lundi 20 novembre 2017

Matthieu 25/31-46 jugement dernier - dimanche 26 novembre 2017



Matthieu 25:31-46 le jugement dernier - dimanche 26 novembre 2017



                                              Le jugement denier Cathédrale de Bourges

Le jugement dernier

31 Lorsque le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, avec tous les anges, il s'assiéra sur son trône glorieux. 32 Toutes les nations seront rassemblées devant lui. Il séparera les uns des autres comme le berger sépare les moutons des chèvres : 33 il mettra les moutons à sa droite et les chèvres à sa gauche. 34 Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : « Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; héritez le royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde. 35 Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger et vous m'avez recueilli ; 36  j 'étais nu et vous m'avez vêtu ; j'étais malade et vous m'avez visité ; j'étais en prison et vous êtes venus me voir. »

37 Alors les justes lui répondront : « Seigneur, quand t'avons-nous vu avoir faim, et t'avons-nous donné à manger ? — ou avoir soif, et t'avons-nous donné à boire ? 38 Quand t'avons-nous vu étranger, et t'avons-nous recueilli ? — ou nu, et t'avons-nous vêtu ? 39 Quand t'avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous venus te voir ? » 40 Et le roi leur répondra : « Amen, je vous le dis, dans la mesure où vous avez fait cela pour l'un de ces plus petits, l'un de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. »

41 Ensuite il dira à ceux qui seront à sa gauche : « Allez-vous-en loin de moi, maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et pour ses anges. 42 Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire. 43 J’étais étranger, et vous ne m'avez pas recueilli ; j'étais nu, et vous ne m'avez pas vêtu ; j'étais malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité. » 44 Alors ils répondront, eux aussi : « Seigneur, quand t'avons-nous vu avoir faim ou soif, étranger, ou nu, ou malade, ou en prison, sans nous mettre à ton service ? 45 Alors il leur répondra : Amen, je vous le dis, dans la mesure où vous n'avez pas fait cela pour l'un de ces plus petits, c'est à moi que vous ne l'avez pas fait. » 46 Et ceux-ci iront au châtiment éternel, mais les justes, à la vie éternelle.


Voila, tout est dit : Le salut par les œuvres semble finalement être la conclusion  de tout l’enseignement de Jésus qui s’achève avec cette parabole sur une condamnation sans appel de tous ceux qui manqueront aux règles de l’altruisme C’est la morale qui triomphe au détriment de la grâce. Les Réformateurs n’ont plus qu’à aller se rhabiller.

Nous sommes tellement choqués par cette conclusion que nous pensons,  à  coup sûr  que cette parabole  doit avoir une autre explication que celle  qui consiste à juger sévèrement ceux qui ont manqué aux règles de la plus élémentaire charité. C'est ce que nous allons essayer de voir au risque d'être accusés de manipuler l’Évangile.

Jésus fustige donc d’une volée de bois vert tous ceux qui auront l’audace de ne pas aimer leur prochain d’une manière significative. Il fait de l’altruisme une règle tellement rigide que tous se sentent coupables et responsables à l’énoncé du verdict.
Ou alors donne-t-il du Dieu traditionnellement reconnu par tous comme le Dieu de justice, une image tellement détestable qu’ils se rallieront à une autre image de Dieu révélée par Jésus dans son ultime sacrifice.

 Au début de l’Évangile Jésus recommandait d’aimer son prochain et il ne laissait pas entendre  que tout manquement  à ce précepte  aurait pu   entraîner la condamnation à mort  que ce texte suggère. Ici il se transforme en juge et prononce une sentence sévère. L’évangile qui se veut libérateur, devient tout à coup accusateur, et Jésus qui était sensé pardonner tous les hommes entre dans un autre rôle, si bien que nous avons du mal à le reconnaître.

Ce n’est pas seulement le contenu de cette parabole qui est déroutant, c’est que les  philosophes et les moralistes de notre temps tiennent  le même langage. Ils nous reprochent de ne pas faire grand cas de tous les affamés, de ne pas savoir accueillir les étrangers, de ne pas se soucier des malades dans les hôpitaux et de n’avoir aucun égard pour ceux qui sont en prison. Le prix de cette  attitude serait le déclin de nos sociétés et la fin  du monde occidental.


