mercredi 4 juillet 2018

Marc 6/1-6 Jésus et Dieu - dimanche 8 juillet 2018






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Parti de là, il vient dans son pays, et ses disciples le suivent. 2Quand le sabbat fut venu, il se mit à enseigner dans la synagogue. Une multitude d'auditeurs, ébahis, se demandaient : D'où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée ? Et comment de tels miracles se font-ils par ses mains ? 3N'est-ce pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de José, de Judas et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici, parmi nous ? Il était pour eux une cause de chute. 4Jésus leur disait : On ne refuse pas d'honorer un prophète, sinon dans son pays, parmi les gens de sa parenté et dans sa maison. 5Il ne pouvait faire là aucun miracle, sinon qu'il guérit quelques malades en leur imposant les mains. 6Il s'étonnait de leur manque de foi. Il parcourait les villages d'alentour en enseignant.





Il est toujours hasardeux d’aborder un texte de l’Évangile dans lequel Jésus est mis en cause. Le lecteur se trouve bien souvent dans le même camp que ceux qui s’en prennent à lui.  Aujourd’hui nous sommes  interpelés à propos de la relation qu’il y a entre Dieu et Jésus. Bien entendu depuis longtemps nous croyons le problème résolu. Nous croyons savoir tout sur Jésus  et encore mieux, nous sommes sûrs de savoir quelle est sa relation avec Dieu. 



Mais, au fond de nous-mêmes, sommes-nous toujours en accord avec l’enseignement de nos  églises sur ces questions ?  Certes nous affirmons que Jésus est fils de Dieu, mais quelle réalité cela recouvre-t-il ?  En tout cas le problème n’était pas clair pour ses contemporains.  Ils ont eu du mal à accepter qu’il fut un simple homme avec qui Dieu ait décidé de partager ses prérogatives divines. Le seul fait de dire les choses ainsi, jette peut-être déjà le trouble en notre esprit. Nous comprenons vite, que ses contemporains  étaient encore plus troublés que nous.




Est-ce blasphémer si on dit  que Jésus s’est fait si proche de Dieu qu’on l’a  identifié à lui ? C’est  ce que les Chrétiens des  premières générations ont lentement compris  au cours des premiers siècles et ils l'ont laissé transparaître dans les transcriptions qu'ils en ont faites dans les évangiles, mais les gens de Nazareth aussi bien que les contemporains de Jésus ne l'avaient pas encore compris. Ils contestaient même qu'il puisse y avoir du divin en lui. . En retournant dans son village, Jésus a été mal accueilli, c'est alors qu'une polémique s'est  déclenchée à propos de son rapport à Dieu. 



A partir de ce constat, nous pouvons nous interroger à notre tour pour savoir ce que nous pensons de Dieu ? Comment l’imaginons-nous? Dans nos confessions de foi, nous proclamons sa toute puissance. Nous affirmons qu’il est aussi notre créateur. Mais notre pratique de la lecture biblique nous apprend que Dieu s’il est bon peut aussi  être redoutable et qu’on ne s’approche pas impunément de lui.



Jésus en venant chez les siens tient un discours qui apparemment les trouble. Il semble être si proche de Dieu  qu’on peut même se demander s’il ne laisse pas entendre qu'il  partage  en partie  sa  puissance divine. Mais est-ce possible, pour un simple homme dont on connaît les attaches familiales, se demandent les gens de Nazareth? Si  tout ce qu’il a fait  ne lui vient pas de Dieu, cela ne peut que lui venir de Satan, l’adversaire de Dieu. Une telle interprétation est suggérée ici. Dans le récit parallèle de Luc, au sujet de  ce même événement, on  nous dit que ses auditeurs ont tenté de le tuer à cette occasion.



Si Jésus, comme tout un chacun puise son origine dans une famille humaine comme la nôtre, ses contemporains voyaient  mal comment il pouvait faire des choses qui relèvent  de l’autorité divine. Comment Dieu peut-il mêler des éléments qui relèvent de sa toute-puissance à l’action humaine d’un homme ? Telle était  la question  que se posaient les gens de Nazareth et on comprend qu'ils étaient désemparés.  Si Jésus trouvait son origine dans une famille humaine  comme la nôtre se contemporains ne comprenaient pas qu'il pouvait faire des choses  relevant de l'autorité divine. Comment Dieu pouvait-il mêler  sa toute-puissance à l'action  humaine d'un homme?  On comprend que les gens de Nazareth  désemparés,  soupçonnaient un subterfuge. Les questions qui ont perturbé les contemporains de Jésus ont continué à diviser les hommes entre eux jusqu'à ce que se réunissent les grands conciles de Nicée, d’Éphèse et de Calcédoine pour préciser les relations de Jésus avec Dieu. Aujourd'hui, ces questions continuent encore à diviser les croyants entre eux.



 Il reste inconcevable que Dieu  se soit  fait si proche de la réalité humaine en Jésus Christ au point qu’il ait aboli toute  distance qui le sépare de lui, pas même celle du  péché.  Notre entendement n’y résiste pas et ne le tolère pas. Jésus suggérait pourtant  dans son enseignement que désormais toute relation avec Dieu serait  possible, sans intermédiaire, ni contrainte. C’est pour affirmer cela qu’il s’en prendra un peu  plus tard au temple, car le  temple était  le lieu même  où prenaient corps  les contraintes que la relation avec Dieu imposait aux hommes. C’était le lieu des sacrifices, le lieu des pèlerinages le lieu  où Dieu était caché  derrière le voile infranchissable du Saint des saints.  C'était, malgré les apparences, le lieu  où Dieu était le plus éloigné des hommes. La question qui se pose à nous maintenant est  de savoir quelle distance Jésus a maintenu entre nous et Dieu ? 




