mercredi 25 novembre 2015

Luc 1:33-45 - Marie visite Elisabeth - dimanche 20 décembre 2015





3 Dans les jours qui suivirent, Marie se mit en route et se rendit en hâte dans une localité de la région montagneuse de Judée. 40 Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. 41 Au moment où celle-ci entendit la salutation de Marie, l'enfant remua en elle. Élisabeth fut remplie du Saint-Esprit 42 et s'écria d'une voix forte : « Dieu t'a bénie plus que toutes les femmes et sa bénédiction repose sur l'enfant que tu auras ! 43 Qui suis-je pour que la mère de mon Seigneur vienne chez moi ? 44 Car, vois-tu, au moment où j'ai entendu ta salutation, l'enfant a remué de joie en moi. 45 Tu es heureuse : tu as cru que le Seigneur accomplira ce qu'il t'a annoncé ! »

Le cantique de Marie

46 Marie dit alors :
« De tout mon être je veux dire la grandeur du Seigneur,
47 mon cœur est plein de joie à cause de Dieu, mon Sauveur ;
48 car il a bien voulu abaisser son regard sur moi, son humble servante.
Oui, dès maintenant et en tous les temps, les humains me diront bienheureuse,
49 car Dieu le Tout-Puissant a fait pour moi des choses magnifiques.
Il est le Dieu saint,
50 il est plein de bonté en tout temps pour ceux qui le respectent.
51 Il a montré son pouvoir en déployant sa force :
il a mis en déroute les hommes au cœur orgueilleux,
52 il a renversé les rois de leurs trônes
et il a placé les humbles au premier rang.
53 Il a comblé de biens ceux qui avaient faim,
et il a renvoyé les riches les mains vides.
54 Il est venu en aide au peuple d'Israël, son serviteur :
il n'a pas oublié de manifester sa bonté
55 envers Abraham et ses descendants, pour toujours,
comme il l'avait promis à nos ancêtres. »
56 Marie resta avec Élisabeth pendant environ trois mois, puis elle retourna chez elle.

Si nous nous intéressions aux différentes interventions de Dieu  dans l’histoire du monde rapportées par la Bible, nous constaterions que dès le commencement elles ont fait  de Dieu l’initiateur de tout ce qui vit sur terre. Il s’acharne à trouver des solutions quand  la vie se trouve  menacée  et il achève sa création dans l’apothéose de la résurrection que personne, si non lui, n’aurait  pu imaginer.  Au tout début des Ecritures on le voit  consacrer toute son énergie créatrice à  souffler sur une poupée d’argile pour  lui donner vie.  Dieu dépose tendrement  l’homme qui s’ouvre à l’existence dans un jardin qu’il a soigneusement préparé  pour qu’il s’y épanouisse en le cultivant. Il a pour lui les mêmes gestes qu’une mère pourrait avoir en déposant son enfant dans son berceau. Même si le parallèle est osé, Il n’est pas interdit de penser  en ce temps de préparation de Noël que Marie reprend ces mêmes gestes à son compte lors de la naissance de Jésus en le déposant dans une crèche et en le protégeant lors de la fuite en Égypte pour qu’il assume sa mission.

Le projet est lancé. Dieu se consacre à  faire progresser la vie.  Même si les bavures sont nombreuses et si les lecteurs des Ecritures accordent plus d’attention à  la  colère de Dieu  qui s’oppose à la violence des hommes qu’à   sa tendresse  qui s’empare des situations les plus catastrophiques, Dieu continue à valoriser la vie.  C’est d’abord à  un Caïn meurtrier que Dieu donne la possibilité d’assumer son destin. Il va même jusqu’à mettre en cause ses propres décisions  en  renonçant à anéantir l’humanité lors du déluge. Il va créer l’arc en ciel comme un pense-bête à sa propre intention pour  lui rappeler qu’il a  renoncé à se mettre en colère quand les hommes l’irriteront. L’arc brillera  pour que lui, Dieu ne soit pas la cause du malheur des hommes. Ainsi les textes se succèdent-ils au cours des chapitres et montrent-ils  Dieu à l’œuvre dans son projet de rendre les hommes aptes à vivre heureux sur la terre qu’il leur a donnée. C’est enfin  le triomphe de la vie qui s’impose à l’humanité par la victoire de Jésus à la résurrection.  Les Ecritures, s’écartent en partie de ce rôle attribué à Dieu qui en ferait un  dieu  de la vengeance et de la colère ou même de la justice implacable où on se plait à enfermer Dieu.