La société civile d’aujourd’hui tient donc le même discours que celui que les Églises tenaient jadis et qu’elles tiennent encore. Ce discours  visait à dominer les masses en les culpabilisant.  Il prétendait que le salut de chaque individu dépendait de la manière dont chacun se repentait de ses erreurs et de  ses manquements aux règles d'amour. Après s’être repenti chacun devait corriger ses actions insuffisantes. Seuls  ceux qui se soumettaient aux exigences de  ce discours  avaient un espoir de salut.  Mais si l’Eglise enseignait cela, cet enseignement était loin d’être respecté par ses dirigeants ! C’est le même constat que nous faisons à l’égard des dirigeants de nos sociétés modernes.

Si nous portons notre attention sur les médias d’aujourd’hui, nous y lisons à chaque ligne de leurs éditoriaux que la société occidentale est responsable de tous les maux de la planète : La pollution bien sûr, la famine des pays pauvres, le climat d’insécurité dans le moyen Orient, j’en passe. Mais à la différence du discours que l’on reprochait et que l’on reproche encore aux Églises, les médias ne laissent place à aucun espoir car ceux qui se mettent à l’œuvre pour secourir la détresse des autres n’en font pas encore assez pour inverser le cours des choses. Coupables ou non tous subiront le même sort.

Comment donc s’en sortir ? Il nous faut sans aucun doute retrouver le langage de l’Évangile qui en dépit de  cette fin terrible n’enferme pas les hommes dans leur culpabilité, mais leur donne l’espérance d’une issue heureuse en tout cas  pour ceux qui agissent selon les bons préceptes de l’altruisme. Si nous essayons de pénétrer plus à fond cette parabole, nous constaterons que malgré le rejet des coupables, elle s’achève sur la promesse de la vie éternelle pour les justes. Une partie donc de la société échapperait donc à la condamnation. C’est le dernier mot du texte. Le but de ce long discours culpabilisant est donc d’ouvrir l’avenir sur une possibilité de vie. Cette vie donnée par Dieu sera éternelle. Mais nous l’avons compris, cette conclusion passe mal aujourd’hui, car les promesses d’un ’au-delà  heureux ne font plus recette.

Nos contemporains se sont détournés des églises traditionnelles parce que leur langage culpabilisant qui masquait l’espérance était devenu insupportable. Ils gardent cependant en eux une soif de spiritualité. Même s’Ils vont jusqu’à gommer complètement la réalité de Dieu, ils  retiennent cependant qu’il existe encore chez certains  l’idée d’un esprit de bonté, de fraternité et d’amour qui soufflerait sur le monde et dont toutes les religions seraient dépositaires. Ils n’ont pas cessé d’être animés par des idées généreuses avec lesquelles ils construisent une foi à leur propre dimension et se tracent pour eux-mêmes des voies d’espérance. Mais si l’homme moderne reste un homme spirituel, il a pourtant rejeté Dieu dont le visage traditionnel ne lui convient plus et il n'entend plus cette parabole qui semble pourtant être présentée ici comme le testament spirituel de Jésus.
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Ne se trouvant plus à l’aise dans les religions reconnues, l’homme d’aujourd’hui ne se sent pas non plus à l’aise dans la société civile qui tient le même langage que les églises qu’il a rejetées et qui en plus a détruit l’espérance. Pourtant cette société moderne ne lui a-t-elle pas tout donné ? En tout cas, on essaye de le lui faire croire. Elle lui a donné la possibilité de confort, la puissance économique, la consommation en abondance, l’éducation et l’enseignement, mais en même temps elle a créé l’angoisse du lendemain et la peur de tout perdre, sans solution de remplacement. L’espérance a cessé de faire partie du langage autorisé.

Dans cet univers que j’ai brossé sombre à souhait, Jésus se présente donc  avec cette parabole comme celui qui accuse. Il vient avec les attributs d’un juge et siège au tribunal de Dieu. Il répond ainsi aux souhaits de ceux qui veulent le faire Dieu et il prend ainsi la place de son Père jugeant le monde. Personne ne peut échapper à son jugement. Qui parmi nous, même les plus saints, pourraient mériter le salut qu’il propose ? Personne, car nous resterons toujours  coupables de manquement aux règles de l’humanité la plus élémentaire.

