mercredi 26 février 2020

Matthieu 4/1-11 la tentation, dimanche 1 mars 2020


Tentation de Jésus-Christ Matthieu 4:1-11



1 Alors Jésus fut emmené par l'Esprit dans le désert, pour être tenté par le diable. 2 Il jeûna quarante jours et quarante nuits, puis il eut faim. 3 Le tentateur s'approcha et lui dit : Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. 4 Jésus répondit : Il est écrit : L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.


5 Le diable le transporta dans la ville sainte, le plaça sur le haut du temple 6 et lui dit : Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas, car il est écrit : Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet ; Et ils te porteront sur les mains, De peur que ton pied ne heurte contre une pierre.
7 Jésus lui dit : D'autre part il est écrit : Tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu
8 Le diable le transporta encore sur une montagne très haute, lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire, 9 et lui dit : Je te donnerai tout cela, si tu te prosternes et m'adores. 10 Jésus lui dit : Retire-toi Satan ! Car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et à lui seul, tu rendras un culte.


11 Alors le diable le laissa. Et voici que des anges s'approchèrent de Jésus pour le servir.





Jésus n’a pas échappé à la tentation. Il a été tenté et le tentateur n’a pas eu le dessus sur lui. 



Si Jésus n’a pas trébuché quand le mal s’en est pris à lui, il est certain qu’il sera d’un profond secours pour nous, quand nous subirons les effets de la tentation. Et la tentation nous guette continuellement.



Présenté comme il l’est, le texte nous entraîne à imaginer je ne sais quel combat héroïque digne d’une grande production Hollywood où Le Fils de Dieu combattrait physiquement le démon un peu à l'image de "Super Man". Une telle description correspond au style de l’époque. Il nous faut la dépasser si l’on veut comprendre quelque chose.



En fait ce texte n’a pas été écrit pour parler à notre imagination. C’est à notre raison qu’il s’adresse. Il rassemble en un seul récit héroïque  toutes les fois que Jésus a été enté dans sa vie. Il nous interpelle au niveau de notre foi. Il nous invite à considérer notre vie en tenant compte de toutes les situations où nous sommes tentés nous-mêmes. Il nous est dit que Jésus a supporté lui aussi les mêmes épreuves, si bien qu’il est particulièrement apte à nous aider. Les épreuves qui nous attendent sont de trois natures.

- Elles concernent en premier lieu nos soucis matériels, car nous aimerions que Dieu fasse tourner la chance en notre faveur.

- Elles nous provoquent en deuxième point dans notre relation à Dieu. Nous

aimerions qu’il nous distingue d’une manière ou d’une autre à cause de notre foi et qu’il nous réserve un sort particulier grâce à elle.

- Elles nous interpellent ensuite dans nos désirs de pouvoir, parce que nous sommes nous aussi des êtres de pouvoir.



Même si le décor s’y prête, nous n’assistons pas ici à un combat de Titan que Jésus mènerait contre le prince des démons. Dans un décor digne d’un grand péplum nous voyons Jésus confronté aux mêmes difficultés que celles que nous rencontrons dans la vie. C’est la manière que l’auteur de l’Evangile a choisi pour nous dire que Jésus nous soutiendrait fidèlement dans toutes les tentations puisque lui aussi les a subies avant nous. Il nous indique aussi comment reconnaître la volonté de Dieu dans les choix ou les provocations que la vie nous propose.



Ce  qui est important ici, c’est la manière dont Jésus affronte cette tentation et c'est ce qui l’accrédite comme Fils de l’homme. C’est à ce titre qu’il peut se présenter comme un partenaire efficace que Dieu place sur notre chemin pour nous aider à surmonter nos épreuves et à nous tenir devant Dieu debout comme des êtres responsables.



L’homme Jésus est tenté comme n’importe lequel d’entre nous, dans ses besoins et dans ses désirs. La première tentation relève de ses besoins matériels. Il a faim. il a besoin de pain : « Ordonne que ces pierres deviennent du pain » recommande le tentateur. Jésus est alors tenté d’agir comme si la faim pouvait justifier les moyens. Il est tenté de succomber à la fatalité de la nécessité et de s’approprier le pain dont il a besoin sans se soucier du fait que l’on n’acquiert pas ce dont on a besoin, sans respecter certaines règles qui pourraient nous amener à faire un chantage à Dieu au nom de notre raison humaine.



Ainsi nous glissons doucement de la tentation de Jésus à la nôtre. Nous voilà renvoyés à notre situation de consommateurs. On ne consomme pas à n’importe quel prix, même quand on peut payer, car tout doit se faire en référence à Dieu. C’est ce que dit Jésus dans sa réponse au diable quand il dit qu’il faut chercher en Dieu seul la cause de notre action. : « L’homme ne vivra pas de pain seulement mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Cela veut dire que la plus modeste de nos actions ne peut se faire sans qu’on ait pris le temps de consulter Dieu.