Même si ces récits sont fortement légendaires, les auteurs ont retenu cependant le désir de Dieu de triompher de la mort et d’imposer la vie. La vie est en effet quelque   chose de fragile, toujours menacée, elle semble pourtant devoir s’imposer comme la conclusion normale de toutes les situations. Dieu manifeste sa capacité à l’imposer partout où elle est menacée. Il  trouve  la plupart du temps des femmes et des hommes pour se mettre à son service  pour collaborer avec lui  et partager avec lui  son projet de faire vivre mieux l’humanité. Ils  participent donc  avec lui à  l’édification d’un monde nouveau. L’achèvement de ce monde sera l’aboutissement d’un long cheminement qui s’appuie sur les acquis du passé. Les yeux fixés sur l’avenir, Dieu ne cesse d’élaborer, en partenariat avec les hommes qui le suivent,  une  issue optimiste pour ce monde dont la vie éternelle sera l’enjeu.

C’est de cet enjeu qu’il est question dans le texte de la visitation  proposé pour aujourd’hui.   Deux  femmes en sont les héroïnes et les hommes n’y jouent aucun rôle. Mais n’en déplaise aux féministes, ce textes ne fait pas la part belle aux femmes en tant que telles, c’est à leur fonction de mère qu’il s’attache et surtout aux enfants qu’elles portent, car ici c’est en tant que porteuse de vie et d’avenir  qu’elles ont  un intérêt : Élisabeth porte en elle la vie du passé  et la vie du futur est portée par l’enfant qui est dans le sein de Marie.  La question qui se pose, est de savoir comment ces deux vies vont s’ajuster l’une à l’autre ? La question qui n’est pas posée mais qui est présente dans l’esprit des auteurs de cet évangile est de savoir comment  la nouveauté de Évangile va s’accorder avec la tradition juive pour donner un message commun cohérent.   Le but recherché n’aboutira pas, non pas du fait de Dieu, mais du fait des hommes. La  question a eu  cependant le mérite d’être posée.

Pour porter cette question, l’Évangile de Luc a mis en scène deux femmes enceintes et courageuses qui s’émerveillent d’être l’instrument de Dieu dans ce projet. Dieu comme toujours reste discret, mais il reste au centre du récit dont le but est de dire que l’histoire a du sens.  Son projet  est de faire que les deux traditions portées par chacune de ces femmes construisent un avenir commun, car judaïsme et christianisme sont porteurs des mêmes promesses  et ils doivent assumer cette tâche ensemble, mais l’échec des hommes ne masquera pas  pour autant  le projet de Dieu.

En fait, il faut nous replonger dans le contexte de ceux qui ont écrit ces lignes. Nous sommes vers les années 80 de notre ère. Une guerre terrible a détruit la civilisation juive. Plus de Temple a Jérusalem et les survivants  ont  quitté le pays. C’est sur ce fond de désespoir que commence à apparaître, un peu partout dans l’empire une rivalité naissante entre juifs et chrétiens. C’est sur cette toile de fond désespérante que l’Évangéliste Luc rapporte cette histoire charmante qui fait état d’un choc terrible entre deux civilisations dont  l’une est issue de l’autre.  Que se passera-t-il ? Si nous, nous savons la réponse, les auteurs de l’Évangile ne la savent pas encore. Mais nous avons là comme un plaidoyer pour que ça se passe bien. Voici les éléments du récit :

Marie part vers les montagnes en portant en son sein l’enfant qui donnera du sens à tout ce qui va advenir. La montagne, n’est pas un lieu géographique, mais elle représente le lieu où a été forgée la tradition biblique. Elle rappelle ces moments célèbres entre tous, quand Moïse reçut les tables de la Loi et où les promesses de Dieu ont été formulées et couchées par écrit.  Élisabeth qui porte en elle  Jean Baptiste, ce fils de prêtre, représente tout ce passé prestigieux et indique que l’avenir ne pourra se faire sans lui ni la tradition qu’il représente. La salutation de Marie à Élisabeth évoque la continuité entre ces deux traditions. La nouvelles ne pourra porter de fruits véritables que si l’ancienne  perdure en elle.

L’approbation de Dieu à ce projet se manifeste par  le  superbe cantique placé ici dans le bouche de Marie.  Le « Magnificat » prend alors tout son sens dans l’actualité de l’époque+  Alors que les empereurs continuent à opprimer la Palestine, le cantique de Marie annonce la chute de ces  tyrans qu’il faudra attendre longtemps, mais qui viendra. En sera-t-il de même pour  la réalisation de l’union entre les deux traditions ?  Marie quant à elle a établi un pont entre elles  si bien que les promesses faites jadis par les prophètes se réaliseront un jour, car Dieu reste fidèle et les prophéties annoncées jadis en son  nom se réaliseront  demain.  Tel est le message  que Luc nous  donne aujourd’hui. Il l’a assumé dans un contexte de violence inouïe et il a nourri l’espérance de ceux qui l’ont reçu, mais il ne savait pas encore que les deux traditions se déchireraient avant de chercher à s’entendre comme cela se réalise de nos jours bien longtemps après.