Celui qui parle ainsi, c’est le Jésus couronné de gloire qui trône en majesté sur le tympan de nos cathédrales, c’est celui qui juge et qui condamne, ce n’est pas celui qui est messager d’espérance pour ce monde, ce n’est pas le témoin de Dieu qui  dans les lignes suivantes va entamer son long calvaire au cours duquel il est dit  que c'est à cause de l'humanité défaillante  qu'il donne sa vie, non pas pour que les hommes soient condamnés mais qu'ils aient la vie en abondance. Pourquoi alors cette  parabole accusatrice  dans laquelle nous avons du mal à entrer?  Pourquoi Jésus se met-il en scène sous les traits d’un juge arrogant ?
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Tout simplement parce que nous sommes à un des tournants de l’Évangile ! Dans les pages qui vont suivre va commencer la longue série des textes de la passion qui vont donner une autre couleur à la réalité sur Dieu. Et qui vont à tout jamais anéantir ce Dieu vengeur.

Finie alors l’idée de Dieu-juge entouré de sa cour d’archanges trônant avec son fils pour punir le monde infidèle. Terminée l’image de ce Dieu qui se met en colère pour préserver sa majesté divine quand elle est offensée. C’est maintenant une autre réalité de Dieu que Jésus va proposer au monde par sa mort qui défie la mort et par sa résurrection qui offre la vie aux hommes quand celle-ci semble avoir disparue. L’image de Dieu qui s’impose désormais à nous, c’est celle du Dieu qui donne la vie, et qui offre aux hommes l’espérance quand l’avenir semble compromis. En entrant volontairement dans le temps de sa passion Jésus détruit à tout jamais l’idée que Dieu nous accuse de quoi que ce soit et nous rend coupables de quoi que ce soit. Son projet consiste à nous enrôler dans un processus de vie pour les hommes et pour le monde.

.Cette parabole prend alors l’allure de la caricature de ce que serait le monde si Dieu s’imposait à nous comme un Dieu de justice et non comme un Dieu d’amour. C’est la caricature du Dieu qui transparaît dans les discours des pharisiens et que Jésus récuse. C’est le Dieu des intégristes qui veulent imposer aux autres une loi qu’ils ne peuvent pas s’appliquer à eux-mêmes. Le Dieu de Jésus Christ a toujours refusé de se laisser enfermer dans la notion de justice telle que les hommes la conçoivent. Il se fera connaître désormais comme celui qui vient vers tous les hommes et leur propose à tous le salut comme Michel Polnareff le chantait quand il disait que nous irons tous au paradis,… même les méchants.

Il me plait donc de regarder l’avenir avec cette conception des choses car je suis sûr que c’est aussi la conception de Dieu.

mercredi 8 novembre 2017

Matthieu 25:14-30 la parabole des talents - dimanche 19 novembre 2017



Matthieu 25:14-30 La parabole des talents - dimanche 19 novembre 2017
Matthieu 25 :14-30

La parabole des talents reprise et modifiée de 2014







14 Il en sera comme d’un homme qui, sur le point de partir en voyage, appela ses esclaves et leur confia ses biens. 15 Il donna cinq talents à l’un, deux à l’autre, et un au troisième, à chacun selon ses capacités, et il partit en voyage. Aussitôt 16 celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla les faire valoir et en gagna cinq autres. 17 De même, celui qui avait reçu les deux talents en gagna deux autres. 18 Celui qui n’en avait reçu qu’un alla faire un trou dans la terre et cacha l’argent de son maître. 19 Longtemps après, le maître de ces esclaves arrive et leur fait rendre compte. 20 Celui qui avait reçu les cinq talents vint apporter cinq autres talents et dit : Maître, tu m’avais confié cinq talents ; en voici cinq autres que j’ai gagnés. 21 Son maître lui dit : C’est bien ! Tu es un bon esclave, digne de confiance ! Tu as été digne de confiance pour une petite affaire, je te confierai de grandes responsabilités ; entre dans la joie de ton maître. 22 Celui qui avait reçu les deux talents vint aussi et dit : Maître, tu m’avais confié deux talents, en voici deux autres que j’ai gagnés. 23 Son maître lui dit : C’est bien ! Tu es un bon esclave, digne de confiance ! Tu as été digne de confiance pour une petite affaire, je te confierai de grandes responsabilités ; entre dans la joie de ton maître. 24  Celui qui n’avait reçu qu’un talent vint ensuite et dit : Maître, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes où tu n’as pas semé, et tu récoltes où tu n’as pas répandu ; 25  j’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre : le voici ; prends ce qui est à toi. 26  Son maître lui répondit : Esclave mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne où je n’ai pas semé et que je récolte où je n’ai pas répandu ? 27  Alors tu aurais dû placer mon argent chez les banquiers, et à mon arrivée j’aurais récupéré ce qui est à moi avec un intérêt. 28Enlevez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents. 29— Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on enlèvera même ce qu’il a. — 30  Et l’esclave inutile, chassez-le dans les ténèbres du dehors ; c’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents.