Pour mieux poser le problème les compatriotes de Jésus s’en sont  pris à ses  frères et à ses sœurs pour dire que si Jésus a une parenté humaine il ne peut  partager en rien la divinité de Dieu. On  affirme son humanité pour détruire l’éventuelle présence de Dieu en lui, car  s’il est porteur un tant soit peu de la puissance de Dieu,  il met Dieu à notre portée, or la trop grande proximité de Dieu est insupportable à la plupart d’entre nous.  



En effet, il ne nous est pas supportable  de savoir que Dieu puisse faire sa demeure en nous.  Nous ne supportons pas davantage de sentir son regard toujours bienveillant se  poser sur nous. Il ne nous est pas possible, non plus  de faire le bilan de nos erreurs sans envisager un châtiment, même léger de la part de Dieu. Et pourtant Dieu aime sans punir selon Jésus. Est-il possible que son pardon soit plus fort que  nos remords et qu’il nous promette une vie meilleure alors que nous n’arrivons pas à nous pardonner nous-mêmes de nos mauvaises actions? 



Ces questions ne sont pas seulement celles des gens de Nazareth,  et même les conciles ne les ont pas effacées, parce qu'elles font partie de notre propre itinéraire spirituel. Ce sont aussi nos questions à nous car la trop grande proximité de Dieu nous  est intolérable  à  nous aussi. La conscience que nous avons de notre péché maintient une distance entre Dieu et nous, et nous souhaitons la garder.  Nous considérons que la proximité  avec Dieu n’est possible que pour les gens exceptionnels,  pour ceux  dont les péchés seraient insignifiants. Seul Moïse a pu approcher Dieu de près, Abraham ne l’a vu que par l’intermédiaire d’un ange, quant à Élie, il n’a senti que la douceur de son souffle.  Je ne parle pas de nous ! Il nous est difficile d'imaginer que notre contact avec Dieu puisse être plus proche que le leur. Notre péché, le plus ténu soit-il, pèse encore trop lourd, croit-on,  pour ne pas offenser Dieu.



Jésus connaît fort bien toutes nos réticences, c’est pourquoi une grande partie de son enseignement a consisté à dire que Dieu anéantissait nos péchés, qu’il les détruisait et qu’il en gommait les effets. Pourtant   la réalité du péché nous colle à la peau  tant nous avons du mal à accepter la gratuité de son pardon. 



Par contre, il est curieux de constater que nous  n’avons aucun problème à affirmer la toute-puissance  de Dieu bien qu’elle ne se voit pas à l’œil nu. Nous considérons, sans discuter qu’il est créateur du ciel et de la terre, mais nous lui contestons la possibilité de détruire nos péchés et de les anéantir. Pourtant, s’il est tout puissant, il est capable de l’un comme de l’autre. Il est capable, tout à la fois, de régner en gloire dans les cieux et de s’incarner dans un homme de notre condition. Et pour que cela soit possible, il gomme les effets de nos exactions. Puisque le péché nous sépare de lui,  il l’anéantit, ainsi  il peut rester tout proche de chacune et de chacun de nous. 



Pourtant, aussi curieux que cela paraisse, si nous refusons que Dieu se fasse homme, par contre, nous concevons fort bien que l’homme  puisse s’élever jusqu’à Dieu, et que par ses propres forces il puisse s’approcher de Dieu.

L’enseignement de Jésus affirme qu’il est impossible de s’élever jusqu’à Dieu, mais  que. Dieu se fait homme pour guider l’humanité  sur le chemin de sa propre humanité et non pas pour échapper à son humanité. On  ne peut se rapprocher de Dieu que si on accepte d’être pleinement l’être humain qu’il a créé. 



Celui qui s’éloigne des hommes et se réfugie au désert pour rencontrer Dieu et pour s’élever dans la sainteté  fait fausse route. Quand Jésus s’est  rendu au désert, c’est le tentateur qu’il  a rencontré et pour résister au tentateur il a du  prendre en compte sa propre humanité. Son séjour au désert l’a fortifié dans son humanité et l’a renvoyé vers les hommes ses frères. Saint Antoine au désert ne retrouve pas Dieu, mais la tentation.

L’erreur serait de croire qu’on pourrait rester au désert sans revenir vers les hommes et passer directement de la fuite au désert à la contemplation de Dieu. Ce serait manquer sa vocation d’homme et rater son accomplissement en Dieu. C’est exactement  cela le péché  qui étymologiquement désigne le fait  pour un tireur de  manquer sa cible 



C’est là que réside le scandale. Il est dit dans l’Evangile que nous avons lu, « qu’il  était pour eux une occasion de chute » le texte  en grec est plus violent il dit qu’il les scandalisait. Le scandale c’est  le fait de refuser de croire que Dieu puisse s’approcher de l’homme au point d’établir une relation d’amour avec lui. Le scandale c’est finalement  le fait de contester à Dieu la capacité de  faire de nous des hommes  authentiques, car tel est le but de notre vie.





L’attitude de Jésus scandalisait les siens parce qu’ils ne comprenaient pas que Dieu avait décidé par amour pour eux de descendre jusqu’à eux pour  qu’ils ne s’égarent pas en cherchant à s’élever jusqu’à lui. L’homme qui accomplit pleinement son humanité rend gloire à son Seigneur qui l’a conçu  ainsi,  afin de partager avec son lui l’éternité qu’il a créée pour leur commune rencontre.

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