Si nous traversons  aujourd’hui des temps bien rudes,  et si pour beaucoup l’espérance  ne porte plus leur foi, il faut d’abord qu’ils méditent sur la fidélité de Dieu et son désir d’aider les hommes à construire une humanité  heureuse.  A l’époque de Luc, qui était encore plus troublée que la nôtre, l’espérance a porté la foi de bien des croyants qui durent attendre  longtemps, mais avec fidélité, la réalisation des promesses. En fait,  ce n’est pas Dieu qui crée les temps difficiles, mais c’est lui et lui seul qui met en nous la persévérance par laquelle nous surmontons  les obstacles. L’espérance  qui nous anime désormais consiste à savoir que Dieu fait confiance aux hommes qui agissent, pour que la vie qu’il leur donne,  triomphe de tout ce qui lui fait obstacle.

lundi 23 novembre 2015

Luc 3: 10-18 Dieu trouve ceux qui le cherchent - Dimanche 13 décembre 2015



10 Les foules l'interrogeaient : Que devons-nous donc faire ? 11 Il leur répondait : Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n'en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même. 12 Des collecteurs des taxes aussi vinrent pour recevoir le baptême ; ils lui demandèrent : Maître, que devons-nous faire ? 13 Il leur dit : N'exigez rien au-delà de ce qui vous a été ordonné. 14 Des soldats aussi l'interrogeaient : Et nous, que devons-nous faire ? Il leur dit : Ne faites violence à personne, n'accusez personne à tort, et contentez-vous de votre solde.
 .
15 Comme le peuple était dans l'attente, et que tous se demandaient si Jean n'était pas le Christ, 16 il leur répondit à tous : Moi, je vous baptise d'eau, mais il vient, celui qui est plus puissant que moi, et ce serait encore trop d'honneur pour moi que de délier la lanière de ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit saint et le feu. 17 Il a sa fourche à la main, il va nettoyer son aire ; il recueillera le blé dans sa grange, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteint pas.

18 Jean annonçait la bonne nouvelle au peuple avec beaucoup d'autres encouragements.

Fatigués de chercher un Dieu qui semble se cacher pour ne pas se laisser trouver, beaucoup d’hommes et de femmes d'aujourd'hui ont abandonné toute  pratique religieuse. L’enseignement des églises leur semble dépassé et ne répond pas à leurs questions. Ils ne découvrent en lui qu’un discours méprisant  pour ceux qui suivent d’autres voies que celles habituellement reconnues. Le discours qu’ils entendent est bien souvent en total décalage avec celui que leur donne l’approche scientifique ou historique des mêmes problèmes. Ils aimeraient qu’on les aide à mettre de l’ordre dans leurs pensées  et à construire leur foi en fonction de ces nouvelles données, mais personne ne le fait. Le christianisme leur semble donc dépassé, si bien que ce qui était jadis  la « bonne nouvelles de l’Évangile » est devenu une actualisation insipide des vérités d’un autre temps.

Tout cela n’est pas une nouveauté. Les déçus de la foi étaient nombreux à l’aube de notre ère et  c’est eux que l’on trouve en masse sur les rives du Jourdain. Ils étaient  avides des paroles de Jean Baptiste, parce qu’elles étaient en décalage par rapport au discours officiel. Jean curieusement s’attachait à apporter une réponse à la demande de ceux qui se sentaient exclus. Il se laissait interpeller par leurs questionnements et leur ouvrait des horizons porteurs d’avenir.

A l’évocation du nom de Jean Baptiste, même les chrétiens les plus avertis se demandent ce que l’on peut tirer des rares discours de ce  personnage  dont on parle si  peu dans la Bible et sur lequel on n’a que très peu d’informations.

On en parle peu, parce qu’il a vécu trop peu de temps pour laisser une trace durable. Ceux qui ont quelques notions d’histoire savent que l’Évangile le décrit comme un homme étrange qu’on n’aurait pas aimé rencontrer au coin d’un bois. On le représente souvent comme un vagabond barbu, vêtu de peaux de bêtes qui se nourrissait de ce que la nature lui donnait, en particulier de miel sauvage et de sauterelles.

Les curieux venaient le rejoindre dans le désert où il se trouvait pour écouter ses propos contre la société établie. Nul ne trouvait grâce à ses yeux, ni le clergé, ni même le roi qui se sentant insulté par ses propos le fit arrêter et exécuter au cours d’un festin mémorable. La scène est restée célèbre.

