lundi 18 juillet 2016

Luc 12:32-42 N'aie pas peur petit troupeau dimanche 7 août 2016



Luc 12 :32-48

32 N'aie pas peur, petit troupeau ; car il a plu à votre Père de vous donner le Royaume.
Un trésor dans les cieux

33 Vendez vos biens et donnez-les par des actes de compassion. Faites-vous des bourses qui ne s'usent pas, un trésor inépuisable dans les cieux, là où aucun voleur n'approche et où aucune mite ne ronge. 34 Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur.
Paraboles sur la vigilance

35 Tenez-vous prêts, la ceinture aux reins et les lampes allumées. 36 Vous aussi, soyez semblables à ces hommes qui attendent que leur maître revienne des noces, afin de lui ouvrir sitôt qu'il arrivera et frappera. 37 Heureux ces esclaves que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller ! Amen, je vous le dis, il se mettra à son tour en tenue de travail, il les installera à table et il viendra les servir. 38 Qu'il arrive à la deuxième ou à la troisième veille, s'il les trouve ainsi, heureux sont-ils !
39 Sachez-le bien, si le maître de maison savait à quelle heure le voleur doit venir, il ne laisserait pas fracturer sa maison. 40 Vous aussi, soyez prêts, car le Fils de l'homme viendra à l'heure que vous ne pensez pas. 


41 Pierre lui dit : Seigneur, est-ce à nous que tu adresses cette parabole, ou aussi à tous ? 42 Le Seigneur dit : Quel est donc l'intendant avisé et digne de confiance que le maître nommera responsable de ses gens, pour leur donner leur ration de blé en temps voulu ? 43 Heureux cet esclave, celui que son maître, à son arrivée, trouvera occupé de la sorte ! 44 En vérité, je vous le dis, il le nommera responsable de tous ses biens. 45 Mais si cet esclave se dit : « Mon maître tarde à venir », qu'il se mette à battre les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s'enivrer, 46 le maître de cet esclave viendra le jour où il ne s'y attend pas et à l'heure qu'il ne connaît pas, il le mettra en pièces et lui fera partager le sort des infidèles. 

47 L'esclave qui aura connu la volonté de son maître, mais qui n'aura rien préparé ni fait en vue de cette volonté sera battu d'un grand nombre de coups. 48 En revanche, celui qui ne l'aura pas connue et aura fait des choses qui méritent un châtiment ne sera battu que de peu de coups. A quiconque il a été beaucoup donné, il sera beaucoup demandé ; de celui à qui on a beaucoup confié, on exigera davantage.


L’idée selon laquelle l’homme serait seul dans le monde face au hasard des événements n’est pas nouvelle. Depuis bien longtemps elle a  fait partie des questions qui interpellent l’humanité en quête de réponse  aux questions posées par   l’évolution  déconcertante du monde. C’est ce que pensent  beaucoup d’incroyants qui  estiment marquer des points en oppositions aux croyants qui ne semblent pas avoir de réponses convaincantes.  On  prétend que l’approche du monde  par les croyants de jadis est devenue obsolète et que les défis auxquels ils étaient confrontés ne trouvaient pas de réponse en Dieu malgré leurs vaines  prières. Aujourd’hui ce genre de problèmes semble dépassé  et ces mêmes défis n’espèrent plus trouver de solution   que dans la sagesse humaine. C’est la science que l’on croit seule capable de solutionner les épidémies et on ne croit plus que Dieu puisse nourrir les affamés en envoyant une manne céleste.

Dans tous les domaines, les penseurs contemporains estiment que seul l’homme pourra apporter des  réponses cohérentes aux problèmes qui aujourd’hui restent encore sans réponse. C’est ce à quoi s’attachent les penseurs du transhumanisme, par exemple qui vont même jusqu’à  envisager de prolonger la durée de la vie humaine au-delà des limites du raisonnable. Si sur le plan technique, on peut les suivre dans cette utopie, aucune réponse humaine cependant ne donne de solutions  pour s’opposer à la folie des hommes quand elle se déchaîne et menace de mener le monde à sa ruine.

Ces idées selon lesquelles les hommes seraient seuls, confrontés à leur destin ne sont pas nouvelles et ne viennent pas du monde des incroyants. Depuis le haut Moyen Age les théologiens juifs de la kabbale ont  émis l’hypothèse selon laquelle Dieu  depuis la création se serait retiré du monde pour laisser aux  hommes le soin de le gérer.  Cette idée plus récemment a été reprise pas Spinoza et aujourd’hui par d’autres encore.

En lisant le passage de ce jour avec attention il semblerait que Jésus lui-même ouvre la voie à cette idée qu’il traite en forme de parabole. Il imagine le maître d’un domaine derrière lequel on pourrait voir se profiler le visage de Dieu, qui partirait en voyage, laissant ses serviteurs maîtres des lieux et responsables de la bonne marche de ses affaires. Il n’est pas très difficile d’y voir la réalité de notre monde. Si les serviteurs ont la liberté de faire ce qu’ils veulent, ils ont cependant reçu des consignes pour gérer correctement le domaine afin  que les choses se passent bien en l’absence du maître. Si la maison  doit être bien éclairée, c’est pour qu’aucun coin ne soit laissé dans l’ombre et qu’aucun espace ne soit négligé. Chacun devra être en vêtement de travail et devra mettre ses mains dans le cambouis pour que les moteurs bien huilés tournent normalement.

