mercredi 22 janvier 2020

Matthieu 4/12-23 Pêcheurs d'hommes dimanche 26 janvier





Matthieu 4/12-23  Je vous ferai pêcheurs d'hommes, dimanche 26 janvier 2014


12 Lorsqu'il eut appris que Jean avait été livré, Jésus se retira dans la Galilée. 13 Il quitta Nazareth, et vint demeurer à Capernaüm, situé près de la mer aux confins de Zabulon et de Nephtali, 14 afin que s'accomplisse la parole du prophète Ésaïe :


15  Terre de Zabulon et terre de Nephtali, Contrée voisine de la mer, au-delà du Jourdain, Galilée des païens ;

16 Le peuple assis dans les ténèbres, A vu une grande lumière, Et sur ceux qui étaient assis dans le pays Et dans l'ombre de la mort, Une lumière s'est levée.


17 Dès lors Jésus commença à prêcher et à dire : Repentez-vous car le royaume des cieux est proche. 18 Au bord de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon appelé Pierre, et André, son frère, qui jetaient un filet dans la mer ; en effet ils étaient pêcheurs. 19 Il leur dit : Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes. 20 Aussitôt, ils laissèrent les filets et le suivirent.

21 En allant plus loin, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, qui étaient dans une barque avec Zébédée, leur père, et qui réparaient leurs filets. 22 Il les appela, et aussitôt ils laissèrent la barque et leur père, et le suivirent.

23 Jésus parcourait toute la Galilée, il enseignait dans les synagogues, prêchait la bonne nouvelle du royaume, et guérissait toute maladie et toute infirmité parmi le peuple.





« Venez après moi et je vous ferai pêcheurs d’hommes ». Ceux qui sont familiers des Ecritures ont tellement pris l’habitude de cette expression qu’ils mesurent à peine ce qu’elle a d’incongrue. La pêche proposée par Jésus en assimilant les hommes à des poissons a pour but de faire vivre les hommes qui vont être péchés. Or quand on va à la pêche, ce n’est généralement pas pour le bien être des poissons, c’est pour les faire mourir et les manger. Pourtant en utilisant cette expression Jésus entend bien signifier le contraire. C’est pour dénoncer l’atmosphère de  mort dans laquelle nous évoluons que Jésus utilise cette image, tant il est vrai que dès notre naissance nous nous acheminons lentement vers notre mort. Jésus dénonce ici, ce cycle infernal de la mort.


Les hommes ne sont pas non plus des amphibiens, ils ne vivent pas dans l’eau. L’eau ici est perçue dans une valeur symbolique qu’elle a souvent dans la Bible. Dans la Bible l’eau est perçue  comme le lieu où se trouvent les forces hostiles. Dans le récit de la création ou dans celui de la traversée de la Mer Rouge, Dieu doit maîtriser la force des eaux qui lui résistent. Dans les deux cas, il doit fendre les eaux, comme  une matrice, c'est-à-dire qu’il doit leur faire violence pour provoquer quelque chose qui ressemble à une naissance. Dans le récit de la création c’est pour libérer la terre retenue prisonnière par les eaux et la rendre libre que Dieu intervient.  Si Dieu ouvre également la Mer rouge, c’est pour libérer un passage aux Hébreux afin qu'ils naissent comme un peuple nouveau.  

Jésus, quant à lui, a dû à plusieurs reprises dominer les éléments constitués par la masse des eaux. Quand il éleva la voix contre la tempête qui se calma aussitôt, Il voulait signifier son pouvoir sur les forces hostiles à Dieu et aux hommes. Quand il marcha sur la mer il exprima par ce geste son pouvoir de domination sur les éléments !

Si les hommes sont ici comparés à des poissons qu’il faut pécher pour les sortir de l’eau c’est qu’il estime que les hommes  ont besoin de naître de nouveau pour  vivre. Jésus considère que sa tâche est de les libérer le plus rapidement possible pour que Dieu puisse achever son œuvre en eux. Pour y parvenir,  Jésus a besoin  d'aide et c’est pour cela qu’il appelle des volontaires tels que Pierre et André et les autres …et nous-mêmes..

Mais quelles sont ces forces hostiles qui maintiennent les hommes asservis et s'opposent à Dieu? Si nous répondons que c’est le mal ou le péché, nous n’avancerons pas beaucoup. Le contexte biblique nous replace ici dans l’atmosphère de la création, comme nous l'avons déjà dit. Il nous ramène au moment où  Dieu sépara les eaux du haut d’avec les eaux du bas pour faire surgir la terre et la mettre au sec..

Jésus nous invite à nous replonger dans ce moment mythique où la terre était encore engluée dans le tohu-bohu primitif d’où l’ensemble de la création a été tiré pour devenir l’univers. Mais ce n’était pas fini, le sixième jour n’était pas achevé. Pour ce qui concerne l’homme il devait lui aussi encore être libéré de la gangue originelle qui lui collait à la peau et à l’âme.

C’est à cause cela que nous aspirons à faire le bien sans jamais y arriver complètement, c’est à cause cela que nous sommes portés à exploiter nos voisins alors que notre raison nous dit le contraire, c’est à cause de cela que les hommes n’arrivent pas à aimer ceux qui leur sont indifférents et c’est à cause de cela que leur égoïsme est plus fort que leur amour. En fait vous l’avez bien compris, la création de l’homme n’est pas encore complètement achevée. L’homme n’est pas fini, il est en cours de création. Il faut qu’il change de milieu de vie pour s’épanouir. Le milieu dans lequel il est, handicape son épanouissement qui ne peut se faire qu’en Dieu.

A l’instar de Dieu qui maîtrisa le chaos, Jésus cherche des partenaires pour continuer avec lui à poursuivre la libération des hommes qui ne sont pas encore arrivés à leur maturité finale.

Dieu a entrepris ce travail depuis que les hommes ont compris qu’ils devaient devenir les interlocuteurs de Dieu.  Sans doute, en nous regardant évoluer trouvons nous que ce n’est pas si mal d’être devenus ce que nous sommes !  Les humains  se croient  à eux seuls capables d’apporter les améliorations nécessaires. N’est-ce pas là l’utopie  de la science moderne.  Pourtant l’homme a été doté d’un esprit qui est sensé le rendre semblable à l’image de Dieu, et c’est là qu’il y a encore du travail à faire !

L’esprit est la partie de nous-mêmes qui est en ébullition constante et qui ne s’arrête jamais de progresser. Dans ce domaine-là aussi les hommes ont l’intention d’y arriver tout seul sans aucun secours extérieur.
 Dans cette activité incessante, nous ne nous rendons pas compte que notre esprit n’est pas autonome. Pour devenir conforme à l’image de Dieu, selon le projet du Créateur, il faut que chaque homme accueille en lui l’empreinte de l'esprit divin, c’est ce qui reste à chacun de découvrir. Dieu, pour sa part, veut que sa créature soit libre, c’est pourquoi il s’interdit d’intervenir de manière contraignante. Depuis toujours, il a fait le pari que l’homme se tournerait librement vers lui et accueilleraient  ses projets. C'est ainsi qu'il évoluera afin de devenir conforme  à l'image de Dieu. 