Qu’a-t-il fait, de si contestable cet homme pour être condamné à l’infamie par son maître et pour être chassé vers les ténèbres du dehors ? Pourquoi son maître lui fait-il subir une telle humiliation devant les autres  à ce mal chanceux, ce moins doué que les autres,  Ce maître est-il une image possible de Dieu ?

J’entends, à travers la frustration de cet homme la vague de protestations qui monte du cœur de tous ces frustrés de la planète que l’on culpabilise pour mieux les rejeter, car on a toujours tendance à rendre responsables de leurs propres malheurs tous ceux qui sont accablés par le destin.

Pour le moment, je vous invite à vous  indigner en partageant l’injustice dont il est victime et je vous invite à lui prêter votre voix pour dire à Jésus qui rapporte cette histoire, qu’il se trompe, que Dieu n’est pas comme ce maître. Il n’est ni versatile, ni dur ni méchant, nous ne croyons pas qu’il moissonne où il n’a pas semé. Nous nous portons en faux contre l’idée en laquelle croyait cet homme, selon laquelle Dieu pouvait le juger et le culpabiliser sur la manière dont il a géré son talent.

Cette idée serait la trace qui nous habite encore et que Jésus n’a pas réussi à évacuer complètement. Dieu subsisterait en notre imaginaire, comme celui que l’on redoute sans le nommer et dont on craint les jugements, celui qui mènerait le monde à sa guise d’une manière arbitraire, qui réclamerait nos hommages et dont on devrait accepter les décisions sans protester. Ce Dieu irréel n’existe pas puisqu’il est irréel et il n’existait pas dans l’opinion de Jésus.

Si ce Dieu n’existe pas, croyez vous que ce serviteur ait raison de se plaindre de son maître et nous de notre Dieu? Non, car lui non plus, n’a pas plus d’existence que ce Dieu dont on parle, il est inexistant lui aussi. Nous nous étions fourvoyés puisque nous avions envisagé de prendre la défense d’un homme qui n’existe pas au regard de Dieu mais qui habite encore la triste réalité de ce monde.

Nous avons bien repéré que Dieu ici, est présenté sous deux aspects contradictoires. Dans les deux  premier cas, si on identifie Dieu au maître de la parabole, on constate qu’ il est bon et généreux, puisqu’il distribue avec largesse ses biens à ses serviteurs. Il  les connaît bien puisqu’il donne à chacun selon ses capacités. Ce faisant, il tient compte des injustices de ce monde dont nous constatons  régulièrement la réalité. Nous savons que dans la nature les dons sont inégalement répartis entre les individus. L’un est fort, l’autre est faible. L’un aime le sport et l’autre n’aime pas l’effort physique et apprécie la musique. L’un est doué pour les chiffres, l’autre pour les lettres. Le maître, derrière lequel Dieu se cache, en tient compte sans aucun commentaire, c’est un état de fait qu’il ne remet pas en cause pour le moment, mais qu’il n’ignore pas.

Chacun reçoit un don conséquent, même celui qui n’a reçu qu’un talent, car un seul talent lui permettrait de vivre plusieurs années sans rien faire. (1) Les deux premiers avec audace se lancent dans l’aventure, le troisième cache l’argent dans la terre. Il n’avait pas compris que cet argent lui avait été donné. Cette méprise nous montre qu’il ne connaît ni son maître ni Dieu. Le don du maître lui aurait permis de vivre comme un homme libre. En s’en faisant pas usage, il a agi comme s’il refusait cette facilité de vie supplémentaire qui lui était donné. Ainsi le lecteur avait cru que ce personnage existait vraiment alors qu’en refusant la vie qui lui était donnée, il n’existait pas !

