mercredi 19 juin 2019

Luc 11-17 la multiplication des pains - dimanche 23 juin 2019



Luc 9- 11-17 la multiplication des pains 23 juin 2019 




10 Les apôtres, à leur retour, racontèrent à Jésus tout ce qu'ils avaient fait. Il les prit avec lui et se retira à l'écart, du côté d'une ville appelée Bethsaïda.11 Les foules s'en aperçurent et le suivirent. Il les accueillit ; il leur parlait du règne de Dieu ; il guérit aussi ceux qui avaient besoin de guérison.

12 Le jour commençait à baisser. Les Douze vinrent donc lui dire : Renvoie la foule, pour qu'elle aille se loger et trouver du ravitaillement dans les villages et les hameaux des environs ; car nous sommes ici dans un lieu désert. 13  Mais il leur dit : Donnez-leur vous-mêmes à manger. Ils dirent : Nous n'avons pas plus de cinq pains et deux poissons, à moins que nous n'allions nous-mêmes acheter des vivres pour tout ce peuple. 14 En effet, il y avait environ cinq mille hommes. Il dit à ses disciples : Installez-les par rangées d'une cinquantaine. 15 Ils firent ainsi ; ils les installèrent tous. 16 Il prit les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux vers le ciel et prononça la bénédiction sur eux. Puis il les rompit et se mit à les donner aux disciples pour qu'ils les distribuent à la foule. 17 Tous mangèrent et furent rassasiés, et on emporta douze paniers de morceaux qui étaient restés.

Jésus nous surprendra toujours parce qu’il réagit rarement dans le sens où nous le souhaitons. Les disciples excités par leur expérience sont   fatigués, ils espèrent un peu d’écoute et de compassion de la part de Jésus. Ils sont aussi angoissés par le fait que le tétrarque qui a fait mourir Jean cherche à voir Jésus.  Jésus quant à lui semble abonder dans leur sens, c’est pourquoi il les emmène en promenade pour prendre un peu de repos.  Inutile, la foule plus rapide qu’eux les a rejoints. On se reposera plus tard, on mangera à un autre moment, Jésus leur sacrifie sa disponibilité pour se consacrer à plus démunis qu’eux.

Ainsi en est-il de ceux qui ont choisi de mettre leurs  pas dans ceux de Jésus et de répondre à sa suite à l’appel de Dieu. Il leur faut aller de l’avant, même s’ils sont  fatigués.  La mission a sans doute été rude. Ils ont sans doute besoin  de nourriture matérielle et spirituelle, ils ont besoin de partager leur aventure.  Ils ont en fait besoin que l’on s’occupe d’eux, négligeant tout sentiment d’empathie, Jésus considère qu’il y a plus urgent. Frustrés, ils restent dans leur coin.

C’est cela qui se passe bien souvent, même dans ces Églises que nous fréquentons. La plupart  de ceux qui sont venus assister au culte y sont venus  parce qu’ils avaient besoin de Dieu, parce que leur cœur avait besoin de s’épancher, et  la plupart du temps, ils entendent des  paroles qui leur  disent que les autres, sont plus à plaindre qu’eux.  On leur parle du souci de Dieu pour les autres, on les invite même à leur consacrer du temps et de l’argent. C’est alors qu’ils se sentent frustrés. Ils le sont  d’autant plus qu’ils savent que ces exhortations  donnent dans le vrai. Ils savent intérieurement  qu’ils sont en quelque sorte des privilégiés par rapport  à d’autres, mais pour cet instant,  ce n’est pas leur sujet de préoccupation. 
Ce qui les intéresse, c’est que Dieu se penche sur leurs soucis et qu’il apaise leurs angoisses. En entendant une exhortation à s’intéresser aux autres, ils ont l’impression de s’être trompés de lieu. Ils voudraient être ailleurs.  C’est dans ce climat que se situe le  texte que nous méditons, et nous découvrons en commençant  que deux camps sont en train de naître dans l’entourage de Jésus et ceux qui se croient plus  proches de lui nourrissent déjà des sentiments hostiles à l’égard de la foule qui constitue l’autre camp.

Nous partageons nous aussi   le  désarroi des disciples. Ils espéraient la compassion de Jésus, et c’est la foule qui y a droit. Quand  nous participons à la vie de son Eglise, nous aimerions parfois que Jésus  s’occupe de notre âme, au lieu de nous culpabiliser, par prédicateurs interposés au sujet de   ce que nous ne faisons pas. 
Bien entendu, tous ces gens qui accouraient en foule à la suite de Jésus n’étaient pas venus pour être mobilisés afin de devenir les premiers bâtisseurs du Royaume de Dieu.  Jésus ne semble même pas avoir l’intention de les enrôler parmi ses  amis,  ni de constituer avec eux  un premier contingent pour mener une  révolution   dont  il serait l’instigateur. Ils espèrent seulement sans le savoir  que  Jésus mettra quelque chose de nouveau dans leur vie. Il n’y a pas donc pas de concurrence entre les disciples et la foule, mais ils  ressentent mal une telle situation.

Pourtant, Jésus a mis ses amis à l’écart, il ne les a pas bousculés, il les a laissés tranquilles pour qu’ils se reposent un peu avant de les mettre au travail. Car pour Jésus, c’est l’action qui prime sur l’inaction. C’est le dynamisme qui prend le pas sur la contemplation. Il va se comporter  comme si le fait de se mettre au travail sous son impulsion était un baume  suffisant pour leur donner de la vigueur. Pour Jésus, semble-t-il,  il n’y a aucun avenir dans un repli sur soi, car la vie qu’il nous donne ne peut se vivre que dans le mouvement. 

Les gens qui forment de cette foule sont comme des brebis sans berger, est-il dit dans un autre évangile au sujet de  ce même événement. Curieusement, Jésus ne se propose pas d’être leur berger. Pour répondre à leur détresse, Jésus les a enseignés et ils ont sans doute été réceptifs puisqu’ils sont restés. Mais celui qui enseigne n’est pas forcément celui qui prend en charge. On ne sait d’ailleurs pas ce qu’il leur a dit, mais on peut le supposer. Il leur a dit que s’ils suivent son enseignement, ils n’auront plus besoin de berger. L'enseignement  qu’il leur donne leur suffit pour qu’ils deviennent eux-mêmes autonomes car Jésus veut en faire des êtres assez dynamiques pour se battre pour leur propre cause. Ils n’ont besoin ni de maître ni de gourou. Jésus leur a indiqué la voie qui donne du sens à la vie et en écoutant Jésus, ils ont été remplis du désir de vivre.

Il leur a donné  de l’espérance !  Et maintenant le groupe des amis de Jésus n’a plus qu’un désir : celui de se séparer de la foule et de le récupérer  enfin, car ils sont bien avec lui. Ses amis lui conseillent  de  renvoyer la foule  avant qu’il ne soit trop tard. Jésus abonde dans leur sens,  il n’a pas l’intention, quant à lui,  de les garder autour de lui, mais il ne suit pas leurs injonctions, car ce n’est pas fini, il faut maintenant que tous mangent.  Face à Jésus s’opposent maintenant deux groupes  qui ont le même besoin celui de manger. Le plus agressif est celui de ses amis. La question qui se pose et de savoir s'il vaut mieux se séparer pour que chacun trouve individuellement sa pitance  ou vont-ils se rassembler et assouvir ce besoin commun ensemble? La réaction du chacun pour soi est classique, mais  Jésus  quant à lui ne l’entend pas de cette oreille.