Libre à chacun maintenant de faire ce qui lui plait. Chacun peut suivre les consignes et faire ce à quoi le maître s’attend. Chacun peut s’approprier les clés du domaine et en prendre à son aise, il peut piller à son profit les réserves, opprimer et exploiter ceux qui ont la malchance d’avoir été placés sous ses ordres. Il nous suffira d’un faible effort de transposition pour imaginer notre monde dans lequel   les règles les plus fondamentales du vivre ensemble sont souvent bafouées

Jésus dans cette histoire prévoit un retour du maître et une reprise par lui des affaires de son domaine, les mauvais serviteurs seront punis et les  bons seront récompensés. Il faut bien que la morale soit sauve ! Mais réflexion faite, ce retour du maître  fait partie des suppléments  dont on n’a pas forcément besoin pour comprendre le texte. Il suffit d’imaginer que si ceux qui exploitent le domaine à leur profit continuent à le faire d’une manière injuste, tout cela finira par s’effondrer.  A force de casser la baraque, elle finira bien par s’écrouler, même si cela prend du temps. Est-ce là que nous en sommes ?

Mais Jésus n’est pas fou, il ne raconte pas  cette histoire pour laisser  les lecteurs gamberger. Jésus nous parle bien ici de la manière dont le monde doit être géré.  Dieu en créant les hommes en a  fait des êtres responsables et leur a donné des règles pour y vivre.  Ils  peuvent faire des erreurs, ils peuvent même être mauvais et commettre des abus, mais ils ne sont pas tous ainsi et si Dieu leur a donné des règles, c ’est d’une part pour les respecter et pour les retrouver en cas de dérapage. Mais quelles sont ces règles ? Elles ont été données dans les premières phrases du récit dans des paroles rassurantes : « n’ayez pas peur ».   Il s’agit de ne pas avoir peur de gérer ce monde qui nous est confié car le succès de l’entreprise est déjà acquis.  Jésus qui nous parle au nom de Dieu nous garantit que nous sommes capables de mener à bien  la gestion du monde qui nous est confié, le succès de l’entreprise est déjà inscrit dans le programme : «  n’aie pas peur petit troupeau car il a plu à mon Père de vous donner le Royaume. »

Si donc Dieu a pris  ses distances par rapport à la gestion du monde, il ne nous a pas laissé sans la possibilité d’agir, il a mis en nous cette certitude que si nous respectons ses consignes tout se passera bien et les choses iront dans le bon sens.  Nous devons donc faire confiance à Dieu en sachant qu’il a fait les bons choix, en donnant priorité au commandement d'amour qui consiste à aimer son prochain, c'est à dire les autres, tous les autres

Bien évidemment, il ne relève pas de notre compétence d’empêcher ceux qui n’agissent pas comme il le faudrait d’en faire tout à leur guise, mais il est de notre responsabilité de témoigner par notre attitude  qu’ils ne suivent pas la bonne voie et ainsi de les pousser à se convertir à une autre manière de voir les choses. J’entends déjà les sceptiques qui doutent du succès d’une  telle attitude et qui pensent que tout va mal en regardant évoluer notre société.  Mais, en fait, nous ne sommes pas vraiment des auteurs d’un tel défi. Nous sommes les témoins, nous sommes de simples agents du Saint Esprit. Nous lui ouvrons simplement la voie pour que son souffle puisse agir. Il pourra le faire si nous agissons de telle sorte   que la fraternité, le partage et l’espérance deviennent  lentement les signes d’un changement d’attitude possible de beaucoup d’humains. C’est ce que Jésus nous demande de faire quand il nous demande de veiller.

La demande de Jésus contient deux injonctions. La première relève de la confiance en Dieu. Dieu  n’est pas irresponsable au point d’avoir laissé le monde se débrouiller  tout seul  sans lui donner la chance de réussir, et la deuxième consiste à être assez conscients de la responsabilité que Dieu nous donne à chacun et de la confiance qu’il nous fait pour que ça marche !

Gens de peu de foi que nous sommes ! Avons-nous réalisés que nous regardons évoluer le monde par le mauvais côté de la lorgnette. Nous sommes attentifs à ce qui ne marche pas, nous regardons ce qui ne va pas en nous lamentant et en disant que Dieu nous abandonne. Nous disons même, sans  aucun moyen de comparaison, que les choses s'aggravent,  alors que le devoir de vigilance que Dieu nous a donné nous demande de voir les choses autrement.

Que nos yeux regardent d’abord les gens qui s’aiment, qui s’entraident au lieu de regarder ceux qui exploitent les uns  et abaissent les autres, voyons les associations qui se mobilisent au profit des plus modestes et non ceux qui les humilient, découvrons chaque jour ce qui se fait de beau et de généreux et le monde changera de visage.  L’instrument principal qui nous est demandé d’utiliser pour  rester vigilants  avec optimisme, c’est la prière. C’est la dernière demande de Jésus. Par la prière nous restons en contact permanent  avec Dieu qui est dans le futur en devenir et qui  a prévu que les choses devaient évoluer dans le sens du mieux être des humains. La prière nous fait toujours prendre un pas d’avance sur nos contemporains, puisqu’elle nous met déjà en contact avec ce monde meilleur que Dieu a créé pour que par nos actions nous entraînions tous les hommes   à nous y suivre.

«  N’aie donc pas peur petit troupeau puisqu’il a plu à notre Père de nous donner le Royaume. »

 illustration: tableau de Chagall.

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