A quoi bon se soucier de son sort ? S’il a enfoui dans la terre ce qui pouvait le faire vivre, c’est qu’il ne vivait pas. La terre n’est-elle pas le lieu où on dépose les morts ? Son trésor devenait alors pour le troisième serviteur porteur de mort. S’il n’avait pas compris que son maître lui donnait une nouvelle vie, comment aurait-il pu comprendre Dieu dont il était l’image ?  Il était donc mort avant d’avoir commencé à exister.

S’il ne comprend pas le don de vie qui lui est fait, il ne comprend pas non plus son maître dont il fait un portrait qui ne correspond pas à la réalité. Il en va de même pour Dieu. Le maître vint alors, est-il dit. Non pas il revint, mais il vint, non pas pour réclamer son du, mais pour partager sa joie avec ceux qu’il a comblé de vie. Là aussi la traduction selon laquelle il leur fait rendre compte est mauvaise, le texte original ne dit pas cela, il dit : « il vint et ils parlèrent de comptes », et c’est effectivement ce qu’ils ont fait.

En fait les deux serviteurs ne rapportent pas l’argent donné, ils apportent simplement l’argent gagné, non pas pour le donner au maître, mais pour le lui montrer et se réjouir avec lui de leur bonne fortune. Voila le maître tel que Jésus nous le décrit et qui lui sert d’exemple pour parler de Dieu. Dieu vient vers les hommes et se réjouit avec eux de la vie qu’il transforme par sa présence. Certes cette vie transformée n’est pas parfaite, elle comporte des injustices, mais ce n’est pas ici que l’on pourra disserter sur les injustices de ce monde, ce n’est pas le sujet. La réalité de l’injustice n’est cependant pas escamotée, elle est même présentée avec réalisme.

En effet les deux hommes n’ont pas reçu des dons à part égale. L’un serait-il plus doué pour les affaires que l’autre ? Ce n’est pas dit. Le premier reçoit 5 talents et le deuxième 2. La différence est de 3. Mais en doublant la mise, comme il est dit,  la différence double également et passe de 3 à 6. La question de l’injustice est donc vraiment posée, car ainsi est ce monde.

Le troisième personnage apparaît. Chose curieuse, à ce moment précis du récit le maître change de casquette, Dieu devient différent et se fait complice de l’injustice. Il devient selon les dire du troisième personnage dur et injuste. Pire que cela, il accepte sans broncher les reproches qui lui sont faits comme s’ils étaient des vérités et il envoie le serviteur malheureux dans les ténèbres de la mort où il était déjà depuis le début de l’histoire, et pour en rajouter une couche, il récupère le talent qu’il avait donné au troisième pour le remettre au plus riche.

Si, pour un temps, nous nous sommes appesantis sur le sort de ce troisième personnage, c’est que nous nous sentions, nous aussi victimes d’un destin qui nous accable où l’injustice est dominante et où on prend aux pauvres pour donner aux riches. Les plus chanceux supplantent les autres et les plus démunis sont la proie des nantis. Il est difficile d’être plus plus réaliste. Mais, la parabole nous a rassurés car Dieu n’est en rien lié à ce monde là.

La Parabole n’a pas nié la réalité de notre monde, mais elle nous a invités à discerner le rôle que Dieu y joue. Elle nous a invités à le reconnaître dans le maître des deux premiers serviteurs. Même s’il n’enlève pas les injustices, il cherche cependant à rendre les hommes heureux. Il va à contre temps du monde apparent et partage avec les hommes les parcelles de bonheur qui peuvent leur incomber.

Si nous identifiions Dieu au maître du troisième serviteur qui pactise avec l’injustice, nous entrerions dans le domaine de la mort où l’espérance est vaine où la seule réalité est dans les ténèbres du dehors. Toute réalité de Dieu qui ne s’identifierait pas à la première image qui nous en est donnée n’a pas lieu d’être. Quant à l’homme qui a peur et qui n’y croit pas, comme le troisième personnage, il doit s’efforcer de se convertir à ce Dieu bon, qui accepte d’intervenir dans ce monde d’injustice pour donner aux humains le goût de la vie. Si la fin de parabole nous est donnée comme insupportable, c’est pour que nous la réfutions au nom même de Dieu.