Mais si l’homme reste une créature libre, il n'en est pas moins  une créature au cou raide et Il réagit contre tout ce qu’il ne connaît pas. Tant qu’il n’a pas fait la connaissance de son Dieu il reste circonspect par rapport à tout ce qui peut  représenter le divin. L’homme moderne  conçoit le fait de refuser la présence  de Dieu en lui comme l’action spirituelle la plus subtile qu’il réussisse à entreprendre. C’est pourquoi les sociétés occidentales qui se prétendent évoluées cherchent à se séparer de l’idée même de Dieu et font de l’athéisme le stade le plus élaboré de la spiritualité humaine.
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Dieu ne cède pourtant pas et son esprit qu’il souffle sur le monde depuis les origines est toujours capable d’inverser le cours des choses. Par l'Esprit de Dieu qui repose en lui, Jésus  a provoqué des prises de conscience sans pareilles chez les hommes, il mobilise des collaborateurs pour aller à la pêche de leurs semblables. C’est pourquoi il nous invite à en faire partie pour appeler les hommes à se laisser saisir par Dieu, sans quoi ils n’arriveront jamais à la connaissance parfaite de leur humanité.

Qu’y a-t-il de plus exaltant que de participer à l’accomplissement de l’humanité ? Qu’y a-t-il de plus exaltant que de devenir les plus proches collaborateurs de Dieu et de participer avec lui à l’achèvement de la création? C’est le programme qui nous est proposé. Il semble même qu’il y ait urgence à l’accomplir, c’est pour cela que les deux frères Jacques et Jean abandonnent tout, y compris leur vieux père dans la barque pour répondre à cet appel. 

 Pourtant, les Eglises qui mobilisent l’enthousiasme  des hommes les plus dynamiques ont tendance à se tromper d’objectif en devenant auto consommatrices du salut. Elles ne se lassent pas de prêcher le salut dans les cercles fermés de leurs communautés. Elles entraînent leurs membres à continuer à acquérir un salut qu’ils ont déjà acquis et à méditer avec exaltation sur les bontés de Dieu qui ne cesse de les sauver. Elles ne cessent de prêcher  le salut individuel de leurs membres qui leur est déjà acquis et renâclent à donner priorité à la pêche en eau profonde pour participer au salut des autres.

Jésus nous a convaincus qu’il y avait urgence à s’occuper des hommes qui s’asphyxient loin de Dieu. Nous savons qu’ils ne peuvent trouver leur vraie personnalité que dans sa connaissance. Il faut que par leur comportement les chrétiens soient des signes d’espérance pour tous les hommes. Il faut que ceux qui aspirent à être libérés de la maladie, de la pauvreté, de l’injustice et qui continuent à se tenir loin de Dieu découvrent la vérité sur leur vie. Il faut que l’espérance qui s'est installée dans le cœur des croyants  irradie au-delà d'eux-mêmes. Il faut qu’ils deviennent  des chrétiens audacieux C’est facile à dire, moins facile à faire, mais c’est ce que nous demande celui qui nous a déjà sauvé. 

mardi 14 janvier 2020

Jean 1 29-34 Jésus Fils de Dieu dimannche 19 janvier


Jean  1 :29-34 Le fils de Dieu - dimanche  19 janvier 2014


29 Le lendemain, Jean vit Jésus venir à lui, et il dit : « Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. 30 C'est de lui que j'ai parlé quand j'ai dit : “Un homme vient après moi, mais il est plus important que moi, car il existait déjà avant moi.” 31 Je ne savais pas qui ce devait être, mais je suis venu baptiser avec de l'eau afin de le faire connaître au peuple d'Israël. »

32 Jean déclara encore : « J'ai vu l'Esprit de Dieu descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui. 33 Je ne savais pas encore qui il était, mais Dieu, qui m'a envoyé baptiser avec de l'eau, m'a dit : “Tu verras l'Esprit descendre et demeurer sur un homme ; c'est lui qui va baptiser avec le Saint-Esprit.” 34 J'ai vu cela, dit Jean, et j'atteste donc que cet homme est le Fils de Dieu. » 


De temps en temps, grâce au hasard de notre liste de lectures,  nous sommes amenés à nous poser des questions  concernant  les fondements de notre foi.  C’est  l’attribution du titre  de Fils de Dieu à Jésus qui nous interpelle aujourd'hui.  C’est ce titre qui est donné à Jésus par l’Evangéliste  Jean dès le premier chapitre  de son évangile :  « Et moi, j’ai vu et j’ai rendu témoignage que c’est lui le fils de Dieu ». Nous sommes tellement habitué à donner ce titre à Jésus que nous ne mesurons pas toujours la portée de ce qu’il recouvre.  Nous avons du mal à réaliser que ce titre lui a été donné par les hommes et qu’il ne se l’attribue pas à lui-même quand il parle de lui, à l’exception d’une seule fois où il cite une parole qu’on lui attribue, et encore utilise-t-il  dans une expression  plutôt curieuse : « parce que j’ai dit que je suis le fils de Dieu » Jean 10/ 36 Il préfère pour sa part se désigner par le titre de Fils de l’homme. Ceux qui lui donnent le titre de Fils de Dieu sont dans l’ordre : le diable, des possédés, ses disciples, Pierre, ses accusateurs,  un païen.

Il est bon de nous interroger pour savoir exactement ce que nous entendons vraiment  par ce titre quand nous l’utilisons.  Ce  sur quoi il est important de porter notre réflexion,  c’est de savoir pourquoi  nous avons privilégié cette formule, et de nous demander  ce que recouvre pour nous un tel titre.  En fait  nous répétons, selon la tradition,  ce que les Pères de l’Eglise ont dit dans les premiers siècles et ont inscrit dans les confessions de foi. Jésus a ainsi été enfermé dans cette réalité depuis les premiers temps de  l’Eglise et nous croyons que c’est une formule immuable qui s’impose d’elle-même. Nous pensons qu’elle fait partie de l’être même de Jésus. Nous l’affirmons dans nos discussions avec les juifs et les musulmans et nous restons surpris de ce qu’ils ne reconnaissent pas Jésus dans les mêmes termes que nous. Nous pensons que c’est sur ce titre que repose le point de rupture entre eux et nous. Cela reste à démontrer.

