vendredi 11 décembre 2015

Luc : 40-52, Jésus à 12 ans dans le temple dimanche 27 décembre 2015




Luc 2 :40-52 Jésus et les docteurs du Temple Dimanche 27 décembre 2015


40 Or l'enfant grandissait et devenait fort ; il était rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.

41 Ses parents allaient chaque année à Jérusalem, pour la fête de la Pâque.
42 Lorsqu'il eut douze ans, ils y montèrent selon la coutume de la fête. 43 Puis, quand les jours furent achevés et qu'ils s'en retournèrent, l'enfant Jésus resta à Jérusalem, mais ses parents ne s'en aperçurent pas. 44 Pensant qu'il était avec leurs compagnons de voyage, ils firent une journée de chemin et le cherchèrent parmi les gens de leur parenté et leurs connaissances. 45 Mais ils ne le trouvèrent pas et retournèrent à Jérusalem en le cherchant. 46 Au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des maîtres, les écoutant et les interrogeant. 47 Tous ceux qui l'entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses. 48 Quand ils le virent, ils furent ébahis ; sa mère lui dit : Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Ton père et moi, nous te cherchions avec angoisse ! 49 Il leur répondit : Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que j'ai à faire chez mon Père ? 50 Mais ils ne comprirent pas ce qu'il leur disait. 51 Puis il descendit avec eux à Nazareth ; il leur était soumis. Sa mère retenait toutes ces choses.
52 Et Jésus progressait en sagesse, en stature et en grâce auprès de Dieu et des humains.



Nous ne savons rien de la jeunesse de Jésus si non qu’un jour au cours du pèlerinage traditionnel de la Pâques il s’est attardé dans les écoles rabbiniques  sous les portiques du temple et  qu’il a raté  le départ de la caravane. Erreur qui aurait  pu lui être  fatale car les routes sont dangereuses sur le chemin du retour pour un enfant seul, mais son père et sa mère veillaient.

Si nous faisons abstraction du fait que cette aventure est arrivée à Jésus et que nous imaginions qu’elle ait pu arriver à n’importe quel gamin qui ne serait pas Jésus, nous aurions certainement un autre regard sur l’événement. Au lieu de regarder la chose avec un a priori favorable, comme nous le faisons, puisqu’il concerne Jésus, nous le verrions sous un autre regard. Les parents d’un tel gamin se poseraient des tas de questions et chercheraient ce que cette attitude pourrait bien signifier :


Une fugue? un acte d’insoumission, un désir d’indépendance, une révolte contre son père et  sa mère ou pire une forme de délire mystique poussé à son paroxysme qui rendrait les parents encore plus inquiets. Mais puisqu’il s’agit de Jésus, tout va bien!

Je retiendrais pour ma part une première leçon de ce texte : Jésus a manqué le départ de la caravane qui devait le ramener  à son village, le lieu où il vit normalement entre son père et sa mère, où il apprend un métier et où plus tard il sera un artisan respecté et à n’en pas douter un notable. En manquant le départ, c’est à tout cela qu’il semble tourner le dos. Le chemin  qu’il doit suivre pour accomplir sa propre vie ne semble pas être celui qui paraît  évident  pour les autres. Il  le rate volontairement car les affaires de son Père le retiennent ailleurs dit-il. Il faut entendre par là que le service de Dieu prend priorité dans sa vie par rapport à l’ordre social normalement établi.

Je ne peux cependant m’empêcher de partager l’inquiétude de ses parents et de tous les parents qui n’ont qu’un souci: celui que leur enfant prenne le bon départ, qu’il parte d’un bon pied dans la vie, et qu’il suive la caravane de son existence qui devrait l’amener sans encombre à sa vie d’adulte. C’est sans nul  doute  ce raisonnement  que nous faisons tous pour nos enfants. Quant à Jésus, il ne veut pas entrer dans l’ordre établi. Ce n’est certainement pas le système éducatif de son temps qu’il conteste mais c’est la vision de ses parents concernant l’avenir. Quel avenir pour leur enfant et pour eux? Et à cette question  que ne manquent pas de se poser les parents de Jésus fait écho la même question que nous nous posons à notre tour : Quel avenir pour nos enfants et pour nous-mêmes. Quels souhaits formuler en cette aube de 2016?

C’est cette question qui va alimenter notre méditation, et nous allons garder cet épisode de la vie de Jésus comme support à  notre réflexion. Nous entrons dans une nouvelle année avec une quantité de questionnements sur l’avenir,  sur l’humanité en danger qui subit les fantaisies d’une planète qui se réchauffe, sur nous-mêmes et sur nos enfants, sur l’Église également dont nous ne cernons plus très clairement les contours.  Nous nous demandons, nous les chrétiens fidèles, s’il peut-il y avoir un avenir sans l’Église, sans les Églises, sans l’Eglise unie, sans nos pasteurs, sans nos fidèles. Nous nous inquiétons  à cause de  ces courants religieux nouveaux qui reprennent des mythes anciens et qui  nous bousculent  par leur dynamisme.  Ont-ils une part de vérité? Nous nous inquiétons car un petit nombres d'enfants et de jeunes vivant sur notre sol sont fascinés par la mort, par le désir de tuer les mécréants et de mourir avec eux.