1. Le talent valait 60 mines, c’est-à-dire 6000 deniers, environ 5 500 francs or ( note de la Bible à la Colombe)

Images : auteur inconnu

jeudi 2 novembre 2017

Proverbes 8:12-20 et 32-36 La Sagesse - dimanche 12 novembre 2017




12 Moi, la sagesse, j'ai pour demeure l'esprit avisé, je sais trouver la connaissance de la réflexion.
13 La crainte du SEIGNEUR, c'est détester le mal ; la suffisance, l'orgueil, la voie mauvaise et la bouche perverse, je les déteste.
14 Le conseil et la raison m'appartiennent ; je suis l'intelligence, la force m'appartient.
15 C'est par moi que les rois règnent et que les princes légifèrent avec justice ;
16 c'est par moi que gouvernent les chefs, les nobles, tous les juges de la terre.
17 Moi, j'aime ceux qui m'aiment, et ceux qui me cherchent me trouvent.
18 Avec moi il y a richesse et gloire, biens durables et justice.
19 Mon fruit est meilleur que l'or, que l'or fin, et ce que je rapporte vaut plus que l'argent de choix.
20 Je marche sur le chemin de la justice, par les sentiers de l'équité,
32 Maintenant donc, mes fils, écoutez-moi ; heureux ceux qui gardent mes voies !
33 Ecoutez l'instruction, et devenez sages ; n'en faites pas peu de cas.
34 Heureux celui qui m'écoute, qui veille jour après jour à mon seuil, qui monte la garde près des montants de mes portes !
35 Car celui qui me trouve,  trouve la vie et obtient la faveur du SEIGNEUR.
36 Mais celui qui me manque se fait du tort à lui-même ; tous mes ennemis aiment la mort.
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Il est une discrète compagne de  Dieu qui vient à la rencontre  de ses amis quand ils  méditent sur  le sens des choses  et de leur vie, c’est la Sagesse. Elle s’est infiltrée dans quelques livres de la . Elle lui a même consacré tout un livre qui porte  son nom, le livre de la Sagesse qui figure dans les livres deutérocanoniques et  que les protestants n’ont pas retenu. On la trouve, comme ici dans le livre des Proverbes. L’Ecclésiaste, le Cantique des cantiques et le livre de Job sont également imprégnés de sa pensée.

D’une manière générale cependant, elle n’est pas la confidente des grands lecteurs de la Bible et ne rivalise pas avec les grands écrits des prophètes, même si ses propos s’y sont glissés subrepticement. On ne la trouve pas dans les Ecris du Nouveau Testament, et pourtant elle les a imprégnés. Très discrète, elle est venue habiter toute la Bible, mais beaucoup ignorent l’influence qu’elle a pu avoir sur les écrits bibliques au point qu’ils ont sans doute été surpris  quand j’ai osé dire qu’elle était la compagne de Dieu. Elle ne l’était pas comme une épouse, bien évidemment,  mais comme une expression de la pensée divine.

Selon les écrits qui lui sont consacrés,  Dieu conçut la création grâce à elle et il façonna l’esprit des humains pour qu’ils puissent pénétrer les pensées de Dieu et orienter leur vie. Dieu et l’homme étaient prévus pour  agir en harmonie avant même que le coup d’envoi fut donné à la création. Ainsi, grâce à la Sagesse qui présida à la naissance de l’homme, celui-ci pouvait œuvrer avec intelligence pour que sa vie prenne du sens  en compagnie de ses semblables et de toute la nature. Il nous appartient de mettre désormais en pratique ce que la Sagesse nous révèle de nous et qui nous vient de Dieu. C’est ainsi que nous puiserons à la source de la vie et que nous pourrons nous  parer du  titre de sage.

Tel fut le projet de Dieu,  il a été décrit comme celui  de Salomon le grand roi, même si le personnage historique ne correspond pas au personnage tel que la Sagesse le décrit. Tel est aussi le destin de tous ceux qui ont charge de gouverner les nations. Nous devons saluer ici l’esprit dans lequel agit la Sagesse car ses pensées ont une portée universelle. Elles ne sont pas seulement  propres au peuple d’Israël, mais  on les retrouve aussi d’une manière universelle dans la pensée des grands peuples  du Moyen Orient.

La sagesse   semble  avoir une portée universelle  et nous apparaît comme une qualité innée de l’homme. S’il la mettait en pratique avec intelligence, tout irait bien sur terre. Les peuples dirigés par des hommes qui se réclament d’elle devraient être heureux et la vie sur terre serait paradisiaque. Ce n’est donc pas par hasard si la Bible ouvre ses premiers chapitres sur une évocation du paradis où les hommes étaient destinés à vivre en harmonie de pensée avec Dieu dans une nature  où rien de leur serait hostile.

