mercredi 30 décembre 2015

Luc 3:15-22 le baptême de Jésus dimanche 10 janvier 2016



15 Comme le peuple était dans l'attente, et que tous se demandaient si Jean n'était pas le Christ, 16 il leur répondit à tous : Moi, je vous baptise d'eau, mais il vient, celui qui est plus puissant que moi, et ce serait encore trop d'honneur pour moi que de délier la lanière de ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit saint et le feu. 17 Il a sa fourche à la main, il va nettoyer son aire ; il recueillera le blé dans sa grange, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteint pas. 

.18 Jean annonçait la bonne nouvelle au peuple avec beaucoup d'autres encouragements.
19 Mais Hérode le tétrarque, à qui Jean faisait des reproches au sujet d'Hérodiade, femme de son frère, et au sujet de toutes les mauvaises actions qu'Hérode avait commises, 20 ajouta encore à toutes les autres celle d'enfermer Jean en prison. 

21Quand tout le peuple reçut le baptême, Jésus aussi reçut le baptême ; et, pendant qu'il priait, le ciel s'ouvrit, 22 et l'Esprit saint descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe. Et il survint une voix du ciel : Tu es mon Fils bien-aimé ; c'est en toi que j'ai pris plaisir.

La prédication de Jean laisse entrevoir le début d’une ère de paix, de partage et d’amour que Dieu est en train d’instaurer pour le bonheur des hommes. Mais qu’en est-il vraiment de ce Dieu auquel il se réfère comme un Dieu d’amour et que son successeur Jésus considérera comme son père?  Malgré les sentiments d’amour qu’on prête à Dieu, il n’est pas pourtant pas venu secourir le prophète annonciateur du Messie  menacé par Hérode. On le soupçonne aussi d’avoir laissé son propre fils mourir sur une croix pour sauver les hommes. On a prétendu qu’il a accepté ce mal pour provoquer un bien beaucoup plus grand. Dieu peut-il s’accommoder d’un moindre mal pour favoriser un bien plus grand? C’est ici la grande question que se pose le  christianisme  depuis deux mille ans. Nous allons essayer d’y répondre à propos de l’histoire de Jean Baptiste et de Jésus.

Le texte unit les deux hommes dans la même continuité spirituelle. Il s’achève sur le récit du  baptême de Jésus par lequel  Jean semble lui conférer  un droit de succession. Dans le même temps, l’ombre du tétrarque plane au-dessus de Jean annonçant sa mort prochaine. La mort de Jean semble arriver  en temps opportun pour laisser toute la place à Jésus. Si Dieu avait miraculeusement sauvé Jean, sa présence aux cotés de Jésus n’aurait-elle pas nuit à sa mission?  La question est bien évidemment sans réponse.  On peut cependant  se demander si Dieu n’a pas laissé faire pour que les choses se passent sans qu’il y ait interférence de l’un sur l’autre.

A partir de cette question, on peut   se demander si Dieu n’utilise pas parfois  certaines actions mauvaises menées par les hommes ou provoquées par la nature pour permettre qu’un mieux  s’installe parmi les humains afin de faire avancer l’histoire à sa guise.    Il nous faut donc approfondir la question pour savoir comment Dieu se situe. Gardons   la question en suspens pour l’instant et projetons-nous  trois ans plus tard au moment où Jésus lui-même fut mis à mort. On  a encore aujourd’hui l’impression pénible que Dieu aurait pu intervenir au lieu d’opposer un silence insupportable aux coups de marteau du bourreau clouant Jésus sur la croix.

Les Écrivains bibliques, n’ont pas commenté ce silence de Dieu lors de la mort de Jean, par contre, pour Jésus, ils ont laissé entendre que c’était écrit à l’avance et que la mort de Jésus aurait été bel et bien programmée par Dieu. En acceptant  de mourir d’une manière aussi infâme que celle qu’il a connue, Jésus se serait soumis à la volonté de son Père. 

Ce n’est pas parce que nous posons la question du silence de Dieu que nous allons la résoudre, mais elle va cependant alimenter notre réflexion pendant quelques instants. Est-il donc possible que Dieu se taise quand les hommes souffrent, et est-il possible qu’il tire un bien d’un mal qu’il aurait laissé faire? 

Beaucoup de croyants trouvent une réponse à leurs souffrances  dans une telle approche,  et acceptent  plus volontiers leurs souffrances s’ils pensent qu’elles entrent dans un projet de Dieu. Ils considèrent  que si Dieu laisse faire c’est que, dans sa bonté il a construit un projet    qui permettra que d’autres humains en éprouvent un mieux-être. Le malade qui souffre d’un mal incurable espère que son mal  permettra aux chercheurs de faire un pas de plus sur le chemin de la découverte d’un médicament ou d’un vaccin et que Dieu en lui donnant du courage pour résister dans la souffrance permet à la médecine de progresser. 

Le prophète Esaïe semble vouloir aller dans ce sens quand il campe le portrait du serviteur souffrant qui accepte sans protester qu’on lui arrache  la barbe ou qu’on agisse envers lui comme on le ferait d’un mouton que l’on traine à la boucherie (1). Les évangélistes en rapportant le récit sur la mort de Jésus ont vu en lui une figure prophétique du Messie agonisant pour sauver le monde.