C’est Dieu qui valorise les choses. Et il y a des choses qui devant Dieu prennent un tout autre prix. Il parait que le pain du pauvre fait partie de ces choses-là. Le pain que nous croyons manger légitimement aujourd’hui a parfois le goût amer des choses qui ont trop de prix ou qui ont n’ont pas de prix, au point que l’on a l’impression d’être coupable quand on en consomme. A quoi cela nous servirait-il de consommer si cela nous pousse à nous écarter de Dieu et à nous écarter des hommes ? C’est toute la société de consommation qui se trouve mise en cause.



La seconde tentation, consisterait pour Jésus à demander le secours des anges, si d’aventure il avait l’audace de sauter du haut du toit du Temple.  Cela consisterait à mettre Dieu au service de notre irresponsabilité sous couvert de la foi. C’est comme si je traversais la rue sans regarder, en pensant que Dieu me protège. Forts du principe selon lequel le salut ne nous est donné que par la grâce et par la grâce seule, nous nous permettons de vivre dans un univers dont nous chassons Dieu. Au nom du principe que je viens d’évoquer, nous espérons qu’il sauvera tous les hommes au dernier jour sans tenir compte de leur péché.





Il y a encore une troisième tentation à laquelle nous pensons le plus facilement échapper, c’est celle du pouvoir et de l’abus du pouvoir. Bien peu parmi nous en effet cherchent  à faire partie des élites et à dominer les autres. Mais est-il vrai que nous soyons si désintéressés par le pouvoir que nous confère par exemple, l’argent et que cela ne nous fascine pas? Quelle liberté avons-nous par rapport à l’argent et au pouvoir de consommer qu’il nous donne? Mettons-nous ce que nous gagnons ou ce que nous possédons à la disposition de la gloire de Dieu, ou commençons-nous plutôt à le mettre à notre disposition en profitant de ce qu’on appelle le pouvoir d’achat ?



Le pouvoir d’achat, c’est le pouvoir qui nous permet de consommer, c’est le pouvoir que nous donne l’argent ! C’était déjà le sujet de la première tentation et c’est ce qui nous permet de croire en consommant, que Dieu justifie notre bon droit et nous donne bonne conscience, c’était aussi la deuxième tentation.



Ces trois formes de tentations se rejoignent car elles consistent toutes les trois à satisfaire notre égo et à le mettre en valeur. La tentation suprême sera donc de croire que Dieu y trouve son compte, parce que nous nous permettons au nom de notre pouvoir d’achat de faire des générosités pour lesquels nous croyons que nous sommes capables d’échapper à l’égoïsme que l’on reproche aux autres de manifester. Que faut-il faire alors ? S’enfermer dans un monastère et vivre de pauvreté et de prière. Nous savons que cela n’a servi à rien à Luther. Il avait besoin d’air pour respirer c’est pourquoi, il a senti le besoin d’affronter les tentations de la vie pour pouvoir exister.



Dieu ne se satisfait pas de nos attitudes auto-culpabilisantes qui consistent, sous prétexte de lui plaire, à toujours nous abaisser et à ne jamais nous valoriser ! Ce serait là encore une nouvelle tentation, celle de croire que nous pourrions plaire à Dieu en nous sacrifiant nous-mêmes au mépris de nos valeurs personnelles dont Dieu a besoin pour mettre en valeur sa création. Il est faux de croire que Dieu nous demande de toujours nous rabaisser, de renoncer à tout pouvoir et de ne pas profiter de l’argent que nous gagnons.



Il a mis en nous assez de sagesse pour que nous sachions discerner où est la vérité qui nous concerne. Rien ne peut se faire sans que nous l’ayons respectueusement consulté. C’est à son contact que nous apprenons à distinguer le bien du mal et que nous agissons en courant le risque de nous tromper. La pire des tentations serait de croire que nous ne sommes pas des êtres de discernement, que nous sommes incapables de faire la part des choses et de distinguer le bien du mal. Cela est possible, mais à une seule condition : la présence constante de Dieu dans notre vie. Notre vie ne peut être en harmonie avec lui que si nous prenons le temps de mener sagement notre existence et de prendre nos décisions sous son regard. C’est là tout un art qui consiste à vivre selon l’Evangile. Il a fallu 3 ans à Jésus pour l’enseigner aux hommes, combien faudra-t-il à chacun d’eux pour le comprendre ?

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