie dans les dogmes établis se pressaient dans  un désert  loin de tout.




On se souvient que Jean  a baptisé Jésus, qu’il l’a poussé à le rejoindre et à prendre sa suite. Sa tentative fut suivie d’effets, les gens qui le suivaient ont mis leurs pas dans ceux de Jésus. Heureusement d’ailleurs, car la police du Tétrarque l’attendait au tournent et ne l’a pas manqué. Conformément à son habitude il a dit ce qu’il ne fallait pas dire au roi qui l’avait fait arrêter à la fois par dépit et par curiosité.  Il paya l’affront de sa vie.   Ainsi  Jean Baptiste avait ouvert la voie à Jésus et il avait donné avant lui de l’espérance à beaucoup de frustrés de la religion et à beaucoup de marginaux en quête de vérité sur Dieu..



Parmi ces marginaux  on rencontrait d’abord les bons bourgeois qui ne s’y retrouvaient plus dans les méandres des obligations religieuses. Tous étaient frappés par la simplicité des réponses de Jean. Il préconisait pour seule règle,  une élémentaire charité humaine relevant plus du bon sens que  de prescriptions religieuses compliquées.  Que personne n’ait faim , que personne n’ait froid dans des vêtements insuffisants. Telle était la règle de base. Les vêtements que chacun avait  en trop devaient être destinés à ceux qui étaient dans le besoin. Il ne préconisait aucune privation rigoureuse,  le bon sens élémentaire était suffisant.  Dieu devenait pour eux le champion de la facilité.



Personne n’avait besoin d’en savoir plus pour être en accord avec Dieu. Personne n’avait besoin d’en faire plus pour le contenter.  A partir d’un raisonnement simple et d’une pratique  charitable  concernant le sort des autres, il devenait aisé de  discerner le chemin que Dieu préconisait pour chacun. 



Aujourd’hui encore, beaucoup de croyants se sont détachés leurs pratiques religieuses parce qu’ils ne comprennent plus les exigences de Dieu dans les prescriptions de leur église, mais ils ont continué à consacrer une partie de leur vie au service d’associations caritatives. Ils  disent que c’est la seule chose qu’ils peuvent encore faire. Ils le disent avec regret, et parfois avec honte sans se rendre compte que leur comportement  correspond   à ce qui se trouvait au début de l’Évangile. Il correspond aux préceptes que donnait  Jean Baptiste avant  même que Jésus ait commencé son ministère.



Qu’ils ne se découragent donc pas,  ils sont revenus aux sources de l’Évangile, ils peuvent donc recommencer une nouvelle vie avec Jésus qui les entraînera à vivre une merveilleuse aventure de la foi.



En écoutant la simplicité des propos de Jean, d’autres égarés de la foi et d’autres chercheurs de Dieu venaient vers lui. C’étaient des collecteurs d’impôts rejetés en masse  par toute la population. Soupçonnés de trafic et de manigances, accusés de pactiser avec l’ennemi, ils étaient impopulaires. Cette situation les coupait de toute vie sociale et de toute vie religieuse. Jean les  accueillaient et les remettaient sur le chemin de Dieu en  préconisant une morale accessible à tous qui ne les enfermait pas dans leurs particularismes.



Les soldats aussi  se sentaient concernés. Exclus de la société parce qu’ils étaient au service de l’occupant. D’origine païenne, ils étaient exclus de la religion, mais certains espéraient  quand même en Dieu et Jean les prenaient en charge et  leur ouvrait une porte  vers le Seigneur.



Pour quiconque cherche Dieu, la seule porte à ouvrir est celle de son cœur et aucun humain n’a le pouvoir de la fermer. La seule chose nécessaire est de mettre sa bonne volonté au service de Dieu et  de s’ouvrir aux autres, Dieu fera le reste ! C’est apparemment bien simple à faire, mais beaucoup de croyants ne l’ont pas encore compris et amassent sur la conscience des autres des obligations que Dieu n’exige pas. Beaucoup n’ont pas encore  compris  que c’est Dieu qui ouvre les portes en venant vers les hommes et qu’il ne les ferme jamais. C’est cela que les théologiens appellent l’incarnation. Il n’est donc pas besoin de dire des choses compliquées pour deviner  que la suite du chemin avec Dieu n’est pas difficile à trouver.