jeudi 26 février 2009

Jésus chasse les marchands Jean 2:13-25 pour le dimanche 15 mars



Les vendeurs chassés du temple

13 La Pâque des Juifs était proche, et Jésus monta à Jérusalem. 14Il trouva établis dans le temple les vendeurs de bœufs, de brebis et de pigeons, et les changeurs. 15Il fit un fouet de cordes et les chassa tous hors du temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il dispersa la monnaie des changeurs, renversa les tables 16et dit aux vendeurs de pigeons : Ôtez cela d'ici, ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. 17Ses disciples se souvinrent qu'il est écrit : Le zèle de ta maison me dévore.
18Les Juifs prirent la parole et lui dirent : Quel miracle nous montres-tu pour agir de la sorte ? 19Jésus leur répondit : Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. 20Les Juifs dirent : Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce temple, et toi, en trois jours, tu le relèveras ! 21Mais il parlait du temple de son corps. 22Quand il fut ressuscité d'entre les morts, ses disciples se souvinrent qu'il avait dit cela et crurent à l'Écriture et à la parole que Jésus avait dite.
23Pendant que Jésus était à Jérusalem, à la fête de Pâque, plusieurs crurent en son nom, à la vue des miracles qu'il faisait, 24mais Jésus ne se fiait pas à eux, parce qu'il les connaissait tous, 25et parce qu'il n'avait pas besoin qu'on lui rende témoignage de quelqu'un ; il savait de lui-même ce qui était dans l'homme.








Insaisissable Jésus, On a beau s’approcher de toi, proclamer ton inaltérable amour, affirmer que tu es le Fils de Dieu et que tu parlais déjà par les prophètes. On a beau proclamer que tu es notre Sauveur, tu nous surprendras toujours et tu seras toujours insaisissable. Toi qu’on se plaît à classer parmi les doux rêveurs, voila que l’Evangile de Jean, le plus tendre des quatre te montre dans son deuxième chapitre les armes à la main et te décrit provoquant d’un geste iconoclaste les paisibles vendeurs qui faisaient religieusement leur travail en permettant grâce à leur commerce que le culte sacré se déroule normalement.

Les autres évangiles, Matthieu, Marc et Luc n’ont pas supporté que Jésus commence son ministère comme un exalté, pourfendeur de torts, ils ont relégué cette scène gênante à la fin de leur récit en l’incluant dans la liesse de l ’épisode des Rameaux et les violences des récits de la Passion.

Jésus sait que sa mission consiste à introduire dans l’esprit de ses contemporains une nouvelle manière de voir les choses. Il sait aussi que ce qui est nouveau est toujours provocant, même si cela vient de Dieu. Le simple fait de provoquer contient déjà en soi une certaine violence. Jésus ne se voile pas la face. Il sait que son attitude sera cause de malentendus et de violences. Il donne par son geste le ton de son Evangile, qui malgré sa douceur sera fait de violence contenue. Malgré tout, Jésus reste maître de lui. Il contrôle toujours la situation qu’il déclenche, et c’est en toute conscience qu’il déclenchera la violence contre lui au soir du vendredi saint, et qu’il sera lui-même cause de sa propre mort.

Mais pourquoi s’en prend-il au temple? Il parlait du Temple de son corps dira le commentateur, ce corps sera tellement violenté qu’il mourra disloqué. Mais ce n’est pas une raison pour s’en prendre ainsi au Haut Lieu de la piété juive même si l’Evangéliste établit un lien entre le Temple et son corps! On a pensé que Jésus voulait, par ce geste prophétique annoncer la destruction du temple quelques 40 ans plus tard, parce qu’il était un obstacle à la nouveauté que Jésus était venu apporter. Il est tout à fait vraisemblable que Jésus ait prophétisé la chute du temple, mais la chute du temple n’était sans doute pas nécessaire pour la suite des événements. l’Eglise n ’avait pas besoin de sa destruction pour s’épanouir et partir à la conquête du monde, elle était déjà bien agissante quand la chute du temple se produisit. Son enseignement avait atteint déjà les limites de l’empire au moment où l’événement se produisit.

Je me refuse à croire que Dieu aurait pu vouloir les horreurs de la guerre des juifs qui causèrent la destruction du Temple. Dieu n’a pas programmé et ne programme pas les atrocités dont les hommes sont les auteurs et dont ils se déculpabilisent en laissant croire aux générations suivantes que Dieu aurait quelque chose à voir dans les violences dont eux seuls sont responsables. Il y a des hypocrisies qu’il faut dénoncer avec force, pour ne pas laisser croire que Dieu pourrait donner du sens à toutes les bassesses et à toutes les vilenies humaines sous prétexte que sa gloire le réclamerait.

La gloire de Dieu se trouve ailleurs, c’est ce que nous essayerons de dire dans ce sermon. Même si Jésus pensait que le Temple viendrait à disparaître, et même s’il l’a dit, il n’a jamais revendiqué, même prophétiquement, les horreurs qui ont été faites à ce moment là. On pourra dire la même chose de toutes les horreurs dont on voudrait encore aujourd’hui que Dieu soit la caution.

