dimanche 24 janvier 2016

LUC 9/28-36 La transfiguration - dimanche 21 févier 2016




28 Huit jours environ après ces paroles, il prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il monta sur la montagne pour prier. 29 Pendant qu'il priait, l'aspect de son visage changea, et ses vêtements devinrent d'une blancheur éclatante. 30 Il y avait là deux hommes qui s'entretenaient avec lui : c'étaient Moïse et Elie 31 qui, apparaissant dans la gloire, parlaient de son départ, qui allait s'accomplir à Jérusalem. 32 Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil. Réveillés, ils virent sa gloire et les deux hommes qui se tenaient avec lui. 33 Au moment où ces hommes se séparaient de Jésus, Pierre lui dit : Maître, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Elie. Il ne savait pas ce qu'il disait. 34 Comme il parlait ainsi, une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de crainte, tandis qu'ils entraient dans la nuée. 35 Et de la nuée survint une voix : Celui-ci est mon Fils, celui qui a été choisi. Ecoutez-le ! 36 Quand la voix se fit entendre, Jésus était seul. Les disciples gardèrent le silence et ne racontèrent rien à personne, en ces jours-là, de ce qu'ils avaient vu.

Notre  inconscient  véhicule l’idée que plus on s’élève dans les montages, plus l’air se  fait pur, plus les idées se font sereines, plus on se rapproche de Dieu. C’est en regardant vers les hauteurs que celui qui adresse sa prière à Dieu  au psaume 121 se sent plus près de son Seigneur. "  Je lève mes yeux vers les montagnes, d’où me viendra le secours ?" Il n’est donc pas étonnant, qu’ à la suite de Jésus, ses trois plus proches collaborateurs lui emboîtent le pas et s’élèvent avec lui vers les sommets. Dans leurs pensées, comme dans la nôtre, les sommets de la montagne  se confondent  sans doute avec les sommets de l’esprit. C’est sur ces sommets là, à n’en pas douter que Dieu nous  donne rendez-vous.

Les auteurs de l’Evangile ont suivi la trace  de quelques patriarches  qui eux aussi ont entrepris des montées mémorables dans des montagnes qui après leur passage devinrent sacrées. Ils y firent des rencontres particulières avec Dieu et leurs successeurs après eux en tirèrent des leçons telles qu’elles nourrissent notre âme encore aujourd’hui.

Rejoignons  donc le premier d’entre eux, Abraham cheminant solitaire avec ses deux serviteurs et son âne. Il gravissait les pentes de la montagne au sommet de laquelle Dieu l’attendait. Son fils  suivait aussi sans un mot. Isaac ne savait pas encore que Dieu avait convoqué son Père pour qu’il l’offre en sacrifie lui, l’enfant du miracle. Alors que le Père des croyants   montait lentement pour accomplir son destin, il se rendait compte que Dieu restait sourd à sa prière silencieuse. Il le  suppliait  secrètement d’interrompre cette ascension qui devenait un véritable supplice pour lui. Le vieillard, tout entier concentré dans  ses pensées trouvait que l’exigence de Dieu était bien dure  et qu’elle avait même dépassée la limite du supportable. Il montait toujours, recherchant plus la solitude que la compassion.

Sa femme était restée seule en bas,  sous la tente dans l’ignorance de ce qui se tramait. C’était entre Abraham et Dieu que tout se jouait  maintenant, c’est pourquoi il laissa ses serviteurs au pied de la montagne avec l’âne. Il montait toujours vers son Dieu qui lui réclamait son fils.

Arrivé au sommet, Dieu n’était pas au rendez-vous ! En tout cas Abraham ne le voyait pas. C’est au moment où  il se préparait à faire le geste fatal qu’il réalisa qu’il n’avait rien compris.  Si Dieu lui demandait la vie de son fils, ce n’est pas de sa mort qu’il parlait. Il lui demandait qu’il lui confie  son fils pour le faire vivre. Il comprit alors, que depuis toujours il avait méconnu ce Dieu qui était son ami. Il y eut comme un sursaut de joie  dans sa tête  quand Dieu arrêta son bras et que la lumière se fit en lui. Il comprit que Dieu avait fait monter son fils avec lui, non pas pour le faire monter sur l’autel du sacrifice  mais pour le faire monter vers lui  afin de le prendre dans  son cœur  pour le faire vivre de son amour.  

Pierre Jacques et Jean montaient  à la suite de Jésus. Leur esprit n’était certainement pas encombré  par  les  mêmes soucis que ceux qui avaient agité les pensées  d’Abraham. Ils espéraient sans doute  rencontrer Dieu sous  un aspect qu’ils ne connaissaient pas encore, mais qu’ils ne pouvaient encore  imaginer. Longtemps avant eux, et c’était encore dans la mémoire  de tous, Moïse avait gravi une montagne, plus redoutable que celle-ci,  où grondait  le tonnerre et dont le front se perdait dans les nuages. Le Dieu qui l’habitait s’annonçait comme le créateur de l’univers, il prétendait dominer les autres dieux et s’imposait à eux. Il demandait l’adoration de tous et réclamait la soumission à  sa loi.