On a vainement essayé  de  le faire entrer dans un cadre établi. Personne n’y a vraiment réussi et le roi l’a fait exécuter  avant qu’il ait pu  donner sa mesure. Fallait-il le classer parmi les disciples des Esséniens, ces ermites du désert ? On s’y est efforcé sans y parvenir. Sa parenté avec Jésus, rapportée par les évangiles, n’a été utilisée que par des savants éminents pour étayer leur propos relevant de la haute théologie, mais ce fait  ne nous apporte que peu de choses. On ne sait pas vraiment pourquoi, la foule de ceux qui se sentaient  rejetés par la religion  et  les masses de ceux qui ne trouvaient pas leur voie dans les dogmes établis se pressaient dans  un désert  loin de tout.

On se souvient que Jean  a baptisé Jésus, qu’il l’a poussé à le rejoindre et à prendre sa suite. Sa tentative fut suivie d’effets, les gens qui le suivaient ont mis leurs pas dans ceux de Jésus. Heureusement d’ailleurs, car la police du Tétrarque l’attendait au tournent et ne l’a pas manqué. Conformément à son habitude il a dit ce qu’il ne fallait pas dire au roi qui l’avait fait arrêter à la fois par dépit et par curiosité.  Il paya l’affront de sa vie.   Ainsi  Jean Baptiste avait ouvert la voie à Jésus et il avait donné avant lui de l’espérance à beaucoup de frustrés de la religion et à beaucoup de marginaux en quête de vérité sur Dieu.

Parmi ces marginaux  on rencontrait d’abord les bons bourgeois qui ne s’y retrouvaient plus dans les méandres des obligations religieuses. Tous étaient frappés par la simplicité des réponses de Jean. Il préconisait pour seule règle,  une élémentaire charité humaine relevant plus du bon sens que  de prescriptions religieuses compliquées.  Que personne n’ait faim , que personne n’ait froid dans des vêtements insuffisants. Telle était la règle de base. Les vêtements que chacun avait  en trop devaient être destinés à ceux qui étaient dans le besoin. Il ne préconisait aucune privation rigoureuse,  le bon sens élémentaire était suffisant.  Dieu devenait pour eux le champion de la facilité.

Personne n’avait besoin d’en savoir plus pour être en accord avec Dieu. Personne n’avait besoin d’en faire plus pour le contenter.  A partir d’un raisonnement simple et d’une pratique  charitable  concernant le sort des autres, il devenait aisé de  discerner le chemin que Dieu préconisait pour chacun. 

Aujourd’hui encore, beaucoup de croyants se sont détachés leurs pratiques religieuses parce qu’ils ne comprennent plus les exigences de Dieu dans les prescriptions de leur église, mais ils ont continué à consacrer une partie de leur vie au service d’associations caritatives. Ils  disent que c’est la seule chose qu’ils peuvent encore faire. Ils le disent avec regret, et parfois avec honte sans se rendre compte que leur comportement  correspond   à ce qui se trouvait au début de l’Évangile. Il correspond aux préceptes que donnait  Jean Baptiste avant  même que Jésus ait commencé son ministère.

Qu’ils ne se découragent donc pas,  ils sont revenus aux sources de l’Évangile, ils peuvent donc recommencer une nouvelle vie avec Jésus qui les entraînera à vivre une merveilleuse aventure de la foi.

En écoutant la simplicité des propos de Jean, d’autres égarés de la foi et d’autres chercheurs de Dieu venaient vers lui. C’étaient des collecteurs d’impôts rejetés en masse  par toute la population. Soupçonnés de trafic et de manigances, accusés de pactiser avec l’ennemi, ils étaient impopulaires. Cette situation les coupait de toute vie sociale et de toute vie religieuse. Jean les  accueillaient et les remettaient sur le chemin de Dieu en  préconisant une morale accessible à tous qui ne les enfermait pas dans leurs particularismes.

Les soldats aussi  se sentaient concernés. Exclus de la société parce qu’ils étaient au service de l’occupant. D’origine païenne, ils étaient exclus de la religion, mais certains espéraient  quand même en Dieu et Jean les prenaient en charge et  leur ouvrait une porte  vers le Seigneur.

Pour quiconque cherche Dieu, la seule porte à ouvrir est celle de son cœur et aucun humain n’a le pouvoir de la fermer. La seule chose nécessaire est de mettre sa bonne volonté au service de Dieu et  de s’ouvrir aux autres, Dieu fera le reste ! C’est apparemment bien simple à faire, mais beaucoup de croyants ne l’ont pas encore compris et amassent sur la conscience des autres des obligations que Dieu n’exige pas. Beaucoup n’ont pas encore  compris  que c’est Dieu qui ouvre les portes en venant vers les hommes et qu’il ne les ferme jamais. C’est cela que les théologiens appellent l’incarnation. Il n’est donc pas besoin de dire des choses compliquées pour deviner  que la suite du chemin avec Dieu n’est pas difficile à trouver.

samedi 7 novembre 2015

Luc 21:25-36: Veillez et priez dimanche 2 décembre 2018




La venue du Fils de l'homme
25Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles, et, sur la terre, une angoisse des nations qui ne sauront que faire au bruit de la mer et des flots ; 26les humains rendront l'âme de terreur dans l'attente de ce qui surviendra pour la terre habitée, car les puissances des cieux seront ébranlées. 27Alors on verra le Fils de l'homme venant sur une nuée avec beaucoup de puissance et de gloire. 28Quand cela commencera d'arriver, redressez-vous et levez la tête, parce que votre rédemption approche. 