Jésus n’aurait sans doute pas aimé qu’on l’enferme dans une définition, même si elle exprime le mieux possible les critères de la foi. Tout au long de  sa vie Jésus a résisté à ce genre de tentative, c’est pourquoi il a accepté qu’on le désigne sous divers titres. Il est le Messie, le fils de l’homme, l’Emmanuel, le Nazoréen.  Il n’a voulu être vraiment ni prophète, ni rabbi, ni guérisseur, il était tout à la fois. Ainsi, même les Ecritures divergent sur l’accusation portée contre lui lors de son procès et on ne sait pas sur quel chef d’inculpation il a vraiment été exécuté. Ponce Pilate a signé à contre cœur la sentence de mort qui l’a envoyé à la potence comme roi des juifs, mais les grands prêtres ont vu en lui  un blasphémateur qui aurait mal parlé contre Dieu et contre le Temple. On précise même qu’on a eu du mal à  trouver des faux témoins capables de se mettre d’accord entre eux. Si Ponce Pilate essaye une ultime tentative pour le sauver, c’est qu’il n’y a pas de vrais critères qui l’accusent formellement.

Même dans sa mort, ses amis et ses ennemis n’ont pas su se mettre d’accord. De son vivant, Jésus s’est lui-même tourné en dérision. Il s’est plu à se présenter comme un buveur et un mangeur. Il avait une étrange liberté dans son comportement vis-à-vis de ceux qui l’entouraient si bien qu’ il était inclassable. C’est ainsi qu’il renvoie tout triste un jeune homme pieux et bon pratiquant de la Loi alors qu’il fait la fête  chez un riche péager sans mettre ses revenus douteux en cause. Il laisse une  femme aux mœurs légères le caresser en publique et flirte  avec une autre auprès d’un puits, mais il refuse que sa mère s’approche de lui.

Nous n’épuiserons pas  la liste des attitudes surprenantes qu’il a pu avoir. Le monde dans lequel il évoluait et qu’il appelait son Royaume était fait de règles dont lui seul savait les définitions. S’il interdisait le divorce, il semblait tolérer l’adultère.  Nul n’a jamais réussi à le faire entrer dans une catégorie bien définie et  il s’est bien gardé de nous aider à le faire. C’est sans doute à cause de cela que l’on s’est mis d’accord sur le titre le plus difficile à porter, celui de Fils de Dieu.

C’est au moment de sa mort que les choses paraissent le plus compliqué à comprendre. C’est pourtant elle qui nous  donnent la clé qui nous permet d’accéder à ce mystère. Alors que ses accusateurs interrogent  Jésus  sur sa véritable nature, en utilisant ce titre de Fils de Dieu en forme de  dérision, c’est un païen qui, pris d’émotion  l’utilise pour exprimer son désarroi.  L’officier romain en constatant la mort de Jésus dit alors, « Celui-ci était véritablement le Fils de Dieu ».  Mais c’était trop tard, Jésus n’était plus.  C’est ainsi que s’accomplissait  le processus qui entraînait Jésus vers la mort par obéissance à Dieu, comme si Dieu lui-même voulait qu’il passe par là. Dieu qu’il appelait son Père s’était tu, bien qu’il fût présent alors qu’il agonisait,  et que Jésus malgré tout espérait une autre fin que celle qui était en train de se produire.  « Que cette coupe passe loin de moi avait-il dit » mais  Dieu n’intervint pas. Il refusa   de modifier le cours des choses. Au moment suprême, la dernière parole de Jésus fut une parole de désespoir qui  semblait  établir  une rupture entre lui et Dieu :  « Mon Dieu mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? ».

Nous avons ici assisté à un combat de Jésus contre lui-même et contre Dieu. Même si  ce combat devait s’ouvrir sur la résurrection et sur une promesse de vie pour Jésus et pour tous ceux qui croiraient  en lui, ce n’est tout de même pas cette issue qui a  rendu  le titre de Fils de Dieu évident.

Il  est très difficile dans ces conditions de rendre compte de ce qui s’est passé ce jour-là, le 7 avril de l’an 30.  Le projet de salut de Dieu en la personne de Jésus était rendu  cependant manifeste par la résurrection.   La vie de chaque croyant entrait avec Jésus ressuscité dans l’intemporalité de Dieu et  était absorbée par le divin.  Il y avait comme un chassé-croisé entre la mort de Jésus et la nôtre, entre la résurrection de Jésus et notre propre vie. Une telle réalité nous permettait de reconnaître en  Jésus le fils de Dieu mais  destinait en même temps chacun de ceux qui croient à devenir ses frères, si bien que quand nous  disons que Jésus est fils de Dieu, nous nous impliquons dans ce grand mouvement  de résurrection qu’il a initié. Nous nous trouvons alors personnellement impliqué dans ce titre que nous lui donnons.


C’est à cause de cela  que Jésus était insaisissable de son vivant  par des gens qui n’étaient pas encore  impliqués avec lui dans le mystère de sa passion.  Le titre de Fils de Dieu ne vise pas à enfermer  la personne de Jésus dans un dogmatisme étroit, mais à donner toute sa valeur  à la vie que nous recevons de lui au travers du mystère de sa passion.

  Ce n’est pas dans nos discours théologiquement correctes que jaillit l’espérance, mais c’est parce qu’un jour Dieu a laissé sa gloire anéantie dans la mort de Jésus  pour ressurgir dans la vie nouvelle qu’il nous offre.

Depuis cet évènement un immense souffle de liberté s’est emparé de l’humanité car tout geste qui fait vivre est désormais porteur de salut pour quiconque le reçoit. C’est la vie que Dieu lui donne qui élève Jésus au rang de Fils de Dieu et il  se passe la même chose pour  nous. La résurrection fait aussi de nous, à notre tour, des enfants de Dieu.  En donnant ce titre de Fils de Dieu à Jésus, nous impliquons aussi qu’il nous concerne personnellement.



Illustrations de Georges Rouault

mercredi 8 janvier 2020

Matthieu 3/13-17 Le baptême de Jésus Dimanche 12 janvier 2020






Matthieu 3/13-17 Le Baptême de Jésus

dimanche 12 janvier 2014


13 Alors Jésus vint de la Galilée au Jourdain vers Jean, pour être baptisé par lui. 14 Mais Jean s'y opposait en disant : C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi et c'est toi qui viens à moi ! 15 Jésus lui répondit : Laisse faire maintenant, car il est convenable que nous accomplissions ainsi toute justice. Alors Jean le laissa faire. 16 Aussitôt baptisé, Jésus sortit de l'eau. Et voici : les cieux s'ouvrirent, il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. 17 Et voici qu'une voix fit entendre des cieux ces paroles : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection. 




Nous avons périodiquement besoin de nous rappeler que nous ne sommes pas seuls sur cette terre. Nous ne sommes pas seulement le résultat de l’évolution des espèces qui en se spécifiant ont donné l’homo sapiens dont nous sommes tous les ultimes produits. L’être humain n’est pas seulement une merveilleuse combinaison de neurones qui feraient de lui la plus merveilleuses des machines à penser qui ait foulé le sol de notre planète. Il y a hors de nous  et en nous, un esprit créateur qui nous enveloppe de sa présence et qui fait de nous des êtres à part. Nous avons la possibilité d’être habités par lui, de l’accueillir en nous et de progresser grâce à lui sur les chemins de la perfection.