Nul ne sait de quoi a été fait  le miracle, même si on peut l’imaginer. Mais les deux fractions rivales ont mangé et partagé  et tout cela a été organisé  de telle sorte que ce sont ceux  qui se croyaient  les plus proches de Jésus, c'est à dire ses disciples, qui reçoivent la charge de servir les autres  alors que depuis le début ils avaient l’intention de ne rien faire. Ce que l’on sait c’est que la foule a commencé à se mobiliser et qu’elle a été nourrie. C’est sans doute  en  mettant les disciples encore fatigués au service de cette foule  que l’espérance que Jésus avait  mis en eux  a pu se communiquer  aux autres.  Le miracle, n’a donc pas tellement été celui de la multiplication des pains. Il a consisté à mobiliser deux fractions rivales et à les faire collaborer. Il  a pu se réaliser parce que  les disciples qui avaient l’intention de laisser tout  faire à Jésus se sont  mis au travail et qu’ils se sont mis au service des autres. 
On a pris l’habitude de considérer que les disciples de Jésus étaient des râleurs qui comprennent toujours trop tard ce que Jésus attend d’eux et qui se font prier pour accomplir les désirs du maître. Nous leur ressemblons  sans doute, quand  nous aussi nous trainons les pieds et que nous renâclons pour rendre compte de l’espérance qui est en nous.  Il n’empêche que malgré leur indisponibilité, c’est quand même par eux que s’est accompli le miracle.  

La fin du récit nous laisse entendre que cela se passe dans l’urgence. Le soir tombe, la nuit approche, c’est la nuit de l’angoisse et de l’incertitude, il faut que tout soit dit et que tout soit compris avant que les ténèbres ne surprennent tout le monde. Il faut que chacun reparte, animé d’une puissance de vie nouvelle qui lui permettra de franchir les obstacles que l’obscurité lui réserve.  Mais, Jésus n’a donné à personne une potion magique qui déjoue les obstacles, il a insisté  sur la notion de service.  Il leur a donné une espérance  qui les remplit d’énergie, mais les difficultés de la vie subsistent. Espérance et service, voila deux notions qu’il faut nous appliquer à mettre ensemble.

vendredi 7 juin 2019

Jean 16/12/15 La vérité: réflexion sur l'avenir de la planète dimanche 16 juin 2019






La Vérité Jean 16:12-15


12 J'ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter maintenant. 13 Quand il viendra, lui, l'Esprit de la vérité, il vous conduira dans toute la vérité ; car il ne parlera pas de sa propre initiative, mais il dira tout ce qu'il entendra et il vous annoncera ce qui est à venir. 14 Lui me glorifiera, parce qu'il prendra de ce qui est à moi pour vous l'annoncer. 15 Tout ce qu'a le Père est à moi ; c'est pourquoi j'ai dit qu'il prendra de ce qui est à moi pour vous l'annoncer.


Lire aussi : Jean 18/35-38

Matthieu : 27/24


Tout au long de l’Évangile de Jean, Jésus  s’interroge sur la Vérité. A la fin de ce même Évangile, Pilate en signant la condamnation à mort de Jésus se demande ce qu’est la Vérité. Mais en bon politique, il s'en lave les mains.  Bien qu’il en parle, la vérité ne fait pas partie de ses préoccupations principales. Ce qui compte pour lui, c’est sa vérité et non pas la vérité. En ce sens, nous lui ressemblons. La vérité semble donc être simplement une opinion,  pourtant, la recherche de la vérité fait partie des préoccupations spirituelles ou intellectuelles de tous les peuples et de tous les temps. C’est en son nom que l’on a fait les meilleurs et les pires des choses, c’est en son nom que l’on a fait taire les uns en les tuant, ou que l’on a fait crier les autres en les torturant. Pourtant la vérité est notre préoccupation première en matière de spiritualité.  La Vérité est au cœur de la Bible, car le Dieu d’amour, le Dieu de paix ou le Dieu de l’espérance, est aussi le Dieu de vérité


« Qu’est-ce que la vérité? » Demandera Pilate en se lavant les mains quelques jours après l’entretien de Jésus avec les siens sur la vérité, rapporté  dans l’Evangile de Jean. Pilate signifie par ce geste qu’il ne s’implique pas dans la mort de Jésus. Pourtant il va envoyer à la mort, sans état d’âme particulier, celui qui justement se propose de l’entretenir de la vérité, c’est dire que la vérité n’a aucun attrait pour lui, tout au moins la vérité telle qu’elle émane de Jésus. Pour Pilate, la vérité, c’est l’ordre, la discipline et la soumission. La vérité se limite à sa préoccupation immédiate. Il ne la vit que dans l’instant, mais cette vérité-là est éphémère, elle est très vite érodée par le temps. Quelques années plus tard, la décision de l’empereur qui enverra Ponce Pilate en exil changera, sans doute, sa conception de la vérité. De bourreau il deviendra victime, et il méditera alors d’une autre manière sur la vérité en attendant que la mort lui ferme les yeux sur sa propre vérité ou les lui ouvre sur la vérité de Dieu, mais on n’en sait  rien.



Ainsi il y a plusieurs vérités, il y a celles qui appartiennent à la logique des hommes, qui varient au gré du temps et des modes. Elles sont multiples et prennent  différentes formes suivant les temps et les moments. Mais il y a aussi une vérité qui dépasse l’homme qui est d’ordre métaphysique et qui ne s’accomplit qu’en Dieu. Il y a donc des vérités : Il y a la vérité toute relative qui est celle des hommes et qui s’oppose au mensonge tel que les hommes le conçoivent, et puis, il y a une vérité qui nous dépasse, qui vient d’ailleurs et qui est la seule qui soit digne de retenir notre intérêt parce qu’elle vient de Dieu, parce qu’elle est en Dieu. Sa recherche ne préoccupait pas particulièrement Pilate, comme nous l’avons vu, ni ne préoccupe pas beaucoup de nos semblables, comme nous le verrons. Quoi que ?



Cette aspect de la vérité qui se révèle en Dieu  nous dérange parce qu’elle a profondément divisé les croyants entre eux, c’est pourquoi   nous ne la saisissons que partiellement. On n’y entre que patiemment, et partiellement,  au prix de sacrifices  personnels qui nous amèneront à réviser certains aspects de notre foi.  Cela réclame toute notre attention et nous demande d’oublier et de dépasser  toutes les vérités relatives qui nous habitent, car c’est à ce prix que nous accéderons aux battements du cœur de Dieu.


Beaucoup d’entre nous pourtant limitent leurs relations à Dieu à l’acte de foi par lequel ils découvrent qu’ils sont  individuellement sauvés par grâce. Ils en font la seule vérité accessible à leur foi.  Ils  se limitent  au salut individuel qui concerne chaque individu, mais  le salut qui préoccupe aujourd’hui nos contemporains, c’est un salut collectif c’est celui de la planète toute entière, et c’est sur cet aspect des choses qu’il faut chercher la vérité de Dieu.

En fait, la foi ne doit pas se limiter au seul aspect, de notre relation personnelle à Dieu, elle doit dépasser notre souci individuel de relation avec lui pour s’étendre à toute la collectivité humaine.  Elle place Dieu devant nous comme Sauveur et Libérateur de   tous les hommes.

Le secret de notre foi dépend de la manière dont nous allons approfondir notre connaissance de Dieu en dépassant notre situation personnelle. Notre foi doit se remplir d’un contenu qui va donner du sens aux termes de Sauveur et de Libérateur du monde qui doit qualifier  Dieu. C’est ainsi que nous allons poursuivre notre recherche sur la Vérité.


Alors que les enjeux sur l’avenir du monde semblent de jour en jour s’aggraver, alors que les uns prophétisent un avenir sombre pour la planète et que d’autres tels Pilate s’en lavent les mains, nous avons peine à entendre la vérité telle qu’elle pourrait  émaner de Dieu. Les Eglises, quant à elles, pour la plupart du temps ne semblent faire écho qu’à des vérités émises par les penseurs qui les  ont pour la plupart empruntées  aux Ecritures elles-mêmes mais qui ne sont pas perçues comme pouvant venir de Dieu. On parle de solidarité, de partage, de responsabilité,  d’intérêt pour le prochain, les Eglises, comme le monde se colorent en vert mais l’espérance  ne semble pas s’imposer comme un élément déterminant pour l’avenir.  En parlant d’espérance pour qualifier leur attitude concernant l’avenir du monde  les églises donnent l’impression de botter en touche et de parler un langage obsolète. Or l’espérance, nous dit les Ecritures,  c’est le pari que Dieu a toujours fait sur l’homme.


Depuis l’origine des temps l’espérance a été inscrite comme élément décisif de la volonté divine, même si nous n’avons pas su et  ne  savons toujours pas la saisir. Ainsi, en guise d’exemple, je dirais qu’on on a toujours lu et interprété le récit d’Adam et Eve, comme celui de la chute  de l’homme qui l’a  enfermé pour toujours dans une culpabilité dont il ne se sort pas. Il a été considéré pour toujours comme  coupable  des échecs du monde liés à son péché qualifié d’originel. Cette tare se répéterait de générations en générations jusqu’à la fin des temps et aurait amené la planète à l’état où elle en est aujourd’hui. Seule le salut individuel acquis par Jésus pourrait modifier le sort de chacun. Mais n’est-ce pas  du sort de tous dont il s’agit ? 


N’y aurait-il pas une autre lecture possible de ce récit? Ne faudrait-il pas plutôt considérer ce mythe comme l’expression de la chance de l’humanité qui sous l’impulsion de Dieu, face au péché de l’homme l’aurait rendu  industrieux,  si bien qu’il  il se mettrait à inventer de nouveaux modes de présence au monde, il ferait face  à toutes sortes de situations hostiles et il s’en sortirait en inventant toutes sortes de situations  nouvelles. Il  inventerait l’industrie et construirait des villes, cultiverait les champs. C’est ce que dit le texte biblique. Pourtant les hommes, prisonniers de leur avidité, sont sans cesse  passés à côté de leur chance en ne tenant pas compte  de leurs semblables, les moins chanceux qu’ils n’ont cessés d’opprimer. Si leur avidité était la  cause  de tous  leurs échecs, la chance  n’a jamais cessé de s’offrir à eux comme un perpétuel défi qui se formulait toujours en termes d’espérance.


Dans leur perpétuelle fuite en avant, leurs intuitions étaient bonnes, mais ils se sont la plupart du temps mis à suivre la mauvaise voie  et à s’appuyer sur leur mauvais penchants dont seule une conversion radicale pourrait les libérer et les ouvrir à l’espérance. Dérapage après dérapage, les inventions humaines   ont conquis toute la planète et les plus forts ont toujours semblés  imposer leurs lois. Pourtant,  les plus optimistes ne baissent pas les leurs garde et c’est leur espérance qui finit par  s’imposer. 

Si la folie semble avoir    gagné du terrain, l’espérance aussi a sans cesse progressée. Quelques exemples : Jadis le moindre coupable selon la justice en vigueur était torturé  et devait rendre compte de ses forfaits en subissant une condamnation à mort qui se soldait par la perte de leur vie. Aujourd’hui  les exécutions capitales  sont en pleine régression et la vie reprend ses droits. Si jadis l’homme avait droit de vie et de mort sur les siens, aujourd’hui la violence contre les femmes et les enfants   est proscrite et punie presque de partout. Sans qu’on s’en rende vraiment compte c’est l’espérance  qui semble s’imposer. Alors que le monde fait mine de moins croire en Dieu, il  se contente  simplement de manifester sa foi en l’avenir de manière différente. 


Alors que de partout, en tout cas dans le monde occidental, on fait comme si Dieu n’avait plus d’influence et qu’on ne se souciait nullement de sa présence. C’est pourtant à une vie meilleure pour tous que l’on travaille  et que l’on repousse au loin toute menace de mort. N’est-ce pas là la promesse que Dieu nous fait dans les Ecritures ? Si le succès  de l’entreprise n’est pas acquis, il est en bonne voie. L’homme rejoint dans ses aspirations celles que Dieu lui a toujours révélées.  S’il nous apparaît que  la planète est en danger, il ne faut pas pourtant pas  négliger les mains qui travaillent à la sauver avec les bonnes armes qui sont celles de Dieu qui les arme de jour en jour d’epérance..  


mardi 28 mai 2019

Marc 5/21/43: Jésus maître de la vie. Dimanche 1 juin 2019




Reprise d'un sermon de 2015.



21 Jésus regagna l'autre rive en bateau, et une grande foule se rassembla auprès de lui. Il était au bord de la mer. 22 Un des chefs de la synagogue, nommé Jaïros, arrive ; le voyant, il tombe à ses pieds 23 et le supplie instamment : Ma fille est sur le point de mourir ; viens, impose-lui les mains, afin qu'elle soit sauvée et qu'elle vive. 24 Il s'en alla avec lui. Une grande foule le suivait et le pressait de toutes parts.

25 Or il y avait là une femme atteinte d'une perte de sang depuis douze ans. 26 Elle avait beaucoup souffert du fait de nombreux médecins, et elle avait dépensé tout ce qu'elle possédait sans n’en tirer aucun avantage ; au contraire, son état avait plutôt empiré. 27 Ayant entendu parler de Jésus, elle vint dans la foule, par-derrière, et toucha son vêtement. 28 Car elle disait : Si je touche ne serait-ce que ses vêtements, je serai sauvée ! 29 Aussitôt sa perte de sang s'arrêta, et elle sut, dans son corps, qu'elle était guérie de son mal. 30 Jésus sut aussitôt, en lui-même, qu'une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule et se mit à dire : Qui a touché mes vêtements ? 31 Ses disciples lui disaient : Tu vois la foule qui te presse de toutes parts, et tu dis : « Qui m'a touché ? » 32 Mais il regardait autour de lui pour voir celle qui avait fait cela. 33Sachant ce qui lui était arrivé, la femme, tremblant de peur, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. 34 Mais il lui dit : Ma fille, ta foi t'a sauvée ; va en paix et sois guérie de ton mal. 35Il parlait encore lorsqu’arrivent de chez le chef de la synagogue des gens qui disent : Ta fille est morte ; pourquoi importuner encore le maître ? 36 Mais Jésus, qui avait surpris ces paroles, dit au chef de la synagogue : N'aie pas peur, crois seulement. 37 Et il ne laissa personne l'accompagner, si ce n'est Pierre, Jacques et Jean, frère de Jacques. 38Ils arrivent chez le chef de la synagogue ; là il voit de l'agitation, des gens qui pleurent et qui poussent de grands cris. 39 Il entre et leur dit : Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L'enfant n'est pas morte : elle dort. 40Eux se moquaient de lui. Mais lui les chasse tous, prend avec lui le père et la mère de l'enfant, ainsi que ceux qui l'accompagnaient, et il entre là où se trouvait l'enfant. 41 Il saisit l'enfant par la main et lui dit : Talitha koum, ce qui se traduit : Jeune fille, je te le dis, réveille-toi ! 42 Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher — en effet, elle avait douze ans. Ils furent saisis d'une grande stupéfaction. 43 Il leur fit de sévères recommandations pour que personne ne le sache, et il dit de lui donner à manger.  



Deux miracles coup sur coup. Voilà de quoi émerveiller les foules, voilà de quoi alimenter les prédications de beaucoup de pasteurs pour nous inviter à nous émerveiller et à propos de Jésus et à nous aider croire  que c’est lui qui donne du sens à nos vies.

Voilà en quels termes pourrait commencer le sermon que je ne vais pas faire. Je vais chercher ailleurs  que dans le merveilleux, d’autres aspects de ce texte à côté desquels je ne voudrais pas passer. En  lisant attentivement ce récit on découvre des aspects du texte auxquels on ne s’attend pas, car aucun des acteurs n’agit comme on aurait pu le supposer. Ils font tous ce qu’il ne faut pas faire,  mais malgré tout leur démarche aboutit.  Ce texte fonctionne  comme si on nous donnait le contre-exemple des bonnes attitudes face à Jésus. Et malgré notre foi mal fondée, Jésus ne semble pas remarquer que  nos démarches sont maladroites que nos  attitudes théologiques sont  bancales. Il nous vient  en  aide et nous  apporte son réconfort. 

 Nous pensons en faisant ce constat à toutes ces différences théologiques qui opposent les églises entre elles depuis parfois des millénaires et qui continuent à les diviser  au point de s’interdire tout  geste de communion entre elles alors que  Jésus les considéreraient comme des points de détails qui mériteraient  à peine qu’on s’y arrête.

Le récit, nous l’avons noté,  est fait de  deux récits imbriqués l’un dans l’autre. Il y est question d’une femme guérie en pleine rue,  aux sus et aux vues de  tout le monde sans même que Jésus s’en mêle vraiment.  Dans l’autre récit, il est question d’une autre femme -  une fillette dit le texte, mais est-elle une fillette ? – qui se meurt avant que Jésus intervienne et qu’il rend à la vie  dans le plus grand secret familial.

Pourquoi l’une est-elle guérie en public alors que pour l’autre Jésus, s’enferme avec elle et ses proches pour la réveiller ?  Sans doute  fallait-il, pour que la femme puisse retrouver pleinement  la jouissance de sa vie, qu’elle se trouve également  réintégrée dans la société. Sa guérison  signifie aussi sa réintégration dans la vie sociale puisque sa maladie la rendait inapte à la vie avec les autres à cause de l’impureté qu’elle subissait  du fait des pertes de sang dont elle souffrait. Quant à la jeune femme, son retour à la vie signifiait aussi une guérison de la cellule familiale qui elle-aussi est également malade, nous allons le voir, mais cela relevait de l’ordre du privé et n’avait besoin de n’être connu de personne.

Douze ans séparent ces deux femmes. La maladie de la plus vieille a commencé au moment de la naissance de la plus jeune. C’est comme si  la plus vieille  endossait le rôle de la mère de l’enfant  qui n’occupe aucune place ici et qu’on pourrait considérer comme morte si Jésus, au dernier moment,  ne l’exhumait  du néant où elle semblait être enfermée. La mort plane  sur la vie de ces trois femmes dans un non-dit  qu’il nous faut maintenant décrypter. Au moment où la plus vieille retrouve une vie normale, la plus jeune  renaît à la vie, et la mère est rendue à l’existence.   Jésus se charge ainsi aussi bien des morts secrètes que des morts réelles pour répandre la vie  de partout où il est reconnu.

Revenons à chacun des personnages de ce texte. Nous l’avons dit, aucun d’ entre eux  ne fait ce qu’il doit faire. Le récit est présenté de telle sorte qu’il suggère que les croyants font rarement ce que Dieu attend d’eux.  Sous couvert d’une démarche de foi, ils agissent, comme la femme  par superstition, où comme le Père  qui impose à Dieu, en manipulant Jésus la réponse qu’il espère.

L’attitude de la femme malade correspond au type de la démarche superstitieuse. Elle n’en peut plus. Elle est épuisée physiquement par sa  perte de sang qui affaiblit son organisme et par toutes les vaines tentatives qu’elle a entreprises auprès des médecins et en désespoir de cause des guérisseurs.  En outre, la culture de son pays lui interdit tout contact  avec les autres à cause de son impureté permanente.  Ne la blâmons pas si elle pense qu’elle peut s’approprier clandestinement  un peu de l’énergie vitale que Dieu a mise en Jésus.  Jésus ne la blâme par pour son geste, mais pour le secret  avec lequel elle a opéré.  «  Pas besoin de se cacher pour espérer » semble-t-il lui dire. La puissance de vie dont dispose Jésus est pour tous. Par Jésus  Dieu donne à tous  la capacité de vivre, même malade  et même mort. Douze ans de vie et de souffrances viennent de voler en éclat par le seul contact discret, avec Jésus et les effets de  cette  puissance de vie vont  rejaillir sur la jeune fille de l’histoire suivante.

Le Père de la jeune fille ne fait pas à son tour ce qu’il devrait faire.  Françoise Dolto a analysé  son cas avec attention.  Elle a montré qu’il a agi à tort envers Jésus  en lui ordonnant de faire ce qu’il doit faire à cause sans doute d’un complexe de supériorité mal assumé. Mais il a aussi   mal agi envers sa fille depuis sa plus tendre enfance dont il s’est totalement emparé au point que la mère ne joue plus aucun rôle auprès d’elle. Il semble avoir privé sa femme de son rôle de mère. Il parle de sa fille comme d’une petite fille alors qu’elle a douze ans. En Orient, en ce temps-là, elle était  à l’aube de devenir femme et se trouvait  déjà  en état d’être bonne à marier. Françoise Dolto estime que cette enfant est  étouffée et privée de possibilité d’entrer dans sa  vie de femme par un Père abusif et possessif.

Devant le drame de sa fille il somme Jésus d’obtempérer avec condescendance et autorité. Cette attitude pleine de contradictions révèle  le mal être qui est en lui.  Il demande  à Jésus de lui imposer les mains comme s’il voulait, lui-même,  régénérer la vie de son enfant en manipulant Jésus et par extension Dieu lui-même. Jésus évidemment ne se soumet pas, mais ne lui  fait pas remarquer  ce qu’il y a d’offensant dans son attitude. Il reprend  cependant l’autorité à son compte. C’est lui, maintenant qui dit ce qu’il faut faire. Il rétablit l’unité familiale totalement rompue par la faute du Père en les réunissant avec lui et avec la mère dans la chambre de l’enfant. La jeune fille devient alors capable de vivre à nouveau et de sortir du sommeil léthargique où l’avait  enfermé l’attitude abusive du Père. La seule chose dont la jeune fille a besoin maintenant c’est de manger et de reprendre des forces. Le retour à la vie de l’enfant montre que Jésus avait vu juste. C’est son entourage qui la rendait inapte à la vie. En remettant chacun à sa place, la vie pouvait renaître.

Toute action de Jésus est porteuse de vie. Elle relève simplement de l’évidence selon laquelle, notre foi en Dieu consiste avant tout à reconnaître qu’il est pourvoyeur de vie. Le miracle permanent en nous découle simplement de ce que nous reconnaissons cet état de fait. Ici on l’a vu, il s’agit non seulement de guérison de maladie, mais de guérison de la vie sociale. La malade est réintégrée dans la société, la jeune fille est rendue à la vie, mais elle est aussi guérie des abus que son père a pu lui faire subir et la mère  reprend pied dans la vie familiale.  Jésus ici est entouré d'une atmosphère de mort, mais il suffit qu'il soit reconnu pour que  la vie, toute la vie, reprenne ses droits. A nous de comprendre ce que la vie signifie pour Jésus.

jeudi 23 mai 2019

Jean 14/23-29 accueillir le Saint Esprit en nous dimanche 26 mai 2019


Jean 14/23-29 Jésus répondit : Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera ; nous viendrons à lui et nous ferons notre demeure auprès de lui. 24 Celui qui ne m'aime pas ne garde pas mes paroles. Et la parole que vous entendez n'est pas la mienne, mais celle du Père qui m'a envoyé. 



25 Je vous ai parlé ainsi pendant que je demeurais auprès de vous. 26 Mais c'est le Consolateur, l'Esprit saint que le Père enverra en mon nom, qui vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que, moi, je vous ai dit. 



27Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Moi, je ne vous donne pas comme le monde donne. Que votre cœur ne se trouble pas et ne cède pas à la lâcheté ! 28 Vous avez entendu que, moi, je vous ai dit : Je m'en vais et je viens à vous. Si vous m'aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais vers le Père, car le Père est plus grand que moi. 29 Je vous ai dit ces choses maintenant, avant qu'elles n'arrivent, pour que, lorsqu'elles arriveront, vous croyiez.





Que celui qui est triste et se sent abandonné, qui vit dans ce monde comme un prisonnier dans des jardins secrets où la vie l’a enfermé, verrouillé à l’écart des hommes par des éléments de vie qui le tiennent  cloitrés ne se désespère pas. Dieu est au courant de sa situation et lui envoie son Esprit afin que tout soit mis en œuvre pour qu’il se sente libre à nouveau. Encore, faut-il qu’il y mette du sien.



Il n’y a pas de  honte à avoir des états d’âme, il n’y a pas de honte non plus à éprouver le besoin de sentir une présence à ses côtés, il n’y a pas de honte à sentir un cœur d’enfant battre dans sa poitrine d’adulte. Il n’y a pas de honte non plus à savoir que nous sommes des hommes et des femmes faits de chairs et de sentiments. Les épreuves du temps nous ont appris à nous blinder et à nous protéger à l’aide d’un masque que nous sauvegardons au mieux pour ne pas laisser transparaître la réalité secrète de notre personnalité. Derrière  les murs de l’apparence, nous gardons des secrets qui altèrent le cours de notre vie. 



Dieu se propose de forcer la porte des jardins secrets de notre histoire personnelle. Il se propose par sa présence  de produire en nous un effet bénéfique, de provoquer une sérénité nouvelle dont les effets sont inhabituels. «Je me tiens à ta porte et je frappe » dit le Seigneur et pour qu’il entre chez nous il a besoin qu’on lui ouvre la porte. C’est à cette démarche que, sur l’injonction de Jésus je vous propose de  faire ce matin. La porte ouverte, Dieu s’approche et nous offre les services de Consolation dont nous avons tant besoin.



Il n’est sans doute pas difficile d’ouvrir une porte dont on détient la clé, mais pourtant à force de rester dans le secret, les mécanismes ont fini par se rouiller et  la serrure s’est complètement bloquée tant il est difficile de s’ouvrir, même à Dieu, et surtout à Dieu  dirai-je, tant  nous redoutons son  regard sévère et son  jugement. Cinq siècles de Réforme ne nous ont toujours pas libérés de cet aspect redoutable  dont les siècles antérieurs ont revêtu Dieu. Sa proximité fait encore peser sur nos consciences un sentiment de culpabilité dont nous avons du mal à nous sentir libérés.



Pour rétablir des chances  de dialogue avec lui, Dieu se propose de faire une démarche nouvelle en notre faveur, il irradie  vers nous un supplément de sa puissance divine qui nous est présentée ici comme le « Consolateur ». En lui,  nous reconnaissons l’action du Saint Esprit que le texte de l’Évangile de Jean appelle le « Paraclet »



Nous avons déjà, bien entendu, repéré l’œuvre du  Saint Esprit, mais avons-nous réellement constaté son action en nous  et autour de nous? C’est par son action, selon les Ecritures que Dieu  est intervenu, à l’origine des temps pour créer  le monde. Il y est présenté comme la puissance créatrice de Dieu et il est sensé présider à la destinée du monde. Il  a  exploré l’immensité du chaos avant de l’organiser. Et les Ecritures déclarent que tout ce qu'il a fait était bon. Il n’y a pas de raison pour que cela s’arrête.  Il a permis à Abraham de parler  cœur à cœur avec Dieu. Il a parlé par les prophètes,  il est descendu sur Marie et s’est posé sur la poitrine du Messie. Il est enfin venu sur les apôtres le jour de la Pentecôte. Il continue son action en  provoquant le dynamisme de l’Église, il la rend active et missionnaire et la conforte dans sa fidélité. Nous le voyons  ainsi à  l’œuvre dans le monde  et  sur certains hommes remarquables, et bien souvent cela nous suffit. Mais pour Jésus, ça ne suffit pas, c’est pourquoi il attire ici notre attention. Il nous demande de considérer que le rôle  du Saint Esprit ne s’arrête pas là. Il a pour mission d’établir un lien particulier entre Dieu et chacun de nous. Dans ce rôle-là Jésus lui donne le titre de Consolateur, de « Paraclet ».



Le Paraclet, ou le Consolateur, c’est donc ce supplément d’Esprit que Dieu nous envoie pour nous convaincre de l’efficacité de l’œuvre de Jésus Christ en  nous. C’est grâce à lui que nous croyons  que Jésus Christ nous a réconciliés  ( mis en harmonie) avec Dieu. Il nous a révélé l’immense amour de son Père pour  chacun de nous  et pour le monde aussi. Nous savons que par sa mort il a vaincu notre mort. Mais ces arguments intellectuels, s’ils sont nécessaires à notre compréhension des choses ne remplacent pas notre conviction intérieure. C’est pour accomplir cette fonction que le Seigneur envoie sur nous ce supplément de son Esprit. C’est par lui que tous les acquis de la foi en Christ deviennent certitude et nous transforment en profondeur.



Il nous faut donc être prêts à accueillir le « Consolateur » en nous. Il nous faut prendre du temps pour travailler sur nous-mêmes par la méditation et la prière. C’est ainsi qu’il aura la possibilité de pénétrer en nous et  de faire sa demeure en nous.  Naturellement, quelques-uns parmi-vous vont considérer que je fais peu de cas de la grâce en évoquant cette nécessité de travailler sur nous et de faire des efforts sur nous-mêmes. Ils vont penser  que je renvoie la grâce au rayon des accessoires inutiles en préconisant d’une manière subtile le retour au salut par les œuvres.



Qu’on ne se méprenne pas. Le salut nous est acquis par grâce, nous n’y avons aucun mérite. Dieu, par une décision dont le secret n’appartient qu’à lui a décidé de ne pas tenir compte de nos péchés avoués ou pas et de nous ouvrir tout grands ses bras de Père. Cela n’est nullement remis en cause. Ce que je dis simplement, c’est que pour prendre conscience de cette grâce et de l’immense privilège qu’elle révèle et  pour vivre pleinement du bonheur de se sentir sauvés, il nous faut accueillir ce supplément d’Esprit que Dieu nous donne. 



 Pour  l’accueillir, il faut s’y  préparer. Pour s’y préparer il faut  en faire l’effort. Il faut d’abord désirer qu’il s’installe en nous pour participer à notre vie intérieure. Il se comporte  alors comme un baume bienfaisant qui oriente toutes nos pensées  pour qu’elles se mettent en harmonie avec celles du Père. C’est alors que les consolations que nous espérons pourront se produire. Un supplément de vie prendra  alors place en nous pour alimenter nos désirs car nous avons besoin que nos frustrations soient prises en compte, qu’elles soient dépassées et qu’elles ne  fassent plus frein à toutes nos entreprises.



Si on cherche l’étymologie du mot « Paraclet » que l’on traduit par « consolateur » mais aussi par défenseur ou avocat, nous découvrons en nous appuyant sur son sens en  hébreu qu’il vaudrait mieux traduire par « supplément de vie ».  Vous avez sans doute remarqué que c’est sur ce sens particulier que je me suis appuyé tout au cours de mon propos.  Si toutes les fois que vous lisez dans la Bible le mot « consoler », vous le remplacez par l’expression « donner un supplément de souffle » vous verrez alors quel dynamisme il y a dans ce mot.



Le supplément de souffle se comporte comme une bouffée d’oxygène que l’on ferait respirer au malade pour le ranimer. Nous sommes des êtres en manque de souffle, et Dieu nous envoie gracieusement et généreusement ce souffle qui vient de lui. Il nous appartient maintenant d’utiliser ce supplément d’énergie pour surmonter ce qui entrave nos désirs, c’est ainsi que nous verrons se cicatriser nos plaies intérieures. Ce supplément d’énergie nous permet de sublimer nos frustrations et de nous projeter sereinement dans l’avenir.



Je crois qu’aujourd’hui en 2019 nous ne prenons pas assez le temps de nous laisser habiter par ce supplément d’esprit. Nous sommes avides de connaissances, nous prenons du temps pour nous cultiver, ou pour nous divertir, mais nous ne prenons pas assez de temps pour reprendre souffle comme le coureur sur le bord de la piste. Nous ne prenons pas le temps de  descendre en nous-mêmes pour y saluer Dieu  qui habite déjà en nous et qui nous attend patiemment. C’est alors que nous pourrons  lui dire notre amour et nos inquiétudes. Nous devons nous ouvrir sans crainte à notre Dieu et il fera le reste. C’est en agissant ainsi que nous faciliterons l’accès   en nous au Saint esprit.  Prenez le temps de vous laisser bercer et cajoler par votre Dieu qui ne demande que cela. En acceptant cela vous découvrirez qu’il vous en donne encore  bien davantage.


mardi 7 mai 2019

Jean 10/27-30 L'harmonie necessaire avec Dieu dimanche 12 mai 2019


Jean 10/27-30 

27 Mes moutons entendent ma voix. Moi, je les connais, et ils me suivent. 28 Et moi, je leur donne la vie éternelle ; ils ne se perdront jamais, et personne ne les arrachera de ma main. 29 Ce que mon Père m'a donné est plus grand que tout — et personne ne peut l'arracher de la main du Père. 30 Moi et le Père, nous sommes un. 


(J'ai publié ce sermon en avril 2013 et je ne trouve rien à y modifier, si non que l'équilibre du monde s'est un peu plus fracturé et que l'harmonie avec Dieu est encore plus nécessaire)




Depuis l’école primaire notre esprit est habité par l’image d’un agneau qui se désaltérait dans le courant d’une onde pure. Il avait l’innocence de l’enfant  qui tète encore sa mère et n’avait aucune raison de subir l’arrogance d’un loup que la faim avait attiré en ces lieux. La morale de l’histoire est désolante. Pourtant combien de bambins n’ont-ils pas été contraints d’apprendre par cœur cette histoire lamentable au risque de voir leur inconscient déformé à tout jamais par l’affirmation selon laquelle la raison du plus fort est toujours la meilleure. Cette fable mémorisée par tant d'enfants n’a-t-elle pas contribué à conforter les plus vaillants dans leur bon droit, sans parler de l’effet néfaste qu’elle a pu avoir sur les plus vulnérables.

En dépit de cette histoire, si les agneaux contribuent encore à attendrir les humains, c’est qu’ils sont mignons, par contre ce même Monsieur de La Fontaine classe les moutons et autres espèces parmi les animaux stupides, et cette idée reste profondément ancrée dans l’opinion.

Il faudra alors qu’un petit prince descende de ses nuages pour remettre le mouton à sa place. Il éprouve de la sollicitude pour ce petit animal. Il s’inquiète à son sujet, parce qu’il pourrait bien manger sa fleur. Par le truchement d’Antoine de Saint Exupéry, voilà enfin le mouton redevenu un animal fréquentable. Il est même le sujet d’un entretien philosophique entre l’enfant et l’aviateur perdu dans les sables. Nous sommes inévitablement gagnés par la logique de l’enfant. Nous sommes alors  surpris que l’aviateur tourmenté par son problème de survie ne partage pas davantage le soucis du petit prince inquiet du sort de son mouton.

Jésus aurait sans doute trouvé beaucoup de saveur dans cette histoire, parce que lui aussi s’est intéressé au sort des brebis, perdues dans le désert ou menacées par les voleurs. Il a même consacré tout le chapitre 10 de l’Evangile de Jean  à nous parler de son souci à propos du sort des moutons. Le sermon d’aujourd’hui va s’appuyer sur un tout petit passage de ce long chapitre pour se demander pourquoi et comment Jésus leur promet une part de son éternité.  Sans doute, comme le petit Prince, Jésus se montrerait-il plus sensible au problème du mouton qu’à celui du  pilote  absorbé,  par ses ennuis de moteur. Vue par un enfant la situation prend une autre tournure, car il  est plus important pour lui de savoir dessiner un mouton que de réussir à démarrer un moteur en plein désert !

Sans doute  les contemporains de Jésus ont-ils eu, eux aussi beaucoup de mal à le suivre dans ses élucubrations au sujet des moutons. Jésus  ne voyait  pas le profit économique que l’on pouvait  retirer de ces animaux. Il n’envisageait  pas le profit que l’on pouvait  retirer des moutons, grâce aux sacrifices du temple. Il ne voyait pas en eux des bêtes de boucherie, il ne cherchait pas à leur tondre la laine sur le dos, ni à les traire en vue de faire du fromage. Mais à quoi lui servaient-ils ?

-  A rien !

Les brebis dans ce récit n’ont aucune utilité. Le berger à qui Jésus s’identifie, n’a qu’un but c’est celui de les faire paître dans des près d’herbe tendre. Son seul souci, c’est celui de leur assurer le plus de confort possible. Jésus nous transporte donc dans un univers étrange, celui de la gratuité. Le berger s’active sans aucune rentabilité, et les brebis en s’engraissant n’ont aucune autre fonction, si non celle  de faire la joie de  leur berger.

Bien évidemment  nous sommes invités à nous retrouver dans le rôle des brebis.  Mais si les brebis n’ont pas de rôle à jouer, qu’en est-il de nous ? Avons-nous un rôle à jouer, et quel est le but recherché par Dieu en nous accordant la vie éternelle ? Aucun, si non son plaisir. Notre fonction sur cette terre serait donc de  remplir Dieu de bonheur. Nous sommes donc transportés aux antipodes de ce que notre société nous propose aujourd’hui quand  elle nous  explique qu’il n’y a pas d’avenir sans rentabilité et que la rentabilité ne peut  s’obtenir sans l’efficacité. Aux yeux de Dieu la réalité du monde se conjugue en d’autres termes et Jésus privilégierait volontiers les mots d’amour et de partage à ceux de rentabilité et d’efficacité.

Apparemment Jésus n’appartient pas à la même planète que ceux qui nous dirigent, il est comme le petit prince plus soucieux de la survie d’une fleur, d’un mouton ou d’un renard,  que du bon fonctionnement d’un moteur d’avion. Ici se pose vraiment le problème que nous pose l'actualité d'aujourd'hui.

Bien évidemment il ne faut pas être naïfs, nous devons quand même  revenir dans notre société, car notre vie ne se déroule pas dans le rêve mais dans la réalité. Notre vie sur terre ne peut se résumer à cultiver un farniente  inutile qui finirait par être tout à fait ennuyeux. Mais ce n’est pas non plus ce que Jésus veut nous dire. Il veut simplement nous rappeler que  le but de notre vie c’est  en priorité de faire plaisir à Dieu.  Dieu, quand à lui, se réjouit quand les choses vont bien, il se réjouit quand  la terre tourne correctement sur son axe et que les choses se passent parmi les hommes comme il le souhaite, quand tous sont correctement nourris et quand les malades sont soignés, et que les guerres se terminent par une paix durable.  Pour cela il faut que le respect de l’autre, l’amour du prochain, le partage des biens, la paix et la justice sociale soient au centre de nos  activités et de nos soucis. Quand tout cela est respecté, les rouages du monde sont bien huilés, et Dieu est satisfait. Tout cela n’exclut  pas la rentabilité ni l’efficacité dont nous parlions tout à l’heure, mais ce n’est pas elles qui doivent avoir priorité sur nos actions.

J’arrête ici ces propos, parce qu’ils ne convainquent personne. Utopie, diront les économistes. « Ça ne pourra jamais marcher » diront les politiciens. « Ce n’est qu’un ramassis de rêveries » affirmeront les philosophes qu’une telle simplicité rebute. Pourtant ces idées que l’on vient de formuler ne sont pas nouvelles, ce sont celles de Jésus Christ  lui-même.!  Elles sont au cœur même des idées qui animent notre société occidentale. Pendant des siècles n’a-t-on pas fait  de l’enseignement de Jésus la religion d’état ? Alors, pourquoi cela ne marche-t-il toujours pas ?

En fait les humains sont des créatures bizarres, ils projettent sur l’autre monde les idées que Jésus leur a transmises pour construire ce monde ci. Ils  imaginent, qu’après leur mort, le monde reposera sur des règles qu’ils refusent de respecter dans celui-ci. Pourquoi attendre le monde futur pour vivre comme Jésus le souhaite alors qu’il est théoriquement possible de le mettre en pratique dès maintenant ?

Mieux!  Je reviens alors au texte que nous méditons aujourd’hui.  Dieu est allé  plus loin encore que ce que nous pouvons imaginer. Il nous propose dès maintenant d’entrer dans l’éternité et de vivre dès maintenant d’une vie qu’il nous promet éternelle. Tous ceux qui croient en Dieu et qui ont compris que l’enseignement de Jésus  est l’expression même de la volonté de Dieu ne mourront pas dit-il,  car ils sont déjà passé de la mort à la vie.

Ce n’est donc plus notre fortune amassée tout au long de notre vie  qui fait de nous des êtres remarquables aux yeux de Dieu. Ce ne sont pas nos compétences professionnelles qui 

nous distinguent aux yeux de Dieu, c’est notre capacité à entrer en harmonie avec lui. C’est notre faculté de pouvoir nous mettre au service des autres qui constitue l’huile que nous devons mettre dans les rouages du monde pour que celui-ci soit en harmonie avec Dieu.

A vue humaine, les hommes ne sont pas plus utiles ni plus rentables que des brebis que l’on n’élèverait pas  pour leur tondre  la laine sur le dos ou qu’on ne mangerait pas. En fait Dieu n’a pas fait  des hommes ses partenaires sur terre pour qu’ils soient  rentables mais pour prodiguer autour d’eux leur capacité à aimer et à vivre en harmonie avec les autres ; c’est sans doute à cause de cette capacité que l’Ecriture dit qu’ils sont faits  l’image de Dieu. Qu’on se le dise !


vendredi 26 avril 2019

Jean 21/1-19Comment pouvons-nous ressusciter dimanche 5 mai 2019



Jean 21/1-19

21 Après cela, Jésus se montra encore aux disciples sur les rives du lac de Tibériade. Voici de quelle manière il se montra.
2 Simon Pierre, Thomas, appelé Didyme, Nathanaël, qui venait de Cana en Galilée, les fils de Zébédée et deux autres disciples de Jésus se trouvaient ensemble.
3 Simon Pierre leur dit: «Je vais pêcher.» Ils lui dirent: «Nous allons aussi avec toi.» Ils sortirent et montèrent [aussitôt] dans une barque, mais cette nuit-là ils ne prirent rien.
4 Le matin venu, Jésus se trouva sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c'était lui.
5 Il leur dit: «Les enfants, n'avez-vous rien à manger?» Ils lui répondirent: «Non.»
6 Il leur dit: «Jetez le filet du côté droit de la barque et vous trouverez.» Ils le jetèrent donc et ils ne parvinrent plus à le retirer, tant il y avait de poissons.
7 Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre: «C'est le Seigneur!» Dès qu'il eut entendu que c'était le Seigneur, Simon Pierre remit son vêtement et sa ceinture, car il s'était déshabillé, et se jeta dans le lac.
8 Les autres disciples vinrent avec la barque en tirant le filet plein de poissons, car ils n'étaient pas loin de la rive, à une centaine de mètres.
9 Lorsqu'ils furent descendus à terre, ils virent là un feu de braises avec du poisson dessus et du pain. 10 Jésus leur dit: «Apportez quelques-uns des poissons que vous venez de prendre.» 11 Simon Pierre monta dans la barque et tira le filet plein de 153 gros poissons à terre; malgré leur grand nombre, le filet ne se déchira pas.
12 Jésus leur dit: «Venez manger!» Aucun des disciples n'osait lui demander: «Qui es-tu?» car ils savaient que c'était le Seigneur.
13 Jésus s'approcha, prit le pain et leur en donna; il fit de même avec le poisson. 14 C'était déjà la troisième fois que Jésus se montrait à ses disciples depuis qu'il était ressuscité.
15 Lorsqu'ils eurent mangé, Jésus dit à Simon Pierre: «Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu plus que ceux-ci?» Il lui répondit: «Oui, Seigneur, tu sais que j'ai de l'amour pour toi.» Jésus lui dit: «Nourris mes agneaux.»
16 Il lui dit une deuxième fois: «Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu?» Pierre lui répondit: «Oui, Seigneur, tu sais que j'ai de l'amour pour toi.» Jésus lui dit: «Prends soin de mes brebis.»
17 Il lui dit, la troisième fois: «Simon, fils de Jonas, as-tu de l'amour pour moi?» Pierre fut attristé de ce qu'il lui avait dit, la troisième fois: «As-tu de l'amour pour moi?» et il lui répondit: «Seigneur, tu sais tout, tu sais que j'ai de l'amour pour toi.» Jésus lui dit: «Nourris mes brebis.
18 En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais plus jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais; mais quand tu seras vieux, tu tendras les mains et c'est un autre qui attachera ta ceinture et te conduira où tu ne voudras pas.»
19 Il dit cela pour indiquer par quelle mort Pierre révélerait la gloire de Dieu. Puis il lui dit: «Suis-moi.»








Comment ces êtres de chair et de sang que nous sommes peuvent-ils ressusciter, si non en se laissant habiter par le Christ ? C’est ainsi qu’ils prolongent hors du temps tout ce que Jésus a  mis en œuvre en eux au cours de leur existence. Cette année encore nous avons célébré la  fête de Pâques.  Une fois encore nous avons ressenti un profond bien être en entendant proclamer : « Le Christ est ressuscité, Alléluia ! » Mais peut-être  sommes-nous  quand même troublés par la question de savoir ce qu’est la résurrection, celle de Jésus et la nôtre ?

 C’est avec ce questionnement que nous nous retrouvons ce matin en compagnie de Pierre et de ses amis. Nous découvrons alors que nous parvenons à la notion de résurrection grâce à une série de rencontres avec Jésus dont la somme constitue notre propre résurrection.

En fait, si nous lisons les textes, nous sommes amenés à constater que notre approche de la résurrection est inséparable de la rencontre que nous faisons avec le crucifié. Dans tous les récits où on nous rapporte sa rencontre avec ses amis après sa mort, c’est lui qui en prend l’initiative. Il vient, il parle, il se fait reconnaître et de cet événement jaillit une réalité nouvelle pour celui vers qui il est venu. Notre foi en la résurrection naît de cette rencontre qui se produit pour chacun de nous, parfois au moment où il ne s’y attend pas. Bien évidemment notre rencontre avec le ressuscité ne se fait pas visuellement. Elle relève d’une expérience intérieure et se fonde sur le témoignage des Ecritures. Cette rencontre de Jésus déclenche en nous un dynamisme qui nous projette déjà dans l’éternité alors que nous sommes encore dans une existence terrestre tout emmêlés dans nos contingences matérielles.

Bien que nous gardions un souvenir de ces expériences spirituelles où nous avons acquis la certitude que le Christ était vivant en nous, nous nous  sommes installés malgré tout dans nos habitudes. Le rythme des jours  a repris son cours et nous attendons sans trop y croire que Dieu mette à exécution, le plus tard possible, le projet de résurrection qui nous concerne.

Le temps qui passe diminue notre enthousiasme et les soubresauts de la vie poussent notre âme à se raidir si bien qu’en constatant notre affadissement spirituel, nous nous culpabilisons et nous avons l'impression de perdre la foi !

Que ceux qui éprouvent de tels sentiments se rassurent, cette situation doit être comprise comme une évolution bénéfique sur le chemin de la foi. Dieu se sert de nos  moments de questionnement pour nous permettre de nous élever d’un cran dans le domaine de la connaissance. C’est alors que la résurrection elle-même prend un aspect plus précis et que nous découvrons avec émerveillement comment Jésus utilise notre histoire personnelle et les aléas de notre existence pour construire l’être nouveau que nous sommes appelés à devenir.

C’est dans cet état d’âme que nous  abordons ce récit de Pierre au bord du lac. Le temps a passé, il n’est plus à Jérusalem, il est revenu en Galilée où il a repris avec ses amis son métier de pécheur. Sans doute garde-t-il un souvenir des derniers événements passés, mais la vie a repris ses droits. Expérience spirituelle ou pas, il faut bien continuer à vivre ! Pourtant Pierre a eu une forte expérience avec le ressuscité. Il a été le premier à constater que le tombeau était vide selon l’Evangile de Jean.  Il a déjà été mis en présence du ressuscité par deux fois.

 Malgré tout, il est quand même revenu à ses filets. Si son âme a été illuminée, sa vie n’a pas encore changée. Pierre réagit comme s’il n’avait rien compris, c’est pourquoi il est retourné à la pêche. Cette fois-ci, la résurrection va s’installer dans ses convictions. C’est alors qu’il va comprendre. Toutes les étapes de sa vie vont défiler devant lui comme cela se produit, paraît-il dans les derniers instants d’un homme qui se noie. Et ces étapes qu’il a vécues vont lui être révélées comme autant d’expériences dont il n’avait pas saisi toute la portée et qui l’une après l’autre vont l’amener à comprendre ce qu’est la résurrection.

Il va découvrir que pour être ressuscité à son tour, il doit se laisser envahir par le Christ afin que le Christ vive en lui et qu’il prolonge son œuvre par sa vie.  Il comprend que Jésus prend en charge sa vie passée, et sa vie à venir. Il va réaliser que le baptême qu’il avait sans doute reçu prenait alors pleinement son sens. C’est seulement, dans un dialogue personnel avec Jésus qu’il comprendra que de sa vie était en train de basculer dans une nouvelle réalité. Encore fallait-il qu’il laisse la résurrection s’installer en lui.

Bien évidemment cette aventure de Pierre ne nous est racontée que pour que nous puissions faire le point à notre tour sur nos propres expériences spirituelles. Pierre  est pour l’instant dans la nuit, le petit matin se lève sur l’échec de sa vie. L’apparition sur le rivage renverse la situation et donne du sens à tout son passé. Pourtant il faudra qu’on l’aide à comprendre, il faudra que l’autre disciple, l’ami de Jésus lui traduise l’événement: « c’est le Seigneur ». Alors il se jette à l’eau, non sans avoir pris le temps de s’habiller car il était nu. Geste de pudeur pensons-nous ! Est-ce bien sûr ?

Ce plongeon tout habillé en présence du Seigneur ressemble à un baptême à l’envers, c’est pourquoi j’ai parlé de son baptême tout à l’heure. Dans un baptême, c’est parce que l’on reconnaît que Jésus est Seigneur que l’on se dévêt pour être immergé. Pierre, quand il reconnaît que Jésus est le Seigneur, il fait le contraire comme s’il avait besoin de revivre les expériences qu’il avait déjà faites. Son baptême est ici évoqué à l’envers comme si on rembobinait le film de sa vie. Et à partir de cet instant, au cas où vous n’auriez pas compris toutes les séquences vont se faire à l’envers.

Par le passé, Pierre avait semble-t-il toujours eu l’initiative. Ici, il laisse les autres ramer alors que lui se met à nager, non pas pour rejoindre plus vite le Seigneur, car il ne le rejoint pas, au contraire il remonte dans la barque quand les autres arrivés sur le rivage en descendent pour s’approcher du Seigneur. Il se met alors à décharger tout seul le filet. C’est comme si, il ne voulait pas se retrouver seul avec Jésus, bien qu’il en manifeste le désir profond sans oser aller jusqu’au bout.

Tout ce qui est raconté ici, est le reflet  de son expérience intérieure et nous sommes nous aussi invités à la vivre  de la même façon.  L’aventure ne peut se continuer sans le face à face inévitable entre Pierre et Jésus. Par trois fois, Jésus l’invite à prendre en charge son troupeau. Allusion appuyée à sa trahison que Jésus ne mentionne pas, car la résurrection qui est en train de s’emparer de Pierre annihile tout ce qui est négatif dans sa vie et détruit ce qu’il y a d’aliénant dans son passé. Sa mission consiste à prendre à son compte l’œuvre du Christ.

La résurrection prend son vrai sens, pour nous aussi,  quand nous nous laissons habiter par Jésus pour continuer dès maintenant l’œuvre qu’il a réalisée quand il était sur terre. Nous sommes appelés à devenir, tant que nous vivrons, les membres et la voix, l’intelligence et la sensibilité du ressuscité qui désormais vit en nous et c’est par nous qu’il agit.