Nous osons à peine formuler ces questions aujourd’hui, car nous ne leur trouvons aucune réponse logique.  Le monde nous déroute et nos enfants aussi. Leurs comportements mais surtout leurs pensées et leurs projets nous donnent à redouter qu’ils aient raté le départ de la caravane dans laquelle nous étions engagés avec eux. Les parents de Jésus ont du quitter la caravane pour venir rejoindre leur fils. Nous aurions tous fait la même démarche !  Marie et Joseph quittent leurs compagnons de route et retournent seuls, par des chemins dangereux à la recherche du gamin et le retrouvent. Même s’ils ne comprennent pas  ce qui s’est passé, ils osent croire cependant que ce n’est pas si grave. Dieu les a conduits  à travers les dangers  et ils ont retrouvé le chemin de leur maison. Ils ont compris que  leurs fils a choisi d’autres voies que celles qu’ils avaient prévues.

Dans ce passage en compagnie de Jésus nous avons rejoint la modernité de ce temps et le quotidien de beaucoup d’entre nous. Nous nous inquiétons ce matin sur le devenir de nos enfants et sur l’avenir du monde et nous nous interrogeons sur  la pertinence de nos comportements. Nous découvrons  que les sécurités que le monde moderne nous propose ne sont pas forcément porteuses d’avenir. Les constructions humaines ne sont pas porteuses de ce que sera demain. On continue à dire  aujourd’hui que nous construisons la société de demain, mais ce qu’on ne nous dit pas, c’est quelles sont les valeurs  déterminantes  d’aujourd’hui qui décideront  d’une société vivable pour les générations futures. Il est notoire  que les urbanistes et les sociologues d’hier n’ont pas su prévoir ce qui nous menace aujourd’hui. Ils  n’ont pas su corriger ce qui nous mettrait en péril.  On a négligé, dans le système qui prévaut aujourd’hui, que  c’est l’intérêt du prochain qui doit avoir priorité sur tout.

Puisque les hommes n’ont pas su gérer les choses, il n’est pas inconvenant de  s’interroger pour savoir si Dieu n’a pas quelque chose à nous dire, c’est pourquoi nous rejoignons Jésus au temple pour considérer ce qui se passe avec les vénérables maîtres de la Loi sous le portique de Salomon.

Nous découvrons que c’est Jésus qui mène le jeu des questions et des réponses et que ce sont eux qui sont étonnés.  Il me semble que par sa manière de les interroger ou de leur  répondre, Jésus les amène à découvrir que leur science biblique et théologique ne contient pas toutes les réponses et toutes les questions que Dieu pourtant avait révélées de longue date. La  pratique de la religion  et le respect de la loi elle-même  doivent céder le pas et laisser la priorité   au souci du prochain. Ce sera le fondement de l’enseignement que Jésus développera  quand il deviendra adulte. C’est pourtant  ce qui a largement été  oublié dans la construction du monde actuel.
 
Ce qui fascine les maîtres de la Loi, c’est l’intelligence avec laquelle Jésus répond à leurs questions. L’intelligence dans l’Écriture n’est pas seulement d’ordre intellectuel, elle est aussi d’ordre spirituel. Il s’agit de l’action conjuguée de notre capacité à réfléchir et de l’Esprit de Dieu qui travaille en nous. Jésus ne nous enseigne pas à chercher des réponses toutes faites ou prédéterminées par Dieu, car Dieu nous laisse la liberté de construire le monde de demain. Il nous a donné une  seule feuille  de route que les hommes  connaissent  fort bien et qu’ils négligent beaucoup, c’est le respect que l’on doit au plus faible. C’est en le mettant en pratique que le monde évoluera heureusement.

Bien qu’il soit de notre responsabilité de  construire l’avenir,  cela  ne peut se faire sans Dieu, car c’est lui qui nous donne l’intelligence des choses et le discernement. Dieu agit en nous pour nous aider à formuler des réponses toujours nouvelles à nos questionnements. Dieu nous inspire pour que le monde évolue dans le sens de l’intérêt de tous et  il nous résiste,  sans nous contraindre si nos pas ne vont pas dans le bon sens.

Jésus, déjà tout plein de la connaissance que Dieu a mis en lui, quitte la caravane du conformisme social. Il enseigne sans doute les vénérables maîtres à le faire aussi. Ils s’émerveillent, mais ils ne vont pas changer. Semblable aux sages d’Israël, les Églises d'aujourd'hui et la société où elles sont connaissent les impératifs que leur impose l’avenir, mais elles ne veulent abandonner ni leur confort, ni leurs avantages ni leurs privilèges !

Ceux qui jadis ont construit le monde d’aujourd’hui ont fait l’économie de Dieu, et nous en voyons les effets. Nous qui sommes  les constructeurs du monde de demain, nous sommes invités à le construire avec intelligence, c’est à dire en sachant que Dieu nous fait l’honneur  de nous inspirer pour l’inventer. Les projets de demain ne sont pas cachés dans les pages de la Bible ou de quelque Livre sacré, les projets de demain seront porteurs de l’avenir dans la mesure où avec intelligence nous discernerons dans quel sens le souffle de l’esprit nous emporte.

Il est donc opportun de ne pas se sentir obligé de suivre la caravane de l’ordre établi. Il nous faut  formuler  autrement les règles de notre évolution en y introduisant des  valeurs nouvelles qui seront faites d’amour et d’espérance. Le monde de demain n’a d’avenir qu’avec Dieu et Dieu ne travaille qu’avec les hommes de bonne volonté. Que celui qui a de l’intelligence essaye de comprendre !

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