Qu’en est-il alors de notre liberté vont s’écrier les humanistes pointilleux ? Si nous avons la possibilité d’être habités par un esprit supérieur à nous-mêmes, nous ne sommes plus libres de nos initiatives et de nos mouvements. Nous ne sommes plus libres de gérer la terre comme nous voudrions le faire. Nos prétentions à développer notre intelligence par nous-mêmes jusqu’à l’infini est-elle vaine ?


Dès que l’on émet l’hypothèse d’un Dieu qui interviendrait dans notre évolution et qui orienterait nos actions, il se trouve toujours quelqu’un pour protester. Il est de bon ton de revendiquer ses droits à une totale liberté et d’accuser les tenants des religions de vouloir dominer les masses et de les empêcher de penser par elles-mêmes.  Il est vrai qu'au cours des siècles elles ont cherché à réguler le cours des choses, sur la face du monde, en fonction de leurs aprioris.

 

Qu'il nous soit permis de jeter un œil critique sur la planète pour y vérifier si l’homme,  aujourd'hui libéré du fardeau des religions  a su se mettre  en harmonie avec tout ce qui existe.


Même  si la chasse à la baleine risque d'être interdite sur toute la surface du globe, on assiste cependant depuis toujours, et ce n’est pas fini, à une tentative des hommes à dominer le monde  pour le soumettre à leur seul  profit. Pire on assiste aussi à une  chasse à l’homme par l’homme. Les humains les plus nantis, tirent avantage de leur situation, ce qui a pour effet, d’asservir les autres en dépit des propos altruistes que profèrent les premiers. Ce n’est pas parce qu’un élan de générosité remarquable se produit parfois, grâce à l’insistance appuyée des chaînes de télévision que l’humanité entière s’est convertie à l’altruisme. Il faudrait analyser en profondeur cet élan qui, s’il témoigne de nos capacités à réagir face à la détresse des autres n’a encore, pour le moment rien changé à nos instincts dominateurs.


Ce  constat est trop succinct pour conclure que l’instinct naturel de chacun est de dominer son voisin. Mais je donnerai quand même quelque crédit à notre bonne vieille Bible qui rapporte dès sa troisième page le récit du rapport de force entre deux frères au cours duquel le plus fort supplante le plus faible. Ce qui tendrait à dire, dès les première plages du saint Livre que l’homme naturel semble ne pas être un modèle d’altruisme. Le contraire n'a pas encore été démontré.

 
Profitant de ce constat, les mouvements spirituels, érigés en religion ont tendance à dominer leurs adeptes et à prétendre orienter leurs modes de penser vers un peu plus de générosité.  Pour ce faire, ils  seraient  enclins à vouloir les priver de liberté. Toutes les religions sont tombées dans ce travers et continuent à le faire. Elles donnent prise à la critique de leurs adversaires, comme nous l'évoquions plus haut, mais nous verrons que c’est quand même eux qui sont dans l’erreur. Pourtant, si ce constat met en cause les religions, il ne met pas en cause l’aspiration à la spiritualité qui sommeille en chaque homme. La plupart des individus aspirent  à recevoir la visite d’un souffle venu d’en haut qui les  pousserait  hors d’eux-mêmes pour les aider à se mettre en harmonie avec tout ce qui les entoure. Ce sentiment est partagé par beaucoup d'humains sur terre qui, s'ils   cherchent à se libérer des religions,  ne cherchent pas à s'écarter de la spiritualité.


Forts de ces réflexions, somme toute bien banales, nous nous laissons saisir par le récit du baptême de Jésus tel que l’Évangéliste Matthieu nous le transmet. Il nous est dit que l’Esprit descendit sur Jésus et qu’une voix se fit entendre. Si c’est l’esprit qui descend, cela veut dire que ce n’est pas l’homme qui est à l’origine de ce mouvement. Les hommes ont tendance à croire qu’ils peuvent atteindre Dieu par leurs propres forces et qu’ils ont le pouvoir de pénétrer par leurs efforts personnels le mystère divin. Il n’en est rien.


Il nous est dit le contraire, l’homme reçoit la visite du divin qui vient habiter en lui et c’est le son de la voix de Dieu qui lui révèle la présence de l’esprit en lui. Cette voix ne se formule pas forcément de manière audible, mais elle se perçoit cependant à l’intérieur de la conscience de celui qui la reçoit. La présence de l’Esprit ne se cherche pas, elle se constate. Ici, dans le récit de l’Evangile, la voix venue d’ailleurs révèle ce qui se passe. Il en va de même dans nos expériences personnelles. L’esprit descend en nous et nous bouscule. Personne n’est sensé échapper à cette visite de l’esprit, mais tout le monde ne la constate pas et ceux qui ne le font pas pensent qu’ils ont été oubliés.


Ici l’Evangile nous explique que c’est la voix qui se fait entendre qui donne l’explication : « celui-ci est mon fils bien aimé ». Nous devons être attentifs à cela car dans l’Écriture c’est la parole de Dieu qui crée. Dieu crée en mettant de l’harmonie dans le chaos et c’est par sa voix qu’il le fait. Donc c’est en constatant qu’il se crée en nous un désir d’harmonie que nous savons que l’Esprit de Dieu nous a visités.


Allons-nous résister et passer à côté ? Nous allons sans doute nous laisser séduire par ce sentiment, et si nous persévérons dans ce sens nous finirons par découvrir la réalité de celui qui nous le fait éprouver. Il est Dieu. C’est alors que sa Parole prend du sens et que l’Écriture résonne en nous comme l’expression de sa volonté. La Bible dans laquelle il se révèle devient alors parole de Dieu pour nous. Elle nous guide pour que nous entrions dans ce mouvement créateur de Dieu dont l’amour est  le moteur. Le résultat de son action se découvre dans l’harmonie qui s’installe dans nos pensées et nos comportements.



Quand nous sommes, visités par l’Esprit de Dieu, il subsiste encore en nous des zones de résistance qui nous poussent à douter. Il y a des éléments qui font obstacle à l’instinct d’amour qui cherche à s'emparer de nous. C’est pourquoi l’Esprit ne cesse de souffler sur nous. Il nous pousse à nous dépasser et à combattre contre ce qui nous retient. Il nous aide à devenir libres, puisque la liberté consiste à aider les choses à se faire pour, le mieux-être du plus grand nombre.