L'approche du règne de Dieu
29Il leur dit encore une parabole : Voyez le figuier et tous les arbres. 30Dès qu'ils bourgeonnent, vous savez de vous-mêmes, en regardant, que déjà l'été est proche. 31De même, vous aussi, quand vous verrez ces choses arriver, sachez que le règne de Dieu est proche. 32Amen, je vous le dis, cette génération ne passera pas que tout cela n'arrive. 33Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas. 

La nécessité de veiller
34Prenez garde à vous-mêmes, de peur que votre cœur ne s'alourdisse dans les excès, les ivresses et les inquiétudes de la vie, et que ce jour n'arrive sur vous à l'improviste, 35comme un filet, car il viendra sur tous ceux qui habitent la surface de toute la terre. 36Restez donc éveillés et priez en tout temps, afin que vous ayez la force d'échapper à tout ce qui va arriver et de vous tenir debout devant le Fils de l'homme.

L’être humain est une bien faible créature en dépit de ce qu’il croit.  Il est dépourvu de moyens de défense naturelles contre ses agresseurs. Il n’a ni ongles, ni griffes ni dents redoutables pour  se protéger de ceux qui l’attaquent. Il n’a ni poils ni plumes ni fourrure pour se prémunir contre les agressions du froid, de  la chaleur et de la pluie. En dépit des performances olympiques de ses champions,  il n’est pas un coureur assez rapide pour échapper à ses prédateurs. Il ne sait pas voler pour échapper à ses poursuivants, et ce n’est pas en nageant qu’il peut attraper des proies et s’en nourrir.

Seul dans un monde hostile, l’homme a cependant  réussi à conquérir  la planète. Il  s’est imposé à tout ce qui faisait obstacle à sa prodigieuse évolution, grâce à son intelligence et à l’habileté de ses mains. Il a laissé la trace de ses exploits dans des écrits, qui ont été lus de générations en générations  et qui ont renforcé pour ses descendants la certitude que l’homme est invincible. Hiéroglyphes, cunéiformes ou autres ont raconté ses alliances avec les dieux et ont assurés à   ses descendants qu’il avait une histoire commune avec eux . De tout temps il a cherché à s’approprier les faveurs de puissances extérieures à lui et il les a  divinisées. Les mythes les plus anciens racontent ses tentatives de devenir encore plus performant  grâce à la complicité des puissances célestes.

Mais il ne peut pas tout.  Il n’a pas réussi, malgré ses tentatives nombreuses, à séduire les puissances hostiles  qui habitent les mers et déclenchent les ouragans,  ni à éradiquer les maladies  qui détruisent des populations entières. Il y a des forces de la nature qu’il ne comprend pas et il accuse la colère des dieux de s’en prendre à lui. Même quand sa pensée à évolué au point d’abandonner le polythéisme lié aux forces de la nature pour adorer le Dieu unique créateur de tout chose,  il croit encore que les mouvements  de  la nature qui lui sont hostiles ont quelque chose à voir avec  ce Dieu.

Toute une théologie biblique a été construite sur ce mythe et le peuple d’Israël  a continué à croire pendant longtemps que les catastrophes qu’il subissait étaient liées à la colère de Dieu qui lui reprochait  son infidélité. C’est ainsi qu’on a raconté le déluge.  C’est ainsi  aussi que l’on a expliqué la prise de Samarie en  723 et la chute de Jérusalem en 586. C’est  ainsi qu’on a expliqué le retour de l’exil parce que la colère de Dieu se apaisée.

Mais une théologie trop simpliste ne satisfait plus les penseurs.  Les penseurs  bibliques pour approfondir les choses  se sont écartés des chemins de la facilité. Ils ont cherché à donner une image de Dieu plus appropriée à la situation.  Les Ecritures ont laissé entendre  qu'un  Messie  devait venir. On s'est alors plu à espérer  à l'aube du premier siècle en la venue d'un roi céleste. En attendant les légions romaines qui occupaient le pays imposaient une loi implacable et contraire au monothéisme que pratiquaient fidèlement les Hébreux.  Qui avait armé le bras romain pour dominer la terre ?