Si Jésus s’en prend au Temple, c’est parce qu’il représente une réalité incontournable pour ses contemporains. Il est considéré comme le lieu où Dieu se fait le plus proche. C’est à cause de cela que nous sommes concernés, car nous cherchons toujours des moyens pour nous approcher de Dieu tout en évitant d’être trop près de lui. Le Temple permettait cela. Il était le lieu de la présence de Dieu, mais Dieu restait caché. Le rite du sacrifice qui permettait de l’approcher ne pouvait s’accomplir que par le ministère du prêtre. Ainsi on pouvait obtenir la purification de ses péchés par les sacrifices, tout en gardant ses distances par rapport à Dieu.

De tout temps les hommes ont vécu dans la crainte de tomber vivant dans les mains du Tout Puissant, c’est pourquoi, dans le Christianisme primitif, mais aussi dans le Christianisme contemporain se sont développés des pratiques qui permettaient de garder ses distances par rapport Dieu. C’est une des raisons d’être du culte des saints et du culte de la Vierge. Plus les cultes intermédiaires prennent de place dans la piété, plus Dieu devient lointain moins on le redoute.

Les Protestants qui se gaussent avec suffisance, et ce moquent de ces pratiques se protègent de la proximité de Dieu en se cachant derrière une culpabilité telle qu’elle maintient entre Dieu et l’homme une distance que le péché sans cesse pardonné rend rassurante. Bien qu’elle se présente d’une manière tout à fait opposée, la théologie du salut universel ou celle de la réincarnation, tant prisée aujourd’hui, sont autant de manières de limiter l’influence de Dieu et de le rendre plus lointain.

C’est sur ces considérations que nous rejoignons Jésus qui chasse à coups de balai tous ces intermédiaires qui ont pour tâche de réduire l’intensité de la présence de Dieu et d’adoucir sa proximité. Comme si Dieu avait besoin d’être adouci! Comme si Dieu était redoutable ! Comme si notre péché était tellement grand qu’il en deviendrait impardonnable et qu’il fallait craindre le jugement implacable de Dieu ! Jésus s’en prend donc violemment à tout ce qui pouvait faire barrage à l’amour et la miséricorde de Dieu. Dieu ne voulait plus, et il ne l’a jamais voulu d’ailleurs, que le sentiment de culpabilité des hommes soit une entrave à la bonne entente entre lui et nous. Dieu a d’autres problèmes à régler que ceux qui concernent les manquements à sa dignité ou à la transgression de sa loi. Dieu a le monde à gérer et il ne veut pas le faire sans nous.

La nouveauté que Jésus apporte, c’est que nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde que Dieu. Nous faisons des blocages dans nos comportements parce que nous considérons que nos imperfections sont des obstacles insurmontables pour une bonne collaboration avec Dieu. Or Jésus nous enseigne que ces imperfections, Dieu les connaît bien, puisque qu’il nous a créés ainsi. Ce qu’il cherche c’est à trouver des collaborateurs assez réceptifs pour entrer avec lui dans sa vision du monde. Dieu nous demande donc de ne pas nous encombrer de notre péché, car il s’en charge. Il nous demande, avant tout, de le rejoindre dans ses projets concernant le monde, car les choses du monde ne vont pas dans le sens où il le souhaite. C’est l’intérêt, la cupidité, l’égoïsme, l’avidité, les privilèges qui gèrent le monde. Et Jésus veut que ça change. C’est pourquoi, Jésus par son action inaugure le changement. Jésus supprime les distances et permet ainsi aux hommes que nous sommes d’entendre Dieu nous dire : « je t’aime et j’ai besoin de toi pour gérer ce monde ».

Mais bien entendu, c’est la gestion du monde qui nous inquiète car nous réalisons bien que le monde continue à sombrer dans une folie qui risque de le conduire à sa perte. Face à la science et la technique, les hommes réagissent plus par crainte que par raison. Et voilà que l’argent, qui est le nerf de la guerre sombre à son tour dans la folie. Personne ne sait plus équilibrer les finances du monde et les déséquilibres provoqués par l’argent deviennent intolérables. Notre société prend peur des étrangers qui habitent sur son sol bien que se soient eux qui lui apportent sa prospérité. Nul ne sait plus gérer le trop plein d’amour que Dieu a mis au cœur de l’humanité pour donner du sens aux choses, c’est pourquoi les actes, mêmes les plus généreux, sont perçus comme des actes de pure folie pratiqués par des êtres exceptionnels dont on admire l’élan prophétique mais qui ne font pas avancer les choses.






C’est à cause de ça, que Jésus s’est permis d’être violent, pour que nous cessions d’être violents envers les choses du monde. Il commence son ministère par une action ambiguë qui à mon avis est à sa place au début de l’Evangile, à cause de tout ce que nous avons dit. Par prudence, les autres évangiles l’ont mis à la fin pour qu’elle choque moins et soit amalgamée aux violences finales. Pourtant, la nouveauté de l’Evangile fait violence aux consciences et implique que nous quittions les lieux communs des traditions pour accepter sans crainte le face à face avec Dieu. C’est alors que toutes choses deviendront nouvelles

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