Les projets que nous entreprendrons désormais seront forcément porteurs de l’empreinte de l’Esprit de Dieu qui nous anime désormais. Sans nous en rendre compte, ainsi guidés par lui, nous continuerons son œuvre de création en mettant un peu d’amour, là où il n’y en a pas. C’est ainsi qu’imperceptiblement le monde entre dans le programme créateur de Dieu qui ne peut se mettre en place que par des hommes et des femmes habités par son Esprit. Ce récit du baptême de Jésus nous invite donc à faire le point sur nous-mêmes, pour que nous découvrions notre vocation à nous mettre à l’œuvre dans ce monde, sous la conduite de Dieu, afin qu’il devienne conforme au projet qu'il a formulé pour lui.











vendredi 20 décembre 2019

Jean 1/1-18 Noël 25 décembre 2019


Jean 1/1-18

«  Au commencement était la parole et la parole était Dieu. Elle était au commencement. Tout a été fait par elle et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle. Elle était la vie et la vie était la lumière des hommes… »



La parole se diffuse dans le monde au moyen des voix et ces voix sont aussi nombreuses qu’il y a d’humains pour les proférer. Chacun d’entre nous est capable d’émettre une voix. Mais chacun d’entre nous est aussi visité par une multitude de voix qui viennent d’ailleurs et qui pour un temps viennent habiter en lui. Ces voix proviennent du passé et maintiennent vivant en nous le souvenir de ceux qui ont partagé notre vie. La vie  de tous ces êtres que nous avons aimés demeure vivante en nous grâce au mystère de ses voix dont notre mémoire en en  gardant le timbre les empêche de mourir. Notre esprit a reçu ce pouvoir de maintenir en vie ceux que la parole de Dieu a promis à la résurrection.

Ne soyons donc pas étonnés si Dieu se sert de ces mêmes moyens pour venir habiter notre esprit et se révéler personnellement à chacun de nous. Dieu se sert de ces mêmes médias qui fonctionnent  en nous pour nous parler personnellement de lui et faire jaillir en nous une vie nouvelle qui lui appartient et qu’il nous destine. Dieu n’est ni étranger ni extérieur au fonctionnement de notre esprit qui agit en nous comme un organe révélateur de sa personne. Pour parvenir jusqu’à nous, Dieu emprunte les mêmes chemins que ceux que notre esprit fréquente pour maintenir en vie ceux qui ont marqué  notre existence. La voix de Dieu est alors révélatrice de vie pour nous.

Pour se révéler au monde, Dieu se sert de notre esprit. C’est un procédé spécifiquement humain qui caractérise le fonctionnement de tous les humains sur terre. Il utilise le langage articulé qui est le propre  de l’homme. C’est grâce à ce langage articulé qu’il nous aide à formuler toutes les questions que nous avons en nous et qui le concernent. C’est par ce même langage qu’il nous aide à trouver les réponses qu’il a déjà déposées dans le passé auprès de ceux  qui ont fait sa connaissance. Ces réponses se trouvent dans les récits de ceux qui ont été avant nous et dont la sagesse visite encore notre esprit qu’elle marque de son empreinte. Quand nous disons que Dieu a parlé  par les prophètes nous avons du mal à imaginer que c’est à notre intention qu’il l’a fait et que leur témoignage a emprunté la sagesse de tous  ceux qui étaient avant nous pour nous apporter la science de Dieu.

Jésus et les prophètes ont formulé leur message dans les témoignages qu’ils ont donnés à leurs peuples et qui ont été conservés par écrit, comme une longue aventure humaine qu’ils ont vécu avec Dieu et dont les différents épisodes parlent à notre esprit. C’est ainsi que Dieu continue à nous parler et que sa parole reste vivante en nous.

Ils nous ont dit que cette voix crie dans le désert. C’est d’abord ainsi que notre esprit inquiet la reçoit et se demande quelle peut être cette voix  qui travaille dans notre désert intérieur. Il se demande  quelle est la portée de cette  voix qui le trouble et qui met en évidence nos inquiétudes. Mais très vite il se dit que si ce message provient de Dieu, il ne peut  être qu’un message d’espérance. Par cette allusion au désert, la voix nous dit qu’il n’existe aucun lieu, aussi inhospitalier soit-il où Dieu ne peut rejoindre celui qui s’y trouve. Il n’y a pas de cœur assez sec qui ne puisse être irrigué par l’esprit de Dieu. La voix ainsi, résonne de proche en proche pour atteindre notre esprit qui reçoit le message cinq sur cinq et qui comprend que la voix est celle de Dieu. Il découvre que le désert, c’est l’aridité de notre esprit qui doit se rendre disponible pour être irrigué par Dieu.

Ce moment de Noël, où la voix résonne est un moment favorable pour être captée par notre esprit rebelle car des voix discordantes s’opposent les unes aux autres pour mieux mettre en évidence celle qui vient de Dieu. Ne va-t-on pas jusqu’à prétendre que Dieu a perdu la partie. Que nous célébrons de plus en plus des Noëls païens où Dieu n’a plus sa place. On déplore l’abandon des traditions comme si la voix de Dieu ne trouvait plus son chemin aux travers des aventures humaines.

Pourtant c’est dans une aventure humaine dont les éléments ne cessent  d’être discordants que nous nous plaisons à entendre la voix de Dieu et que cette voix divine fait écho à toutes les préoccupations humaines qui de tous les temps ont porté ce message de Dieu. C’est d’abord dans la voix de bergers qui font partie des pauvres parmi les pauvres, c’est dans le bêlement discordant des brebis, le plus bête de tous les animaux de la ferme que retentit le premier son du message divin qui prend pour support les vagissements d’un bébé qui ne sait pas où reposer se tête d’immigré en mal de demeure. Les humains qu’on nous y présente n’ont plus de voix  et ils ne trouvent face à eux que les ordres d’un roi sanguinaire qui s’en prend à tous les nourrissons de son royaume. On y rencontre aussi des savants qui découvrent dans les étoiles les secrets de Dieu. C’est dans les étoiles qu’ils entendent aussi  la voix de Dieu  et qu’ils  y découvrent  le bon chemin. A tous les coups ils ont croisé sur leur route des gens sur le chemin de l’exil,  des hommes avides d’espérance qui gonflaient leur bateau en caoutchouc pour traverser les mers hostiles. Ils ont traversé des villages inondés par la furie des rivières et ils ont vu des maisons que la colère des éléments a détruites.

Les jours qui se préparent sont eux aussi porteurs de voix mystérieuses dont il faut apprendre à lire les messages. Elles peuvent prendre l’accent de la compassion de Dieu pour les uns  ou de la cupidité des hommes pour les autres. Qui saura reconnaître la voix de Dieu dans les voix discordantes qui prétendent parler pour notre temps. Soudain une petite voix, celle d’une toute jeunes fille s’élève pour dire qu’elle rend grâce à Dieu car il est en train de détrôner les puissants et de remplir le monde d’espérance. Elle s’accorde semble-t-il à la voix de toutes ces femmes qui réclament justice ainsi que le droit de vivre normalement. Les cris d’un nouveau-né ne nous laissent pas ignorer la voix des enfants qui s’inquiètent  menacés par un climat dont nous ignorons les caprices  du moment.