On s’est tellement habitué à cette  explication qu’on  imagine mal qu’il puisse y en avoir d’ autres, car la souffrance pèse d’un tel poids dans notre existence et dans l’histoire des hommes qu’il faut bien l’intégrer dans un  projet divin, sans quoi la vie elle-même deviendrait inacceptable et la porte serait ouverte au désespoir et à la perte de la foi.  Il faut bien que les choses en soient ainsi sans quoi on n’aurait pas pu dire que l’Église s’est nourrie du sang des martyrs, car leur supplice,  loin de l’anéantir l’a faite progresser, comme si  la mort héroïque des témoins de Dieu avait nourri la foi des incroyants au point  qu’ils se convertissaient. C’est un fait  incontestable  que  les persécutions ont entrainé des actes de foi et des conversions. Mais était-ce inscrit dans le plan de Dieu? 

Jean Baptiste, et Jésus  après lui ont parlé d’un Dieu  d’amour. Ils n’ont pas cherché à instaurer une pratique religieuse basée sur la souffrance. Mais pour bannir la souffrance et l’injustice qui règnent sur le monde, n’a-t-il  pas   fallu que Dieu s’en mêle au prix de compromissions choquantes?

Face à un monde qui s’enlise dans l’injustice, Jésus n’a proposé qu’une seule porte de sortie, celle de l’amour et de l’altruisme. Il n’ignorait pas cependant qu’il rencontrerait plus  d’incompréhensions que d’adhésions.  Il savait, que ceux qui chercheraient à mettre ses préceptes en pratique en pâtiraient, mais  il savait aussi que son enseignement finirait par porter ses fruits, parce qu’il portait en lui une vérité qui émanait de Dieu, c’est pourquoi malgré  les souffrances des martyrs,  la foi chrétienne a réussi à gagner toute une partie du monde.

Le monde dans lequel vivait Jésus, comme le nôtre est un monde où la vie du plus fort  se nourrit de la vie des plus faibles. Nous  considérons comme une vérité fondatrice que  dans ce monde  les plus forts doivent se nourrir des  plus faibles. Cela entraine des injustices et  aussi  des souffrances. L’espèce humaine évolue dans ce milieu mais y participe aussi.  Or  depuis  que Dieu    est entré en contact avec les hommes, depuis qu’Abraham s’est senti personnellement interpelé par Dieu, Dieu a montré son désaccord avec  ce mode de vie  où la domination  des uns sur les autres aurait  force de loi.

Les prophètes ont  répercuté cette protestation de Dieu,  et c’est par leurs écrits qu’elle nous est connue. On trouve ainsi sous la plume d’Esaïe une prophétie étrange selon laquelle le lion  et le bœuf ensemble mangeront de la paille  (2). Ceux qui  ont reçu pour mission de parler au nom de Dieu se sont  laissés  aller à envisager un monde utopique où la violence sera proscrite et ne servira plus de règle pour gérer l’avenir. Loin d’envisager que la violence puisse   servir ses projets, Dieu inscrit l’absence de violence,  comme seule méthode possible pour gérer le monde selon sa volonté.  Ce projet prend déjà corps dans le baptême que Jean propose aux foules et dont il baptise Jésus. 

 Bien entendu, les ablutions de purification étaient déjà pratiquées dans le judaïsme, mais avec Jean et plus tard avec Jésus elles deviendront un rite d’adhésion à la foi. Le baptême va alors  remplacer la circoncision qui était caractérisée par une souffrance et une blessure du corps. Il remplacera aussi les sacrifices qui  eux aussi  faisaient souffrir les  animaux. Seul un peu d’eau suffira désormais à marquer l’entrée des hommes dans le projet de vie établi par Dieu à leur intention.  Toutes les souffrances requises par le passé  au nom de Dieu seront désormais abolies.

Tout se passe comme si Dieu se désolidarisait    définitivement  de toutes les formes que pouvait prendre la violence. Bien entendu, les souffrances subies par les hommes  n’ont pas Dieu pour cause, mais cela n’empêche  pas pour autant Dieu   de transformer en bien le mal causé par la souffrance. Il nous faut donc innocenter Dieu de la mort de Jean Baptiste ou de Jésus et de toutes les souffrances qui sont subies sur cette terre. Il nous faut donc expliquer l'implication de Dieu dans la mort de Jésus d'une autre manière que celle que nous admettons habituellement.  Dieu  combat le mal et ne l’utilise pas.

Dans cette longue  aventure de  la lutte de Dieu contre la souffrance, Jésus   prendra soin de rajouter un nouveau rite qui contient  peut être la clé de l'énigme : celui du partage. Il est tellement fort qu'il prendra par la suite une valeur  sacramentelle. Ce partage sera celui du pain et du vin qui sont les éléments de base de la nourriture. Ils ne nécessitent aucune violence pour les acquérir si non une violence sur soi-même puisque le partage est un rite d’amour   qui implique que l’on s’efforcera d’aimer ceux que l’on n’aime pas forcément. 

Ce geste d’amour ne nous est nullement imposé, il correspond à un élan du cœur vers Dieu et  implique notre accord sur sa manière de gérer le monde. Si le nombre des croyants se mettait  à augmenter nous pourrions augurer de la venue d’une ère de paix pour ce monde. L’avenir heureux du monde dépend donc de la manière dont  les croyants d’aujourd’hui sauront convaincre leurs contemporains de la justesse du projet divin pour ce temps et les encourager à y adhérer.

Illustrations Nicolas Poussin


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