vendredi 12 octobre 2012

Marc 12:28-34


.Marc 12 :28-34 Le premier de tous les commandements - dimanche 4 novembre 2012

28 Un des scribes, qui les avait entendus débattre et voyait qu'il leur avait bien répondu, vint lui demander : Quel est le premier de tous les commandements ? 29 Jésus répondit : Le premier, c'est : Ecoute, Israël ! Le Seigneur, notre Dieu, le Seigneur est un, 30 et tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ton intelligence et de toute ta force. 31 Le second, c'est : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n'y a pas d'autre commandement plus grand que ceux-là.

32 Le scribe lui dit : C'est bien, maître ; tu as dit avec vérité qu'il est un et qu'il n'y en a pas d'autre que lui, 33 et que l'aimer de tout son cœur, de toute son intelligence et de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, c'est plus que tous les holocaustes et les sacrifices. 34 Jésus, voyant qu'il avait répondu judicieusement, lui dit : Tu n'es pas loin du royaume de Dieu. Et personne n'osait plus l'interroger.


Que serait le monde sans amour ? Les poètes l’ont chanté, les peintres l’ont représenté et notre tête est remplie de souvenirs d’amours passées qui subsistent peut être encore et qui enchantent notre mémoire. Sans amour, l’humanité  disparaîtrait dans l’oubli et dans la mort. Comment pourrait-on vivre si personne n’éprouvait l’ombre d’un sentiment pour nous ou si nous n’éprouvions aucun sentiment pour personne. Jésus a bien vu que les hommes ne peuvent vivre sans l’amour qu’ils échangent avec leurs semblables, c’est pourquoi à la demande d’un jeune scribe sympathique il a extrait des 613 articles de la loi deux commandements  dont l’un parle de l’amour de Dieu et l’autre de l’amour du prochain.

L’amour est un sentiment que l’on a du mal à analyser. Il provient du plus profond de nous-mêmes et fait vibrer notre âme d’une manière exquise sans que l’on sache vraiment quels en sont les causes. Cependant chacun de ses  effets embellit tellement la vie  qu’elle se trouve radicalement transformée. L’amour  fonctionne comme un moteur qui fait avancer notre vie sur la voie du bonheur. Il se cache dans tous les recoins de l’être et arrache de notre cœur des sentiments d’extase et d’exaltation pour une autre personne qui ne provoque apparemment pas les mêmes émotions chez les autres. Au lieu de s’en tenir à ces constatations bucoliques,  les chercheurs ont voulu aller plus loin et ils ont édulcoré la beauté du sentiment. Ils ont parlé de phéromones et d’autres substances chimiques qui seraient à l’origine du phénomène. Mais peu importe, contentons-nous de constater que ce phénomène fonctionne et que nous profitons de  ses effets.

L’Amour  n’est pas seulement suscité par d’autres personnes au contact desquelles nous nous trouvons. Il peut être provoqué en nous par toutes sortes de choses. C’est ainsi qu’on aime certaines musiques, qu’on s’attache à certaines peintures, que l’on apprécie le confort d’une maison ou d’une voiture, c’est pourquoi on se laisse aller à dire  que nous aimons tel objet, voire même telle situation. Ce sentiment s’empare tellement de notre vie qu’on arrive même à ne plus l’écrire ou le décrire. On  a fini par le représenter  par des icônes en forme de cœurs. On l’imprime même sur nos tees shirts pour dire que l’on ne peut vivre sans amour.

Conscients de la nécessité de ce sentiment et du bien qu’il nous procure, nous nous engageons cependant sur les chemins de la vie en laissant sur notre passage des sentiments d’indifférence, d’hostilité ou de haine qui mettent à mal  toute cette quiétude que nous venons d’évoquer. Nous nous comportons  comme si nous avions comme un malin plaisir à  abimer ce qui nous fait du bien.  Nous véhiculons sur notre passage des comportements qui désenchantent notre vie, alors que tout devrait fonctionner  pour la rendre  belle et ouverte à l’avenir. On a donc raison de dire que l’homme est un être bizarre qui connaît la marche à suivre pour être heureux mais qui délibérément en utilise une autre.

Ce serait aller un peu vite en besogne que de dire que tout cela est la cause du péché, même si nous serons amenés à  considérer à la fin de notre propos que c’est la seule réponse possible. Il me semble avant tout que l’on exclue de notre comportement celui qui, à l’origine, est l’inventeur de l’amour : Dieu. En effet, quand on prononce le nom de Dieu, ce n’est pas  au sentiment d’amour que l’on pense en premier, sauf exception.  Quand on pense à Dieu, on fait référence  à des notions de toute puissance, de création, de péché, mais  on ne pense au mot «amour» que si on est un pratiquant de la foi chrétienne, et encore ce sentiment n’arrive pas en tête dans l’ ordre des valeurs concernant Dieu.

Or Jésus va consacrer toute sa vie à nous dire  que ce sentiment doit être premier et qu’il ne peut y avoir de relation à Dieu sans amour.  C’est par là que l’on doit commencer quand on veut parler de Dieu aux hommes. Pourtant, la plupart du temps, ce n’est pas par-là que l’on commence. Où est  donc l’origine de ce  dysfonctionnement ?