C'est alors, que  rempli de ces réflexions,   Luc, l’écrivain de l’Évangile a repris les propos de Jésus et a raconté ses exploits  pour les transmettre, aux générations suivantes. L'actualité politique apportait des éléments à ses propos. En effet, la guerre des juifs qui avait suivi la mort de Jésus avait accrédité l'image de l'abomination de la désolation . La Ville Sainte  avait été détruite ainsi que son temple.  La question  devenait  cuisante pour tous : qui pouvait bien se cacher derrière une telle force  qui semblait  laisser croire que Dieu était vaincu dans son propre camp ? La question reste pertinente  aujourd’hui, et la comparaison avec l’actualité est toujours possible.
Dans ce contexte nous reprenons les propos de Jésus. Son discours semble  donner raison  aux thèses  catastrophiques selon lesquelles un fatalisme règne sur le monde qui entraînera sa destruction et la venue d’un Royaume  de paix, mais nous trouvons que ce temps d’attente est bien long. Faut-il voir les choses autrement ?

L’idée de la colère de Dieu est abandonnée par Jésus. Il le laisse en dehors du coup. En effet,  on comprendrait mal l’idée que Dieu  consente à tant de souffrances pour  provoquer une fin du monde  qui n’arrive toujours pas, car après  l’épisode évoqué ici, l’histoire du monde va continuer et je ne donne pas la liste des horreurs  qui se sont déroulées sur notre planète depuis 2 000 ans et dans lesquelles l’Église n’a pas toujours joué un joli rôle.

S’appuyant sur  les événements présents  et passés,  évoquant un avenir proche ou lointain, Jésus n’hésite pas à répondre aux inquiétudes des hommes et même à les amplifier. Il en rajoute même une couche  envisageant même que la planète n’y résistera pas.  Trop, c’est trop.  En fait  Jésus veut nous entraîner ailleurs, sur une autre voie car sa pensée ne relève pas de cette logique.

Curieusement, il ne fait aucune allusion à Dieu, Je l’ai déjà dit, qui ne semble pas directement impliqué dans cette affaire. Face à  ces moments difficiles qu’il évoque, face à la réalité terrifiante que vivent les peuples menacés, Jésus nous recommande seulement  de veiller et prier. Mais prier, nous le faisons bien et ça ne semble pas marcher. Prions-nous comme il le souhaite ? Il n’empêche  que c’est dans cette action  qu’il faut concentrer notre intelligence et exercer notre  sagesse.

Par ces  deux  recommandations   il fait appel à l’esprit inventif de l’homme,  celui de veiller. Il fait aussi appel à sa foi, prier. Il nous rappelle ainsi que la prière n’a pas pour objet l’attente  passive d’une  délivrance  de la part de Dieu et qu'il ne s'agit pas de voir évoluer la terre sans rien faire. Notre prière doit être une supplique faite à Dieu  pour que son esprit nous visite  et que sous son action, nous mettions en œuvre notre intelligence.

C’est Dieu qui par sa sagesse éclaire notre pensée et nous aide ainsi à inventer des solutions car il n’y a pas de solutions toutes faites pour résoudre  des problèmes qui ne sont pas encore posés. Dieu fait confiance aux humains pour qu’ils inventent eux-mêmes les bonnes solutions. C’est en nous rendant inventifs que Dieu répond à nos prières.  Ainsi en nous poussant à une action réfléchie,  Dieu agit-il sans se substituer  à nous.


Éclairés par l’Évangile  qui est au cœur de notre foi, nous pouvons déjouer les mauvais instincts qui habitent les hommes tels l'égoïsme et l'esprit de domination.  . Dans ce type de situation j’espère en Dieu pour qu’il nous aide à devenir  de bons veilleurs  et  pour stimuler  ceux qui agissent dans ce monde  pour qu'ils soient  être des hommes de foi.




Illustrations: Tintin :l'étoile mystérieuse

lundi 2 novembre 2015

Jean 18:33-37 dimanche 22 novembre 2015



La Vérité Jean 18/33-37 dimanche 22 novembre 2015

33 Pilate rentra dans le prétoire, appela Jésus et lui dit : Es-tu le roi des Juifs, toi ? 34 Jésus répondit : Est-ce de toi-même que tu dis cela, ou bien est-ce d'autres qui te l'ont dit de moi ? 35 Pilate répondit : Suis-je donc juif, moi ? C'est ta nation et les grands prêtres qui t'ont livré à moi ! Qu'as-tu fait ? 36 Jésus répondit : Ma royauté n'est pas de ce monde. Si ma royauté était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs ; en fait ma royauté n'est pas d'ici. 37 Pilate lui dit : Toi, tu es donc roi ? Jésus répondit : C'est toi qui dis que je suis roi. Moi, si je suis né et si je suis venu dans le monde, c'est pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité entend ma voix. 38 Pilate lui dit : Qu'est-ce que la vérité ? Après avoir dit cela, il sortit de nouveau vers les Juifs et leur dit : Moi, je ne trouve aucun motif de condamnation en lui.