 Chacun sait que tout message porteur d’amour, quel qu’en soit le messager est susceptible de porter une partie du message divin. C’est alors  que peut s’établir  une forme de dialogue avec Dieu. D’une part nous recevons les échos que les hommes de ce temps nous envoient, et qui s’opposent, d’autre part au message des prophètes. C’est alors que la voix qui crie dans le désert nous invite à mettre en dialogue toutes ces voix qui discordent entre elles afin qu’une possibilité d’espérance trouve sa place dans la cacophonie ambiante. Pour ce jeune père en quête d’espérance, la voix de Dieu l’enjoignit à prendre la fuite loin du tyran. Il ne tergiversa  pas pour savoir s’il y avait une autre solution et il comprit que la voix de Dieu le poussait à l’exil avec la mère et l’enfant.

 Dieu nous fait  confiance à chacun pour chercher à discerner comment la voix de Dieu nous met sur le chemin de l’espérance, même quand elle ne passe pas par le chemin de la raison, sans oublier que c’est  l’amour qu’il nous donne comme unique bagage.


La voix de Dieu que nous découvrons en nous, nous dirige toujours vers le chemin qui mène à la vie, car Dieu s’associe au destin des hommes pour toujours leur éclairer le chemin de la vie




vendredi 13 décembre 2019

Matthieu 1/18-25 Dieu offre la vie au monde Matthieu 1/18-25





18 Voici comment arriva la naissance de Jésus-Christ. Marie, sa mère, était fiancée à Joseph ; avant leur union, elle se trouva enceinte par le fait de l'Esprit saint. 19 Joseph, son mari, qui était juste et qui ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la répudier en secret. 20 Comme il y pensait, l'ange du Seigneur lui apparut en rêve et dit : Joseph, fils de David, n'aie pas peur de prendre chez toi Marie, ta femme, car l'enfant qu'elle a conçu vient de l'Esprit saint ; 21 elle mettra au monde un fils, et tu l'appelleras du nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. 22 Tout cela arriva afin que s'accomplisse ce que le Seigneur avait dit par l'entremise du prophète :

23 La vierge sera enceinte ; elle mettra au monde un fils

et on l'appellera du nom d'Emmanuel,

ce qui se traduit : Dieu avec nous.24 A son réveil, Joseph fit ce que l'ange du Seigneur lui avait ordonné, et il prit sa femme chez lui. 25 Mais il n'eut pas de relations avec elle jusqu'à ce qu'elle eût mis au monde un fils, qu'il appela du nom de Jésus.





Il est des temps hors du temps. Il est une histoire hors de l’histoire. Il est une aventure inaccessible. C’est l’histoire de la goutte d’eau qui pour la première fois se mit à vibrer de la vie qui allait se manifester dans l’univers. Mettez-vous à la place de Dieu et essayez de songer à l’état d’esprit qui se trouvait être le sien. Cette apparition de la vie dans l’univers fut sans doute pour lui un instant d’immense émotion, semblable à celle qu’il éprouva au moment où Jésus vint au monde portant dans ses gènes tout le mystère de l’incarnation. Des milliards d’années avant la naissance de Jésus quelque chose s’était produit quelque part dans les eaux, au cœur de la planète qui n’était pas encore la terre et la vie avait surgi.

C’était une apparence, une chose indéfinissable, un protozoaire, peut-être, qui pour la première fois se mit à se diviser de l’intérieur et devint matière vivante. L’événement n’a jamais été raconté et il n’y eut aucun témoin. On sait seulement que ça a eu lieu. On sait qu’après le fracas étourdissant que produisit l’onde de choc qui provoqua la naissance du monde, le Créateur retint son souffle pour que la vibration qui se propagea ne détruise pas ce qu’il avait en tête de voir se réaliser.

C’est ainsi, nous est-il dit, qu’il y eut un soir et qu’il y eut un matin, ce fut le troisième jour, et personne n’était là pour contempler cette merveille, si non Dieu lui-même. Le Créateur qui avait ouvert l’histoire de l’univers par le fracas du big-bang, dont on ne peut pas imaginer la puissance, suspendait son souffle pour contempler une goutte d’eau toute frémissante de la vie qui était en train de se mettre à exister. 

Le même miracle de la vie qui surgit là où cela paraît impossible s’actualise chaque année à cette même époque quand le monde entier suspend le cours de ses activités pour évoquer le mystère de Noël. Une fois encore nous nous redisons les uns aux autres que la réalité fragile qui porte la vie est habitée par Dieu. Nous revivons encore dans un même émerveillement ce moment unique où Dieu mêle sa divinité à l’humanité, comme jadis il avait mêlé son souffle créateur à l’apparition de l’ADN qui de proche en proche avait rempli, la terre de toutes les formes que peut prendre la vie.

A force de science et de patiences, penchées sur leurs instruments et sur leurs ordinateurs, les hommes ont retrouvé les traces de l’histoire de la vie jaillie dans une goutte d’eau. Forts de leurs découvertes, au lieu de rendre grâce au Créateur, ils ont pris la grosse tête. Ils ont cru qu’en ayant découvert les secrets de l’origine de la vie, ils étaient devenus maîtres de la vie. Non seulement ils ont continué à en disposer à leur guise, mais ils l’ont aussi supprimée là où elle les gênait. Ils ont cherché à la soumettre à leur volonté, ils s’en sont pris à son mode de transmission et de reproduction. Ils croient pouvoir encore faire évoluer la vie à leur guise sans se soucier de Dieu. Pourtant ils ont des doutes…

Dieu qui contemple tout cela n’en est pas surpris. Il sait que la goutte d’eau qui pour la première fois a porté la vie avait en germe cette prétention de la créature vivante à supplanter son créateur. Le génie humain qui allait se mettre en ébullition au soir du sixième jour de la création était déjà conçu par Dieu pour se révolter contre son lui afin de trouver dans l’accomplissement de sa révolte le sens de son destin. En effet dans l’esprit de Dieu tout cela avait du sens et de la cohérence. 

Il m’ a semblé nécessaire aujourd’hui de retourner si loin dans le passé car, il fallait rappeler qu’il n’y a pas dans l’histoire du monde d’événement plus important que l’histoire de cette première goutte d’eau et l’histoire de la naissance de Jésus. L’une fait suite à l’autre à des milliards d’années d’intervalle. Le monde mettait en œuvre ce que Dieu avait décidé. Dans un premier temps il s’agissait de provoquer le jaillissement de la vie dans l’univers et dans un deuxième temps il s’agissait pour Dieu de venir s’installer au cœur de l’humanité. Toutes ces choses compliquées, la Bible nous les redit avec une simplicité naïve dans les récits de la nativité.

- Tout nous est dit sur le projet de Dieu qui vient habiter l’humanité. C’est le récit de la vierge devenue mère qui nous en rend compte.

- Tout nous est dit sur la fragilité de l’existence et sur les menaces de mort qui planent sur la vie à peine éclose. C’est ce que nous découvrons dans le comportement du roi Hérode qui arme ses soldats pour tuer un enfant. Il confirme par son geste l’arrogance de ceux, qui arrivés au faîte du pouvoir le confisquent à leur profit.

- Tout nous est dit des combats que livrent les hommes à Dieu pour lui ravir ses secrets. Nous le repérons en contemplant les savants de Jérusalem qui consultent les écrits, compulsent la Torah, vérifient les Ecrits pour repérer que Dieu a choisi la petite ville de Bethlehem pour s’incarner

- Tout nous est dit de la tranquille assurance avec laquelle Dieu contrôle les puissances hostiles et déjoue les comportements du malin. C’est pour cela que les anges entrent en action, que Joseph écoute et obéit que Marie s’émerveille et que tout se passe conformément à ce qui avait été dit.

- Tout nous est dit sur l’espérance offerte à tous les hommes. Mages et bergers, tous sont là pour entendre et rapporter tout ce que l’humanité est en droit d’espérer. 

Malgré cela, le monde continue à fonctionner comme si cette histoire n’était qu’une fiction, et comme si le récit de Noël n’était qu’un conte pour enfants. Nous avons du mal à comprendre que Dieu vient au plus intime de la réalité humaine pour la transformer en une réalité divine. Nous n’arrivons pas à croire que Dieu en intervenant dans l’humanité transforme notre destin à tout jamais et nous avons du mal à croire que l’éternité fait désormais partie intégrante de notre avenir. Nous avons du mal à admettre que notre destin n’est pas lié aux promesses d’un progrès humain illimité, mais à la certitude que Dieu habite dès aujourd’hui notre vie. Si nous ne savons pas ce que signifie ce mystère nous devons cependant réaliser qu’il est l’aboutissement de la création et que Dieu a prévu que nous soyons concernés. Tout se tient dans ces deux événements où Dieu crée la vie et où ensuite, il vient lui-même habiter la vie.

L’enfant qui naît à Noël n’est que l’enfant d’un jour. Il provoque notre émotion et nous rend conscients de notre vulnérabilité. Nous comprenons au contact de son histoire que si les moutons qui l’entourent dans la bergerie sont inoffensifs, il y a cependant des loups dehors qui tel Hérode cherchent à se nourrir de la vie des autres. Le monde est un monde où les pouvoirs s’affrontent, les vaincus disparaissent et les vainqueurs deviennent plus forts, mais disparaissent à leur tour, vaincus par plus forts qu’eux. C’est la loi du genre. Mais Dieu ne s’y résigne pas. 

En effet, si nous cherchons la vérité il faut la chercher ailleurs que dans les faits marquants de l’histoire des hommes. En se révélant dans un enfant Dieu nous apprend que la vérité reste invisible aux yeux des puissants et que même les savants ne la voient pas. L’enfant a grandi et la vérité sur Dieu est devenue plus pertinente à mesure qu’il se développait. Nous découvrons que Dieu dépose dans tous les hommes un ferment d’éternité. Il ne peut se développer que si la sauvegarde de la vie prend le dessus sur toutes les activités humaines. C’est en valorisant la vie de ceux avec qui nous sommes en contact que l’éternité pourra jaillir en nous, par une osmose subtile entre Dieu et nous. L’éternité n’est pas une valeur abstraite sur laquelle nous pouvons disserter sans fondement. Elle fait partie de l’espérance et nous ne pouvons y accéder que si nous la recevons de Dieu quand il nous met en relation avec nos semblables. Pour entrer dans l’éternité, il nous faut donc deux partenaires, Dieu et nos frères en humanité.



Comme au lendemain du big-bang, Dieu observe l’humanité et la regarde évoluer. Tout dépend désormais pour chacun de nous de l’approche qu’il aura de son prochain. S’il l’exploite et cherche à le dominer, en dépit des apparences son existence sera privée de sens. Il risquera de passer à côté de l’éternité sans s’en rendre compte. Par contre s’il trouve de l’intérêt dans sa propre vie en mettant en valeur la vie des autres, il sautera à pieds joints dans l’éternité sans même le savoir. Les apparences restent donc trompeuses, car ce qui compte pour Dieu, c’est qu’au contact de l’enfant qui est né à Noël nos vies s’identifient à la sienne au point que l’éternité qui le caractérise devienne notre éternité.

mercredi 11 décembre 2019

Matthieu 11/2-11Es-tu celui qui doit venir? Dimanche 15 décembre 2015


Es-tu celui qui doit venir ou



devons-nous en attendre un autre?

Matthieu 11:2-11 Dimanche 15 décembre 2019




2 Or Jean, dans sa prison, avait entendu parler des œuvres du Christ. Et il envoya dire par ses disciples : 3 Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? 4 Jésus leur répondit : Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : 5 Les aveugles recouvrent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres.

6 Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute ! A leur départ, Jésus se mit à dire aux foules, 7 à propos de Jean : Qu'êtes-vous allés contempler au désert ? Un roseau agité par le vent ? 8 Mais qu'êtes-vous allés voir ? Un homme vêtu somptueusement ? Mais ceux qui portent des vêtements somptueux sont dans les maisons des rois. 9 Qu'êtes-vous donc allés (faire) ? Voir un prophète ? Oui, vous dis-je, et plus qu'un prophète. 10 Car c'est celui dont il est écrit : Voici, j'envoie mon messager devant ta face, pour préparer ton chemin devant toi. 11 En vérité je vous le dis, parmi ceux qui sont nés de femmes, il ne s'en est pas levé de plus grand que Jean-Baptiste. Cependant le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui.
 



Nous  nous approchons irrésistiblement de ce temps de Noël où le monde, se donne à espérer. On espère, le temps d’une nuit, que toutes les promesses des prophètes vont se réaliser. C’est alors que l’obscurité qui nous entoure paraît moins épaisse et qu’une  étoile vient l’éclairer pour guider les pas d’étranges voyageurs. Ils viennent sur le devant de la scène du monde abandonner joyeusement fortune et pouvoir alors que la nuit se referme sur l’oubli de leur passage. Tout se passe comme si le renoncement à la notoriété, à la fortune et au prestige pouvait se faire simplement et naturellement. Tout en nous comblant d’espérance, cette évocation du passage des mages nous permet de penser que toutes les choses que nous contestons dans ce monde pourraient être améliorées si on y mettait un peu de bonne volonté. Nos cœurs trop durs s’attendrissent alors, et notre âme se prépare à accueillir notre Dieu.

Mais ne brûlons pas les étapes. La lecture de ce jour nous propose de croiser les pas de Jean Baptiste qui nous invite à partager sa colère contre tous ceux qui conduisent leur vie à contrecourant de ce que Dieu souhaite.

Le personnage de Jean dit le baptiste est fascinant. Nous le rejoignons dans sa prison où il se pose les questions fondamentales de sa vie. Il s’interroge sur Jésus et se demande s’il est celui qui devait venir pour permettre aux hommes d’être plus proches de Dieu. Il se demande s’il va répondre à son attente et à notre attente.