C’est sans doute notre tradition qu’il faut incriminer parce qu’elle  présente les préceptes de la Bible comme des commandements. Elle considère que  la pratique de l’amour doit-être soumise à un ordre venu d’en haut : « tu aimeras » est-il dit. Or l’amour est un sentiment que l’on ne commande pas. On  ne peut nullement aimer sur ordre, même sur ordre de Dieu. On a cependant considéré depuis toujours que le terme de « commandement » était le mieux approprié pour parler de notre relation à Dieu. Pourtant, le Livre du Deutéronome parle plus volontiers de « paroles » que de « commandements ».  Ce mot de parole, derrière lequel se cache  le pouvoir créateur de Dieu, exprime  plus un souhait de sa part qu’un ordre. En effet, notre relation avec Dieu relève plus du désir de vivre ensemble que de l’obligation  de le faire. Notre désir se portera d’autant plus vers Dieu que nous nous sentirons libres de le faire.

Mais on ne change pas aussi facilement des siècles de tradition. Jésus s’y est attaqué en nous présentant Dieu sous un autre visage que celui du maître exigeant et contraignant. Il a préféré celui du Père aimant, soucieux du mieux-être de ses enfants, mais curieusement, les évangélistes qui nous ont rapporté son enseignement ont conservé un mot grec qu’il est d’usage de traduire par « commandement ». Nous ne dérogerons pas à cette règle à notre tour, mais nous nous souviendrons intérieurement que  Jésus en appelle d’abord à la qualité de nos sentiments envers Dieu et envers les autres.

A peine ce premier obstacle levé, en voici un autre qui se dresse sous nos pas. Il s’agit de ce celui provoqué par Dieu lui-même.  Jacques Brel dans une de ses chansons célèbres disait : « Que connais-tu de Dieu grand Jacques ?... Tu ne connais rien de lui. » Jacques Brel sans le vouloir avait soulevé un obstacle majeur. On ne peut aimer  Dieu que si on le connaît, or  on ne le connaît pas vraiment. Certes, on nous a parlé de lui, on nous l’a décrit comme un Dieu tout puissant et maître de l’univers,  un Dieu qui prononce le premier et le dernier mot de toute vie. Un tel Dieu provoque la crainte et le respect, mais ne suscite aucun sentiment d’amour. Pour l’aimer, il faut le connaître, pour le connaître, il faut le rencontrer.

Toute la Bible nous parle de rencontre avec Dieu. Ce fut d’abord celle d’Abraham qui parlait face à face avec lui. Ce fut aussi Jacob qui lutta avec lui ou Moïse qui le reconnut dans un buisson de feu. Une telle rencontre doit aussi devenir la nôtre. Elle peut se faire de mille façons, mais la plus part du temps, elle se fait dans l’intimité de sa vie personnelle. Cela peut avoir lieu dans le secret d’une descente  à l’intérieur de nous-mêmes, dans l’intimité de notre cœur, là où Dieu nous attend et développe avec nous une relation intime qui lentement devient de l’amour et nous rend dépendants l’un de l’autre.

Si cette vie intime avec Dieu nous comble de bien être, Jésus nous révèle que ça ne peut pas s’arrêter là et que l’amour avec Dieu perdra de sa vigueur au risque de s’éteindre définitivement   si nous ne l’accompagnons pas d’actes concrets à l’égard des autres. Ce sont ces actes qui réjouissent Dieu et qui alimentent son amour pour nous. C’est ce que Jésus nous rappelle dans le deuxième commandement. Le prochain devient pour nous celui en qui se réalisent nos gestes d’amour pour Dieu, car Dieu cache son visage derrière celui de ceux que nous rencontrons. Dieu et notre prochain confondent leur visage en un seul et Dieu ne peut être vraiment connu que dans la mesure où on l’a reconnu dans l’autre.

Quand Jésus nous demande d’aimer notre prochain, il ne nous demande pas de faire un effort particulier, il nous invite simplement à exprimer par des actes à l’égard des autres les sentiments que Dieu provoque lui-même en nous. L’amour des autres devient automatiquement la conséquence de l’amour que nous avons pour Dieu.

La réciproque n’est pas forcément vraie. Certains ont conservé par devers eux  une image tellement altérée de Dieu à cause des violences que les hommes pratiquent entre eux qu’ils peinent à  éliminer cette image que des siècles d’histoire leur ont transmise. Les guerres que les hommes se sont faites au nom de Dieu et qu’ils continuent à se faire,  ont grandement  contribué à altérer son image si bien  que ces gens  peuvent aimer les autres sans que cet amour fasse naître en eux un sentiment pour Dieu. Il nous faut donc travailler à rendre crédible cette image de Dieu qui abandonne sa toute- puissance au profit de sa relation paternelle avec chacune et chacun de nous. Si par contre,  notre relation avec les autres hommes n’est pas bonne et se détériore, c’est que notre relation à Dieu n’est pas bonne non plus. Notre relation avec les autres s’améliorera forcément du fait que nous nous attacherons à améliorer notre relation à Dieu.

Illustrations : Gustav Klimt : le baiser

Aucun commentaire: