mardi 24 novembre 2009

Jean Baptiste - Jésus Luc 3/10-18 dimanche 13 décembre 2009

Luc 3 :10-18

10 Les foules l'interrogeaient : Que ferons-nous donc ? 11 Il leur répondit : Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n'en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même. 12Il vint aussi des péagers pour être baptisés, et ils lui dirent : Maître, que ferons-nous ? 13 Il leur dit : N'exigez rien au-delà de ce qui vous a été ordonné. 14 Des soldats aussi lui demandèrent : Et nous, que ferons-nous ? Il leur dit : Ne faites violence à personne, et ne dénoncez personne à tort, mais contentez-vous de votre solde. 15 Comme le peuple était dans l'attente, et que tous se demandaient intérieurement si Jean n'était pas le Christ, 16il leur répondit à tous : Moi, je vous baptise d'eau, mais il vient, celui qui est plus puissant que moi, et je ne mérite pas de délier la courroie de ses sandales. Lui, il vous baptisera d'Esprit Saint et de feu. 17 Il a son van à la main, puis il nettoiera son aire, il amassera le blé dans son grenier, mais brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteint pas. 18 Jean annonçait la bonne nouvelle au peuple avec beaucoup d'autres exhortations.





C’est encore la voix de Jean Baptiste qui traverse l’espace et le temps pour venir nous exhorter ce matin. Nous avons l’impression que sa voix sonne juste. Il annonce la bonne nouvelle. C’est le début d’une ère de justice et de paix qui commence. Il s’agit d’un temps irréel où la vertu portera ses fruits et où les mauvais comportements seront punis. Il promet l’arrivée d’une époque idéale faite de justice, de respect de l’autre, d’altruisme, il propose une vie saine et paisible récompensant la pratique de la vertu. Qui trouvera quelque chose à redire à tout cela?


Tout le monde se met alors à faire la queue pour que l’onde purificatrice du Jourdain nettoie chacun afin de le rendre apte à pratiquer la vertu. Voila l’ambiance que suscite la prédication de Jean Baptiste qui ne mâche pas ses mots. C’est dans la mesure où chacun sera conscient de la nécessité de se purifier de son péché que le Messie viendra. Il instaurera une ère de paix d’où le méchant sera violemment exclu à coup de pelle et sera envoyé griller dans le feu du jugement dernier allumé pour les méchants. Ainsi répondait-il à une humanité en attente d’un temps nouveau.


- Jean Baptiste tu t’es trompé, le Messie que tu as désigné, Jésus, n’a pas mis hors la loi les méchants, au contraire, il s’est laissé tuer par eux. Il n’a pas instauré une ère de justice, car c’est l’injustice qui semble devoir triompher depuis longtemps.


Comment Jean baptiste a-t-il pu se tromper aussi lourdement? Comment a-t-il pu prêter à Jésus des intentions qu’il n’avait pas? On est d’autant plus perplexe qu’aujourd’hui encore beaucoup pensent qu’il aurait été beaucoup plus simple pour Jésus de suivre à la lettre le programme proposé par Jean Baptiste. Si le Messie avait exclu les méchants et contraint les autres à la vertu, nous n’en serions pas là aujourd’hui. Nous serions au milieu d’un peuple vertueux et les méchants n’auraient plus de place parmi nous. C’est ce que réclament les intégristes, les sectes et les gens épris d’ordre religieux. Ceux qui pensent ainsi en sont restés à l’époque de Jean baptiste et ils continuent, sans s’en rendre compte, à confondre Jean Baptiste avec Jésus. Ainsi pensent tous ceux qui se servent de l’Evangile pour contraindre les autres à entrer dans leurs vues.


Combien, et sans doute moi, parfois, ne disent-ils pas à propos de l’Evangile que Jésus a interdit certaines choses ou qu’il en a codifié certaines autres. Combien ne pensent-ils pas que Jésus a été un Réformateur génial qui proposait aux hommes de devenir meilleurs en pratiquant à la lettre la Loi d’amour. Combien ne font-ils pas de Jésus un super Moïse dont les préceptes nouveaux seraient encore plus contraignants que les anciens. Combien n’ utilisent-ils pas les signes que Jésus nous a donnés, je veux dire le Baptême ou la sainte Cène, pour forcer les portes du Royaume de Dieu. Ne tentent-ils pas de contraindre Dieu à sauver les baptisés, même malgré eux et à réprouver les autres. Ne tentent-ils pas non plus d’ enfermer le Saint Esprit ou Jésus lui-même, dans un morceau de pain qui se revêtirait alors de vertus magiques.


Je m’arrête d’être iconoclaste et blasphémateur, sans quoi les pierres de la lapidation vont me contraindre au silence. J’ai bien sûr utilisé la caricature, et je l’ai fait pour prolonger la logique de Jean Baptiste qui reste, qu’on le veuille ou non un homme du passé! Ce n’est pas un reproche que je lui fais, car c’est le sens de la mission que Dieu lui a assigné : être un homme du passé, être le dernier homme du passé, le dernier prophète de l'ancienne Alliance qui sera désormais périmée.


En effet, Jean Baptiste doit mettre un terme à l’Alliance que Dieu avait jadis conclue avec Moïse, qui fut reprise par chaque roi, qui fut critiquée par chaque prophète qui annonçait que cette Alliance prendrait fin à cause de l’infidélité croissante du peuple de Dieu et de la lassitude du Seigneur lui-même. Jean Baptiste a pour mission de dire que le temps de la patience de Dieu est arrivé à son terme parce que l’infidélité du peuple a atteint un point de non-retour . Le changement annoncé va s’accomplir. Le Messie va arriver et il accomplira toute justice.


La justice, en langage biblique, consiste à être conforme au plan de Dieu. Il s’agit de mettre en pratique, et d’une manière parfaite les 10 commandements. L’homme juste sera donc un homme parfaitement vertueux. Ce projet est irréalisable, c’est pourquoi, Jean Baptiste en invitant ses auditeurs au baptême leur proposait de suppléer à leurs défaillances en les lavant dans l’eau du Jourdain. Le baptême de Jean Baptiste répondait à leur désir d’être trouvés parfaits quand le Messie viendra afin que le jugement qu’il prononcera leur soit favorable. Jean ne leur permet pas de se faire des illusions, tous seront passé au crible et le jugement tombera sur chacun. Jean n’a pas d’autre message à dire. Le Messie qu’il annonce n’aura plus rien à faire car Jean Baptiste aura tout fait. Il n’aura plus qu’à paraître et à juger le monde.


C’était un Messie trop vertueux qu’il annonçait, trop saint, trop divin, trop conforme aux désirs des plus religieux pour que le vrai Messie lui ressemble. Le Messie qui entre en fonction en la personne de Jésus ne se met pas à trier le bon grain de l’ivraie, il n’utilise pas la pelle à vanner ou la fourche pour jeter au feu les mauvaises herbes, mais il descend dans l’eau toute souillée du péché des hommes baptisés avant lui et il s’en fait inonder, comme pour dire que c’est au péché des hommes qu’il s’en prend et non pas à leur personne. C’est le péché qu’il se propose de détruire et non pas les pécheurs.

Avec un tel principe, tout homme devient sympathique, puisque c’est son péché qui est haïssable et non pas lui-même. Il y a comme une distanciation qui s’établit entre l’individu et l’acte qu’il a commis. L’homme reste comme en retrait par rapport à son péché, si bien qu’il apparaît comme possible que le péché soit détruit et que l’homme survive à cette destruction et apparaisse alors aux yeux du Messie, comme renouvelé, comme dépouillé de ses salissures, et qu’il soit à nouveau tout neuf, comme au matin de la création du monde ou comme au matin de sa naissance.

Tout l’Evangile qui s’ouvre maintenant va nous parler de cette œuvre entreprise par Jésus pour dégager l’homme nouveau du poids de la souillure de son péché. Ce programme est tellement révolutionnaire, il suppose une telle abnégation et un tel amour de la part de Dieu que personne ne l’a vraiment compris du vivant de Jésus, c’est pourquoi il a fallu qu’il en meure pour qu’on finisse par comprendre ce que Dieu avait voulu dire par lui.


Aujourd’hui encore, il en est beaucoup qui, bien que Chrétiens se tiennent en retrait par rapport à une telle merveille. Il en est encore qui croient que le péché colle tellement à la nature de l’homme qu’on ne peut détruire l’un sans l’autre. C’était la position de Jean Baptiste, c’était la position la plus avancée du judaïsme. Mais cette position contenait déjà en elle l’étape suivante qui consistait à croire que Dieu, et son Messie, allaient détruire le péché sans détruire nécessairement les hommes, il fallait un événement aussi provoquant que la mort du Messie pour qu’on en découvre le secret. Il fallait que Jésus mène ce combat contre les gens en place, contre les religieux, contre les vertueux qui n’avaient pas assez péché eux-mêmes pour savoir combien le poids du péché peut devenir écrasant (et je ne parle pas forcément des péchés visibles et connus de tous).


Sans jeu de mot, Jésus à son baptême plonge dans le péché de l’humanité pour séparer chaque individu de ses fautes comme on se sépare d’un vêtement.


Les 4 évangiles, les 14 épîtres et le reste du Nouveau testament sont-ils suffisants pour nous en convaincre?




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mardi 17 novembre 2009

Jean baptiste Luc 3:1-6 dimanche 6 décembre 2009


Repris et corrigé pour le 6 décembre 2015
1 La quinzième année du gouvernement de Tibère César — alors que Ponce Pilate était gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de la Galilée, Philippe, son frère, tétrarque de l'Iturée et du territoire de la Trachonitide, Lysanias tétrarque de l'Abilène, 2 et du temps des grands prêtres Anne et Caïphe — la parole de Dieu parvint à Jean, fils de Zacharie, dans le désert. 3 Il se rendit dans toute la région du Jourdain, proclamant un baptême de changement radical, pour le pardon des péchés, 4 selon ce qui est écrit dans le livre des paroles du prophète Esaïe :
C'est celui qui crie dans le désert :
préparez le chemin du Seigneur,
rendez droits ses sentiers !
5 Toute vallée sera comblée,
toute montagne et toute colline seront abaissées,
les passages tortueux deviendront droits,
les chemins raboteux seront nivelés,
6 et tous verront le salut de Dieu.



Il est des voix dont la puissance est telle qu’elles ont traversé les siècles pour venir jusqu’à nous et nous imprégner de la puissance de Dieu. Prenant le relais des grands prophètes, la voix de Jean, fils de Zacharie vient jusqu’à nous chaque année au temps de l’Avent. Elle fait partie des échos que nos liturgies répercutent au moment de Noël, et sans doute connaissons-nous par cœur son message, tant nous l’avons entendu. Cette voix nous rappelle qu’il faut se préparer pour recevoir le Sauveur qui ne peut venir s’installer dans nos vies que si nous avons fait la démarche nécessaire pour qu’il vienne prendre la place qu’il convient de lui réserver.



En fait de démarche, nous avons bien évidemment compris en écoutant ce passage qu’il s’agissait de travaux de grande ampleur. Il s’agit de combler les vallées, de raboter les collines, de supprimer les tournants. Voila des travaux pharaoniques nécessaires pour que le Seigneur fasse son entrée en gloire dans notre vie. Cela ressemble tout à fait à la construction d’une autoroute ou d'un stade olympique. C’est dire aussi que le Seigneur n'a pas ménagé la peine de ses prophètes et autres serviteurs pour nous rendre capables de l’entendre.

Il me semble que ce qui est décrit ici ressemble surtout à une mise en chantier générale de ce qui existe à l’intérieur de nous-mêmes. Il ne s’agit  donc pas de faire une voie royale pour que le char de l’Éternel fasse son entrée dans l’histoire des hommes. Nous savons que Dieu ne se complet pas à ce genre de manifestation, il s’agit plutôt de travaux à l’intérieur de notre existence. Il s’agit de préparer le désert qui en nous.

Pourquoi le désert?  Parce que le désert n’est pas seulement une terre aride et desséchée, comme le chante nos cantiques, c’est aussi le lieu de la présence de Dieu, le lieu de la grâce et le lieu du miracle sans cesse renouvelé. Et c’est ce que doit devenir notre vie, et cela demande du travail. Nous sommes invités à l’appel de Jean Baptiste à refaire pour nous tout l’itinéraire qu’à suivi le peuple d’Israël pour comprendre la révélation qui lui était réservée. Cette démarche commence au désert du Sinaï sous la conduite de Moïse. Dieu s’y révèle comme Sauveur et comme guide. Le peuple y apprend chaque jour à recevoir des mains de Dieu la manne suffisante pour sa nourriture. Nous devons donc périodiquement  nous pencher sur nous-mêmes pour découvrir l’action de Dieu en nous, et discerner le miracle quotidien provoqué par la présence de Dieu à nos côtés. Cette démarche qui nous parait ultra simple n’est pas aussi facile qu’il y paraît. Il n’est pas facile de se pencher sur sa propre vie et de prendre le temps de voir comment Dieu y agit.

Jadis les anachorètes, les moines du désert se retiraient dans la solitude pour faire cette démarche de purification intérieure. Plus récemment les Églises Protestantes ont découvert que l’épreuve de la persécution a permis la purification de leur foi, et elles ont découvert que ce temps avait été un temps miraculeux de la présence de Dieu. Il ne s’agit cependant pas de revenir à un temps d’épreuve, il s’agit simplement de se pencher sur notre existence d’aujourd’hui et de faire l’effort de voir que Dieu est  à l’œuvre  pour chacune et chacun de nous, sans qu’on ne s’ en rende vraiment compte.

Cela ne s’apprend ni dans un catéchisme, ni dans l’enseignement, mais cela se remarque par l’attention que nous portons à notre propre vie. Dans le quotidien de notre vie , il y a des signes visibles de la présence de Dieu. Il y a des miracles du Seigneur à côté desquels nous passons sans y faire attention.

Une fois n’est pas coutume, regardons notre vie en observateurs, et nous allons découvrir que Dieu ne nous a pas oubliés et qu’il y est présent. Habituellement, nous cherchons ce qui ne va pas chez nous, et nous nous en lamentons. Notre prière cesse d’être une action de grâce pour devenir la litanie de tout ce qui nous parait inacceptable. Nous devons faire sur nous-mêmes ce travail qui consiste à changer notre regard sur les choses et sur nous-mêmes. Cela est un gros travail, je l’ai dit, mais ô combien gratifiant.

Ce n’est pourtant pas un exercice apparenté à la méthode Coué qui consisterait à se forcer à ne considérer que le positif sans tenir compte du négatif. Il s’agit au contraire de voir l’action de Dieu en nous, car elle existe. C’est comme la mise en pratique de l’histoire bien connue de cet homme qui au soir de sa vie regarde son existence écoulée en compagnie de Dieu. Il voit la trace de ses pas sur le chemin de la vie et à côté de ses pas, il voit celle de Dieu , mais parfois, en regardant bien, il ne voit qu’une seule série de traces, pesantes, lourdes et il en fait le reproche à Dieu : « Tu vois Seigneur, quand la vie était pesante pour moi et que je peinais sous le poids de l’épreuve, tu n’étais pas là, car on ne voit qu’une série de traces. » « Regarde bien » dit Dieu, « quand les traces sont seules et profondes, ce ne sont pas les tiennes, mais les miennes et si elle sont seules et plus profondes, c’est que je te portais ».

Ainsi, la voix de Jean Baptiste traverse l’immensité du Temps pour nous rappeler périodiquement que Dieu nous porte et qu’il nous invite à nous en rendre compte. Non pas pour lui rendre gloire, mais pour que nous prenions conscience du fait, que même quand nous ne comprenons pas ce qui arrive, Dieu est infatigablement présent. Noël c’est donc l’histoire de la présence de Dieu dans le petit enfant que nous avons été et que nous sommes encore.

Ce n’est pourtant pas cela qui risque de se produire cette année encore. Encore une fois, nous allons fêter Noël, encore une fois nous allons regretter les Noëls d’antan que le monde moderne a contaminés par le nivellement de la consommation. Nous allons encore dire que tout ce qu’il y avait de beau, de généreux de sensible dans la tradition chrétienne de Noël a fait place à des pratiques païennes de surabondance. Certes, c’est comme cela, et les choses ont toujours été ainsi. Ce n’est pas par fatalisme que je dis cela, car à l’origine de la Réforme, Calvin refusait que l’on célèbre Noël pour les raisons que je viens de dénoncer. Mais au lieu de s’attrister sur l’aspect païen de la fête, qu’il nous suffise de penser que dans le récit tel que les Évangiles nous le rapportent, les croyants étaient absents.  Il n’y avait que des bergers, qui avaient réputation de mécréants et des mages païens que nous pouvons mettre au rang des gens que l’Éternel a en abomination. Ils étaient là, car la bonne nouvelle était pour eux. Ils sont encore là, car la bonne nouvelle est toujours pour eux.

Il nous faut faire un effort pour retrouver les bonnes nouvelles de notre vie, car il est plus facile de revendiquer que de rendre grâce. Pourtant regardons les choses lucidement. Si la certitude de l’amour de Dieu nous réjouit, si la certitude que l’amour de Dieu peut transformer le monde, alors toute notre vie saura colorer la grisaille des jours d’hiver. Nous devons affirmer que Dieu vient habiter chez nous et nous devons en faire la règle de notre vie. C’est alors que nous verrons les foules en marche éclairées d’une beauté lumineuse, semblable à celle que donne l’arc-en-ciel qui guide les foules conduites par le Dieu de la paix. Elles sont de toutes origines, elles viennent de tous les points de la terre elles sont colorées de toutes les couleurs dont il a plu à Dieu de parer les humains, c’est pourquoi la joie de Noël prend une dimension universelle.

mardi 10 novembre 2009

Les projets de Dieu pour les hommes : Jérémie 33/14-22 dimanche 29 novembre 2009





Jérémie 33:

14 Des jours viennent — oracle du SEIGNEUR — où j'accomplirai la promesse que j'ai faite à la communauté d'Israël et à la communauté de Juda. 15 En ce temps-là, à ce moment même, je ferai croître pour David un rejeton légitime qui défendra le droit et la justice dans le pays. 16 En ce temps-là, Juda sera sauvée et Jérusalem habitera en sécurité. Voici le nom dont on la nommera : « Le SEIGNEUR, c'est lui notre justice. »

17 Ainsi parle le SEIGNEUR : Il ne manquera jamais aux Davidides un homme installé sur le trône de la communauté d'Israël. 18 Il ne manquera jamais aux prêtres lévitiques des hommes qui se tiendront en ma présence, faisant monter les holocaustes, brûlant des offrandes et célébrant des sacrifices tous les jours. 19 La parole du SEIGNEUR s'adressa à Jérémie : 20— Ainsi parle le SEIGNEUR — si vous réussissez à rompre mon alliance avec le jour, et mon alliance avec la nuit, en sorte que le jour et la nuit n'arrivent plus au moment voulu, 21 alors mon alliance avec mon serviteur David sera également rompue ; il n'aura plus de descendant régnant sur son trône. Il en sera de même pour mon alliance avec les prêtres lévitiques, mes ministres.




Il est difficile aujourd’hui de parler de Dieu, car le monde scientifique a considérablement réduit sa sphère d’influence. A l’opposé les mouvements intégristes nous assurent de son omniprésence et lui donnent un aspect redoutable, difficile à accepter, si bien que les croyants préfèrent ne plus du tout parler de Dieu si non dans les sphères privées de leurs églises. Dieu semble pris au piège par notre société moderne, mais qu’on se rassure il ne laissera pas l’homme prendre le pas sur lui.

A y regarder d’un peu plus près, c’est une toute autre image de Dieu que nous donnent les Ecritures. Elles nous présenteraient plutôt le monde comme enveloppé dans un univers de sollicitude que Dieu ne se lasserait pas d’aménager pour le mieux être des hommes. Il nous est dit qu’il déploie des trésors d’ingéniosité pour que la planète se développe harmonieusement. Inutile de dire que ce dernier propos fait figure d’utopie aux oreilles du commun des mortels tant on a l’impression aujourd’hui d’être ballottés dans une réalité où tout semble aller de travers. Il faut avoir une sérieuse dose d’optimisme pour imaginer que Dieu veille sur le monde avec le même amour que celui que manifesterait un Père ou une Mère pour ses enfants.

C’est justement ce mot d’amour qui nous gène le plus car il est galvaudé et utilisé à tort et à travers. C’est pourtant ce même mot que Jésus a utilisé pour définir Dieu : « Dieu est amour » dit-il. Selon l’Evangile, Dieu a une capacité à s’extraire de lui-même pour aller vers un ailleurs qui serait l’humanité. C’est ainsi que Dieu vient à la rencontre des hommes. C’est par cette pratique commune de l’amour que l’homme découvre qu’il est fait à l’image de Dieu qui partagerait ainsi avec lui ce qu’il y a de meilleur en lui. Trèves de banalité dira l’observateur attentif qui cherche à voir comment cette aimante réalité de Dieu se répand sur le monde.

Il sera d’abord frappé par les dysfonctionnements. Ce sont d’abord les inégalités entre les peuples qu’il constatera, même s’il en attribue la responsabilité aux hommes eux-mêmes et non pas à Dieu. Même si les famines sont également causées par les hommes, il se demandera pourquoi Dieu n’intervient pas. Il constatera aussi que les épidémies, les violences de la nature, les crashs et autres catastrophes n’ont pas l’homme pour origine et n’ont pas pour cause l’amour et la bonté de Dieu.

Même si l’homme porte une lourde responsabilité, dans la mauvaise gestion du monde, nous constatons cependant que Dieu vient vers lui, et que leur rencontre produit son effet. L’altruisme de Dieu qui se manifeste chez l’homme par une provocation à l’amour laisse en chaque homme une empreinte qui va conditionner toute son existence. Plusieurs possibilités s’offrent à lui. Ou bien, il utilisera cette capacité d’amour qui s’installe en lui pour s’aimer lui-même et alimenter son propre égoïsme ou alors il entretiendra avec Dieu une relation d’intimité qui lui permettra de prendre en charge les projets que Dieu lui inspire

Il y a donc en nous cette empreinte de Dieu qui se manifeste par l’amour dont nous sommes capables et dont nous pouvons faire un bon ou un mauvais usage. Nul plus que Jésus n ’a contribué à nous mettre sur la voie du bon usage que nous pouvons en faire. Si l’amour de Dieu nous a marqué depuis notre origine, il nous appartient de chercher à l’imiter pour le mettre en valeur de telle sorte que nous contribuions à épanouir la vie de tous ceux qui croisent notre chemin. Ainsi nous réaliserons la vocation qui nous est donnée par les Ecritures.

Nous pourrions maintenant nous arrêter sur ce constat en nous demandant si la capacité à aimer les autres répartie dans toutes les âmes de bonne volonté de la planète sera plus forte que la résistance que lui oppose la masse de ceux qui ne cherchent qu’à s’aimer eux-mêmes. Dans le premier cas, il sera évident que les projets d’avenir pour un monde de paix et de prospérité prévus par Dieu se réaliseront, car Dieu compte sur nous pour les mettre en œuvre. Dans le cas contraire, le projet de Dieu tournera court. Mais il est à parier que Dieu est capable, dans son amour incommensurable de formuler de nouveaux projets susceptibles de sauvegarder la plus grande partie de l’humanité qui seront mis en œuvre par la minorité capable d’amour désintéressé.

Cette manière de voir les choses, n’est pas le fait d’une théologie moderne et récupératrice qui chercherait à formuler une nouvelle approche face à un affadissement du christianisme. Elle était déjà inscrite dans la vision de l’avenir telle que la formulait le prophète Jérémie. Il l’exprime dans le texte qui sert de support à ce sermon et dans lequel il laisse transparaître un souffle prophétique qui prend une dimension bouleversante.

Il vivait dans une époque tout aussi troublée que la nôtre. Il a assisté à la chute de Jérusalem sous les assauts des armées babyloniennes. Il a vu la mort du dernier roi et il a assisté au départ en exil d’une grande partie de son peuple. Pourtant, malgré les catastrophes dont il fut témoin il a su conserver une vision positive des choses. Il a gardé sa confiance en Dieu qui semblait totalement absent du désastre final.

Dans la première partie de son message que nous avons lu, il formule clairement le projet de Dieu sur Israël. Il prête à Dieu des paroles fortes qui scelleront l’avenir en s’appuyant sur le maintient de la famille royale et la fidélité de ses sujets. Ce projet s’étendra au-delà des murs de Jérusalem pour servir de témoignage à l’intention des peuples qui verront dans cette attitude la vraie dimension de Dieu. C’est à cause de cette vision des choses que l’on a pu dire que Jérémie était le prophète des nations. Sans doute peut-on dater cette prophétie des meilleures années du règne du roi Josias, le roi réformateur.

Les choses ne vont pas se réaliser, nous le savons. L’euphorie des années de Josias va disparaître avec l’assassinat du roi et l’incapacité de ses successeurs à maintenir un régime stable. Tout sera anéanti dans la tourmente et le projet de Dieu qui avait été prévu pour durer par s’effondrera.

Certes, Jérémie avait prévu cette éventualité; le projet de Dieu reposait sur la fidélité de son peuple. Tous devinrent infidèles : Le roi, le peuple le clergé. Il ne restait plus personne pour défendre la cause de Dieu qui s’effondra avec les murailles. Dieu semblait désormais absent de l’histoire.

L’histoire ne s’arrête pas là. Il faudra le discernement de nouveaux prophètes pour comprendre que l’échec de l’exil n’était pas la fin de Dieu. Dieu n’était pas mort comme on pouvait le craindre avec la catastrophe et avec l’espérance qui se mit lentement à renaître, de nouveaux projets de Dieu furent formulés. De nouveaux fidèles se tinrent à nouveau les coudes et la foi se formula en d’autres termes, un temps nouveau s’apprêtait à naître et l’exil prit fin.

Ce récit vient aujourd’hui jusqu’à nous pour nous dire que le silence de Dieu n’est qu’en apparence. Si Dieu se tait c’est que les peuples apeurés ou en furie couvrent le son de sa voix et occultent même sa présence. Mais Dieu ne cesse de parler. Il parle jusqu’à ce que les hommes deviennent à nouveau capables de l’entendre. Il formule des projets porteurs d’espérance. Il ne se lasse pas de le faire en attendant que des hommes soient à nouveau capables de les discerner et se mettent à l’ouvrage.

Dieu est Toujours à la recherche d’hommes et de femmes pour mettre en œuvre ce qu’il projette. Il s’appuie toujours sur le petit reste capable d’amour et il espère qu’il contaminera le grand nombre d’indifférents pour que de nouveau projets puissent se mettre en œuvre. Qui donc parmi les croyants trouvera des raisons de s’inquiéter ? Personne bien sûr. Cela ne nous empêchera pas de penser qu’il serait plus simple que les hommes entrent en masse dans le projet de Dieu ! Mais si cela ne peut se faire Dieu le fera quand même avec le petit nombre de ceux qui sauront entendre et comprendre ce que Dieu souhaite faire. Nos églises sauront-elles découvrir les projets que Dieu est actuellement en train de créer ? Je ne sais, mais c’est en tout cas ce que Dieu souhaite.

mercredi 4 novembre 2009

La Vérité Jean 18/33-38 dimanche 22 novembre 2009





Jean 18/33-38



33 Pilate rentra dans le prétoire, appela Jésus et lui dit : Es-tu le roi des Juifs, toi ? 34 Jésus répondit : Est-ce de toi-même que tu dis cela, ou bien est-ce d'autres qui te l'ont dit de moi ? 35 Pilate répondit : Suis-je donc juif, moi ? C'est ta nation et les grands prêtres qui t'ont livré à moi ! Qu'as-tu fait ? 36 Jésus répondit : Ma royauté n'est pas de ce monde. Si ma royauté était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs ; en fait ma royauté n'est pas d'ici. 37 Pilate lui dit : Toi, tu es donc roi ? Jésus répondit : C'est toi qui dis que je suis roi. Moi, si je suis né et si je suis venu dans le monde, c'est pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité entend ma voix. 38 Pilate lui dit : Qu'est-ce que la vérité ? Après avoir dit cela, il sortit de nouveau vers les Juifs et leur dit : Moi, je ne trouve aucun motif de condamnation en lui.






Pilate lui dit : Qu'est-ce que la vérité?


Jean 18/33-37
La vérité sort du puits, la vérité sort de la bouche des enfants, In vino véritas, Que de dictons aussi mystérieux les uns que les autres n’avons-nous pas produits pour dire la « vérité ». On la prétend insaisissable, telle une anguille dans de l’eau vive. Toutes les vérités ne sont cependant pas bonnes à dire. Si Jésus avait suivi ce conseil, il ne serait pas mort. C’est au nom de la vérité qu’il a été traîné devant le tribunal et c’est cette seule question que retient Pilate : « Qu’est ce que la vérité? » Guy Béart rajoutait que le « poète a dit la vérité, il sera exécuté. » Ce sont sans doute des idées semblables à celles-ci qui ont traversé la tête du gouverneur Ponce Pilate quand il a demandé, si l’on en croit l’Évangile de Matthieu, une cuvette pour se laver les mains et faire taire la vérité. Dans le récit de l’événement que nous donne l’Évangile de Jean que nous venons de lire, Pilate reste sans voix et ne sait que poser une question qui reste sans réponse : qu’est-ce que la vérité ? Et vous qu’en dites-vous?


La vérité telle que les hommes la présentent ne peut être que partielle si non partiale et parce qu’elle est partielle elle est contestable, pourtant nous la revêtons d’absolu, et c’est ce qui fait problème. Mais au nom de quoi édifie-ton cet absolu?

Jésus a été traîné devant le Sanhédrin qui va le condamner à être tué au nom de sa vérité. La vérité du sanhédrin, consiste à constater que Jésus a blasphémé en s’attaquant au Temple. Qui s’attaque au Temple s’attaque à Dieu, qui s’attaque à Dieu mérite la mort. C’est au nom de ce syllogisme qu’on amène Jésus devant Pilate. Tout cela ennuie profondément le gouverneur. Il n’en a rien à faire de la vérité du Sanhédrin! Il ne la reconnaît pas. Il ne connaît que la sienne. La sienne, c’est celle de la paix romaine. Quiconque trouble la paix publique s’en prend à l’état romain, quiconque s’en prend à l’état romain offense l’empereur, quiconque offense l’empereur mérite la mort ! Autre syllogisme ! Voila deux vérités partielles, tout à fait différentes l’une de l’autre, mais dont la transgression amène la même conclusion : la mort ! c’est ce qui leur donne des apparences d’absolu, et pourtant aucune des deux n’est absolue puisqu’elles ne sont pas en accord l’une avec l’autre, si non sur la conclusion.

Vérité et mort sont étroitement liées l’une à l’autre. C’est au nom d’une autre vérité qui dépasse les deux autres que Jésus entre dans ce jeu dangereux. Il affronte la mort en son nom, mais au lieu de la donner à ceux qui ne suivent pas sa voie, il décide de la recevoir. Il subit la mort. Et la mort ne se referme pas sur lui, et c’est sa mort qui donne autorité à la vérité qu’il défend. La mort de Jésus révèle-t-elle alors la vérité sur Dieu? Et bien oui.

La vérité sur Dieu a besoin de la mort pour s’affirmer, parce qu’elle nie l’aspect définitif de la mort. Quand une vérité n’est pas absolue, quand elle n’est pas transcendée par la mort elle a pour compagnon le mensonge et ce couple fonctionne bien dans ce passage, non sans humour d’ailleurs
.
Que disent les juifs pour convaincre Pilate de leur bon droit ? « Nous n’avons de roi que César », cela se trouve à la fin du passage que nous n’avons pas lu. Les menteurs ! Ils détestent César, ils nourrissent une haine implacable contre lui. Ils mentent pour donner des arguments à leur vérité, ils biaisent, car ils n’ont que faire des prétendues visées de Jésus à être roi d’Israël, cette prétention ne les intéresse pas, mais elle leur donne des arguments contre Pilate en se prétendant plus romain que lui. Quant à lui, pour se tirer du mauvais pas où l’argumentation de Jésus l’a entraîné, il va récuser les arguments des juifs en se parjurant. Il ne trouve aucun motif de condamnation en lui, dit-il, mais il ordonne sa mise à mort. C’est ainsi qu’il se ment à lui-même et qu’il ment aux juifs. Double mensonge !

Tous les rôles sont inversés. Jésus est accusé, et face au procurateur Ponce Pilate c’est lui qui mène le débat. Il interroge Pilate, qui bien que juge se laisse questionner. Il répond et il se laisse séduire par l’argumentation de Jésus. Mais ce n’est qu’une illusion ! La mort semble devoir l’emporter, mais elle ne détruit pas la vérité sur Dieu puisque Jésus ressuscitera, par contre, elle détruit la vérité des juifs et celle de Pilate.

Il nous faut maintenant que l’on s’interroge sur la nature de cette vérité que la mort ne peut anéantir mais que la mort révèle. Qu’est-ce que la Vérité? En posant cette question j’ai l’impression de me tendre un piège à moi-même, d’autant plus que j’entends le tentateur me susurrer à l’oreille : « Vas y prédicateur, c’est ton tour maintenant de leur dire Ta Vérité sur Dieu. Tu en as la science, tu en as la sagesse et ils sont là pour t’écouter. »

Le piège va-t-il se refermer sur moi? De plus grands que moi s’y sont déjà laissés prendre. Je pourrais être tenté de vous dire la Vérité : celle que les Églises de la Réforme prétendent détenir des Réformateurs, celle qui a donné tort à la vérité de la puissante Église romaine et a défié son caractère absolu. Cette prétendue vérité des Réformateurs, c'est celle aussi qui a mené à la mort Michel Servet, c'est également celle qui a inquiété les anabaptistes et les a exilés hors d’Allemagne, c'est elle qui a brûlé les sorcières à Salem, c'est  elle qui impose aux autres un visage de Dieu, déformé par le bon droit des uns, les prétentions des autres, la clairvoyance des plus sages et la cupidité des masses. Mais cette Vérité, aussi noble soit-elle ne saurait prétendre à l’absolu, car elle repose sur la sagesse humaine à propos de Dieu. Elle n’est pas Vérité de Dieu, car elle reste humaine et ne saurait résister à la mort qui lui reste un mystère.

Nous ne devons ou ne pouvons approcher la vérité de Dieu qu’avec prudence car elle est propriété de Dieu. S’il nous est donné en ce monde de l’approcher, il ne nous est pas donné de la posséder et encore moins de l’imposer. Elle se manifeste dans les Ecritures quand elles nous enseignent que les hommes peuvent prendre le visage de Dieu s’ils savent considérer les autres comme des frères à l’égal d’eux-mêmes.

Jésus lui rend témoignage quand il renvoie libre la femme pécheresse, comme si le péché d’adultère n’était pas plus grave qu’un autre et n’encourait d’autres sanctions que le pardon. Si Jésus s’en est pris au Temple c’était pour dire que les hommes n’avaient pas le droit d’y enfermer Dieu, ni dans le temple, ni dans la Loi, ni dans leur morale. Il a laissé entendre que le seul Temple de Dieu c’était son corps et que l’amour est le lien de la perfection.

Nous approchons de la Vérité quand nous réalisons que le bon droit n’existe pas, ni le droit du sol ni le droit du sang ni le droit d’aînesse, ni aucun droit prétendument acquis. La Vérité nous approche tout doucement de Dieu et lui donne des visages qui ne lassent pas de nous surprendre.

La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité absolue parmi les hommes, la seule vérité absolue n’est qu’en Dieu. C’est d’elle que dépend la vie nouvelle vers laquelle nous marchons, mais pour y accéder, la mort doit faire son œuvre de destruction en nous. La révélation en Jésus Christ nous permet de dire que Dieu se montre en vérité dans la résurrection qu’il nous promet. C’est ce que le saint Esprit nous dit et qu’il nous demande de partager comme une bonne nouvelle.

Aurait-on idée d’inquiéter ceux qui pensent différemment, pourrait-on oser les molester ou les persécuter? On l’a fait et on continue à la faire et pourtant la seule chose que le Christ, qui nous l’a révélé nous demande, c’est d’aimer cette vérité que nous ne possédons pas jusqu’à mourir à cause d’elle, car notre seule défense si elle est contestée, c’est de mourir pour elle et non pas de faire mourir à cause d’elle.

Mais nous n’en sommes pas là aujourd’hui. Dans ce monde moderne où on nous promet le bonheur à venir grâce aux vérités que nous savons, soyons assez sages pour les prendre comme elles sont. Elles sont le produit de la sagesse et de l’intelligence humaine, elles ont des limites et ne portent en elles aucune valeur définitive. Il nous faut garder en mémoire que dans le monde des mortels où nous sommes, il n’y a aucune vérité absolue, pas même sur Dieu. Nous l’approchons grâce à Jésus Christ, et nous essayons de mettre en pratique ce que nous avons compris, mais nous n’avons aucune prise sur elle. Quant à Dieu lui-même, il attend que nous soyons de l’autre côté pour nous révéler la vérité dans sa totalité.







Ce sermon a été entièrement repris et rédigé autrement en 2018

samedi 24 octobre 2009

La venue du Fils de l'homme Marc 13 /24-32 dimanche 15 novembre 2009



La venue du Fils de l'homme

24 Mais en ces jours-là, après cette détresse-là,
le soleil s'obscurcira,
la lune ne donnera plus sa clarté,
25 les étoiles tomberont du ciel,
et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées.
26 Alors on verra le Fils de l'homme venant sur les nuées avec beaucoup de puissance, avec gloire. 27Alors il enverra les anges et rassemblera des quatre vents, de l'extrémité de la terre jusqu'à l'extrémité du ciel, ceux qu'il a choisis.
La parabole du figuier
28 Laissez-vous instruire par la parabole tirée du figuier : dès que ses branches deviennent tendres et que les feuilles poussent, vous savez que l'été est proche. 29 De même, vous aussi, quand vous verrez ces choses arriver, sachez qu'il est proche, aux portes.
30 Amen, je vous le dis, cette génération ne passera pas que tout cela n'arrive. 31 Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas.
Dieu seul connaît le moment de la fin
32 Pour ce qui est du jour ou de l'heure, personne ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais le Père seul.



D’un bout à l’autre de la planète, on entend monter la même rumeur selon laquelle le monde serait pris de folie autodestructrice. L’air est devenu irrespirable par temps calme, l’eau est imbuvable en maints endroits, les glaces des pôles diminuent et les réserves en énergie fossiles s’épuisent. La jeunesse déstabilisée ne suit plus les voies de ses pères. Le tiers monde affamé cherche refuge chez les peuples nantis qui les refoulent. Le monde est malade de l’homme et ceux qui désespèrent ne trouvent plus que la voie du suicide pour changer les choses. Les conférences internationales, incapables d’apaiser les tensions, confortent les masses dans l’idée qu’il est impossible de remédier à la situation.

J’aimerais pourtant dire des choses rassurantes, mais je suis obligé de constater que non content d’être un prédateur pour la planète, l’homme apparaît aujourd’hui, comme un prédateur pour lui-même en mettant en danger l’avenir de l’humanité. Les églises en perte de vitesse se taisent tandis que les tenants des sectes se frottent les mains car les événements semblent donner raisons à leurs prédictions alarmistes.

Les hommes politiques attendent impuissants, tels sœur Anne espérant du haut de sa tour un libérateur qui ne vient pas. Tout cela se déroule dans un climat de crise mondiale dont les plus modestes font encore les frais. Comment alors apporter une bonne nouvelle au nom de l’Évangile dans ce climat de confusion et d’incertitude générale ? Qu’espérer de Dieu ?

Malgré ces propos désabusés, il me faut relever que certains pensent que le salut viendra de l’homme lui-même et que Dieu est capable d’inspirer des solutions salutaires aux hommes de bonne volonté. Une telle opinion est conforme à l’Évangile et c’est bien évidemment elle que nous allons creuser. C’est également l’impression que les croyants pourraient tirer du film de Nicolas Hulot (1) sorti il y a déjà quelques années sur nos écrans. Selon lui, nous serions embarqués avec les passagers du Titanic fonçant vers l’iceberg fatal. Cependant il est encore temps, selon lui pour qu’un pilote averti modifie le cap du navire.

C’est donc le moment de se tourner vers les Ecritures et d’essayer d’écouter ce que dit le texte de ce jour. S’il nous in-sécurise par ses descriptions de la fin du monde, c’est sans doute parce qu’il a entremêlé plusieurs descriptions qui sont en contradictions les unes avec les autres.

Il emprunte d’abord une vision à Esaïe où il décrit des événements cosmiques inquiétants : la lune s’obscurcira, les étoiles tomberont... puis il cite le prophète Daniel disant qu’alors viendra le fils de l’homme. Il raconte ensuite comment le bon observateur des choses peut repérer la venue du Fils de l’homme. Selon lui, il est aussi évident de repérer la venue du Fils de l’homme que de constater la venue du printemps.

Mais parle-t-il vraiment de la fin des temps? C’est l’impression qu’il donne, mais à y regarder d’un plus près, nous constatons qu’il dit que nul ne connaît ni le jour ni l’heure, pas même le Fils. Ce n’est donc pas de cela qu’il parle. Cette question de la fin du monde ne le concerne pas vraiment, et nous n’avons donc pas à nous la poser.

Mais alors de quoi parle-t-il dans cette histoire d’étoiles qui tombent ou de ciel qui s’obscurcit? Pourquoi dit-il encore que c’est aussi évident que la venue du printemps? En fait, il ne parle pas de la fin des temps ou de la fin du monde, mais de la venue du Fils de l’homme. Le Fils de l’homme c’est lui, le Messie et sa venue devient réalité quand chacun et chacune de nous prend conscience que Dieu travaille en lui. Cette découverte du fait que Jésus est le fils de l’homme, celui par qui Dieu accomplit son œuvre en nous, se fait dans notre temps, au cours des événements de notre temps.

Mais nous avons tendance à pratiquer l’amalgame. Nous avons pris l’habitude de confondre, en un seul et même événement le retour du Christ, la fin des temps et l’action que Jésus mène en nous depuis sa résurrection.

Cela fait partie d’une longue tradition, de penser que la fin catastrophique du monde correspond à la venue du Messie. La théologie juive, contemporaine de Jésus nous a maintenus dans cette confusion qui ressort de certains textes bibliques et qui mêlent la bonne nouvelle de la résurrection et l’attente eschatologique du retour du Messie. Pour la pensée juive le Christ doit arriver à la fin des temps, et nous avons fait entrer cette conviction dans notre propre manière de penser. Nous avons oublié que l’action que le Christ mène en nous est actuelle. Elle se passe dans le quotidien de notre vie de tous les jours. Elle correspond à la venue du Messie en nous et non pas à ce que les juifs conçoivent. Cela ne s’accompagne pas d’une catastrophe finale.

En effet si la foi chrétienne affirme que le Christ sera présent à la fin des temps, elle affirme aussi, et c’est l’essentiel de notre foi, que depuis la Pentecôte, le Christ ne cesse pas d’être présent parmi nous. Il est dans un perpétuel retour qui ne s’achèvera qu’au terme de l'histoire du monde. Ainsi Jésus ne répond pas dans ces textes à la question qui nous hante: Comment tout cela va-t-il finir ? Il nous interroge seulement pour savoir comment nous percevons sa présence dans notre vie et dans le monde.


Les grandes catastrophes dans l’histoire des hommes ont toujours troublé les esprits. Quand elles se produisent Dieu ne nous prive ni de son Esprit, ni de sa présence. Il nous rappelle que quand les violences sont déchaînées, quand les atrocités voilent pour un temps la présence de Dieu et quand les cris d’horreur couvrent sa voix, le Fils de l’homme c’est à dire Jésus Christ reste près de nous sans jamais nous priver du soutien de son Esprit. Il continue à agir auprès de ceux qui croient sans que les hommes ne le voient ni ne l’entendent.

Si les événements contraires sèment la terreur et la mort sur leur passage, Dieu continue à maintenir ouvertes les portes de son Royaume pour accueillir ceux qui brutalement cessent de vivre. Même quand la mort est victorieuse, Dieu se présente toujours comme le vainqueur de la mort. Jésus nous a toujours dit que notre vie n’était pas seulement de ce monde. Il nous a habitués à croire que nous étions promis à la résurrection et il ne veut pas que nous perdions cette assurance même si la folie des hommes ou des éléments s’empare pour un temps de l’histoire.

Dieu laisse les hommes conduire l’histoire du monde, c’est pourquoi il parait parfois absent mais il continue silencieusement à inspirer, conduire et diriger ceux qui se confient en lui. Seuls les croyants ont alors le privilège de le reconnaître et de l’entendre, et c’est parce qu’ils l’entendent qu’ils ne cessent pas d’espérer.

Dans les événements les plus destructeurs, le Christ reste maître de la situation, même si on ne le voit pas. Au milieu de ces événements, il nous apprend à discerner les vérités. Ce n’est donc pas Dieu qui provoque les éléments dramatiques de notre histoire, c’est l’égarement des hommes qui s’écartent de Dieu. En contrepartie, Dieu compte sur nous pour savoir assumer nos responsabilités d’hommes.


Arrivé là dans mon propos, je rejoins bien volontiers Nicolas Hulot pour dire qu’il est urgent de changer notre regard sur les choses de ce monde et d’œuvrer, là où nous sommes pour modifier notre action dans la gestion des affaires dont nous avons la charge. Depuis la première page de l’Évangile Jésus ne nous a-t-il pas dit que l’avenir appartenaient à ceux qui voyaient les choses avec le regard de Dieu qui fait des pauvres ses amis et qui cache son visage dans celui des déshérités. Il est encore temps de le faire car il n’est jamais trop tard pour se mettre à une écoute efficace de l’Évangile. L’Évangile ne nous dit pas que le monde est perdu, mais qu’il est destiné à être sauvé. Il nous dit aussi que le salut passe par un changement profond de tout notre être à commencer par notre regard sur les autres.




(1) le syndrome du Titanic

lundi 19 octobre 2009

La pauvre veuve et le Temple Marc 12/41-13/3 Dimanche 8 novembre




Marc 12/41 – 13/3

38 Il leur disait, dans son enseignement : Gardez-vous des scribes ; ils aiment se promener avec de longues robes, être salués sur les places publiques, 39 avoir les premiers sièges dans les synagogues et les premières places dans les dîners ; 40 ils dévorent les maisons des veuves et, pour l'apparence, ils font de longues prières. Ils recevront un jugement particulièrement sévère.


41 S'étant assis en face du Trésor, il regardait comment la foule y mettait de la monnaie de bronze. Nombre de riches mettaient beaucoup. 42 Vint aussi une pauvre veuve qui mit deux leptes valant un quadrant. 43 Alors il appela ses disciples et leur dit : Amen, je vous le dis, cette pauvre veuve a mis plus que tous ceux qui ont mis quelque chose dans le Trésor ; 44car tous ont mis de leur abondance, mais elle, elle a mis, de son manque, tout ce qu'elle possédait, tout ce qu'elle avait pour vivre.



13 /1 Alors qu'il sort du temple, un de ses disciples lui dit : Maître, regarde, quelles pierres, quelles constructions ! 2 Jésus lui répondit : Tu vois ces grandes constructions ? Il ne restera pas pierre sur pierre qui ne soit renversée.








On se sent bien petit et plein d’admiration devant un tel texte. On admire la foi de cette femme, mais on n’a nullement envie de lui ressembler. C’est souvent ainsi dans l’Evangile. Les gens que l’on nous donne à admirer, voire même à nous identifier à eux, sont bien souvent des ratés de la société ou des laissés pour compte, telle cette femme. On dirait que malgré les difficultés de notre vie Jésus nous reproche les bons moments que nous avons et les quelques avantages que notre société avancée nous procure. On dirait que pour faire son salut il faudrait être pauvre comme saint François d’Assise et rendre gloire à Dieu de notre pauvreté et de notre médiocrité. C’est ainsi que la chose a été comprise pendant de nombreux siècles jusqu’à ce que la Réforme bouscule le bien fondé de cette situation et rappelle que le salut est gratuit et qu’on ne l’acquiert pas en se faisant volontairement pauvre. En leur donnant une certaine faveur Jésus voulait montrer que ce n’est pas le dénuement qui mène à Dieu mais que c’est la richesse qui peut faire obstacle à la perception de la volonté de Dieu.

Pourtant ici en lisant ce texte je ne peux qu’éprouver un profond malaise et cette petite scène anodine va nous amener à nous poser des questions sur la personne de Jésus quant à la manière dont il est présent au monde. Il y a ici un certain nombre d’incohérences dont il va bien falloir rendre compte. C’est ce que je vais essayer de faire.

Pour peu que votre esprit soit en éveil, et qu’il soit assez critique, il ne pourra qu’être surpris, si non choqué quand il fera la constatation suivante : Jésus félicite une femme qui fait un geste qui ne va servir à rien.

En effet, il fait l’éloge devant ses intimes d’une pauvre femme qui se sacrifie littéralement en donnant tout ce qui lui est nécessaire à la vie pour l’entretien du temple de Jérusalem dont il annonce la destruction quelques instants plus tard. Cette constatation est si choquante, qu’elle doit nous arrêter et nous forcer à donner une explication logique à ce qui pour l’instant n’en a pas. Ici Jésus, approuve un sacrifice qui, selon son propre jugement ne servira à rien.

En fait tout est ici fait pour nous mettre mal à l’aise, et nous avons l’impression d’être pris au piège de notre propre foi. Jésus semble être blasé par le spectacle de la collecte de l’argent. Pensez-y au moment de l’offrande
quand vous irez au Temple ou à l’Eglise. « Jésus regardait comment les foules mettaient de l’argent, plusieurs riches mettaient beaucoup... » Jésus ne critique pas, il ne louange pas non plus, il constate simplement. Aucun jugement de valeur n’est porté contre ceux qui donnent beaucoup. C’est alors qu’il attire l’attention de ses amis sur la veuve et le texte insiste sur l’insignifiance de la somme qu’elle met dans le tronc: « 2 pièces faisant un quart de sou »(1). Autant dire rien du tout, mais elle a donné de son nécessaire. Elle a puisé dans la caisse du ménage pour plaire à Dieu. Elle lui a donné la valeur du morceau de pain qu’elle ne mangera pas. Elle prend de son nécessaire vital pour en faire offrande à Dieu. Ainsi entre-t-elle avec Dieu dans une relation de vie. Il y a ici bien plus qu’un simple geste, bien plus qu’une simple action de grâces : elle ne chante pas seulement « prends ma vie elle est toute à toi »... comme nous le chantons souvent, mais elle la donne concrètement. En donnant cet exemple, l’évangéliste nous rappelle que notre relation à Dieu engage notre vie. Notre relation à Dieu est aussi importante que la vie que nous menons, que l’air que nous respirons que le pain que nous mangeons. Pouvons-nous faire comme elle, dans une société où l’argent est devenu le maître à penser, et où n’a de valeur aujourd’hui que ce qui permet un profit immédiat.

Le geste de la femme est cité en exemple sans qu’aucun autre commentaire ne soit fait, ni sur l’argent, ni sur les riches. La femme ne sait même pas qu’elle a retenu l’attention de Jésus pendant quelques secondes. Jésus n’a même pas eu une parole pour lui dire la faveur de Dieu à son égard. L’Evangile insiste seulement sur la valeur du sacrifice volontaire qui établit une relation de vie entre Dieu et la femme. C’est tout.

Mais tout n’est pas si simple car le temple doit être détruit. C’est ce constat qui complique les choses. L’étrange prophétie de Jésus annonçant la disparition du temple semble rendre vain et inutile cet acte qui lie la femme à son Dieu. Le temple pour lequel elle sacrifie ainsi sa vie sera démoli! Il ne restera plus pierre sur pierre. Comment Jésus peut-il faire une telle prophétie, que l’histoire va vérifier, après avoir insisté sur le geste remarquable de cette femme que cette prophétie rend parfaitement inutile?

En fait, il me semble que les choses ne sont pas inscrites d’avance dans l’histoire. Il n’y a pas de déterminisme dans la pensée judéo-chrétienne. Jamais on ne pourra dire c’était écrit d’avance. Le jour de ma mort, et l’événement par lequel je quitterai cette terre n’est pas écrit à l’avance, ni dans le livre de Dieu comme le pensent les musulmans ni dans les astres comme le pensent les astrologues. S’il en était ainsi la révélation chrétienne n’aurait aucun sens puisque les hommes seraient voués à un destin préétabli. Dans un tel contexte, le ministère de Jésus n’aurait aucun sens. L’histoire se vit donc au jour le jour dans l’existence des hommes qui cherchent par leurs actions à répondre à la mission et à la vocation que Dieu leur a donnée. C’est dans ce contexte que s’inscrit le geste de la femme. Le geste de la femme va dans le sens de la vie telle que Dieu la souhaite et telle que Jésus, l’annonce. En contribuant de tout son être à l’édification du sanctuaire terrestre où réside le nom de Dieu elle participe à la volonté créatrice du Seigneur. C’est dans ce sens que Jésus valorise son action.

Ce geste n’empêche pas pour autant Jésus de considérer avec lucidité la situation sociopolitique de son époque. Jésus sait, comme tout un chacun que si les tensions entre juifs et romains persistent, la guerre finira par éclater et le sanctuaire sera détruit. La prophétie de Jésus relève de la lucidité politique plutôt que de la théologie.

La destruction du temple est de l’ordre du possible et même du probable elle est liée au péché et à la violence des hommes et pas forcément à la volonté de Dieu. Encore une fois, répétons que les hommes sont appelés chaque jour à écrire l’histoire avec ce qu’ils y mettent. Ils trouve le sens des valeurs justes, à l’écoute de leur Dieu. Mais ils sont aussi habités par le mal et quand ils se mettent à l’écoute de leur cupidité et de leurs passions, c'est le mal qui s'inscrit dans l'histoire. Cette double tension leur sert à écrire l’histoire. Dieu ne prévoit pas à l’avance ce qui déterminera le cours des choses. Si Jésus avait su que Dieu avait décidé la destruction du Temple, il n’aurait pas tenu les propos qu’il a tenu sur la veuve comme il l’a fait. Jésus ne s’est jamais très clairement exprimé sur la destruction du temple, se sont ses ennemis qui au moment du procès ont joué sur les mots en disant qu’ « Il avait parlé de la destruction du temple ». L’Evangéliste Jean d’ajouter « qu’il parlait du temple de son corps ». Les disciples en fait n’ont retenu que des paroles ambiguës à propos du temple.

En prophétisant la destruction du temple Jésus ne fait pas état d’une décision préétablie de Dieu qui conduirait l’histoire indépendamment des hommes, mais Jésus fait état du péché des hommes qui les empêche d’agir en harmonie avec Dieu.

En faisant allusion à la démolition future du temple, Jésus se place dans la même ligne prophétique que les grands prophètes de l’antiquité juive tels Esaïe ou Jérémie. Leurs prophéties qui annonçaient les catastrophes étaient perçues comme conséquence du péché des hommes. Mais les prophètes prévoyaient que leurs prophéties pouvaient ne pas s’accomplir si le peuple changeait d’attitude

Le malheur annoncé par une prophétie peut toujours être suspendu par le repentir du peuple. Le repentir, c’est à dire le retour vers Dieu rend toujours possible une nouvelle participation des hommes à l’œuvre de Dieu. Le retour des hommes vers Dieu leur permet toujours de collaborer à nouveau avec lui dans le sens positif de l’histoire.


La femme du récit collabore donc avec Dieu, mais ce geste n’empêchera pas la folie des hommes de commettre l’irréparable et d’entraîner dans leur folie la destruction du temple comme ce fut jadis le cas à l’époque de Nabuchodonosor.

(1) selon la traduction de la nouvelle version Second révisée :"2 leptes valant 1 quandrant"

mercredi 14 octobre 2009

Les Béatitudes: Matthieu 5/1-12 dimanche 1 novembre 2009



Chapitre 5

Le « Sermon sur la montagne »

1 Voyant les foules, il monta sur la montagne, il s'assit, et ses disciples vinrent à lui.

2 Puis il prit la parole et se mit à les instruire :

3 Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux !
4 Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés !
5 Heureux ceux qui sont doux, car ils hériteront la terre !
6 Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés !
7 Heureux ceux qui sont compatissants, car ils obtiendront compassion !
8 Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !
9 Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu !
10 Heureux ceux qui sont persécutés à cause de la justice, car le royaume des cieux est à eux !
11 Heureux êtes-vous lorsqu'on vous insulte, qu'on vous persécute et qu'on répand faussement sur vous toutes sortes de méchancetés, à cause de moi. 12 Réjouissez-vous et soyez transportés d'allégresse, parce que votre récompense est grande dans les cieux ; car c'est ainsi qu'on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.






C’est ici le premier enseignement de Jésus et il commence par « heureux ».

Heureux êtes-vous dit-il, et à la suite de ce mot qu'il répète 10 fois tels les 10 commandements de Moïse, il dresse la liste de tous les gens de son entourage qui n'ont aucune raison d'être heureux, puisqu'ils sont pauvres, ils pleurent, ils sont endeuillés, ils n'ont plus de ressource, ils sont déçus par l'iniquité de la justice humaine, ils sont naïfs et doux dans une société de violence, ils sont maltraités à cause de leurs idées, ils sont persécutés, parce qu'ils suivent Jésus. Tous ces gens marginalisés par la société ou par les événements, Jésus les proclame "heureux».

Comment recevons-nous une telle affirmation ? En toute objectivité, si nous étions dans leur cas, et nous le sommes parfois, nous aspirerions à en sortir le plus vite possible et nous chercherions à ne plus être victimes ni de la pauvreté, ni de la tristesse, ni du malheur. Même les plus pieux d'entre nous à qui on a raconté que c'était un honneur que d'être inquiété au nom de Jésus Christ, ne le revendiquent pas, ni pour eux, ni pour leurs amis, et si, ils le revendiquaient nous considérerions qu'ils devraient se faire soigner.

Depuis que Jésus a prononcé ces paroles, l’Eglise s'en est délectées. On les chante et on les récite encore dans toutes les circonstances de notre vie d’Eglise. Cependant, quoi qu'on en dise, nous le répétons, nous n'avons pas envie de nous trouver dans la situation de tous ceux qui sont visés par les propos de Jésus.

Pourquoi donc Jésus les a-t-il tenus? Quelle était sa visée ? Certains ont cru que Jésus annonçait une révolution sociale et même une révolution cosmique. Ils ont cru que Jésus allait inaugurer un temps nouveau où le Dieu tout Puissant ouvrirait les cieux et renverserait l'ordre social en détruisant toutes les inégalités. Ils croyaient que le Royaume de Dieu allait enfin s'établir sur terre. Ceux-là ont été déçus, ils ont quitté Jésus discrètement les uns après les autres.

Le dernier à être resté dans l'entourage du Seigneur a sans doute été Juda. On dit qu’il aurait livré Jésus au pouvoir du souverain sacrificateur pour contraindre Jésus à se battre et à inaugurer ainsi l'ordre nouveau en convoquant les légions d'anges pour le défendre. Ce fut peine perdue. Jésus s'est laissé arrêter, le ciel ne s'est pas ouvert, Michel et ses anges ne sont pas intervenus, bref ce fut raté. Il n’y eut pas de coup d’éclat de la part de Jésus. Juda désespéré se serait donné la mort. Les amis de Jésus se sont égayés dans la nature, laissant le "maître " seul au pouvoir de ses ennemis. Ceux-ci ont alors organisé un faux procès. Ils ont même fait du chantage pour obtenir que le préfet le condamne à mort. Ce fut la fin de l'ordre nouveau tant espéré.


Les amis de Jésus, encore tout effrayés par ce week-end d'horreur, découvrirent au petit matin que le maître était vivant. Non pas qu'il ait survécu à son supplice, mais qu'il vivait autrement. C’est à cause de cette vie nouvelle jaillie à l’ombre de la croix que certains se mirent à penser que l’ordre nouveau tant annoncé était arrivé. Ce seraient les amis de Jésus, qui seraient désormais chargés par le maître de préparer le chemin d’une vie nouvelle que sa résurrection promettait à tous.

Certains se sont arrêtés là et se sont contentés de croire que Jésus avait apporté une morale altruiste comme seule solution à tous les maux dont souffraient les hommes. Mais où était la nouveauté ? Confucius, Bouddha ou Socrate n’avaient-ils pas dit la même chose avant lui ?

En fait de nouveauté, ceux qui ont élaboré une religion nouvelle à la suite de l’aventure de Jésus et bien qu’ils aient énoncé des dogmes compliqués ont fini par laisser entendre qu’il suffisait d’être bon et pieux pour attendrir Dieu et mériter le paradis. On était retombé dans une morale universelle propre à toutes les religions.

Ce fut le mérite de la Réforme de dénoncer cette simplification à outrance du message de Jésus. On a alors découvert que si Dieu nous regarde avec bienveillance, c’est parce qu'il nous aime. L’idée de salut que nous avons retenue de l’enseignement de Jésus n’est liée ni à notre générosité, ni à notre piété, mais à l’amour qu’il a pour nous. La bonté de Dieu se saisit de nous, tels que nous sommes, et met en nous une force nouvelle qui non seulement nous fait vivre, mais surtout nous fait vivre autrement.

Il me semble en fait, que c'est cette troisième voie qu'il nous faut explorer maintenant, celle qui nous invite à vivre autrement car selon Jésus, c'est cet autrement qui devrait nous rendre heureux. Mais avons nous envie de vivre autrement ? Nous avons plutôt envie de vivre conformément aux pulsions communes à tous les hommes, qui consistent à désirer être plutôt au somment de l’échelle sociale qu’en bas et être riche et en bonne santé, plutôt que pauvre et malade.

L’existence au quotidien apporte un cruel démenti à nos aspirations. Rares en effet sont ceux qui réalisent durablement tous ces souhaits. Plutôt que de faire semblant de croire que tout va bien et de laisser les illusions humaines guider notre vie, pourquoi ne pas suivre cette autre voie que Jésus nous propose? Au lieu de se laisser aller à des aspirations humaines, ne serait-il pas préférable de laisser parler en nous ces voix intérieures qui nous viennent de Dieu ?

Bien qu’il ait vécu il y a de 2 000 ans, la résurrection nous rend Jésus tout aussi présent aujourd’hui que jadis. Il se tient à nos côtés, comme il était à côté de ceux qui étaient avec lui sur la montagne. S’il ne prend pas nos problèmes en charge, comme il ne prenait pas, non plus, les problèmes de ses auditeurs en charge, il nous aide cependant, comme il le faisait pour eux, à nous prendre nous-mêmes en charge. Il nous incite à prendre notre situation en main en nous insufflant l'énergie dont nous avons besoin pour aller plus avant. C’est à cause de cette intuition qu’André Chouraqui, dans sa traduction de la Bible, a rendu l’expression de « heureux » par: " en marche".

En effet, pour se mettre en marche, il faut le vouloir, Jésus nous incite donc à vouloir. Quand on veut, quand on décide de vouloir, c’est lui qui nous prend la main. Il ne nous lâche pas, il fait résonner en nous une voix qui et celle de Dieu et qui nous met en marche. Il nous permet de le rejoindre dans l'Eternité où il est déjà. Plus le chemin de l'éternité se précise, plus sa main se fait ferme. Plus sa voix se fait entendre, plus nous avons envie de ne plus changer de compagnon de route, plus nous sommes heureux en sa présence.

En constatant la différence de traduction entre nos Bibles qui rendent le grec makarios par heureux et André Chouraqui qui dit : "En marche", on est en droit de se demander qui a tort ou qui a raison? J'étais bien évidemment séduit part la traduction de Chouraqui, mais comment la concilier avec le mot grec makarios qui signifie bien "heureux"? J'ai donc refait le même parcours que Chouraqui, je suis allé à l'hébreu ou à l'araméen, qui était la langue de Jésus, pour constater que le mot qui traduit « heureux » en hébreu est un mot issu de la racine du verbe marcher (Asher) ce qui pourrait vouloir dire que l'homme "heureux" c'est l'homme qui marche.

Si donc l'Eglise où nous sommes ne marche pas comme nous croyons qu’elle doit le faire, il ne faut pas s’attrister, car il n’y a rien qui soit figé à l'avance. Dieu n'a jamais interdit ni de faire évoluer cette église ni même de la changer.
N’est-ce pas ce qu’ont tenté de faire les Réformateurs ?

Ils ont certainement entendu cette voix de Dieu que Jésus leur faisait entendre. C’est parce qu’ils étaient affligés ou pauvres ou assoiffés de justices ou indignés par les injustices qu’en écoutant Dieu
les exhorter, ils se sont mis en marche et qu’en suivant Dieu ils ont découvert qu’ils en étaient heureux.

En marche, vous les affligés, vous les pauvres, vous les assoiffés de justice ! En compagnie de Jésus, il se passera forcément quelque chose qui fera de nous des êtres différents !
Pourquoi différents?
Parce que sauvés !