Mais qu’attendons-nous en vérité ? Qu’attendent de Dieu les hommes qui espèrent en lui ? Ils espèrent des réponses claires. Ils attendent que Dieu les distingue parmi les autres et les favorisent dans la vie en leur permettant une existence meilleure que celle que la société leur réserve. Ils attendent que Dieu bouscule leur réalité quotidienne en mettant devant eux une espérance concrète. Depuis les jours de Jean baptiste, nous attendons toujours la même chose, mais la réalité d’aujourd’hui ne semble pas plus évidente que la réalité d’hier. Pourtant Jean baptiste semblait sûr de son fait !

Il avait senti venir de loin ce changement tant espéré. Il en avait trouvé l’annonce dans les discours des prophètes de jadis dont le message était conservé dans les Ecritures. Il avait tout abandonné pour prêter sa voix à Dieu afin de répéter ces messages d’autrefois qui avait conservé toute leur pertinence. Ces message étaient ceux que les foules attendaient puisqu’elles se précipitaient en masse dans les lieux déserts pour l’écouter, tant il est vrai que les hommes aiment se faire bousculer par des paroles provocantes. L’éloquence de Jean Baptiste dénonçait leurs péchés, étalait en public leurs forfaitures. Elle s’accompagnait en même temps de gestes de purification. L’espérance grandissait.

Le Messie pouvait donc venir. Ne l’avait-il pas reconnu dans cet homme, issu de sa propre famille qui était venu se faire immerger par lui dans le désert ? Depuis il avait entrepris une carrière de prédicateur comme lui, et il faisait des miracles. 

Maintenant Jean attendait la mort dans sa geôle sans avoir la preuve que tout cela venait de Dieu. Malgré les promesses qui lui parvenaient de l’extérieur, il restait enfermé et oublié. Le tyran était toujours au pouvoir et malgré les belles paroles de Jésus rien de nouveau ne se passait vraiment. Le changement annoncé ne se voyait pas vraiment. Autant dire qu’il n’y avait pas vraiment de changement. Il y avait des conversions individuelles, mais la prise en main du monde par Dieu n’était toujours pas visible.

Depuis cette époque reculée, la présence de Dieu ne semble toujours pas visible. Jésus a prêché un Evangile dont les termes, aux dires de beaucoup, sont révolutionnaires, mais rien n’a changé. Comme Jean, Jésus mourra martyr ! Rien ne changera pour autant. Sa résurrection proclamée par tant de croyants ne semble pas avoir changé grand-chose au cours de l'histoire. Y a-t-il alors quelque chose que nous n’avons pas compris ? 

Que cherchaient les foules en allant au désert pour se faire baptiser? Espéraient-elles que le  comportement de Dieu allait changer?  En fait l’homme peut-il  provoquer un changement quelconque  en Dieu ? Sans doute ont-ils tous cru pouvoir faire pression sur lui par leurs gestes de repentance pour que Dieu se décide à changer la société. Ils espéraient que Dieu allait faire le travail à leur place !

Jean dans sa prison devait penser que sa vie avait été un échec et que sa foi en Jésus avait été un leurre ! C’est aussi ce que pensent encore aujourd’hui, ceux qui rangent Jésus parmi les philosophes et qui font de lui un sage inspiré, en refusant de croire que c’est en tant que témoin de Dieu qu’il parlait et qu’il agissait. C’est pour cela que Jésus a déclaré de Jean qu’il était le plus grand des prophètes. Jean avait perçu que c’est le cœur des hommes qui devait se transformer s’ils voulaient voir un changement s’opérer du côté de Dieu, car c’est en Dieu que les hommes doivent puiser les idées généreuses qui leur permettront de changer le monde. Ces idées ils les trouveront dans les paroles de Jésus. La possibilité de les réaliser leur est donnée par l’Esprit de Dieu qui ne cesse de souffler sur chacun de nous.

Il  y a au cœur de chaque homme un capital de générosité qui demande à s’exprimer et à être mis en valeur. Mais cette entreprise ne peut être couronnée de succès que si Dieu en est le garant. Tant que les hommes essayeront de changer les choses sans chercher à être guidés par Dieu, leur entreprise tournera à l’échec. La réponse de Jésus à Jean Baptiste le confirme dans cette intuition. Il lui dit en substance que c’est bien la voix de Dieu qu’il a entendue à travers celle des prophètes et que c’est bien Dieu qui l’a guidé pour agir comme il l’a fait. Mais ce n’est pas Dieu qui l’a conduit en prison, c’est la dure loi des hommes, et s’il meurt ce ne sera pas le fait de Dieu. Mais en aucune façon son entreprise n’aura été un échec.

Chaque époque a vu se lever des hommes aux idées généreuses, prêts à changer le monde. Ils ont parfois aimé se vêtir de manière différente de celle des populations qui les entouraient, si bien que pour eux le vêtement de poil de chameau de Jean est devenu le blouson de cuir ou les chemises à fleurs de certains ou encore  des gilets jaunes.
 
Leurs protestations véhémentes rejoignaient celles de Jean. Puis déçus du manque de suite dans leurs protestations, ils s’enferment eux-mêmes dans la prison de leurs propres théories en se demandant pourquoi leurs idées n’ont pas portées de meilleurs fruits. La question qu’ils devaient et qu’ils doivent encore se poser est la même que celle de Jean. Où était Dieu dans leur entreprise ? 

A  tous ceux qui rêvent de changer le monde, Jésus apporte une réponse que beaucoup récusent. Le changement commence par le changement de soi-même par une descente dans notre fort intérieur pour y rencontrer Dieu qui y mettra certainement en cause notre vanité, notre égoïsme, notre manque d’amour.

Cette  remise en cause de nous-mêmes nous amène invariablement à découvrir Dieu sous un autre aspect. Son amour modifie notre vision des choses et si nos idées généreuses ne sont pas suivies d’effet, elles ne sont pas forcément le signe d’un échec. C’est là l’effet de la dureté du cœur des hommes au milieu desquels Dieu nous demande d’apporter la contradiction qui est la base sur laquelle il construit son Royaume. Cela, nous devons le faire maintenant avec le renoncement à soi pour instrument d’action et l’amour pour les autres comme matière première.



Ainsi  se confirme la grande espérance qui jaillit des récits de Noël. Rejoignons les mages que nous évoquions en commençant ce propos. Le récit de leur aventure qui nous est parvenu est largement légendaire. Il a été forgé par des générations de croyants dont l’Evangile de Matthieu n’a retenu qu’une petite partie. On en a fait des rois, qui ont abandonné, leur fortune pour repartir tout joyeux, délestés de leur puissance, vers un autre destin. Dieu les a guidés dans la nuit des hommes par une petite étoile que l’on cherche encore. C’est cette même étoile qui conduira chacun de nous à renoncer à lui-même pour construire son destin et édifier avec Dieu son royaume qui vient.