C’était justement pour  recevoir cette loi de ses mains divines que Moïse avait entreprit de gravir la montagne.  Lui aussi avait laissé ses compagnons en chemin et avait achevé l’ascension solitaire. Au sommet il recueillit les précieuses tables gravées en lettres de feu  par le doigt même de Dieu. La première proclamait l’unité de Dieu et réclamait son respect et son adoration. L’autre table, semblable à la première, insistait sur  le souci que l’on doit avoir pour les autres, à commencer par ses proches. Ces préceptes demandant l'amour du prochain avaient la même valeur que  ceux  concernant Dieu. Celui-ci confondait en un même commandement l’adoration que chacun lui doit avec  le service que chacun doit rendre à tous ceux qui l’entourent pour que leur vie  devienne possible et féconde.  C’était encore à une célébration de la vie que Moïse était invité.  Avec l’histoire de Moïse en mémoire nos marcheurs  poursuivaient  leur route sans crainte ?

Leur rencontre avec Dieu allait-elle se faire de la même façon qu’elle s’était faite, jadis  pour Élie, le prince des prophètes. Lui aussi avait  fait une expérience semblable ? Un croutons de pain dans la poche, une gourde d’eau à son côté, Il  avait marché solitaire, pendant  quarante jours. Il  fuyait la colère de la reine Jézabel qui en voulait à sa vie. Il gravissait lui aussi,  la montagne à la recherche de Dieu. Arrivé au somment il ne le vit pas. Il n’était ni dans le vent, ni dans la tempête, comme le récit de Moise l’avait laissé entendre. Il ne se cachait pas non plus, dans cet horizon fascinant qui s’étendait à l’infini. Sans doute fut-il aussi tenté de le chercher dans le coucher du soleil dont le rougeoiement sur le soir, embrase l’horizon et nous plonge dans des ravissements ineffables ?  C’est au fond d’une grotte, le visage couvert de son manteau  qu’il se rendit attentif au souffle d’un faible zéphire  dans lequel Dieu se cachait.  C’est  ainsi qu’il se révéla à lui.

Certainement c’est pour nous rentre témoignage de quelque chose qui le dépasse que l’Évangéliste nous entraîne  dans cette aventure à la suite des trois amis de Jésus qui le suivent dans son ascension. Jésus devant, les disciples ensuite et nous derrière  

Ne soyons pas étonnés  si l’expérience de Moïse et d’Élie se renouvelle  et si nous prenons part nous aussi à la vision  à laquelle ils participent. En arrivant  au sommet, ils voient les deux patriarches qui les ont précédés sur la montagne car leur aventure est partie prenante de ce que Jésus a à leur dire, c’est un enseignement par l’intuition  et non par les mots qu’il leur donne.  L’expérience de Moïse et d’Elie devient leur histoire et devient la nôtre en même temps. Une nuée enveloppe les trois apôtres  ainsi que le Seigneur, puis elle nous  enveloppe, nous  aussi à notre tour. L’extase va-t-elle se prolonger ? Non, il faut redescendre vers les hommes et se taire, car l’expérience vécue par eux leur est propre.  Chacun  à son tour fera la sienne.

Ils savent maintenant qui est Dieu et ce qu’il attend d’eux. Comme pour Élie le Dieu qui se révèle à eux, ne se voit pas. Sa présence est d’une autre nature et il n’appartient vraiment à aucun lieu. Dieu leur a fait comprendre qu’il se tient toujours sur le chemin de ceux vers qui il les envoie en qualité de prochain. Car cette vision ne leur a  été donnée  que pour  recevoir l’ordre de mission que  Dieu leur donne. Mais ce chemin est  aussi celui du sacrifice.

A peine descendu, Jésus  prend la direction d’une autre montagne qui a nom Golgotha où il fera le don de sa vie.  C’est alors que nos trois amis,  ainsi que ceux qui graviront après eux  la montagne  à la suite du Seigneur, se souviendront de l’image  d’Abraham gravissant solitaire la montagne. Ils  allaient découvrir, même s’il ne le savait pas encore,    que le don de la vie ne signifie pas la mort, même s’il passe par la mort. Il signifie la vie, la vie nouvelle que Dieu nous donne et que nul ne peut nous ôter.

La montagne que nous gravissons à la suite du Seigneur représente pour nous tous, l’itinéraire que nous avons suivi avant de découvrir la foi. Il débouche en plein ciel pour nous aider à comprendre que tout nous a été donné. Le don de la vie que Dieu nous transmet s’accomplit dans le don de notre vie que nous allons maintenant  consacrer aux autres.  Avec nous ils  graviront d’autres montagnes où Dieu renouvellera pour eux le don de la vie pour que d’autres vies se construisent à leur suite. Cependant, si tout nous est donné, même l’effort à faire pour arriver au sommet, l’étape ne s’arrête jamais là, elle se poursuit  dans la descente vers les autres où chacun mettra en valeur le don de la vie qu’il a reçu.








 icône de la transfiguration


 

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