Pilate lui dit : Qu'est-ce que la vérité?

La vérité sort du puits, la vérité sort de la bouche des enfants, In vino véritas, Que de dictons aussi mystérieux les uns que les autres n’avons-nous pas produits pour dire la « vérité ». On la prétend insaisissable, telle une anguille dans de l’eau vive. Toutes les vérités ne sont cependant pas bonnes à dire. Si Jésus avait suivi ce conseil, il ne serait pas mort. C’est au nom de la vérité qu’il a été traîné devant le tribunal et c’est cette seule question que retient Pilate : « Qu’est ce que la vérité? » Guy Béart rajoutait que le « poète a dit la vérité, il sera exécuté. » Ce sont sans doute des idées semblables à celles-ci qui ont traversé la tête du gouverneur Ponce Pilate quand il a demandé, si l’on en croit l’Évangile de Matthieu, une cuvette pour se laver les mains et faire taire la vérité. Dans le récit de l’événement que nous donne l’Évangile de Jean que nous venons de lire, Pilate reste sans voix et ne sait que poser une question qui reste sans réponse : qu’est-ce que la vérité ? Et vous qu’en dites-vous?


La vérité telle que les hommes la présentent ne peut être que partielle si non partiale et parce qu’elle est partielle elle est contestable, pourtant nous la revêtons d’absolu, et c’est ce qui fait problème. Mais au nom de quoi édifie-t-on cet absolu?

Jésus a été traîné devant le Sanhédrin qui va le condamner à être tué au nom de sa vérité. La vérité du sanhédrin, consiste à constater que Jésus a blasphémé en s’attaquant au Temple. Qui s’attaque au Temple s’attaque à Dieu, qui s’attaque à Dieu mérite la mort. C’est au nom de ce syllogisme qu’on amène Jésus devant Pilate. Tout cela ennuie profondément le gouverneur. Il n’en a rien à faire de la vérité du Sanhédrin! Il ne la reconnaît pas. Il ne connaît que la sienne. La sienne, c’est celle de la paix romaine. Quiconque trouble la paix publique s’en prend à l’état romain, quiconque s’en prend à l’état romain offense l’empereur, quiconque offense l’empereur mérite la mort ! Autre syllogisme ! Voila deux vérités partielles, tout à fait différentes l’une de l’autre, mais dont la transgression amène la même conclusion : la mort ! C’est ce qui leur donne des apparences d’absolu, et pourtant aucune des deux n’est absolue puisqu’elles ne sont pas en accord l’une avec l’autre, si non sur la conclusion.

Vérité et mort sont étroitement liées l’une à l’autre. C’est au nom d’une autre vérité qui dépasse les deux autres que Jésus entre dans ce jeu dangereux. Il affronte la mort en son nom, mais au lieu de la donner à ceux qui ne suivent pas sa voie, il décide de la recevoir. Il subit la mort. Et la mort ne se referme pas sur lui, et c’est sa mort qui donne autorité à la vérité qu’il défend. La mort de Jésus révèle-t-elle alors la vérité sur Dieu? Et bien oui.

La vérité sur Dieu a besoin de la mort pour s’affirmer, parce qu’elle nie l’aspect définitif de la mort. Quand une vérité n’est pas absolue, quand elle n’est pas transcendée par la mort elle a pour compagnon le mensonge et ce couple fonctionne bien dans ce passage, non sans humour d’ailleurs
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Que disent les juifs pour convaincre Pilate de leur bon droit ? « Nous n’avons de roi que César », cela se trouve à la fin du passage que nous n’avons pas lu. Les menteurs ! Ils détestent César, ils nourrissent une haine implacable contre lui. Ils mentent pour donner des arguments à leur vérité, ils biaisent, car ils n’ont que faire des prétendues visées de Jésus à être roi d’Israël, cette prétention ne les intéresse pas, mais elle leur donne des arguments contre Pilate en se prétendant plus romain que lui. Quant à lui, pour se tirer du mauvais pas où l’argumentation de Jésus l’a entraîné, il va récuser les arguments des juifs en se parjurant. Il ne trouve aucun motif de condamnation en lui, dit-il, mais il ordonne sa mise à mort. C’est ainsi qu’il se ment à lui-même et qu’il ment aux juifs. Double mensonge !