Mais nous le savons, ça n’a pas marché comme prévu, la  Sagesse, dès le point de départ s’est trouvée voilée par l’orgueil de l’homme et son esprit de domination l’a détourné de l’harmonie avec Dieu.   L’homme a détourné à son avantage personnel les valeurs que la Sagesse le poussait à partager.  La notion de partage, qui est le bien le plus sacré que la sagesse nous ait donné a eu du mal à s’inscrire dans les fondements de notre nature, c’est pourquoi,  nous avons tendance à supprimer le partage de la dimension que la « sagesse divine » nous a donné. Si Adam et Eve  ont partagé ensemble le fruit du jardin,  ce n’est pas pour rester en harmonie avec Dieu mais pour le tromper.  C’est là une autre manière de voir le récit de la chute, qui consiste  à détourner de son but ce qui avait été prévu autrement par Dieu.  C’est exactement là que se trouve l’origine du péché qui peut être perçu comme un détournement de la sagesse.

Pour se justifier vis-à-vis d’eux-mêmes et usurper une partie de la sagesse,  les hommes ont inventé toutes sortes de raisons pour ne pas partager entre eux.  Une de ces raisons consiste à inventer de fausses raisons et à prêter à Dieu des pensées qu’il n’a pas.  On a prétendu   qu’il aurait fait les hommes tous différents des uns des autres ce qui  justifierait la possibilité que les  uns ont de dominer les autres.  Une telle contre vérité étant acquise, la sagesse ne peut plus jouer correctement son rôle et Dieu  serait inévitablement  amené à changer  de visage.

Par de nombreux exemples la Bible s’efforce alors de nous démontrer que les hommes doivent faire un effort sur eux-mêmes pour retrouver la voie de la sagesse, sans toujours y arriver. Elle ne leur est pas fermée, mais ne peut leur être accessible qu’avec l’aide de Dieu. Le paradis étant  désormais inaccessible du fait que l’homme en a chassé Dieu en perdant  la possibilité de cohabiter avec lui, c’est l’arrogance et la jalousie qui vont devenir  les principales conseillères de l’homme.

 C’est alors que la deuxième page de la Bible nous met en présence de deux hommes dans une situation où la sagesse n’a plus de prise. Caïn tue son frère.   Le récit   nous montre ainsi que sans  la sagesse, c’est la mort qui devient la principale compagne  de l’homme. Mort pour lui, mais aussi mort pour Dieu. Si Caïn tue son frère, ce n’est pas tellement pour s’en prendre à lui et assouvir sa jalousie, c’est pour défier Dieu à qui il prête une logique qui n’est pas la sienne et une sagesse qui ne correspond  plus au Dieu de la sagesse, mais à un Dieu conçu par l’homme à sa propre image.

Pour trouver de la cohérence à ses sentiments vis-à-vis de son frère,  Caïn se forge une image de Dieu à sa propre ressemblance. Il imagine un Dieu aussi injuste que lui conforme à ses propres aliénations.  Il serait injuste dans ses choix et  dans ses relations avec les humains. En détruisant son frère, Caïn  détruit  aussi le Dieu injuste qu’il a créé à sa propre image et qui lui préfère son frère. S’il se libère de ce faux Dieu, il ne restaure pas pour autant le « Dieu sage » qui est à l’origine de tout et dont il s’est détourné.   Pour l’atteindre, il faudra qu’il fasse un effort et qu’il chasse de lui-même tout ce qui le détourne de la sagesse afin de retrouver la vie qu’il a tenté de détruire. Il lui faut retrouver cet autre Dieu qui a créé le monde avec équité et qui  tente de faire de l’homme son partenaire et son vis-à-vis capable de dialoguer avec lui et de  créer avec lui. 

Pour en finir avec cette question de sagesse, c’est Dieu lui-même qui tentera de reprendre la main. Il lui faudra détruire lui-même cette fausse image de Dieu que les hommes ont conçue.  Il faudra alors que ce soit lui, qui en blasphémant contre cette fausse image de Dieu, attire la mort sur lui.. C’est Jésus qui assumera ce rôle. C’est alors que la sagesse reprendra ses droits et deviendra à nouveau accessible  à tous ceux qui reconnaitront en cette image restaurée de Dieu, l’image du vrai Dieu. Jésus redonne alors à l’homme la possibilité de redevenir « sage »