Tous les rôles sont inversés. Jésus est accusé, et face au procurateur Ponce Pilate c’est lui qui mène le débat. Il interroge Pilate, qui bien que juge se laisse questionner. Il répond et il se laisse séduire par l’argumentation de Jésus. Mais ce n’est qu’une illusion ! La mort semble devoir l’emporter, mais elle ne détruit pas la vérité sur Dieu puisque Jésus ressuscitera, par contre, elle détruit la vérité des juifs et celle de Pilate.

Il nous faut maintenant que l’on s’interroge sur la nature de cette vérité que la mort ne peut anéantir mais que la mort révèle. Qu’est-ce que la Vérité? En posant cette question j’ai l’impression de me tendre un piège à moi-même, d’autant plus que j’entends le tentateur me susurrer à l’oreille : « Vas-y prédicateur, c’est ton tour maintenant de leur dire Ta Vérité sur Dieu. Tu en as la science, tu en as la sagesse et ils sont là pour t’écouter. »

Le piège va-t-il se refermer sur moi? De plus grands que moi s’y sont déjà laissés prendre. Je pourrais être tenté de vous dire la Vérité : celle que les Églises de la Réforme prétendent détenir des Réformateurs, celle qui a donné tort à la vérité de la puissante Église romaine et a défié son caractère absolu. Cette prétendue vérité des Réformateurs, c'est celle aussi qui a mené à la mort Michel Servet, c'est également celle qui a inquiété les anabaptistes et les a exilés hors d’Allemagne, c'est elle qui a brûlé les sorcières à Salem, c'est  elle qui impose aux autres un visage de Dieu, déformé par le bon droit des uns, les prétentions des autres, la clairvoyance des plus sages et la cupidité des masses. Mais cette Vérité, aussi noble soit-elle ne saurait prétendre à l’absolu, car elle repose sur la sagesse humaine à propos de Dieu. Elle n’est pas Vérité de Dieu, car elle reste humaine et ne saurait résister à la mort qui lui reste un mystère.
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Nous ne devons ou ne pouvons approcher la vérité de Dieu qu’avec prudence car elle est propriété de Dieu. S’il nous est donné en ce monde de l’approcher, il ne nous est pas donné de la posséder et encore moins de l’imposer. Elle se manifeste dans les Ecritures quand elles nous enseignent que les hommes peuvent prendre le visage de Dieu s’ils savent considérer les autres comme des frères à l’égal d’eux-mêmes.

Jésus lui rend témoignage quand il renvoie libre la femme pécheresse, comme si le péché d’adultère n’était pas plus grave qu’un autre et n’encourait d’autres sanctions que le pardon. Si Jésus s’en est pris au Temple c’était pour dire que les hommes n’avaient pas le droit d’y enfermer Dieu, ni dans le temple, ni dans la Loi, ni dans leur morale. Il a laissé entendre que le seul Temple de Dieu c’était son corps et que l’amour est le lien de la perfection.

Nous approchons de la Vérité quand nous réalisons que le bon droit n’existe pas, ni le droit du sol ni le droit du sang ni le droit d’aînesse, ni aucun droit prétendument acquis. La Vérité nous approche tout doucement de Dieu et lui donne des visages qui ne lassent pas de nous surprendre.

La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité absolue parmi les hommes, la seule vérité absolue n’est qu’en Dieu. C’est d’elle que dépend la vie nouvelle vers laquelle nous marchons, mais pour y accéder, la mort doit faire son œuvre de destruction en nous. La révélation en Jésus Christ nous permet de dire que Dieu se montre en vérité dans la résurrection qu’il nous promet. C’est ce que le saint Esprit nous dit et qu’il nous demande de partager comme une bonne nouvelle.

Aurait-on idée d’inquiéter ceux qui pensent différemment, pourrait-on oser les molester ou les persécuter? On l’a fait et on continue à le faire et pourtant la seule chose que le Christ, qui nous l’a révélé nous demande, c’est d’aimer cette vérité que nous ne possédons pas jusqu’à mourir à cause d’elle, car notre seule défense si elle est contestée, c’est de mourir pour elle et non pas de faire mourir à cause d’elle.

Mais nous n’en sommes pas là aujourd’hui. Dans ce monde moderne où on nous promet le bonheur à venir grâce aux vérités que nous savons, soyons assez sages pour les prendre comme elles sont. Elles sont le produit de la sagesse et de l’intelligence humaine, elles ont des limites et ne portent en elles aucune valeur définitive. Il nous faut garder en mémoire que dans le monde des mortels où nous sommes, il n’y a aucune vérité absolue, pas même sur Dieu. Nous l’approchons grâce à Jésus Christ, et nous essayons de mettre en pratique ce que nous avons compris, mais nous n’avons aucune prise sur elle. Quant à Dieu lui-même, il attend que nous soyons de l’autre côté pour nous révéler la vérité dans sa totalité.